Vies
« Chez les Saiyens, l'amour est un sentiment répandu,
mais qui ne dit pas son nom. Davantage que chez les humains,
il se manifeste par un état de manque en l'absence du
partenaire, une tension qui, plus que sexuelle, s'apparente
à une carence physique. Comme si le guerrier saiyen,
sans sa partenaire, était incomplet. »
La Légende du Peuple Saiyen
Chapitre 10: Pearl
Bra jouait tranquillement dans sa chambre. Elle était triste pour sa Mandra, pour Yumi aussi. Mais sa mère lui avait expliqué que tout le monde devait mourir un jour. C'était le grand roi Enma qui décidait où on allait après. Et Mandra et Yumi étaient certainement allés au paradis. Le méchant, lui il était en enfer, sans aucun doute.
Elle en avait assez de cette poupée. Elle ouvrit la fenêtre de sa chambre, et s'accouda au rebord. La neige n'était pas retombée cette nuit. Et celle d'hier n'était plus très blanche. Elle ne pouvait plus jouer dehors. Et son père était dans la salle d'entraînement. Il avait dit qu'il l'entraînerait plus tard.
Pffff... qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir faire? Elle releva soudain la tête. Là-bas, au bout de la rue... Elle se précipita hors de sa chambre.
Trunks était encore assez loin de chez lui. Et il prenait son temps. De toute façon, une fois rentré, il devrait soit s'enfermer dans sa chambre, soit s'entraîner avec son père.
La grande rue n'était pas très fréquentée. Quelques personnes avaient osé sortir, et elles s'étaient emmitouflées sous d'épais manteaux. Il entendit alors un bruit singulier, qu'il connaissait bien. Il leva la tête vers le ciel et sourit.
Tous les passants de la rue étaient bouche bée. Un homme? Dans les cieux? Deux personnes mêmes… qui volaient?
Trunks fit un grand signe de la main à Sangoten. Ani était dans ses bras. Son ami disparut assez vite à l'horizon. Il regarda le ciel un moment, puis se dit qu'il devrait bien rentrer à un moment ou à un autre. Il ne prit conscience qu'à ce moment-là que toute la rue le dévisageait, stupéfaite.
Il faisait froid. C'était un froid très dur, qui agressait la peau. Pourtant c'était le milieu de l'après-midi. Pearl avait hésité toute la journée, puis finalement, elle avait pris son courage à deux mains. Maintenant, elle ne pouvait plus reculer.
Elle arriva devant la porte de la Capsule Corp., et sonna. Une femme lui ouvrit. La mère de Trunks. Elle l'avait déjà vue dans des revues scientifiques.
« Excusez-moi de vous déranger... Je... Trunks est-il là? » Bulma n'eut pas le temps de lui répondre, car un drôle de bruit, venant de la maison l'interrompit. Elle se retourna. Bra avait dégringolé l'escalier, et arrivait à la porte en criant à tue-tête.
« Pearl! Pearl! Pearl! » L'interpelée sourit.
« Comment vas-tu, Bra? »
« Bien! »
« Alors vous êtes la fameuse Pearl. » La jeune fille baissa la tête et rougit.
« Trunks n'est pas là. Il est parti réparé les dégâts causés à la salle. Mais il ne devrait pas tarder. Et je meurs d'envie de vous connaître. »
« Trunks... vous a parlé de moi? »
« Non, non. Mais, entrez-vite, il fait froid dehors. » Pearl s'exécuta. Bulma prit son manteau, qu'elle accrocha dans le couloir. Puis elles s'installèrent toutes les trois au salon, devant un chocolat chaud.
Encore un de foutu. Décidément, ces robots de combat n'étaient pas très solides. Il repartit dans une série de coups de pieds, presque aussitôt interrompue. Elle était là. Hum... fini pour l'entraînement. Il remit la gravité au niveau initial, épongea la sueur qui lui dégoulinait sur le torse et sortit de la salle.
Quand il arriva au salon, sa fille et sa femme étaient assises, en compagnie d'une jeune fille brune. Bulma tourna la tête, et le dévisagea sombrement. Végéta fronça les sourcils. Qu'est-ce qu'elle avait? Elle se retourna vers l'invitée.
« Voici Végéta. J'ose à peine avouer que c'est mon mari. Il n'a aucune tenue. » Puis elle s'adressa à lui. « Végéta, tu veux bien me faire le plaisir d'enfiler une chemise, ce serait la moindre des politesse. »
Sa chemise... il avait oublié sa chemise. Il émit un vague grognement, et remonta les escaliers, pour bientôt disparaître à l'étage.
Pearl était plutôt impressionnée par cette brève apparition. Le père de Trunks était de petite taille, mais au moins aussi musclé que son fils. Et surtout, de nombreuses cicatrices se dessinaient sur son torse.
« Excusez-le, il n'a aucune délicatesse. » Pearl sourit.
« Donc cela fait trois mois que vous êtes avec Trunks. C'est étrange qu'il ne m'en ait pas parlé. »
« Vous... il ne vous a jamais parlé de moi? » Elle secoua la tête. Pearl était déçue. Même pas à ses parents. Il ne devait en fait pas du tout tenir à elle. Elle se demandait soudain ce qu'elle était venue faire ici. Elle lutta pour refouler des larmes.
« Je... je crois que je vais m'en aller... »
« Non, non... restez... Il ne faut pas faire attention à tout ça. Il est comme son père, vous savez. Et... dans ce cas-là, je dirai que vous devez être très spéciale pour lui. D'habitude, au bout d'un mois, je sais avec qui il sort le soir. Vous n'êtes pas comme les autres. Toutes les fois où il m'a dit qu'il passait la soirée avec Goten, c'était sûrement avec vous. »
Bulma se voulait rassurante, mais Pearl était tenaillée par les doutes.
« Il se passe des chose, en bas? »
« Hum... il va s'en passer, Popo. Nos deux jeunes garçons ont trouvé leur chemin, je pense. Même si Trunks ne le sait pas encore. Ils ne sont pas les seuls, d'ailleurs. Il va y avoir du changement dans la vie de la petite famille de Sangoku. »
Dendé sourit. Enfin, la vie allait reprendre un cours à peu près normal. Nouveau, certes, mais normal. Une nouvelle donne. Mais pour combien de temps? A cette question, même un dieu ne pouvait répondre.
La maison était en vue. Il devait être parti depuis une heure et demi, à peu près. Il pensait à Goten. Il allait lui manquer, c'était sûr, mais il serait heureux, là-bas. Enfin, dans sa balade. Trois ans... trois longues années. Il allait s'entraîner. Dès maintenant. Il devait être à la hauteur pour l'affronter, au prochain tournoi. Et se préparer pour ce combat lui changerait les idées. Des idées noires, en ce moment.
Il entra dans la maison, et accrocha son manteau. Tiens, quelqu'un était là. Il entendait discuter au salon. Quand il entra, il resta figé un moment. Elle était là... Son regard semblait perdu dans le vide. Il entendit la voix de sa mère.
« Ah, Trunks... » Pearl tourna brusquement la tête. Elle le regarda.
Bra observait la scène, perplexe. Qu'est-ce qu'il attendait pour l'embrasser? Elle se leva, et passa derrière son frère, qui l'aperçut à peine. Elle plaqua ses deux petites mains sur son dos, et le poussa vers le fauteuil dans lequel Pearl s'était installée.
Bulma ne put s'empêcher de sourire, devant le comique de la situation. D'autre part, elle dut admettre que Végéta avait raison. Il s'était passé quelque chose à cette soirée. La réaction des deux jeunes gens n'était pas tout à fait normale. Justement, elle entendit Végéta entrer dans le salon. Il s'arrêta, croisa les bras et observa son fils.
Trunks sentit son regard, et détourna ses yeux de ceux de Pearl. Il lut sur le visage de son père une expression qui voulait dire: « Qu'est-ce que tu attends? » Il regarda sa mère, qui lui souriait chaleureusement. Sa soeur, elle, semblait attendre quelque chose, et se demander pourquoi ça n'arrivait pas. Il réussit enfin à balbutier quelques mots.
« C'est... c'est un complot, ma parole. » Cette fois, Pearl ne réussit pas à refouler ses émotions. Elle regardait toujours Trunks, et une larme roula sur sa joue. Elle se leva, sans un mot, et quitta la pièce. Puis le bruit de la porte de la maison se fit entendre.
Bra regardait toujours son frère, d'un air d'incompréhension.
« Elle pleure et tu la laisses partir? » Non, il ne voulait pas la laisser partir. Il avait encore du mal à se rendre compte qu'elle avait été là. Mais qu'est-ce qu'il avait dit? Sa mère lui lança un regard sévère.
« Hé! Qu'est-ce qui t'arrive? Rattrape-la! » Son regard semblait toujours aussi perdu. Il tourna la tête en direction de son père.
« Va la chercher. » Ces trois mots sans émotion, même pas des ordres, venant de son père, avaient vraiment du sens dans son esprit cette fois. Il s'élança dans le couloir, et sortit dans la rue sans prendre le temps d'enfiler une veste.
Elle était là-bas, au bout de la rue. En quelques secondes, il était à son niveau. Il saisit ses épaules.
« Pearl. »
« Lâche-moi. »
« Pearl, je... » Il se tut. « Frappe-moi, » reprit-il.
« Quoi? »
« Frappe-moi. Comme l'autre soir. Mets toute ta colère et frappe-moi. Après, on pourra parler… »
La claque fusa. Trunks la prit de plein fouet. Il ne bougea la tête que pour donner l'impression qu'elle avait eu un effet.
« Voilà… ça va mieux maintenant? » Elle le fixa, les yeux rougis par le froid et les larmes, avant de dire:
« Trunks, tu... je... pourquoi tu ne m'as jamais rien dit? »
« Tu m'aurai frappé. J'aime quand même pas trop quand tu me frappes. »
« Arrête, ça ne te fait rien… tu ne le sens même pas… »
« C'est faux… Peut-être que je n'ai pas mal physiquement,… mais quand tu m'as frappé, samedi soir, j'ai cru que tout s'écroulait autour de moi. Et tout s'est écroulé. Comme tout ce que j'avais bâti autour de moi, je ne l'avais bâti que pour toi, et comme si ça n'avait plus aucun sens sans ta présence à mes côtes… Pearl... Reste avec moi… pardonne moi… s'il te plait… »
Elle ouvrit de grand yeux. Elle n'aurait jamais cru que Trunks pouvait s'ouvrir à elle de cette manière, lui faire part de ses sentiments… Il... il tenait à elle, finalement, mais... Elle balbutia quelques mots, et finalement elle s'ancra dans ses bras.
« Trunks... il faut qu'on parle d'abord... sérieusement... » Il la serra contre lui.
« C'est ce que je veux. Parler, mettre les choses au point. Et repartir du bon pied… » Quelques personnes qui observaient la scène se tentèrent à applaudir. A ce moment, une voix les écarta tous.
« Dégagez! Dégagez tous ou je vous occis! »
« Papa? »
« Rentrez. » Trunks regarda Pearl. Celle-ci lui sourit, à travers ses larmes, et hocha la tête. Ils rentrèrent tous les trois, Végéta en tête.
A présent, ils marchaient. Ils étaient déjà à quelques kilomètres, au sud-est de la ville. Il s'était posé à cet endroit, plutôt désert. Ils avançaient le long d'un chemin de terre. De temps à autre, ils croisaient des champs cultivés, signe d'un restant de présence humaine.
« Attends... je... alors comme ça, tu es d'origine extraterrestre? » Il acquiesça silencieusement. Depuis qu'ils s'étaient posés, il s'était mis à lui expliquer ses origines. Brièvement, oui, mais l'histoire de sa famille était tellement compliquée.
« Ton... ton père est un héros alors. Un vrai... » Il continuait de marcher, silencieusement, en regardant toujours devant lui.
« Il... il s'est sacrifié pour battre Cell... » Elle n'était pas née à l'époque de Cell. Mais tout le monde en avait entendu parler. Le monstre Cell, qui avait failli causer l'apocalypse. Alors comme ça son père...
« Et le démon Piccolo aussi, alors... » Piccolo, c'était encore plus flou. Il restait des témoins de sa courte accession au trône, mais la limite entre la légende et la réalité... D'après Goten, il s'agissait néanmoins bien d'un démon.
« Je t'expliquerai un jour la relation de Dieu avec Piccolo. » Elle se tourna vers lui, surprise.
« Dieu? »
« Oui... c'est compliqué aussi comme affaire. »
« On va passer de longues soirées avec tout ce que tu as à me raconter. » Il hocha la tête, esquissant un sourire.
« Et Trunks aussi, donc... Au fait, il a revu sa copine? »
« Je ne sais pas... je m'en veux... »
« Ne t'inquiète pas. Je t'ai pardonné, elle te pardonnera. » Ils progressèrent en silence un moment. Puis Ani posa la question que Goten redoutait.
« Qu'est-ce qui se passe avec ton père, Goten? » Sangoten eut un sourire amer. Il soupira longuement, et se décida.
« Il... il part sans arrêt. Je te l'ai dit, il s'est fait tué par Cell. Il a été ressuscité bien plus tard. Je devais avoir sept ans. Je ne l'avais jamais vu. J'allais enfin connaitre mon père. Il a passé dix ans avec nous. Et puis... il est reparti il y a six mois... pour entraîner un jeune garçon... » Ani baissa la tête.
« Je comprends... » Goten stoppa alors sa marche. Il fixait l'horizon, les sourcils froncés. Ani s'en aperçut, et regarda à son tour. Il y avait une silhouette, au bout du chemin.
« Continuons. » Au bout d'un moment, ils se croisèrent. L'homme avait trois yeux, une longue chevelure noire. Ce devait être un voyageur. Il s'arrêta à leur hauteur. Il fixa Sangoten un moment.
« Excusez-moi... vous... vous ressemblez étrangement à... un ami de ma mère. »
« C'est possible… »
« Vous... connaissez Sangoku? »
« Je suis son fils. » L'homme parut surpris.
« C'est incroyable de tomber sur vous. »
« Vous me cherchez? »
« Je... ne sais pas si vous pouvez m'aider. Je recherche Ten Shin Han. »
« Je n'ai jamais vu Ten Shin Han. » L'homme sembla déçu. « Mais mon père sait peut-être où il se trouve. »
« Votre père? Il est en vie? »
« Bien entendu. Mais je ne sais pas si vous le trouverez. »
« C'est dommage. Il est probablement une des seules personnes à pouvoir m'aider. » Sangoten eut alors un sursaut.
« Mais si! Quel idiot! Je sais où se trouvera mon père. Demain en tout cas... peut-être. Il sera chez ma mère... vous... vous voulez que je vous donne l'adresse? »
« Ce serait infiniment généreux de votre part. » Sangoten sortit un bout de papier et un crayon de sa poche. Il griffonna quelques chiffres, avant de tendre le papier à l'homme.
« Voilà. » L'homme lui sourit. « Vous... Ten Shin Han avait trois yeux je crois... vous êtes son fils, n'est-ce pas? »
« Vous pensez juste. Je suis bien le fils de Ten Shin Han. Kyo Gen Han. » Il lui tendit la main.
« Sangoten, » dit le Saiyen en lui serrant. « Voici Ani. » Il s'inclina. Ani lui sourit.
« Je ne sais pas si Dieu joue avec nos vies, mais ce hasard tombe incroyablement bien. Je vais reprendre mon chemin et vous laissez continuer le vôtre. Au revoir. »
« Au revoir. » Chacun reprit alors sa direction. Sangoten réfléchissait. Dendé pouvait-il réellement jouer ainsi avec leur destinée? Sangoten n'en était pas sûr. Dendé n'était pas le dieu tout puissant des livres religieux. C'était un simple protecteur. Il faudrait qu'il aille lui rendre visite. Sorti de ses réflexions, il s'aperçut qu'Ani avait glissé sa main dans la sienne.
« Sangoten a quoi! Et tu... tu le savais... et... »
« Je t'en prie, Sangohan, arrête de crier. Va voir dans son armoire, il y a un message. »
Sangohan était éberlué. Sa femme qui... Il secoua la tête et sortit de la maison, furieux. Il était rentré plus tôt aujourd'hui, pour s'assurer que tout se passait bien. Il avait annulé son rendez-vous avec le docteur Bullow. Heureusement. Il annoncerait lui-même à Chichi le départ de Sangoten. Comment Videl avait-elle pu lui cacher? Et laisser faire Goten?
Sangohan entra rageusement dans la maison. Chichi était assise devant la télévision, se reposant après cette épuisante journée de ménage. Elle posa un regard inquiet sur son fils aîné. Qu'est-ce qui pouvait bien mettre Sangohan dans un tel état?
Elle se leva et entra dans la chambre de Goten, où il se trouvait. Il avait une lettre à la main.
« Qu'est-ce qui se passe? »
« Sangoten... Sangoten est parti. » Chichi resta prostrée quelques instants.
« Il explique tout dans sa lettre... lis-la... je... je crois... qu'il est inutile d'essayer de le retenir. » Chichi prit la lettre d'une main tremblante. Elle ne pleura pas. C'était inutile.
Sangohan l'observait. Le regard de sa mère s'était perdu quelque part, très loin en elle, comme quand Sangoku était parti. Dans sa lettre, Goten expliquait son malaise, son impression que sa vie n'était pas là. Le fait que leur père lui manquait énormément aussi. Peut-être que s'ils avaient parlé… Si Videl lui avait dit...
Chichi lui rendit la lettre, et retourna s'asseoir dans son fauteuil.
« Ca... ça va aller, maman? » Sa mère lui sourit faiblement.
« Oui, mon grand. Ne t'en fais pas. Je... je crois que je savais que ça arriverait. »
« Je... je te laisse alors... j'ai quelques problèmes à régler. »
Sangohan retourna chez lui, serrant le poing et chiffonnant la lettre qui se trouvait à l'intérieur.
« Je... voilà... je ne peux rien te dire de plus... je sais bien que ce que j'ai fait n'était pas très intelligent... mais je l'ai fait... si tu m'en veux, je le comprends... je voulais juste que tu saches que j'étais désolé. »
Depuis une demi-heure maintenant, Trunks se confondait en excuse. Il lui avait tout expliqué. Ils se trouvaient dans sa chambre, assis sur son lit. Il avait la tête baissée, comme s'il attendait la sentence. Pearl réfléchissait. Voir les efforts de Trunks pour lui montrer qu'il était sincèrement désolé avait quelque chose d'attendrissant et… d'amusant. Elle sourit.
« Je te pardonne. Mais ne me refais plus jamais ça. Et... je veux savoir. Je veux tout savoir. Depuis que je te connais, il y a des sujets que tu évites… Des choses que tu me caches… Si je dois te faire confiance à nouveau, il faut que je sois sûr que tu me dis tout… » Il releva la tête et l'observa. Tout? Est-ce qu'il devait lui dire?
« Tu... tu sais... je crois que maintenant, on risque de rester très longtemps ensemble. » Elle lui sourit.
« Tout... absolument tout ce que Bra a dit est vrai. » Pearl l'observa en silence, bouche bée durant un long moment.
Elle s'ennuyait. Trunks et Pearl étaient partis parler, sa mère était au labo, et... tiens, son père ne s'entraînait pas... la salle n'était pas utilisée. Bra descendit les escaliers quatre à quatre et arriva au premier étage. Elle pénétra doucement dans la chambre de ses parents. Son père était à la fenêtre, les mains dans les poches. Il regardait dehors.
« Qu'est-ce que tu veux Bra? » Bra se tortilla les mains. Son combat contre le monstre n'avait pas été très long. Elle ne savait d'ailleurs plus trop ce qui s'était passé, sauf qu'à un moment, ses émotions avaient pris le dessus et qu'elle s'était sentie envahie par une force nouvelle. Mais le monstre avait été trop fort, et elle avait eu tellement peur…
« Papa, tu es fier de moi? » Végéta ne se retourna pas. Bra s'était endormie pendant leur retour de la forêt. Puis il avait été trop occupé par le problème de Trunks pour parler avec sa fille.
Il se retourna, lui jeta comme toujours un regard dur, et s'assit sur le lit. Elle vint s'asseoir à ses cotés.
« Tu t'es battue comme une princesse, ma puce. » Bra l'observa, et son visage s'illumina d'un grand sourire. Les compliments de la part de son père étaient très rares. Alors là... Elle grimpa sur ses genoux, et se blottit dans ses bras.
Végéta esquissa un sourire, et ressentit cette sensation vertigineuse, comme à chaque fois qu'il se trouvait en situation de mesurer le gouffre qui le séparait de son ancienne existence. Il n'y a pas si longtemps, jamais il n'aurait imaginé être là, à serrer une petite fille dans ses bras au lieu d'être à l'entraînement, ou au combat sur une planète à conquérir. Il était là, lui, prince des Saiyens, d'un peuple qui s'était autodétruit dans sa soif de combat. Serrant sa fille dans ses bras.
La nuit était tombée. Le repas du soir était, une habitude, d'une tension presque palpable. Ils s'étaient cette fois réunis chez Chichi. Sangoku devait arriver le lendemain. Mais Chichi semblait absente, presque hagarde. Elle tentait de se remettre du départ de son fils.
Elle s'en doutait en fait. Il était comme son père. A la différence près que son père n'aurait pas attendu de se sentir aussi mal pour partir. Et il n'aurait laissé aucun message. Oui, elle s'y attendait. Mais c'était dur, très dur...
Videl sentait les regards lourds de reproches de Sangohan. Elle n'en pouvait plus. Elle sortit de table.
« Je vais me coucher. Je suis fatiguée. » Elle emmena sa fille avec elle.
Il était l'heure, effectivement, pour Pan d'aller au lit. Par contre Videl... Il la tenait pour responsable du départ de Sangoten. Si elle lui en avait parlé, il aurait été discuter avec Goten, et ils auraient trouvé une solution.
Lui et sa mère se mirent à débarrasser la table en silence. Les pensées de Sangohan revinrent au message de son frère. A la fin de la lettre, il avait écrit: Mon frère, je sais ce que tu crois. Mais rappelle-toi les bons souvenirs. Tu te souviens de la pierre?
Quand Goten avait sept ans, à l'époque où il l'entraînait pour le tournoi, une pierre lancée un peu trop vite avait cassé un carreau de la maison, et s'était logé dans la porte d'un vieille armoire en bois. Sangohan sourit. Effectivement, c'était un bon souvenir. Ils s'étaient fait sermonner par Chichi, mais qu'est-ce qu'ils avaient ri. Alors Sangohan eut un éclair.
« Maman, tu sais où est la vieille armoire? »
« Laquelle? »
« Tu sais, la vieille armoire qui était dans la cuisine, il y a longtemps. Celle en chêne, que papy t'avait fabriquée. »
« Celle-là? Elle doit être dans le grenier. »
« Merci, maman. » Sangohan se précipita dehors, et prit l'escalier extérieur pour monter au grenier. Il en aurait le coeur net.
Le grenier était plutôt sombre et poussiéreux. L'armoire était là. La marque de la pierre était bien visible. Sangohan ouvrit la porte de bois. Oui! C'était bien ça. A l'intérieur, une autre lettre avait été déposée. Sangohan s'en saisit, et retourna chez lui après avoir prévenu sa mère qu'il rentrait.
Il s'installa dans le lit, aux cotés de Videl. Elle dormait déjà profondément. Il commença la lecture.
Je savais que tu trouverai. Ainsi tu n'as pas tout oublié. Je sais ce que tu penses en ce moment. On a vécu pendant des années ensemble, et je crois que je te connais bien. Tu te dis que je n'aurais pas dû partir, qu'il y avait forcément une autre solution. Sangohan fronça les sourcils, puis sourit. Oui, il le connaissait par coeur. Tout naturellement, tu te retournes contre Videl, qui savait tout. Tu te dis que si elle t'avait prévenu, tu aurais trouvé une solution. D'abord, je tiens à te dire que je pense que c'était la meilleure des solutions. Je ne veux pas être comme papa. Je l'ai dit dans l'autre lettre, je reviendrai au championnat, dans trois ans. Ensuite, et bien je voudrais te faire ouvrir les yeux. Tu te jettes sur Videl, et tu dois lui reprocher tout un tas de choses. Et tu ne te rends même pas compte à quel point c'est dur pour elle. A quel point c'est dur de vivre tous les jours dans une famille de Saiyens, de nous côtoyer, maman et moi, tristes et silencieux. Elle ne mérite pas tout ce que tu penses d'elle en ce moment. Elle mérite au contraire tout ton respect. Et je sais que tant que tu seras comme ça, elle ne te le dira pas. Il fronça de nouveau les sourcils. Ca ne durera pas tout le temps, tu ne pourras pas toujours lui reprocher, car tu l'aimes, c'est vrai. Mais ça durera, et tout ce temps, elle sera triste. A cause de moi. Et je ne veux pas. Alors moi je vais te le dire, Sangohan, en espérant que ça te feras changer. Elle est enceinte, Sangohan. Voilà. Maintenant, je pense que j'ai fait tout ce qui était juste, et je vais enfin pouvoir dormir en paix. Parce que je te connais, et je sais ce que tu vas faire, maintenant. Tu vas lui dire que tu l'aimes, et que tu es vraiment désolé. Tu es un homme bien, Sangohan. Un peu paternel, mais comme grand frère, tu as toujours été extra. Je reviens dans trois ans, pour tous vous revoir, parce que vous allez me manquer. Disons que je suis juste parti prendre l'air. A dans trois ans, Sangoten.
PS: pour maman, je pense que tu sauras choisir la meilleure des solutions
Sangohan posa la lettre. Il resta un moment silencieux, méditant sur le message de Goten. Alors Videl était... Il se retourna. Il entendait sa respiration régulière, apaisante, étrangement sereine. Il se pencha sur son visage, et lui glissa à l'oreille:
« Je t'aime Videl... et je suis vraiment désolé. » Elle répondit par un vague gémissement, et se rendormit. Sangohan sourit, puis il se tourna de l'autre coté, et prit son téléphone cellulaire dans la poche de son blouson.
« Allo, Hôpital de la Capitale? C'est le docteur Sangohan. Je ne serai pas là demain... Pardon? Oui, oui. J'ai au moins deux bonnes raisons de rester, maintenant. »
