Disclaimer et rating : cf. chapitre 1
Sammy : merci pour ta review ! Eh oui, la fin arrive !
Épilogue
« C'est vraiment celui de Dougan ? »
Giselle manipula avec précaution le masque, une expression de fascination mêlée de dégoût sur le visage. Au moins, sa colère s'était envolée, jugea Jack en se tenant la joue.
« Oui ma belle, comme tu le vois, j'avais une bonne raison de te laisser la dernière fois. Le devoir m'appelait.
– Ouais… Dans les tavernes, on dit que c'est la Navy qui a fait le gros du boulot. C'est Norrington qui a ramené le Queen Mab à Port Royal, une fois encore. »
Jack poussa un grognement et reprit le masque d'un geste sec.
« Il faut toujours qu'il tire la couverture à lui. Ne jamais faire confiance à un type capable de porter deux épaisseurs de cheveux, tiens-toi le pour dit. Mais c'est moi qui est abattu le grand méchant Dougan, et ça, c'est le principal. Teague va m'avoir à la bonne, désormais. Et Dieu sait que ça vaut mieux, car avec ces histoires de Compagnie, je n'ai pas envie de me retrouver pris entre deux feux. Enfin, ça dépend du contexte. Ton amie Scarlett est dans le coin ? »
…
Norrington se réveilla en sursaut, et son cœur mit un moment à retrouver son rythme normal. Tout allait bien, il était de retour dans le confort rassurant de sa chambre, à Port Royal. Ou plutôt, non, tout n'allait pas bien. Les cauchemars habituels n'avaient pas disparu à son retour d'Isla del Volcán. Ils avaient simplement légèrement changé. Quand il revivait dans son sommeil les supplices que lui avaient fait subir Dougan, ce n'était plus le pirate dont il ignorerait définitivement le visage qui riait du spectacle derrière son masque, mais Groves, le fidèle lieutenant qui l'avait sauvé avant de se muer à son tour en tortionnaire.
Le retour du Prométhée avec Norrington à son bord, ramenant une nouvelle fois le Queen Mab en trophée, avait évidemment fait grand bruit, et le gouverneur Swann avait vainement essayé de tenir l'ancien officier à l'écart des bons citoyens de la ville, qui exigeaient de tout savoir une bonne fois pour toutes. L'amiral n'ayant toujours pas recouvré ses esprits, son fils avait dû, avec l'aide du lieutenant Lewis, rédiger lui-même le rapport destiné à l'Amirauté. Il s'en était cette fois-ci tenu aux faits. Plus difficile avait été la tâche d'écrire à la famille de Theodore Groves pour leur annoncer les conditions de son décès. Il avait eu beau insister sur les qualités du lieutenant et le fait qu'on ne pouvait plus le tenir pour entièrement responsable de ses actes à la fin de sa vie, il savait pertinemment que ce ne serait pas une consolation.
Rejetant ses draps trempés de sueur, Norrington se leva et regarda par la fenêtre. C'était déjà l'aube. Abandonnant l'espoir de se rendormir et de pouvoir grappiller quelques heures de repos, il commença à s'habiller. L'amiral Ferguson allait arriver dans la journée, en espérant que ce soit bien Ferguson, cette fois-ci, pour prendre ses fonctions à la tête de l'escadre.
Plus tard dans la matinée, il se rendit chez le gouverneur, qui l'accueillit chaleureusement, comme à son habitude. Les Turner étaient également présents. Ils s'étaient montrés tout aussi avides que les autres de connaître le fin mot de l'histoire, mais si Weatherby Swann leur avait tout dit des événements d'Isla del Volcán, il n'avait pu les renseigner sur le séjour de Norrington à bord du Black Pearl, ce qui les intéressait au moins autant que le reste, sinon davantage. L'ancien commodore avait satisfait leur curiosité, sachant qu'il n'aurait sinon jamais la paix. L'épreuve s'était toutefois révélée moins pénible que prévue.
« Comment va votre père ? demanda poliment Swann. Y-a-t-il le moindre progrès dans son état ?
– Pas le moindre, avoua Norrington.
– Oh, comme c'est regrettable », lança le gouverneur, couvrant fort opportunément la voix d'Elizabeth qui soufflait à l'adresse de son mari que d'après elle, l'état de l'amiral était en net progrès depuis qu'il était revenu d'Isla del Volcán.
Bientôt rejoint par le capitaine Hardwick, qui espérait voir enfin se finir son intérim, ils se dirigèrent vers les docks comme quelques semaines auparavant.
« Ce coup-ci, c'est bien lui, » grogna le capitaine, l'œil vissé à sa lunette.
Effectivement, Ferguson prit pied sur les quais un peu plus tard. Il avait beaucoup vieilli depuis la dernière fois que Norrington l'avait vu, mais paraissait néanmoins en bonne forme, et sincèrement heureux de le voir, ce qui constituait également un agréable changement depuis la dernière occasion où il avait eu à accueillir un amiral.
« James, mon garçon, je suis tellement heureux de vous voir en forme ! Nous avons énormément de choses à nous dire. Mais pas maintenant, pas maintenant ! »
La réception chez le gouverneur se déroula dans une atmosphère nettement plus conviviale que la précédente, et ce ne fut qu'en fin de soirée que Norrington et Ferguson trouvèrent l'opportunité de s'entretenir seul à seul.
« Nous avons lu avec attention votre rapport à l'Amirauté, James, et pensons que vous avez très bien agi. Si le Prométhée était resté entre les mains de… Continuons de l'appeler Dougan, si cela ne vous dérange pas. J'ai connu Groves quand il était un aspirant de douze ans, et je n'aurais jamais imaginé que… enfin bref. C'est pourquoi l'on se propose de vous réintégrer à la Navy. Bien sûr, vous aurez perdu quelques mois et un certain nombre d'officiers seront passés devant vous dans l'ordre d'ancienneté, mais rien de bien grave. Qu'en dîtes-vous ?
– Je suis très touché de la proposition, mais je ne pense pas que ce soit possible. Je ne me crois pas capable de reprendre mes fonctions. Je n'ai pas été si utile que cela dans cette affaire, comme je l'ai dit dans mon rapport, sans l'aide de Jack Sparrow, nous n'aurions jamais pu mettre hors d'état de nuire l'équipage du Queen Mab.
– Oui, je dois avouer que ce passage n'a guère ravi les membres de l'Amirauté. Devoir autant à un pirate ! Certains ont proposé de le gracier, mais la plupart ont déjà eu affaire à lui et ont estimé qu'il ne rentrerait pas dans le droit chemin après cela, alors autant s'épargner cette peine. Mais êtes-vous bien certain de votre décision ?
– Depuis que je suis revenu à Port Royal, tout le monde a l'air de s'imaginer que parce que j'ai affronté … Dougan et l'ai vaincu à nouveau, tout est rentré dans l'ordre, que rien ne s'était passé ! C'est faux pourtant. Je vais un peu mieux, c'est vrai, mais je ne crois pas que cela soit suffisant.
– Peut-être. Je me souviens néanmoins d'un garçon persuadé qu'il n'était pas fait pour la marine parce que certaines personnes n'avaient cessé de lui répéter qu'il n'était qu'un bon à rien. Il est par la suite devenu le plus jeune commodore depuis un sacré bout de temps. »
Norrington secoua la tête :
« Ce n'est pas la même chose…
– Écoutez, James, il ne s'agit pas seulement de se battre contre des pirates, désormais. Vous en avez sans doute entendu parler, mais la Compagnie des Indes a des vues sur la région. Si notre objectif concernant l'annihilation de la flibuste est le même, je dois avouer que je n'aime pas du tout leurs méthodes, et si nous n'y prenons pas garde, ils feront la loi par ici et nous ne serons rien d'autre que leurs marionnettes. Je ne peux pas à la fois traquer des pirates et garder un œil sur les manœuvres de la Compagnie. Hardwick est un brave homme, mais il est vieux et veut finir sa carrière en paix. J'ai besoin de votre aide. J'ai besoin d'avoir quelqu'un en qui je puis avoir confiance. »
Devant l'air hésitant de Norrington, Ferguson estima préférable de ne pas insister davantage :
« Vous n'êtes pas obligé de me donner une réponse maintenant. Mais s'il vous plait, réfléchissez-y. »
Une fois l'amiral parti, Norrington resta un long moment sur le balcon de la résidence du gouverneur. Il était étrange de constater que le discours de Ferguson était, à peu de chose près, semblable à celui que lui avait tenu Jack Sparrow à bord du Black Pearl. Avait-il envie de reprendre ses fonctions, alors que la situation, d'après eux, allait se compliquer à l'arrivée de la Compagnie des Indes ? Certainement pas. Et pourtant…
Ferguson l'avait aidé auparavant. Quand son père avait affecté Norrington au navire de Cole, le jeune aspirant avait cru être précipité en enfer. Son capitaine le détestait, et le reste de l'équipage n'osait pas lui montrer de la sympathie par peur d'encourir à leur tour l'inimitié de Cole. Seul Ferguson s'était intéressé à lui et l'avait soutenu, l'emmenant avec lui lorsqu'il avait obtenu son propre poste de capitaine. C'était Ferguson qui lui avait appris à se faire respecter et obéir, Ferguson qui lui avait montré qu'il valait bien plus que ce que son père pensait.
Peut-être l'amiral avait-il raison encore aujourd'hui. Il pouvait au moins essayer, plutôt que de retourner se morfondre dans sa demeure. Oui, le coup valait d'être tenté.
FIN
