Kumusta !

*Il paraît que ça veut dire bonjour, en tagalog. Hein ? Vous ne savez pas qui parle le tagalog ? Moi non plus, je vous rassure.*

Vous vous rendrez vite compte que ce chapitre est plus long que les autres, même si j'ai tendance à augmenter le volume de mes chapitres plus j'avance...mais il s'agit de celui des Interviews ! Alors il faut bien qu'il soit conséquent.

J'espère qu'il vous plaira, parce que j'en ai bavé -et Rhubarbe, ma bêta readeuse, aussi, je suppose-, pour vous sortir un chapitre digne de ce nom !

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 10 : Certains croient que tenir bon nous rends plus fort. Mais lâcher prise est parfois la meilleure chose à faire.

J'ai cru que j'allais mourir, quand mes parents m'ont abandonnée à mon propre sort. Quand ils sont morts, mon père s'étant fait pulvériser par un coup de grisou et ma mère ayant renoncé à vivre sans lui. Ressentirais-je un jour cette envie ? Celle de vouloir périr afin de pouvoir rejoindre sa moitié. Je ne crois pas que j'en sois capable. Je ne crois même pas être capable de trouver ma moitié. Je n'en aurais sûrement jamais l'occasion. J'avale difficilement, l'air renonçant soudain à s'engouffrer dans mes poumons désespérément vides. Que vais-je faire ? Que dois-je faire ? Hurler de joie ? Me mettre à pleurer ? J'appréhende. Je vais mourir, c'est certain. Quand ? Bientôt. Très bientôt. Mes paumes moites refusent de lâcher le canapé : elles y sont tellement agrippées que je manque de croire qu'elles resteront là pour le restant de mes jours. Mes yeux refusent de se fermer, ils restent là, fixés sur l'écran qui affiche toujours mon portrait avec un énorme douze en or qui tourne à côté. J'ai l'impression que je viens de gagner le gros lot. Je doute que ce soit réellement le cas, cependant. Des cris résonnent dans mes oreilles, on me tape dans le dos, on me congratule sûrement, aux vues des visages réjouis. Une main chaude attrape la mienne et force ma propre main à lâcher le canapé. La moiteur de ma paume ne doit pas déranger mon partenaire, car il ne la laisse pas retomber mollement. Il presse doucement sur mes doigts alors que j'ai l'impression que cela fait une éternité que je n'ai pas inspiré. Soudain, l'air revient, frais et piquant. Mon cœur se remet en marche, battant comme un forcené et le temps qui semblait jusqu'à présent arrêté, reprend son cours.

J'observe les expressions des personnes m'entourant : Effie est plus joyeuse que jamais, trinquant déjà avec Portia. Cinna est nettement plus réservé, il sourit tout de même et s'engage volontiers dans la conversation entre sa collègue et mon hôtesse. Je me tourne doucement vers Haymitch qui fronce les sourcils, méfiant, surpris, les yeux toujours sur l'écran. Pense-t-il qu'il s'agit là d'un plan quelconque pour me faire sombrer ? Pense-t-il qu'une fille du Douze n'aurait jamais pu avoir une note aussi bonne ? Il est certain que, dans toute l'existence des Hunger Games, je dois être la première à avoir obtenu ce fameux douze tant convoité par les Carrières. Les Carrières…qui voudront sans doute aucun me faire la peau dès les premières minutes dans l'arène. Je déglutis de nouveau avec difficulté, mon estomac faisant de dangereux bonds et pose mes yeux sur Peeta. Peeta, qui reste stoïque. Qui me sourit calmement alors que sa main sert toujours la mienne avec vigueur. Dont les yeux bleus trahissent l'angoisse grandissante. Sait-il que je vais mourir rapidement ? Sans doute. Pense-t-il que c'est toujours ça de bon ? Que ça fera une concurrente de moins ? Qu'il n'aura pas à se débarrasser de moi lui-même ? Pourquoi me serrer la main, dans ce cas ? Je doute que Peeta n'ai jamais eu de sentiments aussi mauvais envers moi. Peut être même envers personne. Certes, nous nous connaissons peu, mais je devine que Peeta est un homme qui ne donnera pas la mort à moins de vouloir sauver sa peau.

Je baisse les yeux sur la moquette beige. Je devrais me montrer heureuse, non ? Au moins un peu. D'accord, je suis devenue en dix minutes la proie numéro une des Carrières, véritables machines de guerre, mais j'ai aussi de bonnes chances, avec cette excellente note, de récolter beaucoup de sponsors. Et, même si je ne survis pas très longtemps, ce qui m'est profitable est profitable à Peeta. Ses chances de rentrer chez lui en vie se multiplient de jour en jour. Une pensée s'impose, soudain, extrêmement claire : je dois faire en sorte que ce douze profite à Peeta. Il pourrait nous être profitable à tous les deux. Peeta, qui doit estimer que je suis suffisamment revenue à mes esprits, décide de lâcher ma main, qui, comme prévu, retombe faiblement sur le canapé. Haymitch pense finalement que c'est une bonne nouvelle et se met à me féliciter chaudement. Je le remercie et sourit du mieux que je peux. Mais je sens bien qu'il n'est pas dupe alors qu'il me pousse dans le couloir, claironnant qu'il faut que j'aille me reposer car la journée de demain va s'avérer très ardue. Je n'en doute pas une seconde et suis finalement plutôt heureuse d'être congédiée aussi rapidement. Peeta, prétextant un coup de barre, se lève du canapé, et me suit dans le couloir sombre. À croire qu'il n'y a jamais de lampes qui fonctionnent, dans cette partie de l'appartement. Faisant fi de l'obscurité, je m'avance lentement, exténuée. Mon partenaire me suit de près, mais n'ose visiblement pas démarrer une conversation avec moi. J'arrive finalement devant ma porte et lui devant la sienne.

- Merci, c'était…gentil, ce que tu as fait, tout à l'heure. Tu sais, dans le canapé…

Je baisse les yeux vers la moquette, ne le regarde pas, préférant détailler le sol. Mes paumes s'humidifient et je les essuie discrètement sur mon jean. Ce genre de déclaration ne me ressemble que très peu.

- Oh, c'est normal. J'aurai aimé que tu me soutiennes, si j'avais eu une aussi…bonne note.

Mon partenaire appuie clairement sur l'adjectif accompagnant le mot « note ». Je suis ravie de constater que Peeta comprend le sens de ce douze. Il comprend qu'il s'agit là de ma punition pour avoir provoqué une bagarre. Il s'adosse à sa porte, soupire et me fait face, visiblement pas décidé à entrer dans sa chambre. Je fais de même, mordant ma lèvre inférieure.

- Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ?

J'hausse les épaules.

- Qu'est-ce que je pourrais bien faire ? Tout Panem est au courant que j'ai eu un douze. Tu as déjà vu un autre tribut avoir douze, toi, depuis le début des Hunger Games ?

Il secoue la tête négativement et c'est à mon tour de soupirer.

- Alors tout Panem se doute aussi qu'il doit s'agir là d'une stratégie des Juges.

- Pas tout Panem. Ces idiots du Capitole doivent penser que tu l'as vraiment mérité. Les sponsors aussi, du coup. Ils vont vouloir se battre pour t'avoir, maintenant.

Il me fait un clin d'œil. Je crois reconnaître un des traits de la personnalité de Peeta : même dans les pires situations, il sait toujours me faire sourire. C'est pour cela que je lui en adresse un, timide mais sincère. Je sais que même avec la pénombre, Peeta l'a vu car il m'adresse un sourire éclatant.

- Il pourrait t'être utile, à toi aussi, tu sais.

Peeta hausse les sourcils et me scrute quelques instants, les yeux plissés.

- Comment ça ?

- Bah…disons que si…je ne sais pas…tu te souviens de la Parade ? –Peeta hoche vigoureusement la tête- On a eu l'air de plaire….comme ça…peut-être que si….si…si on recommence...enfin voilà. Peut-être voudront-ils te sauver.

- Nous. Tu veux dire nous sauver.

- Oui, nous.

Je n'ai jamais voulu dire nous. Et si Peeta s'en doute, il ne le montre pas. Pas tout de suite, en tout cas. Car après quelques secondes de silence pendant lesquelles j'hésite sérieusement à entrer dans ma chambre, il revient à la charge, voulant être certain de mon intention. Il s'approche afin de pouvoir voir mon visage et mes expressions plus facilement. L'obscurité l'oblige donc à se planter à quelques centimètres de mon visage. Il s'appuie sur ma porte, un des ses bras frôlant ma joue gauche. Je déglutis difficilement, me plaquant contre ma porte, dans l'espoir de pouvoir la traverser de cette manière et me maudis de ne pas être entrée me coucher plus tôt. D'aussi près, Peeta est impressionnant. Très impressionnant. La chaleur qui émane de son corps se fait bientôt sentir. Ne me démontant pas pour autant, je plante mes yeux dans les siens sentant que si j'évite son regard, il me croira moins facilement.

- Tu voulais dire nous, Katniss, pas vrai ?

- Bien sûr.

Mon ton ne lui plaît pas et je sens que je vais devoir me montrer plus convaincante. Il s'approche un peu plus. Je doute que ce soit vraiment pour percevoir mes émotions, cependant. Ma gorge semble s'être rétrécie de moitié, ma bouche refuse de s'humidifier et j'ai les lèvres sèches. Dans un geste malheureux, je les lèche, espérant les rendre un peu plus souples. Peeta perçoit mon mouvement et baisse le regard vers ma bouche. Je me mords l'intérieur des joues. Il respire doucement, très proche, tellement que je sens son souffle sur ma bouche. Mes yeux ne quittent pas les siens, de peur qu'ils n'aillent se perdre je ne sais où. Très vite, Peeta plante son regard dans le mien et s'aperçoit que je n'ai pas bougé d'un poil, le fixant toujours. Il sourit doucement, visiblement ravi. Il soulève l'un de ses sourcils, une expression de défi sur le visage. Va-t-il…? Non, non, il ne va pas…il n'oserait pas ! A-t-il renoncé à enlever sa serviette parce que tu étais là, me souffle une petite voix discrète dans ma tête. Je sais que non. Le rouge me monte aux joues et mon cœur bat de manière assez irrégulière. Comme hypnotisée, je n'ose baisser les yeux. Une bouffée de chaleur m'envahit. Peeta s'est rapproché, ne lâchant pas mes yeux pour autant. Il a maintenant plaqué sa deuxième main de l'autre côté de mon visage. Je fronce les sourcils. Que fait-il, bon sang ? S'attend-t-il à ce que je fuis ? Ai-je fuis, lorsqu'il s'est mis nu devant moi ? Non. Je tiendrais bon comme j'ai tenu bon dans sa chambre. La proximité ne me dérange pas vraiment. Celle de Peeta, par contre… Pourtant, je fronce un peu plus les sourcils. Il ne se démonte pas et continue de s'approcher dangereusement, léchant déjà ses lèvres, fixant avec ardeur les miennes. J'attends, je patiente. Aucune porte de sortie ne s'offre à moi : ses bras m'entourent, m'empêchant de m'évader de la cage formée par ses avant-bras. Quand bien même tenterais-je de faire le moindre mouvement qu'il se plaquerait un peu plus contre moi, me mettant un peu plus mal à l'aise. Je le suis déjà bien assez. Je baisse maintenant mes yeux vers ses lèvres roses : à quoi bon le regarder dans les yeux s'il ne voit pas que je le regarde ? Il entame un mouvement de la tête, la penchant sur le côté. Tétanisée, je ne bouge pas. Son souffle caresse ma bouche. J'inspire profondément son odeur. Mon cœur rate un battement et ma température corporelle augmente soudainement d'un degré. D'instinct, ma bouche s'entrouvre. Il sourit un peu plus. Se moque-t-il de moi ? Est-il content de ce qu'il fait ? Je sens son nez effleuré ma joue gauche et sa lèvre inférieure effleure bientôt la mienne. Je retiens ma respiration. Mon partenaire n'oserait jamais…il reste dans cette position quelques secondes, je me languis malgré moi. Qu'attend-t-il ? Que je fasse le premier pas ? Je n'en ai pas l'intention. Que je lui accorde ma permission ? Ca m'étonnerait, il ne me regarde même pas. Quoi, alors ? Après quelques secondes de silence pesant, à écouter mon cœur battre à tout rompre dans mes oreilles, Peeta soupire et se recule, plaçant ses mains dans ses poches. Il est très sérieux. Je le fixe de nouveau dans les yeux. C'est un jeu, pour lui ? S'amuse-t-il à me déstabiliser ?

- Tu n'essaies pas de fuir ?

- La fuite, c'est bon pour les proies. Je ne suis pas une proie.

- Ah non ?

- Non. Maintenant, excuse-moi, mais je suis fatiguée. Bonne nuit !

Là-dessus, j'entre, claque ma porte violemment et m'adosse à celle-ci, respirant fortement. J'ai bien cru que je ne m'en sortirais jamais. Mon partenaire a semblé trouver beaucoup de plaisir à me torturer de la sorte. Mais était-ce réellement de l'amusement ? Il était tout de même très sérieux, quand il s'est reculé. Alors qu'il souriait avec confiance, pendant qu'il était si proche de moi. A-t-il pensé que je fuirais ? Comptait-il sur ma fuite pour arrêter ce mouvement de…de baiser, c'est ce que c'était, je suppose. Peeta Mellark était à deux doigts de m'embrasser. Me changeant, je me glisse sous mes draps, soupirant. Je crois qu'il jouait. Ce doit être ça. Comme quand il s'est mis nu dans sa chambre : Peeta jouait. Il se moquait de moi et de…de quoi, en fait ? La nudité ne me gêne même pas. Sa proximité, par contre… Je n'ai jamais été réellement proche, physiquement, de personne. Personne ne m'a jamais approché d'aussi près. Je remarque pourtant que si la proximité en général ne me révulse pas, celle de Peeta me perturbe. Parce que c'est un homme ? Un inconnu ? Quoiqu'il en soit, mieux vaux qu'il n'est rien remarqué. Il risquerait d'en profiter plus que de raison. L'idée que mon partenaire, mon futur allié, se moque de moi en jouant avec…mes sensations me révolte. Pour qui se prend-t-il ? Se croit-il tout permis ? Pense-t-il que jamais je n'oserai retourner son petit jeu absurde contre lui ? M'endormant, je me promets de lui faire regretter son action.

Je me réveille tôt, une fois de plus. Il est 6h et des poussières. L'heure à laquelle je me lève pour aller chasser, d'habitude. Mon horloge interne ne semble guère perturbée par l'environnement différent. Tant mieux : mieux vaut que je sois la première levée, aujourd'hui. Sautant hors du lit, je me douche, attrape des vêtements au hasard, pensant que Cinna s'en arracherait les cheveux –mais peut-être pas- et les enfile rapidement. Sortant discrètement de ma chambre, le couloir sombre me rappelle d'étranges souvenirs. Peeta et moi, hier soir…je secoue la tête. Pas question de me laisser perturber par une telle chose. Surtout pas aujourd'hui. C'est une grosse journée qui m'attend. Attrapant un petit pain sur la table de la salle à manger, je m'avance d'un pas certain dans un nouveau couloir : un de ceux que je n'ai quasiment jamais emprunté. Me plantant devant une porte similaire à la mienne, je tends la main, hésitant à frapper durant de longues secondes.

- Eh bien, qu'est-ce que t'attends ? Entre !

Mon mentor ne semble pas soûl, ce matin. Je n'imaginais pas qu'il puisse avoir l'ouïe aussi fine. J'entre, finalement pleine de doutes. Plus question de faire demi-tour, cependant. Je n'ai pas cogité toute une nuit pour reculer au pied du mur. Haymtich est assis à son bureau, une tasse de chocolat ou de café fumante à ses côtés, une feuille dans la main. Il lève les yeux du papier qu'il tient et me fixe d'un air étrange. Il doit percevoir mon air déterminé car il reprend bien vite, ne me laissant même pas commencer :

- Je me doutais bien que tu finirais par venir. Si ça n'avait pas été toi, cela aurait sûrement été ton petit ami. –il m'arrête d'un mouvement de la main, alors que je m'apprête à répliquer, sèche- Ne dis rien, ça vaut sûrement mieux. Quoi qu'il en soit, tu n'aurais pas été capable de le tuer.

- Qu'en savez-vous ?

- Allons, pas à moi, Katniss. On ne me la fait pas. Je connais ça. J'ai reconnu dès les premiers jours ces regards que vous échangiez. Me prends-tu pour un naïf sorti tout droit de sa grotte ? –J'hoche la tête négativement. Quoi qu'il ai vu, il a sûrement raison, quelque part.- Tant mieux. Alors, que veux-tu ?

- Peeta ne doit pas mourir. J'ai longuement réfléchi et…mais j'ai obtenu un douze et lui…

Je bafouille. Tout semblait plus clair dans ma tête. Mon mentor, soudain prévenant, opine du chef, me laissant penser qu'il a compris. Tant mieux. Je ne sais pas si j'aurais pu trouver les mots pour lui expliquer.

- Tu ne devrais pas faire ça. Tu as toutes tes chances, tu sais, Katniss. Surtout maintenant que les Juges t'ont attribué un douze. C'est exceptionnel. Et toi, tu voudrais gâcher cette chance pour…pour accorder quelques jours de plus à un homme qui mourra ? –Je m'apprête à reprendre, mon mentor m'en empêche- Allons, tu sais que seul, il n'a aucune chance de s'en sortir ! Regarde-le ! Oui, il sait lancer des poids, et après ? Je doute qu'il soit capable de tuer de sang-froid. Qu'est-ce que tu comptes faire ? T'effacer et mourir dans l'ombre ? Tu es trop naïve, Katniss, si tu crois que c'est ce que les Juges ont prévu pour toi. Tu vas devenir une martyre, tu vas mourir pour servir d'exemple : regardez-là ! Elle a eu douze, et après ? Elle vient d'un district de misérables vermines, elle mourra comme une vermine. C'est comme ça que tu comptes t'en tirer ? Tu ne réfléchis pas assez, Katniss. Voilà l'un de tes plus gros défauts, tu es impulsive. Une proie te passe sous le nez et paf, tu l'abats, sans même te soucier de ce qui t'entoure.

- C'est faux ! Je me soucie de...

- Si tu t'en souciais vraiment, tu ne ferais pas ça.

Mon mentor soupire, marque une pause, et attrape sa tasse. Je le foudroie du regard. Peut-être est-il soûl, finalement.

- As-tu vu l'effet que vous avez produit, lors de la Parade, Katniss ? –J'opine du chef, raide- Et qu'as-tu remarqué ? –J'hausse les épaules, ne voyant pas où il compte m'emmener- Ils vous ont adorés, Katniss ! Vous deux. Ensemble. Toi, tu étais juste pitoyable, raide comme un piquet, rouge et Peeta était radieux, mais passait pour un arrogant. En vous tenant la main, tu es devenue confiante et souriante, Peeta es soudainement passé pour quelqu'un d'amical et de doux. Tu comprends ce que je veux dire ?

Evidemment que je comprends. A deux, nous sommes plus forts. Mais la solitude me connaît plus que l'amitié. Jamais encore je n'ai eu besoin de partenaire. La chasse en solitaire, voilà une des choses que je préfère. J'aurai aimé pouvoir mourir seule, tranquillement, dans mon petit coin. Mais mon mentor semble penser que c'est impossible et je le crois volontiers : ce serait trop bête de laisser mourir la fille la mieux notée dans un coin. Non, elle doit mourir en héros, en martyr. Mon peuple me croit peut-être déjà sortie d'affaires. Et lorsqu'il me verra mourir, la déception sera grande. Le Capitole leur donne quelque chose à quoi se raccrocher pour mieux le supprimer après. Il écrase l'espoir aussi facilement que s'il s'agissait d'une araignée. En m'alliant réellement avec Peeta, en faisant équipe avec lui, je lui permettrais de survivre plus longtemps, je le nourrirais, l'aiderait à se soigner, à se cacher, peut-être. Alors que si je l'abandonne à son propre sort…il mourra sûrement de maladie, de déshydratation, de faim…si je lui apporte mon expérience, il survivra. Et si nous nous retrouvons face à face…Peeta n'aura qu'à me tuer. Ou je n'aurais qu'à trouver un moyen dérivé de me supprimer. Mais…une dernière chose me chiffonne.

- J'ai eu douze, je vais sûrement attirer les sponsors. Mais aussi les Carrières. Tous voudront m'abattre dès le début des Jeux. Et si je m'allie à Peeta…il deviendra une proie facile.

- Ce n'est pas ce qu'il est déjà ? Une proie.

Je reste bouche bée face à cet argument imparable. Il a raison, évidemment.

- Dites moi ce que je dois faire.

S'il le pouvait, mon mentor se frotterait les mains. Mais l'issue de ces Jeux ne lui plaît pas vraiment : c'est donc avec une mine triste qu'il m'expose sa théorie sur le sujet : je ferais mieux, selon lui, de tout rapporter à Peeta. Dire à quel point il est gentil, doux et qu'il mérite de gagner. Je dois cependant faire attention à ne pas trop parler de lui : il ne faut pas que les sponsors se sentent obligés d'avantager Peeta. Tout ça n'est que la pure vérité, je n'aurais donc pas besoin de mentir comme un arracheur de dents. Une demi-heure plus tard, nous sommes dans le salon, à manger en silence. Haymtich m'a conseillée de ne pas m'enfuir dans ma chambre, il pense que Peeta le prendra mieux s'il m'a en face de lui. Déchiquetant un petit pain, je ne regarde même pas Peeta entrer dans la salle. Haymitch toussote et je relève la tête. C'est le moment. Je lâche mon petit pain et regarde à peine mon partenaire.

- Je pense que ce serait préférable que vous nous conseilliez séparément.

Mon mentor hoche la tête, mon partenaire lâche bruyamment sa cuillère dans son bol et se tourne déjà vers moi. Mais Haymitch contrôle la situation et reprend, très sérieux :

- Très bien. Alors tu commenceras avec Effie, ce matin. Et cette après-midi, tu seras avec moi.

Peeta s'apprête à ouvrir la bouche mais je me lève déjà, fuyant la pièce le plus rapidement possible. Et dire qu'hier, j'ai prétendu ne pas être une proie…je me trouve pitoyable, à m'échapper de cette manière. Mais c'est la meilleure chose à faire, d'après Haymtich. Ce dernier pense, au vu du caractère de mon partenaire, qu'il ne me laissera jamais l'aider. Bien sûr, Peeta est capable d'accepter mon aide, je sais que dans l'arène, le moment venu, il ne la refusera pas. Mais il ne doit en aucun cas se douter que je ne compte pas rentrer chez moi. Alors mon mentor a mis au point cette stratégie : j'évite le plus possible mon partenaire, afin de l'aider à avaler la pilule plus facilement, Haymitch lui raconte que cette idée de conseils séparés vient de lui et je fais en sorte que le public le remarque, ce soir, lors des Interviews. N'ayant pas eu énormément de temps pour discuter plus amplement, Haymitch ne m'a rien dit à propos de la manière de m'y prendre : comment suis-je censée rendre mon partenaire attractif tout en lui laissant penser que j'ai l'espoir de rentrer au district ?

La matinée avec Effie est tout bonnement harassante. Cette dernière piaille, hurle que je ne suis décidément pas douée pour marcher, susurre finalement que la robe me convient à merveille, murmure, crie, frappe dans ses mains, tape sur les miennes lorsque j'ai le malheur de remonter ma robe au-dessus de mes chevilles, me pose un dictionnaire sur le crâne, me forçant à marcher de cette façon. L'ouvrage tombe un nombre de fois incalculable, m'atterrissant plusieurs fois sur les pieds. Lorsque je crois apercevoir ma porte de sortie, elle m'annonce finalement que nous mangerons ensemble, dans ma chambre, parce que « c'est plus sympathique et que j'ai encore une tooooonne de choses à t'apprendre ! ». Mon hôtesse pince mes joues de nombreuses fois, piaillant qu'il faut absolument que je souris plus et que j'ai l'air complètement coincée. Après ce début de journée avec Effie, je suis certaine que la vie dans l'arène sera une partie de plaisir. Vers 14h, finalement, elle m'aide à enlever la robe, les chaussures à talon et me pousse dans le couloir, annonçant que je ne suis pas encore parfaite, mais qu'elle fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a. Boitillant vers le salon, je me demande si Effie n'a pas cherché à être blessante, pour le coup. Haymtich est assis dans son fauteuil, visiblement de bonne humeur. Le restera-t-il ? J'en doute.

- Ah, Katniss !

Je m'assoie, exténuée, sur le canapé, priant pour que l'après-midi se passe mieux.

- Nous allons mettre au point la stratégie que tu vas adopter pour l'Interview. Seras-tu drôle, aimable, affable, douce, méchante, agressive, sexy, spirituelle ou…

- Amoureuse.

- Pardon ?

Je me tortille, soudainement mal à l'aise. J'ai pensé trop fort. Je suis donc obligée d'expliciter l'idée qui me trotte dans la tête, gênée. Je bafouille, rougit, m'emmêle les pinceaux et réussit à peine à formuler une phrase correcte.

- Je me disais que puisqu'il faut que je rende Peeta attractif –bien qu'il le soit déjà aux yeux du public, je pense-, je pourrais peut-être laisser penser que je suis amoureuse.

- Tu n'auras pas grand-chose à faire pour que le public y croie.

- Comment ça ?

- Allons, Katniss, il n'y a qu'à te regarder agir avec lui pour comprendre.

- Comprendre quoi ?

Mon mentor se pince l'arête du nez, soupire et ferme les yeux.

- Tu n'es vraiment pas très douée pour ça.

- Pour quoi ?

- L'amour, Katniss, l'amour. Je doute que tu saches même ce que c'est. Quoiqu'il en soit, ton idée me semble bonne. Tu pourrais paraître assez gênée pour que le public y croie et tu as déjà quelque chose, au fond de toi.

- Quelque chose ?

- Oui, quelque chose. Tu ne vas pas avoir besoin de mentir, il va juste falloir améliorer un peu la vérité.

- Vous…vous pensez que je suis amoureuse de Peeta ?!

Je manque de bondir de mon canapé. Alors mon mentor pense que je suis folle de Peeta ? Mais…si lui y croit, nous voyant tous les jours…les autres concurrents ont dû y croire aussi ! Nous devions juste passer pour des amis, pas pour un couple. L'amour…c'est juste bon pour les faibles d'esprits. Pour les personnes comme…comme ma mère : qui s'est laissé dépérir par amour. Elle me disait souvent que quitter sa famille pour épouser mon père avait été la plus belle chose qu'elle n'avait jamais faite. Quand on sait comment ma mère a terminé…on peut se permettre d'en douter. Certes, mes parents étaient de loin les personnes les plus heureuses que j'ai jamais connues. Mais à quoi bon ressentir de l'amour si c'est pour en souffrir ? Je n'ai pas besoin de souffrir. J'estime avoir déjà donné. Et je vais encore donner, dans l'arène. L'amour reste et restera une manière de voir les choses. Ce ne sera jamais la mienne. Soudain, je me dis que ce n'est peut-être pas plus mal comme ça. Oui, que les autres y croient si ça peut nous –l'- aider à sortir de l'arène en vie. Même si je ne crois pas ressentir l'amour dont mon mentor me parle, peut-être pourrais faire semblant. Je ferais semblant et j'aviserai. L'improvisation est une des choses que je maîtrise le mieux. Je me sens ridicule, à penser à de telles choses. Je vais entrer dans une arène pleine de tueurs et je me demande si je suis bel et bien amoureuse de mon partenaire. Ridicule. Je n'ai décemment pas le temps de penser à de telles absurdités. D'un côté…ce n'est pas plus mal, si je ressens vraiment quelques sentiments. Mon jeu n'en sera que plus vrai. À condition que cela reste un jeu, une stratégie. Je le fais par gentillesse, par bonté d'âme, pas pour me retrouver prisonnière d'un amour impossible. Car c'est un peu ce que nous sommes –ou ce que nous deviendrons, si la stratégie fonctionne-, non ? Un couple d'amants maudits : l'un ne pourra survivre sans tuer l'autre. Je pense soudain à l'état dans lequel était ma mère, lorsque mon père est mort. Serais-je comme elle, si jamais Peeta devait mourir ?

- Ce n'est pas ce que tu crois ?

- Je…je ne crois que ce que je vois.

- Eh bien moi, je l'ai vu. Je connais ça. Tu ferais mieux de l'accepter maintenant, plutôt que de t'en rendre compte dans l'arène, quand il faudra que tu donnes tout ce que tu as pour lui sauver les fesses. Et crois-moi, ça ne va pas être une partie de plaisir !

J'hoche la tête. Haymitch connaît son métier, je lui fais confiance. S'il dit que je suis…ce que je suis, alors je veux bien –je n'ai pas vraiment le choix- le croire.

- Maintenant que tu es consciente de l'enjeu…passons aux choses sérieuses ! Tu vas devoir te montrer rusée. Il va falloir que tu rapportes chacune des questions que te posera Ceasar à Peeta. Penser, voir, réfléchir à travers lui. Que dirait-il ? Que ferait-il ? Crois-moi, ce garçon est extrêmement doué pour parler sentiments et se mettre le public dans la poche. Sois toi-même, tout en glissant quelques mots sur un mystérieux garçon qui te plaît mais qui t'es inaccessible. On te demande s'il y a un homme qui te plaît ? Réponds par l'affirmative, mais pas plus. On te demande qui ? Sois mystérieuse, n'en dit pas trop, fais-en une description sommaire, à la limite. On te tanne pour savoir de qui il s'agit ? Ne craque pas, cela ne te rendra que plus mystérieuse. Le public du Capitole est friand de ce genre de ragots et aime qu'on ne lui en dise pas trop, titille son intérêt, mais reste évasive, au risque de perdre l'attention qu'il t'accorde. Tu comprends ?

J'hoche la tête, sérieuse. Je comprends parfaitement ce qu'Haymtich veut dire. Je vais devoir être subtile. En suis-je seulement capable ? J'espère, il ne s'agirait pas que je fasse capoter le plan de mon mentor.

- Et si…et si Peeta se doute de quelque chose ?

- Peeta est intelligent, il comprendra peut-être, mais il ne sabotera pas son Interview. Il saura rester calme et concentré. Mais attends-toi à devoir l'affronter à un moment ou à un autre. Je ne pourrais pas toujours être là pour le faire taire.

Peeta s'en moquera sûrement. Sûrement se fichera-t-il de savoir qu'une pauvre fille de la Veine s'est entichée de lui. Sûrement a-t-il déjà nombre de filles qui l'attendent. Je sais pour l'avoir déjà vu, que ses frères ont énormément de succès. Il en est de même pour Peeta, évidemment. Quoiqu'il se passe, j'ai déjà prévu d'annoncer à Peeta que l'idée vient d'Haymtich. Qu'il a pensé que vu mon manque de confiance face à une caméra, il fallait la jouer de cette manière. Que cela passerait mieux. L'après-midi passe vite et je me retrouve rapidement dans ma chambre, assise sur un fauteuil confortable, à me faire limer les ongles par mon équipe de préparation surexcitée. Cinna m'annonce, tout en brossant mes cheveux, que ma robe sera parfaite, qu'elle devrait me plaire et me demande quelle stratégie je compte adopter pour l'Interview. Je n'ose en parler face aux autres, trop gênée. Cinna perçoit bien mon malaise, car il congédie l'équipe, prétextant être capable de se débrouiller seul pour la suite.

- Alors ?

J'hésite.

- Disons que…Haymitch pense que l'idée de me faire passer pour une fille amoureuse pourrait plaire.

- Oui, mais et toi, alors ? Qu'en penses-tu ?

- J'en pense…j'en pense que…c'est une bonne idée. Je ne sais pas, peut-être que je ressens énormément de sympathie envers mon partenaire et que si c'est assez, cela pourrait passer pour de l'amour.

- Tu penses qu'il ne s'agit que de sympathie, Katniss ?

- Quoi d'autre ?

Mon styliste lève les yeux au ciel et je repense à la réaction d'Haymtich, plus tôt dans l'après-midi. Pense-t-il également que je suis amoureuse de Peeta ? Dans ce cas…tout le monde le croit, sauf moi ? Et Peeta, croit-il également que… ? Non, sûrement pas. Peeta est un fils de commerçant, il a –avait- toutes les chances d'en devenir un à son tour. Personne n'a jamais vu un commerçant s'enticher d'une pauvre fille de la Veine. Quoique...ma mère était fille de commerçant…et elle a bien terminé avec un mineur…oui, mais l'amour était là. Elle devait en être persuadée, pour oser épouser un homme tel que mon père. Je fronce les sourcils, me remémorant ma réaction, hier soir. Oui, c'est vrai que mon cœur a fait quelques embardées, mais…rien de bien sérieux. J'ai souvent ressenti ça, étant malade. L'amour est une maladie ? Je n'espère pas, ce doit être assez désagréable. Mécontente de ne pas comprendre quelque chose qui semble apparemment évident, je soupire.

- Vous pensez tous que je suis amoureuse de Peeta, c'est ça ?

Cinna hoche la tête, mi-consterné, mi-ravi. J'hausse les épaules.

- Tu es visiblement la seule à ne rien voir.

Je n'ose plus prononcer le moindre mot, après cette parole. Je me laisse coiffer, maquiller, habiller et chausser par mon styliste qui ne rappelle pas son équipe. Fin prête, je sors dans le couloir, accompagnée de Cinna, ne croisant personne jusqu'à l'ascenseur. Nous arrivons rapidement dans les coulisses de ce qui me semble être le plateau des Interviews. Cinna doit me quitter, me souhaitant bonne chance, afin d'aller trouver sa place dans le public. Mon cœur bat rapidement, le stress me gagne déjà, mes mains sont moites avant même d'arriver dans la file des tributs. Peeta est déjà sur place, radieux dans son costume bleu, les mains dans les poches, le dos droit, le regard sur l'écran plat, ses cheveux bien en place. M'apercevant, il me fixe, ouvrant déjà la bouche, sourcils froncés. Je baisse la tête, prétextant devoir remettre le bas de ma robe rouge flamme en place. Je la lisse du revers de la main tout en me glissant devant lui. J'aurai aimé me mettre plus loin dans la file, mais le Pacificateur me précédant ne l'entend pas de cette oreille. Relevant la tête pour fixer mon regard sur l'écran retransmettant l'émission, je sens le souffle de mon partenaire sur mon dos nu. Un frisson me parcourt, mes mains s'humidifient un peu plus, mon cœur rate un battement, mon estomac bondit et une bouffée de chaleur m'envahit. Alors c'est ça, de l'amour ? Avoir chaud, être gênée, se sentir presque mal juste en sentant un souffle chaud sur ses épaules ? C'est étrange. Mais assez agréable : les papillons dans mon estomac me chatouillent doucement.

Glimmer s'en sort plutôt bien, même si je trouve que sa robe est indécente. Cato sourit comme pas permis, dévoilant une rangée de dents blanches à chacune de ses réponses. Le garçon du Six manque de tourner de l'œil en arrivant sur la scène. La fille du Dix a un caractère abominable, répondant avec agressivité à un Caesar toujours sympathique. La petite Rue s'en sort bien, souriant d'un air sincère, répondant avec douceur, elle ne semble pas ennuyée une seule fois par le fait que des gens parient déjà sur sa mort prochaine. Je me mords les lèvres en voyant le colosse du District Onze s'avancer vers le plateau. Un tonnerre d'applaudissements l'accueille, il reste pourtant stoïque et se permet même de rester de glace face aux blagues douteuses du présentateur. Vient enfin mon tour. Ma gorge sèche refuse de s'humidifier, j'essuie maladroitement mes mains sur ma robe qui n'absorbe rien, évidemment et m'avance, maladroite mais le buste bombé –comme me l'a apprit Effie- sur la scène. Les lumières du plateau m'éblouissent quelques secondes et je marque une pause à mi-chemin, incapable de voir où je mets les pieds. Caesar, aimable au possible, vient me chercher, m'attrape par la main –je prie pour qu'il ne commente pas- et m'aide à m'asseoir, me complimentant sur ma magnifique robe qui me « va à ravir ! ». Je devrais le remercier, j'en suis consciente, mais en suis tout bonnement incapable. Je reste là, stoïque, droite comme un i, les jambes croisées, le regard fixé sur le nœud papillon du présentateur.

- Alors, Katniss, comment se passe la vie au Capitole ? Cela te plaît-il ?

Pense comme Peeta, comme Peeta, comme Peeta…Caesar lève les sourcils, attendant ma réponse. Je déglutis avec difficulté et commence, priant pour que ma voix porte assez fort.

- C'est magnifique. Vraiment. Votre ville est vraiment –angoissante ? grande ? bruyante ?-…très jolie.

Le public rit. Je me tourne vers lui, ne comprenant pas ce qui peut bien les faire rire. Ai-je dit quelque chose de déplacé ?

- Oui, très jolie, c'est le mot. Dis-moi, lors de la Parade, tu nous as fait de l'effet, à tenir la main de ton partenaire avec autant de ferveur. Etais-ce ton idée ?

Peeta…Peeta…pense comme Peeta.

- Non, c'était celle de mon ami.

Ami, le mot est lâché. Le public s'exclame, certains portant leur main à leur bouche, d'autres murmurant d'un air entendu.

- Ton ami ?

- Oui, Peeta, mon partenaire.

- C'est ton ami ?

- Je dirais que oui. Nous nous entendons bien. Il est très gentil et sympathique.

Parfait. J'ai réussi à ramener la conversation à Peeta. J'inspire fortement, les joues rosies, évitant habilement le regard plein de questions de Caesar. Il décide de changer de sujet, ce que je ne comprends pas vraiment.

- Ta famille te manque-t-elle ?

Mes sourcils se rapprochent. N'est-il pas au courant que je n'ai plus de famille ? Sûrement que si. Mais peut-être s'attend-t-il à ce que je fonde en larme. Je ne lui ferais pas ce plaisir. Je le fixe dans les yeux.

- Je n'ai plus de famille.

Le public réagit vigoureusement, criant de grands oh. Le présentateur prend un air affecté. Il joue tellement bien que je me demande un instant s'il ne serait pas sincère.

- Oh, comme c'est triste ! -Il m'attrape la main, et la tapote doucement. Je le laisse faire, évitant de prendre une mine dégoûtée- Et tes amis ? Ceux restés au district ?

- Je…je n'ai pas vraiment d'amis.

Nouveau oh de la part des spectateurs. Je sens que la situation m'échappe. Mon temps de parole s'est réduit de moitié et je n'ai toujours pas suffisamment parlé de Peeta. Courage.

- As-tu un petit ami qui t'attend, là-bas ? Une jolie jeune fille comme toi…

J'hésite, tout en sachant que je ne devrais pas. Mais mon hésitation semble plaire à Caesar qui s'agite sur son siège, tenant toujours ma main.

- Il y a bien ce jeune homme, mais…

Caesar me fixe, la bouche entrouverte, ravi. Et m'encourage à poursuivre. Je cherche Haymtich du regard et le trouve finalement, assis entre une grosse dame engoncée dans un tailleur vert pomme et un homme chauve aux lunettes énormes. Il hoche la tête.

- Disons que je ne l'ai jamais attiré, je crois.

- Allons, allons, qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Je ne sais pas vraiment, je…nous ne sommes pas vraiment du même monde. Peut-être sommes-nous trop différents.

-Je suis certain que si tu rentres victorieuse des Hunger Games, il te remarquera !

Je prends une mine affectée et rougit.

- J'en doute. Il me remarquera sûrement au moment l'un de nous devra trancher la gorge de l'autre.

Les spectateurs sont choqués. Peut-être ai-je utilisé un mot trop…fort. Caesar me lâche la main. Elle retombe sur mon genou.

- Oui, nous savons tous à quel point les Hunger Games sont rudes. Il n'y aura qu'un vainqueur ! Mais dis-moi…était-il au courant ?

Caesar lève les yeux vers l'écran géant derrière nous, je me tourne à mon tour : Peeta y est affiché. Il paraît surpris, ses yeux bleus s'écarquillent et sa bouche s'entrouvre. Quand il réalise enfin –et rapidement- qu'il passe à l'écran, il se reprend, referme la bouche, et se permet même un signe de la main à la caméra, tout sourire. On pourrait facilement croire qu'il savait que j'allais dire de telles choses. Son expression de surprise a disparu tellement vite… Se croit-il irrésistible au point de faire craquer n'importe quelle fille ? J'en doute. Si cela avait été le cas, il n'aurait pas reculé, lors de l'entrevue d'hier soir. Il se serait imposé, certain de son effet. Il n'en a rien fait.

- Si on veut.

Du mystère, du mystère. Je croise le regard de Cinna, dans la foule. Il me fait un clin d'oeil et je souris doucement. Parfait, que l'on s'imagine que c'est parce que je cache quelque chose.

- Si on veut ?

Le buzz retentit, me signalant la fin de mon temps de parole. Caesar prend un air déçu, fait mine de demander un peu plus de temps, le public approuve, les Juges hochent la tête négativement et il me remercie donc, me souhaitant bonne chance, appelant déjà mon partenaire sur scène. Nous nous croisons pour la rotation : Peeta m'attrape par le bras et je manque de croire qu'il va faire un scandale, me demandant des explications sur le champ. Au contraire, il s'approche de moi en douceur et me colle un baiser sur la joue. Le public est aux anges, je suis certaine que nous passons sur tous les écrans. Caesar prie calmement –même si j'aperçois les Juges s'agiter, sur leur balcon- Peeta de lâcher « sa petite amie » et de le rejoindre. Mon partenaire me fait un clin d'œil, une expression de défi sur le visage. Je l'entends d'ici :

- Alors comme ça, tu veux jouer, Katniss ? Prépare-toi, on va jouer.


Pitié, soyez gentil, gardez vos pierres pour un autre chapitre. Balancez-moi plutôt vos tomates.

Non, sans déconner, j'aimerai beaucoup savoir ce que vous pensez de ce gros chapitre.

Peeta n'est pas un peu trop confiant ? Et Katniss ? Elle ne commence pas à devenir agaçante, avec ses vieilles questions à deux balles ? Le coup du "il fait noir, c'est pour ça que j'me colle à toi, pour mieux te voir. Pas pour t'embrasser, qu'est-ce que tu vas croire ?!", vous l'avez trouvé comment ?

J'espère recevoir tout beaucoup plein -oui, j'ai fait S, ça se voit ?- de reviews positives. Et même si elles ne sont pas toutes positives, je prends !