ENFIN ! AAAAAAAAAAH ! JE SUIS DÉSOLÉE ! JE SUIS EN RAGE ! Alors j'avais fini mon chapitre, il était tout beau, tout prêt, tout mignon, tout joli, et je le relis le 25, et à 15h00 je veux le poster et... et... "no servor is can access your demand" ou une *"/&)=/*+ du genre ! J'ai passé littéralement 12 HEURES à rafraîchir mon interface du site pour essayer de le poster en m'arrachant les cheveux !
LE VOICI. RAAAAAAH !
Uhm. Appréciez. On se retrouve en bas.
La Page Blanche
- Racontez-nous Reim !
- Bien sûr Mademoiselle, laissez-moi juste finir de nous servir le thé, sourit le jeune homme, une théière en porcelaine à la main.
La jeune fille rosit de plaisir.
- Ooh, savez-vous que nous avons entendu des échos de la cérémonie jusqu'ici ? Est-il vrai que le gâteau des mariés faisait plus d'un mètre de haut ?
Il rit et s'assit en face d'elle.
- Oh, je n'irais pas jusque-là, mais je lui accorderais bien soixante centimètres.
- Cela restait aussi succulent à imaginer qu'à déguster je présume, soupira rêveusement Break en portant sa tasse à ses lèvres, le petit doigt levé.
Reim se tourna vers son ami assis à côté de lui.
- Il l'était, soyez-en certain. Ils avaient fait venir un pâtissier tout spécialement de notre pays pour le confectionner…
- L'air que vous arborez me laisse supposer que vous avez bien dû en dévorer la moitié, gourmand comme vous êtes.
- Xerxes !
- Allons Break, intervint la jeune Duchesse en ajoutant un sucre à son thé, l'affection de Reim pour les sucreries n'est un secret pour personne ici, mais il me semblerait présomptueux de ta part de le traiter de goinfre. Ou même de faire le moindre commentaire à ce sujet.
Break haussa un sourcil, un sourire gêné étirant ses lèvres.
- Mademoiselle, seriez-vous en train d'essayer de me faire une énième remontrance sur mon alimentation ?
Elle lui lança un sourire charmant et terrifiant.
- J'essaierai aussi longtemps qu'il le faudra pour que tu prennes enfin sur toi de manger de manière équilibrée. Il me semble que l'idée d'avoir du diabète ne te ravissait pas tant que ça…
- Mais je n'en aurai jamais ! Les gens au cœur pur ne tombent jamais malade, n'est-ce pas là un de vos préceptes ?
- Non Break. « Les gens au cœur pur ne vieillissent jamais ».
- Oh… navré. Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était, sourit-il en croquant un sablé.
Elle poussa un soupir faussement agacé et se désintéressa visiblement de lui, se tournant vers Reim.
- Racontez-nous ! Comment cela s'est-il passé avec votre famille ?
- Oh, très bien. Les retrouvailles avec mes parents ont été agréables. Je qualifierai celle avec mes frères de distante, et le reste de la famille n'étant composé que de presque inconnus, cela se déroula des plus cordialement.
Sharon remit délicatement une mèche de cheveux derrière son oreille avec un air rêveur.
- Je me souviens de votre père. Un homme charmant, quoiqu'un peu sévère. Il m'apportait toujours des bonbons lorsqu'il venait vous voir chez nous !
Elle gloussa au souvenir et Break sourit, intrigué.
- Votre père venait donc ? Il me semble ne jamais l'avoir vu.
- Il venait surtout au début où j'ai commencé à vivre chez les Rainsworth. À cette époque ma situation était des plus indéfinie et il s'inquiétait que ma présence ne dérange la famille de la Duchesse. Cette dernière a beau eu le rassurer dès sa première visite, il est revenu quelque fois pour vérifier que tout se passait bien. Je pense que c'était aussi pour venir me voir et me rassurer. J'étais très nerveux en ce temps-là. Mais il me semble qu'il est venu une dernière fois quelque temps après ton arrivée Xerxes… Oui. Oui, je me souviens. Il avait voulu te rencontrer mais tu l'avais envoyé promener d'un regard meurtrier dès son entrée dans la pièce.
L'albinos fronça les sourcils, cherchant visiblement un quelconque souvenir de cette expérience. L'idée d'avoir rencontré le père de Reim sans le savoir le frustrait un peu. Il aurait bien aimé savoir à quoi il ressemblait… Mais à cette époque-là, rien n'importait, et certainement pas le père du gamin râleur qui vivait au crochet des Rainsworth.
… quoique lui aussi avait vécu à leur crochet. Encore aujourd'hui. Enfin non, il se rendait utile, il travaillait à présent !
- Et vos frères Reim ? redemanda Sharon quelque peu soucieuse.
- Cela s'est bien passé. Je n'ai pas vraiment parlé avec eux mis à part quelques préoccupations de circonstances. Je pense que la personne avec qui j'ai le plus parlé fût mon oncle maternel qui… enfin, disons que c'est surtout lui qui a beaucoup parlé, sourit-il. Vous savez comment sont les vieilles personnes : toujours à raconter leur vie, leurs histoires de jeunesses et leurs aventures alors qu'on les a déjà entendues une centaine de fois.
- C'est vrai, approuva-t-elle. Enfin, pas tous...
Elle coula un regard éloquent sur Break en prenant une gorgée de thé. L'interpelé se redressa un peu, piqué, et agita sa grande manche dans un geste évasif.
- Elle n'a pas tort, glissa Reim en prenant lui aussi une gorgée de thé et en regardant ailleurs.
- Dites-donc…
-Enfin, poursuivit la jeune fille en reposant sa tasse. Être borné est une tare dont on ne peut se débarrasser je suppose.
- EHM, excusez-moi d'être un vieil homme borné.
- On t'embête, Xerxes.
Break fit tout de même la moue et se tourna sur sa chaise dans une attitude boudeuse. Il entendit des rires et ils poursuivirent leur conversation sans lui. Il s'accorda quelques secondes de contemplation des jardins à travers la baie vitrée. Les arbres ne portaient plus que quelques feuilles courageuses encore accrochées aux branches presque mortes se balançant dans la bise hivernale. Tout semblait recouvert d'un léger voile gris de brouillard. Il allait bientôt neiger…
Depuis qu'ils s'étaient revus, à peine une heure plus tôt, il n'avait cessé de penser à l'étrangeté de l'attitude de Reim. Il avait été… normal. Non pas « normal » comme il l'avait été lors de leur dernière rencontre non, normal comme… comme avant.
Son attitude était dénuée de toute tension, et Break, pour la première fois depuis plus d'un mois, n'avait pas rencontré l'écho de son propre malaise en lui. Il avait l'air en forme, revigoré, de bonne humeur et… complètement désintéressé. Désintéressé de lui.
… Depuis sa discussion avec son collègue, Break n'avait pas passé une heure sans s'inquiéter de leurs retrouvailles. La dernière fois, ils étaient dans la chambre du brun et il s'était enfui après lui avoir posé une question sans aucun rapport avec ce dont ils étaient en train de parler. Il aurait pensé que Reim serait toujours dans l'interrogation, dans l'attente, mais non. Rien.
Il n'avait pas passé une heure sans se demander s'il le faisait vraiment souffrir, à quel point, comment arrêter. Il avait songé à lui parler, lui proposer de passer la soirée ensemble et d'en discuter prudemment, et voilà qu'il le retrouvait, parfaitement heureux et épanoui. Comme si tout cela n'avait jamais existé.
« Ce qui en somme devrait me réjouir…» songea-t-il.
Oui, c'était ce qu'il avait voulu dès le premier soir, ce qu'il désirait toujours : pouvoir redevenir comme avant. Oublier ces ridicules sentiments injustifiés, ces frissons de désir instinctifs et amoraux, ces questions sur son passé, ses relations, le mariage de Reim. Tout effacer. Oui, c'était toujours ce qu'il voulait.
Mais… franchement, c'était quoi cette attitude !?
Il croqua violement un biscuit qu'il avait gardé dans sa main.
Non mais sérieusement, il avait passé des heures à s'inquiéter et Monsieur revenait en faisant comme si de rien n'était ? À quel moment était-il devenu aussi insouciant, hein ? Il était passé dans une des failles de l'Abysse et était spirituellement revenu deux ans en arrière ? Plus de sentiments, plus de bafouillement, rien ? Même pas un chouïa de recul en le revoyant ? De prudence ? Il se moquait de qui là ?
Il tendit le bras derrière lui et attrapa le bol de biscuits qu'il se mit à dévorer de frustration.
- Xerxes ?
Abruti.
- Xerxes ?
Pauvre andouille.
- Breaaaaaak ? appela la voix douce et menaçante de Sharon.
Il se figea, les poils de sa nuque se hérissant au son menaçant. Mais une bouffée de nostalgie l'envahi. Pendant un instant, elle avait eu exactement la voix de sa mère.
…
Shelly.
Il se retourna lentement et reposa le bol en s'excusant. Si elle fût surprise par son regard fuyant, elle ne posa aucune question. Un rayon mélancolique sur son visage l'en dissuada et elle tapa des doigts sur la table.
- Break, j'espère que cette attitude n'a rien à voir avec nous parce qu'elle est des plus désagréable.
Il se redressa et réajusta son jabot.
- Absolument pas Miss, je me perdis dans ma bouderie, veuillez m'en excuser.
- Vous disiez Reim ? demanda-t-elle précipitamment au brun, des étoiles dans les yeux.
- Je vous parlais de la fête.
- Oui, continuez ! Il y a-t-il eut un bal ? Avez-vous dansé ? Avaient-ils fait aussi venir des musiciens de votre pays ?
- Oui, ils avaient fait venir un orchestre complet. C'était assez nostalgique à écouter je dois dire, je n'en avais plus entendu depuis l'enfance. J'ai regretté votre absence, je suis certain que ce qui serait pour vous de l'exotisme musical vous plairait.
Sharon lança un coup d'œil à Break et remarqua que ce dernier était retourné dans sa rêverie. Elle décida néanmoins de l'ignorer et de continuer à écouter le passionnant récit de son ami d'enfance qui, il fallait le dire, faisait écho au prologue du prochain tome de son roman dont elle devait attendre encore trois mois avant la sortie. Cela la rendait malade, alors elle compensait comme elle le pouvait.
Break profita du récit de Reim pour le regarder sans paraître trop insistant. Il se remit à grincer des dents. Qu'était-il arrivé là-bas pour qu'il change complètement de comportement ? Bon, lui aussi avait eu le temps de méditer, de prendre du recul, mais là c'était le monde à l'envers. Hein, quoi ?
Tiens tiens, il parlait de sa belle-sœur avec un sourire un peu trop heureux aux lèvres. Ha, voilà, il avait flirté avec madame et était passé à autre chose. Pfff. Il n'était pas surpris. Les amours de jeunesses sont si inconsistants…
Mais ça ne ressemblait pas à Reim cette attitude ! Bon, bien sûr qu'il pouvait comprendre que le brun préfère s'intéresser à quelqu'un d'autre plutôt qu'à un vieil homme à moitié mourant mais… rah.
Ça l'énervait. Et ça l'énervait beaucoup trop pour son propre bien.
Il se passa la main dans les cheveux et ferma les yeux. Il se sentait frustré. Presque outré. Pourquoi ce détournement si soudain ? Reim avait-il donc finalement compris qu'il n'était pas quelqu'un de fréquentable ?
Si c'était le cas, c'était une bonne chose.
Pourtant… oui pourtant, il aurait bien aimé que cela dure. Rien qu'un peu… encore un peu. Mais c'était ridicule, encore un peu pour quoi ? Pour se sentir attirant encore quelques jours, semaines, aux yeux de quelqu'un qui pouvait presque se targuer de le connaitre ? Pour se prouver qu'il n'était pas condamné à la solitude ?
Ridicule.
Et après quoi ? Que ce serait-il passé ? Qu'aurait-il voulu qu'il se passe ?
Il n'en savait rien. La seule chose dont il était sûr, c'est qu'en regardant Reim en cet instant précis, il se sentait nostalgique du regard que le brun lui avait lancé la veille de son départ. Ces yeux dorés qui tentaient de dissimuler quelque chose, de retenir des parole, des émotions. Des yeux effrayants… très effrayants. Mais diable que cela avait été bon.
Il regarda à nouveau Reim, son regard s'attardant sur la ligne puissante de sa nuque dégagée. Une très belle nuque. Il fronça les sourcils, désespéré.
Ah non ! Non ! C'était ridicule !
.oOooOo.
Quelques jours s'étaient écoulés et Pandora ressemblait à présent à un immense magasin de décorations de Noël. La moitié des employés, ayant terminé leur travail et leur département ayant bouclé leurs dossiers et tâches mensuelles, étaient en train de chantonner faussement des cantiques tout en accrochant des guirlandes. Les couloirs étaient jonchés de boites en cartons contenant boules et clochettes, petites figurines et couronnes de houx. Juchés sur des échelles, ou ayant amené leur violon pour égayer les couloirs de musique hivernale, cette espèce de bonne humeur typique à cette fête de fin d'année s'était emparée des couloirs.
Les cartons jonchés sur le sol sur lesquels tout le monde s'encoublait en riant faisaient grommeler les quelques employés de ménage qui tentaient vainement de limiter les dégâts dus à la poussière, aux briques de verres et aux monceaux de cire fondue qu'ils contenaient. Leurs tentatives étaient néanmoins balayées par les grands sourires des membres de Pandora qui leur disaient d'aller se reposer et qu'ils se chargeraient eux-mêmes de passer le balai.
Encore aurait-il fallu qu'ils sachent où se trouvaient lesdits balais, mais il y avait Reim à qui l'on pouvait demander !
Reim lui, était en train d'accrocher des guirlandes contre les murs de la cafétéria en haut d'une grande échelle bancale.
- Reim, un peu plus à droite ! lui cria Russel qui tenait l'échelle, un gros bonnet rouge et blanc engoncé sur son crâne.
- Je n'y arrive pas c'est trop lo- tiens cette échelle bon Dieu !
- Mais je la tiens enfin !
- REIM !? cria une voix.
Il soupira nerveusement, s'accrochant à une sculpture saillante du mur et se tourna légèrement pour voir au loin le jeune Andy à l'entrée de la cafétéria.
- OUI ?
- VOUS SAVEZ OÙ SONT LES CHEVEUX D'ANGES ?
- DANS LA RESERVE B2 !
- ON A TOUT RETOURNÉ, RIEN !
Il se passa sa main libre sur la figure puis sur son front qu'il épongea. Bon.
- ALLEZ DEMANDER EN CUISINE !
Le jeune secrétaire sembla surpris de cette suggestion mais se dirigea néanmoins vers les cuisines. On lui avait appris très tôt de ne pas discuter les ordres des cadres, mais il se posait néanmoins des questions.
Reim accrocha rapidement la guirlande et redescendit prudemment de l'échelle. En bas, Russel leva un gros sourcil brun, goguenard.
- Tes genoux tremblent.
- Oh, ça va.
Le claquement d'un pas léger se dirigea vers eux et Amand, coiffé lui aussi d'un bonnet rouge posa un gros carton de rubans verts sur une table. Il s'étira le dos, les mains sur ses reins et émit un râle.
- Je ne sais pas qui a eu l'idée de fourrer au moins cinq cent bougeoirs avec les rubans mais ils pèsent une tonne !
Russel vint derrière lui et posa ses grandes mains sur le dos meurtrit pour le masser gentiment.
- Pauvre petit…
Amand sourit obligeamment et se tourna vers Reim.
- Mais… ? Tu n'as pas de bonnet !
- Il n'y en avait plus.
- Sornettes ! Il faut t'en trouver un ! Je reviens ! décida-t-il en s'échappant de la presque étreinte de Russel.
Ce dernier paru un peu dépité.
- Uhm, Rus', si je puis je permettre, tu es un petit peu trop proche d'Amand ces derniers temps. Enfin… en public.
Son collègue, à sa surprise, eut un soupire dépité.
- Je sais. Enfin il… c'est compliqué.
- Je vois.
Reim aurait bien voulu l'aider, mais le lieu et l'effervescence dans laquelle ils se trouvaient n'étaient guère propices à ce genre de confidence. Secrètement, il aurait bien aimé connaître leurs soucis de couple. Tout d'abord parce qu'il était un incorrigible curieux (le Duc déteignait gravement sur lui) et ensuite parce que n'ayant jamais eu l'expérience de relations durant plus de quelques mois, il avait de la peine à s'imaginer les problèmes survenant au quotidien d'un couple. Il réfléchissait et se faisait une assez précise idée des petites frustrations pouvait survenir au fil du temps, des attitudes agaçantes, des paroles en trop, mais le vivre était une autre affaire.
Amand revint en trottinant, brandissant un bonnet avec un sourire victorieux. Sans permettre la moindre protestation, il l'enfonça sur la tête de Reim.
- Amand ! À qui l'as-tu pris ?
- Peu importe ! Mets-le et remonte sur cette échelle et que ça saute ! On a des décorations à accrocher ! On est en retard je te signale !
Avec un soupire faussement navré, Reim remonta en souriant. Il en profita pour lancer un regard de défi à Russel. NON, ses genoux ne tremblaient pas !
La journée passait lentement, à coup de pauses, de tasses de thé fumantes et de cartons à déballer et remballer. Il fallait trouver un endroit pour les entasser en attendant de les remplir à nouveau quelques semaines plus tard, et l'on débattit longuement sur l'idée d'utiliser un des appartements vide comme entrepôt. Idée appréciable (ils n'auraient pas besoin de tout ramener dans les réserves qui avaient la bonne idée de se trouver dans un bâtiment annexe), mais à laquelle le caractère méticuleux de Reim s'opposait. Finalement, ce fût un de ses supérieurs qui trancha pour l'utilisation des appartements.
En début de soirée, un tiers de l'organisation se trouvait dans la cafétéria où était distribuée une énième tournée de thé chaud. Ceux ayant œuvré dehors pour décorer les entrées et façades avait dû braver un froid glacial et se blottissaient dans les espaces près des cheminées.
Des sachets de biscuits fait maisons se mirent à circuler, les gens riaient, un petit chœur improvisé monta sur une table pour réciter des cantiques. Reim réchauffa ses mains sur sa tasse brûlante, se sentant empli du bonheur chaleureux que seules ces journées de décoration et de fête anticipée pouvaient créer chez lui. Chez tout le monde. Il était bon de voir tous ces visages habituellement si graves soudains si joyeux et légers.
On entendit un bruit de clochette au loin. Il se rapprocha et accéléra, faisant lever les têtes vers la porte. Le Duc Oscar Vessalius entra en grande pompe, entouré des quelques jeunes filles travaillant à Pandora, toutes déguisées en lutines vertes. Lui-même portait un costume apparemment spécialement coupé dans les mêmes teintes, d'un vert sensiblement plus criard et un gros chapeau rouge et vert trônant sur le sommet de sa tête.
- OHOHOH ! s'écria-t-il. Ce bâtiment est magnifique ! Félicitation à tous, c'est une réussite ! Je voulais venir plus tôt pour vous aider mais des affaires stupides m'ont retardé. Mais qu'à cela ne tienne ! Pour vous récompenser de vos efforts, j'ai eu une merveilleuse idée !
Sous des regards ébahis, il sauta avec grâce (du moins essaya-t-il) sur une des longues tables et s'avança à pas lourd jusqu'au centre de la pièce. Ses boutons de manchettes, son chapeau et ses chaussures étaient parsemés de clochettes qui tintaient bruyamment au moindre de ses mouvements.
- Comme vous le savez tous, s'écria-t-il assez fort pour que tout le monde l'entendit, le spectacle de fin d'année comportera plusieurs numéros ! Vous avez devant vous, heureusement ou malheureusement – à vous de juger – une avant-première du miens.
Il claqua des doigts et les jeunes filles se regardèrent en riant puis montèrent sur la table vers lui. On devinait qu'elles avaient de la peine à réaliser la situation dans laquelle elles se trouvaient mais semblaient l'apprécier grandement.
- J'annonce que j'ai préparé un prix spécial pour le meilleur numéro de la soirée !
Des murmures parcoururent l'assemblée. Excités chez les plus jeunes, plus méfiants chez ceux qui étaient déjà habitués aux frasques du Duc.
- Quel sera donc ce prix ? interrogea une voix.
Le duc sauta violement sur place, les bras écartés, les jambes fléchis, faisant sursauter tout le monde.
- MYSTÈRE MES AMIS ! Je vais néanmoins vous donner un indice… il s'agit de quelque chose de valeur… mais il ne s'agit pas d'argent inutile ou de blette verroterie. Non, c'est quelque chose de bien mieux… mille fois mieux !
Quelques étoiles s'allumèrent dans les yeux de l'assistance et l'on cria de toute part des questions pour tenter de deviner la nature du présent. Reim et ses collègues étaient en train de rire (Amand avait suggéré qu'il s'agissait d'une nuit dans le lit du Duc) lorsque le brun sentit une main ferme se fermer sur son épaule. Il se retourna, sourcils levés, s'attendant à vois un de ses supérieurs l'appeler pour une urgence quelconque mais fût tout simplement hébété de voir le beau visage frais et lisse de Vincent Nightray.
- Bonjour Mr. Lunettes, le salua-t-il poliment.
Reim sauta sur ses pieds, en cœur avec plusieurs de ses collègues, et s'empressa de saluer le jeune noble de dix-neuf ans. Ce dernier semblait un peu endormi par le froid qu'il avait apparemment bravé pour venir jusqu'ici et le plus âgé ne put s'empêcher de constater que ses joues rosies étaient des plus charmantes. Son regard en revanche était comme toujours des plus insondable et difficile à déchiffrer. Reim s'était toujours dit que quelque chose clochait chez ce garçon. Contrairement à son frère si naïf et inexpérimenté, Vincent irradiait de maturité. Trop de maturité. Dans ces yeux verrons, on pouvait lire une malice habilement dissimulée.
Reim ignorait si c'était son intuition que le lui soufflait, s'il possédait un don d'observation hors du commun ou si c'était uniquement parce que Break avait toujours manifesté une aversion sans limite à son égard.
Le jeune homme sourit chaleureusement aux employés de Pandora et leur indiqua d'un geste de la main qu'ils pouvaient retourner à leurs affaires. Il reporta ses yeux sur Reim qui ne put s'empêcher d'attraper une couverture qui trainait sur la table pour l'étendre devant lui.
- Je constate que vous avez très froid Messire Vincent, aussi je me permets de vous suggérer de vous couvrir pour ne pas que vous preniez froid.
La santé fragile de Vincent était bien connue de tous. Il contempla la couverture vert sapin quelques instants puis hocha gentiment la tête en retirant son manteau humide. Pendant ce temps, Amand remarqua une silhouette frêle se déplacer dans la foule et chercher quelqu'un du regard.
Reim enveloppa le jeune Nightray dans la couverture et lui tira une chaise près du feu.
- Quelles affaires vous amènent donc ici Messire ? interrogea-t-il avec un sourire.
Vincent s'ébroua un peu de contentement alors que des vagues de chaleurs l'enveloppaient, faisant flotter ses cheveux dorés autours de son visage rosi. Un peu plus loin, le Duc Vessalius dansait sur la table en agitant une grande cane ressemblant à un bonbon. Le jeune homme l'aperçu et son regard se vida de toute expression. Reim du user de toute la force de sa volonté pour se retenir de pouffer.
Oui, Messire Oscar était toujours des plus perturbants. Ce dernier se mit d'ailleurs à entonner un chant de sa composition sur Pandora et ses ardus travailleurs. Le blond se reprit alors, s'arrachant à la vision insolite et se tourna vers Reim.
- J'étais venu trouver mon frère pour le ramener au manoir ce soir. Je l'ai cependant cherché en vain, ce qui m'a tout de même permis d'admirer vos décorations à vous tous ! Elles sont magnifiques ! dit-il avec un sourire qui fit fondre la moitié de l'assemblée qui les écoutait. Mais si j'osais, Reim, auriez-vous une idée de l'endroit où se trouve actuellement mon cher frère ?
Derrière lui, Amand se mit à agiter ses bras mais Reim l'ignora.
- Je suis navré de vous apprendre que je n'en ai aucune idée Messire.
- Je vois…
Il baissa la tête, apparemment déçu. Si Reim ne se faisait pas violence pour garder à l'esprit la potentielle dangerosité du jeune homme, son cœur se serait fendillé de compassion.
- Je peux partir à sa recherche si vous le désirez.
- Inutile, chantonna une voix joyeuse ! Je l'ai aperçu il y a dix minutes au premier étage en train de dormir sur un canapé !
Tous levèrent la tête et aperçurent Break à quelques mètres d'eux.
- Je vais aller le réveiller pour vous Messire Vincent, restez donc au chaud, et vous Reim, ménagez-vous ! lança-t-il.
- Est-ce que vous revenez ensuite ? interrogea Reim, surpris de le voir.
- Non, je suis en retard sur mon programme. Je vous ai cherché quelque temps ici, en vain, et il est à présent bien tard. Je vais donc, prendre congé de votre compagnie et vous souhaite à tous une excellente fin de soirée messieurs.
Il les salua et tourna les talons. Amand jeta un regard à Reim. Ce dernier fixa la silhouette partir un instant avant de proposer une tasse de thé au jeune Messire frigorifié. Amand ne put une fois de plus identifier l'émotion qu'il avait lue dans le regard de son collègue. De la surprise, certes, mais Reim avait été surpris de le voir comme s'il se rappelait tout juste de son existence. Non, cela ne pouvait pas être ça. Ca ne pouvait pas être ça. Mais qu'est-ce qu'il avait ? Depuis son retour il ne lui avait presque rien dit sur Break. Juste quelques mots précipités et vite balayés comme si… comme si il ne voulait pas en parler. Non. Non c'était autre chose. Il n'arrivait pas. Il n'osait pas ?
Reim, tu doutes n'est-ce pas ?
Tu n'es plus sûr de tes sentiments, tu n'es plus sûr des résolutions que tu avais prises il y a quelque temps, plus sûr de ton avenir, de tes souvenirs, de ce qui vous lie et vous liera demain. Tu n'es plus sûr de savoir quoi faire, tu n'es plus sûr de l'aimer. C'est ça ? Cette distance, cette semaine chez toi t'a éloigné de lui. Tu ne sais plus quoi faire. Tu ne sais plus si tu veux te marier, si tu as envie de te rétracter maintenant, alors que c'est encore possible.
Amand serra les dents et suivi Reim alors qu'il allait chercher du thé et lui attrapa le bras.
- Ne fuis pas. Assume, même si ça te fait peur, chuchota-t-il à son oreille.
Il en avait assez de les voir les deux fuir leurs responsabilités. Bon sang, ça se voyait qu'ils s'aimaient ! Ça c'était une certitude, ils étaient trop, trop importants l'un pour l'autre. Ça se palpait, ça se sentait, et eux n'en mesuraient absolument pas la portée. Et ils ne savaient même pas ce qu'ils voulaient en faire ! Ils s'enfonçaient dans un ravin de non-dits. Un gouffre sombre, sans air et sans lumière.
Dépêchez-vous ! Remontez ! Décidez-vous !
Cela le rendait fou.
.oOooOo.
Ils se retrouvèrent dans la chambre de Russel vers dix heures. Le brun l'attendait et referma la porte derrière-lui alors que lui allait s'asseoir sur le lit et enfouissait son visage entre ses mains. Russel s'assit à ses côtés et essaya de les retirer mais il tint bon. Le brun cessa, sachant qu'il était inutile d'insister. Il changea de stratégie et s'agenouilla à terre en face de lui, posant ses mains sur ses genoux qu'il caressa de ses grands pouces.
- Amand… ? appela-t-il doucement.
Il ne répondit pas mais hocha la tête.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda son cadet, sa main montant sur sa cuisse en une caresse rassurante. Tu es distant depuis… depuis quelques jours.
Il hésita.
- C'est à cause de quelque chose que j'ai fait ?
Le blond secoua la tête.
- Non. Pas que je sache. Pourquoi, tu as quelque chose à te reprocher ?
- Non… Mais j'aimerais savoir ce qui te tracasse et si je peux y faire quelque chose. Tu m'as toujours dis de ne pas te poser de question si tu étais un peu ailleurs et que ça passerait toujours vite mais là… eh bien, ça fait plus d'une semaine. Et ça va en s'empirant. C'est à cause d'eux ?
- Eux ?
- Les deux handicapés sentimentaux.
- Ah. Oh non, pas vraiment. C'est juste des angoisses familiales, le boulot, la fatigue… tout ça.
- Tu te fiches de ta famille pourtant.
- Eh bien pas cette fois ! s'énerva le blond en lui lançant un regard mauvais qui fit se tasser Russel.
Il s'en voulu lorsqu'il vit son regard blessé et qu'il se releva pour s'éloigner.
- Ru', je suis désolé, je… Rah, tu sais que je le pense pas, c'est…
- Je sais.
Amand retira ses lunettes et se frotta les yeux, l'air mal.
- Oui, j'en ai un peu plein la tête à cause des deux handicapés, c'est vrai…
Russel revint s'asseoir à côté de lui et passa son bras sur ses épaules. Le blond se lova contre lui avec un soupire.
- J'aimerais que les choses changent.
- Eux ou nous ?
- Les deux en général… Ne le prends pas mal, on est très bien. Je dis ça parce que je pense que la vie est faite d'évolution, c'est tout. Nous avons déjà beaucoup changés depuis le début, nous deux…
- C'est vrai, sourit Russel.
Il se tourna et lui planta un bec sur la tempe. Ils s'enlacèrent et restèrent un moment ainsi, front contre front, se caressant doucement le visage et les mains. Ils parlèrent doucement, pour savoir s'ils étaient fatigués ou non. Ils l'étaient et il fallait dormir, se reposer les deux, pressés l'un contre l'autre. Il fallait se reposer.
Alors ils firent l'amour.
.oOooOo.
Il ne restait plus qu'une journée avant la fête de Noël mais aucun répit n'était possible pour les cadres. Des pièces à inspecter, mille choses à vérifier, mille formalités à remplir. Reim s'était réveillé à quatre heures, comme tous les matins. Il avait fait ses exercices et s'était lavé. Il s'était habillé puis coiffé. Il était ensuite sortit à pas de loup dans les couloirs pour ne réveiller personne et faire sa ronde.
Il était entré dans son bureau, doucement. Tout était silencieux, presque un peu trop. C'était différent de d'habitude. Il avait pris des dossiers, en avait classés quelques-uns, signé quelques papiers et bu une tasse de café. C'est en ressortant dans les locaux encore sombres et en longeant un couloir donnant sur les jardins qu'il avait alors aperçu le tableau féérique et blanc. Les jardins étaient recouverts d'une généreuse couche de neige. Des millions de flocons tombaient doucement dans la nuit, emmitouflant le monde endormi. Doucement, sans un bruit.
Un sourire de merveille avait étiré ses lèvres, et soudain tout était devenu plus beau. Le noir et le blanc se mêlaient dans un silence paisible et l'envie de sortir le submergea.
Il devait passer porter des dossiers dans un bâtiment voisin de toute façon.
Il avait rebroussé chemin et avait attrapé le dossier qui trainait sur son bureau. Boutonnant son manteau et enroulant son écharpe de laine autours de son cou, il s'était dirigé vers la sortie. Il était à présent sur le porche, contemplant le tableau vivant face à lui, levant le visage au ciel, étourdi par les flocons et le calme, le cœur tranquille. C'était si beau. Une beauté si complète. Si entière.
Il descendit doucement les marches enneigées et sentit la neige craquer avec délice sous son pied. Au moins quinze centimètres étaient tombés et le ciel promettait d'être encore généreux. Son souffle s'évaporait en volutes blanchâtres autours de lui. Il avançait doucement.
Crac.
Crac.
Crac. Crac. Crac. Crac…
Il se tourna pour voir les traces qu'il laissait derrière lui, avec cette éternelle et étrange satisfaction mêlée de regret. Si bon d'avoir apposé sa trace. Si dommage d'avoir souillé le paysage immaculé. Il continua et coupa par les jardins. Il adorait la neige et connaissait son pouvoir transformateur. Le paysage le plus connu devenait alors contrée étrangère. Il passa sous la roseraie, observant avec bonheur les paquets de neiges retenus au-dessus de sa tête. Les flocons volaient et tombaient autours de lui, voulant l'emporter dans leurs danse, mais il résista et ne se détourna pas du chemin.
Il allait lentement. Il voulait profiter de chaque vue, de chaque angle possible. Il voulait observer la fontaine devenue dune désertique enneigée, il voulait contempler les arbustes qui s'élevaient du sol comme de gros rochers blancs. Il voulait profiter de ce silence magique.
Le monde était si beau.
Son cœur était si tranquille.
Il sentait ses angoisses le quitter.
Il ne pensait plus à rien.
C'était beau. Cette blancheur semblait effacer toutes les pensées qui avaient parasité son esprit depuis des jours. Il aspirait et devenait blancheur lui-même.
Resserrant son écharpe il s'engagea dans l'allée de hêtres ensommeillés. Le monde n'était plus que pureté. Les arbres s'élevaient, trop hauts, leurs couvertures de neige masquant l'horizon et le bâtiment qu'ils abritaient. Il passa devant de hauts buissons et dû enjamber précautionneusement une pierre qu'il savait au milieu du chemin mais qui lui était alors impossible de voir. Il continua, ses pas craquant sur la neige.
Un instant...
Il se stoppa, les oreilles à l'affût mais n'entendit pas le moindre son. Il recula lentement en regardant sur sa droite, prêt des buissons.
Crac… Crac... Crac…
Que du blanc.
Il plissa les yeux, le cœur battant. Il avait entendu quelque chose, il le savait.
Petit à petit, ses yeux mystifiés purent délimiter le contour des formes. Il vit d'abord des doigts, sans comprendre d'où ils venaient, ce qu'ils faisaient dans cette masse blanche, quelle en était la logique. Il vit ensuite le bord d'un manteau blanc qui tombait jusqu'à terre, bien qu'il ne le vit pas, caché par le buisson. Il suivit la ligne, trouva des manches, découvrit des boutons, puis comprit et remonta vers les mains. Les bras pliés, les mains levées, elles cachaient un visage. C'est à l'instant où il voyait le contour de quelques cheveux qu'une tache apparu soudainement. Presque agressivement.
Des doigts s'étaient écartés et avait révélés un orbe rouge.
Un rouge sang stupéfiant.
Renversant.
La forme resta encore magnifiquement vague quelques secondes. Son émotion n'en grandissait que plus et il aurait souhaité que cela dure une éternité. Cette incompréhension était si belle. Son cœur battait, sans savoir si c'était de peur ou d'émoi.
Puis la forme toute entière bougea et l'illusion disparu. Les mains s'écartèrent, révélant un visage de porcelaine enrobé de cheveux soyeux et enneigés. Deux lignes et un point roses marquaient le visage, et les deux lignes s'étirèrent en un sourire.
Un si beau sourire.
Elles s'entrouvrirent pour dire quelque chose mais restèrent muettes. Leurs regards se croisèrent et les deux amis se contemplèrent en silence. Cela avait quelque chose d'irréel.
Étaient-ils encore dans le monde réel ?
Finalement, il parla, mais doucement, comme pour essayer de ne pas réveiller le monde autour d'eux.
- Bonjour Reim. Que faites-vous donc ici à une heure pareille ?
Reim papillonna des yeux et se redressa un peu, comme sortant d'un songe. Il contempla Break, entièrement de blanc vêtu et presque totalement camouflé dans le paysage qui les entourait.
- J'allais au bâtiment Frost… Porter des listes.
- Je vois…
- Quelle est donc cette tenue ? Je ne t'ai jamais vu vêtu ainsi.
Break balaya du regard son long manteau blanc et resserra son écharpe tout aussi immaculée. Il eut l'air un peu embarrassé.
- C'est, uhm… une tenue de camouflage si tu veux. C'est… (il le va les yeux au ciel) une espèce de plaisanterie que je me fais moi-même. Et puis, disons que j'aime bien ces moments…
Il regarda autours de lui, avec un petit sourire tendre.
- C'est beau. Et c'est calme. Comme si le monde hibernait.
- Oui… je trouve aussi. Tu fais ça souvent ? interrogea-t-il, curieux.
- Seulement lorsqu'il neige assez fort et longtemps et qu'il n'y a pas de vent.
- Uhm… J'ai failli te faire un commentaire sur ton sommeil mais je sais que tu dors peu, donc ce serait inutile.
- Tout à fait inutile, je confirme.
Reim eut un petit rire qui résonna doucement dans le silence. Il frotta ses cheveux qui se recouvraient de neige. Il allait dire quelque chose mais se ravisa. Le silence était plus confortable, il n'avait pas le cœur de le déranger, alors il releva les yeux et regarda Break. Lui aussi le fixait. Lui aussi semblait soudain à court de mot.
Pourtant ils avaient plein de choses à se dire.
Mais rien.
Ils s'admirèrent, se regardèrent comme si c'était la première fois. C'était étrange, ils en étaient conscient les deux mais étaient incapable de s'en gêner. Peut-être était-ce l'heure, cet endroit, cet instant hors du monde. Il n'y avait qu'eux. Le monde tout entier avait disparu. Tout ce blanc. Ils étaient seuls au monde, oui… C'était leur impression. Un espace hors du temps.
Ils se dirent peut-être encore des choses, mais aucun des deux n'y prêta réellement attention.
L'atmosphère avait changé.
Reim était totalement hypnotisé par la vision de Break tout de blanc vêtu. C'était incroyable. Oui, le blanc lui allait bien à la base, mais ça, ça… ça dépassait tout. On aurait dit un être merveilleux, Un ange. Un esprit. Il semblait ne pas appartenir à ce monde. Il était la neige, il était l'hiver. Froid, mystérieux, et si beau. Certaines pointes de ses cheveux étaient humides de neige fondue. Ses cheveux étaient légers, recouverts d'un petit voile de flocons, sa peau plus lisse que de la soie. Il adorait l'idée qu'il soit sorti de bonne heure dans cette tenue pour passer inaperçu et profiter comme lui du paysage et du calme. Et ce visage…
Son nez droit et ses lèvres fines étaient rosis par le froid. Sa lèvre inférieure avait un peu gonflé, sans doute à force d'être mordillée ou léchée. Mais cet œil, cet œil… Cette tâche rougeoyante, cette goutte de sang, ce motif vivant et intense. Il se sentait aspiré par ce regard comme jamais auparavant. Son regard n'avait nul autre endroit où se réfugier, il n'y avait que ce gouffre carmin et brûlant face à lui.
La pénombre semblait incapable de le dissimuler, de ternir cette couleur. Il irradiait de sa propre blancheur qui se confondait avec celle les enveloppant.
Il sentit son cœur enfler, enfler, enfler. Sa poitrine gonflait, le souffle qui s'échappait de ses lèvres était un peu essoufflé, comme celui d'un homme pris au piège ou qui venait de subir un choc. Un coup de poing ou un souvenir. Cela le frappa de la tête au pied, envahi son esprit. Une évidence. Il revoyait en un seul instant tout ce pourquoi il avait commencé à l'aimer. Cette beauté, mon Dieu cette beauté. Il était réellement magnifique. Il en aurait crié. Il revoyait dans ce regard, dans ce puits, tous les bons moments et toutes les souffrances. Chaque facette de sa personnalité, chaque moment fort passé avec lui. Mille souvenirs, mille paroles, mille frissons. Il se revit l'embrasser à la réception. Il se revit, spectateur de la scène, le plaquer contre l'arbre, une sensation de fierté et d'irréalité l'envahissant.
C'était lui qui avait fait ça. Lui qui avait pu avoir cette créature. Cet animal farouche et superbe. Si dangereux. Il l'avait eu et l'avait toujours à ses côtés. Il pourrait à l'avoir à nouveau. Oui, il le pouvait. Il le voulait. Oh mon Dieu comme il le voulait !
La bête dans sa poitrine grondait doucement mais plus intensément que jamais. Elle ne s'arrêterait pas. Elle rattrapait le temps perdu, et la force de cette espèce d'étrange ronronnement emplissait tout son être.
Break voyait bien que Reim le fixait sans le voir. Il en était heureux et il avait peur de l'expression qu'il était lui-même en train de faire. Il ne savait pas ce que c'était, mais il sentait son visage contracté. De nervosité ? De malaise ? De tension ? … de satisfaction ?
C'était intense. C'était tout ce qu'il savait.
Ils étaient figés sur place depuis plusieurs minutes déjà. Les dernières paroles avaient mourut sur leurs lèvres depuis… combien de temps ? C'avait été comme une résignation. Ils n'avaient qu'une envie, c'était de se regarder. De se dévorer du regard. Leur tentative de dialogue avait été vaine, ils se l'étaient avoués.
C'était inédit. Différent de tout ce que leur amitié avait traversé jusque-là. Jamais ils n'avaient ressenti un tel besoin. Un besoin mutuel de se contempler, de se sonder l'un l'autre, après tous ces jours d'absence puis de silence. Tous ces jours à songer à eux sans savoir quoi penser. Tous ces jours à vouloir voir l'autre mais s'en méfier. Tous ces jours à chercher la limite, à tenter de se décider, sans trouver. Tous ces jours à hésiter.
Ils venaient de franchir une ligne.
Break le sentait. Cet… échange. Ce qu'ils étaient en train de faire, là, juste là, était la limite qu'ils dépassaient. Ils n'auraient pas dû se fixer comme ça. Ils n'auraient pas dû avoir envie de se dévorer du regard comme ça.
Il n'aurait pas dû autant aimer le regard enflammé que Reim lui lançait.
Ces yeux bruns aux reflets dorés. Ce matin-là, dans la nuit mourante, ils semblaient plus sombres. Noircis du reflet d'un ardent désir. D'une intense convoitise.
Reim le voulait.
C'était ce regard là qu'il avait dû avoir le soir où il l'avait embrassé. Break n'y avait pas fait attention alors, mais il en était sûr à présent. Ce qu'il voyait, c'était un besoin à l'état le plus pur, une passion brutale. Il semblait même que cela avait pris le brun au dépourvu. Dans ces yeux, il voyait le trouble, il voyait un combat agonisant.
Ils étaient très effrayants, ces yeux.
Mais ils faisaient rayonner de plaisir son corps et une partie de son esprit.
Enfin. À nouveau.
Presque trois semaines. Un mois.
Il ne savait plus.
Tout ce temps depuis la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés les deux. C'avait été gênant, la dernière fois, ça l'était toujours, en quelques sortes. Il ne savait pas ce qu'il voulait faire, ce qu'il devait faire en cet instant. C'était un peu paniquant mais il n'en avait cure. Il était plongé dans la satisfaction du moment.
Une satisfaction qu'il n'aurait pas dû ressentir, il le savait.
Mais ce désir dans ces yeux, c'était bon. Juste trop bon.
Reim.
Le besoin de se rapprocher de lui montait. Il avait envie de le retrouver après tout ce temps. Il repensa à la belle-sœur, au mariage, à la famille. Non. C'était hors de question. Hors de question.
Ah non.
Non il ne fallait pas penser ça.
Il ne fallait pas…
Reim lui sourit. Un sourire tendre, cynique et résigné. Un sourire raide. Il baissa la tête et Break eut l'impression de recevoir une gifle qui le sortirait d'un rêve. Il paniqua sans arriver à formuler la moindre pensée. Il paniqua. Oh non, il n'aurait pas dû penser tout ça, il ne devait pas. Il se sentait sale, il se sentait dérangé, influencé, il avait l'impression de ne plus être maître de ses pensées.
Et pourtant cette partie de lui n'arrivait pas à se sentir mal.
Il serra les dents.
Une ligne franchie, vraiment ?
Oh non. Non.
Non, ils étaient amis, ils…
Non ?
Ils…
- Xerx' ?
Il leva précipitamment la tête qu'il ne se souvenait pas avoir baissée.
Reim bougea, et ce fût aussi incongru que si une peinture avait bougé. L'image s'était brisée mais Break sentit son cœur cogner fort dans sa poitrine alors que le brun contournait le buisson pour venir vers lui. Son corps était figé. Un roc. Lourd, mille pensées, pas une seule de cohérente, tournoyaient à toute vitesse dans sa tête, dans son corps. Il n'était plus que confusion, peur, excitation, exaltation.
Reim se plaça devant lui, s'appuyant à moitié sur le buisson dans son dos. Il le contempla et Break se sentit adoré par ce regard. La sensation était douce. Leurs souffles s'envolaient dans la pénombre et se mélangeaient, tournoyaient, jouaient ensemble. Cela ressemblait à un baiser.
Trop de tension.
Mais Reim continuait de le regarder, calmement, le feu consumant ses yeux. Il l'avait maîtrisé. Il semblait juger. Réfléchir à moitié.
La raison de Break le fit se sentit ridicule au dernier degré. Cette situation c'était tout ce qu'il avait voulu éviter. Mais rien n'était concrètement arrivé, c'était bon. Non ? Non, bien sûr que non, il sentait. Ils savaient. Quelque chose, quelque chose venait de changer. Il n'arrivait toujours pas à bouger. Il ne savait pas où ils se trouvaient. C'aurait tout aussi bien pu être un rêve. Ce silence si bruyant, ses pensées qui se bousculaient, son cerveau qui ne fonctionnait pas, rien n'était normal. Rien, pas même eux. Surtout pas eux.
Il voulait se réveiller.
Il voulait que cette tension s'arrête, mais il ne voulait pas qu'elle disparaisse. Il ne voulait pas s'approcher, ne voulais pas bouger. Reim était trop prêt de lui, trop prêt pour que ça soit encore normal, mais il ne voulait pas qu'il s'en aille. Il ne voulait pas qu'il fasse… ce qu'il pensait qu'il allait faire. Mais il ne voulait pas qu'ils se séparent et fasse à nouveau comme avant. Ils avaient essayé, ça ne marchait pas bien.
Ils pouvaient essayer d'une différente manière, oui.
Mais il ne voyait pas comment. S'il y en avait eu d'autres, ils y auraient pensé, non ?
Non !?
Sa poitrine menaçait d'exploser sous la pression. Trop de pensées, trop de désirs contradictoires, trop de désir, trop d'angoisse, trop de déni, trop d'égoïsme. Il ne comprenait plus rien.
Reim l'empêchait de penser, le violant de ses yeux, pénétrant son âme. Que voyait-il ? Il se sentait vulnérable, il détestait ça, il détestait ça. Non. Aaah, non. Ca empirait de seconde en seconde, il n'en pouvait plus, un cri battait dans sa gorge.
Alors, Reim se pencha.
Je suis en retard d'un jour à cause de ce foutu site (sérieusement, certain site sont-ils en vacances de Noël ou prennent des jours fériés ?) donc désolée... J'ai vraiment essayé, mais en attendant : JOYEUX NOËL ! Joyeux Noëleuh, joyeux Noëleuh, c'est la fêteuh des fictions !
DITES-MOIIIII ! J'ai besoin de vos douces voix après tant de temps. La scène finale m'a été inspirée d'un matin où j'ai dû me lever super tôt pour aller prendre le train et il venait de neiger, et il faisait noir, et il n'y avait personne et c'était beauuuu.
Preview : Le prochain chapitre ne viendra sûrement pas samedi. Ce sera un peu aléatoire pendant mes vacances, j'essaie de bosser et d'écrire mais avec les fêtes, j'ai pris du retard dans les deux et j'aimerais reprendre de l'avance... Donc pas encore de preview, huhuhu... que c'est vilain.
