Chapitre 10 : Nouveaux Arrivants

Après la visite à Galadriel et Celeborn, Lindorië conduisit à Alice son atelier de couture tandis que Galoriand allait voir ses parents. Sans surprise, Alice découvrit que la robe qu'elle portait était l'une des créations à Lindorië.

- J'ai fait un ourlet rapidement, tu es un peu plus petite que moi. J'ai aussi un peu rajusté au niveau de la taille et de la poitrine.

- Merci beaucoup, cette robe est magnifique.

- Oh ce n'est qu'une robe de tous les jours tu sais, répondit Lindorië, je n'allais pas te laisser avec des vêtements de voyage, tu n'aurais pas été à l'aise. Tiens, regarde…

Lindorië lui montra ses créations, qui laissèrent Alice sans voix. Lindorië avait des doigts de fée. Les tissus qu'elle utilisait étaient souples et aériens. Les broderies qu'elle réalisait étaient magnifiques. Sur les mannequins, les robes étaient déjà superbes, alors Alice n'osait même pas les imaginer portées par des elfes.

- Les créations que tu voies sont des robes de cérémonies. Celles là sont destinées au bal du printemps.

- Elles sont… Merveilleuses, finit par dire Alice

- Je vais te montrer celle que j'espère être la plus belle d'entre toutes…

Lindorië ouvrit alors un placard, d'où elle sortie un cintre sur lequel pendait une robe blanche.

- Voici ma robe de mariée, annonça simplement Lindorië.

- Et bien…Euh…Là je t'avouerais que je n'ai pas les mots, dit Alice

L'elfe sourit, pendant que la jeune femme admirait la traîne, les feuilles discrètement brodées au fil dorée sur le corset et les manches longues.

- C'est du très beau travail. Ou plutôt ça m'en a tout l'air, puisque je ne m'y connais guère en couture, précisa Alice

- Tu ne cousais pas là où tu vivais ?

- Non, parfois quelques ourlets, et encore… Quand je n'étais pas trop feignante, répondit Alice.

- Galoriand m'a montré les vêtements que tu lui as offerts. C'était très gentil de ta part. Ils sont assez étranges, mais d'assez bonne qualité. A ce sujet…

Lindorië remit à Alice un paquet en papier.

- Ce sont quelques tenues pour les jours à venir.

- Oh Lindorië, c'est vraiment adorable ! Je suis gênée de te causer autant de souci…

- A chacun son tour, répondit l'elfe, coupant court à tout débat, ce sont des robes à moi que j'ai mise à ta taille. Comme pour celle que tu portes, je n'ai fait qu'estimer tes mesures.

- Merci tout de même…

Lindorië se saisit d'un ruban qu'elle passa autour de la taille de la jeune femme.

- Il me faut toutefois tes vraies mesures pour la robe que je vais te faire pour le mariage. Il faudra qu'elle t'aille comme un gant.

- Lindorië, tu as peut être d'autres choses à préparer pour… Commença Alice, gênée.

La jeune femme devait pourtant se l'avouer : elle adorerait pouvoir porter une robe faite par Lindorië.

- Tu sais Alice, le mariage était prévu de longue date. Quand Galoriand a … Disparu, j'avais quasiment fini ma robe, et les tenues que certains invités m'avaient demandées. J'ai tout gardé. Je n'ai rien voulu jeter. Je n'ai jamais cessé d'espérer…

Il y eut un silence.

- Tu as bien fait. Ça a dû être terrible pour toi. Je te trouve très courageuse Lindorië, avoua Alice.

Y croire encore alors que tout poussait à croire que Galoriand était mort.

Elle se remémora les moments horribles qu'elle avait passé lorsque Matthieu l'avait laissé tomber, après trois années ensemble, sous prétexte qu'il l'avait « connue trop tôt ». Elle avait cru mourir à l'époque, d'autant que cet abruti lui avait annoncé de but en blanc la nouvelle alors qu'elle sortait juste de l'hôpital. Rien que cela avait été horrible, alors ne pas savoir où était Galoriand ni même s'il était en vie… Alice secoua sa tête, pour tenter de chasser les mauvais souvenirs qui commençaient à lui tordre l'estomac.

Lindorië la dévisagea, l'air inquiet.

- Tout va bien Alice ?

- Oui ! répondit la jeune femme d'un ton un peu trop enjouée.

- Alors cette robe ? De quelle couleur la veux-tu ?

Par la suite, il devint évident qu'Alice n'avait pas du tout son mot à dire quant à la confection de la robe. Alors qu'elle avait suggéré diplomatiquement une couleur assez claire pour le tissu, Lindorië lui fit comprendre que le vert émeraude était SA couleur, pour faire ressortir ses yeux. De fil en aiguille, l'elfe décida aussi que non elle n'aurait pas de décolleté carré mais plutôt un décolleté en V, qu'elle utiliserait aussi de la dentelle, qu'il fallait mettre en valeur la taille d'Alice par un corset… Cette dernière s'amusait beaucoup de voir que cette elfe si frêle, qui parlait d'une voix douce et qui paraissait si tranquille, avait l'âme d'une business woman : sûre de ses choix et déterminée, tout en étant diplomate.

Galoriand doit se laisser mener par le bout du nez, songea Alice.

Au bout d'une heure et demie de discussion, Galoriand vint les rejoindre à l'atelier de Lindorië, qui était emportée par une vague d'inspiration créatrice. En voyant les regards échangés par les deux amoureux, Alice les laissa seuls en prétextant qu'elle allait visiter la ville. Ils ne la retinrent pas.

Elle se balada dans Caras Galadhon, ne sachant pas trop quoi faire, étourdie par les étranges couleurs dorées des feuilles. Elle salua poliment les elfes qu'elle croisa, et ils lui rendirent tout aussi poliment son salut. La cité elfique semblait bourdonner car ses habitants vaquaient à leurs activités. Alice put voir des elfes laver leur linge dans un lavoir aménagé près d'une petite cascade, d'autres transporter des légumes dans des brouettes, ou encore brosser des chevaux. Aussi curieux que cela puisse paraître, elle n'avait jamais imaginé que les elfes puissent travailler… Cette activité lui paraissait tellement « humaine ». Elle trouvait que les elfes s'en sortaient bien. Ils avaient beau effectuer des tâches salissantes, ils restaient immaculés, et leur corvées avaient beau être fatigantes, cela ne les empêchait pas de les effectuer avec le sourire tout en bavardant gaiement avec leurs voisins.

Alice décida de passer à l'écurie pour aller dire bonjour à Esgann. Elle était heureuse d'avoir trouvé un but à sa promenade lorsqu'elle se rendit compte qu'elle ne savait absolument plus où était l'écurie. Embarrassée, elle n'osait pas demander aux elfes qui passaient majestueusement à côté d'elle. Elle n'était pas aussi timide en temps ordinaire, mais les elfes lui faisaient une telle impression qu'elle se sentait comme si elle avait treize ans à nouveau, quand elle était une adolescente un peu potelée et maladroite avec un appareil dentaire, qui rougissait quand on lui adressait la parole. Elle se ressaisit : ils n'allaient pas se moquer d'elles, ils étaient bien trop polis pour ça. Tandis qu'elle rassemblait son courage, une main se posa sur son épaule, ce qui la fit sursauter. Elle se retourna et vit l'elfe adolescent qu'elle avait vu la veille aux écuries.

- Bonjour, lui dit-il d'un ton affable

- Euh... Bonjour…

- Je m'appelle Anar.

- Enchantée Anar, je m'appelle Alice.

Anar ? Pas vraiment joli pour un prénom elfique….

- Je sais qui tu es, l'informa le jeune elfe, bienvenu à Caras Galadhon. Alors tu viens d'un pays inconnu ? Ma tante Aerin m'a dit que tu parlais bien sindarin, mais que tu avais un accent étrange. Est-ce que tu vas rester au mariage de Galoriand et Lindorië ? C'est marrant, parce que j'avais jamais vu Galoriand en vrai jusqu'à hier soir. Au fait tu cherchais quelque chose ? Tu avais l'air perdue.

Un peu déstabilisée par le flot de paroles, Alice finit par répondre.

- En fait, je cherchais l'écurie, j'aurais voulu voir Esgann.

- J'allais justement aux écuries, je vais t'y amener. Esgann est un très bon cheval.

- Oui, je m'en suis rendu compte.

- Amandil m'a dit que dans ton pays, vous n'utilisiez par les chevaux pour vous déplacer, alors du coup tu avais un peu peur de monter Esgann. Vous vous déplacez comment alors ?

- A pied, simplifia Alice

- Oh.

- Si j'ai bien compris, tu es le cousin de Galoriand, vu que sa mère est ta tante ? demanda Alice, très intriguée.

- En effet, répondit Anar

- Mais tu n'as jamais connu Galoriand ?

- Non, je n'étais pas né quand il a disparu.

- Ah, d'accord…Pardonne moi d'être indiscrète, Anar, mais quel âge as-tu ?

- Je n'ai que trente ans.

- Ah, d'accord, répondit Alice.

Trente ans. Elle lui en aurait donné quinze ! Tout cela était fascinant.

- Quel âge as-tu ? demanda à son tour Anar.

- J'ai vingt-cinq ans, répondit Alice.

Ce fût au tour d'Anar d'être étonné.

- C'est vrai que les Hommes vieillissent plus vite, finit-il par dire. Il est vrai que tu es la première représentante de cette espèce que je rencontre, les Hommes sont rares ici.

- Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre.

Tout en parlant, ils avaient atteint leur destination, et Anar conduisit Alice jusqu'au boxe d'Esgann. Ce dernier pointa nonchalamment son museau vers Alice pour la renifler. Cette dernière lui caressa l'encolure en souriant.

Elle vit qu'Anar avait commencé à brosser le cheval du boxe d'à côté de celui d'Esgann, et elle demanda à l'elfe si il avait besoin d'aide. Anar lui tendit une brosse, et Alice entra dans le boxe à Esgann pour le brosser. Le cheval s'ébroua et se laissa faire.

Alice passa le reste de la journée à s'occuper des chevaux en bavardant avec Anar, jusqu'à l'arrivée précipitée de Galoriand.

- Alice ! Alice !

- Je suis là.

- Il faut que tu viennes, nous avons de la visite.

- De la visite ?

- Des étrangers. La compagnie d'Haldir les a ramenés de la forêt.

Alice ouvrit grand les yeux. Ça ne pouvait pas être… Pas si tôt. Elle essaye de se rappeler de la chronologie dans le Seigneur de Anneaux, mais ses souvenirs étaient bien trop confus. Elle avait complètement occulté les évènements de la guerre de l'Anneau depuis qu'elle était arrivée en Terre du Milieu.

- Dépêche-toi ! Ils ont peut être retrouvé Aristide ! s'écria Galoriand

Alice se leva et suivit Galoriand au pas de course, jusqu'à l'entrée de la cité. Et là elle les vit.
La communauté de l'Anneau.

Elle n'aurait su décrire exactement ce qu'elle ressentait. C'était comme si au milieu d'une foule d'inconnus, elle reconnaissait des visages familiers d'amis dont elle n'avait plus de nouvelles depuis des années, et qu'elle se sentait moins perdue.

Alice crût que son cœur allait sortir de sa poitrine tellement il battait vite.

Elle vit d'abord Aragorn, qui était immense, qui marchait en se tenant parfaitement droit, le port majestueux. Derrière lui était Boromir, un peu plus petit mais plus rablé qu'Aragorn. Il avait l'air un peu perdu. Le cœur d'Alice se serra quand elle se rendit compte de ce qui l'attendait. Après Boromir, il y avait les quatre Hobbits.

Dans sa tête, elle se les était toujours représentés un peu comme des enfants… Mais les Hobbits étaient de vrais petits hommes. Elle reconnu Frodon et Sam, mais ne put différencier Pippin et Merry.

Les Hobbits étaient suivis par Gimli, et Alice ne put s'empêcher d'esquisser un petit sourire en voyant le nain, manifestement de très mauvaise humeur, marcher à contrecœur derrière ses compagnons.

Et enfin, Legolas.

Alice se sentit se liquéfier en le voyant.

Tous les elfes étaient beaux, c'était sûr. Mais Legolas semblait entouré d'une aura particulière. Il était grand et svelte. Son visage était parfait, avec un nez droit. Il n'était pas blond platine, comme elle l'avait imaginé, mais plutôt blond sombre, un peu doré. Il avait les yeux verts.

On se calme, on respire, s'ordonna Alice. On arrête de regarder Legolas.

Tout de suite.

Tout de suite, j'ai dit.

Bien.

Les compagnons semblaient abattus, harassés de fatigue et immensément tristes.

Alice réalisa que quelques temps auparavant, Gandalf était tombé en affrontant le Balrog dans les mines de la Moria.

Ils montèrent les immenses escaliers qui menaient au palais de Galadriel et Celeborn.

Ce ne fut qu'à ce moment là qu'Alice reprit ses esprits, et vit qu'une autre personne étrangère était présente en bas de l'immense arbre dans lequel était perché le palais.

Aristide.

Sans réfléchir, Alice se fraya un chemin à travers la petite foule suscitée par l'arrivée d'étrangers dans la cité, et elle couru jusqu'au vieil homme, suivie par Galoriand lui disant d'arrêter de courir.

Alice dût stopper un mètre avant d'atteindre Aristide, car elle fut bloquée par un garde.

- Halte là, Mademoiselle, cet homme est un prisonnier.

- Alice, écoute le, il ne plaisante pas, conseilla Aristide

- Je le connais, c'est un ami ! répondit Alice, sans réfléchir.

- Dans ce cas là, vous seriez peut être capable de nous expliquer ce qu'il faisait à rôder dans les bois.

- Et bien il…

- Ça suffit Alice, l'interrompit Galoriand. Je le connais aussi. Quelques jours plus tôt, nous avons rencontré la compagnie d'Haldir dans la forêt, nous lui avons parlé de lui.

- C'est la compagnie d'Haldir qui l'a arrêté. Il est aux côtés de la Dame.

- Très bien, nous irons lui parler.

- Aristide, dit Alice en français, vous allez bien ? Ils ne vous ont pas fait de mal ?

- Ne t'inquiètes pas, ils m'ont bien traité, répondit Aristide dans la même langue, mais ils sont méfiants. A raison, par les temps qui courent…

- Nous reviendrons vous voir, Aristide, dit Galoriand en tirant Alice par le bras.

Ils s'éloignèrent à l'écart des autres elfes.

- Alice, je crois qu'Aristide s'est mis dans un beau pétrin, et tu n'as pas amélioré la situation en lui parlant dans votre langue.

- Mais il n'a…

- L'important, c'est que la compagnie d'Haldir le suspecte, coupa Galoriand. Nous verrons ce que dit Galadriel à son sujet.

- Qu'a-t-il pu faire pour être traité comme cela ?

Il y eut un silence.

- C'est un homme dans la forêt de la Lorièn. Rien que cela prête à méfiance.

- De ce que j'ai vu, il n'était pas le seul homme…

- Celeborn et Galadriel ont des raisons de se conduire comme ils le font. C'est grâce à eux que le royaume demeure à l'abri, répondit Galoriand d'un ton courtois sous lequel perçait un soupçon d'agacement.

Alice se tût.

- Nous en saurons certainement plus, mais il faudra attendre, conclut Galoriand. Allons manger. Tu dois mourir de faim, tu n'as rien mangé depuis ce matin.

Ils se rendirent au talan d'Aerin et Mardil, où se trouvaient déjà Lindorië et Anar, qui bavardaient gaiement avec les parents de Galoriand.

Le dîner, préparé par Mardil, fût délicieux. Apparemment, Lindorië avait bien avancé sur la robe d'Alice. Anar mitraillait Galoriand de questions. Mardil et Aerin furent ravie d'apprendre qu'Alice était une guérisseuse et promirent de lui faire visiter leur jardin d'herbes aromatiques le lendemain.

- Ainsi, nous pourrons soigner votre blessure à la tête, dit Aerin, intriguée.

- Elle devrait déjà avoir commencé la cicatrisation, mais il n'en est rien. Au moins, elle a arrêté de saigner, répondit Alice, en haussant les épaules.

La conversation, soutenue, et le repas, exquis, détournèrent momentanément ses pensées d'Aristide et de la communauté de l'Anneau.

Alice et Anar lavaient les plats lorsque l'ambiance changea du tout au tout.

C'est là qu'Alice entendit les complaintes des elfes.

Pour Gandalf.

Galoriand, qui était parti prendre des nouvelles d'Aristide, revint à ce moment dans le talan, l'air sombre.

- Aristide va bien, mais il passera sa première nuit sous bonne garde. Une mauvaise nouvelle nous est parvenue avec l'arrivée des voyageurs.

Mardil passa son bras autour d'Aerin et autour d'elle, et Alice sentit son cœur se serrer.

- Mithrandir… murmura Aerin.

7