~/*A*\~
Il était presque minuit, et la visibilité était quasi nulle sur le chemin terreux qui menait au chalet. Seule la lumière de ses phares lui permirent de se garer approximativement devant son porche.
Quand il coupa le contact de son 4x4 et qu'il en descendit, Jack se laissa impressionner par le silence ambiant.
Pour tout dire, le coin était bien trop calme pour que ce soit normal.
Seule une chouette hulotte hululait quelque part dans un chêne derrière la maison. Mais ni le pic-vert qu'il avait envisagé d'abattre au lance pierre, ni les chauves-souris n'accompagnaient le chant triste de l'oiseau porte bonheur.
Il chassa ces idées noires : S'il y avait un avantage à retirer de ce silence, c'était qu'il pourrait dormir comme jamais il n'avait dormi.
Il s'avança donc, ses rangers faisant crisser le gravier de l'allée, et tourna sa clé dans la serrure. Du moins, il essaya, car il s'acharna sur la clé qui ne voulait pas tourner un bon moment avant de se souvenir qu'il avait laissé la porte ouverte, ne jugeant pas utile de la verrouiller dans ce coin perdu.
Il entra donc, et se figea sur le pas de la porte.
Quelque chose n'allait pas. Il pouvait sentir que quelque chose avait changé durant son absence. Quelque chose qui ne présageait rien de bon. Tout compte fait, il aurait peut-être mieux valu qu'il ferme sa porte avant de partir pour Colorado Springs…
Il n'alluma pas la lumière, c'était la dernière chose à faire. Il ne fit pas non plus le moindre bruit en avançant vers son salon. Mais arrivé là, il s'arrêta une nouvelle fois, et scruta l'obscurité, se sentant observé. Il essaya de localiser l'endroit d'où venait cette impression, et finit par retourner complètement la pièce, couvert par le bruit de sa radio.
S'il y avait quelque chose qu'il n'avait pas oublié de ses longues années de missions pour l'Air Force, c'était que les ondes radio brouillaient la retransmission sonore et vidéo des caméras et micros de surveillance. Et il se félicita d'avoir gardé une minuscule radio offerte par Shell quelques années plus tôt (bien des années plus tôt en réalité mais cela n'avait aucune importance, elle était assez puissante pour brouiller le salon et couvrir sa fouille minutieuse…). Oui, son intuition ne le trompait pas : Il finit par trouver des micros implantés dans les baffles de sa télévision ( ce qui, pensa-t-il, n'était pas très malin à moins de vouloir ne capter que les voix des Simpson à longueur de journée…), dans une couture de son sofa, ainsi que dans un livre qu'il n'avait même pas conscience d'avoir un jour acheté.
Les caméras quant à elles étaient implantées à la place de la webcam de son ordinateur portable, ainsi que dans un coin de plafond, cachée par une maquette de mirage posée sur une bibliothèque.
Décidément, le NID, ou quelque soient les crétins qui avaient monté l'opération n'étaient pas très ingénieux en matière de cachette. Ce qui au passage l'arrangeait plutôt, car il ne fallait pas trop compter sur lui à une heure aussi tardive !
Il fouilla donc de fond en combles son chalet, pour se retrouver avec toute une armada de gadgets d'écoute vieillots.
«On voit que la commission est toujours très économe sur les fonds réservés aux organisations secrètes…» Se désola-t-il quelques peu amusé par la situation, et surtout par la vision qu'il imaginait des quelques clampins qui devaient actuellement s'affairer pour rebrancher leur matériel complètement, pour finalement peut-être réussir, dans quelques heures, alors que lui serait au lit, à capter le bruit des mouvements de vers de terre ou autres bestioles qui se seraient éventuellement trouvées dans le trou dans lequel Jack avait enterré le sac de matériel d'espionnage.
Il faillit s'applaudir en sortant la clé USB de Carter de sa poche de veste. Seulement il se souvint d'avoir eu une discussion il y avait bien des années de ça avec Sam, qui disait que le mieux à faire pour éviter le vol de documents était encore de supprimer de son ordinateur les fichiers temporaires… Or il n'avait pas pris cette précaution en quittant son antre… Et même si les fichiers de Carter étaient bloqués par des mots de passe que lui même n'avait pas trouvé, il se doutait que l'organisation qui l'épiait payait plus que rondement certaines personnes pour craquer les protections les plus complexes…
Il se maudit d'être aussi peu prudent, et finit par se laisser tomber sur son lit, las de sa longue journée de route.
Il allait d'ailleurs s'engouffrer dans le royaume du sommeil quand une soudaine peur s'empara de son être :
Le miroir !
Il se releva, plus rapidement qu'il n'était conscient de le pouvoir, et fila à la salle de bains, où la aussi, il avait trouvé pas mal d'attirail qu'il aurait pu traîner en justice pour atteinte à la vie très privée. Mais ses craintes n'étaient heureusement pas fondées : Le précieux portail était toujours sur l'évier, attendant qu'il le fasse fonctionner.
Il ne put s'empêcher de songer que quelque part derrière la façade réfléchissante se trouvait une astrophysicienne brillante, l'attendant seule dans une réalité hostile et peu familière.
Il passa un doigt sur le rebord de la glace, et abandonna la pièce pour retourner se coucher, avec la ferme intention de régler certains problèmes dès le lendemain.
Cette nuit là, il dormit d'un sommeil plus agréable que durant les derniers jours qu'il avait eu à vivre. Il lui sembla même, à la réflexion, que c'était sa meilleure nuit depuis qu'il avait pris sa retraite !
~/*A*\~
Il s'éveilla à la lueur du petit jour, alors que la pâle lumière de l'aurore s'aventurait doucement à l'intérieur de la chambre par l'unique fenêtre.
Il frotta ses paupières encore engourdies par le sommeil réparateur dont il venait de sortir, s'étira, puis quitta son lit, espérant ne plus jamais avoir à le regagner.
C'était une espérance sourde qu'il se forçait à taire, ayant peur que toute possibilité de retrouvaille avec Sam ne s'éteigne si jamais il se laissait aller à une assurance nouvelle faite d'espoir et de joie. La première chose qu'il allait faire était prendre une douche bien méritée après son voyage express dans le Colorado.
Le contact de l'eau chaude sur sa peau lui rappela combien il était bon de s'offrir le luxe de pouvoir dire fièrement : «Après l'effort, le réconfort ».
Depuis qu'il s'était retiré des missions d'exploration inter-galactiques, il ne connaissait plus que la paisible vie de pacha qui faisait ce qui lui était agréable de faire quand il voulait le faire, et n'avait donc plus aucun plaisir à retrouver le confort de la vie terrestre après une semaine de vie paysanne à l'autre bout de la galaxie…
C'était cette satisfaction simple qu'il avait eu pendant longtemps d'un aller-retour sous la douche qui lui manquait. Celle-là même qu'il avait éprouvé pour la dernière fois en partant à la retraite…
Il ferma les yeux, laissant couler l'eau sur son crâne.
Elle était là, encore penchée sur un bidule sorti d'il ne savait pas où, les sourcils froncés, mais visiblement ravie de devoir se triturer les neurones pour trouver une solution à un problème qu'elle avait elle-même mis en équation
Il se racla la gorge pour signaler sa présence, mais elle ne sembla pas le remarquer. Il s'avança donc lentement vers elle, et s'appuya sur sa table de travail, à côté d'elle.
« Carter, c'est agréable de vous trouver au travail alors que je vous avais mise en permission obligatoire… Plaisanta-t-il.
-Mais j'y suis mon général ! Protesta-t-elle alors qu'un sourire taquin apparaissait sur son visage.
-La prochaine fois je préciserai 'en dehors de la base'…J'étais sûr de vous trouver ici en fait…
- Ah oui ? » Demanda la jeune femme sans pour autant avoir l'air prise dans la conversation.
Elle ajusta un branchement, tapota sur son clavier pour entrer il ne savait quels paramètres, et observa la machine qu'elle essayait visiblement de faire marcher, mais qui n'eut aucune réaction.
Elle soupira, et il pensa que c'était peut-être le moment de s'expliquer :
- Je prends ma retraite. Lâcha-t-il comme s'il annonçait l'arrivée imminente d'une livraison de tampons encreurs estampillés à son nom.
Cependant, elle devait l'écouter tout de même assez attentivement, car ses doigts se figèrent sur son clavier, et il put même voir qu'elles tremblaient délicatement.
- Je suis contente que vous ayez pu réaliser votre rêve monsieur, mais, par simple curiosité, qui va prendre la relève ?
Elle souriait, simplement, comme si elle était réellement heureuse… Peut-être l'était-elle.
- Justement, c'est pour ça que je viens vous voir, j'aimerais avoir votre avis avant de partir. Vous avez plus d'expérience que qui que ce soit ici, alors je ne peux pas prendre de décision sans vous en parler avant…
Elle arrêta son travail, et lui fit face, une main sur la hanche, l'autre appuyée sur le bureau, et elle demanda :
- Vous avez quelqu'un en tête ? Sachez que je ne peux pas m'opposer à votre choix, c'est vous le chef mon général.
Il sourit, un sourire de gamin tout content d'avoir obtenu un nouveau jeu vidéo, un sourire d'adolescent insolent…
- Tant mieux alors ! Ça m'évite bien des problèmes, mon général ! S'exclama-t-il.
Elle eut un mouvement de recul, rentra sa tête dans ses épaules, fronçant les sourcils, comme si elle venait de prendre un coup qui l'avait surprise. C'était d'ailleurs sûrement le cas… La pauvre ne s'attendait sûrement pas à être catapultée à la tête du projet Stargate.
- Je vous demande pardon monsieur mais… Moi ? S'étouffa-t-elle.
- Oui.
- Mais enfin je… Je ne peux pas !
Jack fut tenté de mettre de légers coups dans son dos, histoire de lui faire passer plus facilement la nouvelle, mais il se retint, préférant de loin la rassurer textuellement.
- Mais bien sûr que si. J'ai réussi, alors pourquoi pas vous ?
- Mais parce que je suis une femme !
- Allons Carter ! Il y a bien des règles stupides dans notre règlement, mais soyez rassurée, j'ai vérifié, celle là n'y figure pas. Et puis, regardez le Dr. Wear, elle s'en sort plutôt bien ! Argumenta-t-il.
Sam se contenta de faire une moue de petite fille à qui on dit qu'elle est trop grande pour faire du manège, et sans souffler mot, s'accrocha à lui, appuyant sa tête contre son épaule.
Jack fut surpris, mais il lui rendit son étreinte, aussi fort qu'il le put.
- Vous me manquez déjà… Chuchota-t-elle sans savoir s'il l'entendrait. »
Elle s'était trompée ce jour là, et c'était pourtant rare quand la grande Samantha Carter commettait une erreur, mais cette fois-là, c'était bel et bien une grande erreur de sa part de dire qu'il réalisait son rêve… Oui, parce que son rêve était bien plus beau que la retraite : Son rêve, son véritable rêve, c'était elle.
