Disclamer: rien est à moi, tout est à JK Rowling!

Je suis crevée! J'ai envie de dormir! Et les manifs me crèvent, mais restons mobilisés! Les jeunes dans les rues, le gouvernement finira par reculer!

Bon, j'arrête ma propagande et je reparle de ce qui nous réunis ici: une certaine fic que vous suivez impatiament (du moins je l'espère, l'espoir fait vivre...) :) Je vous remercie tous, vous fait d'enormes bisoux et vous souhaite une agréable lecture!


Chapitre 10 : Le Manoir Malefoy :

Le week-end allait commencer d'ici quelques petites minutes. Exceptionnellement, je n'allais pas le passer à Poudlard mais chez les Malfoys car mon oncle avait trouvé que ce serait marrant et agréable. Je doutais que cette raison fut réelle mais je n'avais, pour ainsi dire, pas le choix. Heureusement que Drago serait avec moi car sinon l'aventure pourrait se révéler cauchemardesque... Il était près de minuit et la pensée du lendemain m'empêchait de dormir. Devais-je le redouter ou l'attendre impatiemment ? Impossible de déterminer d'avance comment se passerait ce séjour en terres inconnues. Seule Alyssa s'y était déjà rendue, elle avait d'ailleurs passé un bon moment. D'après ses descriptions, le manoir se tenait dans un lieu reculé d'Angleterre, au bout de la Cornouaille plus exactement. Pas un signe de vie à moins de trente kilomètres, que des champs à perte de vue. La demeure était bâtie sur une falaise dominant l'Océan qui venait farouchement se détruire contre les rochers impitoyables. Pendant les jours dégagés d'été, elle affirmait que l'on pouvait apercevoir au loin la pointe de la Bretagne française. La ville de Brignognan, si mes souvenirs de géographie sont bons. Mais en ce début de printemps, le temps risquait de ne pas être clément. Minuit, l'heure du crime. Mais surtout minuit, l'heure où tout individu normal devrait dormir sur ses deux oreilles. Suis-je quelqu'un que l'on pourrait qualifier de « normal » ? Tout étant relatif, je serais bien incapable de donner une définition claire de ce qui est normal. Il est par contre plus facile d'énumérer ce qui semble normal aux yeux des Autres, tout en prenant en compte que chaque interprétation est unique. Donc, cela nous fait approximativement six milliard de différentes normalités dans notre monde. Je suppose, en conclusion que l'idée du « normal » est totalement absurde puisque personne n'a la même perception des choses. Et voilà minuit, l'heure de la philosophie.

Sept heures, l'Heure du Départ. Ma valise était légère car je n'avais pas besoin de beaucoup d'affaires. Ron venait de me faire un au revoir à l'avant-goût d'adieu, son air dramatique m'avait mis assez mal à l'aise. Pourtant, j'allais revenir, rien ne pouvait m'arriver, enfin...en principe. L'anxiété me gagnait au fur et à mesure que les mètres me séparant du château protecteur s'additionnaient. Je n'osais pas me retourner, de peur de le voir s'estomper à jamais. Monsieur Malefoy ouvrait la marche d'un pas amples et fier, le fils suivait nonchalamment, et moi, j'avançais à contrecœur. Aucun de nous ne jetait un regard en arrière et je supposais sans le voir que mes escortants regardaient droit devant eux, de cette manière presque arrogante. Personne ne parlait, le silence me pesait encore plus. Malefoy manipulait sa précieuse cane ornée d'une tête de serpent argentée au rythme de ses pas. Quelconque étranger nous apercevant ce serait demandé quel genre de procession nous étions entrain d'accomplir. Selon moi, funèbre. Sinon, pourquoi avais la sensation oppressante d'effectuer ma dernière marche avant l'inévitable conclusion ? Surtout que je me trouvais encadrée pendant deux longs jours (dans le meilleur des cas) par le mangemort formé directement par Voldemort, autant dire la plus grande puissance de ce dernier. L'unique protection dont j'allais peut-être bénéficier restait être celle de Drago. Pourquoi Albus m'avait-il jeté dans l'antre du dragon ?

Nous sortîmes de l'enceinte de Poudlard. Je ne savais pas encore comment nous allions nous rendre chez eux mais le Portoloin me semblait le mode de voyage le plus pratique à trois. Cependant, cela m'étonnait que le Grand Lucius Malefoy utilise un moyen aussi basique et peu confortable. Effectivement, il ne s'abaissa à cette pratique. Nous marchâmes jusqu'au bois qui rattachait Poudlard et Pré-au-lard. Malefoy émit un petit raclement de gorge, Drago se retourna alors brusquement vers moi. Il s'approcha et me dit nerveusement quelques mots que j'avais du mal à rassembler en phrases dans ma tête ; je commencais à avoir réellement peur. Il fit apparaître un ruban noir, couleur de la mort en m'expliquant :

« Je vais te bander les yeux, mais je ne te lâcherai jamais. On va utiliser une technique secrète pour se rendre au manoir, c'est rapide et pas douloureux, d'accord ?... Tu me fais confiance ? »

Je ne répondis pas, me contentant de le regarder une dernière fois de mes yeux effrayés. S'il me trahissait, au moins il aurait bien joué son rôle jusqu'au bout. Il me noua délicatement cette étoffe douce et soyeuse, qui me comprimait légèrement le nez. Privée de ma vue, mes autres sens s'affolaient. Cependant, je restais les lèvres scellées, les yeux ouverts et les mains le long de mon corps. Je respirais lentement, absorbant peu à peu le doux parfum du ruban. Ne dit-on pas que la mort prend parfois l'apparence d'une belle femme aux émanations fraîches ? Un célèbre écrivain avait écrit qu'Elle apparaissait telle l'ombre d'elle-même, lorsque le moment était venu. On apercevait d'abord une mince silhouette enveloppée de noir se rapprocher de manière lente. Son corps ne touchait pas le sol, seuls quelques lambeaux de sa robe traînaient à même la terre. Mais aucune trace ne restait derrière son passage. Quand Elle arrivait face au condamné, Elle ôtait gracieusement sa capuche, laissant dévoiler sa tête et ses mains. Son visage était celui d'une jeune femme mûre, avec de grands yeux sombres et une chevelure noire, longue et droite. Cette dernière restait tirée en arrière, pas un cheveux ne passait derrière l'une de ses oreilles. Ses lèvres, ainsi que son teint, étaient d'un blanc laiteux uniforme. Elle avait des mains fines aux doigts presque squelettiques, pas un vaisseau ne l'irriguait. Ses joues creusées donnaient un air de sévérité, qui s'estompait une fois que notre regard se plongeait dans le sien. Incroyablement mélancolique. Triste à mourir.

Moi aussi, je l'étais. Résignée, plutôt. A quoi bon se battre puisque la mort semble me guetter à chaque tournant de la vie ? Et puis surtout, comment me révolter si c'est celui que j'aime qui m'amène à ma propre perte ? Jeune femme, je te regarderai en face si tel est ton désir. Mais me confiras-tu au moins ce qui te ronges, te détruits, te consumes de l'intérieur ? Quelle est cette peine immense qui se reflète dans tes yeux avec autant d'intensité ? Est-ce uniquement une ruse afin d'attirer plus facilement à toi ces êtres condamnés ? Non, je ne pense pas. Je ne veux pas le penser. Une immortelle beauté ne devrait pas se jouer des humains faibles et émerveillés. Quand tu viendras à moi, je te promet de t'écouter. Entendre l'histoire de toute une vie. Si ça ne te déranges pas, si tu le veux bien, si tu en as besoin. Me raconteras-tu la longueur de la nuit perpétuelle qui règne sur ton existence ? Ton dégoût des cadavres. Ta solitude. Ton rôle d'épouse d'Hadès. Tu es sa représentante, son éclaireur, son ombre. Mais qui es-tu en réalité ? Il existe un certain syndrome de Stockholm. Existe-t-il un équivalent pour un meurtrier ? Car dans ce cas, je suis atteinte. Gravement atteinte, même. Mais aura-t-il l'audace, le courage, le sang froid de tuer une amoureuse éperdue ? La mort ne me paraît plus effrayante. Je l'aime presque. J'aime cette femme qui représente la mère que je n'ai jamais eu. Quelle douce fin que d'être amenée dans tes bras par Drago. M'endormir enfin le cœur heureux.

Il me prit par les épaules et me guida vers je ne savais où. Nous marchâmes un petit moment dans le bois. Je me concentrais sur mes autres sens de façon à oublier mon angoisse. Les pas de Drago étaient légers et rapides, tandis que ceux de son père me paraissaient plus posés et de rythme lent ; il devait marcher en grandes enjambées. Les mains de mon guide tremblaient légèrement, et je percevais sa respiration irrégulière. Il redoutait quelque chose. Mais était-ce la même chose que moi ?

Ne pas penser. Juste analyser les perceptions sensorielles. J'aurais aimé que les oiseaux chantent, que le soleil brille et que l'air soit agréable. Ce n'était pas le cas. Nous nous arretâmes enfin. J'entendis un grattement, un farfouillis dans les feuilles sans doute. Drago prit alors ce que lui tendait Lucius et se mit à chuchoter quelques mots si bas que je ne les compris pas. Ensuite, il me demanda d'ouvrir la bouche et me déposa une chose fraîche sur la langue en me disant de la laisser fondre. Je ne savais pas s'il faisait de même mais je lui obéis sans poser de question. Etait-ce une petite feuille ? Un pétale ? Une herbe ? Quoi qu'il en soit, je ne ressentais rien pour le moment. Mais c'était froid, humide, rugueux. Cela fondit rapidement et je ne gardai bientôt plus que l'âpreté du goût. Pas de malaise, d'évanouissement, de mort subite. Simplement une sensation qu'un liquide froid coulait lentement dans ma gorge pour se répandre dans tout mon corps. Un poison de mort lente semblable à la technique de l'Aréazphore ? Je ne sais pas, mais en tout cas il y a bel et bien un effet. Impression que le corps devient glace petit à petit. Impression que la conscience se tétanise peu à peu. Impression que l'être s'endort au fur et à mesure. Mais, contre toute attente, il y eu un réveil. Je repris connaissance en pensant que je n'avais sombré que pendant une trentaine de secondes. Mon bandeau se trouvait toujours sur mes yeux, les mains de Drago sur mes épaules. Il ne m'avait pas mentit.

Des gouttes de pluie tombaient avec irrégularité et grand bruit. Drago m'ôta enfin l'étoffe, me laissant découvrir un paysage totalement différent de ce que je connaissais. Nous ne nous trouvions plus dans le même lieu. Nous devions être arrivés en Cornouailles sans que je n'en comprenne la manière. Une campagne broussailleuse à la couleur ocre d'automne s'étendait à mes pieds. Au bout, la terre laissait place à une mer déchaînée, écumant de violence, et qui se jetait avec effronterie contre la solide falaise dans un fracas de jugement dernier. Chaque nouvelle vague allait irrémédiablement se briser sur les rochers impitoyables. Le ciel orageux menaçait de gronder et la pluie battante se chargeait de tremper en quelques secondes tout ce qui se trouvait sur son chemin. La lumière était particulière. Elle créait une atmosphère inquiétante et singulière, mais aussi captivante. Cet endroit resplendissait d'une beauté naturelle que même la pluie tenace ne parvenait pas à altérer. Face à moi, trônait fièrement le Manoir Malefoy. Il baignait dans une ambiance tout à fait adéquate par rapport à la pensée qu'évoquait le nom des Malefoys. L'imposante demeure était constituée de milliers de petites briques sombres assemblées les unes avec les autres de façon asymétrique. L'ensemble donnait des immenses façades unies et assez compactes. Une seule tour s'élevait, au bord de la falaise, face à la mer. Les fenêtres me semblaient peu nombreuses et très étroites, une unique porte en bois sombre somptueuse permettait l'accès. Nous nous dépechâmes de l'atteindre car nos vêtements étaient complètement détrempés. Les montants de l'entrée avaient été sculpté en forme de serpents, ainsi que la poignée. Lucius l'ouvrit d'un coup de baguette.

Je pénétrai dans un hall lugubre qui n'était pratiquement pas éclairé. Dans ce noir quasi total, une lumière s'avança. Ou plutôt une femme tenant un chandelier à la main s'avança. Grande, fine, aux longs cheveux noirs tombant droit jusqu'à la taille et vêtue d'une longue robe de soie noire épousant parfaitement ses courbes harmonieuses. Majestueuse. Superbe. Une beauté démoniaque. Elle représentait l'idéal de la personnification de la mort. J'aurais juré que la divine épouse d'Hadès se tenait là. Sa voix profonde happa un peu plus mon être dans sa contemplation. Je n'entendais pas ce qu'elle disait, j'écoutais simplement la triste mélodie de ses paroles. Drago me sortit enfin de mon état léthargique en me secouant légèrement.

« Je te présente Narcissa, ma mère, fit-il une fois que j'ai repris mes esprits, et elle a raison, il faut te changer donc suis-moi jusqu'à ta chambre. »

Il m'entraîna par un couloir et nous montâmes un escalier. Il marchait vite et me tirait presque par le bras. Nous entrâmes par l'une des nombreuses portes qui apparaissaient dans le couloir aux teintes cuir. Il referma brusquement la porte derrière nous mais ne dit rien tout d'abord. Il regardait autour de lui comme s'il redoutait une présence. Sans doute rassuré, il me dit sévèrement :

« Non mais qu'est-ce qui t'as pris tout à l'heure ? Fais gaffe, tu n'es plus protégée par ton oncle ici, alors essaye de me rendre la tâche plus facile en restant lucide ! Ce n'est pas trop te demander ?

- Excuse-moi, répondis-je simplement.

- ...Tu as des vêtements dans ta malle, prends une douche si tu veux et changes-toi. Je t'attends ici, alors ne traînes pas trop ! me conseilla-t-il à peu près calmé. »

La pièce était une sorte de petit salon donnant sur une salle de bain. J'y entrai à pas incertains. La blancheur éclatante de celle-ci m'éblouit étant donné l'obscurité de toutes les autres pièces par lesquelles je venais de passer. La salle de bain, carrelées entièrement, avait une grande surface dans laquelle se trouvaient installés une douche, une baignoire, un grand lavabo crème-noisette et une immense glace qui s'étendait sur l'un des murs. Et pourtant, même avec tous ces objets, la pièce paraissait spacieuse et peu chargée. Des affaires, impeccablement pliés, étaient posés sur une chaise rangée dans un coin. Ce n'étaient pas les miennes mais il semblait évident que madame Malefoy me les avaient préparées. Je me dirigeai vers la douche à la paroi transparente car j'avais calculé que ce devait être le plus rapide. Un étendoir glissa jusqu'à moi pour que j'y dépose mes habits trempés. Je jetai un dernier coup d'œil vers la porte close avant de m'exécuter. J'entrai dans la douche dont les porte coulissaient toutes seules, et me retrouvai face à cinq robinets différents. Rien ne se trouvait indiqué et ils étaient tous de couleur argent identique. A tout hasard, je tournai l'un d'entre eux. Il bougeait par déclic successif, six au total ;chacun permettait d'obtenir un « fond de paroi ». Je choisissai le modèle prénommé « Bretagne de mer », c'est-à-dire un dolmen reposant sur une avancée de pierres s'enfonçant dans une mer calme. L'image s'animait :les vagues régulières allaient et venaient, le vent s'engouffrant sous le dolmen provoquait un léger sifflement, les nuages même se déplaçaient tranquillement dans un ciel d'aube brumeuse. Cette ambiance tout à fait spéciale, me semblait la plus relaxante. Un savon ovale et d'un blanc laiteux paraissait m'attendre. Mais je tournai dans un premier temps un autre robinet : jets massants chauds dans le dos et sur les jambes. Par déduction les deux derniers devaient être ceux de l'eau chaude et de l'eau froide. Evidence vérifiée. Quelle bonheur de sentir cette eau bien chaude couler sur tout mon corps dont la température était presque à la limite du glacé ! Je me lavais sans me presser, le bien-être m'avait totalement gagné. L'eau qui disparaissait par le siphon emmenait avec elle mes tensions, mes peurs et mes doutes. Une fois suffisamment réchauffée et sereine, je sortis. La glace était légèrement teintée de buée, mais on voyait toujours au-travers. Mon reflet était pourtant assez flou sans que je n'en comprenne la raison. Seul le dragon incrusté un peu plus chaque jour dans ma peau était strictement reproduit. Un nouvel étendoir s'avança silencieusement, avec de déposé une large serviette blanche aux dessins nacrés. Je me séchai et allai regarder les différents vêtements mis à ma disposition. Rien de très coloré. Je choisis finalement un petit pull nacré assortit d'une longue jupe noire luisante. Contraste assuré !

Je sortis rejoindre Drago qui feuilletait le numéro spécial « Quidditch passion » sur l'équipe d'Angleterre. Il daigna relever le nez pour me fixer afin de s'assurer de ma bonne présentation vestimentaire. Sans doute satisfait du résultat de son examen, il me fit signe de le suivre en silence. Nous descendîmes le grand escalier, et arrivâmes dans la salle à manger impeccablement préparée. Une longue table garnie siégeait au centre de la pièce, entourée par de magnifiques fauteuils de style baroque. Mr. et Mme Malefoy siégeaient déjà à table, Lucius en son bout. Je ne comprenais pas :nous n'étions que le matin ! Mais soucieuse de ne pas me faire remarquer outre mesure (tout le monde a un minimum d'espoir), je m'assis sur le siège qui venait de se proposer sans une remarque. Narcissa se tenait en face de moi, mais je n'osais pas la regarder. Drago prit place aux côtés de sa mère dans un silence de plus en plus pesant. Je parvenais enfin à imaginer ce qu'enduraient les moines et les nonnes reclus dans une abstention totale de la parole. Quelle angoisse. Heureusement, la Dame rompit ce mutisme conservé par tout le monde.

« Tu es donc la nièce d'Albus Dumbledor, commença-t-elle doucement, je suis ravie de te connaître enfin.

- De même madame... articulai-je en gardant soigneusement les yeux baissés vers la table m'apparaissant soudainement comme magnifiquement intéressante... »

Insupportable que de devenir l'objet central sur lequel tous les regards coïncident.

« Au fait Mlle Dumbledor, je suppose que vous êtes surprise de vous retrouver au dîner, il est effectivement huit heures du soir sauf que vous ne vous en êtes pas rendue compte à cause de votre état, m'expliqua Lucius sarcastique.

- Et tu comptes t'orienter dans quelle voie après tes études à Poudlard ? reprit sa femme visiblement intéressée. »

Très bonne question...

- Je ne suis pas encore tout à fait sûre de se que je voudrais faire plus tard, commençais-je, mais pour l'instant j'hésite entre une carrière d'auror et celle de psychologie sociale magique universelle.

- Il faut être excellent en potions, ce qui n'est pas a priori votre cas, ai-je entendu dire récemment... fit remarquer doucereusement Lucius. Mais tout le monde a ses faiblesses, c'est juste que certains en ont plus que d'autres... »

Ne pas relever. Laisser croire que je n'ai pas saisis que j'étais la véritable cible. Feindre l'indifférence. Simuler l'incompréhension de la réelle portée de ses paroles.

« Bien-sûr Mr.Malefoy, me contentai-je de répondre avec un sourire niais, c'est en effet pour ça que je m'oriente plutôt vers la seconde option.

- En revanche, je crois que tu te débrouilles bien dans la matière de Défense contre les Forces du Mal, appuya Narcissa sans accorder un regard à son époux.

- J'ai quelques facilités, mais c'est grâce à nos professeurs que nous y arrivons... articulai-je de la manière des lèches-botte.

- N'oublions pas non plus que cette jeune demoiselle a pris la fâcheuse tendance de suivre Mr. Potter dans toutes ses entreprises irréfléchies et dangereuses, attaqua Malefoy avec un dégoût particulier en prononçant le nom, il était donc obligatoire qu'elle sache a minimum se défendre grâce à des sorts basiques sinon il y a bien longtemps que nous aurions à déplorer sa...charmante et irremplaçable compagnie...

- Comme vous venez de le souligner Mr. Malefoy, repris-je sans me laisser démonter, j'ai la chance de réussir à me sortir de toute situation critique, et j'entends bien persévérer dans cette voie. N'ayez donc aucun soucis car je vais rester en vie, tout en continuant d'aider Harry s'il a besoin de moi.

- Cet état d'esprit est digne de votre famille, ainsi que ce dévouement...mais faîtes attention à ne pas passer outre mesure trop de règle cette année, car votre renvoi ne pourrait être contourné par votre oncle... me prévint-il.

- Bien, si nous mangions ! proposa Narcissa pour couper notre discussion orageuse. »

Des plats apparurent, garnissant abondamment la table. Lucius se servit sans rien ajouter, Narcissa nous servit elle-même. Plus un seul mot ne fut prononcé pendant le repas. On entendait juste le cliquetis des couverts argent contre les assiettes émaillées. Trois pichets en terre cuite circulaient sur la table contenant respectivement de l'eau, du vin rouge et ce que je supposais être de la sangria à cause de l'odeur fruité qui s'en dégageait. Les plats étaient délicieux, mais je n'arrivais pas à savoir avec exactitude ce qui les composaient. Cela valait peut-être mieux, d'ailleurs. Quant nous eûmes tous finit de manger, la table redevînt propre. Une bande de rivière pourpre se déroula en une fraction de seconde au milieu et dans la longueur. Trois vases de narcisses blancs se déposèrent dessus, plusieurs pétales jaunes tombèrent ainsi que des flocons. Une fois ce changement terminé, Narcissa s'adressa à son fils tendrement :

« Dragomir (marque d'affection signifiant « celui qui m'est le plus cher » ), il faudra que tu ailles me chercher les Nirvilynes si tu as le temps. J'ai bien peur qu'elles ne supportent pas plus longtemps ce temps déchaîné.

- Bien-sûr, acquiesça-t-il.

- Mais je pense par contre que mes narcisses s'en réjouissent et ont dû déjà atteindre leurs maturité... reprit -t- elle d'une voix soudainement plus triste. »

Pourquoi l'évocation de ces fleurs semblait-elle les emplir de souffrance ? Qu'est-ce que cette narcisse sous-entendait-elle ? Lucius coupa net le silence pesant en reprenant son rôle d'insupportable, cynique, voiresadique :

« Drago, emmène donc cette demoiselle à sa chambre, ordonna-t-il avec un sourire étrange, et il y a un léger changement car la jaune est trop en désordre... Elle prendra l'Autre. »

Drago releva brusquement la tête en le regardant inquiet.

« C'est-à-dire la verte... ? demanda-t-il avec appréhension.

- Ne fait pas l'idiot, j'ai dit l'Autre ! trancha-t-il.

- ...viens, me fit Drago en se levant.

- Bonne nuit alors, vous visiterez demain le reste du manoir puisque cette nuit vous n'avez aucune raison de sortir de votre chambre, n'est-ce pas ? insista Lucius presque menaçant. »

J'ochai la tête, le cœur battant à cent à l'heure. Nous partîmes, remontâmes l'escalier, repassâmes devant les tableaux et longeâmes le couloir sombre. Drago s'arrêta face à l'une des portes.

« Ta chambre est ici, mais je vais d'abord te montrer où se situe la mienne au cas où... me dit-il. »

Il m'y amena, mais le chemin me semblait tellement compliqué que je restais persuadée que de toute façon je ne retrouverais jamais sa chambre. Revenu à la mienne, il poussa la porte qui s'ouvrit dans un grincement plaintif ;elle ne devait pas servir souvent. Je ne vis rien dans un premier temps. Drago alluma d'un geste quatre flambeaux disposés sur chaque mur délavé bois. La pièce était toute petite et confinée, sans aucunes ouvertures échappatoires possibles. Il inspecta du regard l'ensemble avant de me caresser furtivement la joue, unique geste familier depuis notre départ. Mais je comprenais parfaitement qu'il ne vaille mieux pas afficher ouvertement notre relation devant son père. Sur ce, il me laissa apparemment mal à l'aise, ou peut-être tout simplement inquiet. La porte se referma sur moi dans un couinement étouffé.

A nouveau le silence. Mais cette fois je me retrouvais complètement seule dans un milieu austère et totalement inconnu. Un lit une place se recroquevillait dans un coin, face à une cheminée de marbre noir et parcourue de blanc entièrement fermée par une plaque d'acier grise. Un bureau tassé à côté de la porte me semblait crouler sous le poids de ma valise qui y avait été posée. Je me décidai d'avancer de quelques pas, obligeant mon corps répulsif à tout mouvement. N'ayant pas le moins du monde envie de me changer, je m'approchai du lit encore toute vêtue. J'entrouvrai les deux lourdes couches de duvets afin de m'y coucher. Horrible sensation d'être enfermée. Plusieurs cierges reposaient sur des chandeliers éteints. Je les allumai donc pour obtenir une lumière plus propice au sommeil. Je fermai immédiatement les yeux en espérant m'endormir vite, cela m'éviterait de penser. Je tenu quelques minutes mais déjà des raclements bizarre brisèrent ce silence. Le cœur battant, je m'accoudai en fixant le sol. Rien. Décidée à attendre patiemment jusqu'à ce que je comprenne l'origine de ces bruits, j'écoutais les sens en alerte. Une bonne trentaine de minutes s'écoulèrent, onze heures sonna au loin. Je regardais les ombres des flammes des cierges oscillaient incessamment, comme animées d'une envie de danser. Elles se mouvaient, hésitantes, semblaient vouloir s'élancer vers le haut, en ondulant gracieusement. Petit à petit, des milliers de reflets de ses ombres se mirent à prendre possession des murs, jusqu'à n'en plus laisser un centimètre de libre. Elles remuaient en silence, et pourtant il était évident qu'une rythmique commune les animaient. Chacune demeurait indépendante, cependant toutes s'accordaient visuellement. La cadence s'accéléra, les mouvement lancinants s'allongèrent, les chorégraphies se pressèrent. Ce ballet continua dans un rythme effréné, entraînant mon regard dans un tournis infernal. Mon cœur paraissait vouloir s'accorder au même tempo que les flammes, il s'accélérait dangereusement. Je devais partir, courir loin de cette pièce magique.


Alors, ce chapitre vous a plu? Il y a des questions qui vous taraudent? Les reviews sont bienvenues!

Je souligne que j'ai fait l'effort d'aérer plus ce chapitre après la demande d'une certaine Tchingtchong(que je salue au passage! et c'était bien l'Angleterre?) et fais gaffe à ne pas mettre le textre en italique (n'est ce pas Bidibou? Te fais une grosse bise).

Angel's head pour vous ennivrer de lecture!