Chapitre 10

J'ouvris les yeux. A travers le hublot de l'avion, je pouvais apercevoir des nuages assombris par la nuit. Nous avions décollé de Whitehorse quatre heures auparavant. Après examen de nos billets, il s'était révélé que notre destination était … Miami. Jacob avait râlé après Alice, car nous souhaitions nous retrouver seul à seule dans un lieu plutôt isolé… ce que n'était pas du tout la ville de Miami. Mais je faisais confiance à ma tante et savais qu'elle essayait de respecter nos désirs.

-Tu dors ? demandai-je à Jacob.

-Non, et toi ?

-A ton avis, je parle en dormant ?

-Heu … oui, souvent !

-Pff… Je ne prends pas la peine de te demander ce que j'ai bien pu raconter comme âneries.

-Tu as parlé de moi, ce qui est dans tes habitudes, et (il baissa la voix) de la lune de miel. J'espère que ce n'est pas cela que tu appelles âneries.

Je fus heureuse que, dans la mi-pénombre ambiante, il ne puisse distinguer la couleur écarlate qu'avaient prises mes joues. Cela de l'empêcha pas de deviner mon humeur et d'en rire.

-Heu … (Je cherchai un moyen de diversion). L'avions ne descend pas, là ?

-Nous ne sommes pas encore au dessus de Miami, répliqua Jacob en regardant à travers le hublot.

Comme pour confirmer mes dires, la voix de l'hôtesse retentit :

-Nous faisons actuellement escale à Montgomery, dans l'Alabama. Les passagers qui descendent à cette escale sont priés d'attendre l'extinction des consignes lumineuses. Nous redécollons dans vingt minutes pour Miami.

A cet instant précis, mon portable sonna.

-Allô ?

-Salut Nessie, lança la voix d'Alice. Vous venez d'atterrir à Montgomery ?

-Oui, à l'instant.

-Très bien, descendez ! ordonna-t-elle.

-Mais, Alice, notre lune de miel n'est pas à Miami ?

-Qui a dit ça ? J'ai réservé exprès un vol dont la destination finale n'est pas la vôtre, ainsi vous ne vous êtes doutés de rien ! Maintenant, sortez de cet avion si vous ne voulez pas passer votre lune de miel à jouer aux cartes.

-D'accord, obtempérai-je. Je te téléphone quand on arrive. Bisous.

Jacob, qui avec ses oreilles ultrasensibles avait tout entendu, affichait un air soulagé –Miami n'était pas un lieu correspondant à notre personnalité.

Nous sortîmes de l'avions et partîmes chercher nos bagages. A la sortie de l'aéroport, nous partîmes chercher notre voiture de location, déjà réservée par ma tante. La voiture se révéla être un genre de jeep qui ressemblait à celle d'Emmett. Elle était munie d'un GPS sophistiqué et nous n'eûmes qu'à suivre ses indications. Nous sortîmes de la ville et traversèrent une campagne verdoyante qui se transforma en une forêt peu touffue. Nous bifurquâmes sur un chemin de terre presqu'impraticable –la raison de la location de la jeep, j'imagine. Après une dizaine de kilomètres, le sentier se stoppa et Jacob freina brusquement.

J'émergeai de la voiture en même temps que lui et contemplai notre … heu … habitation ?

-Oh my god ! lâcha Jacob.

-Bien résumé, dis-je. Rappelle-moi de dire à Alice que je l'adore.

-Je n'y manquerai pas.

Notre maison était suspendue … dans les arbres ! Ceux-ci étaient gigantesques et aux troncs larges, largement capables de supporter une maison. Toute faite de bois clair, elle était recouverte de plantes grimpantes dont j'ignorai les noms. Un escalier qui partait du sol permettait d'y accéder. J'avais toujours pensé qu'une maison dans les arbres serait modeste et aurait un peu des airs de cabane. Celle-ci était immense –trois niveaux- et ressemblait à une villa normale, à ça près qu'elle était dans les arbres et que la piscine –il y en avait une- se situait juste en dessous et non à côté. Un jacuzzi trônait sur la terrasse. Alice avait mêlé l'originalité et le luxe.

En entrant dans la maison, nous constatâmes qu'elle était meublée avec goût –il faudrait que je remercie également ma grand-mère. Il y avait un grand nombre de chambres, toutes nanties d'un lit double à baldaquin en bois solide.

-Prévoyants, souffla Jacob.

En pénétrant dans la salle de bain pour ranger nos affaires, j'aperçus une grande armoire à pharmacie peinte d'une croix rouge. Une inscription minuscule, sur le meuble, stipulait : « Au cas où la malchance légendaire de ta mère te poursuit. Ah, et au fait, il n'y a que quinze chambres alors si vous passez un mois ici, n'en consommez qu'une tous les deux jours. Passe une bonne lune de miel, petite nièce. Emmett. »

Je pouffai, ce qui attira Jacob. Il rigola en lisant le mot.

-Il n'y a qu'Emmett pour écrire sur les meubles. Il a dût le faire en catimini, Alice ne l'aurait jamais laissé faire sinon.

Après avoir rangé nos bagages (ce qui dût nous prendre dix minutes), je préparai un repas rapide pour nous deux. Après l'avoir mangé, nous paressâmes sur la terrasse.

-Cet endroit est magnifique, dis-je à Jacob.

-Pas autant que toi, répondit-il.

-Je t'aime, mon amour.

Il ne répondit pas, trop occupé à m'embrasser. Il arrêta mes mains qui commençaient à déboutonner sa chemise.

-Quel lit inaugurons-nous, Madame Black ?

-J'aime bien celui au couvre-lit bleu avec des rayures blanches. Mais je me sentirais coupable de le démolir. Quoique … au diable le lit !

Riant, il me prit dans ses bras et, rapide comme l'éclair, m'emmena dans la chambre au lit bleu et au septième ciel par la même occasion.

PDV d'Aro Volturi

Nous étions prêts.

Au début, je n'avais pas totalement adhéré au plan de Caius. Notre … manière d'agir serait plus inhabituelle et moins couverte par des prétextes quelconques que d'ordinaire. Si des vampires venaient à découvrir la vérité, elle pourrait être retenue contre nous.

Cependant … le plan de mon frère était infaillible, et tous les vampires de la garde l'avaient approuvé. Depuis notre « défaite » face aux Cullen, Caius avait gagné en autorité auprès des miens je n'étais pas à même de refuser sa proposition, ce que je n'avais de toute façon pas l'intention de faire.

De mes yeux rouge sang, je fixai celui sur qui reposait la réussite de cette mission. Il était encadré par Jane, Alec, Démétri, Félix et Chelsea. Six vampires étaient superflus pour cette mission, mais mieux valait être prudent.

-Es-tu prêt, Gabriel ? demandai-je.

-Oui, maître, répondit-il humblement.

Je me félicitai et re-félicitai de l'acquisition de ce jeune vampire de talent. Grâce à lui, nous serions encore plus puissants et craints que jamais. Lorsque mes soldats m'avaient apporté Gabriel, j'ignorai s'il accepterait de mettre son don à notre service, car il était très respectueux de la justice et de l'éthique. Mais, s'il avait des valeurs morales très importantes, il était aussi très perdu et naïf et nous avait cru sur parole lorsque nous lui avions affirmé que notre seul but était de faire régner la justice. Ce qui était vrai, soit dit en passant simplement, nous aimions également posséder des soldats talentueux et dominer le monde vampirique.

Le pourquoi de cette mission, d'ailleurs. Chacun y trouvait son compte :

-nos soldats, une douce vengeance envers ceux qui nous avait humiliés ;

-Caius, la suppression d'une aberration de la nature.

Et moi … un peu de tout cela, j'imagine, avec en prime une merveilleuse et rarissime créature, courageuse et talentueuse, qui serait le joyau de notre clan.

En trois mots : Renesmée Carlie Cullen.

Je sortis de mes pensées et lançai :

-Parfait. Je compte sur vous, mes très chers. En route pour Montgomery.

PDV de Bella

-Bella chérie … je ne veux pas te vexer, mais là tu exposes ta reine. C'est le pion le plus puissant de ton armée, tu sais ? Et puis tu as déjà perdu une tour et un cavalier. Regarde, si tu bougeais ce pion-là …

-Edward, je sais jouer aux échecs, merci. Tu devrais surveiller ton jeu au lieu d'essayer de m'apprendre.

Emmett souffla de dépit. Mon mari et moi jouions aux échecs pour nous distraire de l'absence de notre fille, qui était partie depuis déjà une semaine et nous manquait beaucoup. Notre frère avait parié avec Jasper une voiture de course sur moi. J'étais la seule adversaire dont Edward ne pouvait pas lire les pensées. Je n'étais pas très forte aux échecs, mais j'avais vite compris la tactique d'Edward, un peu … vieux jeu. Et puis il avait la fâcheuse tendance à essayer de me faire gagner, totalement persuadé que je n'avais aucune chance contre lui.

-Tu es sûre que tu veux déplacer ce pion ici ? demanda-t-il. Parce que franchement …

-Mange-le, Edward, dis-je si c'est ma permission que tu veux. Ah. Désolée mon amour … échec et mat.

Eberlué, mon mari regarda le plateau de jeu.

-Je faisais souvent des parties contre mon ordinateur, lorsque j'étais humaine, expliquai-je.

Emmett éclata de rire :

-Tu vois Edward ? Tu te fais battre par un ordinateur. Je savais que tu n'étais pas si intelligent que ça ! Et, merci beaucoup Bella !

-De rien. Jasper, navrée que tu doives lui acheter une voiture à cause de moi.

-Ce n'est pas grave, me rassura Jasper. Ma carte bleue est pleine.

Edward grimaça.

-Etait. Alice te l'empreinte souvent pour faire les boutiques.

Ma meilleur amie, qui regardait un défilé de mode à la télé, se retourna et grommela :

-Tu n'avais pas besoin de le lui dire, espèce de rapporteur.

Elle se décomposa en voyant le regard de Jasper.

-Heu … je vais chasser !

Elle sortit de la villa en un coup de vent. Jasper soupira et leva les yeux au ciel, tandis qu'Emmett ricanait, pour ne pas changer. Les deux frères entamèrent un combat amical en plein milieu du salon. Esmée arriva dans la pièce d'une démarche gracieuse et leur intima d'aller dehors. Elle s'assit à la table du salon et sorti des plans.

-Une villa, c'est beaucoup trop petit pour cinq couples, dit-elle, surtout lorsqu'ils sont apparentés (coup d'œil à Edward). Je pensais construire une villa pour Nessie et Jacob, pendant qu'ils sont en lune de miel.

-Bonne idée, approuvai-je, même si j'avais intercepté la grimace d'Edward. Mais pas trop éloignée de celle-ci, alors.

Esmée allait rajouter quelque chose lorsqu'Edward se tendis et lâcha d'une voix nerveuse :

-Préparez-vous, il y a du nouveau. Rose, Emmett, Jasper ?

Il n'éleva pas la voix mais une fraction de seconde plus tard, ses frères et sœur apparaissaient au salon.

-Que se passe-t-il, Edward ? questionnai-je, alarmée.

-Attends, m'intima-t-il, Alice arrive, elle a eu une vision.

Effectivement, sa sœur entra dans la pièce quelques secondes après. Elle se massa les tempes en grimaçant.

-Les Volturi, lâcha-t-elle en même temps qu'Edward.

A l'énoncé de ce mot, Jasper se rapprocha d'Alice, Emmett de Rose et Edward de moi. J'eus une petite impression de déjà vu un frisson de peur me traversa automatiquement.

-Oh non, gémis-je. Dites moi que ça ne va pas recommencer.

Une pensée soudaine et maternelle me réconforta quelque peu :

-Au moins, Jake et Nessie ne sont pas avec nous.

Alice me fixa de ses yeux rendus noirs par l'anxiété, et la vérité m'apparut au même instant que mon mari.

-Non, non, non, suppliai-je en regardant ma sœur.

Edward, à mes côtés, était figé comme un morceau de glace, ses bras enserrant ma taille comme des étaux.

-Et si tu nous racontais ta vision, Alice, demanda Jasper, rendu mal à l'aise par l'atmosphère saturée de peur.

Elle inspira inutilement de l'air

-J'ai vu les Volturi se préparer pour une mission importante. Il y avait les gardes habituels, et un jeune vampire. Tous étaient dans un jet privé avec Aro. Rien de tout cela n'aurait été alarmant, si ce n'est que … ils étaient presque au-dessus de Montgomery. Après cette image, ma vision s'est stoppée brusquement, mais j'ai pu voir le visage de Renesmée, entouré de flou.

-Jacob, soufflai-je.

-Oui, confirma Alice. Je ne vois plus l'avenir des Volturi.

Longtemps, nous restâmes figés, tels des statues de marbre.

-Oh non, pas eux, murmurai-je. S'il vous plaît, pas eux.

Edward me plaqua contre son torse avec force. Je sus qu'il aurait eu le même geste protecteur envers Nessie si elle avait été là. Esmée nous observa, du désespoir dans ses prunelles or.

-Il faut réserver un vol pour Montgomery. On arrivera peut-être à temps. Et je préviens Carlisle.

Elle se rua sur le téléphone et composa le numéro de l'hôpital. Elle se lança dans une conversation au débit précipité avec Carlisle, puis réserva un vol qui partait dans deux heures.

-Carlisle arrive dans dix minutes. Il faudrait peut-être informer Renesmée et Jacob.

-Oui, souffla Edward.

Il sortit son portable et composa leur numéro. Il s'acharna avec désespoir sur son mobile sans que personne ne réponde.

-Ils l'ont coupé, dit-il. Nous n'avons plus qu'à espérer les rejoindre à temps.

Il me tendit ses bras et m'y serra de toutes ses forces. Je sanglotai sans larmes sur son épaule. Si j'avais été humaine, j'aurais fait une crise d'hystérie. Une mère savait toujours lorsque sa fille était en danger.

Une seule chose importait, à présent : sauver Renesmée.

PDV de Renesmée

Les Volturi, imposants dans leurs capes sombres, se dirigeaient vers moi, vers nous. Ils étaient nombreux, et je ne parvenais pas à distinguer leurs visages. Je m'agrippai au loup roux à côté de moi.

-Jake, il faut partir ! S'il te plaît …

Mon cri se termina en une supplication. Je tentai de pousser Jacob pour qu'il recule, mais il ne bougea pas d'un millimètre. J'eus l'impression d'être faite de mousse et lui de ciment. La masse foncée formée par les Volturi était presque sur nous, à présent. Terrifiée, je me serrai contre Jacob, lequel avait adopté une posture défensive devant moi mais ne daignait pas s'enfuir. J'aurais voulu fermer les yeux, mais j'avais la sensation que cela s'apparenterait à abandonner Jacob. Les formes sombres furent sur nous quelques secondes plus tard je sentis des courants d'air glacés me frôler, contrastant avec la chaleur du loup.

Soudain, mon âme-sœur ne fut plus là. Je sentis la différence avec netteté car j'eus soudain très froid, et je tombai par terre. J'eus à peine le temps de voir le loup se faire emporter loin de moi. Puis les fantômes vêtus de noir se ruèrent sur moi, obscurcissant mon horizon.

-NOOOON ! hurlai-je.

J'ouvris les yeux, juste à temps pour voir le sol se rapprocher dangereusement de moi.

-Aïe, protestai-je plus par réflexe que par douleur.

Le visage contre le sol, je tremblai au souvenir de mon rêve.

-Jake ?

-Je suis juste au-dessus de toi, souffla ma voix préférée au monde. Franchement, il n'y a que toi pour tomber du lit.

Il me tendit les bras et m'assit sur le lit. Derechef, je m'y blottis et il croisa mon regard apeuré.

-Pourquoi criais-tu ?

-Un cauchemar, éludai-je.

-A propos de quoi ?

-Rien d'important.

Jacob me considéra quelques instants.

-Je ne te crois pas. Je te retiendrais en otage jusqu'à ce que tu me répondes.

Joignant le geste à la parole, il emprisonna mes mains et les embrassa au passage.

-Je veux bien rester ton otage aussi longtemps que tu voudras, plaisantai-je.

Il ne répondit pas, et je saisis que ma voix si était tendue et éraillée qu'elle ne prêtait pas à la rigolade.

-Très bien, je cède, soupirai-je. J'ai cauchemardé à propos des Volturi, comme quand j'étais petite.

Jacob se crispa :

-Je ne veux pas que tu ais peur d'eux.

-Je n'ai pas peur d'eux, protestai-je mollement.

-A d'autres.

-J'ai peur de te perdre, c'est différent.

-Je ne t'abandonnerai jamais, ce serait au-dessus de mes forces. Je t'aime trop pour te faire ça.

D'un baiser tendre, il chassa mes craintes. Entendant son ventre gargouiller, je sautai sur mes pieds. Aussitôt, je chancelai et me raccrochai au lit, le faisant vibrer.

-Zut ! râlai-je. Ce fichu rêve a des impacts sur mon organisme, maintenant. A moins que ce ne soit notre activité de la nuit dernière… Tiens ? Nous avons dormi dans la chambre jaune ? Je croyais que nous en étions à la verte …

Jacob éclata de rire.

-Tu es tellement … distraite quand tu es occupée ! C'est adorable, j'aime cet aspect de ta personnalité.

Je lui servis une moue boudeuse et sortis de la chambre en faisant attention de ne pas me prendre la porte en pleine face. Je faisant cuire des œufs lorsqu'un bruit me fit sursauter : on frappa trois coups brefs et secs à la porte. Je pensais la maison éloignée de toute vie à des lieux à la ronde et il n'était pas dans les habitudes des touristes perdus de grimper en haut d'un arbre pour frapper chez des inconnus. Faisant abstraction d'un mauvais pressentiment (que j'aurais mieux fait d'écouter, soit dit en passant), j'ouvris la porte.

Ma première réaction fut un hoquet d'horreur, mon esprit ayant du mal à cogiter.

La seconde fut la négation de ce qui se trouvait devant moi. Impossible ! me criait mon esprit.

Ma troisième et énième réaction fut la terreur je fis un pas en arrière.

Les visages d'Alec et Jane Volturi se teintèrent de mépris et d'un certain amusement. Derrière eux, je reconnu Chelsea, Félix, Démétri et un vampire que je ne connaissais pas.

-Bonjour, Renesmée, susurrèrent les jumeaux maléfiques.

Inutile de préciser que je ne le sentais pas du tout.

Mais alors pas du tout.

Percevant sans mal les battements désordonnés de mon cœur, Jacob arriva dans la pièce en courant. Sa réaction face à ses ennemis héréditaires fut immédiate : il m'arracha de l'endroit où je me trouvais, m'éloigna des Volturi et se plaça devant moi. Des tremblements de plus en plus violents secouèrent son corps. L'affolement me submergea, mais je tentai de réfléchir logiquement. Je posais mes mains sur les bras de Jacob.

-Arrête, s'il te plaît, le suppliai-je. Ils nous tueront si tu les attaques.

Le visage dépité de Jane, tandis que Jacob se calmait, confirma mes dires.

-Il doit t'être … très attaché pour réussir à ne pas se transformer, observa-t-elle.

Ces paroles éveillèrent mes soupçons, les vampires ayant plutôt tendance à considérer les loups-garous comme des animaux de compagnie de plus, c'était sans doute la première phrase dénuée de méchanceté qu'elle adressait à quelqu'un de toute sa vie.

-Et en quoi cela vous concerne, hein ? rétorquai-je.

-Voyons Renesmée … est-ce ainsi ta façon de nous accueillir ? minauda Alec.

-Votre présence n'était pas souhaitée, répliqua Jacob en gardant sa position défensive. Pourrions-nous en connaître la raison ?

Les jumeaux l'ignorèrent royalement, mais un léger sourire flotta sur leur visage, à l'instar de Félix, Chelsea, Démétri et le jeune vampire. Ce fut à cet instant que je compris qu'ils n'avaient rien à craindre de nous. Maman n'était pas là pour nous protéger, ils nous surpassaient en nombre, j'étais totalement inexpérimentée en matière de combat et je n'avais aucun pouvoir offensif.

-Sache, jeune hybride, reprit Jane, que les Volturi sont censés faire régner l'ordre dans le monde vampirique. Il y a sept ans de cela, nous sommes venus pour anéantir une aberration de la nature : toi. Or, il fût prouvé que tu ne représentais pas de danger immédiat pour notre survie. Ce qui n'est plus le cas à présent.

- Viens-en aux faits, Jane, crachai-je, agacée.

Soigneusement et avec lenteur, Jane sortit de sa poche un papier, qu'elle me tendit sans mot dire. Surprise, je reconnus notre faire-part de mariage.

-Jacob Black et Renesmée Cullen sont ravis de vous annoncer leur union prochaine, lut Jane. Etc., etc. Tu ne devines pas ?

Oh que si, j'avais compris le prétexte était tout trouvé. J'eus un sursaut horrifié.

-Dans le monde vampirique, dit Jane en repliant le papier, les unions autres qu'entre vampires sont proscrites. Nous avions prévenus tes parents, lorsqu'Isabella était encore humaine. C'était le secret de l'existence de notre espèce qui était menacé. Cette fois-ci, la nature de l'infraction est différente. Ce jeune loup est au courant de nos lois, mais son espèce est l'ennemie héréditaire de la nôtre. Cette union … est sans nul doute la première, et elle doit-être la dernière. Cette erreur de la nature ne peut pas être tolérée. Quels seront vos descendants, à la fois loups, humains et vampires ? Quelles conséquences entre nos deux espèces ce mariage causera-t-il ?

-Nulle autre que la paix entre les deux races, soufflai-je. Mais c'est une notion qui vous est inconnue.

-Tu te trompe, contra Alec. C'est dans un esprit de paix et de préservation que nous venons ici. Nous ne seront pas les seuls à réfréner cette union, et il est du devoir des Volturi d'agir les premiers pour empêcher une guerre.

Ces paroles suintaient l'hypocrisie nous ne relevâmes pas. Ils se turent et six paires d'yeux rouges et vampiriques nous fixèrent. Jacob me serra contre lui pour me rassurer et s'empêcher de se transformer. Lui aussi savait que nous ne ferions pas le poids face à eux et il ne se transformerait qu'en dernier recours.

-Tu as de la chance, susurra Jane, Aro veut te garder vivante. Laisse-nous tuer le chien, et il ne t'arrivera rien.

-Non ! criai-je.

-Va-t-en ! m'ordonna Jacob.

« Pas sans toi ! » répliquai-je par le biais de mes mains pour que les gardes ne saisissent pas toute la discussion. Je fis le parallèle avec mon rêve : comme dans celui-ci, Jacob refusait de partir.

Affolée, je vis que nous étions encerclés. Jane soupira faussement et darda ses yeux rouges sur nous. Avant que nous ne puissions ressentir la douleur, Jacob, plus vif que l'éclair, muta en loup et se jeta sur elle, tandis que je faisais de même avec Alec. Il me repoussa avec facilité et Félix m'emprisonna dans ses bras. J'essayai de me libérer, en vain, alors que Jacob attaquait Jane, trop rapidement pour qu'elle puisse faire usage de son pouvoir. Soudain, Démétri l'attaqua de dos, ce qui laissa le temps à Jane d'utiliser son don. Jacob hurla et tomba sur le sol. Je ressentis sa douleur comme si elle avait été mienne, mais en cent fois plus forte.

-Nooon ! hurlai-je. Arrêtez !

Comme toute attente, Jane obéit, avec un sourire moqueur et sadique, et libéra mon loup de l'emprise de son pouvoir. Haletante, je fixais Jacob, qui me rendit un regard plus humain qu'animal, plein d'amour et de détresse. Je t'aime, je t'aime, je t'aime, pensai-je très fort en espérant qu'il comprendrait. Je suis désolée. Jane claqua des doigts Félix me tira en arrière et Démétri s'approcha de Jacob.

A ce moment précis, le vampire fit quelque chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout.

Quelque chose d'horrible.

Quelque chose qui me donna l'impression qu'on m'arrachait le cœur.

Il le mordit.

PDV de Bella

Nous huit –moi, Edward, Carlisle, Esmée, Alice, Jasper, Rosalie et Emmett- étions réparti dans deux voitures de location qui roulaient à toute allure. Les compteurs approchaient les 200 kilomètres/heures. Nous avions atterri à Whitehorse et nous étions empressés de voler deux voitures, les formalités pour la location étant trop longues à remplir. J'entendis Rosalie pester dans la voiture qui nous suivait. Contrairement à moi et Edward, qui traduisions notre peur par un mutisme obstiné, ma sœur de cessait de s'en prendre à tout un chacun pour l'évacuer. Emmett tentait tant bien que mal de la calmer, en vain, car lui-même était énervé.

Alice et Jasper se trouvaient avec Edward et moi. Ma sœur ne cessait de scruter l'avenir à s'en donner mal à la tête. Malheureusement, elle ne percevait plus rien du futur des Volturi, ce qui signifiait qu'ils étaient très proches de Jacob –et donc de Renesmée- … voire déjà avec eux. Je m'efforçais de ne pas penser à cette éventualité et bénissais le ciel qu'Edward ne puisse lire mes pensées –inutile que sa crainte soit alimentée par la mienne. Mon mari conduisait, le regard fixe, sans lâcher la route des yeux.

-Laisse tomber, Alice, lui intima Jasper lorsque celle-ci lâcha un grognement de frustration.

-J'arrive à entrapercevoir les Volturi et Renesmée, répliqua ma belle-sœur, l'air un peu égaré. Mais ce n'est que par instants, comme si Jacob… s'éloignait ou …

Edward se crispa davantage sur son volant, tandis que, effrayée, je songeai que je n'avais nul envie de savoir la nature de la deuxième possibilité.

-C'est curieux, marmonna Alice. Je vois Nessie de mieux en mieux, à présent.

-On dirait qu'elle pleure dit Edward, anxieux. En tout cas, c'est le visage qu'elle a lorsqu'elle est triste.

Je posai ma tête sur son épaule, priant pour que nous arrivions à temps. Je n'avais plus envie d'entendre Alice raconter ce qu'elle voyait. Cela me faisait trop mal. Il m'était insupportable de savoir ma fille triste ou blessée.

Lorsque la voiture eut plus de mal à avancer, nous en sortîmes pour aller à la maison dans les arbres en courant. Rosalie, Emmett, Carlisle et Esmée nous rejoignirent. Edward fila aussitôt comme une comète à travers les arbres et je le suivis tant bien que mal, le repérant grâce à son odeur. Soudain, Alice, qui courrait à côté de moi, se stoppa brusquement. Jasper la prit par les épaules et lui demanda ce qu'elle voyait. Son visage, si c'était possible, devint plus blanc encore.

-Renesmée … chuchota-t-elle. NON !

Elle avait haussé si brusquement le ton que nous sursautâmes. La détresse de sa voix tordit mon cœur mort et Jasper grimaça de douleur et de tristesse devant celles qui émanaient d'Alice. Dans un dérapage parfait, je doublai les deux statues qu'étaient devenus Alice et Jasper et courus à la suite d'Edward, la peur au ventre. J'entendis Alice murmurer :

-Il est trop tard Bella …

Jamais la pénombre de la forêt ne m'avait paru si inquiétante.

Car les visions d'Alice ne mentaient jamais.

PDV de Renesmée :

Le loup hurla, et j'hurlai avec lui. Je sentis le venin s'infiltrer dans ses veines, paralyser peu à peu son organisme. La douleur, autant physique que morale, me transperça de part en part comme la lame d'un couteau. Inconsciente de ce que je faisais, je griffai et frappai Félix comme une folle. Les yeux de Jacob, de plus en plus vitreux, m'appelaient près de lui. Les battements de son cœur étaient aussi chaotiques que les miens. Je me jetai sur lui et le secouai.

-Ne … ne me laisse pas, mon amour, sanglotai-je. Je t'aime. Ne meurs pas.

J'essayai de lui faire un massage cardiaque, mais j'étais trop incertaine de l'endroit où se trouvait son cœur, et trop choquée pour avoir des pensées cohérentes. Dès que mes mains agrippèrent ses poils, des voix que je ne connaissais que trop bien défilèrent dans ma tête. Ainsi, je revis nos plus beaux instants ensembles.

Les larmes inondaient mes joues, bien que j'en fusse à peine consciente. Près de moi, j'entendis bouger les gardes Volturi, mais je m'en fichai éperdument. Jacob gémissais, à présent. Il me lécha tendrement le visage. J'entendis les battements de son cœur ralentir.

-Jake ! Tu es toute ma vie, pleurai-je. Bats-toi, je t'en supplie.

Jacob posa sa tête sur mes genoux et ses yeux me transpercèrent de tout son amour, puis, comme à bout de force, il ferma les yeux.

D'un seul coup, son cœur se stoppa. J'eus l'impression d'être déchirée de l'intérieur comme une vulgaire feuille de papier. Ce fut comme si le temps s'était arrêté, comme si on avait coupé mon horloge interne, comme si moi non plus, je n'avais plus de cœur. Une plaie béante s'ouvrit dans ma poitrine.

Hélas, ce n'était qu'une impression. Je vivais, et lui non. Mon cœur battait, et le sien non. Et c'était insupportable de l'admettre. Je posais ma main sur son cœur mort : « Ne t'inquiète pas, mon ange, je te rejoins le plus vite possible. Ma vie est le seul cadeau que je puisse te faire. » Hébétée et anéantie, je me retournai tant bien que mal et lorgnai les six gardes Volturi sans les voir. Je voulus leur demander de me tuer, mais mes cordes vocales ne répondirent pas. Tout ce que je pus faire fût de sangloter hystériquement.

-Une bonne chose de faite, lâcha Jane avec satisfaction.

Je ne compris pas de quoi elle parlait, mais je m'en fichais. J'attendais juste qu'ils me tuent. S'ils avaient tué Jacob, c'était pour me tuer également, non ?

Ce fut avec soulagement que je sentis Félix me frapper à la tête, puis me mordre au cou. J'accueillis avec vénération la brûlure du venin qui tuait mon organisme. Souffrir physiquement était agréable. Je t'aime, Jake, pensai-je en sombrant.

Puis ce fut le noir complet.