Les deux amis passèrent le reste de la nuit et la journée entière dans cette chambre dissimulée à l'abri de toute lumière du jour. Ils ne pourraient pas rentrer durant la journée, ils y étaient donc piégés jusqu'à la nuit tombée. Ils avaient pensé avant que Watson ne s'assoupisse sur le lit, que cela leur causerait quelques ennuis. Ils n'avaient pas pensé que l'épuisement du médecin le ferait dormir jusqu'à tard.

Holmes, lui, n'avait pas fermé l'œil. Il vivait la nuit à présent et il n'avait besoin que de peu de sommeil. Il ne ressentait aucune fatigue ce jour-là, il resta éveillé. Plusieurs heures durant, il resta silencieux, immobile, presque comme un prédateur espionnant sa proie. Il était allongé sur le côté et observait presque avec fascination son ami dormir. Absolument aucun détail ne lui échappait, jusqu'au plus insignifiant. Il releva chaque froncement de sourcils, chaque début de sourire, chaque mouvement qu'il faisait pour se tourner, toujours du même côté d'ailleurs, l'intérieur du lit, ainsi Holmes pouvait continuer son observation. Chaque mouvement qu'il faisait pour se sentir plus confortable, qu'il mette son bras derrière sa tête ou qu'il se recroqueville presque quand il était sur le côté, qu'il ramène ses jambes à son corps, tienne ses bras contre lui en baissant légèrement la tête. Chaque respiration, quand elle ralentissait, quand elle accélérait, toujours très légèrement, lorsqu'elle était stable. Les presque imperceptibles vibrations de son torse dues aux ondes de choc de son cœur qui battait contre ses côtes. Il y avait tant à observer, il était incroyable de se rendre compte qu'un homme simplement endormi puisse engendrer une quasi fascination. D'autant plus quand le physique de cet homme était loin d'être désagréable.

Holmes aurait presque craint de le déranger, quelques secondes parfois, il désirait qu'il ne se réveille jamais tant il était intéressant de l'observer. Il approcha une main, ayant en pour projet de toucher une de ses joues chaudes. Lorsque ses doigts gelés touchèrent la peau douce et tendre de la joue de Watson, celui-ci grimaça une seconde en fronçant les sourcils, sursautant dans son sommeil en s'éloignant du contact désagréable. Au bout de quelques secondes, toujours endormi, il sembla reconnaître le logicien. Son visage se détendit, esquissant même une naissance de sourire. Il appuya sa joue contre les doigts froids avec une expression paisible et un soupir bienheureux. La griffe de l'index du détective caressa d'une traite la courbe de sa mâchoire jusqu'à son menton avant qu'il décide de se lever du lit.

Il sortit ensuite de la chambre après avoir passé son manteau. Il remarqua que le couloir où était la chambre était sombre mais à la fin de celui-ci, qui n'était qu'à cinq mètres de lui, la lumière du jour éclairait la salle de prière. Il grimaça à la vue des rayons du soleil qui lui firent pousser une plainte dans un grognement inhumain. Il s'enfonça à l'opposé dans l'obscurité du couloir sans fenêtre. Il se demandait où pouvait être le prêtre à présent. Sans doute était-il sorti la veille et qu'il avait trouvé refuge autre part pour la journée. Peut-être qu'il était dans une des pièces de l'église ou dans ses souterrains. Il n'avait aucune envie de le voir en cet instant, ce soir, il tenterait de nouveau de le convaincre à parler. Il eut un léger rire en repensant au soir de sa transformation. Père Jasper était venu vers lui en commençant à retirer son gant pour le soigner grâce au sang de ses stigmates, mais il l'avait remis instantanément, décidant de le condamner à mort pour l'empêcher de découvrir des secrets dans lesquels il était à présent plongé. Et cela était loin de lui suffire.

Holmes prit bien soin d'ouvrir chaque porte pour jeter un œil à ce qu'elles cachaient. Évidemment, il avait le réflexe de tirer un coin de son manteau devant son visage d'un bras au cas où un rayon de soleil ne traverse une fenêtre mais il n'y en avait aucune. Soudain, les choses devinrent plus intéressantes lorsqu'il tourna la poignée d'une porte qui lui résista : elle était fermée à clef. Jusque-là, elle était la seule, elle devait receler quelque chose de particulièrement intéressant. N'ayant pas perdu ses habitudes de fouineur têtu, le logicien s'activa à crocheter la serrure qui lui résista encore une bonne dizaine de secondes. Lorsque la poignée accepta de se tourner, il ouvrit la porte pour découvrir que cet endroit n'était rien de plus que l'office du prêtre.

Face à lui se trouvait un bureau en bois ainsi que trois chaises. Une d'un coté de la table, deux de l'autre. Les murs étaient invisibles derrière des étagères de livres, la plupart semblait dater même s'il y en avait certains qui paraissaient récents. Sur le bureau reposaient, éparpillés dans un désordre digne de lui, des feuilles manuscrites de rapports. Holmes nota pourtant qu'il n'y avait aucune étagère comportant quelconques dossiers, ils devaient venir d'un endroit dissimulé et s'il y avait une raison de les cacher, ils devaient être très intéressants à lire. Le détective approcha du bureau pour observer les feuilles. Un rictus bien vite suivi d'un léger rire montrèrent sa satisfaction en remarquant l'emblème saint qui dominait les pages. Il venait de découvrir des documents, des rapports gardés secrets par le Vatican ainsi que toutes les églises sous sa sainte domination.

Il garda les documents en mains en jetant un œil sur le bureau qui était couvert d'autres dossiers ouverts. Rapidement, ses yeux habitués à relever les moindres détails lui firent remarquer que l'emblème que les feuilles portaient n'étaient pas tous les mêmes. Il devait y avoir plus d'une soixantaine de dossier ouverts et fermés. Plus d'une quarantaine portaient une croix blanche, près d'une vingtaine une croix blanche qui semblait lumineuse bien que l'on aurait pu confondre cela avec un effacement de l'encre mais Holmes ne se laissait pas berner ainsi, l'encre sur le reste des pages était normal, il eut donc rapidement fait le tri entre les différentes croix. Plus intéressant encore, il n'y avait que deux dossiers qui portaient une croix noire. L'un d'entre eux en portait une grossièrement raturée qui avait été remplacée par une croix lumineuse. Intrigué et curieux, il ouvrit le dossier qui semblait sévèrement dater. Les feuilles abîmées portaient la marque du temps, pourtant le manque de poussière lui laissait deviner qu'il avait souvent été ouvert. L'encre s'effaçait, elle avait presque totalement disparu à certains endroits.

Reportage d'information 55-42, première partie

... décembre 1...

Aux alentours de la ville d'Edimbourg, on a vu croître la réputation de Saint d'un individu de mauvaise vie. La rumeur parlait de miracles, de lévitation et même de ... la suspicion d'un cas de Troisième Hypothèse a conduit à l'intervention de deux membres de la Congrégation pour la cause des Saints : ... et Gabriel Amadeo. La jeune personne a été amenée pour interrogatoire dans les locaux du Saint Office.

Dans les jours suivants, ... prostitué fut déplacé dans le cadre du dossier 47-11... suite de... perdit la vie. Plusieurs jours après sa mort, il s'avéra que...

« Que faites-vous ici?! »

Holmes sursauta à cette interruption, plongé dans sa lecture et sa tentative de déchiffrer l'encre presque inexistante. Père Jasper était sur le pas de la porte, il le regardait à présent, portant une expression de profonde colère sur le visage. Ses traits avaient perdu toute leur douceur. Sa forme sanguinaire semblait bien plus impressionnante que celle que lui-même pouvait avoir, sûrement car cet air démoniaque tranchait avec le visage habituel, presque angélique du prêtre. Il bondit littéralement sur Holmes pour lui arracher le dossier des mains. Le logicien prit tout de même le temps de lancer un dernier coup d'œil rapide vers le bureau pour regarder le deuxième dossier qui portait une croix noire. C'était bien ce qu'il pensait, il portait les numéros 47-11.

« Je ne vous permets pas de vous introduire dans mon office! Je travaille ici!

- Vous n'êtes pas qu'un simple prêtre, n'est-ce pas? »

Père Jasper se dressa sur ses jambes de toute sa hauteur pour planter ses prunelles vertes aux pupilles oblongues de colère dans celles havanes du détective.

« Et en quoi cela vous concerne-t-il?

- "La Congrégation pour la cause des Saints"? Vous faites partie de ce club de Gentlemen religieux?

- Nous protégeons des secrets bien plus importants que vous ne pouvez l'imaginer. Cela vous dépasse Monsieur Holmes, acceptez-le!

- Rien ne me dépasse si j'ignore de quoi il en est.

- Vous ne comprenez absolument rien!

- Justement, j'aimerais comprendre.

- Que se passe-t-il? »

Les deux hommes tournèrent la tête pour voir Watson qui s'était visiblement réveillé en sursaut. Il avait les cheveux en bataille et tentait tant bien que mal d'avoir l'air réveillé.

« Hé bien docteur, il semblerait que votre ami ait forcé mon bureau pour venir y fouiller. »

Le médecin tourna la tête vers son ami, les yeux légèrement écarquillés et les lèvres entrouvertes alors que Holmes, lui, gardait une expression impassible qui voulait dire qu'il ne regrettait pas ce qu'il avait fait et n'avait rien à faire de ce que ce prêtre pouvait penser.

« Holmes... je ne sais même plus ce que je suis censé vous dire. Cet homme nous offre l'hospitalité et vous le remerciez en fouillant dans ses dossiers? Que vous posiez des questions ne me gène pas, mais je ne serai jamais d'accord avec vos manières de vous introduire dans la propriété privé de certaines personnes!

- Oh, vous pouvez en parler de cela. »

Watson garda le silence, ses mâchoires se serrèrent alors que ses joues rougissaient violemment. Père Jasper regarda à tour de rôle les deux hommes plusieurs fois, se rendant rapidement compte que ce n'était qu'une ruse du détective pour dériver l'attention.

« Cela suffit! J'attends jusqu'à la nuit tombée mais après cela, vous quitterez tous les deux cette église! Et je ne veux plus vous revoir, ni l'un, ni l'autre! »

Watson attrapa le bras de son ami qui ouvrait la bouche pour répondre encore une fois de trop. Il tira Holmes hors de la pièce et l'éloigna le plus possible de cette dernière.

« Vous êtes fou! Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait?!

- Il refusait de parler, j'ai décidé de faire parler ses documents. »

Le médecin se prit le visage dans les mains quelques secondes. Il se pinça ensuite l'arête du nez en poussant un long soupir.

« Dès que la nuit tombera, nous partirons. C'en est assez. »

Holmes roula des yeux dans un geste puéril. Néanmoins, il sentit que Watson allait bientôt éclater dans une colère noire. Il avait horreur de ses intrusions et encore plus lorsqu'il les prenait à la légère. Le logicien planta ses yeux dans ceux de son ami quelques secondes avant de marcher à reculons, puis de tourner les talons et s'enfoncer dans la pénombre du couloir. Le médecin tenta de le suivre, mais en engageant un pas de course, il entendit rapidement les pas de Holmes se volatiliser, ne laissant plus que les échos des siens. Il poussa un soupir de déception, restant immobile dans cet endroit sombre quelques instants avant de s'adosser au mur pour une minute.

Il tentait de réfléchir mais son esprit demeurait vide. Il se contenta finalement de se redresser pour marcher d'un pas lent vers la salle de prière baignée dans la lumière du soleil de cet après-midi. Il s'assit sur un banc en fermant les yeux, savourant la douce chaleur caresser ses joues. Il resta ainsi un temps indéterminé, jusqu'à ce qu'il ne sente plus la caresse douce et chaude du soleil mais l'entrave froide du souffle de la nuit. Il ouvrit les yeux pour voir que la pièce était toujours vide, aucun signe de Père Jasper ni de Holmes. Alors qu'il allait se lever pour aller chercher l'un ou l'autre, il vit le prêtre apparaître dans la pièce. Il adressa un léger sourire presque chaleureux à Watson en s'asseyant à ses côtés.

« Excusez ma petite crise de colère plus tôt, je n'aime réellement pas que l'on fourre son nez dans mon travail. De plus, j'ai certaines obligations dont celle du secret. Cela me révolte que des gens comme votre ami se croient permis de tenter de les dérober impunément.

- C'est un homme curieux. Il est parfois dur à vivre mais ce sont ses manières de faire, je ne pense pas qu'il vous en veuille personnellement.

- Il veut que je réponde à des questions auxquelles je ne peux donner aucune réponse. Je maintiens qu'il vaudrait mieux que je ne vous vois plus jamais ni l'un ni l'autre avant qu'il ne soit trop tard. »

Dans le voile sombre du couloir, Holmes était revenu. Adossé à un mur, dissimulé, il écoutait les deux hommes parler de son oreille fine. Il avait passé la journée à découvrir les souterrains en attendant que la nuit ne se décide à tomber.

« Je sais que quelque part en lui, il y a quelqu'un de réellement bon. Mais il y a beaucoup de défauts qui assombrissent ce portrait. Vous ne vous en rendez sûrement pas compte, mais il protège désespérément votre cœur du sien.

- Holmes me... protège? Il vous l'a dit? »

Watson lança un regard empli de question au prêtre qui se contenta de garder le silence quelques instants.

« Je ne suis pas un vampire comme les autres. La grande majorité des vampires ne peut lire dans les pensées d'autres vampires, seulement des humains.

- Je vois... »

Le médecin baissa les yeux pour regarder le chapelet que Père Jasper portait au cou.

« Vous portez un crucifix... il ne vous brûle pas? C'est grâce à vos vêtements?

- Non. C'est une chose que dont je ne peux pas vous parler, tout comme pourquoi je peux lire dans les pensées des autres vampires. Il vaut mieux que vous l'ignoreriez. Pour votre bien, pour le sien aussi. »

Watson commençait à ressentir une légère frustration à ces mots. Il comprenait que Holmes perde la tête avec cela, lui qui était plus curieux que le plus curieux des hommes.

« Il venait pour vous demander quel était le remède à son état... mais je suppose que vous ne pouvez pas parler de cela non plus.

- Si. »

Le médecin releva la tête en même temps que le logicien qui les écoutait dans la pénombre. Il bougea discrètement en silence pour pouvoir observer les deux hommes. Si son cœur palpitait encore, il battrait la chamade. Watson, en voyant l'expression profondément désolée du prêtre, savait qu'il n'avait rien de bon à lui annoncer.

« Il n'y a pas de remède. »

Le médecin sentit son cœur de serrer douloureusement à ces mots. Il tenta d'ouvrir la bouche pour parler mais Père Jasper reprit la parole.

« Il n'y a aucun remède à l'état de vampire, si je le connaissais, je serais déjà mort car je serais redevenu humain depuis bien longtemps. Ramenez votre ami chez vous et aidez-le à accepter son sort sans pour autant lui avouer qu'il n'y a aucun remède. Il ne le supporterait... »

Avant que le prêtre puisse finir sa phrase, l'écho d'un choc violent contre le sol résonna dans la salle des chœurs. Tout deux dirigèrent ensemble leurs regards vers la source du bruit. À moitié hors de l'ombre du couloir, ils virent sur le sol le corps inanimé de Holmes face contre terre. En quelques secondes, ils étaient déjà à ses côtés. Malgré la rapidité naturelle du prêtre, Watson fut plus vite arrivé que lui. Il agrippa son ami pour le retourner et voir son visage. Il sentit son cœur s'arrêter une seconde.

Holmes avait les yeux clos. Étrangement, il semblait moins pâle que d'habitude. Ses traits étaient relâchés, presque doux, il semblait paisible. C'était comme s'il était endormi. Comme si tout son sang, à présent inutile à son corps, était monté vers son visage pour rendre un peu moins pénible et atroce la vue horrible du masque de la mort. Comme s'il était redevenu humain un instant avant de s'éteindre.


Voilà pour ce chapitre un peu court x). C'est un peu une interlude, je ne voulais pas faire un chapitre avec ça et ce qui va suivre, ça aurait fait trop contraste x). Voilà déjà de quoi vous mettre l'eau à la bouche (et moi le couteau sous la gorge je le sens :')...)

Merci encore de me suivre et de vos avis à tous \o/. En passant, y'a pas longtemps j'ai regardé un film qui passait à la télé avec RDJ, il était assez jeune. Ca s'apelle "Home for the Hollidays" où il interprête un rôle gay entre autres, mais aussi un film où on l'a laissé improviser son rôle. En fait on regarde le film rien que pour lui x).