Chapitre 9-la tombe
La journée était déjà bien avancée lorsque Dean se leva. Il était déjà passé midi. Il se précipita hors du lit et rejoignit son jeune frère à la cuisine.
« T'aurais pu me réveiller avant !
- Tu en avais besoin et Cass et moi étions là pour monter la garde, répondit le benjamin.
- Je veux qu'on trouve cette mystérieuse porte dont tu m'as parlé.
- Oui, mais Harry est toujours inconscient.
- Tu es sûr qu'il s'agissait de son langage ?
- Quoi d'autre ?
- De l'énoquien.
- Hé! je sais reconnaitre de l'énoquien Dean Winchester !
- Désolé, je ne voulais pas te vexer.
- Ah, les frères aînés! Ils croient toujours qu'ils en savent plus que nous, se mêla Étienne.
- t'es encore là toi ?
- J'ai dormi un peu, ne t'en fait pas.
- Au chevet de Harry, ajouta Sam.
- mais c'est un alien ! Un vrai alien ! c'est le rêve de tous les geeks!
- Tu devrais l'embrasser, le nargua Dean.
- Tu crois qu'il voudrait ? »
Dean soupira en roulant des yeux, c'était inutile.
« Alors ? Qu'est-ce qu'on attend ? Allons voir si le passage est ouvert, reprit le chasseur aîné.
- Mauvaise nouvelle, nous sommes dans le monde des limaces géantes. La bonne nouvelle c'est que dans cette dimension le passage était ouvert, répondit Sam.
- Ce monde est si terrible ?
- Tu n'as pas idée. Je me demande comment j'ai survécu. Comment Joan a survécu. Gary n'en est pas sorti vivant. Il y a énormément d'eau là-bas. Le passage est ouvert, mais j'ai peur qu'il soit inondé. »
Ils sortirent. Sam s'attendait à marcher dans l'eau, mais les champs n'étaient pas inondés partout. C'était étrange il y avait une coupure nette au milieu d'un même champ. Comme si deux univers reposaient l'un à côté de l'autre sans se mélanger.
« C'est franchement bizarre, » avoua Dean.
Heureusement pour eux, la trappe était dans la partie non-inondée. Ils s'y rendirent. Dean cherchait la cabine téléphonique des yeux, mais il ne la vit nulle part. Elle lui avait fait comprendre qu'elle les suivrait, mais où ?
La porte étrange était là et Sam tentait de reproduire les symboles sur un bout de papier.
« Pourquoi tu fais ça ? Harry va venir les voir lui-même.
- S'il en a envie, ajouta Sam.
- Il a intérêt.
- Tu ne peux pas le forcer.
-S'il le faut. Je vais l'attacher et le traîner de force. On doit ouvrir cette porte, Sam. Je suis sûr qu'on y trouvera la solution à notre problème.
- Ou tout au moins une partie de la solution. On va lui en parler avant de le forcer.
- Ok, mais si ça marche pas, tu me laisse faire. »
Un bruit les fit sursauter.
« Cass, que fais-tu là ? demanda Dean
- Je vous avais dit de m'attendre.
- Tu peux rien faire sans ta grâce.
- Je suis tout de même un chasseur. »
Dean retient un éclat de rire. Il ne voulait pas vexer le pauvre ange. Castiel avait l'air si sûr de lui.
« Alors Cass, c'est quoi ces symboles ? demanda Dean.
- C'est du Gallifreyen. Le langage des Seigneurs du Temps.
- Tu peux traduire ? demanda Sam.
- Je comprends toutes les langues qui ont existé su Terre, mais ça, ce n'est pas de la Terre. Je vais essayer de voir ce qu'il y a derrière. »
Castiel s'approcha et posa sa main contre la porte durant quelques minutes puis la retira.
« Et ? demanda Dean.
- Rien, je pourrais avec ma grâce, mais pas comme ça. Cette porte est imperméable à toutes formes de violation : télépathie, onde sonore, visuelle etc. ou même spirituelle. Un fantôme ne peut y pénétrer. »
Lorsqu'ils revinrent à la maison, l'atmosphère était un peu lourde.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Dean.
- Votre protégé est réveillé depuis une heure et embête les autres depuis tout ce temps, lui répondit Fred.
- Ce n'est pas de ma faute si vous n'aimez pas qu'on vous dise la vérité, répliqua Harry.
- Quelle est cette vérité ? demanda Sam, bien qu'il s'en doutait.
- Que l'ange, vous deux et moi sommes indispensables et que les autres ne sont là que par hasard. Donc, nous avons priorité sur la nourriture, les couvertures chaudes et tout le reste, expliqua-t-il.
- Je vois que tu te portes beaucoup mieux. J'ai copié ça, tu peux traduire ? demanda Sam, pas étonné le moindrement par l'attitude de Harry.
- Tu as trouvé ça où ?
- Dans le sous-sol. Il y a une grande porte avec ces inscriptions et on veut l'ouvrir.
- Oh, d'accord. »
Il prit la feuille et sortit à l'extérieur. Sam avait beau regarder par toutes les fenêtres, il ne le voyait nulle part. Il supposa qu'il s'était rendu sur les lieux. Les chasseurs et l'ange le suivirent. Castiel savait où il était. Il s'arrêta net ou il y avait une coupure entre les deux dimensions. La feuille chiffonnée gisait par terre.
« Il a traversé, déclara l'ange.
- Je crois qu'on va avoir de la difficulté à le convaincre de nous aider, dit Sam.
- Retrouvons-le et forçons-le. Je veux sortir d'ici, insista Dean.
- Je vais avoir besoin de ma grâce. Je peux tenter de traverser une fois que je l'aurais retrouvée.
- Si tu trouve la cabine téléphonique dis-lui de me faire signe, demanda Dean.
- Elle est ici.
- Où ça ?
- Autour de nous. Elle a téléporté cette maison. Ceci est la limite de son influence, répondit-il désignant la coupure entre les deux univers.
- Vraiment ? s'étonna-t-il.
- C'est un être d'une grande puissance. Je vais récupérer ma grâce et j'essayerai de faire traverser les survivants avec Évelyne et Joan. Ils seront en sécurité. »
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Étienne avait refusé de partir. Tout ça était beaucoup trop intéressant. Son frère n'avait pas hésité et les adolescents l'avaient suivi après hésitation. Castiel ayant retrouvé sa grâce, ils avaient espoir d'arriver à conclure cette chasse pour de bon. Ils étaient allés examiner de nouveau la porte, mais même avec sa grâce Castiel ne pouvait l'ouvrir. Lorsqu'ils revinrent, Harry était dans la maison et discutait avec Étienne.
« Il a peut-être son utilité celui là, » chuchota Dean à l'intention de Sam.
Harry sursaut presque en voyant Castiel.
« Tu l'as trouvé où ? demanda l'aîné des chasseurs à Étienne.
- Ici. Il me parlait de sa planète natale. Ça a l'air magnifique! S'exclama le jeune intellectuel.
- Oui désolé de vous interrompre on a besoin de lui.
- Je n'ouvrirais pas cette porte ! répondit Harry.
- On va t'y obliger. Cass a retrouvé ses pouvoirs.
- J'avais remarqué, mais vous ne me forcerez pas.
- Cass ! » demanda Dean.
L'ange ne bougea pas.
« Cass qu'est-ce que tu fiche ?
- Je sais pourquoi tu ne veux pas y aller, dit ce dernier, ignorant le chasseur.
- Si tu le sais, pourquoi tu m'y obliges ? demanda-t-il, légèrement bouleversé.
- Parce que nous n'avons pas le choix. Nous devons arrêter ces démons, libérer les âmes prisonnières et l'autre Veilleur.
- J'y gagne quoi ? Absolument rien.
- Je peux libérer ton âme. J'ai ce pouvoir.
- Pour m'amener où ? Dans un autre enfer ?
- Un endroit où tu pourrais commencer ta rédemption.
- Ma rédemption ? Tu te moques de moi ? J'en aurais pour des millions d'années.
- Pas nécessairement. Tu nous as fait venir ici pour libérer le Docteur. C'était ce que tu voulais non ?
- Je vous ai fait venir pour que vous exterminiez ces saletés de démons. Revanche personnelle.
- Ce n'est pas une honte, bien au contraire. Ton affection pour le Docteur est ce qui te différencie de ces démons.
- Ce n'est pas de l'affection !
- Dis nous comment ouvrir la porte, c'est tout, intervint Dean.
- Vous devez prononcer mon nom de naissance en gallifreyen.
- OK c'est quoi ?
- Le nom de naissance d'un Seigneur du Temps est quelque chose de sacré et de connu uniquement par les gens très près de lui.
- On s'en fiche des traditions de ton peuple, on veut ouvrir cette fichue porte et sortir d'ici.
- Dean ! l'avertit Sam.
- Tu n'as aucun tact et aucun respect. De quel droit parles-tu ainsi de son peuple et de leurs traditions ? C'est une civilisation plus ancienne que la Terre elle-même et qui a maîtrisé les voyages dan le temps! Se mêla Étienne, offusqué.
- Ne te mêle pas de ça, reprit Dean.
- Il a raison, Dean ! approuva Sam qui n'aimait pas l'attitude de son frère puis s'adressa à Harry.
- Si tu nous disais pourquoi tu ne veux pas ouvrir cette porte.
- C'est ma tombe. »
Ils furent silencieux un moment, pris au dépourvu. Sam parla le premier.
« Je suis désolé, je comprend ta réticence. Tu n'es pas obligé d'y entrer. Nous nous débrouillerons.
- Vous saviez tous que j'étais déjà mort, mais personne n'a eu le courage de me le dire sauf lui, leur dit-il, désignant Étienne.
- Pourquoi tu lui as dit ? demanda Dean.
- Parce qu'il n'est pas idiot et il l'aurait su de toute façon.
- Vous voyez ? Je n'ai aucune raison de vous aider, Winchester, insista Harry.
- Cass peut te libérer. Tu es peut-être mort, mais tu ressens la faim, le froid, la fatigue et la peur comme nous, reprit Sam.
- Depuis combien de temps es-tu enfermé ici ? Tu as une idée ? demanda l'ange.
- Je ne sais pas. Je ne m'en rappelle plus.
- Ça fait des siècles, » lui apprit l'ange.
Harry finit par les suivre. Les chasseurs étaient étonnés que Castiel, l'être le plus incompétent qu'ils connaissaient en matière de relations sociales, ait réussi à le convaincre. Étienne les avait suivis. Harry s'était approché de la porte et avait murmuré son nom que personne n'entendit à part Castiel. Puis, il s'était éloigné rapidement. Étienne préférait rester avec Harry plutôt qu'avec les frères. Ils ne comprenaient pas pourquoi il passait son affection pour ce monstre égocentrique avant sa curiosité scientifique, mais ils n'avaient pas le temps de s'y attarder.
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C'était une vaste pièce sombre. Les murs gris ternes étaient parcourut de décharges électriques, mais personne ne pouvait voir quelle était leur origine. Quelque chose brillait au loin, au centre de la pièce et des fantômes translucides semblaient errer sans but. Il y avait un chaos sonores difficile à décrire. Des voix, des cris, des murmures, de la musique et surtout cet étrange bruit de fond, comme des tambours, les tambours que Harry entendait dans sa tête. Un enfant qui riait traversa le corps de Dean en courant.
« Qui sont ces fantômes ? demanda-t-il, sur ses gardes.
- Ce ne sont pas des fantômes, mais des souvenirs, répondit Sam, pour qui c'était évident.
- Oui, j'y avais pensé.
- Ça par contre, je n'en ai pas la moindre idée, avoua-t-il en désignant les éclairs qui parcouraient les murs.
- Sa conscience, tout simplement. Ne touchez à rien, » dit l'ange.
Ils se rendirent au milieu de la pièce. Ils remarquèrent une porte semblable à celle qu'ils venaient de franchir sur chaque mur. Ils ne voyaient pas celle du fond, mais ils avaient supposé qu'il y en avait une. Ce qui attirait le plus leur attention était cet immense arbre aux feuilles argentées sorti de nulle part.
« Chaque porte mène à une dimension différente. Je dois trouver celle qui mène au centre du vortex, expliqua Castiel.
- Cet arbre est magnifique. Qu'est-ce que c'est Cass ? demanda Sam, fasciné.
- Il est le produit de son esprit. Quelque chose qui lui rappelle sa planète natale.
- Oui. J'aurais du faire comme Étienne et l'écouter parler de sa planète. Ça a l'air d'un endroit merveilleux ! »
Ils s'approchèrent de l'arbre et en le contournant, ils aperçurent Harry, couché sur un lit de pierre. Sam eut de la difficulté à contenir ses émotions. Il n'aimait pas particulièrement Harry, mais le savoir mort, après tout ce qu'ils avaient traversé était difficile.
« On dirait qu'il dort, » avoua Dean.
Castiel s'approcha et lui toucha le front du bout des doigts.
« Tu n'as pas tort, Dean, constata l'ange.
- Quoi, il dort ?
- Il est figé dans le temps. Il s'est enfermé lui-même dans cette boucle temporelle. Décidément, il est très rusé.
- On n'a plus qu'à le sortir de cette boucle. Tu peux faire ça Cass? demanda Dean.
- Je peux le réveiller, mais les démons l'ont torturé et laissé pour mort. Il n'a eu que peu de temps pour créer cette boucle et il a probablement utilisée ses dernières forces.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Sam.
- Il est figé au seuil de la mort. Plus précisément, trois jours avant sa mort, expliqua Castiel.
- Le cycle de trois jours, devina-t-il.
- Oui, c'est ce qui le garde en vie. Si je le réveille, il ne vivra que jusqu'au prochain cycle.
- Ce qui ne lui donne même pas deux jours.
- C'est suffisant. Je veux dire, pour ouvrir les autres portes, dit Dean.
- Nous n'avons besoin que d'en ouvrir une seule, celle qui mène au milieu du vortex et je peux le faire, j'ai entendu son nom. Par contre, même si on élimine tous les démons, je ne pourrais pas détruire ce monde et sauver l'autre Seigneur du Temps. Il mourra avec cet univers. Il en est le cœur, affirma l'ange.
- Mais nous nous en sortirons ? demanda Dean.
- Ce n'est pas certain et je ne laisserais pas le Docteur mourir ici. Il est le dernier Veilleur de toute la création.
- Qu'est-ce que ça change ?
- Dean, tu as sauvé la Terre de l'apocalypse une fois. Il la sauvé des dizaines de fois. De plus, c'est un ami à moi, avoua Castiel.
- Que fait-on ? demanda Sam.
- Nous devons amener le corps dans un endroit plus confortable et convaincre son esprit d'y retourner. Il sera affamé, déshydraté et en hypothermie profonde. Nous devrons agir vite pour le sauver. De plus, il risque d'être confus et effrayé.
- Qu'attendons-nous ? demanda Sam.
- On doit l'amener avec nous. Ce qui veut dire, traverser ce couloir étroit, le hisser dans l'échelle et l'installer près du foyer. Ce sera lent et difficile. »
Ils entendirent un bruit étrange que Dean reconnu.
« La cabine téléphonique! Elle va le téléporter.
- Amenons-le, dit Castiel.
- Je vais prendre le chemin normal, décida Dean, n'ayant pas apprécié son expérience.
- On a pas le temps, » lui rappela Sam.
Dean obéit à contrecoeur.
