Disclamer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.


« Si tu as un rêve, tu dois le protéger. Tu verras que les gens incapables d'y arriver feront tout pour te décourager. Si tu veux vraiment quelque chose, tu n'as qu'à te battre. »

- Liberté Lecay, guérisseuse traditionnelle, professeur de musique et fabricante de bijoux et d'artefacts.


Chapitre 10 : Ann Blanchard, ou pas besoin d'ennemi quand on a des amis comme les siens.

Mercy lui avait demandé un service. Oui, un service, pas un ordre même si sa patronne aurait pu le faire au nom de la hiérarchie de l'Agence. Mais, elle ne donnait pas d'ordre. Elle proposait des missions, demandait des services... Ann aurait pu refuser. Elle aurait dû le faire. Elle n'était pas payée pour surveiller quelqu'un. Elle n'était pas une auror, elle n'avait prêté aucun serment, elle ne devait rien au MACUSA. Bien au contraire. Avec leur méconnaissance du Vaudou, certain de leurs dirigeants trainaient dans la boue sa religion. Dire que tous les pratiquants du Vaudou sont maléfiques étaient d'une stupidité sans borne. C'est une culture, un héritage, une philosophie, un art, des danses, un langage, un art de la médecine, un style de musique, une justice, un pouvoir, une tradition orale et des rites. Rien de maléfique dedans. C'était l'utilisation contre-nature que certains en faisaient qui était maléfique. Mais lorsqu'un sorcier use de sa baguette pour tuer, accuse-t-on la baguette ? Non. Alors, pourquoi accuse-t-on le Vaudou du mal que font certaines personnes ? C'était plus que stupide. C'était de l'ignorance qui conduisait à la bêtise. Certes, elle reconnaissait que ces ancêtres s'étaient vengé de ceux qui les avaient réduits en esclavage en brandissant une « menace vaudou », tout comme elle ne pouvait pas nier être capable de faire une de ces poupées que les esclavagistes craignaient en moins de cinq minutes. Mais cela n'était pas une raison pour vouloir priver des centaines de personnes d'une part de leur héritage culturel.

Oui, elle n'avait vraiment aucune raison d'aider le Congrès Magique, mais elle ne pouvait pas laisser une amie seule dans les ennuis. Mercy n'était pas qu'une amie. C'était son binôme, celle avec qui elle pouvait communiquer silencieusement durant les cours au collège. C'était en regardant sa bouche qu'elle avait appris à lire sur les lèvres. C'était sa main qu'elle agrippait la nuit, comme un doudou pouvant éloigner le plus terrible des cauchemars lorsque les morts ne lui laissaient pas de répit. C'était quelque chose qu'on ne pouvait pas oublier. La vie dans ce collège n'avait pas été simple et avoir une amie fidèle avait été un véritable réconfort. Elles étaient le genre d'amies qui débarquent l'une chez l'autre en cas de problème à deux heures du matin. Nous étions à deux doigts du fameux : « si j'ai un cadavre sur les bras, c'est toi que j'appellerais pour m'en débarrasser ». Mais honnêtement, elles étaient sans doute capables de se débrouiller seules avec ce genre de chose. Les ex-aurors et les nécromanciens peuvent faire de très bons méchants et de très bons amis.

Et voilà comment elle se retrouvait à escorter un vieil homme qui avait bien décidé de faire savoir qu'il n'était pas d'accord avec le plan de Mercy. C'était également le cas d'Ann, mais, elle comprenait le désir de Mercy d'éloigner au plus vite tous ceux qui pourraient être utilisés contre elle et qui n'étaient pas en état de se battre. Étant donné que plus elles creusaient, plus elles découvraient une merde sans nom, c'était même intelligent. Tout ce que Ann espérait était que son amie et patronne ne se fasse pas tuer, Mercy n'ayant pas son pareil pour irriter le monde.

Elle repensa aux instants des aux-revoirs. Mercy et Bluesky s'étaient étreints. Pas comme un père et sa fille. Pas comme des amants. Mais bel et bien comme des amis, le genre qu'on se fait quand les sorts volent dans tous les sens et que l'ennemi est celui qui essaye de vous tuer tous les deux. Hors d'une situation de combat, vous n'avez peut-être rien de commun, mais, ces amis-là deviennent votre famille, ceux qui peuvent vous appeler des années plus tard pour vous réclamer un coup de main en sachant que vous le leur donnerez. Les frères d'armes sont aussi des frères de sang, mais, ce n'est pas forcément avec le leur qu'ils scellent leur lien, celui des ennemis est préférable... À elle, Mercy avait juste fait la bise en lui demandant d'être prudente. Cela ne ressemblait pas à la Cajun. On parlait d'une femme qui n'avait pas eu peur de l'Homme à la Hache. Certes, elle était en Europe en train de survivre à la Grande Guerre durant la première vague de meurtre de ce malade et durant la seconde… Avant qu'elle ne commence, Mercy avait déjà tout laissé tomber pour partir à l'aventure avec un homme qu'elle avait rencontré en France.

Ann fit un rapide calcul. Le temps d'arriver à la Nouvelle-Orléans, nous serions déjà mi-septembre. Pourquoi tant de temps pour faire un voyage qu'ils pourraient faire en porteloin ? Simple : ils utilisaient les transports non-maj's pour la simple et bonne raison que la majorité des sorciers ne penseraient pas à les rechercher avec un tel point de départ. Lorsque l'on manque de temps, toute avance sur l'adversaire est bonne à prendre, l'usage de ces transports lents, désagréables et compliqués étant alors inconcevable car contre-productif. La seconde raison était que Mercy ne voulait pas, mais alors vraiment pas, qu'une personne incapable de se défendre ne se retrouve prise entre deux feux. Et c'était pour cela que Bluesky aurait des soins à domicile et n'irait pas dans un hôpital. Moins, il y aurait de traces, mieux ça serait.

Oui, la situation était à ce point catastrophique. Une semaine que Mercy et elle s'étaient rendues à New-York et elles n'avaient rien découvert à part que la situation était pire que ce qu'on leur avait annoncé. Et vu le programme, faire pire était déjà compliqué à la base. Mais ça, elle l'avait peut-être déjà dit. Dans ce qui avait d'abord été prévu, Ann devait rester dans leur ville natale juste le temps de s'assurer que Bluesky se remettrait de ses blessures, mais… Maxime Reed lui avait donné le dessin d'un symbole qu'utilisaient les fidèles de Grindewald comme signe de ralliement. Il était vaguement familier à la Nécromancienne, le seul problème était qu'elle n'arrivait à déterminer dans quelles circonstances elle avait pu le voir. Elle savait que ce triangle contenant un cercle et un trait n'était pas un symbole vaudou. Niveau runes, elle ne pensait pas que cela en soit aussi, mais, elle se devait de vérifier. Déjà parce qu'elle n'aimait pas ne pas avoir de réponses à ses questions, ensuite parce que Mercy comptait sur elle pour trouver ce que cela voulait dire. Aucune des deux femmes ne pensaient que le mage noir avait choisi ce signe seulement parce qu'il le trouvait joli. Avec lui, les plans avaient plusieurs couches. Sans oublier que sa soudaine disparition avant son retour deux ans après, prouvait qu'il pouvait concevoir des plans sur plusieurs années. Non, ce symbole était une des clefs permettant de comprendre ce mystère qu'est Gellert Grindelwald. Le comprendre et le battre.

Ann jeta un coup d'œil à Bluesky. Maintenant, il avait décidé de faire un grève de la parole. Bien entendu, comme les préjugés des non-maj's faisaient qu'ils pensaient qu'elle n'était qu'une domestique, ils se permettaient de la prendre de haut. S'ils savaient ce qu'elle pourrait faire d'une claquement de doigts, ils s'écarteraient d'elle en courant. À moins qu'ils ne la fassent bruler vive sur un bucher. S'il y avait bien un point sur lequel non-maj's et sorciers étaient d'accord, c'était le sort réservé aux nécromanciens. Mais qu'est-ce qui lui avait pris de dire « oui » à Mercy ? Ah oui, on n'abandonne pas sa famille, que ce soit celle du sang ou celle du cœur.

En tout cas, avant de partir, il voulait vérifier un truc quelque part dans Manhattan. Soudain, ils passèrent à côté d'un bâtiment abandonné et elle eut l'impression qu'on venait de lui geler chacun de ses os. Elle savait ce que cela signifiait : comme lorsqu'elle avait six ans et qu'elle était passée à côté de la maison Lalaurie(1). Les âmes de certaines des dizaines de victimes de Lalaurie étaient encore prisonnières du lieu où leurs innocents propriétaires avaient été massacrés. Il avait fallu l'intervention de trois prêtres vaudou pour les délivrer et leur accorder le repos auquel elles avaient légitiment droit. Elle leva les yeux vers l'une des fenêtres et vit un spectre tendre la main vers elle, implorant une quelconque miséricorde.

-Que c'est-il passé ici ? Murmura-t-elle à personne en particulier.

-Il s'agit de l'ancienne sucrerie. Durant la guerre d'Indépendance, les Anglais s'en servaient de prison. Ils y ont torturé des centaines de patriotes américains tout en les laissant mourir de faim(2), lui expliqua Bluesky.

-Ils n'ont toujours pas trouvé la paix.

C'était plus un fait qu'une constatation. Comme le fait que ce n'était pas un spectre, ou un fantôme, qui la suppliait, mais une âme. Une âme qui se nourrissait de sa propre détresse et gagnait en puissance chaque jour qu'elle passait à être tourmentée par le souvenir des derniers instants de son défunt propriétaire. Normalement, une âme ne reste pas plus de trois jours, le temps de se rendre compte de sa mort et d'aller ailleurs. Après dans certaines circonstances, elle pouvait rester plus longtemps. Si elle avait un message à transmettre, si elle attendait quelque chose ou quelqu'un… Ou si elle avait connu un décès particulièrement violent ou traumatisant. Il devait y avoir d'autres cas, mais, elle ne les avait pas encore rencontrés. Elle pourrait les libérer, elle avait la puissance nécessaire, mais, ce n'était pas pour rien que lors d'un exorcisme, il y avait plusieurs prêtres, quelque soit la religion qui organisait l'exorcisme. Si cela tournait mal, il fallait quelqu'un pour arrêter celui qui se retrouvait possédé à la place du lieu ou de la personne qu'on voulait sauver.

-Vous êtes une médium, certifia Bluesky.

Elle aurait pu le laisser croire en ce mensonge, mais, c'était contraire à ses convictions les plus profondes. Aussi terrifiée qu'elle était par les autres, elle ne leur mentait jamais sur sa nature.

-Non, monsieur, tel n'est pas mon lien avec les morts, le corrigea-t-elle.

Sous le choc, elle reprenait l'habitude de parler un anglais où quelques mots de français venaient se perdre. D'habitude, elle ne le faisait pas accidentellement. Elle usait de cela pour accentuer son appartenance à l'ethnie des créoles louisianais. Une revendication de ce qu'elle était. Elle n'aimait pas l'idée qu'elle perde suffisamment ses moyens pour revenir à sa langue maternelle pour dire un mot aussi simple que « monsieur ».

-Nous allons rater notre train, lui signala-t-elle d'un ton qui coupait court à la conversation naissante.

Elle n'était plus d'humeur à supporter des mondanités. Si seulement Mercy était là, elle ne serait même plus obligée de faire comme si le sort des morts l'indifférait. Dès que possible, elle reviendrai et verrai ce quelle pouvait faire pour ces malheureux. Personne ne méritait de subir une éternité de tourments. Et quoi qu'ils aient pu faire de leur vivant, c'est dans le monde des morts qu'ils auraient dû commencer à payer leurs dettes, pas dans celui-ci. Et la qualité du châtiment était le choix des Dieux à travers Papa Legba(3). Telle était la loi des Esprits.


(1)Delphine Lalaurie est née en 1780 à la Nouvelle-Orléans en Louisiane et morte le 7 décembre 1842 à Paris en France. Son histoire est une histoire macabre du quartier français du Vieux Carré. Madame Lalaurie, mondaine respectée, accueillait nombre de grand évènements à son domicile. Son train de vie somptueux reposait sur l'emploi d'un grand nombre d'esclaves. Cependant, le mauvais traitement des esclaves était illégal et la bonne société commença à l'éviter après qu'un voisin l'eut surpris en train de chasser une fillette noire avec un fouet. La malheureuse préféra sauter du toit pour échapper à sa maîtresse et mourut de sa chute. Le voisin avertit les autorités. Les rumeurs, puis des accusations de tortures, sadisme et meurtres s'ensuivirent, malgré qu'en société elle donnait l'image d'une personne aimable avec ses esclaves. Cela mit un terme à sa vie sociale. Le 10 avril 1834, un incendie se déclara chez elle. Les voisins accourent et au milieu des flammes découvrirent plusieurs esclaves (hommes et femmes) encore vivants enchaînés, blessés par l'incendie et surtout mutilés. Le juge Jean-François Canonge, appelé sur place, constata les faits. On accusa Lalaurie de la mort de près d'une centaine d'esclave. À la suite de cet incendie, Delphine Lalaurie s'enfuit de La Nouvelle-Orléans pour se réfugier à Paris pour ne pas être inquiétée par la Justice.

(2) Aujourd'hui, il ne reste de cette sucrerie qu'un mur adjacent à Police Plaza à Manhattan. Il fait partie des lieux hantés de New-York.

(3)Papa Legba est un Iwa (esprit, divinité) du vaudou. Il a la fonction d'intermédiaire et messager des dieux. Il garde la frontière entre le monde des humains et le monde surnaturel. Ses couleurs sont le rouge et le noir.