Chapitre dix
- Il n'y a rien à dire... Je le connais à peine...
- A d'autres! On ne prend pas le petit déjeuner avec un type quelconque!
- Qui a dit que c'était un type?
- ...
- Ok, c'est un type! Avoua Kate devant les regards de ses trois amies.
L'image de Richard Castle lui vint à l'esprit. Après leur pique-nique, ils ne s'étaient pas donné de nouveau rendez-vous et ne s'étaient pas revus pendant des jours. Elle avait amèrement regretté de ne pas avoir été plus entreprenante en lui proposant de se revoir. D'ailleurs sa mère l'avait pratiquement sermonnée quand elle lui avait avoué qu'elle ne le reverrait certainement pas.
- Alors ? Comment ça se passe avec ton écrivain ? avait demandé Johanna lorsqu'elle l'avait appelée trois jours plus tôt.
- Quel écrivain ?
- Ne joue pas à ça avec moi Katie !
- Mais je ne joue à rien ! Je ne vois absolument pas de quoi tu parles !
- Arrête ! Ne me dis pas qu'il ne se passe rien entre Richard Castle et toi ! Je ne te crois pas ! Pas après une telle dédicace !
- Qu'est-ce qu'elle a cette dédicace ?
- Ne me dis pas que tu ne l'as lue !
- Elle ne m'était pas destinée…
- Mais qui t'a élevée toi ? Tu n'es pas curieuse ?!
- Je respecte ta vie privée, répondit Kate comme une évidence. Certaines personnes devraient en prendre de la graine !
- Ne remets pas ce sujet sur le tapis, s'il te plait ! C'était un accident !
- Bon ! Et si tu me disais ce qu'elle a de particulier cette dédicace ? Demanda Kate, pour changer de sujet.
Ça n'était pas parce qu'elle était d'humeur maussade que sa mère devait en faire les frais.
- Attends, je vais te la lire : « Pour Johanna Beckett, ma plus grande fans d'après sa merveilleuse fille, qui illumine la plus triste des journées d'un simple sourire. Richard Castle »
- …
- D'où ma question : Comment as-tu pu ne rien tenter avec cet homme merveilleux ? Demanda Johanna presque sur un ton de reproche.
- Je…
- Ne me dis pas qu'il ne te plait pas !
- Je n'ai pas dit ça…
- Alors?!
- Et...? Sourit Carly d'un air coquin.
- Elle a bugué ! Constata Lizzie.
- Katherine Beckett n'est peut-être pas si hermétique que ça aux histoires d'amour, plaisanta Ann.
- Oh ça va ! Répondit Kate, en sortant de sa rêverie. On s'est vu deux ou trois fois… Je ne l'avais pas revu depuis plusieurs jours quand on s'est croisés en chemin hier, il m'a proposé un petit déjeuner, c'est tout !
Ce que Kate ne leur avoua pas, c'était qu'elle avait passé son après-midi de la veille à lire sous un arbre bien particulier jusqu'à ce qu'il passe devant elle en sortant de son cours. Il s'était arrêté près d'elle et l'avait saluée, ravi de constater qu'elle lisait un de ses livres. Il s'était installé près d'elle et le lui avait gentiment dédicacé. Ils avaient encore passé un excellent moment ensemble. Et cette fois, elle avait osé lui proposer de se revoir. Elle ne voulait pas se retrouver une nouvelle fois à se demander si elle le reverrait ou non.
- Ne me dis pas que vous allez juste discuter en vous regardant dans le blanc des yeux! Dit Carly sidérée.
- Etant donné la façon dont elle bugue toutes les trois secondes, je dirais que si, énonça Lizzie.
- Ils pourraient même juste se regarder dans le blanc des yeux sans discuter, se moqua gentiment Ann devant l'air rêveur de son amie.
- Quoi ? Demanda Kate comme si on venait de la réveiller.
- Je disais : « Ne me dis pas que vous allez juste discuter en vous regardant dans le blanc des yeux! » répéta Carly.
- Eh bah si! On discute, c'est tout.
- Il est moche? C'est ça? Intervint Lizzie.
- Arrête, tu sais bien que ce genre de détail n'arrête pas notre Beck! Rappelle-toi le rat de bibliothèque de l'an dernier! Rétorqua Ann.
- Beuahhhh...!
- Hé! S'offusqua Kate. Shermann n'est pas moche!
- Sérieusement Kate? Il aurait un troisième œil au milieu du front que l'on ne s'en rendrait même pas compte!
- Wah t'es dure là! Dit Ann.
- C'est juste une image, expliqua Carly. C'était pour démontrer que notre Beckett est complètement sur son petit nuage quand elle est amoureuse...
- Oui et le retour sur Terre est plutôt douloureux! Approuva Lizzie.
- Oh ça va! Marmonna Kate.
- Ne le prend pas mal Beck! On s'inquiète pour toi, c'est tout...
- Vous feriez mieux de vous inquiéter pour vous! Demain matin lever cinq heures! Préparez-vous à en baver!
- QUOI?! T'ES DURE!
- Vous voulez être en pleine forme quand vous rencontrerez Mathilda King?
- On veut surtout être en vie...
Kate sourit devant l'argument d'Ann. Si elle savait... Leurs concurrentes tueraient père et mère pour s'assurer d'être choisie par Mathilda. Si elles ne pouvaient pas survivre à ses petites séances de remise en forme, autant ne pas aller dans la fosse aux tigresses!
Le lendemain matin, Beckett réveilla ses amies aux aurores et les entraîna dans un footing matinal, suivi d'une bonne séance de Yoga. Elle savoura les grognements de ses dernières comme autant de petites vengeances personnelles pour l'avoir ennuyée au sujet de sa vie sentimentale. Puis elle prit une bonne douche, prépara ses affaires de cours et quitta sa chambre, pour se rendre sur le lieu de son rendez-vous.
Elle était la première. Elle s'installa à une table près de la fenêtre, commanda un jus d'orange et sortit un livre de son sac pour s'occuper en attendant. Elle releva la tête quelques temps plus tard, quand on déposa un beignet et un café devant elle.
- J'espère que Vous aimez les beignets, dit Castle en prenant place sur la banquette en face.
- J'adore les beignets!
- Tant mieux alors, parce que nous sommes dans le restaurant qui sert les meilleurs beignets du coin!
- Merci... Répondit-elle avec un sourire. Alors? Comment allez-vous?
- On pourrait se tutoyer, non ?
- D'accord. Alors ? Comment vas-tu ?
- Depuis hier tu veux dire ?
- C'est ça !
- Je vais bien...
- Mhm.
- Tu n'as pas l'air satisfaite de ma réponse...
- Parce qu'elle n'a pas l'air sincère.
- Si! Je suis sincère! J'aime discuter avec toi! Alors comme je suis en ta compagnie, je me sens bien! D'ailleurs la semaine dernière fut bien terne sans toi !
- Beau rattrapage, rit-elle en touillant machinalement son café.
- Et toi? Dis-moi? Comment vas-tu?
- Bien. Je suis à jour dans mon travail, j'arrive à suivre le rythme sans trop de soucis...
- Et pièce à conviction?
- Il va bien. Je lui ai acheté un joli panier très confortable, mais il continue de préférer mon lit.
- Comment le blâmer?
- ...
- N'importe qui sain d'esprit préfèrerait ton lit!
- ...
- On dirait que je viens de te clouer le bec! Rit-il.
Elle lui jeta sa serviette à la figure en signe de protestation.
- Ça va, je te taquinais! ... Tiens, je t'ai apporté ça pour ta maman, dit-il en sortant un exemplaire de son dernier roman. Je l'ai dédicacé.
- Wah! Un autre roman dédicacé !
- C'est le tout dernier en date! Il ne sortira officiellement que dans deux semaines!
- Merci... C'est vraiment très gentil. Mais tu la gâtes trop, elle va être hystérique. Déjà l'autre jour, quand elle a reçu celui que je t'ai envoyé…
- Tant mieux. J'aime faire plaisir à mes fans. Et puis rien n'est trop beau pour ta maman.
- Tu ne la connais même pas!
- Mais avec une fille telle que toi, elle ne peut être qu'extraordinaire.
Kate rougit jusqu'aux oreilles, ce qui le fit bien rire.
Ils discutèrent agréablement encore pendant une heure, tout en savourant leur petit déjeuner. Puis ils retournèrent sur le campus où ils se quittèrent pour chacun vaquer à leurs occupations, non sans se souhaiter une bonne journée et se donner rendez-vous le lendemain, pour un nouveau petit déjeuner en tête à tête.
Ils en firent un rituel. Leur rituel. Chaque matin, ils se retrouvaient là, dans ce petit café, leur petit café, à la même table et à la même heure. Ils parlaient musique, littérature et s'amusaient à refaire le monde.
Il aimait sa fraîcheur et son intelligence, il la trouvait magnifique et solaire. Elle avait un côté mystérieux également. Chaque jour, elle trouvait le moyen de l'étonner. Arriverait-il un jour à percer ce mystère? Il en doutait, mais aimait l'idée d'essayer.
Elle savait écouter. Il se sentait bien en sa compagnie. Il lui confiait ses problèmes avec son ex-femme et son besoin d'être avec sa fille. Lui parler lui faisait un bien fou. Elle avait ce don d'apaiser les tourments de l'âme. Il était heureux de la connaître, simplement.
Elle aimait sa vision du monde, sa façon de raconter les histoires et cette part d'ombre qu'elle décelait chez lui malgré son côté rigolo. Elle aimait se perdre dans l'océan de ses yeux et reprendre courage dans la chaleur de ses sourires. Pour la première fois, elle avait l'impression d'être sur la même longueur d'ondes que quelqu'un et ne se sentait pas comme une extra-terrestre perdu au milieu d'humains tous plus bizarres les uns que les autres à ses yeux.
