Précédemment dans La relique dorée : Retour difficile au sanctuaire pour Kanon qui doit affronter le silence de Shion et pire encore, celui de son propre jumeau. Malaise renforcé par le sentiment que peut-être Rhadamanthe lui cache lui aussi des choses, notamment au sujet du bracelet. Et pourtant, après si peu de temps séparés, Kanon reconnaît que le dragon des enfers lui manque... physiquement.


CHAPITRE X

Les pouvoirs de l'instinct

Le Sanctuaire – 3ème temple

Lutter. Ça n'est pas tout à fait comme s'ils savaient faire autre chose, tous. Lutter, c'est la première chose qu'ils ont entendu dire, la première aussi qu'on leur a encensée, et celle qu'on leur a appris à respecter, puisqu'elle est la raison de leur existence.

Même lui, qui fut privé du droit de vivre et de grandir comme un chevalier à part entière du sanctuaire, lui qui n'a pas pour autant eu le droit d'avoir l'enfance d'un gamin normal, sait parfaitement que la lutte, ininterrompue, c'est l'essence même d'un vrai chevalier. Même face à la mort, elle est la seule force qui permet d'éloigner la défaite. Lutter, c'est faire preuve de courage et le courage, c'est l'honneur.

Face à la lutte, s'oppose la faiblesse. Il l'exècre, sous toutes ses formes. C'est à la fois l'abandon et l'immobilité, l'aveuglement et la défaite. La faiblesse, c'est le déshonneur.

Ce soir, son ennemi, c'est le sommeil. Non pas qu'il ne soit pas fatigué, au contraire même. La fantastique nuit blanche avec Rhadamanthe, la nuit écourtée à Rodorio, la complexité des négociations avec le dieu des mers, sa querelle avec Saga, celle avec Shion, tous ces éléments font que si, au bout de trois jours, le repos doit avoir un arrière goût de paradis. Le repos oui, mais pas le sommeil. Le sommeil est traître. Il permet les rêves et Kanon refuse de rêver, parce que rêver, s'est s'exposer à la chute vertigineuse du réveil. Alors ce soir, il ne dormira pas.

Sa lutte, c'est contre le sommeil. Oh certes, il s'est allongé, encore habillé, par dessus la couverture. Et lorsqu'en soupirant, il se tourne sur le coté droit, c'est pour voir son poignet gauche, orné de la wyverne, venir s'abattre sur le matelas, juste sous ses yeux. Rhadamanthe. Il doit être furieux, le blond déteste les contrats non respectés, or, il avait promis. Déesse, ce qu'il lui manque. Oui, il peut l'avouer maintenant, puisque nier une évidence aussi voyante serait de la mauvaise foi pure et simple. Rhadamanthe lui manque. Mais il lui a menti, exactement comme les autres, il a gardé pour lui ce qu'il savait. Le pire, c'est qu'en cet instant, il s'en fiche totalement. Tout ce qu'il voudrait c'est lui parler. Du moins, lui parler, c'est le minimum, c'est toujours mieux que rien. Mais dans l'état émotionnel dans lequel il se trouve, comment Rhadamanthe réagirait ?

Il n'a même plus envie de lutter, il ne vaut pas mieux qu'un faible. Ah, il pouvait en faire une belle morale à Shun... Ce qu'il a pensé en allant dans sa chambre est la stricte vérité. Ce qu'il voudrait, c'est être loin d'ici, à l'écart du sanctuaire et des enfers, avec Rhadamanthe, ne serait-ce que quelques heures. Avec le blond, il oublierait. N'est-ce pas la pensée la plus coupable qui soit ? Une sorte de fuite et s'il veut fuir, c'est qu'il ne veut plus lutter. Alors non, il ne contactera pas Rhadamanthe, parce que si le juge s'aperçoit de cette coupable vérité, rien ne laisse présager sa réaction. Le blond ne faiblit jamais lui. Ça fait quatre mille ans qu'il sert Hadès avec la même volonté.

Alors qu'est-ce qui lui arrive ?

Saga aurait probablement la réponse lui, il s'y connaît en matière de lutte contre la faiblesse. D'ailleurs, visiblement, Saga est resté à gemini, malgré Mu, au moins ce soir. Mais Saga le trahit une fois de plus, alors il n'ira pas le voir.

Peut-être qu'avec simplement, un peu de concentration, il pourrait se vider la tête et se recentrer sur ses objectifs. Ça ne doit pas être si difficile après tout, refermer un tiroir gênant, pour en ouvrir un autre nettement plus acceptable.

Oui, voilà, il va faire ça. Parce qu'Athéna sera bientôt de retour et qu'il est hors de question qu'elle soit déçue.

Poséidon... Il ira le voir bientôt, oui, bonne idée, ça lui fera un peu d'air à distance du sanctuaire.

Pas si facile de refermer un tiroir déjà trop plein visiblement.

Trois heures du matin. Il ne reste rien d'autre dans cette chambre que lui, et le silence. Quoique finalement, le silence semble avoir lui aussi déserté les lieux.

C'est étrange ce son au plus profond de lui. Comme un vent déchirant le brouillard et formant des mots incompréhensibles, déformés par un souffle. Et puis c'est attirant cette sorte de voix. Oui, une attirance inexplicable, qui n'a rien de naturel. Comme un appel. Il lui arrive quoi encore bordel ?

Le gémeau se lève et va se passer le visage sous l'eau froide. Un peu de répit. Et ses yeux dévient, juste là, sur son poignet tenant encore le robinet ouvert. Le bracelet a toujours cet éclat violet. Il ferme le robinet et sort prendre l'air, là, assis sur le rebord de pierre, perdant son regard sur la vue magnifique du sanctuaire dans la nuit, simplement éclairé par quelques torches.

Il ferme les yeux, adossé contre un pilier qui rythme la rambarde, le vent de la nuit fouettant ses mèches contre son visage. Il pourrait s'endormir ici. Il en a besoin, mais ce son reprend, cette même attirance vers...

Il ouvre les yeux et regarde le treizième temple, là haut, vers le sommet du Sanctuaire. C'est étrange, ce drôle de sentiment, il l'a ressenti un bref instant, la veille, en quittant le bureau de Shion.

Kanon baisse à nouveau son regard vers le « bijou des Enfers ». Rien n'a changé dans sa vie, à part ce « détail ». Ça ne peut venir que de lui. Et lorsque ses doigts glisse sur la tête du dragon pour activer le mousqueton en lui ouvrant la gueule, Kanon retient un tressaillement. Le bracelet refuse de s'ouvrir. Le gémeau laisse échapper un rire nerveux.

- Et il m'a dit de ne jamais l'enlever. La bonne blague, comme si c'était possible. A quoi est-ce que tu joues, Rhadamanthe...

Et puis ce son reprend, la même attirance. Il lui semble presque pouvoir le comparer au chant de Thétis, sauf que ça n'est pas cela. Pas du tout même. Mais l'appel est bien là. Il ne comprend pas, les mots sont trop lointains pour être audibles, et puis ce souffle, plus il l'entend et plus il ressemble... au bruit du ressac des vagues. Kanon se bouche les oreilles mais pire encore, les vagues semblent venir s'échouer contre son crâne aussi sûrement qu'elles s'échouaient contre la falaise du Cap Sounion.

Rester calme, du moins tenter de le rester, lutter pour cacher son cosmos, parce qu'il est hors de question que l'un d'entre eux se réveille. Mais sans cosmos, c'est encore plus difficile de ne pas paniquer. Souffler, respirer, ça n'est rien d'autre qu'une angoisse et avec un peu de chance, elle passera rapidement. Déesse, ça faisait longtemps. Garder les yeux ouverts, voilà, il est à gemini. Sauf que ce son dans sa tête qui n'en finit pas bordel !

Et il ne retrouve le fil de ses idées que lorsque deux mains viennent s'emparer de ses poignets afin de dégager son visage pour s'y frayer un accès et le forcer à le regarder. Et bien entendu le gémeau a amorcé un geste de défense très vite stoppé devant les deux yeux bleu marine et surtout sous l'influence de ce si agréable cosmos brûlant de Milo. Et étrangement, le silence revient. C'est fou ce qu'il est agréable le cosmos de Milo. Brûlant, mais d'une chaleur apaisante qui l'enveloppe en chassant cet espèce de son et son angoisse grandissante. Probablement ce qu'a dû ressentir Rhadamanthe lorsqu'il s'efforçait de l'aider. Rhadamanthe. Il pense encore à Rhadamanthe.

- Kanon, ça va ? Qu'est-ce que tu avais, là, à l'instant ?

- Je n'ai... Plus rien.

Milo sourit et le serre contre lui. Bien entendu Kanon le laisse faire, de toute façon, il est las, et le cosmos de Milo lui est soudainement nécessaire, puisqu'il refuse de faire autre chose que d'endormir le sien.

Sauf que puisqu'il a endormi le sien, comment Milo a su ?

- Milo, que fais tu ici, à cette heure-ci ?

Le scorpion s'écarte un peu, un sourire aux lèvres.

- Tu nous obliges à développer tout un tas de stratagèmes, à Saga et à moi, pour savoir quand tu en as besoin, mais on y arrive.

- Je n'ai pas besoin de lui.

- C'est pour ça que je suis là.

- En d'autres termes, il est au courant. C'est pour ça qu'il est resté ici je suppose.

- Oui, et ne vas pas dire que ça te déplaît. Tu m'invites pour le reste de la nuit ? Je me suis pris un oreiller et deux ou trois objets que Camus et moi nous avions laissé traîner sur la table de nuit et...

- Je ne veux pas savoir quoi...

- Ah ? Bon très bien... Le visage du scorpion se pare d'un sourire malicieux. Et bref, je suis sorti et il a gelé la serrure de MON temple pour achever sa nuit en paix.

- C'est vrai qu'à sa place...

- Ah non mais ne te méprends pas ! Il était fâché parce que je l'ai réveillé ! Pas parce que je voulais te rejoindre ! Alors tu comprends si j'y retourne...

- D'accord tu restes... Vous êtes originaux...

- Tu ne sais pas à quel point, répond énigmatique, un Milo fier de lui qui le tire à l'intérieur.

- Milo, j'ai pas envie de dormir...

- Ça me va, j'ai déjà dormi – un peu – et là, je n'ai plus du tout sommeil. Puis ça tombe encore mieux dans le sens où tu as des tas de choses à me raconter.

Soupire d'un gémeau résigné. Milo se laisse tomber sur le lit et bien entendu Kanon le rejoint, la mine faussement contrite.

- J'aimerais autant que tu oublies ce que tu as vu et on en reste là, non ?

Alors Milo fronce les sourcils, tourne son regard vers lui avant de se redresser sur un coude.

- Je rêve ou tu es en train de me faire une montée en puissance de fierté ? Je dois te rappeler l'état dans lequel tu m'as ramassé à notre retour à la vie ? Et je n'ai pas honte de le dire, que je pouvais difficilement aller plus mal. Après tout, ce sont mes doutes et mes faiblesses qui m'ont permis de rester fidèle à Athéna... Je t'en supplie Kanon, ne deviens pas comme Saga et son amour de la perfection et de l'irréprochable. Quand j'en ai eu besoin, tu ne m'as jamais considéré comme un faible n'est-ce pas ?

- Non...

- Alors tu me laisses t'aider à mon tour. D'autant que...

- D'autant que quoi, Milo ?

- Je ne sais pas... Même dans des moments désespérés tu as toujours un courage effrayant, mais Kanon, tu passes ton temps à défier l'ordinaire, alors tu t'exposes à des difficultés qui elles aussi défient l'ordinaire. Mais le pire c'est que tu vas réussir à trouver une solution, comme tout le temps. Seulement si moi, tu me permettais de t'aider, tu n'imagines pas ce que ça me plairait.

- Il y a pas mal de choses... Je dois juste faire le tri.

- Ça tombe bien, je suis un adepte du ménage.

- Milo... Je n'ai pas envie de te parler de tout, ne m'en veux pas mais...

- Ça me va ! Tant que tu commences par le plus urgent... On ira doucement. Qu'est-ce que tu avais tout à l'heure ? Tu semblais souffrir...

- Pas vraiment non, pas physiquement en tous cas... Enfin... Pas encore. Hier en allant voir Shion, ça a commencé... Enfin, c'était différent. Hier, ça n'était qu'une sorte d'intense attrait. Un appel charmeur... Mais je n'ai eu aucune difficulté à y résister, c'est difficile à expliquer. Comme si j'en ressentais les objectifs sans pour autant y être sensible au point de ne pas y résister. Tout à l'heure, ça a recommencé, j'ai été attiré par cet endroit, là haut, dans le temple de Shion, mais en plus, il y avait une voix excessivement lointaine, que je n'entendais que comme un souffle sans réussir à la comprendre... Sauf que... Ce bruit, ça m'a rappelé d'autres souvenirs et... Bref, tu es arrivé, j'ai senti ton cosmos et ça s'est totalement arrêté.

- Quels souvenirs ?

Kanon grimace, mais lui siffle malgré tout ces deux mots, le troisième ne parvenant jamais à être prononcé.

- Le Cap...

Bien entendu, il n'en faut guère plus à Milo pour comprendre. Lorsque Kanon est revenu parmi eux, bien sûr, ils ont tout su de son histoire. Mais le Cap, c'était il y a treize ans et après cela, il a passé toutes ces années au sanctuaire sous-marin. A son retour, Kanon a toujours affiché la plus grande force face à son vécu, Milo se souvient parfaitement l'avoir toujours vu mener une vie parfaitement normale, en tous cas pour un chevalier d'or fraîchement reconverti. Même sur la plage du sanctuaire, où ils ont déjà tous les deux passé du temps, jamais Kanon n'a montré la moindre gène. Alors oui, Milo a le sentiment, là encore, comme avec Camus, d'être passé à coté de quelque chose de tout aussi présent et douloureux.

- Mais je t'en conjure Milo, n'en dis pas un mot à Saga. Et d'ailleurs, ne pose plus de question à ce sujet, parce que sincèrement, je suis sacrément mal à l'aise de t'en avoir parlé.

Alors bien entendu Milo a tout un tas de questions. Mais peut-être faut-il mieux que Kanon digère le fait de lui en avoir parlé, d'avoir confié à quelqu'un le nom du démon qu'il n'a pas encore su terrasser et qui veille insidieusement au fond de sa mémoire, avant de ré aborder le sujet quand il se sera aperçu que non, ça n'a pas de conséquence sur leur relation, maintenant qu'il est au courant et qu'il peut continuer d'avoir confiance. Alors Milo acquiesce.

- Alors on va parler d'autre chose. Ça m'a l'air de ne pas t'avoir laissé de marbre le fantasme Star Hill...

Et Kanon s'esclaffe. Première étape réussie.

- Non sincèrement, il n'y a que vous quatre pour faire un truc pareil. Et vous auriez fait quoi une fois ensemble là haut hein ?

- A ton avis...

- Tu es sérieux ?

- Ne te méprends pas, celui qui osera toucher Camus devra goûter à quelques aiguillons, je suis scorpion, donc très peu enclin au partage. Mais Angélo se fiche complètement de l'endroit où il fait l'amour et des personnes présentes, Aphrodite lui, adore être admiré, moi, je n'ai jamais essayé, quant à Camus, il a frémi d'une délicieuse angoisse à cette idée et je t'assure que rien n'est plus motivant que d'imaginer les trésors d'ingéniosité dont je vais devoir faire preuve pour le faire fondre dans ce genre de situation.

- Arrête de te mordre la lèvre.

- Tu as raison, il va croire que c'est toi. Et toi dans tout ça ?

Kanon se renfrogne quelque peu, sous l'œil attentif de son ami.

- Un fantasme ?

- Non aucun...

- Tu réponds avec un tel empressement que c'en est douteux.

- Sincèrement Milo, ça fait partie des sujets que je ne comptais pas aborder.

- D'accord, comme tu voudras, mais c'est bien qu'il y a quelque chose de ce coté. Mais je n'insisterai pas. En tous cas pour l'instant.

Et se scorpion se pare d'un large sourire, avant que les deux ors ne passent le reste de la nuit à aborder à peu près tous les sujets les tenant éloignés du sommeil.


Les Enfer – 1ère prison

Même au sein de l'Empire d'Hadès, l'humeur s'était considérablement refroidie. Du moins celle de la Wyverne et quand un juge des Enfers retrouve sa dureté habituelle, ça se répercute sur toute son armée. Radamanthe était donc passé d'un état euphorique après son retour de chez Poséidon, à un calme renfermé virant à la colère à la moindre phrase de travers.

- Eaque ! Nous avons déjà pris assez de retard comme ça, et même si je conçois que ce soit en majeure partie ma faute, il est hors de question que nous fassions une nouvelle pause !

- Eaque veut une pause, tu n'en veux pas, je tranche donc, il y aura pause, Markino, dehors et ferme la porte.

Le blond claque ses poings sur la table en se levant.

- Mais qu'est-ce qu'il y a encore ?! Pourquoi toi Minos tu votes pour cette pause alors que tu es toujours le premier à éviter de perdre du temps ?!

- Tout simplement parce que, Rhadamanthe, ta probité mêlée à tes excès de fureur va achever de nous faire fuir toutes les âmes qui se présentent ici et je n'ai pas envie de partir à la chasse à travers les enfers, comme tu le dis toi même, j'évite de perdre du temps...

- Je ne leur fais pas peur ! S'ils ont peur, c'est à cause de leur culpabilité et...

Rhadamanthe ne peut achever sa phrase, se retrouvant soudainement enlacé dans les bras d'Eaque qui l'avait intercepté lors d'un de ses aller-retour derrière le bureau. Et dans ses bras, Rhadamanthe reste plus tendu, froid et immobile qu'une statue de marbre.

- Je peux savoir ce qui te prend Eaque ?

- Je sais, tu n'en as absolument pas besoin et c'est probablement très désagréable, oui, quelle horreur, mais moi j'en avais besoin, voilà, j'en avais très envie, donc je prends.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le blond se détend. Un peu. Bon, très légèrement. En tous cas, il est visiblement à nouveau capable d'aligner quelques mots sans hurler. Eaque reprend sa place, lové contre Minos qui referme un bras autour de ses épaules.

- C'est Kanon c'est ça ?

- Il s'était engagé à me contacter hier, mais il n'en a rien fait...

- Et tu lui en veux ?

- Mais j'aimerais lui en vouloir ! Mais au lieu de ça, j'ai cherché des raisons pour en trouver deux dont aucune ne me réjouit, sans compter que l'une autant que l'autre m'inquiètent à un point difficilement explicable...

- Explique-nous.

Il a très bien pu lui arriver quelque chose. J'ai réalisé que lui confier ce bracelet est en fait une idée aussi utile que dangereuse. Imaginez si quelqu'un au sanctuaire s'aperçoit qu'il le porte ? Ils sont tout sauf objectifs alors qu'iraient-ils imaginer ? Et que peuvent-ils lui faire dans cette situation ?

- Oh et bien je crois que s'il était mort nous le saurions... Minos esquisse un sourire un peu cruel sous une paire de regard franchement désapprobateurs. D'ailleurs Eaque se lève, parce qu'il faut mieux pouvoir éviter tout geste impulsif de la wyverne à l'égard de son aîné vu son état de fureur.

- Excuse Minos, tu connais son peu de sens de l'humour... Quelle est l'autre possibilité ?

Rhadamanthe soupire.

- Avant-hier, j'ai omis de lui parler de mon combat contre Saga et Mu. C'est stupide je sais, j'étais heureux de l'entendre, nous n'avons pas cessé de parler et à aucun moment ce fâcheux événement ne m'est revenu à l'esprit. Mais bon sang ! Il datait du jour même ! Comment ai-je pu oublier ?! Alors même si je me suis raccroché à son objectivité, je ne peux m'empêcher de craindre qu'il l'ait appris de son frère, que je vous rappelle avoir blessé, et qu'il n'estime que mon silence est une sorte de trahison. Il me fait confiance, vous n'imaginez pas à quel point, alors oui, je conçois que mon silence ait pu le faire souffrir. Vous rendez-vous compte qu'avec ce simple incident il est fort possible que je l'ai définitivement perdu ?!

Définitivement perdu. Eaque grimace. Rhadamanthe considère déjà Kanon comme sien, et de toute évidence, il souffre de ne pas savoir ce qu'il en est, tout autant que s'ils étaient déjà amants. Pour ainsi dire, c'est bien la première fois que le blond lui semble être dans un tel état. Le blond déteste être impuissant et la seule chose qu'il peut faire, c'est d'attendre le prochain voyage diplomatique. Mais il s'inquiète pour Kanon et sa détresse est palpable, elle est violente et finalement, que même Valentine, tout juste rétabli, évite le blond depuis quelques heures, comme le reste de ses spectres, prend finalement tout son sens.

- Rhadamanthe...

Le blond se fige et se retourna vers Minos, les deux ambres plissées de colère.

- Je pars pour le Sanctuaire... Dois-je passer un message au gémeau ?

La wyverne s'apaise, appréciant à sa juste valeur la proposition de Minos qui pourtant s'était clairement insurgé contre sa passivité face à Kanon.

- Dis lui... Dis lui simplement de me contacter... S'il ne le fait pas, j'estimerai qu'il en est incapable et alors là... Je te jure que je débarque au sanctuaire, paix ou pas...

Rhadamanthe n'achève pas sa phrase, c'est inutile, le griffon a parfaitement compris.

De quoi ne plus douter que l'impossible ait eu lieu : Rhadamanthe aime. Et visiblement quant il aime, ça n'est pas qu'un peu. Une nouveauté après 4 000 ans d'existence. Comme quoi leurs incarnations influencent grandement leur façon d'être. Après tout, lui et Eaque ont bien décidé de poursuivre la relation qu'ils entretenaient durant leur vie d'avant, lorsqu'ils ignoraient encore leur nature. Et ce sont ces fameux souvenirs, ceux qu'ils acceptent avec plaisir contrairement au blond, qui leur ont permis de retrouver l'intensité de leurs sentiments.

- Très bien. Sois assuré que je transmettrai ton message à ce sombre crétin.

- Je t'interdis de l'appeler comme tu le fais !

- Je cesserai de le juger de la sorte, quand il se sera montré digne des efforts que tu fais pour lui et d'une façon plus générale, de l'amour que tu daignes, toi, lui porter...

Et finalement le départ du griffon marque la reprise des jugements pour Eaque et Rhadamanthe, dans un silence un peu pesant certes, mais le blond, au moins, semble avoir retrouvé un peu de calme.


Le Sanctuaire d'Athéna - Arènes

Une étoile filante. Rien de très étonnant, si ce n'est qu'il ne fait pas encore nuit au dessus du sanctuaire d'Athéna. Les spectateurs du combat de coqs du jour Kanon/Angelo, détournèrent tous leur regard vers cette singularité pour enfin apercevoir un Griffon en surplis perché sur le haut d'une colonne brisée, la mine atterrée vers les deux combattants couverts de poussières et de bleus.

- Et c'est nous qui passons pour des sauvages... Les mœurs des Enfers sont nettement plus pacifiques...

Minos sauta sur le sable.

- Comme vous le savez, Athéna m'a choisi moi pour les négociations avec le Sanctuaire donc... Et bien qui m'accompagne voir le Pope ?

Mu se lève. En tant que premier gardien, c'était aussi l'un de ses rôles et dans ce cas, c'est plutôt ingrat. Minos et sa prétention, son orgueil qu'il étale à chaque phrase et il allait falloir le supporter sur environ 26 000 marches.

- Je vais vous conduire et vous déposerez ce surplis dès votre arrivée dans la maison du bélier comme le veulent nos accords.

- Aucun problème. Mais avant toutes choses... Minos se tourne vers les deux jumeaux. Lequel de vous est Kanon ?

Les deux concernés semblent étonnés. Ça fait bien longtemps qu'on ne leur pose plus la question. Et même si visiblement Saga aurait volontiers joué le rôle de son frère, Kanon s'avance. Il n'aurait plus manqué que Minos parle à Saga de Rhadamanthe en pensant qu'il s'adressait au bon gémeau. Minos s'écarte légèrement pour parler sans être entendu, vexant par la même occasion le bélier qui l'attend toujours.

- Tu as de bien drôles de façon de t'occuper Kanon... Minos observe les vêtements déchirés par le combat, le sable dont il est couvert, la lèvre écorchée et surtout la mine particulièrement fatiguée de son vis à vis. Rhadamanthe ne fait qu'attendre que tu le contactes. Alors fais le. Il est invivable d'attendre un signe du sombre crétin que tu es. C'est tout.

Et Kanon eut bien envie de hurler, de lui demander pourquoi, quel mensonge il était si pressé de lui dire. Mais sa raison, ou bien sa folie, qui sait, l'intima à garder le silence sur ce point.

- Comment va t-il ?

- Tu le sauras si tu le contactes. Et fais le, sinon je crois que je me ferai le plaisir très personnel de t'envoyer le rejoindre...

Et sans lui laisser l'opportunité d'une réponse, le Griffon s'en retourne vers Mu en direction du Palais Popal.


Du coté du treizième temple...

Shion tournait en rond. Kanon avait senti la présence de la Relique. Mais pendant plusieurs siècles, l'âme avait été portée disparue au sein des Enfers. Pourtant elle était à Jamir, sans qu'aucun des Juges n'aient pu s'en apercevoir. Donc, avec un peu de chance, l'étui d'or faisait son office protectrice et Minos ne s'apercevrait de rien.

Pour Kanon, c'était un autre problème. Il l'avait sentie malgré tout. Et Shion s'était bien aperçu que le cosmos de Kanon était perturbé. Saga était passé le voir durant la nuit, après que Milo se soit occupé de son cadet, pour lui expliquer la situation. Et Saga avait été clair, il voulait que la relique soit renvoyée à Jamir en attendant la décision d'Athéna. L'imminence du danger qu'elle représente mettait l'aîné dans un état d'anxiété inquiétant. Peut-être un peu excessif aux yeux de Shion, qui malgré tout comprenait sans mal la peur lancinante de Saga et sa volonté de protéger son frère. Il avait donc eu toutes les peines du monde à lui faire entendre raison afin qu'il accepte que, non, la relique ne repartira pas à Jamir, qu'Athéna sera rapidement au sanctuaire et surtout, que cette âme ne peut absolument pas se libérer grâce aux sceaux d'Athéna. Visiblement Kanon n'en subit les effets que lorsqu'il se trouve seul, restait donc à garder un œil sur lui. Plus facile à dire qu'à faire, lorsqu'on connaît l'animal.

Et Minos fût donc accueilli, le plus froidement du monde, pour ce premier contact. Un contact rapide cela dit, la journée s'achevant bientôt, mais le spectre fut invité à loger au Palais le temps des débats.


Le sanctuaire – 1ère maison

Après le départ de Minos et de Mu, Kanon a purement et simplement quitté le groupe pour disparaître vers gemini, sans un mot et sans le moindre regard à son frère. La plupart des ors ont repris leurs activités, mais Saga est resté chez Mu, en compagnie de Milo et Camus, pour attendre son retour. Un Saga sérieusement énervé par un scorpion refusant catégoriquement de lui dire le moindre mot concernant sa conversation avec Kanon, durant la nuit dernière.

- Saga, franchement, je me demande parfois comment tu peux être aussi peu clairvoyant en ce qui concerne ton propre frère. Tu sais à quel point il compte pour moi et tu sais donc que je ferai ce que je peux pour l'aider. Mais ne compte pas sur moi pour trahir sa confiance. Ce qu'il m'a dit, il me l'a confié parce que je l'ai mérité. Bon sang Saga ! A toi de le mettre en confiance !

- Ce mot ne cesse de revenir entre nous et de nous diviser Milo... Et Kanon à finalement raison de ne pas me faire confiance vu qu'une fois de plus, je suis obligé de lui mentir.

- Tu as déjà eu la décence de ne pas lui imposer Mu hier soir et cette nuit...

- Il ne veut pas s'expliquer pour Mu. Il prétend qu'il est heureux pour moi, mais chaque fois que mon amant est avec nous, l'issue est toujours la même. Mu comprend, il s'éloigne, mais honnêtement Milo, il ne supportera pas ça longtemps et je le comprends.

- Tu ne fais pas beaucoup d'efforts pour le comprendre...

- Mais que veux tu que je fasse de plus Milo ?! On ne peut pas dire que je n'ai jamais rien fait pour tenter de nous rapprocher !

- Il ne s'agit plus de vous rapprocher maintenant Saga, mais simplement de faire l'effort de le comprendre, pour éviter de faire des choses aussi contre-productives que de le considérer à nouveau comme un paria !

- Ça n'est pas ce que j'ai fait !

- C'est ce qu'il a compris !

- Alors lui non plus ne fait pas d'effort pour comprendre !

- Admet qu'il a des circonstances atténuantes !

- Tu voulais quoi au juste Milo ? Que je lui dise, alors voilà Kanon, nous avons trouvé un morceau de ton armure d'or, mais dans quelques jours elle sera définitivement détruite parce qu'une âme malveillante l'habite et qu'Athéna estime que cette armure l'est aussi puisqu'elle n'a jamais quitté son porteur ? C'est ça que tu voulais que je lui dise ?

- Saga...

- Quoi ?

- Tu vas défendre l'existence et la reconstitution de cette armure n'est-ce pas ?

L'aîné soupire et prend quelques instants de réflexion.

- Je l'ignore encore Milo... Il me faut plus d'éléments pour prendre ma décision.

- Oui et bien tu sais quoi ? Au lieu de te demander ce qu'il aurait fallu dire à ton frère sur ce qui s'est passé à Jamir, tu ferais bien de te demander ce que tu vas lui dire pour lui annoncer ça.

Pendant ce temps, Mu avait regagné son temple et rejoint silencieusement Camus qui écoute la conversation le plus discrètement possible, reliant entre elles les informations pour comprendre une histoire dont il n'avait jusqu'alors pas tous les éléments.

- C'est un règlement de comptes selon toi Camus ?

- Je dirais plutôt l'exutoire nécessaire à leurs inquiétudes... Ils s'aiment beaucoup il ne faut pas croire, sinon ils seraient déjà en train de frapper l'un sur l'autre.

- Encore Kanon ?

- Celui pour lequel nous passons nos nuits seuls oui, et le verseau se pare d'un certain sourire à cette phrase. En parlant de nuit...Et cette fin de phrase, Camus l'avait prononcée à haute voix afin de capter l'attention des deux autres. Si Kanon éprouve visiblement des difficultés liées à la présence de cette fameuse « relique », pardonnez-moi, mais j'ai des oreilles et vous êtes à coté, s'il en éprouve aussi à supporter la présence de Mu, et par extension d'ailleurs, celle d'à peu près tout le monde ici, Milo a trouvé une circonstance, un contexte, dans lequel il semble nettement plus « ouvert ». L'évolution en « terrain neutre ». Par ailleurs, j'ai grandement apprécié, comme, Milo, Aphrodite et Angelo, nos deux jours de « punition » hors sanctuaire et j'ai cru remarquer que Kanon dispose d'une très nette ascendance sur Shion. Alors histoire de joindre l'utile à l'agréable, si le bien être de ton frère, Saga, peut nous servir de prétexte pour que le Pope nous accorde une soirée à Rodorio ou à Athènes, nous lui en serions tous très reconnaissants.

- Camus n'a pas tord, il serait loin de cette relique, au moins pour une nuit, avec un peu de chance, selon ce que l'on organise, nous pourrions le faire songer à autre chose, tu pourrais te rapprocher de lui, tout comme il pourrait trouver l'occasion de voir les membres du sanctuaire sous un jour un peu différent et la réciproque est également vrai.

Milo et Saga échangèrent un regard.

- Ça peut s'organiser, si toutefois nous en avons le temps avant le verdict d'Athéna.

Et Mu esquisse un sourire en allant faire chauffer du thé. Juste une pensée rapide, mentale, à l'attention du verseau.

- Ça a même le mérite d'avoir fait cesser la dispute de ces deux là... Un coup de chef Camus.


Troisième temple

Kanon, pendant ce temps là, avait regagné le troisième temple, s'était une nouvelle fois enfermé sous la douche, redevenant à peu près présentable, avant d'aller se laisser tomber sur son lit. Fermer les yeux un instant et réfléchir, se rappeler chaque mot de Minos pour être bien certain d'en comprendre le sens, puisque le griffon a cette façon détournée d'aborder un sujet. Rhadamanthe est invivable et lui est un sombre crétin. Mais Minos sait-il au moins que le blond lui a probablement menti ? Est-ce qu'il sait qu'il lui a caché son combat contre Saga et que ce bracelet est probablement la cause de ce qui lui est arrivé durant la nuit ? Que Rhadamanthe soit invivable, ça, il l'imagine, il sait dans quel état se met le blond quand on ne respecte pas un engagement...

En fait oui, il le sait, il s'en souvient, mais c'est bien loin d'être invivable. C'est juste... Kanon soupire. Il faut qu'il arrête de songer à ça. A cette main qu'il avait posé contre sa chemise, si proche de lui qu'il en sentait son cœur battre, le regard du blond ancré dans le sien, ses bras qui l'entravaient sans pour autant le menacer, et puis ses paroles... Bordel. La dernière fois qu'il a voulu ne pas respecter un contrat, c'était tout sauf invivable, c'était terriblement puissant. Voilà. Sauf que là Minos l'a décrit comme invivable et dans ses souvenirs, c'est fou ce que les trois frères peuvent s'entendre. Alors forcément, Rhadamanthe ne va pas bien.

Kanon tourne son regard vers la fenêtre, le jour est en train de tomber. Est-ce que ça va recommencer ? Et à cette seule pensée, ce même son réapparaît petit à petit dans son esprit. Ça doit s'arrêter, ça n'est plus possible ! C'est presque comme s'il l'avait provoqué cette fois, non non et non, il ne veut pas que ça continue, il refuse de réentendre ce bruit atrocement familier ancré dans sa mémoire, que ce son finit par imiter. Kanon se redresse, plonge son regard vers le bracelet, qui montre toujours cette apparence étrange, tout en restant solidement bloqué autour de son poignet. Et le son s'intensifie.

Ça suffit.

Il enflamme son cosmos dans une recherche brutale de Rhadamanthe.


Les enfers – Huitième prison – Palais de Caïna

Dans son bureau, Rhadamanthe tend à Valentine, qui vient ce jour de reprendre son service, la liste des condamnés à déplacer d'une prison vers une autre pour le lendemain. Le second jour sans nouvelle de Kanon va bientôt s'achever et la colère du juge semble ne pas décroître. Seule la Harpie ose encore pénétrer dans ce bureau sans pour autant prendre le risque de prononcer d'autres mots que ceux que lui incombe la plus élémentaire des politesses. Et pourtant, en cet instant, le visage du blond semble s'animer d'un nouvel espoir.

- Bonne soirée Valentine.

Juste trois mots, qui laisse la Harpie stupéfaite, mais moins par leur singularité au sein de cette journée que par le fait que le blond se précipite presque hors de son bureau pour aller s'enfermer dans ses appartements. Il en referme la porte et se laisse glisser contre celle-ci jusque sur le sol.

- Kanon !

Mais Kanon ne répond rien, parce que, Déesse, ils ont un nouveau contact, même s'il n'est que mental et depuis qu'il a entendu sa voix, son esprit s'est libéré de cette étrange attirance et de ce son qui n'ont de cesse de le harceler.

- Kanon ? Kanon dis moi si tout va bien, je sais que tu m'entends.Réponds moi... S'il te plaît.

-... Tu dormais ?

- Pas encore et quand bien même, tu ne m'aurais pas dérangé.

- Comment va Valentine ?

C'est quoi cette question exactement ? Bon déjà, ça veut dire qu'il est au courant pour l'affrontement. Et vu le ton de sa voix, c'est clairement qu'il va lui en faire le reproche. Rhadamanthe s'y attendait, que leur conversation débute ainsi ne le surprend pas.

- Pourquoi poses tu la question ? J'ai cru comprendre lorsque tu l'as vu que tu ne le portes pas dans ton cœur et tu n'es pas du genre à user de courtoisie inutile.

- Effectivement. Je me fiche de Valentine, mais pour toi il compte énormément d'après ce que j'ai cru comprendre alors pour savoir comment toi tu vas, j'ai besoin de savoir comment va la Harpie. Logique.

Rhadamanthe reste silencieux. Ce que Kanon vient de dire ressemble à de la jalousie ou bien il n'est plus juge des Enfers.

- Je vais bien. Si ce n'est que je suis furieux que tu me laisses ressasser mille et une inquiétudes quant à ton silence Kanon.

- Ça tombe bien, parce que je dois te parler. Cette nuit. Je ne peux plus attendre. De toute façon c'est encore une nuit où je ne dormirai pas et comme c'est de ta faute, je peux bien te priver de sommeil toi aussi pour ce soir. Alors choisis un endroit, éloigné du Sanctuaire et je t'y retrouve. Tu dois reprendre ce bracelet.

Un frisson s'empare longuement du spectre.

- Tu veux que je reprenne le...

- Oui. Dis moi où te retrouver.

Kanon demande un rendez-vous pour mettre fin à une relation qui n'a pas encore commencé. Kanon veut mettre fin à son rêve, c'est certain. Mais pourtant ne vient-il pas de se montrer jaloux ? Kanon va l'abandonner parce qu'il a estimé que l'aimer ne serait pas possible vu leurs missions respectives, après ce qu'il a appris. Comment pourrait-il aimer quelqu'un qui affronte son frère.

- Rhadamanthe ! Un lieu, vite !

- Le... Château d'Heinstein...

- … Quoi ? Mais c'est quoi cette histoire ? Il me semblait pourtant que le départ de pandore et la colère d'un certain juge des enfers avaient achevé de l'anéantir ce château...

- Hadès l'a reconstruit. Ça fait partie des tractations qu'il veut faire accepter à Athéna...

- C'était pour ça cet étrange sourire lorsque Poséidon a exprimé la volonté lui aussi de s'installer chez les Solo...

- Oui... Kanon, tu ne peux pas faire ça, je...

- Je t'expliquerai.

- Alors tu viens ?

- Au château d' Hadès ? C'était pas vraiment le meilleur endroit où m'inviter, parfois je me demande ce qui te passe par la tête, mais j'imagine qu'avec la barrière de son cosmos, ils n'auront aucun moyen de savoir où je suis.

- Alors je t'y attends termine le blond, d'une voix totalement éteinte.

C'est tout aussi éteint qu'il quitte Caïna pour gagner Antinora et rejoindre Eaque, qui, voyant son air défait, le fait asseoir près de lui.

- Que se passe t-il Rhada ?

- Kanon part pour Heinstein. Il veut me rendre le bracelet.

- Je vais t'accompagner. Ne me regarde pas ainsi, je ne vais pas rester avec vous, mais je serai dans le château. Et ça n'est pas négociable. Et puis Rhadamanthe, ça ne veut pas dire qu'il ne veut plus de votre relation. Tu l'as dit toi même hier, ce bracelet est dangereux pour lui si quelqu'un du sanctuaire vient à le voir. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il te le rend.

- Tu n'as pas entendu sa voix...

- En attendant, il faut y aller, ces bêtes là sont rapides.


Allemagne – Château d'Heinstein.

Rhadamanthe l'attend, un verre de whisky à la main, qu'il repose bien entendu à l'arrivée du gémeau pour se lever et aller à sa rencontre. Et à la profonde tristesse de son regard, succède une pointe d'inquiétude quand il voit l'expression fatiguée du Dragon des Mers. Néanmoins Kanon semble ne pas vouloir perdre de temps, remonte sa manche pour découvrir le bracelet et reste quelque instant stupéfait en le regardant.

Sous ses yeux, le métal de la Wyverne a retrouvé sa teinte noire aux reflets pourpres. Il glisse à nouveau ses doigts sur l'animal et en active sans difficulté le mécanisme jusque l'ouvrir.

Peut-être bien qu'il devient fou. Peut-être bien que même ces bruits dans son esprit il les a imaginés, ça ne serait presque pas étonnant...

Il referme son poing sur le bijou et se laisse tomber dans un fauteuil en soupirant, les coudes plantés sur les genoux et la tête sur ses mains. Rhadamanthe parfaitement confus, s'approche et s'accroupit juste devant lui, prenant ses poignets dans ses mains, ouvre délicatement celle qui contient le bracelet et lui repasse tranquillement autour du poignet.

- C'est quoi exactement le problème avec ce bracelet Kanon ?

Sa voix est calme, parce que visiblement le gémeau est tout sauf paisible. S'il veut le faire parler, il sait qu'il doit se détendre.

- C'est vrai ce que tu m'as raconté sur lui ?

- Parfaitement.

- Tu m'as dit de ne surtout jamais l'enlever.

- Oui, je t'ai expliqué pourquoi je crois.

- Mais tu t'es foutu de moi, parce que de toutes façons je ne pouvais pas l'enlever !

Rhadamanthe plisse les yeux.

- Tu viens de le faire à l'instant Kanon.

- Ne te fous pas de moi ! Je te dis que je ne pouvais plus ! Je ne comprends pas pourquoi ce soir, j'ai réussi, mais sa couleur est redevenue celle du départ et...

- Sa couleur ? Quelle couleur avait-il ?

- Tu me prends pour un fou c'est ça ?

- Pas du tout justement.

Le juge semble sincère, alors Kanon poursuit.

- Il était d'un violet assez sombre.

Le juge ferme les yeux un instant, se relève d'un air furieux, se tourne vers la table basse pour y saisir le verre et l'envoyer s'éclater dans un mur voisin, une rage fulminante au visage. Pour calmer le gémeau, c'est raté. Il faut déjà qu'il se calme lui-même.

- Non mais c'est pas possible ! Quelle bande d'inconscients !

Kanon ne l'a pas quitté du regard, stupéfait à son tour.

- Rhadamanthe, tu vas te décider à m'expliquer oui ou non ?

Le blond se retourne vivement vers lui avant de venir s'installer à ses cotés sur le canapé, repliant une jambe sous lui pour rester tourné vers Kanon. Il doit rester calme.

- Je vais t'expliquer oui, ne serait-ce que pour que tu cesses de t'imaginer des horreurs à mon sujet. Mais... Dis moi pourquoi tu ne dors pas.

- Non. Là tu risquerais de réellement me prendre pour un fou.

Le blond fige son regard dans le sien.

- Oh non justement je crains que non.

Là encore, il semble sincère. Alors Kanon lui explique, ce son, ces mots sans aucun sens, soufflés comme le vent, cette étrange attirance, toutes les nuits et même parfois la journée lorsqu'il se retrouve seul, mais il se garde bien d'aborder « la suite », l'écho de ce son dans ses souvenirs, le fait qu'il est incapable de se calmer dans ces moments là.

Rhadamanthe soupire.

- Ça n'est pas le bracelet Kanon. Lui, il ne fait que son office. Je t'ai expliqué qu'il me protégeait. Il le fait aussi pour toi.

- Mais de quoi veux tu qu'il me protège ?

- Je suppose qu'ils ont commis la seule pire imprudence qui soit en ramenant l'âme du proscrit au Sanctuaire.

- L'âme du... Rhadamante, je ne comprends rien à ce que tu racontes. Si tu essaies encore de me faire croire un...

- Kanon ! Je ne t'ai jamais menti. Jamais. Tu n'es pas au courant de ce qui s'est passé à Jamir n'est-ce pas ?

- Je n'ai rien pu savoir, sinon que vous vous êtes battus tous les quatre, que mon frère a gravement blessé Valentine et que toi tu l'as vengé. Et au passage, tu m'as menti, en ne me le disant pas la dernière fois que nous avons parlé.

- C'est une erreur qui n'était pas volontaire Kanon.

- Le pire, c'est que je te crois...

Le blond sourit. L'objectivité de Kanon, il le savait.

- Lorsque Valentine est venu me trouver chez Poséidon, c'était pour me prévenir qu'une âme portée absente en enfer depuis les temps mythologiques a refait surface à Jamir. J'imagine que ton frère et Mu ont dû la libérer mais j'ignore de quoi et comment ils ont fait. Alors je suis allé là bas pour la récupérer mais le temps que j'arrive, je n'ai plus senti sa présence. Ils n'ont, ni voulu me laisser passer, ni voulu m'expliquer quoi que ce soit. D'où le combat. Mais cette âme Kanon, je la connais fort bien. C'est celle du numéro deux des gémeaux. Les premiers gémeaux. Celui qui a trahi Athéna au profit d'Hadès et qui a toujours refusé de se tourner à nouveau vers elle. Elle en a fait un proscrit, effaçant son nom de l'histoire, elle l'a exécuté et détruit la seconde armure d'or. Mais étrangement, son âme n'est jamais arrivée en Enfer. Et vu ce que tu viens de m'apprendre, je ne serais pas étonné que cette âme te cherche. C'est probablement de toi dont elle veut se servir pour exercer sa vengeance. Ils l'ont ramenée au sanctuaire c'est certain. Et ici tu ne dois plus rien ressentir je suppose.

- Effectivement. Et le bracelet alors ? Et comment veux tu qu'elle se serve de moi ? Tu dis toi même que Poséidon ne pourrait pas influencer mes sentiments alors une âme humaine...

- Il te protège de ses effets. Enfin d'une partie visiblement. Tu parviens sans mal à résister à son appel apparemment. Et surtout, si l'âme se libère, elle ne pourra pas s'immiscer dans ton esprit. C'est un arcane de Juge, elle essaiera et elle te fuira. Et c'est à ce moment qu'il faudrait être là pour la renvoyer où elle devrait être... C'est une âme humaine oui, mais c'était un Atlante et si elle ne possède pas le pouvoir de neutraliser la tienne, elle a au moins les capacités de te harceler, peut-être même jusqu'à obtenir certaines choses de toi, si elle trouve le bon moyen. Cette âme doit être aussi manipulatrice que l'était l'homme de son vivant. Si elle trouve une seule faiblesse chez toi, crois bien qu'elle l'exploitera.

Quelques secondes de silence, le visage du Juge se froisse, presque autant que lors des secondes ayant précédé la destruction du verre de whisky.

- Mais bordel ! Kanon !

Et pour parler ainsi, le juge est furieux, ça ne fait aucun doute. Et parfois la colère, ou tous les sentiments d'une façon générale, pour peu qu'ils soient intenses, provoquent des réactions non calculées, exprimant des pensées ou bien des volontés, souvent cachées, qui trouvent alors une issue pour s'extérioriser. C'est exactement ce qui arrive, lorsque le blond glisse ses mains autour de son visage, posant un regard lourd de reproches sur celui du Dragon des Mers.

- Tu ne me refais pas ce genre de chose... Si tu as des doutes, tu m'en parles. Tu le pouvais. Au lieu de ça tu as préféré gérer seul parce que tu as refusé de me faire confiance. Tu sais ce qui se serait passé si je ne t'avais pas forcé à parler ? Ça n'est pas comme si jusqu'à présent je ne t'avais pas toujours écouté je crois !

Le ton est accusateur, fâché et ses mains se sont crispées dans ses cheveux.

Kanon enroule la sienne autour d'un de ses poignets comme il l'avait fait lors de leur premier rapprochement, l'éloigne de son visage, glisse ses doigts jusque les enlacer avec les siens et garde solidement serrée sur ses genoux cette main pâle dont il aurait eu tant besoin ces derniers jours. Et puis mince, le blond a réinitier ce contact dont l'absence l'a frustré à un point inimaginable lors de leur première conversation mentale. Et comme Kanon n'est pas un habitué de ce genre de chose, il en devient très vite dépendant.

Le blond s'est immédiatement calmé. Ce geste là, ça n'est pas un geste de sécurité, il le sait. Oui Rhadamanthe a des raisons de lui en vouloir. Les silences du Sanctuaire auraient achevé de l'induire en erreur et de renforcer les « faux tords » du blond. Mais Rhadamanthe se trompe – un peu – lui aussi, lorsqu'il dit qu'il a refusé de lui faire confiance, parce qu'une part de lui s'est toujours raccrochée au juge. Comme lorsqu'il lui a accepté ce lieu de rendez-vous si particulier. Quoiqu'il en soit, il doit le rassurer, car le blond doute à son tour et il faut avouer qu'il lui en a donné des raisons. Alors il serre cette main dont il garde les doigts solidement enlacés aux siens. Il garde ce contact, aussi fort que précieux, et c'est intime, le contact d'une main, surtout entre eux. D'une certaine façon c'est une réponse. Kanon croit en eux. Enfin. Il créé cette proximité et la fait durer, pour lui dire que si, il lui fait confiance. Il a douté, certes, à un moment, mais il savait, au fond de lui qu'il devait y croire. Et la preuve, c'est qu'il est venu. Ici. Malgré la barrière d'Hadès, malgré ce lieu chargé d'histoire.

Finalement Rhadamanthe l'a mis au défi à son tour en imposant cet endroit. Et ça n'est pas plus mal, parce qu'il a pu lui prouver qu'en venant ici, il ne se sentait pas menacé, qu'il avait donc confiance en lui. Et surtout, il lui a prouvé qu'il comptait assez pour qu'il daigne remettre les pieds dans cet endroit maudit.

Alors il ne répond rien, son regard suffit, Rhadamanthe peut lire en lui de toutes façons et il ne s'en prive pas, le regard du gémeau est un roman dans lequel il se plonge entièrement.

Et le calme revient, doucement, ils viennent de vaincre un premier malentendu et ça, ça n'est pas sans valeur. Et cela veut au moins dire une chose : maintenant, ils ont un moment pour eux, juste pour eux.

- Kanon, il est hors de question que tu rentres au sanctuaire dans ces conditions et...

Rhadamanthe s'interrompt, bien qu'il chuchote comme ils ont l'habitude de le faire pour renforcer encore l'intimité de leurs échanges, Kanon ne l'écoute pas, son regard a dévié pour se perdre sur les lèvres du blond, puis sur sa gorge et ce si tentateur grain de beauté qu'il avait remarqué, déjà, lors du dîner chez Poséidon et...

Rhadamanthe lâche ses cheveux, glisse sa main dans son cou pour redresser son visage vers lui, visage désormais à quelques centimètres du sien puisqu'il sent le souffle enivrant de la vouivre contre ses lèvres. Leurs yeux se recroisent, mais leurs lèvres se sont déjà trouvées, elles se caressent, se happent, avant que la main de Kanon ne s'agrippe à sa nuque. Le blond le chevauche à nouveau, rapidement. Ce baiser est devenu un besoin. Le juge a eu peur, imaginant cette soirée comme la fin annoncée de la seule relation qu'il s'était un jour permis d'espérer. Alors non, renoncer à ses lèvres, à sa bouche, à cette caresse qu'il peut faire depuis qu'il a saisi ses cheveux, renoncer à cela, c'est bien au delà de ses forces. Ce baiser est un exutoire autant qu'il est une déclaration.

Et la main de Kanon sur sa nuque, enroulée dans les mèches blondes, renforce le contact de leurs lèvres. Leurs langues se provoquent et s'apprivoisent. Le blond a attaqué mais le gémeau livre un combat délicieux, lascif. Leurs respirations s'emballent, tentant de calmer la fièvre qui s'insinue sûrement en eux.

Ce baiser est leur première union et pourtant, il n'existe nulle plus belle délivrance.

Rhadamanthe et Kanon viennent d'annihiler toutes leurs réticences.

On peut faire l'amour par besoin sans ressentir l'envie, mais on échange un baiser uniquement par envie et jamais par besoin. Ils ne pourront plus nier l'évidence maintenant. Et lorsque Kanon ajoute au contact de leurs lèvres celui de son corps en enroulant ses bras autour de lui, lorsqu'il ne lui laisse aucun autre choix que celui de cette étreinte, imposée mais ô combien espérée, il sait que désormais le blond a pris une place qu'il lui sera difficile de nier. Mais c'est fou ce que l'avouer peut le soulager.

Kanon l'a pris dans ses bras. C'est... singulier ! Et c'est d'autant plus précieux que selon lui, le gémeau ne doit pas faire souvent ce genre de chose. Quant à lui, à part avec Minos et Eaque, ça n'arrive strictement jamais. C'est simplement merveilleux. Et puis le parfum de ses cheveux... Il en a presque hésité à refermer ses mains autour de ses reins. Presque. Oui parce qu'une telle possibilité ne s'ignore pas longtemps.

Et Kanon vient de se condamner, parce que Rhadamanthe sait maintenant, qu'il tuerait assez facilement s'il voyait quelqu'un d'autre l'approcher. D'ailleurs en cet instant, Rhadamanthe réalise un certain nombre de choses. Il avait bien ressenti une certaine violence à l'égard de Poséidon lorsqu'il avait constaté le manège acharné du Dieu envers Kanon. Il avait même eu une sorte de dégoût en voyant Thétis autour de lui le soir de la réception. Mais il avait sagement contenu ses réactions. Envers la sirène, c'était presque normal. Il n'avait pas encore, à l'époque, renoué un quelconque contact avec son dragon. Envers Poséidon, il avait attribué son calme apparent à son respect naturel envers le Dieu. Mais maintenant... Maintenant que Kanon a osé le prendre dans ses bras, maintenant que Kanon a échangé ce baiser, maintenant, il sait qu'il tuerait pour un regard trop prononcé posé sur le Dragon des Mers.

Alors oui Kanon vient de se condamner et il le comprend, lorsqu'il voit dans le regard du juge, le retour de cette étincelle si particulière à son ancien adversaire, cet éclat de violence possessive. Certes pas tournée contre lui, mais bel et bien contre tout ce qui se trouvera autour de lui. Voilà qui risque de leur réserver à l'avenir quelques situations cocasses. Et l'idée ne lui déplaît pas, il faut l'avouer. Cette possessivité prouve que pour la première fois, il peut avoir le sentiment de compter pour quelqu'un. Ça fait du bien de compter pour quelqu'un, surtout lorsqu'on a son histoire. Et puis après tout Kanon n'a jamais été attiré réellement par un autre que lui. Oh certes, il s'est offert des aventures, mais qui n'avaient que pour but de le divertir. Rhadamanthe, c'est différent, c'est précisément ce genre d'amusement qu'il refusait de vivre avec lui. Non, avec le blond, il voulait « plus ». « Plus » oui, mais quoi ? Cette nuit, il le sait, il l'a compris. Malgré les jours de séparation, il n'a presque pas quitté ses pensées et dès qu'il l'a revu, il a fallu qu'ils partagent ce baiser. Alors que le blond le considère comme un trésor à protéger ne peut que lui convenir, c'est la preuve qu'il a terrassé toutes les réticences de la vouivre et qu'il a remporté une place PRESQUE aussi enviable que celle d'Hadès dans sa vie. Parce que le blond n'a ce regard que pour son Dieu. Alors si c'est une condamnation, elle est diablement gratifiante.

Et Kanon serre le poing autour de cette chemise pour se donner la force d'interrompre le contact de leurs lèvres et à en croire son visage, c'est un torture, autant pour lui que pour le blond. Ses lèvres plongent dans son cou, en le frôlant à peine. Mais il y a ce parfum, et ce petit endroit de sa gorge qui emballe son imagination depuis des jours. Il ferme les yeux. Kanon résiste et Rhadamanthe ne fait rien pour l'y aider, bien au contraire. Le regard du gémeau traduit ses envies et c'est pour ça qu'il l'a embrassé, parce que ses yeux le lui ont demandé. Mais son dragon lutte visiblement, même s'ils sont tous deux en proie à un désir qui n'est plus naissant mais bel et bien largement installé.

Mais il y a quelque chose que Rhadamanthe veut. Une chose qui est devenue un besoin et que Kanon lui doit encore. Aussi lorsqu'il admire la superbe de son trésor faisant tous les efforts du monde pour lutter contre cette fièvre qui l'assaille de plus en plus, le blond entame une lutte sans merci, déposant un baiser, juste là, à l'angle de sa mâchoire, jouant avec le lobe de son oreille. Et il sourit lorsqu'il sent ce si agréable frémissement sur la peau de Kanon.

- Rhadamanthe, arrête.

Une supplique chuchotée plus qu'un ordre, à laquelle le blond répond sur le même ton, les lèvres toujours glissées contre son oreille.

- Pourquoi ?

- Parce que... Parce que pas ici, pas encore et... Arrête.

- Ça ne répond pas à ma question. Et le blond reprend ses jeux insidieux mais tellement agréables.

Kanon ouvre la bouche pour lui répondre que si, il vient de lui répondre, mais il s'interrompt avant le moindre son. Il croit comprendre, du moins, une légère hésitation demeure, alors il pose à nouveau son regard dans celui du blond, même si c'est prendre le risque de perdre à nouveau pieds, juste pour qu'il confirme ses doutes.

- Je ne t'ai pas demandé pourquoi tu ne veux pas que nous allions plus loin. Je veux savoir pourquoi tu veux que j'arrête ce que je suis en train de faire. Je veux l'entendre.

Et Rhadamanthe reprend sa douce torture, laissant glisser ses lèvres à la naissance de son cou, s'interrompant de temps à autre pour changer d'angle, mais sans jamais y goûter, pas tant qu'il n'aura pas sa permission.

Kanon a compris. Il n'y a rien de malsain dans la question du juge, bien au contraire. Rhadamanthe vient simplement de lui confier l'une de ses craintes, un doute que lui seul peut apaiser et c'est vrai qu'il le lui doit bien, parce que ce que le blond veut entendre, lui, il lui a déjà dit, dès ses premiers aveux. D'autant qu'il est normal qu'il aborde ce sujet. Ce moment, il est pour eux, loin des préoccupations concernant le proscrit, Poséidon, voir même le traité de paix. C'est le sujet que Kanon avait renoncé à aborder lors de leur dernière conversation parce qu'il voulait être auprès de lui pour le faire. Rhadamanthe se contente d'accéder à ses volontés, d'autant qu'elles sont aussi les siennes, en abordant la question de ce « Nous » qu'il n'avait même pas pu prononcer. Et ces quelques mots sont aussi difficiles à dire qu'ils sont évidents. Ils sont un aveu.

Kanon redresse son visage, croisant à nouveau le regard du blond.

- J'ai envie de toi.

La cause. Cinq mots. Et pas des moindres. Désormais Rhadamanthe sait que non seulement le gémeau envisage leur histoire, mais plus encore, il la désire.

- Et ça devient presque insoutenable de te demander d'arrêter.

La Conséquence. Mais elle lui plaît cette conséquence, le blond sourit et Kanon l'embrasse, à son tour, parce qu'il faut à nouveau décharger ce surplus d'émotions et que quelque part, ça fait un bien fou, de lui avoir dit ça.

- Kanon, je sais que tu es capable de me sortir maintenant un truc du genre « c'est une folie », et bien je ne veux même pas l'entendre... Si c'en est une, elle est plutôt agréable et tout à fait dans l'idée que je me fais de notre relation.

- C'en est une certes, mais tout à fait dans l'idée que je m'en fais moi aussi. Quoique je me demande si, nous concernant, nous n'avons pas franchi le niveau au delà de la simple folie... Oui, je crois que c'est d'un masochisme rare.

Le juge esquisse un sourire.

- Si c'est ton genre ça peut s'arranger.

Kanon laisse échapper un léger rire.

- Imbécile ! Je parlais du fait que nous fonçons droit dans le mur si ces accords de paix ne sont pas signés.

- Je sais, mais c'était trop tentant... Trêve de plaisanterie, il n'y a aucune raison qu'ils ne soient pas signés.

- Ce château c'en est une, crois moi. Et je doute fort que l'orgueil exacerbé de Minos ne vous serve pour défendre ce projet... et surtout, c'est avec Shion qu'il va discuter. Il pourrait à la rigueur mettre cet orgueil de coté face à une Déesse, mais pas face à Shion. Mais... Je suppose qu'Athéna doit avoir une raison de l'avoir choisi lui... Rhadamanthe... Le ton s'était fait plus grave, Kanon planta son regard dans celui du juge. Il nous FAUT cette trêve.

Oh bien entendu cette trêve est nécessaire, pour la paix sur terre, pour la vie, pour les Hommes, s'il n'avait s'agit que de cela, Kanon n'aurait pas pris la peine de le souligner. C'est bien trop évident. Mais cette nécessité va plus loin qu'un simple rappel pour la protection de l'humanité. Si Kanon avait simplement dit : « Sans cette paix il n'y aura jamais rien entre nous », les choses n'auraient pas été différentes. Voilà, l'ex-marina vient de tendre la seule corde à laquelle raccrocher leurs espoirs. Et cette corde, il la voit bien fragile, là, entre les mains de Minos. Cette phrase, c'est leur seule solution : Ils doivent intervenir.

- A quoi penses-tu ?

- Et bien, je pense que si Minos échoue, si Shion et Athéna refusent catégoriquement les requêtes d'Hadès, alors il nous faudra convaincre Poséidon de jouer les médiateurs. Et pour ça, nous allons devoir être très convaincants. La Château d'Hadès, Rhadamanthe, où qu'il soit, il nous a toujours causé beaucoup de pertes. Shion à dû se résoudre à y abandonner son amant, qu'il a bien failli perdre, et ça doit être assez horrible, j'imagine, et ici, bien plus tard, tu lui as tué son abruti d'élève...

Rhadamanthe eut une léger rictus, mi étonné, mi amusé.

- C'est étrange, d'aussi loin que je me souvienne, déjà le jour le notre combat, tu as évité de prononcer le nom de Mu et aujourd'hui, tu le remplaces par un qualificatif peu glorieux. Un problème avec le bélier ?

Au tour de Kanon d'avoir un air quelque peu étonné et légèrement gêné aussi. Car il faut bien avouer que sur ce coup là, bien qu'il n'en soit pas très fier, les souvenirs étrangement très détaillés du spectre mettent en évidence son ressentiment à l'égard du premier or.

- C'est l'amant de Saga, lâche t-il avec une pointe d'amertume qui installe définitivement l'étonnement sur le visage du blond.

- Hum... En théorie, ça devrait te réjouir non ? Même si je suis loin de l'apprécier, je suppose que c'est quelqu'un qui sera très bien pour ton frère, je me trompe ?

Kanon détourne son regard vers la fenêtre. La nuit est dégagée, étoilée. Ses yeux se perdent sur certaines d'entre elles. Le blond va exiger une réponse, il s'est appuyé au dossier du fauteuil, sans pour autant s'être privé du contact désormais nécessaire du marina, son autre bras posé sur sa taille. Il patiente, sans le quitter du regard. Car Rhadamanthe comprend qu'il a là un autre « problème » à régler qui, à un moment ou à un autre, va s'immiscer dans leur relation. D'abord, renvoyer cette âme en enfer. Ensuite, signer les accords de paix. Et enfin, régler ce problème ? Gouffre ? Malentendu ? Entre Kanon et son jumeau.

- Il est sûrement très bien pour Saga oui... Enfin je suppose. Vu ce qu'ils ont vécu, s'ils sont enfin amants, c'est bien qu'ils étaient faits pour s'attendre. C'est vrai que tu as deux frères toi aussi... Tu ne dois pas bien comprendre mon point de vue. D'autant qu'il est plus que critiquable.

- Je ne sais pas... Ça n'est pas vraiment ton style de poser un jugement sans raison. Oh bien entendu, avoir des raisons ne veut pas fatalement dire qu'elle soient bonnes et que tu n'as pas tort, mais j'avoue que j'aimerais assez savoir. Mais tu n'as peut-être pas forcément envie d'en parler maintenant.

- Je préférerais que tu me parles des tiens, de frères. J'ai une vague idée de vos liens à tous les trois, je les imagine tout à fait à l'opposé de ce qui me relie à Saga... Si tant est que quelque chose nous relie encore...

La dernière phrase avait été murmurée, presque sans qu'il s'en rende compte.

- Il y a un lien plus fort que tu ne le crois entre toi et ton frère, sinon notre combat ne t'aurait pas à ce point touché. Quant à moi et mes frères... Nous sommes très liés oui. Il y a bien une forme de rivalité entre nous mais elle est très saine, c'est plus une compétition visant à servir Hadès du mieux possible. Une course à sa confiance, son attention, sa fierté. A coté de ça, nous ne nous cachons strictement rien. Même si certaines choses peuvent nous déplaire chez l'un de nous trois, ce sera discuté et défendu si tel est son souhait. Par exemple, ils savent qu'ils ont tout mon soutien quant à leur relation malgré l'opinion de Pandore...

- Elle ne t'a presque pas lâché chez Julian Solo...

- Dois-je y voir une pointe de jalousie ? S'amuse le blond non sans un sourire quelque peut victorieux qui ne manque pas de lui valoir un air de reproche du gémeau.

- Disons que si, effectivement dans un premier temps j'ai pu imaginer ce qu'on est en droit de penser en voyant ce tableau, j'ai ensuite été surtout surpris de la voir, elle, daigner vous donner, enfin à toi en l'occurrence, un peu d'intérêt. Non pas que tu ne la mérites pas, mais elle a l'air de n'en donner à personne d'autre qu'à Hadès.

- Tu oublies Ikki.

- Ah oui. Ma mémoire à un esprit de conservation très développé, elle occulte les idées particulièrement abjectes ! Pauvre Ikki.

- Quoiqu'il en soit, il semblerait que si les corps qui servent à nos incarnations ne sont effectivement pas frères, il n'en demeure pas moins que nos existences avant l'Enfer ont toujours été liées. Ainsi, même si nous venons tous de pays particulièrement différents, nous nous sommes connus bien avant, en Angleterre. Un choix universitaire commun, et voilà comment le destin nous a permis de nous rencontrer . Nous étions donc déjà amis et Eaque et Minos sont devenus amants. Nous formions déjà un trio assez décapant, s'amuse le blond au retour de quelques souvenirs sous le regard d'un Kanon aussi intéressé que stupéfait et silencieux. Et donc le retour de leurs souvenirs à ravivé leurs sentiments. Tu comprends pourquoi ça ne pouvait que leur convenir. Alors ça peut sembler... dégradant, aux yeux de certains j'imagine, mais lorsque l'on est affecté, pour une vie, ou pour l'éternité d'ailleurs, au service d'un Dieu, je crois que l'on peut se passer des normes purement humaines.

- Rhad... Tu te souviens ?

A se demander si le gémeau a entendu son explication concernant ses frères ou s'il est resté figé sur le fait qu'il lui parle de son passé.

- Il y a peu de temps, quelqu'un à qui je tiens beaucoup, regrettait que je ne puisse lui parler de l'Angleterre qu'il ne connaissait pas. Et il se trouve que j'ai tout, sauf envie de le décevoir.

Juste un sourire, mais qui vaut beaucoup de chose. Parce que Kanon a compris et qu'il est rassuré. Voilà un problème de réglé. D'ailleurs finalement, c'était le seul problème « apporté » par le juge. Les autres viennent plutôt de lui ou du Sanctuaire. Il pourrait l'embrasser aussi, c'est bien la première idée qui lui est passée par la tête. Mais faire cesser la dernière étreinte a été laborieux à un point qu'il est préférable de ne pas réitérer.

- Rhadamanthe...

- Tu vas t'en aller ?

- Non, tu me dois une nuit blanche, s'amuse le gémeau, satisfait d'avoir vu cette lueur de crainte et de déception sur le visage du blond à l'idée qu'il puisse partir.

- Elle est à toi, fais en bon usage.

- Je suppose que demain Hadès saura pour la présence de l'âme au sanctuaire ?

- Tout comme Shion apprendra la reconstruction du château d'Heinstein.

Un léger silence durant lequel leurs regards se croisent, pour aboutir sur un sourire.

- Tu sais à quoi je pense ?

- J'en ai une très nette idée, oui, s'amuse le blond.

- Mais tu ne veux pas l'entendre...

- Effectivement.

- Je vais quand même te le dire.

Rhadamanthe éclate de rire.

- Je ne sais pas pourquoi je m'en doutais.

- Tu te rends compte des possibilités que ça nous donne ?

Rhadamanthe sourit. Évidemment qu'il s'en rend compte, et c'est assez amusant que le gémeau le souligne. Oui, leur relation peut leur permettre d'acquérir une ascendance certaine sur les rapports entre les sanctuaires. Et dans l'histoire, celui qui l'a compris bien avant eux, c'est bien Poséidon. Récupérer Kanon lui apporterait bien plus qu'un favori, un général et une puissance inestimée. Kanon est aussi un atout politique certain pour lui.

- Je m'en rends compte oui, mais où voulais tu en venir au sujet de l'âme ?

- Et bien la récupérer, c'est bien TA mission non ?

- En effet.

- Alors si demain Hadès est au courant, quand va t-il t'envoyer au Sanctuaire la chercher ?

- Tu peux être certain que je ferai le nécessaire pour que ce soit rapidement. Évite de t'approcher de cette « chose », si Minos n'est pas dans le coin. Le juge serre les dents. Dieu que ça peut-être... FRUSTRANT ! De devoir rentrer sans pouvoir t'accompagner ! Ça n'est pas que je ne fais pas confiance en Minos bien sur mais...

- Tu t'inquiètes, je sais. J'y suis sensible, mais tu ferais mieux de ne pas déjà commencer comme ça. Et puis n'as tu pas dit qu'avec ce bracelet je ne risque rien ? Et puis limite ça va devenir vexant...

Et le gémeau à raison, Rhadamanthe le sait mais c'est plus fort que lui. Kanon l'a pris dans ses bras, Kanon lui a donné la permission de l'aimer, Ils ne sont pas amants, mais Kanon est déjà à lui. Oui c'est ça. Il n'y a pas d'autre façon de le dire, et d'ailleurs, c'est précisément ainsi qu'il l'entend. Alors forcément, il s'inquiète pour lui et devoir compter sur Minos est tout simplement une torture. C'est lui qui devrait régler cette affaire avec l'âme proscrite oui c'est lui, le Juge qui devrait être aux cotés de Kanon pour le faire. Mais oui, le Grec à raison. Rien n'est joué pour eux, leur avenir est loin d'être tout tracé. De plus, l'ex-Marina est probablement loin d'apprécier une telle ingérence sur sa vie. Alors il va falloir qu'il se modère.

- Ce bracelet ne te dispense pas d'être prudent, c'est tout. D'ailleurs, prends garde à ce que personne au sanctuaire ne le voit à ton poignet.

Le gémeau esquisse un sourire.

- Je ne compte pas mourir bientôt rassures-toi. Tu as dit que le proscrit était resté fidèle à Hadès. Il compte en faire un spectre ?

- Il n'en a jamais été question. C'est juste... un devoir, de le ramener. Kanon... Le juge détourne rapidement le regard, conscient que ce qui va suivre va probablement lui attirer les foudres du gémeau, mais tant pis, il faut qu'il essaie. Le mieux serait probablement que tu évites le Sanctuaire jusqu'à ce qu'elle retourne en Enfer.

Et forcément le regard de Kanon se voile d'une ombre de colère. Il ne le repousse pas, mais il écarte ce bras que la wyverne avait posé sur lui.

- Je t'ai demandé d'arrêter ! Écoute, maintenant que je sais de quoi il retourne, et à quoi est dû ce qui m'arrive depuis quelques jours, je suis bien décidé à lui expliquer ma façon de penser à cette âme et je t'assure qu'elle va déchanter ! De plus, je me fiche pas mal de la décision de Shion. Je sais où est cette âme, je l'ai sentie. Tu as besoin que je te dise où elle est pour la renvoyer en Enfer et tu as aussi besoin que je la récupère, parce que tu ne pourras pas sans mon aide. Ou alors, il me faut convaincre Shion de te la livrer, mais pour ça, je dois de toutes façons y retourner. Crois bien que je vais tout faire pour que tu la récupères.

Rhadamanthe n'insiste pas. Il regrette, presque de lui avoir dit ça, mais c'était plus fort que lui.

- Soit. Je dois m'attendre à quel accueil au sanctuaire selon toi ? Rhadamanthe retient un sourire, le ton enrichi d'une pointe d'ironie qui achève de détendre Kanon.

- L'hostilité ambiante devrait te plaire ! Rhadamanthe...

- Cette fois tu pars...

- A dans quelques jours, alors ?

- A dans quelques jours Kanon.

Le château retombe dans le silence, mais leurs deux âmes sont apaisées, tandis qu'ils retournent, chacun, à leurs places respectives.