Bonjour

Voici le 10ème chapitre toujours corrigé et relu par la merveilleuse Elyrine !

Merci à toutes les personnes qui me lisent.

Bonne lecture

Sydney8201

Musique du chapitre :

Bulletproof heart de My Chemical Romance

Chapitre 10 : La fuite en avant

« Dean, j'ai toujours su que nous n'étions pas comme les autres familles. Notre maison au Kansas ne représentait aucune stabilité pour moi. Je pensais ne pas avoir de chez moi. De devoir chercher ailleurs. J'espérais le trouver en Californie à Stanford. Et ce n'est que lorsque j'ai été loin de toi que j'ai compris mon erreur. La maison de Lawrence n'était pas pas ma maison parce que j'avais déjà trouvé mon chez moi. Dean, c'est toi. Ça a toujours été toi. Peut-être aussi Jess, d'une certaine manière, mais jamais autant. Tu étais ma maison, Dean. Je me sentais chez moi quand j'étais avec toi. Peu importait alors qu'on soit sur la route ou dans un lieu inconnu. Et je veux que tu connaisses ça à ton tour. Pas avec moi. On le sait tous les deux. On n'en aura pas l'occasion. Mais auprès de quelqu'un d'autre... tu en auras besoin. La fuite n'est qu'une solution temporaire, Dean. Elle ne te mènera nulle part. »

Journal de Sam Winchester. 28 juin 2016.

Castiel n'en revenait toujours pas. Tout avait été trop vite. Il avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer. Dean avait accepté de les accompagner. Il avait accepté de continuer sa route avec eux. C'était surprenant et totalement inattendu pour Castiel. Il avait été convaincu que le jeune homme refuserait sans réellement prendre le temps de réfléchir.

Mais ils étaient dans sa voiture, en route sans réellement de destination en tête et ils étaient ensemble. Castiel était convaincu que c'était une bonne chose. Pas uniquement pour Gabriel et lui. Mais aussi pour Dean. Surtout pour Dean, d'ailleurs.

Le jeune homme n'avait pas besoin d'eux pour survivre. Ils le savaient tous les trois. Il était parfaitement capable de se défendre seul et avec Red, il était quasiment intouchable. Ils en avaient eu la preuve sur le parking du motel. Et il était évident que Dean n'avait pas choisi de les emmener avec lui parce qu'il avait besoin de leur maigre capacité en la matière.

Il avait toutefois enfin réalisé qu'il ne pouvait pas continuer à avancer seul. Il avait réussi jusque-là et c'était évidemment admirable. Mais il avait atteint ses limites. Il avait puisé dans ses dernières réserves et il était clairement arrivé au bout. Quelques jours de plus lui auraient probablement été fatals.

Castiel avait essayé de ne pas s'en soucier. Mais ça avait été plus fort que lui. Parce qu'il estimait avoir la chance d'avoir Gabriel à ses côtés, il s'était senti responsable de Dean. Le jeune homme aurait probablement hurlé en l'apprenant. Il préférait le garder pour lui.

Il savait exactement ce que son frère et lui pouvaient apporter à leur compagnon. De la compagnie. Une présence. Quelqu'un à qui parler. Autre chose qu'un silence permanent, même s'il semblait l'apprécier quand il conduisait. Ils étaient l'alternative à une vie qui le conduirait à la mort. Et probablement à perdre la tête en cours de route. Il avait été suffisamment réaliste pour le comprendre et l'accepter.

De leur côté, Gabriel et lui retiraient énormément de cet accord. C'était évident. Seuls, ils n'auraient probablement pas survécu longtemps sans la sécurité d'un endroit inoccupé. Ils auraient fini par se faire tuer ou contaminer. Dean leur offrait la sécurité. Il savait se battre. Il était intelligent et entraîné. Red était également un allié précieux. Ils avaient une chance avec eux. Castiel reprenait espoir pour la première fois depuis leur départ précipité du centre commercial.

Bien sûr, ils allaient devoir apprendre à se connaître. Ils pourraient devenir amis. C'était évident. Mais ils allaient avoir besoin de temps pour réussir. Et puisque Dean n'accepterait jamais de répondre à leurs questions pour enclencher le mécanisme, ils allaient devoir trouver un autre moyen. Sans doute se montrer observateurs. Ils savaient déjà que le sujet de la personne que le jeune homme avait perdue était tabou. C'était un début.

Il y avait toutefois un problème que Castiel refusait d'ignorer. Il avait passé toute la première partie du trajet à y penser sans parvenir à l'oublier.

Dean semblait déterminé à continuer sa route sans avoir un endroit à atteindre. Sans savoir réellement où il allait. Il tournait en rond. Sans doute depuis le début de l'apocalypse. Il semblait s'en contenter. Mais Castiel doutait de pouvoir s'habituer à cette vie de fuite constante. Il savait bien qu'il n'existait plus réellement de stabilité possible dans un monde comme celui-ci. Mais il voulait croire qu'il y avait un endroit pour eux. Un endroit où ils pourraient se poser et reprendre des forces. Peut-être même envisager un semblant de vie stable. Il n'avait pas envie de rouler jusqu'à la fin de ses jours. Le danger était constant sur la route. Ce n'était pas sûr.

Bien sûr, rien ne lui garantissait qu'il trouverait cet endroit un jour. Mais cela ne devait pas les empêcher de chercher. Cela leur donnerait au moins un but. Un objectif. C'était tout ce que Castiel demandait.

Faire entendre raison à Dean sur ce point ne serait probablement pas simple. Il allait devoir suggérer l'idée et laisser au jeune homme le temps de l'accepter. Il espérait le voir se montrer raisonnable une fois de plus.

Il savait que Gabriel était de son avis. Il était toutefois conscient lui aussi que Dean n'était sans doute pas prêt pour le moment. Et ils ne voulaient pas prendre le risque de le braquer et de le faire fuir. Parce qu'il le ferait sans hésiter si toutefois il se sentait pris au piège. Castiel en était persuadé.

Ils roulèrent durant plusieurs heures sans s'arrêter. Dean ne leur demanda pas de le relayer au volant. Il ne semblait pas enclin à leur confier sa voiture. Castiel n'osait pas lui demander de faire une pause non plus. Il avait pourtant une crampe dans le mollet depuis de longues minutes. Il avait espéré que Dean finisse par s'arrêter pour faire sortir Red. Mais son chien dormait sur le siège et ne semblait pas avoir besoin de faire une pause.

- Ok, ce n'est pas que je n'aime pas ta voiture parce que franchement, je la trouve géniale et je sais que tu n'aimes pas qu'on te parle quand tu conduis mais si tu veux pas que j'abîme tes sièges en ne réussissant plus à contrôler ma vessie, je te suggère vivement de t'arrêter rapidement, intervint brusquement Gabriel.

Castiel lui jeta un coup d'oeil, surpris de l'entendre prendre la parole. Il avait semblé endormi quelques secondes plus tôt. Mais il avait les yeux ouverts à présent. Et il remuait sa jambe frénétiquement. Castiel l'avait souvent vu faire quand ils étaient encore enfants et qu'ils allaient quelque part en voiture avec leurs parents. Il avait vraiment besoin de faire une pause.

- Tu ne peux pas te retenir encore quelques heures ? J'aimerais rejoindre la prochaine ville avant de m'arrêter, lança Dean, qui semblait agacé par la requête de Gabriel.

- Non, je ne peux pas, répondit ce dernier le plus sérieusement du monde.

Dean soupira alors longuement avant de tourner le volant et d'arrêter la voiture sur le bas côté.

- T'es pire qu'un gosse ! J'espère que tu le sais, au moins.

- On me l'a déjà dit, oui.

Sur ces mots, Gabriel ouvrit la portière et sortit sans attendre du véhicule. Castiel en fit de même quelques secondes plus tard. Il prit le temps de s'étirer longuement avant de sortir son arme de la ceinture de son jean. Il était préférable de rester prudent. Il observa les alentours une seconde puis se retourna quand il entendit la portière de la voiture s'ouvrir et se refermer dans son dos.

Dean avait laissé sortir Red et le chien s'éloignait à présent en direction du fossé. Castiel sourit en le voyant faire.

- Pourquoi veux-tu à tout prix rejoindre la prochaine ville ? Demanda-t-il alors.

Il savait que Dean n'avait aucune destination précise en tête mais il semblait toutefois avoir une idée en tête. Il allait devoir apprendre à partager ses plans avec Gabriel et lui. Il n'était plus seul à prendre les décisions à présent. Castiel avait envie de lui suggérer qu'ils instaurent un système de vote pour ce type de situations. Mais il était convaincu que Dean ne prendrait pas bien la nouvelle.

- Pourquoi pas, répliqua Dean en étirant ses bras au dessus de sa tête.

Il regardait autour de lui, sans doute pour s'assurer qu'il n'y avait aucune menace proche. La route était déserte. Il y avait quelques véhicules abandonnés mais rien d'inquiétant. Castiel garda tout de même son arme à la main.

- Tu sais que ce n'est pas une réponse, constata-t-il.

Il n'était pas forcément l'homme le plus à l'aise quand il s'agissait d'interagir avec des inconnus, mais il avait la sensation d'être tout de même plus doué que Dean dans ce domaine. Il était possible que le jeune homme ait simplement perdu l'habitude de partager ses idées et d'avoir une conversation normale après tous ces mois passés seul.

- C'est la seule que j'ai pour le moment, répliqua finalement Dean en le regardant du coin de l'oeil.

Castiel avait envie de protester. Il avait envie de faire connaître son opinion sur le sujet. Mais il n'était pas sûr que Dean soit prêt à l'accepter. Il devait toutefois tenter sa chance. Il ne voulait pas que le jeune homme fasse comme si leur avis n'avait pas d'importance. Ils étaient ensemble à présent et cela impliquait qu'ils soient du même avis avant de prendre la moindre décision. Ou au moins qu'ils en discutent au préalable.

- Dean, écoute... je sais que c'est ta voiture et qu'en conséquence, c'est peut-être toi qui aura le dernier mot, mais je... j'aimerais quand même que tu nous dises ce que tu as en tête. On pourrait... je sais bien que c'est sans doute stupide mais on pourrait... disons, convenir d'en discuter ensemble avant de décider de ce qu'on doit faire.

Dean fronça les sourcils en le dévisageant durant de longues secondes. Puis, alors que Red revenait prendre sa place à ses pieds, il ricana une seconde. Castiel ne put s'empêcher d'être blessé par sa réaction. Il ne dit toutefois rien.

- Ok, Castiel, je ne voulais pas... je ne cherchais pas à vous mettre de côté en te donnant cette réponse. A vrai dire, je n'ai pas de plan. Je n'en ai jamais. Je me contente de rouler et de voir ce que le prochain endroit me réserve. C'est aussi simple que ça. Mais je suis ouvert à toute suggestion.

Castiel n'était pas sûr que cette offre soit faite sincèrement. Il était convaincu que Dean n'était absolument pas prêt à entendre son avis. Il faisait toutefois un effort. Et c'était sans doute déjà beaucoup pour lui. Ca aurait pu suffire. Sauf que Castiel voyait là une opportunité à saisir.

- Donc ce que tu essaies de me dire par là c'est que ton plan, c'est de ne pas avoir de plan ? Tu comptes juste rouler indéfiniment sans jamais t'arrêter nulle part ? Et tu veux le faire avec nous sur le siège arrière ?

- Je ne vous ai pas forcé à m'accompagner.

Dean était sur la défensive. Castiel savait qu'il s'aventurait en terrain glissant. Mais il ne pouvait pas s'arrêter maintenant. Il avait ouvert une brèche et il devait s'y engouffrer. Même si cela lui faisait courir le risque de se retrouver abandonné sur le bord de la route. Il était presque sûr que Dean n'était pas capable de le laisser là.

- Non, ce n'est pas ce que je dis mais je suis juste... tu n'es pas fatigué de rouler en permanence ? Tu n'as pas envie de te poser quelques jours ou... plus longtemps ?

Dean haussa les épaules et détourna le regard. Red se tenait toujours à côté de lui. Gabriel n'était pas encore revenu mais Castiel n'était pas inquiet. Il n'y avait aucun danger autour d'eux et son frère avait peut-être juste besoin d'être un peu seul. C'était un luxe qu'il ne pouvait que trop rarement se permettre.

- Non, je ne suis pas fatigué. Je me sens bien dans ma voiture. Je me sens libre. Et... je ne suis juste pas fait pour rester au même endroit trop longtemps. De toute façon, je continue de penser que c'est trop dangereux.

Castiel n'était définitivement pas de cet avis. Il ne voyait pas comment le jeune homme pouvait se sentir plus en sécurité dans une voiture quand les contaminés avaient envahi les routes. Il n'envisageait pas sa vie ainsi. Il espérait que son compagnon finirait par changer d'avis.

- Ok, je peux comprendre le besoin de... de se sentir libre de ses mouvements, mais... qu'est-ce que tu feras quand tu auras traversé tous les États Unis ? Tu feras juste demi-tour ? Et tu recommenceras à nouveau ? Jusqu'à quand ?

Il avait vraiment envie de comprendre pourquoi Dean semblait avoir autant besoin de rouler. Il avait déjà compris qu'il cherchait à fuir. Mais il aurait aimé savoir quoi. Ou qui. Il avait pour cela besoin que le jeune homme accepte de lui expliquer.

- Je n'ai pas l'intention de quitter la Californie, déclara alors Dean.

Castiel le dévisagea une seconde, surpris, avant de détourner les yeux et de regarder de l'autre côté de la route. Il n'y avait rien d'intéressant à voir là-bas mais il ne voulait pas que le jeune homme se sente observé. Il savait que cela le mettrait immédiatement mal à l'aise et le pousserait à se renfermer encore plus sur lui-même.

- Tu n'as pas quitté l'Etat depuis que tu es là ? Qu'est-ce qu'il peut y avoir en Californie de si génial que tu refuses même d'envisager de traverser la frontière ?

Dean ne répondit pas et Castiel réalisa alors son erreur. Ce n'était pas ce qu'il y avait en Californie qui retenait le jeune homme. Mais ce qu'il y avait eu un jour dans cet Etat et qu'il refusait de laisser derrière lui à présent. C'était probablement là qu'il avait perdu la personne dont il portait toujours le deuil. Cela expliquait en partie son choix. Mais ne suffisait clairement pas à le rendre logique.

- Je ne pouvais plus rester au Texas après Anna. Je... j'avais besoin de mettre de la distance entre elle et moi. Je suppose que venir ici était un moyen de prendre la fuite. Ce n'est peut-être pas très courageux mais j'aurais fini par perdre la tête, là-bas.

Il espérait qu'en partageant une partie de ce qu'il avait vécu, il obtiendrait la même chose de Dean en retour. Il n'y croyait pas vraiment mais cela ne l'empêchait pas de tenter tout de même sa chance.

- Ne fais pas comme si on avait vécu la même chose parce que ce n'est pas le cas. Et de toute façon, ça ne change en rien à que j'ai décidé. Je ne veux pas quitter la Californie. Je ne veux pas partir et ce n'est pas négociable. C'est à vous de voir si cela peut vous convenir ou pas. Vous avez le choix.

C'était un refus plutôt clair et catégorique. Castiel savait qu'il ne parviendrait pas à faire changer le jeune homme d'avis. Du moins pas maintenant. Pas quand cela faisait aussi peu de temps qu'ils étaient ensemble. Il allait devoir patienter encore un peu et garder espoir.

- Je ne voulais pas te mettre en colère, tu sais. Je ne voulais pas non que tu penses qu'on ne t'est pas reconnaissants de nous avoir emmenés avec toi. Juste... laisse tomber. Ca n'a pas d'importance.

Dean ne dit rien et Castiel s'éloigna alors de lui. Il ne voyait pas quoi ajouter de plus. Il était de toute façon convaincu que son ami avait besoin d'être un peu seul. Un bruit dans son dos tira Castiel de ses songes. Il se retourna en un bond et fut soulagé de voir Gabriel revenir sur la route. Il souriait et semblait étrangement détendu.

- Alors, quel est le plan ? Demanda-t-il en s'approchant de la voiture.

Il posa ses bras sur le toit du véhicule et joignit ses mains sur le métal noir. Dean lui jeta un coup d'oeil rapide avant de reporter son attention sur la route autour d'eux. Castiel se chargea de répondre.

- On reprend la route et on rejoint la prochaine ville. Pour la suite... on verra.

- J'ai entendu dire que le Nouveau-Mexique était très agréable à cette période de l'année, lança alors Gabriel.

Castiel grimaça en l'entendant.

- On ne quitte pas la Californie, répliqua sèchement Dean sans se retourner.

Castiel aurait dû prendre son frère à part pour lui expliquer qu'il ne devait surtout pas aborder ce sujet avec Dean. Mais il n'en avait pas eu le temps. Il aurait dû se douter que Gabriel mettrait les pieds dans le plat sans même s'en rendre compte. C'était un don chez lui. Cela lui avait valu pas mal de problèmes en grandissant.

- Pourquoi ça ? Demanda finalement Gabriel en fronçant les sourcils.

Dean soupira longuement puis fit quelques pas en direction de l'autre côté de la route avant de s'immobiliser et d'enfoncer ses mains dans ses poches. Il n'avait pas sorti son arme. Ce qui semblait signifier qu'il ne sentait pas le moindre danger aux alentours. Ou qu'il était trop énervé pour se montrer raisonnable.

- Parce que c'est comme ça. Point final.

- Point final ? Répéta Gabriel, qui semblait réellement surpris et peut-être même légèrement agacé.

Castiel avait envie de lui dire de se taire. Que ça ne servait à rien de chercher à convaincre le jeune homme. Que se disputer avec lui était trop risqué quand ils n'étaient ensemble que depuis quelques heures. Mais il savait que son frère ne l'écouterait sans doute pas. Il ne se tairait pas. Il était plutôt conciliant mais il avait toujours eu du mal à accepter aveuglément l'autorité d'une personne. C'était sans doute dû à ce qu'ils avaient vécu à la mort de leurs parents.

- Point final, lança Dean après quelques secondes.

Castiel pouvait sentir que les choses allaient dégénérer. Il connaissait suffisamment son frère pour savoir que cela ne lui suffirait pas. Contrairement à lui, il ne mettrait pas ses propres envies de côté sans que Dean lui donne une bonne raison de le faire. Il était têtu. Et puisque le jeune homme semblait l'être au moins tout autant que lui, il était évident qu'ils couraient tous les deux à la catastrophe.

- Ok, alors premièrement... non. Deuxièmement... dans tes rêves et troisièmement, j'aimerais assez que tu m'expliques... que tu nous expliques ce que tu as en tête et... je ne dis pas que nous ne serons pas d'accord mais tu n'es plus seul et il est important que tu en prennes conscience sans quoi ça ne pourra pas fonctionner.

Pendant une seconde, Castiel fut convaincu que Dean allait dire à Gabriel d'aller se faire voir et de partir. Qu'il remonterait dans sa voiture et les laisserait sur le bord de la route. Il sentit son estomac se nouer alors que son cœur battait dans sa gorge. Il était prêt à se battre pour le convaincre de ne pas le faire mais il n'était pas sûr de pouvoir trouver les bons mots.

Toutefois, et à sa grande surprise, Dean n'en fit rien. Il se contenta de se tourner pour leur faire face et dévisager longuement Gabriel. Il sortit ensuite une de ses mains de sa poche pour pointer son index en direction de son frère.

- Je dois reconnaître que tu ne manques pas de culot de me parler comme ça... de me mettre ainsi face au mur quand on parle de ma voiture et que j'ai parfaitement le droit de faire comme bon me semble avec elle et franchement... je dois bien admettre que je suis impressionné que tu aies osé le faire quand ton frère s'est contenté de battre en retraite aussitôt.

Castiel n'avait pas l'impression d'avoir « battu en retraite ». Il avait juste agi raisonnablement. Il n'aimait pas les conflits. Il ne voyait pas l'intérêt d'en créer un qui ne pourrait pas se résoudre. Il préférait de loin aborder les choses sous un autre angle. Mais de toute évidence, il s'était trompé. Dean n'avait pas besoin qu'on le ménage. Il voulait qu'on l'affronte. C'était comme ça qu'on gagnait son respect. C'était pour ça que Gabriel n'avait pas le même effet que Castiel sur lui. Il le voyait comme un égal quand Castiel n'était rien de plus qu'une pièce rapportée.

- Je n'ai pas battu en retraite ! Je pouvais sentir que tu étais en train de t'énerver et je n'en voyais pas l'intérêt quand il était évident que de toute façon, tu n'allais pas changer d'avis ! Protesta-t-il toutefois parce qu'il refusait d'être traité ainsi.

Dean lui jeta un coup d'oeil amusé avant de lui sourire.

- Si tu le dis, Castiel.

Ce dernier pouvait sentir la colère monter en lui. Mais parce qu'il était raisonnable et qu'il ne voulait pas s'énerver au milieu d'une route déserte, il la ravala et détourna les yeux. Il allait laisser Gabriel gérer le problème et ignorer Dean jusqu'à ce qu'il ne soit plus en colère contre lui. Et peu importait que le jeune homme trouve cela puéril. Il se fichait de ce qu'il pouvait penser de lui à ce moment précis.

- Ce que Castiel cherche à te dire, c'est qu'on est conscient tous les deux que notre arrangement ne tient qu'à un fil et que tu pourrais encore changer d'avis. On ne tient pas particulièrement à rester ici en plan sans aucune chance de nous défendre. Et c'est très certainement lui qui a eu raison mais j'ai toujours été plus impulsif que lui.

Gabriel volait à son secours comme à chaque fois qu'il estimait qu'il en avait besoin. Et s'il appréciait de savoir qu'il pouvait compter sur lui, il aurait préféré qu'il s'abstienne, cette fois. Il ne voulait pas donner à Dean encore plus de raisons de se moquer de lui.

- Je ne vais pas vous laisser là et je ne vais pas changer d'avis. Je ne reviendrai pas sur ma décision mais ce n'est pas une démocratie. Ce n'est pas comme ça que ça va fonctionner. Je suis prêt à entendre votre avis mais la décision me revient de droit. C'est à prendre ou à laisser.

Castiel était sûr que Gabriel ne pourrait pas accepter. Il allait refuser et ils seraient alors dans l'impasse. Ils avaient peut-être eu tort de penser que Dean était la solution à leur problème. Ils auraient dû réfléchir encore avant de lui faire cette proposition.

- Je ne vais pas te dire que je suis ravi à cette idée mais je suppose que tu ne nous laisses pas vraiment le choix. Toutefois, je ne vais pas me gêner pour te dire quand je suis ou non d'accord avec toi. Tant pis si cela ne te fait pas changer d'avis. Je tenterais quand même ma chance. C'est à prendre ou à laisser. Parce que je suis sûr qu'avec le temps, tu finiras par comprendre que tu es idiot d'agir ainsi.

Castiel déglutit avec peine. Il était dangereux de poser un tel ultimatum à quelqu'un qui semblait enclin à foncer tête baissée et sans réfléchir au préalable. Gabriel prenait le risque de le braquer et de le pousser à les envoyer se faire voir.

- Ok, disons que je marche... dis-moi quel plan génial tu peux avoir en tête pour le futur, lança Dean en fronçant les sourcils.

Castiel ne savait plus quoi penser du jeune homme. Il pensait l'avoir cerné mais il s'était visiblement trompé. Il semblait prêt à écouter Gabriel quand il avait été fermé à toute proposition quelques secondes plus tôt. Il ne savait plus vraiment sur quel pied danser avec lui. C'était terriblement déstabilisant. Il espérait que Gabriel y voyait plus clair.

- Je n'ai pas dit que c'était un plan génial ... mais... peu importe. Juste après;;; juste après notre départ du Texas, on a croisé la route d'un autre survivant. Il était un peu... dérangé, mais il semblait cohérent et il nous a parlé de cet endroit tenu par l'armée et où les gens étaient accueillis et protégés. Je ne sais pas s'il disait vrai ou si cet endroit existe toujours aujourd'hui mais si c'est le cas, alors je pense que ça pourrait être une solution pour nous. Peut-être pas durable, mais au moins le temps de reprendre des forces et de faire le point sur nos options. Et ça tombe bien parce que selon ses dires, il se trouverait ici, en Californie... juste après San Francisco, à Sacramento et... je pense qu'on devrait tenter notre chance là-bas.

C'était la seule option viable, selon Castiel. Il ne savait pas encore s'ils se plairaient là bas. Mais il voulait essayer. Et si toutefois l'endroit n'était pas ce qu'ils espéraient, ils pourraient reprendre la route. Personne ne les retenait.

- Donc après m'avoir entendu te dire et te répéter que je refuse catégoriquement de m'établir où que ce soit, tu penses sérieusement que me faire une telle proposition pourrait me faire changer d'avis ? Alors même qu'on ne sait rien de cet endroit et qu'on a même pas de preuve qu'il existe réellement ?

- Je ne te demande rien de plus que de prendre cette direction. Je ne te dis qu'on s'installera là bas. Je veux juste avoir un objectif. Je refuse de rouler en rond jusqu'à ce que je finisse par me faire tuer. Et tu ne devrais pas continuer non plus. Ce n'est pas sain.

Dean leva les yeux au ciel avant de se passer une main sur le visage. Il ne semblait toujours pas prêt à envisager quoi que ce soit d'autre que son plan initial. Mais il ne criait pas. Et Castiel avait envie de voir cela comme un signe qu'il existait un espoir.

- Ok, on arrive là-bas et... imaginons qu'il y a bel et bien un endroit où l'armée contrôle les choses... qu'est-ce qu'on fait, ensuite ?

Gabriel haussa les épaules.

- On en parle... on discute et on réfléchit. Et on prend une décision ensemble.

Dean avait les yeux rivés sur Gabriel et semblait à présent en proie à une intense réflexion. Castiel avait la sensation d'être de trop, une fois de plus. Il était évident que Gabriel était le seul à parvenir à atteindre le jeune homme. A trouver les bons mots et la bonne attitude pour le pousser à réfléchir. Il aurait voulu que ce ne soit pas le cas. Il aurait voulu en être capable, lui aussi. Il aurait aimé que Dean le regarde et l'écoute lui. Il ne savait pas vraiment pourquoi il ressentait cela. Il n'avait jamais été jaloux de son frère jusque-là. Il ne voulait pas l'être maintenant. Et certainement pas à cause de Dean.

- Dean, il est évident que tu cherches à fuir et que l'idée d'arrêter enfin de courir te terrifie mais ce n'est pas une vie. Tu ne peux pas décemment avoir envie de continuer ainsi jusqu'à la fin. Ça finira par te tuer.

Gabriel avait complètement changé de ton à présent. Il s'adressait au jeune homme comme il l'aurait fait avec Castiel ou Anna quand il voulait leur faire entendre raison sans les énerver. Il agissait en grand frère. Et il était évident que c'était exactement ce dont Dean avait besoin.

- Ce que tu fuis ne disparaîtra pas par miracle, mon vieux. Tu peux continuer à courir sans t'arrêter, ce sera toujours là. Alors tu peux l'ignorer et attendre patiemment que cela te conduise à perdre la tête... ou tu peux t'arrêter un moment et lui faire face. Tu peux te battre ou fuir. C'est à toi de voir.

- Tu parles comme si tu savais exactement ce qui se passe dans ma tête, souffla Dean qui semblait à présent plus fatigué et las qu'énervé.

Gabriel sourit tristement. Castiel était totalement fasciné par ce qu'il voyait. Admiratif de son frère. Il gérait la situation avec intelligence et délicatesse. Presque comme si ce n'était pas la première qu'il était confronté à quelque chose de ce genre. Il était impressionnant de calme.

- Peut-être que je le sais, ou peut-être que je trompe. Tu es le seul à pouvoir le dire. Mais tu n'en feras rien hein ?

Dean ne répondit pas, mais il était évident qu'il n'était pas prêt à partager ce secret là avec eux. Peu importait en fin de compte qu'ils en aient compris l'essentiel. Il n'avait pas encore la force de mettre des mots sur ce qu'ils soupçonnaient. Ils ne pouvaient que respecter son choix.

- Ok, Dean, il est évident que cette discussion ne mène à rien. Et je pense qu'il est inutile de continuer à débattre bêtement. On ne fait que perdre du temps.

- Le temps... c'est tout ce qu'on a, en fin de compte. On pourrait bien passer des jours entiers à discuter sur cette route sans que cela ne change quoi que ce soit.

- Je croyais que tu voulais atteindre la prochaine ville avant la tombée de la nuit ?

Dean hocha alors la tête. Gabriel lui sourit à nouveau avant de s'écarter de la voiture. Il n'ouvrit toutefois pas la portière. Il devait sentir que la conversation n'était pas terminée. Castiel ne voyait pas ce qu'il y avait à ajouter. Mais puisqu'il n'avait pas réellement pris part à la discussion, il supposait que son avis n'avait pas vraiment d'importance.

- Sacramento, alors ? Tu sais que ce n'est pas la porte à côté ? Si mes souvenirs sont bons, c'est à plus de six cent kilomètres d'ici.

Castiel n'en finissait plus d'être surpris par Dean. Il venait une nouvelle fois de changer d'avis sans que cela ne semble possible une seconde plus tôt. Gabriel accomplissait des miracles. Il semblait avoir un pouvoir sur Dean que Castiel lui enviait une nouvelle fois. Il ne s'était pas attendu à cela. Il avait cru bêtement que c'était de lui que le jeune homme se serait rapproché en premier lieu. Parce qu'il était plus conciliant et plus effacé que son frère. Parce qu'il était encore moins une menace que lui. Mais de toute évidence, il s'était trompé. Et il ne pouvait s'empêcher d'être déçu. Il savait que c'était en partie dû au fait que Dean lui plaisait. Il avait envie que son attention soit rivée sur lui, pour changer. Il voulait avoir une chance de l'atteindre à son tour. Il n'était toutefois pas sûr de ce qu'il espérait en retirer. Il était évident que le jeune homme n'était pas gay. Ils ne tomberaient pas follement amoureux l'un de l'autre. Ce n'était plus comme ça que les choses fonctionnaient, à présent. Il devait se rendre à l'évidence. Il aurait déjà de la chance si Dean acceptait enfin de le voir comme un égal. S'il pouvait devenir amis.

- Et ensuite ? Tu es attendu ailleurs ? Lança Gabriel qui semblait avoir compris qu'il venait de remporter une victoire importante.

- Je suppose que non, répondit Dean dans un murmure.

Il ne semblait pas totalement à l'aise avec sa décision mais il avait tout de même fait un pas en avant dans leur direction. Rien n'était gagné. La route était longue et il pouvait encore changer d'avis. Mais Gabriel saurait sûrement quoi faire si toutefois c'était le cas.

- Je suis presque sûr qu'il délirait, lâcha ensuite Dean.

- C'est possible, oui, concéda Gabriel aussitôt.

Dean hocha alors la tête. Il semblait rassuré par cette perspective. Il n'y avait aucun risque à accepter de suivre le plan de Gabriel s'il s'avérait que cet homme leur avait menti. C'était probablement réconfortant pour lui.

- Je veux dire... si un tel endroit existait, j'en aurais entendu parler, non ?

Castiel en avait d'être silencieux. Assez d'être le témoin d'une discussion dans laquelle on refusait de l'intégrer. Il était lui aussi un membre de ce groupe et il estimait avoir le droit de donner son avis.

- C'est quand la dernière fois que tu as parlé suffisamment longtemps avec quelqu'un pour qu'il puisse te le dire ?

Dean se tourna vers lui, visiblement surpris qu'il intervienne. Pendant une seconde, il sourit, sans doute amusé par la remarque de Castiel. Ses yeux brillaient étrangement et le jeune homme était incapable de dire pourquoi. Il n'était pas sûr d'avoir vraiment envie de se poser la question.

- Touché, admit alors Dean.

Castiel sourit à son tour, fier d'avoir marqué un point. Il doutait que cela change réellement la façon que Dean avait de le voir mais il aimait tout de même l'idée d'être enfin remarqué. Il n'avait pas l'intention d'être juste une bouche de plus à nourrir. Un pion dont on pouvait se passer sans mal. Il voulait compter. Et il voulait que Dean en prenne conscience aussi.

- Parfait, alors. Maintenant que vous vous souvenez tous les deux que j'existe, on pourrait peut-être se remettre en route.

C'était sans doute un peu idiot et puéril, comme remarque, mais ça avait été plus fort que lui. Gabriel ne sembla pas réellement surpris par son intervention. Dean, en revanche, semblait totalement sidéré. Il siffla entre ses dents avant d'hocher la tête.

- Il est évident que je t'ai vexé tout à l'heure. Je suis désolé, Castiel. Ce n'était pas ce que je cherchais. Il peut m'arriver... non, honnêtement, il m'arrive souvent de parler sans réfléchir. Je suis comme ça.

- Je ne suis pas vexé. Juste... je n'aime pas être mis de côté comme ça. J'ai un avis, moi aussi, et j'aimerais que vous vous en souveniez. Tous les deux.

Il jeta un coup d'oeil à Gabriel pour qu'il comprenne que le reproche lui était aussi adressé. Il n'était pas réellement en colère contre son frère mais il était jaloux. Jaloux que Dean s'intéresse à lui en priorité et jaloux que Gabriel puisse lui accorder autant d'attention quand c'était lui son frère. Sans doute était-ce dû à la fatigue. Il avait clairement besoin de se reposer. Tout ceci n'avait pas réellement de sens. Mais maintenant que c'était dit, il ne pouvait pas revenir en arrière.

- Désolé, Cassie, s'excusa alors Gabriel.

Castiel fit un geste de la main qui signifiait que c'était inutile de s'excuser avant de s'éloigner de la voiture. Il avait besoin de marcher un peu et sa vessie était clairement trop pleine pour qu'il remonte en voiture sans s'être soulagé avant.

Quand il revint finalement, Dean était installé derrière le volant, Red à côté de lui sur le siège passager. Gabriel le regardait approcher depuis l'arrière. Castiel reprit sa place en silence et referma la portière. Presque aussitôt, Dean démarra et se remit en route, l'autoradio à nouveau allumé.

Ils roulaient depuis quelques minutes à peine quand Gabriel se pencha en direction de son frère.

- Tu sais que tu restes mon préféré, hein ?

Castiel aurait dû savoir que son frère verrait clair dans son jeu. Qu'il saurait immédiatement ce qui avait motivé son intervention. Il lui donna un coup sur l'épaule juste parce qu'il estimait que Gabriel le méritait avant de reporter son attention sur la route.

- Et si tu veux qu'il te remarque, tu devrais t'assumer un peu plus, murmura ensuite Gabriel.

Castiel tourna le visage vers lui en fronçant les sourcils. Il pouvait sentir ses joues rougir. Il avait espéré que Gabriel ne devinerait pas cette partie de ses motivations. Parce que c'était stupide, sans espoir et trop soudain. Il n'avait pas pensé une seconde à cela, jusqu'à présent. Il avait bien remarqué que Dean était attirant. Il n'était pas aveugle. Mais il n'avait pas cherché à attirer particulièrement son attention jusque là. Ou peut-être l'avait-il fait sans s'en rendre compte ? C'était quand il lui avait semblé évident que le jeune homme semblait se ficher totalement de lui qu'il avait réalisé combien il voulait que ce ne soit pas le cas.

- Je ne veux pas qu'il me remarque, murmura-t-il finalement.

- Cassie... si on était encore à l'école, tu l'aurais poussé dans le bac à sable juste pour qu'il te remarque enfin. Je te jure... je ne pense pas qu'il l'ait compris, mais pour moi c'est évident. Et je peux te comprendre. Je suppose qu'il est... ton genre, si on met de côté le fait qu'il semble hétéro.

Gabriel était incroyablement perspicace. Et cela le rendait réellement agaçant. Mais il avait vu juste. Castiel pouvait le nier autant qu'il le souhaitait. Il avait voulu que Dean se concentre sur lui. Qu'il le voie. Qu'il le prenne en compte. Il avait tout fait pour. Et sans doute depuis leur rencontre. Il avait d'abord pensé que c'était uniquement parce qu'il lui faisait penser à Anna. Il était évident que ce n'était pas la seule explication. Mais il refusait de se laisser dicter sa conduite par ses hormones. Oui, il n'avait pas couché avec un homme depuis un moment maintenant. Mais il pouvait parfaitement vivre sans.

- Ferme-la, ordonna-t-il parce qu'il ne voulait pas que Dean les entende et qu'il n'avait de toute façon pas envie d'en discuter.

Gabriel ne se redressa toutefois pas.

- Comme tu veux, petit frère, mais juste un dernier conseil avant de me taire pour de bon... fonce. Personne ne peut nous garantir que tu auras une autre occasion de sitôt. Et franchement, ça te changera de ta main droite.

Castiel donna un nouveau coup sur l'épaule de son frère – plus fort, cette fois, parce que Gabriel était un idiot – avant de s'écarter de lui. Il tourna ensuite le visage vers la fenêtre à sa droite et observa la paysage qui défilait. Il entendit son frère rire de l'autre côté mais choisit de ne pas réagir.

- C'est fini, derrière, ou est-ce que je dois vous séparer ? Demanda alors Dean d'une voix forte.

Castiel ferma les yeux, agacé et gêné par la situation. Gabriel avait le don de le mettre hors de lui, parfois. Peut-être était ce quelque chose que les grands frères devaient obligatoirement faire pour tenir correctement leur rôle. Ou peut-être Gabriel était-il juste sadique.

- Si je te dis non, est-ce que je pourrais m'asseoir devant ? Demanda ce dernier, qui semblait beaucoup s'amuser.

Dean ricana une seconde avant de répondre.

- Eh bien, tu dois voir ça avec Red, et je ne crois pas qu'il soit prêt à abandonner sa place.

Comme s'il avait compris qu'on parlait de lui et dans quelles circonstances, le chien tourna la tête vers Gabriel et lui montra les dents une seconde. Castiel ne put s'empêcher de rire en voyant son frère s'enfoncer aussitôt dans son siège.

- Il te reste toujours le coffre, rappela Dean quand Red se retourna à nouveau.

- Je pense que ça lui ferait du bien, déclara Castiel en reportant son attention sur Dean.

Ce dernier lui adressa un clin d'œil dans le rétroviseur. Castiel se sentit stupide quand il sentit son cœur s'emballer aussitôt dans sa poitrine. C'était le manque. Ca ne pouvait être que ça. Il n'y avait pas d'autre explication plausible.

- Je vous rappelle que je suis le plus vieux dans cette voiture et j'estime que cela doit me valoir quelques privilèges... comme celui de choisir ma place et de pouvoir choisir la musique de temps en temps.

- Tu as tout juste un an de plus que moi, intervint Castiel.

- Et alors ? Je suis quand même ton aîné. Tu dois en conséquence m'obéir sans discuter.

- Dans tes rêves, oui.

- Oh non, dans mes rêves, ce n'est pas toi qui suit mes ordres... c'est Jessica Alba, la majeure partie du temps... ou Scarlett Johansson, parfois. Et crois-moi, elles sont bien plus dociles que toi.

Castiel était content de voir que les choses étaient à nouveau normales entre Gabriel et lui. Ils ne s'étaient pas réellement disputés, mais il avait tout de même eu peur que son intervention sur la route n'ait blessé son frère. De toute évidence, ce n'était pas le cas.

Castiel jeta un coup d'oeil à Dean et remarqua alors qu'il les observait dans le rétroviseur. Il n'aurait pas pu le jurer mais il avait la sensation que leur petit échange l'amusait au moins autant qu'il ne le rendait triste. Non. Pas triste. Nostalgique. Castiel choisit aussitôt de cesser son altercation avec son frère.

- Et puis de toute façon, c'est la voiture de Dean. Et cela signifie qu'il est en droit de prendre toutes les décisions la concernant. Alors s'il veut t'installer dans le coffre, je ne chercherais pas à l'en empêcher.

- Vous les jeunes... vous n'avez plus aucun respect pour vos aînés. C'est un bien triste constat.

Castiel sourit à la plaisanterie de son frère. C'était un autre des nombreux dons de son frère. Il savait toujours comment le faire sourire. Peu importait que la plaisanterie soit stupide. Elle tombait toujours à pic.

- Le respect ça se mérite, grand-père, intervint alors Dean. Et de toute façon, Cass a raison. Ma voiture, mes règles.

Le fait qu'il emploie un surnom pour parler de lui toucha Castiel plus que ça n'aurait dû. Il n'était même pas sûr que Dean s'en soit rendu compte. Il n'avait toutefois pas agi de la sorte avec Gabriel. Ca devait forcément signifier quelque chose... non ?

- Cass ? Demanda Gabriel en souriant et en regardant son frère.

Dean haussa les épaules sans pour autant lâcher le volant.

- Castiel c'est trop long, et... si tu es jaloux, je peux toujours t'appeler Gaby.

- Non merci, je passe. Et puis je croyais qu'on ne devait pas parler dans la voiture.

Dean secoua la tête mais ne dit rien de plus. Gabriel, quant à lui, garda les yeux rivés sur son frère et le sourire qu'il lui adressait en disait long sur ce qu'il pensait de l'emploi de ce surnom. Castiel l'ignora et détourna à nouveau les yeux. Il était en manque. Point final. Et il lui suffirait d'avoir quelques minutes seuls à leur prochain arrêt pour y remédier. Il n'y avait rien de plus à dire sur le sujet. Peu importait ce que Gabriel pouvait en penser. Dean avait raison, après tout. Castiel était définitivement un nom compliqué. « Cass » sonnait nettement mieux. C'était toujours préférable au « Cassie » que Gabriel semblait déterminé à employer même s'il n'avait plus dix ans. Ca ne signifiait strictement rien de plus.

Point final, pensa Castiel en souriant malgré lui.