Quand il reprend pleinement conscience – ou presque – la première chose que John voit est le visage de son fils, même s'il est encore un peu flou.

-Sam ?

-Shh… ne t'inquiètes pas papa, je suis là. Dit le jeune homme en passant un tissu d'eau froide sur le front bouillonnant de son père allongé dans son lit.

-Je croyais t'avoir perdu pour toujours. Dit-il en enlaçant son fils.

-Tu m'as tellement manqué.

-Mais la Bête ?! Comment as-tu pu t'échapper ?

-Je n'ai pas eu à m'échapper. Avoue Sam en détournant le regard quelques secondes. – il a accepté que je rentre.

-Cet horrible monstre ! S'insurge son père.

-Il n'est plus du tout comme avant. Il… a changé d'une certaine façon.

Puis soudain, coupé dans ses explications par un bruit sourd dans son sac, Sam se tourne vers ce dernier qui bouge avant de se renverser pour faire apparaitre le miroir ainsi qu'Adam, la petite tasse.

-Coucou ! S'élance joyeusement Adam.

-Tiens un invité surprise. Dit Sam en riant alors que la petite tasse sautille jusqu'à son père.

-Bonjour… qu'est-ce que tu fais là petit voyou ? J'étais loin d'imaginer que je te reverrais un jour.

-Sam… pourquoi t'es parti ? Demande Adam en se retournant. –Tu nous aimes plus ?

-Oh…Adam, au contraire, je vous adore seulement je…

Mas Sam ne peut finir sa phrase que des coups retentissent sur la porte, l'interrompant dans ses explications.

-Vous désirez Monsieur ? Demande poliment Sam en faisant face, une fois la porte ouverte, à un vieil homme d'allure quelque peu respectable avec les mains jointes face à lui.

Il en avait peur, ça c'était sûr, mais l'homme ne faisait rien pour donner confiance. Il ne donnait pas envie de lui parler plus longtemps.

-On m'a chargé de venir chercher votre père. Dit le directeur de l'asile avec lequel Lucifer parlait dans la taverne.

-Mon père ?! S'étonne gravement Sam en remarquant les villageois armés de fourche et de torche derrière l'homme.

-Rassurez-vous monsieur, nous prendrons grand soin de ce pauvre dément. Dit-il en se décalant pour permettre à Sam de voir la charrette fermée avec une porte et des barreaux et sur laquelle était inscrite sur une toile à l'encre rouge « Asile ».

-Mais mon père a toute sa tête ! S'insurge cette fois-ci Sam, hors de lui qu'on prenne son père pour un fou.

-On l'a quand même entendu délirer comme un malade ! Dit Michel, torche en main en parlant aux habitants, histoire de les ranger encore de leur côté à lui et Lucifer. –Vous êtes bien de mon avis ?

Les habitants hurlent en cœur, le boulanger parmi les premiers, en levant leurs fourches et leurs torches en l'air. De son côté, adossé contre un des murs de la maison, Lucifer sourit doucement de tout ce qu'il se passe, tout va à merveille pour lui, son plan fonctionne comme prévu alors que la porte de la charrette s'ouvre sur un des officiers de l'hôpital psychiatrique venu emmené le père de Sam.

-Non ! Laissez mon père tranquille ! Dit Sam en s'éloignant de la porte d'entrée derrière laquelle son père se cache, voyant tout ce qu'il se passe.

-Sam ? dit-il doucement.

-Eh John ! Dit Michel. –Redis nous un peu comment était la grosse bébête que t'as soi-disant vu hein ?

-C'était une bête terrible, une bête énorme qui… qui mesurait près de deux mètres… non ! Au moins trois mètres cinquante ! dit le père de Sam alors que Michel se marre bientôt suivi des autres villageois qui ne croient pas du tout un mot de ce qu'il raconte.

Derrière lui, Sam est paniqué et attristé en même temps de ce qu'il voit.

-Ben voyons, et pourquoi pas cinq pendant qu'on y est ! Crie Michel, riant.

-Mais non, je vous jure ! dit John en descendant les marches du perron.

-Embarquez-le ! Dit Michel alors que le directeur de l'asile faisait signe à ses sbires d'emmener John dans la calèche.

-Non ! Lâchez-moi !

-Non ! Dit Sam en courant pour rattraper le directeur de l'asile. –Vous n'avez pas le droit !

Mais le directeur n'a cure de ce qu'il dit et se dégage d'un haussement d'épaule pour aller rejoindre la calèche à son tour. Sournoisement, Lucifer s'approche par derrière.

-Tut tut tut… mon Beau, quelle dure épreuve pour ton père.

-Tu sais très bien qu'il n'est pas fou ! dit Sam en s'accrochant à lui dans l'espoir de lui faire entendre raison.

-Mmm… je pourrais peut-être bien dissiper ce léger malentendu si…

-Si quoi ?

-Si tu veux te marier avec moi ! Tonne Lucifer, faisant rager Sam.

-Quoi ?!

-Tu n'as qu'à dire oui Mon Beau et tout rentrera dans l'ordre.

-Jamais ! Dit Sam en repoussant Lucifer de toutes ses forces.

-Très bien, comme tu voudras. Dit Lucifer en s'éloignant.

-Sam ! Crie son père alors qu'il est emmené. –Lâchez-moi tout de suite ! Lâchez-moi !

Sam n'en peut plus, toute cette suite d'événement lui fait tourner la tête. C'est en pleurs qu'il rentre chez lui en courant, refermant la porte derrière-lui et malheureusement, derrière son père.

Mais il ressort aussitôt avec le miroir magique, bien déterminé à montrer son point de vue.

-Mon père a toute sa raison et je peux le prouver !

Lucifer, croyant son plan infaillible, se retourne surpris de la nouvelle.

-Montre-moi la Bête ! Ordonne Sam en parlant au miroir.

Le halo de lumière verte revient encore une fois pour que le miroir réponde à la requête. Miroir qu'il tourne en direction des villageois pour leur montrer ce que le miroir réfléchit.

Une immense bête qui rugit montrant de ce fait tous ses crocs, surprenant tous les villageois.

-Oh non, il ne ferait pas de mal à une mouche. Dit Sam quand une femme craint pour ses enfants. –Je sais qu'il a l'air méchant mais il est très tendre, et très gentil. C'est mon ami.

-Si je ne te connaissais pas, je pourrais croire que tu éprouves des sentiments pour ce monstre !

-Ce n'est pas lui le monstre Lucifer, c'est toi !

-Ce petit dindon est aussi fou que son père. Dit Lucifer en lui prenant le miroir des mains. –La Bête va emporter vos enfants, elle va les dévorer la nuit…

-Non !

-Il doit finir au milieu des trophées accrochés sur mon mur ! Il faut tuer cette bête !

-Tuons la Bête ! Clament les villageois en chœurs.

(Villageois) Il faut tuer cette bête qui viendra chez nous la nuit !

Dévorer l'enfant qu'il guette de son féroce appétit !

Il va détruire le village si nous ne l'empêchons pas !

(Lucifer) A vos armes et partons au combat.

Aux armes !

Tous avec moi !

Dans la pluie, dans le vent,

Dans la fièvre et le vacarme,

Se prépare une terrible chevauchée ...

Aux frontières du mystère,

Au château de l'impossible,

Vit le Diable dans son horrible tanière.

Un butor sanguinaire aux crocs d'acier.

Monstre fou qui se joue de la mort.

Ombre rouge, bête infâme, tu y perdras ton âme,

Dans la rage ... du carnage, tuons la Bête !

-Non, je ne te laisserai pas faire ça ! Dit Sam en s'accrochant au chasseur.

-Si tu n'es pas avec nous, tu es de son côté. Dit Lucifer. - Amenez ce vieux fou de John.

-Je n'veux pas, lâchez-moi ! Se débat John alors qu'il est mis dans la cave de sa propre maison.

-Il faut à tout prix les empêcher d'aller prévenir le Monstre ! Dit Lucifer en jetant Sam avec son père avant que la porte ne se ferme.

-Ouvrez-nous ! Crie Sam en frappant sur la porte.

-Nous débarrasserons le village de la Bête. -Qui est avec moi ?

(Villageois) Enfourchez vos montures ...

(Lucifer) Et que la fureur guide nos pas !

(Villageois) Lucifer s'en va nous montrer le chemin, dans la pluie, dans le vent,

Au château de l'impossible, vit le Diable et sa légende de cent ans.

C'est un monstre aussi haut qu'une montagne.

Sans répit traquons-le dans la nuit.

Taïaut, Taïaut, à vos pieux, à vos flèches, prions Dieu car le temps presse.

(Lucifer) Nous allons assiéger le château du Vampire et ramener sa tête !

C'est ainsi que tous se rendent à la lisière de la forêt, laissant Sam et son père, prisonniers dans la cave de leur propre maison. Le jeune homme ne peut retenir ses larmes.

-Je dois prévenir la Bête, tout est de ma faute. Oh papa, qu'est-ce que nous allons faire.

-Fais-moi confiance, nous allons trouver un moyen. Dit son père en le prenant dans ses bras pour le réconforter.

Dehors, juste à la petite fenêtre qui donne sur l'extérieur depuis la cave, Adam cherche un moyen pour sortir Sam de là et sa joie s'agrandit quand il voit l'invention de son père un peu plus loin. La lame de la hache brillant sous la lumière de la lune.

Pendant ce temps, les villageois menés par Lucifer continuent leur avancée dans la forêt. Ils coupent un énorme tronc d'arbre qu'ils taillent pour en faire un bélier avec lequel ils reprennent la marche vers le château de la Bête qu'ils peuvent maintenant apercevoir au loin.

-Je l'savais ! Je l'savais. C'était de la folie de s'accrocher à cet espoir. Râle Bobby en faisant les cents pas.

-Finalement, il aurait mieux fait de ne jamais mettre les pieds ici. Râle aussi Garth. –Le jeune homme revient ? demande-t-il alors que le repose-pieds-chien court aboyer à la fenêtre.

-Vous croyez ? Demande à son tour Madame Mary.

-Sacre bleu ! Nous sommes envahis ! dit Garth, surpris de voir les villageois entrer dans le terrain du château.

-Le château est assaillit ! Renchérit Bobby.

-Et ils ont le miroir ! S'horrifie Madame Mary en voyant Lucifer avec l'objet magique.

-Avertissez le maître ! S'écrie Bobby alors que Garth et Madame Mary ainsi que le chien ne sortent dans son dos. –Si ces manants veulent la bagarre, ils seront bien servis ! Qui m'aiment me suivent !

Quand il se retourne, il est déjà seul et commence déjà à avoir peur.

-Vous pouvez prendre tout ce qu'il vous plaira mais n'oubliez pas, la Bête est à moi. Rage Lucifer.

Dans le château, tout le monde se prépare. Tout le mobilier vivant descend des chambres à l'étage pour protéger le hall et empêcher l'ennemi d'aller plus loin. Les villageois, de leur côté, s'approchent encore plus de la porte avec leur bélier maison. Ils prennent de l'élan et envoient le bélier cogné dans la porte.

Quand Garth, Bobby et les autres arrivent en bas, le coup retentit au même moment, laissant derrière lui un funeste écho de ce qui va vite se produire.

-Pardonnez-moi Maître. Dit Madame Mary, maintenant dans l'aile Ouest où elle est venue pour prévenir la Bête de ce qu'il se passe dehors.

-Qu'on me laisse en paix. Dit cette dernière en lui tournant le dos.

-Mais sir ! Le château est attaqué !

Pendant ce temps, les villageois continuent de défoncer la porte d'entrée du château, alors que la commode et les autres tentent de ne pas céder à la force brute du bélier.

-On n'y arrivera jamais. Se lamente Garth.

-F'il te plait, trouffe quefque chose mon doudou. Dit la plumette avec son cheveu sur la langue.

-Ça y est, je sais. S'écrie Garth en se relevant alors que les villageois continuent de cogner avec leur bélier.

-Que devons-nous faire Maître ? Interroge Madame Mary.

-Plus rien n'a d'importance. Dit la Bête en caressant doucement la cloche de verre de la rose magique qu'il regarde tristement. –Laissez-les entrer.