Chapitre 10 : Matinée agitée

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Le jour était déjà bien levé sur la belle et dangereuse Kyoto, et dans les quartiers du Shinsengumi, les guerriers étaient déjà debout… enfin presque. Les plus matinaux étaient déjà en place et commençaient à déguster tranquillement leur petit-déjeuner, tandis que d'autres traînaient dans les couloirs, baillant et se couvrant les yeux, ou alors se faisaient encore bercer par Morphée. La seule fille, bien qu'elle se fasse passer pour un garçon, était en forme dès le matin et s'attelait à servir le riz aux hauts fonctionnaires. N'étaient présent pour le moment dans la salle commune qu'Hijikata, Saito et Inoue à qui elle tendit un bol de riz :

« - Tenez.

- Merci.

- Je suis naze. Ptit-dej, dit Shinpachi qui arriva dans la pièce en compagnie de Sanosuke. »

Les capitaines des deuxième et dixième divisions, respectivement Nagakura et Harada, entrèrent d'un pas lent dans la salle commune. Tous les matins étaient un vrai supplice pour eux qui veillaient le soir, mais le bonjour plein d'énergie que leur lança Chizuru les sortit de leur demi-sommeil. Se faisant un sourire complice, ils allèrent prendre place pour le repas. Hijikata les fixa discrètement, il savait pourquoi ils étaient si fatigués le matin. Il faut dire qu'ils ne faisaient pas vraiment dans la discrétion, ou alors ne se rendaient-ils pas compte de l'ampleur de leurs ébats et de leurs gémissements. Avoir des relations ente hommes faisait-il naître un plaisir tel qu'on en oubliait la réalité et ce qui nous entourait. Enfin, heureusement pour lui que Saito avaient un sommeil profond, sinon il n'aurait pas su où se mettre. Détournant les yeux des deux protagonistes pour les diriger vers Saito qui tournait le dos à la porte, Hijikata se rendit compte que tout le monde n'était pas encore présent :

« - Où est Heisuke ? Demanda le vice-capitaine aux derniers arrivant.

- Il doit encore dormir.

- Yukimura-kun, interpella le vieil Inoue. Excuse-moi, mais pourrais-tu aller réveiller Heisuke ?

- Bien sûr. »

La jeune fille se leva, abandonnant sa spatule et son riz pour s'élancer joyeusement dans l'allée en direction de la chambre de son bien-aimé. Le vieil homme sourit, quel bonheur que de voir cette jeunesse s'épanouir ! Ah comme il aimerait que les autres aussi se perdent dans les méandres de l'amour. Cela leur apporterait bien de la douceur dans ce monde en perpétuel conflit, et notamment Hijikata qui lui ne faisait que crouler sous le poids de la paperasse. Ce dernier continuait de manger son riz, puis il leva de nouveau la tête et fixa le dernier emplacement vide. D'un air qui se voulait cette fois-ci agacé, il grogna plus qu'il ne dit :

« - Et Sôji ? Par le diable, où est-il lui aussi ?

- Sôji est fatigué en ce moment, dit Sano, et il n'a pas beaucoup d'appétit. Peut-être ne souhaite-il pas prendre part au petit-déjeuner.

- Je ne suis pas de cet avis. S'il ne mange pas, il n'aura pas la force de tenir et il ne pourra pas assumer son rôle et ses missions.

- Ne vous en faîtes pas, j'irai lui apporter quelque chose plus tard, lui assura le lancier.

- J'ai aussi l'impression qu'il nous fuit comme la peste. Kondo-san l'accepte parce qu'il le couve trop, mais moi je ne tolère pas ce comportement. Il viendra que ça lui plaise ou non, sinon je devrai rediscuter de son statut. Que quelqu'un aille me le chercher.

- Vous êtes un peu dur Hijikata-san, tout le monde a le droit d'avoir ses moments de faiblesse et de vouloir se sentir seul, le défendit à son tour Shinpachi.

- Un samourai ne montre pas ses faiblesses. Saito, vas-y toi.

- Moi ?

- Non, ne te dérange pas Saito, je vais y aller, réagit alors Sanosuke.

- Si c'est Saito, il le prendra certainement plus au sérieux et l'écoutera. Saito, je compte sur toi.

- Compris. »

Bien que réticent à se retrouver en tête-à-tête avec Sôji, Saito ne pouvait désobéir au vice-capitaine. Aussi posa-il ses baguettes et se leva avant de saluer l'assemblée et de sortir de la pièce. Shinpachi le regarda faire en fronçant un sourcil :

« - Franchement, il y a une limite à la politesse. Saito est d'un coincé, sa relation amoureuse n'avancera jamais.

- Comment ? S'interloqua Hijikata.

- Shinpachi, tu étais au courant ? Demanda Sanosuke.

- Evidemment, et ce malgré le fait qu'il porte toujours ce masque dur et insensible, mes yeux de lynx voient tout, dit Shinpachi d'un air fier.

- Et toi Harada, comment le sais-tu ?

- C'est une longue histoire qui concerne Sôji également.

- Sôji ? Mais quel est le lien avec Sôji ? Il ne connaît pas cette demoiselle.

- Cette demoiselle ?

- Mais de qui parles-tu Shinpachi ?

- Mais de Sen bien sûr. Je suis sûr qu'il y a quelque chose entre elle et Saito.

- Ce n'est pas l'impression qu'elle m'a donnée, après tout elle ne faisait que le remercier, il n'y a rien de suspect à cela.

- Ce que tu dis est tout bonnement impossible Shinpachi, dit alors Hijikata.

- A moins que ce ne soit un amour à sens unique, pensa alors le capitaine de la seconde division toujours persuadé de sa théorie. »

Une fois de plus, Shinpachi était complètement à coté de la plaque, et toujours persuadé que Saito aimait Sen. Hijikata n'avait pas spécialement honte de sa relation, mais c'était là le désir de son amant de ne rien dire à leur sujet. Seulement, suite à la remarque de Shinpachi, tout semblait se dévoiler au grand jour. Hijikata soupira et dit :

« - Shinpachi, tu n'y es pas du tout. Saito est certes amoureux, mais certainement pas de cette fille.

- Je me serai trompé ? Dit alors Shinpachi déçu. Mais j'avais quand même raison quand je disais qu'il était amoureux. Vous semblez bien au courant Hijikata-san, sauriez-vous par hasard qui est l'élu de son cœur ?

- Hum, il ne voulait rien vous dire pour éviter les rumeurs, mais je pense que je peux quand même vous tenir au courant. Cela fait trois semaines que Saito et moi entretenions une relation. »

Shinpachi recracha le riz qu'il avait mis en bouche. Il ne s'attendait visiblement pas à cela. Sano étant déjà au courant, cette nouvelle ne lui fit rien, et quand à Inoue, il se contenta juste de sourire. Le vieil homme était arrivé à un âge où plus rien ne semblait l'étonner :

« - Cela te surprend ?

- Et bien pas vraiment de la part de Saito mais plutôt de la vôtre. Je vous connais depuis longtemps Hijikata-san pour savoir que vous êtes plutôt un homme à femme. Je n'aurais jamais imaginé que vous débuteriez une relation avec un autre homme.

- Hum, disons que c'est une première pour moi, je ne sais pas trop comment m'y prendre. Mais Saito est très amoureux, et il m'accepte avec mes doutes et mes maladresses dans ce domaine.

- Je vois, mais vous n'avez pas l'habitude, vous avez l'air gêné. Nous pouvons vous donner des conseils si vous le souhaitez.

- Shinpachi !

- Et toi Harada, comment es-tu au courant ?

- C'est Sôji qui me l'a dit. Vous avez sans doute remarqué que Sôji n'est pas en forme ces derniers temps. C'est vrai qu'il est un peu malade, mais c'est surtout dû au fait qu'il souffre de son amour à sens unique avec Saito qu'il aime profondément aussi.

- Attends, tu veux dire que Sôji aime Saito, et moi qui vient de l'envoyer le chercher.

- C'est pour ça que je voulais y aller à la place de Saito, expliqua Sanosuke.

- Bon sang. »

Hijikata balança ses baguettes et sortit de la pièce en direction de la chambre d'Okita, immédiatement suivi par Sano. Shinpachi hésita mais ne bougea finalement pas et resta en compagnie d'Inoue dans la pièce commune qui était bien vide maintenant. Que pourrait-il faire de plus, si ce n'est les gêner ? Hijikata et Saito étaient ensemble, et Sano était bien proche de Sôji ces derniers temps. Quoiqu'il se passe, il ne pourrait sans doute rien faire. Aussi profita-il de l'absence de ses confrères pour piquer dans le plateau d'Harada. Valait mieux manger ce bon repas préparé par Saito plutôt que de le laisser refroidir.

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Chizuru remonta l'allée et s'arrêta devant la chambre de l'homme qui faisait battre son cœur. N'osant plus ouvrir impudemment comme la dernière fois où elle avait eu une sacrée surprise, elle se contenta de coller son oreille à la porte pour écouter à l'intérieur de la pièce. Seule une respiration régulière se faisait entendre, Heisuke devait encore dormir :

« Heisuke-kun, tu es réveillé ? Heisuke-kun ? J'ouvre. »

Le jeune fille fit glisser la porte pour y voir Heisuke Tôdo, capitaine de la huitième division du Shinsengumi, endormi sur son futon et enlaçant sa couverture. Ce visage d'enfant détendu et ces jambes blanches découvertes firent en apparence rougir la jeune fille. Mais à l'intérieur, d'autres réactions se manifestèrent. Cette sensation, c'était nouveau pour elle, mais ça n'était pas spécialement désagréable. Au contraire, si Chizuru ne ferait qu'écouter ses instincts, elle se jetterait sur le samourai pour mieux sentir sa peau qui devait être lisse comme la soie. Cela dit elle ne devait pas oublier sa place, aussi elle se contenta d'ouvrir en grand les portes de la chambre et de faire encore plus exploser sa bonne humeur :

« - Si tu ne te lèves pas immédiatement, il n'y aura plus rien à manger.

- Hum, c'est bon j'ai compris. »

Heisuke avait dit ça en se redressant sur son futon. A peine sortie des bras de Morphée et voilà qu'il tombait nez à nez avec le sourire éclatant que la femme qu'il aimait. Vraiment, il ne pouvait pas imaginer meilleur réveil, la journée commençait bien :

« - Chizuru, tu as l'air en forme.

- Oui, et toi pas encore réveillé. Tu as les cheveux en bataille, c'est drôle.

- Ah, il faut que je me recoiffe.

- Je vais le faire. »

Sans demander son reste, Chizuru entra dans la chambre, et après avoir pris soin de refermer la porte derrière elle, elle s'avança jusqu'au futon du jeune homme et s'agenouilla derrière lui. Ses doigts fins et délicats commencèrent à dénouer le nœud dans les cheveux du samouraï qui rougissait. Il étaient là tous les deux, dont lui qui était à peine vêtu. Et alors qu'il sentait les doigts de sa dulcinée dans ses cheveux, des frissons lui remontèrent le long et l'échine et autre chose se passa plus bas. En vitesse, il se saisit du drap dont il se servit pour cacher son trouble. Pas question de montrer cela à la pure Chizuru. Mais plus ses doigts s'attelaient à démêler sa longue tignasse châtain, plus l'érection du jeune homme augmentait, tant et si bien que si cela continuait, il allait se sentir mal et ne pourrait plus le cacher :

« Heisuke-kun, est-ce que tout va bien ? Tu as l'air tendu, je te fais mal ? »

Le souffle chaud de la jeune fille sur la nuque d'Heisuke accentua encore plus ses réactions hormonales. Au bord de la crise, il se leva en vitesse en prenant bien soin de garder enroulé le drap autour de sa taille. Ses cheveux en bataille parce que Chizuru n'avait pas fini de les coiffer, son kimono de nuit lui tombant sur les épaules et le drap bien trop grand pour ses petites jambes firent qu'il s'y prit les pieds dedans et trébucha. Passant au travers de la porte et du porche, il finit sa course sur le sol du quartier général, se cognant la tête et tomba à demi-inconscient :

« Heisuke-kun ! »

Bien qu'elle n'ait pas compris pourquoi Heisuke avait subitement décidé de fuir, l'incompréhension de la jeune fille fit vite place à l'inquiétude alors qu'elle vit son bien-aimé s'étaler par terre. Se levant précipitamment pour le rejoindre, le drap et le kimono s'étant ouvert lors de la chute, Chizuru tomba nez à nez avec la cause de sa fuite. Elle rougit jusqu'au oreille, ne sachant pas où se mettre. Elle était assez âgée pour comprendre ce qu'était cette "chose" et du coup, elle comprenait la gène d'Heisuke et son désir de fuir. L'émotion finit par la submerger, car elle devinait bien que c'était pour l'épargner qu'Heisuke avait pris un tel risque. Retenant ses larmes, elle s'approcha du jeune homme, le couvrit pour que personne ne voit son érection et posa sa main sur son visage avant de l'embrasser. Refaisant surface, Heisuke sentit des lèvres douces sur les siennes. Il posa sa main sur celle qui était sur sa joue et ouvrit les yeux pour faire face à ceux inquiets de Chizuru :

« - Heisuke-kun, est-ce que ça va ? Tu as mal ? Tu m'entends ?

- Chizuru… qu'est-ce que… »

L'homme aux yeux bleus se rappela soudain ce qui venait de se passer et d'ailleurs il sentait encore cette tension entre ses jambes. Se relevant précipitamment, il fut stoppé dans son élan par deux bras qui l'enlaçaient par derrière, le faisant se retrouver à genoux. Le toucher de Chizuru, ses doigts sur son ventre à l'air augmenta encore son trouble, tant et si bien qu'il en eut cette fois la respiration saccadée. Son cœur battait si vite qu'il crut qu'il allait exploser, et la jeune oni pouvait le sentir taper à travers ses vêtements :

« - Chizuru, excuse-moi, mais j'ai comme un petit soucis.

- Je sais, j'ai vu.

- Tu as vu ? Rougit Heisuke. Ah je suis vraiment désolé, j'aurai aimé t'épargner cela.

- Heisuke-kun, c'est moi qui te fais cet effet ? Si c'est le cas alors je me sentirais plutôt flattée que dégoûtée. Tu es un homme et je peux comprendre que tu aies des désirs, mais si en plus tu affirmes que c'est le garçon manqué que je suis qui te le donne, moi qui t'aime, je me sens vraiment heureuse.

- Garçon manqué ? Mais ce n'est pas de ta faute Chizuru si tu te dois de t'habiller en garçon. Et puis détrompe-toi, tu es si mignonne.

- Heisuke-kun, j'ai eu dix-huit ans cette année ¹, je suis théoriquement en âge de me marier, alors je me sens prête à ce genre de chose. Veux-tu que je m'occupe de ton problème ?

- Ouah non, sûrement pas, dit Heisuke en se dégageant. »

Heisuke se releva, et ce n'est qu'une fois sur ses jambes qu'il se rendit compte de sa bévue. Comme il s'en doutait alors qu'il se retournait, Chizuru le regardait tristement, persuadée qu'elle n'était pas capable de prendre soin de l'homme qu'elle aimait. C'était juste que sa demande l'avait vraiment surpris, et puis il ne voulait pas vraiment que les choses se passent de la sorte. Avec une fille quelconque, il aurait bien sûr profité de la situation, mais avec elle, il se devait d'agit en homme qui se respecte sans brûler les étapes.

Le capitaine de la huitième division s'accroupit devant sa dulcinée qui était restée à terre et caressa sa joue de son index :

« - Ne fais pas cette tête, ce n'est pas que je ne veux pas. Mais avec toi, j'ai vraiment envie de faire ça proprement, au calme et dans un endroit propice.

- L'occasion se présentera-elle un jour ? Nous ne dormons même pas ensemble.

- Ah, parce que tu voudrais que nous dormions ensemble ?

- Bien sûr, cela peut paraître égoïste de ma part, mais je voudrais pourvoir m'endormir et me réveiller dans tes bras. Mais au fond, ça ne serait pas vraiment correct, après tout je suis supposée n'être qu'une prisonnière.

- Ne dis pas ça, tu es des nôtres maintenant. Très bien dans ce cas, je n'osais pas te le demander parce que je ne voulais pas te brusquer, mais si c'est ce que tu souhaites réellement, et bien je viendrai te retrouver le soir, et je m'en irai le matin pour que nous puissions rester discret.

- C'est vrai ? demanda la jeune fille plein d'espoir.

- Bien sûr, dès ce soir… Ah non peut-être pas ce soir, c'est vrai que Shinpat-san m'a obligé à sortir avec lui et Sano-san. Ca ne va pas le faire si je te rejoins bourré pour notre première nuit.

- Demain dans ce cas ?

- Cela te convient-il ?

- Je t'aime Heisuke, il y a beaucoup de chose que j'accepterai pour toi. »

Chizuru avait dit ça en se penchant légèrement pour qu'Heisuke puisse l'embrasser, chose qu'il fit. Puis il alla se cacher dans sa chambre pour se débarrasser de son "problème" avant de s'habiller. Vraiment, il n'aurait jamais cru la pure Chizuru aussi audacieuse pour lui proposer de le soulager. L'aurait-il trop innocentée ? Après tout, elle était une femme, qui plus est une femme amoureuse.

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Saito se dirigeait vers la chambre d'Okita à pas lent. Pour être honnête, depuis que Sôji lui avait en quelque sorte fait du charme, et même si cela datait d'avant sa relation avec le vice-capitaine, il se sentait gêné à l'idée de se retrouver seul avec lui. Aussi décida-il de ne pas s'attarder et de ne pas faire un pas dans la chambre de son confrère. Faisant glisser la porte, il se contenta de dire de sa voix la plus glaciale :

« Sôji, le vice-capitaine exige que tu viennes prendre part au petit-déjeuner. Je te prierai de ne pas le faire attendre. »

Okita était encore à moitié endormi, bien enroulé dans la literie de son futon. Son kimono et le reste de son corps étaient encore une fois en sueur. L'inconfort de cette situation faisait qu'il avait vraiment très mal dormi et que maintenant, il avait bien du mal à lutter contre la lourdeur de ses paupières :

« Allez Sôji, dépêche-toi de te lever, faire attendre le vice-capitaine est un affront et je ne saurai le tolérer. Je te traînerai jusqu'à la salle commune s'il le faut. »

Okita émergea un peu plus. C'était la deuxième fois qu'il entendait la voix dure de Saito. Son amour le poursuivait-il jusque dans ses rêves, ou était-ce bien la réalité ? Surmontant sa fatigue, le capitaine du premier escadron se retourna sur son futon et ouvrit péniblement les yeux. A quelques mètres à peine de lui se tenait une silhouette fine, toute vêtue de noir et avec un regard froid. Sôji reconnu immédiatement l'homme qui faisait battre son cœur et crut se sortir d'un long cauchemar. Se relevant péniblement pour s'asseoir, il sourit à son confrère qui lui ne changeait pas d'expression :

« - C'est toi Hajime-kun ? Que me vaut l'honneur de ta visite ?

- Ne te moque pas de moi Sôji, je t'ai déjà dit que le vice-capitaine exige que tu prennes part au repas dans la salle commune. Dépêche-toi de t'habiller.

- Non, je ne veux pas, je suis fatigué. En plus j'ai tellement transpiré que je ne sens pas bon, je n'ai pas envie de me présenter comme ça devant les autres. »

Okita avait dit en se recouchant sur son futon, se couvrant l'intégralité du corps tel un enfant qui refuse de se lever. Agacé que Sôji se comporte de façon puérile en plus de négliger ainsi les ordres du vice-capitaine, Saito se rapprocha de son frère d'arme, s'agenouilla devant lui, lui ôta la couverture de son corps, saisit son épaule et le retourna brutalement pour qu'il puisse lui faire face :

« - Sôji, cesse tes idioties. Si tu ne te lèves pas immédiatement, c'est moi qui te traînerai.

- Vraiment Hajime-kun ? Tu m'aiderais à m'habiller aussi ? Tu me porterais dans tes bras ?

- Que… »

Avant même qu'il n'eut le temps de réaliser ce qu'Okita venait de dire, Saito fut attiré contre le corps en sueur de son confrère. Il voulut se redresser rapidement mais Sôji gardait ses bras serrés autour de son cou :

« - Sôji, lâche-moi.

- Ah, comme c'est bon de sentir Hajime-kun si prêt de soi. »

Okita profita de cette proximité pour se retourner sur lui-même et ainsi passer au dessus de Saito. Mais alors que ce dernier continuait de se débattre, Sôji posa ses lèvres sur sa joue :

« - Hajime-kun, je t'aime.

- Pousse-toi Sôji, tu ne sais pas ce que tu dis.

- Bien sûr que si, je t'aime, et je ferai tant pour toi, je pourrai te rendre heureux.

- Non, c'est le vice-capitaine que j'aime. »

Mais Okita ne l'écoutait guère et continuait à embrasser sa peau et à titiller son oreille du bout de sa langue. Saito sentit ses yeux s'humidifier, car même s'il n'était pas consentant, ces lèvres sur sa peau, ils les voyaient comme une trahison envers l'homme qu'il aimait. Saito mit ses deux mains sur la poitrine de Sôji pour le repousser, mais c'est à ce moment que choisit Hijikata pour arriver devant la porte de la chambre du capitaine. Voyant son amant le regarder avec des yeux humides et honteux, l'homme aux yeux violets s'élança dans la pièce et attrapa Okita par le col pour le dégager. Sano qui suivait son supérieur se dirigea vers Sôji, à qui la volée le faisait revenir à un semblant de réalité, tandis qu'Hijikata réceptionna dans ses bras un Saito tremblant et limite en larmes :

« - Vice-capitaine, je vous jure que je ne voulais pas. Je me suis laissé surprendre par Sôji, mais c'est vous que j'aime vice-capitaine, c'est vous que j'aime.

- Je sais Saito. Allez calme-toi. »

Encore une fois, Hijikata se laissa aller à la tendresse qu'il pouvait éprouver à l'égard de Saito. Aussi il le serra contre lui tout en lui chuchotant des mots de réconfort à son oreille. S'ils auraient été seuls, il l'aurait aussi sûrement bercé, embrassé sa chevelure et la lui caresser, mais il ne devait pas oublier sa position devant ses autres pairs.

Alors qu'il desserra son étreinte pour pouvoir faire face à Sôji, Saito continuant de s'accrocher à ses vêtements. Plus que de mourir, plus que se lancer dans un champ de bataille, Saito avait plus que tout peur de perdre la confiance du vice-capitaine. Il haïssait Okita de semer ainsi le trouble, et il avait plus que tout envie de prendre son katana et de couper la tête à cet homme. Mais ce n'était pas à lui de décider, et quand à Hijikata, même s'il lançait ce regard dur à Sôji, ce dernier restait quand même son ami d'enfance. Il serait sans doute plus clément avec lui qu'avec un autre soldat, injustice qui faisait enrager le sérieux capitaine qu'il était.

Le dit Sôji avait sa tête entre ses mains comme s'il était pris d'une migraine. Sa douleur était vive, certes, mais elle venait de l'intérieur. Il n'avait jamais supporté l'idée de savoir Hijikata et Saito ensemble, mais là de les voir enlacés, c'en était de trop pour lui. Sano l'avait compris, tout comme il se doutait que Sôji avait agit selon ses instincts, parce qu'il aimait Saito au point de vouloir le prendre par la force. C'était un homme à plaindre et non à condamner. Le lancier s'était pris d'affection pour lui, et il se refusait de le laisser aux griffes d'Hijikata. Ce dernier ne ferait qu'exacerber sa souffrance, aussi passa-il ses bras autour du corps tremblant de Sôji pour le protéger, et fit face à son supérieur :

« - Pousse-toi Harada, j'ai quelques mots à dire à Sôji.

- Non Hijikata-san, ce n'est pas le moment. Voyez dans quel état est il est, il faut lui laisser le temps de se remettre.

- Se remettre de quoi ? C'est lui qui a tenté d'abuser de Saito, non ? Il doit prendre ses responsabilités sur ses agissements. Harada, sais-tu que tu t'exposes à autant de risques si tu le défends de la sorte. »

Comme pour montrer qu'il n'abandonnait pas, Sano resserra encore son étreinte. Il pouvait sentir la transpiration sur les vêtements de Sôji ainsi que son corps chaud significatif de sa fièvre constante. Il espérait que cette discussion se termine vite pour qu'il puisse s'occuper de lui et l'emmener à la maison de bain. Le capitaine de la première division semblait s'apaiser dans les bras de son aîné, aussi il s'arrêta de trembler et laissa choir sa tête sur la poitrine de Sano. Ce dernier mit une de ses mains sur la tête pour sentir son front chaud et en parallèle le réconforter encore, tout en continuant de faire face à Hijikata :

« - Sôji n'était pas lui-même, il a agis sous le coup de la pulsion parce qu'il aime Saito, continua de le défendre Sanosuke. Sa frustration et sa fièvre ont du le faire un peu délirer.

- De la fièvre tu me dis ? Je savais que Sôji devait écoper de quelques soucis de santé, mais s'il a de la fièvre, c'est sans doute plus grave qu'il ne laisse le croire.

- Oui il en a, vous pouvez même vérifier. Vous comprendrez maintenant pourquoi je ne voulais pas insister pour qu'il vienne manger avec nous tous, et encore plus que Saito aille le chercher. Sôji a beau être un guerrier, il reste un homme avec ses faiblesses. Même un démon comme vous peut comprendre cela, non ?

- Sano, ta façon de parler au vice-capitaine est inconvenable, dit alors Saito.

- Laisse-moi régler ça Saito.

- Punissez-moi si vous voulez vous défoulez sur quelqu'un, mais laissez Sôji. »

Les deux hommes se défièrent du regard, à coup sûr que le lancier n'en démordrait pas et ne laisserait jamais Okita entre les mains du vice-capitaine. Dans un sens, Sôji n'avait pas vraiment enfreint le règlement interne du Shinsengumi, il avait plus commis un délit d'ordre humain. Et vu comment les choses tournaient, cela allait se transformer en un règlement de compte, strictement interdit dans le règlement qu'il avait lui-même rédigé. Saito était toujours accroché à lui, il faudrait qu'il le prenne à part et qu'il lui explique qu'il ne devrait pas en vouloir à Sôji. Il l'écouterait, c'était sûr, il lui obéissait toujours.

Hijikata soupira et finit par annoncer :

« - Très bien, je ne veux pas qu'il y ait de querelles internes pour des histoires aussi futiles.

- Futile ? S'interloqua Saito.

- Harada, je te charge de veiller sur Sôji, que ce genre de chose ne se reproduise plus. Et j'aimerai également être informé sur sa santé.

- Je… je n'en sais pas plus que vous Hijikata-san. Sôji devient muet dès qu'on lui pose des questions dessus. Je ne suis pas médecin, mais je sais quand même reconnaître quand quelqu'un a de la fièvre. Mais pourquoi en a-il, je n'en ai pas la moindre idée. »

Hijikata n'était pas convaincu, persuadé qu'Harada lui cachait quelque chose. Mais ce n'était pas le moment de régler la question. Sôji avait besoin que l'on s'occupe de lui, et Saito aussi dans un sens, il n'avait pas vraiment l'air au mieux de sa forme lui non plus. Lui prenant la main, le vice-capitaine se releva et l'emmena dans l'allée, laissant seuls les capitaines des première et dixième divisions. Marchant lentement sur le bois, Hijikata devant et Saito derrière, ce dernier lâcha la main de son amant et alla se coller à lui dans son dos, empoignant ses épaules :

« Vous avez dit "pour des histoires futiles". Serai-je donc tout ce que je représente pour vous ? Dîtes-moi franchement Vice-capitaine, êtes-vous heureux d'être avec moi ? »

Hijikata ne s'était pas vraiment rendu compte de sa bévue. Il aurait du pourtant prévoir que ce genre de détails n'échapperait pas à Saito. Ce dernier était déjà pas mal retourné par ce qu'il venait de se passer, mais si en plus lui en rajoutait une couche ! L'homme aux yeux violets se retourna et enlaça son amant, se moquant bien de ceux qui pouvaient les regarder. Saito l'aimait, et il souffrait de sa négligence. Hijikata se devait de faire son choix : garder Saito et lui apporter l'attention qu'il voulait, essayer encore de l'aimer, ou bien stopper cette relation maintenant pour faire le moins possible souffrir cet homme. Jamais de sa vie Hijikata n'a été confronté à un tel dilemme.

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¹ Toujours le même problème, je ne connais pas l'âge de Chizuru, donc je suppose.

Une fois de plus, je pensais aller beaucoup plus loin dans ce chapitre, mais je pense que c'est le passage Chizuru/Heisuke que j'ai fait plus long que prévu. En tout cas je e suis bien marrée en l'écrivant ce passage.

J'espère que ça vous a plu, merci d'avoir lu