Chapitre dix: Maneka


Tout son corps tremblait, parcouru de frissons d'excitation et de peur. Rien, jamais, ne lui avait fait une telle impression- elle voyait défiler le monde loin sous ses pieds, elle se sentait libre- d'une vertigineuse liberté- et à la fois sure et instable.

Maneka volait.

La nacelle de « Bubulle » était assez grande pourtant la proximité forcée commençait à peser sur chacun. Maitre Toph, depuis qu'elle avait grimpé à bord du ballon, n'avait desserré ni les dents ni son étreinte autour du bras de ce malheureux Jee dont la main commençait à prendre une charmante teinte bleue- le sang étant retenu plus haut par une poigne de fer. Maneka comprenait la frayeur de Maitre Toph- si elle-même n'avait pas été fascinée par le paysage, elle aurait probablement été en train d'arracher l'autre bras de Jee.

Maneka s'assit à l'arrière et se perdit dans ses pensées. Elle n'avait que dix-sept ans et, si elle en avait souffert, elle se souvenait très mal de la guerre. La jeune apprentie maitre de l'eau vivait ce voyage comme une grande aventure romanesque et, songeant au récit du périple de son mentor et l'Avatar, elle s'imagina la suite des évènements avec enthousiasme. Son fantasme prenant un tour quasi mythique, elle fut interrompue par les cris de maitre Toph

- Arrête de trembler, tu m'angoisses !

- Comment vous pouvez craindre un malheureux tour en ballon quand vous avez détruit une flotte entière de dirigeables ?

- Ils étaient en métal ! Ce… Cette chose est en bois et en toile : je n'y vois rien.

Jee inspira et expira à la manière d'un maitre du feu sur le point d'attaquer pour se contrôler

- Pour une fois, vous serez vraiment aveugle. De toute façon, on y est presque.

- Si tu me vouvoies encore une seule fois, je te jette par-dessus bord- et je n'ai pas la moindre idée de la distance qui nous sépare du sol. Tu as des nomades de l'air dans tes lointains ancêtres ? Nan ! Tu risques pas de trouver ça planant !

- Tu as vraiment un sale caractère, tu sais ça ?

Mais bientôt, les montagnes environnant Omashu se dessinèrent, les pointes ocres tranchaient le ciel à perte de vue comme les innombrables dents d'un monstre onirique. Ils perdaient de la hauteur- ou le décor en prenait- si bien que Jee dut jouer du gouvernail pour éviter un piton rocheux. Ils le frôlèrent de si près que Toph, en tendant le bras, parvint à le toucher. Son visage s'illumina : elle savait où elle était. D'un mouvement, elle fit s'effondrer un autre pic qui se dressait devant eux et le ballon put à nouveau voler tranquillement entre les sommets.

Jusqu'à ce qu'un sifflement se fasse entendre, suivit du bruit de la toile percée : une flèche venait de traverser le ballon de part en part et il se dégonfla dans un « pfiuuuu » qui était aussi risible que la situation était dramatique. Jee et Maneka crièrent, Toph écarta les jambes, se stabilisa et, levant les bras, fit venir le sol à eux, diminuant d'une centaine de mètres leur chute- ils atterrirent avec fracas sur un bras de roche sorti d'une montagne proche, vivants.

- Sans toi on y passait, souffla Jee, soulagé, en s'extirpant des décombres de Bubulle

- Ouais, j'ai l'habitude…

Toph maitrisa encore la montagne, se servant du plateau qui les avait sauvés comme d'une luge pour atteindre le niveau du sol.

- Je suppose qu'on doit marcher pour atteindre Omashu ? demanda Maneka, sonnée.

- Oh non, les traitres ne vont nulle part, dit une voix masculine dans l'ombre des arbres.

Toph et Jee se figèrent, tous deux déjà en position de défense, Maneka les imita en lançant à Jee un regard interrogateur. D'un mouvement lent et pratiquement imperceptible, il se glissa plus près de Toph et chuchota

- Combien ?

- A terre, quatre dont celui qui a parlé. Je dirais cinq dans les arbres, sans certitude.

- Okay, Maneka et moi prendrons ceux-là, occupe-toi des autres.

Ils reprirent leur garde, prêts. Le signal fut donné par leurs assaillants quand leur leader cria

- Allez ! Ne capitulez pas sans vous battre !

- J'ai déjà entendu ça quelque part, grogna Toph en bloquant les pieds de deux garçons qui couraient vers eux.

Jee s'était avancé vers les arbres mais un jeune homme mince, aux cheveux en bataille et à la démarche chaloupée, l'attaqua avec deux sabres identiques qu'il faisait tournoyer autour de lui comme s'il était né muni de ces extensions d'acier.

L'épéiste bloqua le coup et, forçant le passage, donna à son assaillant un bon coup de coude. Celui-ci se jeta en arrière pour l'éviter, retomba sur ses pieds comme un chat et chargea, déterminé.

Maneka, au moyen de deux immenses bras liquides, attrapa deux des hommes qui se cachaient dans les arbres. Formant une rampe de glace, elle parvint au niveau du feuillage et repéra encore quatre personnes- elle en fit tomber deux en leur envoyant de grosse boules de neiges bien fermes en pleine figure et s'approcha comme un écureuil des deux derniers.

Toph avait plus de mal que prévu avec ses ennemis : si elle avait rapidement enterrés jusqu'aux aisselles la moitié d'entre eux, les autres étaient extrêmement rapides, ne restaient jamais longtemps en contact avec le sol. Ils se servaient les uns des autres comme tremplin, s'élançaient comme des trapézistes et la moindre parcelle de leur corps était une arme valable. En se concentrant, elle parvint à repérer un enchainement de mouvements répétés par trois des bêtes de cirque qui l'attaquaient : deux plus lourdes en projetaient une plus légère qui volait au-dessus de Toph, la frappant pour la déséquilibrer tandis que les deux autres traversaient le terrain en rebondissant sur leurs pieds ou sur leurs mains pour aller la réceptionner de l'autre côté et la renvoyer aussitôt. Une fois le manège repéré, Toph n'eut qu'à intercepter les deux plus lourd au milieu de leurs jolis saltos pour que le troisième se ramasse comme un insecte après son vol plané. Plus que trois.

Jee ne pouvait s'empêcher de sourire : il avait face à lui un adversaire intéressant- ce qui était rare. Il n'avait vu qu'une seule autre personne maitriser ainsi les Dao jumeaux- et il regrettait de n'avoir pas demandé à l'affronter en entrainement. Le jeune homme était rapide, précis et déterminé.

- Où as-tu appris à te battre, lança-t-il en faisant danser les sabres autour de lui

- Auprès du plus grand maitre d'arme au monde, répondit Jee, sec, en se protégeant du ballet de lames virevoltantes.

- On pense toujours que son maitres est le plus grand- comment s'appelle le tien ? remarqua le jeune homme décoiffé.

Maneka avait bloqué dans des carcans de glace les deux hommes qu'elle avait fait tomber et un troisième qui pendait maintenant à sa branche comme une grosse chrysalide.

Toph avait projeté un des acrobates restants contre la paroi rocheuse. Les deux derniers la faisaient tourner en bourrique, ils sautillaient, ne faisaient pas un bruit, et semblaient avoir des bras ou des jambes en trop. Mais là encore, ils semblaient avoir adopté un rythme qui, s'ils ne cassaient par leur cadence, allait les mener à l'échec. Un, deux, un, deux, un deux trois. Un, deux, un, deux, un deux trois… Le pied, la main, la main, les pieds.

- Je vous tiens, fit Toph.

Elle écarta les jambes, se plaça de profil par rapport à ses deux ennemis et, au moment où l'un s'approchait –un, deux- l'autre s'éloignait – deux, trois. Mais celui qui s'approchait ne put pas repartir : Toph avait entouré ses chevilles et ses poignets de menottes de pierre- Dai-Li style- alourdissant sa course et l'empêchant d'effectuer avec aisance son salto arrière- l'acrobate s'étala au sol dans un « Ach ! » purement jouissif pour la maitre de la terre qui répéta l'opération avec le dernier homme encore libre de ses mouvements.

Jee avança avec une grâce mesurée la pointe de son épée vers les côtes de son opposant qui se servit de sa meilleure connaissance du terrain pour échapper à l'attaque.

- Quel est le nom de ton maitre ?

- Je te le dirai quand je t'aurai vaincu. Si je perds contre un paysan comme toi après m'être revendiqué de lui, je jetterais la honte sur son nom.

- Tu as raison- et tu vas perdre.

Jee n'avait aucun mal à discuter et se battre en même temps : même s'il privilégiait le silence, son cerveau parvenait à gérer ces deux activités simultanément, sans entraver aucune.

Mais l'ennemi lui s'était laissé distraire sans s'en rendre compte- pas par Jee, par Maneka qui bondissait de branche en branche avec aisance pour atteindre un dernier homme qu'elle avait repéré : celui qui avait tiré la flèche. L'archer- qui surplombait le lieu où Jee affrontait son chef- avait déjà tenté d'atteindre la jeune fille et elle s'était défendue avec sa maitrise. Le guerrier profita de la distraction de son ennemi et de sa tension relâchée sur les poignées de ses sabres pour le désarmer à moitié- le handicapant complètement ; un Dao sans son jumeau, c'est comme tenter de manger avec une seule baguette : on en met partout et on reste sur sa faim. Le leader revint dans le combat mais il était déjà plus que conscient de son erreur- il s'énerva sur lui-même et sur Jee et, sa concentration perturbée par sa frustration, il ne parvint plus à rien de bon, ses mouvements parurent désordonnés et hasardeux, le sabre dansait seul et semblait perdu sans son partenaire. Jee n'eut aucun mal à parer une nouvelle attaque et, laissant glisser sa lame le long du sabre, frappa la garde de son ennemi, le forçant à lâcher sa dernière arme.

- Okay, tu as gagné, lança-t-il avant de siffler comme un oiseau en direction de l'archer.

« Tchak ! »

Maneka hurla, pétrifia l'archer mais ne parvint pas à arrêter la flèche.

C'est Toph qui l'intercepta en élevant un mur entre l'archer et l'épéiste avant de coincer le leader dans un sarcophage de terre jusqu'au cou.

Jee se tourna vers celui qu'il avait affronté et cracha :

- Je suis déçu, tu avais l'air d'avoir un minimum de fierté et d'honneur !

- Je suis plus élégant dans la victoire, fit l'autre avec un sourire narquois. Alors, qui est ton maitre ?

- Le plus grand, Maitre Piandao.

- Celui qui a libéré Bah-Sing-Se ? demanda l'autre, choqué.

- Lui-même.

- Owh…

- Quoi ?

- Tu vas rire, c'est une effroyable méprise. En voyant votre ballon, j'ai cru que vous étiez des enfoirés de soldats du feu.

Toph intervint

- Et quand j'ai maitrisé la terre pour nous éviter de nous écraser comme des bouses de bison au fond de ce ravin, tu ne t'es pas douté que…

- Je n'ai pas plus de respect pour les soldats de la terre que pour ceux du feu. Les uns m'ont enlevé ma mère, les autres mon père et mon frère.

Maneka s'était avancée, le regard plein d'empathie, mais Jee la retint par l'épaule.

- Qui es-tu ? demanda-t-il au leader

- On m'appelle Spring. Et, si vous nous relâchiez, je pourrais vous présenter en bonne et due forme mes camarades.

Toph opina du chef mais le prévint qu'un moindre signe de perfidie, elle les enterrerait tous vivant. Gardant Spring bien coincé dans son bloc de glaise, elle libéra ses acolytes et Maneka fit de même.

- À vos ordres, Miss. Comme je vous l'ai dit, je suis Spring. Et voici mes Peace Keepers.

Il désigna ensuite du menton les autres « Peace Keepers » tour à tour en les nommant:

- L'Enragé, Lulu, Jus-d'nez, Moustique, La Flèche, Zapatapiti, Tif et Couette- ce sont des jumelles, Ventre-à-pattes, Astuce, Circus et Ours.

Chacun salua. Tous portaient des vêtements composites, des armures bricolées et, à part Spring qui possédait deux vraies épées, tous avaient des armes fabriquées par leurs soins.

- Nous sommes tous enfants de la guerre, orphelins et absolument convaincus que le Royaume de la Terre et la Nation du feu auraient dû depuis longtemps renvoyer leurs soldats à leur foyers. Quand nous en croisons, nous leur offrons leur ticket retour en nous assurant qu'ils ne soient plus en état de servir.

Maneka regardait le jeune homme parler avec passion de sa « mission » et se sentit rougir quand il lui lança un clin d'œil. Jee trépignait : le petit discours du leader ne lui plaisait pas, ne l'impressionnait pas.

- Vous blessez des soldats qui ne font que protéger les civils. Vous leur retirez leur seul moyen de nourrir leur famille en les rendant inutiles pour l'armée. Et vous prétendez défendre la paix ?

- Je savais qu'un p'tit gars de la Nation du Feu ne comprendrait pas…

- Il n'y a rien à comprendre !

Toph intervint en posant une main ferme sur le bras de Jee.

- Nous n'avons pas le temps de débattre du "bien-fondé" de leur action maintenant…

Elle libéra Spring de son sarcophage et se tourna résolument vers Omashu

- Tu as raison. Allons-y.

Maneka s'apprêta à les suivre mais Spring l'attrapa par la taille

- Pourquoi ne resterais-tu pas ? Ce serait extraordinaire d'avoir un si charmant maitre de l'eau parmi nous…

- Je… heu….

- Elle a une mission qui l'attend à Omashu, coupa Jee en agrippant le poignet de la jeune fille. Elle pourra venir jouer à attaquer des innocents et grimper aux arbres avec toi plus tard.

Spring ne lutta pas pour retenir Maneka mais il lui lança un regard langoureux qui fit monter le rouge aux joues de la jeune fille qui suivait l'élève de Piandao et Maitre Toph.

Elle resta en retrait jusqu'à ce qu'ils arrivent aux portes d'Omashu. Toph et Jee avaient discuté pendant toute la route- la maitre de la terre se montrant beaucoup plus détendue au milieu de ces montagnes qu'à bord du bateau ou du ballon. Elle parlait librement, racontait l'une ou l'autre anecdote concernant la guerre, leur combat, et ses aventures depuis. Jee riait facilement, répondait avec d'autres anecdotes sur son entrainement, sur les autres élèves de Piandao, sur sa famille assez pauvre et son soldat de père. Ils avaient dû, tous les deux, être très seuls très longtemps pour se livrer avec une telle soif, un tel abandon. Et Maneka les enviait.

Ils entrèrent dans la cité sous le regard attentif de trois gardes et suivirent les rues en pentes qui devaient les mener au sommet de la montagne, où se trouvait le palais de Bumi et- normalement, l'Avatar Aang.

Quand ils passèrent devant une grande maison à l'allure austère, Jee s'arrêta et considéra la façade un instant en murmurant « Mend ». Toph eut l'air de comprendre, Maneka ne chercha pas à savoir de quoi ou qui il s'agissait. Ils reprirent leur chemin et rencontrèrent bientôt des gardes qui reconnurent Toph et les escortèrent jusqu'au palais. Toph semblait tendue mais elle ne fit rien- ils devaient arriver jusqu'à l'Avatar au plus vite.

Meng se précipita pour les accueillir à l'entrée de la grande salle du trône. Elle lança un regard glacial à Maneka mais quand elle parla, elle ne fut que miel et bonne humeur.

- Je suis si heureuse que vous soyez enfin là ! Vous allez rencontrer Bumi puis je vous conduirai à Aang. Nos médecins ont pu stabiliser son état mais… il n'est toujours pas hors de danger.

- Je suis là pour ça, avança Maneka. Je vais le soigner.

- Je sais, répliqua Meng. J'ai écrit à ma tante Wu, elle sait lire l'avenir vous savez, et elle m'assure qu'il n'est pas destiné à mourir prochainement.

- Aah bien entendu les prédictions d'une diseuse de bonne aventure sont un moyen sûr de s'assurer que l'Avatar survivra à ses blessures, grogna Jee.

- Tante Wu ne se trompe jamais, assura Meng en fronçant les sourcils.

Ils la suivirent dans la salle du trône. Étrangement, aucun garde ne s'y trouvait. Bumi siégeait dans un trône de pierre au centre de la salle, vêtu d'une robe d'un violent violet et portant un chapeau à longues plumes vertes qui juraient extraordinairement avec le reste de sa tenue.

- Hey hey ! Mais qui voilà ?

Meng se prosterna, imitée par les trois autres. Elle dit :

- ô Bumi, voici la courg- hem, l'épouse de l'Avatar, venue pour le soigner. Et voici la maitre de la terre Toph et le guerrier Jee, son escorte.

- Ah vous êtes sa femme aussi ? lança Bumi avec une grimace

- Heu, oui… fit Maneka

- Ce pauvre Aang n'a jamais aimé le changement, fit le roi d'Omashu. Mais pourquoi diable aviez-vous besoin d'une escorte ?

- Nous avons nos raisons de croire qu'il est imprudent pour la femme de l'Avatar de traverser la moitié du monde seule, avança Jee.

- Aaah, j'aurais cru que c'était à cause de tous ces fichus Dai-Li qui jouent à cache-cache dans ma ville.

- Vous… vous savez que le Dai-Li tente de contrôler Omashu ? demanda Maneka

- Oh, mais ils sont en voie d'y arriver ! s'exclama le roi avec un rire étrange.

- Et vous ne faites rien ?

- Voyez-vous, je me sens un peu vieux pour bouter une armée d'agent hyper-entrainés hors de ma cité. J'ai déjà donné. Je peux être le plus grand maitre de la terre au monde…

- Ça reste à voir… grogna Toph

- Je suis le plus grand ! Vous êtes toute petite, à peine un mètre cinquante. Où en étais-je ? Vous prendrez bien un petit verre de liqueur d'algues de roche ? Elles ne poussent que dans les grottes environnantes… Je la fabrique moi-même !

Il sorti une bouteille en grès de sous sa robe- les esprits seuls savent où il la range là-dessous- et Maneka n'eut plus soif du tout.

- Le Dai-Li ? coupa Jee

- Oh, eux ? Ils sont plus nombreux que moi. Je savais que les renforts étaient en route- Mon vieil ami vous envoie, jeune homme, me trompe-je ? Bien sûr que non, je suis comme cette chère vielle Tata Wouhou, je ne me trompe jamais.

- Où est Aang ? demanda Toph.

- Pourquoi vous voulez savoir ça ?

- Je dois le soigner !

- Ah oui ! Vous ne voulez vraiment pas un verre de Kurupulikinapokiru ? Elle est à température.

- Ce serait avec plaisir, mais non merci… jamais pendant le service, tenta Jee.

- Je viens d'adopter la religion de Aang : pas de viande et pas d'alcool, désolé… lança Toph.

Meneka pensa argumenter qu'elle était mineure mais Katara ne l'était pas et elle ne pouvait pas griller sa couverture.

- Je suis allergique aux algues de roche…

Bumi parut déçu mais fit finalement signe à Meng de les conduire à Aang. Maneka restait stupéfaite par cette rencontre vraiment étrange. Le roi Bumi était réputé pour son caractère particulier mais elle n'avait pas imaginé ça. Il était fou.

Meng les entraina dans un couloir, puis un escalier, et encore un dédale de couloirs tordus avant de s'arrêter devant une porte.

- Il est là. Ils sont avec lui.

- Merci Meng, dit Jee en s'inclinant.

- Bonne chance, dit-elle.

L'avatar était allongé sur un lit d'apparence confortable- mais il y était aussi attaché fermement par de lourdes chaines entourant ses poignets. Toph entra la première et s'arrêta quelques secondes sur le pas de la porte avant de pénétrer plus avant dans la pièce. Jee avait l'air méfiant et il tira derrière lui Maneka qui se sentit oppressée par l'atmosphère qui régnait dans la chambre. Elle voulut se précipiter directement vers l'Avatar pour le soigner mais un garde- un agent du Dai-Li- la retint. Il y en avait quatre en tout dans la pièce, ils portaient l'uniforme et les gants de pierre qui signaient leur appartenance à l'équipe d'agents d'élite. L'agent l'observa attentivement avant de demander à son collègue :

- C'est elle ?

- On dirait… attends, elle était pas enceinte ?

- Maintenant que tu le dis, si ! J'imagine que vous avez une explication…

C'était prévu. Maneka ne pouvait pas porter une prothèse et faire croire qu'elle avait fait un tel voyage à quelques jours de son terme. Elle savait ce qu'elle avait à dire- et Katara savait qu'elle devrait le dire. Son mentor avait longtemps pleuré à la seule idée du mensonge que Maneka devrait proférer- mais ce mensonge leur permettrait d'accéder à Aang et de le sauver. La jeune maitre de l'eau ferma les yeux, pensant à son professeur et dit

- Je… j'ai perdu l'enfant.

- Comment ?

- J'ai… été bousculée pendant mon voyage vers la Nation du Feu. Je suis tombée.

- Non !

Le râle venait du lit. L'Avatar, réveillé, se tordait le cou pour voir sa femme. Il crut la reconnaître et son visage se décomposa. Maneka ne put soutenir un tel regard, une telle détresse.

- Laissez-moi soigner mon mari.

- Vous le soignerez, mais pas ici.

Et comme l'agent finissait sa phrase, toute la chambre sembla descendre, le plafond s'éloignant, devenant un petit carré blanc au bout d'un puis vertigineux. Ils durent quitter la verticale et s'éloigner loin sous Omashu, loin dans les montagnes. Toph ne fit rien pour arrêter la descente- elle ne ferait rien tant que Maneka n'aurait pas soigné l'Avatar. Mais cette fois c'est Jee qui chercha appui sur l'épaule de la maitre de la terre. Soudain, Maneka se sentit projetée vers la paroi : la course souterraine de la chambre venait de s'achever.

- Terminus, fit le Dai-Li qui l'avait observée.

Le lit de l'Avatar se trouvait à présent au milieu d'une grotte. Il faisait un noir d'encre et le collier de fiançailles de Katara commença à briller au cou de Maneka. Des torches s'allumèrent autour d'eux et d'autres agents s'avancèrent, les entourant.

- Le comité d'accueil, je présume ? demanda Toph, cinglante.

- Toph Bei-Phong ! C'est un plaisir de vous recevoir, fit une voix d'homme. Votre ami l'Avatar n'est pas en très bonne santé.

- Laissez-moi m'en occuper ! insista Maneka.

- Laissez la maitre de l'eau soigner l'Avatar, qu'on en finisse.

Maneka fut enfin libre de ses mouvements. Elle s'agenouilla auprès du lit de l'Avatar et enroba ses mains d'eau pour appliquer des soins à ses nombreuses blessures. Il avait fait une chute en planeur à cause des substances dont on l'avait drogué et qui entravaient sa maitrise des éléments et son accession à l'état d'avatar- il aurait pu ne pas y survivre. Son corps était bariolé d'ecchymoses et de coupures. Maneka se concentra d'abord sur son tronc pour s'assurer qu'aucun organe vital n'était touché. Comme il reprenait des forces, il ouvrit les yeux.

- Katara ?

- Oui. Je… je vais te soigner, Aang.

- Katara… je suis désolé.

- Pourquoi ?

- Notre bébé.

- Tu n'es pas responsable.

- J'aurais été un bon père.

- Tu seras un bon père.

Il attrapa le bras de Maneka et la serra contre lui. Elle se figea de stupeur avant de répondre au câlin. Il la relâcha aussitôt et lui lança un regard étrange- Maneka se demanda s'il l'avait reconnue- ou du moins s'il avait senti qu'elle n'était pas sa femme.

- Je suis vraiment déçu que le Fire Lord n'ait pas fait le déplacement. Quel genre d'ami est-ce donc ?

- Un ami qui a des responsabilités envers sa nation, répondit Jee.

- Je suppose, au vu de votre uniforme, que vous êtes élève auprès de Piandao.

- Et vous êtes ?

- C'est sans importance. Vous n'étiez pas enceinte, Katara de la Tribu de l'Eau ?

- Si…

- Elle a perdu l'enfant, expliqua l'un des agents.

Une nouvelle voix s'éleva alors dans la pénombre. Une voix féminine.

- Katara a perdu l'enfant qu'elle portait ? C'est tragique. Dites m'en plus, Katara.

- J'ai été bousculée pendant mon voyage vers la Nation du Feu. Je suis tombée. Mal. Et j'ai perdu mon bébé. Il est né mort.

Le gémissement provenant du lit confirma la présomption de Maneka : l'Avatar n'avait pas l'esprit assez clair pour reconnaître sa femme.

- Laissez-nous partir maintenant… supplia Maneka.

- Vous mentez, mademoiselle.

Une silhouette se détacha de l'ombre et s'avança vers Maneka qui se figea de terreur en voyant le visage brûlé s'approcher du sien.

- Vous n'êtes pas ce que vous prétendez être.

Trois autres silhouettes s'avancèrent. Ils portaient l'uniforme du Dai-Li mais leur insigne était différent : au lieu de l'emblème du Royaume de la Terre, ils arboraient une main dorée avec un rond- la terre- au centre.

- Et nous ne pouvons plus vous laissez partir, maintenant, dit un des quatre agents spéciaux, parce que vous iriez aussitôt répéter au Fire Lord ce que vous avez vu.

- Vous ne sortirez plus jamais de cette grotte, ajouta un autre.

- Ça reste à prouver, lança Toph.

C'était le signal.

Maneka, encore proche du lit de l'Avatar, gela ses chaines et les brisa avant de l'aider à se relever. Toph avait déjà créé un passage d'une quinzaine de mètres qui menait à une autre grotte.

- Allez ! Je m'en occupe ! lança-t-elle

- Seule ? demanda Jee

- Protège la p'tite et mon pote aux doigts de pieds dorés. Vas-y !

Elle se retourna et projeta contre les parois cinq agents qui l'attaquaient. Elle démontrait toute sa maitrise, toute la supériorité de sa technique. Jee soutint l'Avatar et l'entraina dans le tunnel.

- V- vous n'êtes pas Katara ? chuchota Aang

- Non, je suis Maneka.

- Vous lui ressemblez beaucoup… Alors, le bébé ?

- Votre bébé devrait naitre dans quelques jours. Katara va très bien. Elle s'inquiète pour vous.

- Assez discuté ! grogna Jee. On a intérêt à déguerpir vite fait, je veux pas mourir dans ce terrier- j'aime pas la déco.

Il y eut un grand fracas dans leur dos et Toph apparut en courant, une partie de ses vêtements déchirés.

- Dans les pires des pires failles que Sokka avait relevées, on était encore loin du compte !

Elle fit s'élever un plateau de roche assez large pour qu'ils puissent grimper à quatre dessus et elle s'en servit comme d'un traineau. Mais au bout d'une centaine de mètres, un groupe d'agents du Dai-Li sortit de terre et fit s'écrouler leur vaisseau de fortune. Jee dégaina son sabre et, brisant les gants de pierre que leurs ennemis lui lançaient d'un revers, il fendit l'air de sa lame, envoyant au tapis quatre agents. Il s'avançait, vif comme l'éclair, vers d'autres agents. Toph avait déjà immobilisé ceux qui étaient apparu derrière eux. Maneka soutenait Aang qui souffla juste « Whoa ! » en voyant Jee en action.

L'élève de Piandao semblait ne pas avoir d'épée, tant elle semblait faire partie intégrante de son corps. La lame sifflait. Élégant, l'épéiste assommait du plat de l'épée ou d'un bon coup de poing les agents- évitant autant que possible les effusions de sang. Toph, quant à elle, semblait en passe de démontrer à quel point son titre de « Plus-grand-maitre-de-la-terre-au-monde » lui était dû.

C'est alors que la lame de Jee se brisa en milles petites lames brillantes. Les couteaux tournaient autour de lui, menaçants, comme des rapaces prêts à piquer pour emporter une proie longuement observée. Un première lame fondit sur lui et s'enfonça profondément dans son bras. Une seconde tailla une longue estafilade dans sa joue. Il cria.

Toph se pétrifia à ce cri, lança son anneau de métal noir et le déforma à distance, à la manière des maitres de l'eau. Elle commandait à la météorite comme à la terre, mais le métal de l'espace était plus fluide. Le serpent noir sembla avaler les morceaux de l'épée, les empêchant de blesser leur propriétaire.

Soudain, tout tomba. La météore gloutonne, les bris d'épée, Toph. Elle était agenouillée- comme prosternée et ne bougeait plus.

- Je peux te briser les os, Toph Bei-Phong. Alors tu vas rester bien tranquille.

- Qu'est-ce que… ?

C'était l'un des quatre agents à la main dorée. Il s'avançait vers Toph avec des yeux fous. Toph cracha sur ses pieds.

- C'est comme ça que tu le prends ? Qui dois-je menacer pour que tu te soumettes ? Peut-être ton cher Avatar ? Ou ce beau guerrier ?

Comme l'agent parlait, deux autres bougèrent et les bris de lame se remirent à danser autour de Aang et Jee. Les morceaux de la lame se fondirent en trois anneaux et chaque anneau vint s'enrouler autour du cou de l'un deux, leur coupant le souffle. Toph dut sentir leur cœur manquer un battement, leur respiration se taire, parce qu'elle baissa la tête, le visage déformé de douleur

- Qu'est-ce que vous nous voulez ?

- Mais rien. C'est le Fire Lord qu'on veut. Mais l'amitié ne semble pas une motivation suffisante pour que sa majesté se déplace. Heureusement, nous somme plein de ressources. Peut-être que le désir de vengeance le fera sortir de son palais ?

Toph faisait non de la tête, elle tremblait, toujours immobile, et Maneka commençait à comprendre qu'elle ne pouvait pas bouger.

- Notre groupe a une dette envers quelqu'un de très spécial qui ne veut, en aucun cas, que le Seigneur du Feu devienne papa. En attendant qu'il montre le bout de son nez, je te conseille de rester bien calme et d'obéir… ou tes amis pourraient…ne pas en revenir.

Et pour prouver les dires de l'agent, les autres bougèrent et l'anneau autour de la gorge de Maneka se serra. Elle vit trouble, puis, petit à petit, elle sombra dans un univers plus noir, plus froid et plus lugubre encore que ces grottes sinistres où ils étaient retenus par plus fort qu'eux. Et déjà autour d'elle, les agents du Dai-Li entamaient une danse macabre et le rire sardonique de l'agent brulé retentit dans les vapeurs cauchemardesques où Maneka se perdait.

À l'aide, Katara, Seigneur Zuko, par pitié...


AN: Merci pour vos gentilles reviews (Folleriku, tu as raison: Zuko est top... et je vais pas faire de spoiler dans ma propre fic en répondant au reste. Saches seulement que je compatis de tout cœur à la peine de certains fans)

Je pensais pas dire ça, mais vos commentaires m'aident vraiment à continuer à écrire.

Avez-vous vu la finale? C'est à cause d'elle que je n'ai pas bouclé ce chapitre plus tôt. Je vais pas en dire plus pour ceux qui ne l'auraient pas vue. Un mot: Whao!

J'espère que ce chapitre vous a plu (un peu d'action, pour changer)- Je ne sais pas si c'est lisible (les dialogues sont toujours plus faciles à écrire :-P) alors n'hésitez pas à me demander de clarifier un passage.


Le bébé de Katara va bientôt naitre.

Je voulais vous donner l'occasion de participer à l'écriture en choisissant le prénom du bébé- qui sera une fille. J'attends vos suggestions ;-)