10.
- Je peux te laisser, tu ne vas plus rien faire d'inconsidéré ?
- Fous-moi la paix, Oshryn !
- Je dois aller sur la passerelle. Et je veux te retrouver dans ce lit à mon retour ! Compris ?
- Va-t'en !
Ne pouvant se dérober à son rôle, à son service aux commandes du Starlight, Oshryn Ludjinchraft se retira.
Son second et ami sorti, Alérian quitta lentement son lit.
- Mais pourquoi on m'arrête toujours dans mes intentions ? Je n'avais nulle envie de me suicider !
Se traînant jusqu'au Hochet le jeune homme arracha les bandages de ses poignets, faisant sauter les points, le sang coulant à nouveau sur l'objet de métal inanimé.
- Vas-y, vis enfin, satané Hochet, je n'ai que cela à te donner !
Epuisé par trop de sang perdu, Alérian perdit connaissance.
- Papa…
- Si seulement j'avais pu partager ce sacrifice, mon garçon…
Dans le nouveau délire généré par son évanouissement, Alérian sourit à son père.
- Et si cela pouvait être la réalité, que nous soyons à nouveau réunis et complices. Je donnerais tout en ce sens !
Albator passa une main tendre sur la joue balafrée de son fils.
- Je partage ton sentiment. Mais nous ne pourrons nous retrouver que dans notre réalité, nos consciences, pas dans ce rêve ! En revanche, là je peux être à tes côtés !
Albator jeta un regard au Hochet qui semblait à présent devenu de cristal, lumineux, étincelant, rassurant presque.
- Le voilà, il est réveillé, il est tien, Alie !
- Formi… Mais je ne sais toujours pas comment le faire fonctionner !
- Cela viendra aussi, mon grand et unique amour !
- Merci, papa. Et toi, ça va ?
- On va s'occuper de moi. Et toi tu as tes amis également à ce bord !
- Pas aussi précieuses que ne le sont à ton cœur Clio et Chalandra.
Les paupières du jeune homme battirent précipitamment.
- Comme j'aimerais me réconcilier avec toi dans la vraie vie, mais je n'en ai pas le courage ou les couilles… Et j'ai un autre combat à mener, et je préfère que tu ne sois pas présent, tu n'aurais aucune chance, moi j'ai à peine l'ombre d'une et tu viens de me le rappeler…
- Alie…
- Adieu, mon papa, dans cette non-vie ou dans la vraie !
Le jeune homme s'effondra à nouveau.
Oshryn passa une main qu'il espérait apaisante sur le front de son commandant d'ami.
- Comment va-t-il, Eldong ?
- Il a encore perdu tant de sang… Même avec les perfusions c'est incertain de le sauver, après tous ces chocs pour son organisme.
- Il va se réveiller ?
- Non, pas avant un bon moment, il a bien trop sombré. Je suis désolé.
- Merci, fit Oshryn à l'adresse du Doc Mécanoïde. Je peux rester auprès de lui ?
- Bien sûr. Il ne vous entend pas, mais son esprit appréciera une amitié.
Oshryn glissa à nouveau dans les boucles d'acajou, les dégageant d'un front glacé.
- Alie, qu'as-tu donc voulu faire, encore et encore ? Oh, mon pauvre ami, mon amour !
Les larmes aux yeux, Oshryn se garda néanmoins de tout mouvement plus avant vers son ami, se contentant d'effleurer sa main.
Plus spectre que jamais, Alérian se retrouva dans son appartement.
- Maintenant, foutu Hochet tu vas me faire le plaisir de réagir, d'obéir, et de fonctionner !
Le jeune homme s'approcha de la masse de métal.
- On dirait que tu es vraiment devenu de cristal, toi…
Alérian donna un coup de pied au Hochet.
- Mais je ne sais toujours pas comment tu vas bien pouvoir te mettre en route !
Le jeune homme ramassa le Hochet, le dressant devant lui.
- Joli, comme une œuvre d'art à présent, et toujours aussi inutile ! Saleté de colifichet de bas étage !
Secouant le Hochet, Alérian vit alors le Moulinet s'ouvrir, cliqueter, tournoyer.
- Je le savais, mon sang…
