Jeudi 23 janvier


12h30 - Cantine du lycée
Otages: Quatre cent cinquante six élèves, cent un adultes dont quarante sept professeurs

Elle avait l'impression que sa tête allait exploser. Que son corps tout entier ne lui répondait plus et était bloqué par une force qu'elle ne pouvait pas contrôler. Paralysé. C'était le mot. Elle tenta d'ouvrir les yeux et ce fut déjà une étape pour elle. La lumière éclatante du jour, étonnement lumineuse pour la période de l'année, lui laissa difficilement l'opportunité de découvrir où elle se trouvait. Incapable de changer cela, elle dut garder son mal en patience quelques secondes, le temps que ses iris s'habituent à la clarté ambiante pour que les formes autour d'elles se complètent et lui laisse l'occasion de se situer. Elle rageait, cette situation ne lui plaisait pas du tout. Elle n'avait pas peur, mais se méfiait de ce qu'elle allait trouver. Un gémissement qu'elle reconnut étant le sien lui sorti de la bouche alors que sa main alla se poser automatique à l'arrière de son crâne qui lui lançait encore. C'était sûrement pour cette raison d'ailleurs qu'elle s'était réveillé. La douleur lancinante de celui-ci lui faisait limite perdre la tête. Puis ses souvenirs revinrent alors qu'elle découvrait avec son simple touché, la bosse qui lui trônait sous sa chevelure. Les chiens n'y étaient pas allé de mains mortes.

Ses souvenirs étaient tout aussi douloureux que sa nouvelle blessure. Des flashs du regard catastrophé de Sasuke avant de tomber lui firent mal au cœur. Le bruit des pas courant dans tous les sens. Le hurlement de Naruto qui allait sûrement être une nouvelle fois fou de rage. Les larmes d'Hinata tombant sur le sol sal du couloir. Le corps inerte de Konohamaru dans les bras de son meilleur ami. Et Sai, le valeureux Sai, qui aurait pu s'en sortir indemne, s'il n'avait pas sauvé une Hinata complètement désemparé par la situation. Puis le noir.

Sai. Ce fut quand elle se rappela de lui que sa vision se décida à lui répondre correctement et ce fut aussi la première personne qu'elle vit. Sai était à ses côtés, toujours allongé mais après vérification de la Rose, toujours en vie. Elle souffla, rassuré.

Elle ne devait plus perdre aucun de ses amis. Elle ne le supporterait sûrement pas. Son esprit ne le supporterait sûrement pas.

Elle leva les yeux, dans un meilleur état d'esprit que dans lequel elle s'était réveillé, mais déchanta très vite.

C'était bien le self, dans lequel elle se trouvait en ce matin de janvier. Ce même self où tout avait commencé. Duquel elle avait réussi à sortir avec ses camarades. Et son cœur tonna dans sa poitrine d'une façon qu'elle ne l'avait jamais senti. Elle avait l'impression d'avoir échoué. D'être revenu au point de départ. Que tout ça n'avait été qu'un rêve ou même un cauchemar. Son petit monde était en train de se briser alors qu'elle avait l'impression qu'elle allait craquer sous le symbole de cette nouvelle prison dans laquelle Orochimaru l'avait enfermé.

Mais il le savait, il devait savoir ce que cette situation lui procurerait. Parce qu'il était vicieux, manipulateur et calculateur.

Son esprit rebelle se mit à analyser tout de suite la situation. Elle n'était pas ligotée, tout comme Saï. Elle n'était ni enchaîné, ni bloqué dans ses mouvements, mais n'avait rien autour d'elle.

Rien.

Et c'est là qu'elle s'en rendit compte. La cantine était bondée de monde, de tous les otages qui s'y trouvait lors du premier jour. Mais à côté d'elle, personne. Elle releva un peu plus le visage et les vit. Tous.

Les otages étaient bien là, mais une sorte de barrière invisible les séparaient, elle et Sai de tous les autres. Pourtant, ils étaient comme eux. De vulgaire otages. Sa tête tourna de gauche à droite, tentant de comprendre la situation, de capter un regard. Mais elle ne croisa les pupilles de personnes, toutes fuyant les siennes et ça, elle l'avait remarqué.

Isolée de tous par plus de deux mètres de vide, elle se sentit tout à coup seul. Sa main vint frôler le bras de Sai, se rassurant de sa présence. Elle en eut grand besoin. Car Orochimaru jouait un jeu auquel elle ne connaissait pas les règles et surtout bien trop malsaines pour elle. Elle était prête à paniquer dans sa solitude. Se sentant plus seul que jamais, plus perdu que jamais. Plus en danger que jamais surtout, au centre de cette immense pièce, remplit de centaines de personnes auprès desquelles elle ne pouvait trouver aucun soutien.

Puis, l'ange de la mort arriva. Droite, fière, arrivant sur eux à une allure calculée. Accompagné et protégé par des hommes bien trop armés comme d'habitude.
Sakura ne trembla pas, mais elle put sentir Sai, posé à ses côtés et réveillé depuis maintenant quelque temps, frémir.
Elle ne put que le comprendre et l'en pardonner. Elle avait ressenti la même chose la première fois qu'elle avait croisé Orochimaru. Mais aujourd'hui, sa haine était si puissante envers cet homme qui n'aurait jamais dû naître, qu'elle n'arrivait plus à trembler devant sa prestance.
Et elle le savait, il détestait ça.

Elle en profita pour le fixer tout aussi fière et neutre que lui. Lui prouvant sa force, sa présence et ce qu'elle pensait.
Elle pouvait la sentir, la peur qui emmenait de chaque otage autour d'elle, recroquevillé sur eux-mêmes face à cet homme qui les avait sûrement maltraité ces derniers jours. Elle aurait voulu baisser les yeux, honteuse. Honteuse de les avoir laissés derrière elle le jour où elle s'était échappé, ne pensant qu'à sa propre peau. Qu'a sa propre vie.
Et elle tentait de réparer ses erreurs chaque jour depuis.
Orochimaru arriva face aux deux rebelles qui furent forcés de se lever sous la joue des terroristes qui l'accompagnaient. Sakura eut même le privilège d'être attrapé par l'un d'entre eux pour l'y aider plus rapidement qu'elle ne mettait. Elle ne s'empêcha pas de tenter de s'échapper de la poigne du terroriste en lui lâchant le regard le plus assassin qu'elle avait en stock.

- Si j'avais besoin d'aide je t'aurais sonné.

Le terroriste, furieux, levait déjà la main, prêt à lui faire comprendre qui était en position de parler, mais Orochimaru le stoppa d'un simple doigt en l'air. Elle fut choqué de la façon dont ses hommes lui obéissaient. Analysant la situation et tentant d'en profiter pour prendre le plus d'information.

Toujours furieuse, Sakura tourna quand même la tête vers le terroriste la tenant bien trop fermement par le bras. Avait-il peur qu'elle se jette sur Orochimaru pour le tuer de ses dents? Sai n'avait pas le droit à temps de précaution lui.

Elle ne put s'empêcher de lui cracher son insulte au visage, dégoûté d'une telle fidélité envers un monstre comme Orochimaru.

- Gentil chien.

Cette fois-ci la gifle tomba. Sakura cracha la bille de sang qui lui prit la bouche aux pieds d'Orochimaru. Elle leva les yeux pour voir sa réaction.
Orochimaru n'avait pas été écouté par le terroriste quand il lui avait silencieusement demandé de ne pas toucher la Rose. Elle le vit soupirer, mais contenir sa colère. Elle l'espérait, les répercutions contre le terroriste seraient violentes. Cet homme était fou, elle l'avait bien compris. Elle en sourit d'avance.

- Je n'ai pas de temps à perdre. Je vais être direct et je suis sûre que tu sais très bien pourquoi tu es là. Je veux la vérité. Directement et sans entourloupe, crois- moi, ça sera mieux pour toi comme pour moi. Ou tu regretteras de devoir passer par la méthode forte.

Évidement, elle ne comprenait rien à son charabia. Pourquoi d'ailleurs ne comprenait-elle rien à ce qu'il lui disait. Son coup à la tête avait-il été si puissant, qu'elle en avait perdu certaines facultés ou alors lui avait-il provoqué des trous de mémoire?
Elle fronça les sourcils. Non. Elle n'était pas si fragile. Cet homme était juste en pleins déliré. Comme depuis le début de tout ça. Comme depuis toujours d'ailleurs.
Il était déluré, perturbé et vivant dans un autre monde, pourrissant celui de tous les autres.

- Quoi ?

Orochimaru soupira une nouvelle fois. Elle ne l'avait jamais vu soupirer par le passé. La situation devait le déranger apparemment. Mais c'était lui qui l'avait créé de toutes pièces.

- Ne me fait pas perdre mon temps, je sais déjà comment l'occuper d'ailleurs si tu joues à ce jeu avec moi. Et crois moi que je sais y faire en question de torture pour obtenir ce que je veux. Alors dis-moi où sont les plans et je te laisserais.

Torture? Plans? Non, Sakura devait vraiment avoir manqué un chapitre dans toute cette histoire. Parce qu'elle se trouvait dans une situation qu'elle ne comprenait réellement plus.
Elle tourna le visage vers Sai. Il ne bougeait plus. Tout aussi perdu qu'elle apparemment, mais aussi et sûrement terrifié par le personnage face à eux et ce qu'il leur annonçait.

Sai ne lui serait pas d'une grande aide dans la situation actuelle, il était tout simplement incapable d'agir. Elle avait de la peine pour le jeune homme. La mort d'Ino était déjà un coup dur pour lui, il ne méritait pas de se retrouver à ses côtés en ce moment.
Elle ne pouvait rien lui laisser arriver.
Mais que pouvait-elle faire, alors qu'elle-même, commence à sentir au creux de son ventre, la trouille prendre possession de son corps.

La situation dans laquelle ils se trouvaient, venait de passer un tout autre cap. Un cap peut être trop dangereux pour elle. La torture était un sujet auquel elle n'avait jamais pensé. Et elle était en train de le frôler. Elle ne voyait même pas ce que le serpent pouvait comprendre par ce simple mot d'ailleurs.
Elle aurait sûrement tout fait pour y échapper, si seulement elle comprenait un traître mot de ce qu'Orochimaru lui disait.

Il lui parlait de plan. Or, jamais, dans toute la prise d'otage, elle n'avait entendu quelqu'un lui parler de plans. Elle ne voyait même pas ce que des plans venaient faire dans cette histoire de terrorisme. Elle se retrouvait menacée et sa seule échappatoire était une chose dont elle n'était pas du tout au courant. Son sang ne fit qu'un tour quand elle dut lui dire, peu fière cette fois-ci.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

Elle le vit soupirer une fois encore. Elle inspira, le regard effrayé cette fois-ci.

Parce que oui, Sakura Haruno, ressentait vraiment et réellement la peur comme elle ne l'avait jamais ressenti auparavant.

- Je savais qu'on aurait du en arriver là. Emmenez-les et que la fête commence comme on dit chez nous.

Un terroriste s'approcha de Sai, qui n'avait toujours dit aucun mot et dont le corps commençait à être pris de spams violents.
Par automatisme, elle tenta de s'interposer pour les empêcher d'attraper son ami.
Le terroriste qui la tenait déjà l'attira bien vite de son côté, aidé par un autre qui arrivait près d'elle. La jeune fille se débâtit comme une lionne, mais rien n'y fit.

- Sakura !

Le cri de Sai lui fendit le cœur, alors qu'elle y descellait toute la peur qu'il cumulait depuis le début.

- Sai!

Se mouvant dans toutes les positions possibles pour tenter d'échapper aux hommes qui la tenait tout comme Sai, il tentait, désespérément de se rejoindre inutilement, car même s'ils y arrivaient, cela n'aurait rien changé à la situation.
C'était juste un acte désespéré, juste ce besoin de se toucher pour se rassurer, savoir qu'ils n'étaient pas seuls.
Sakura vit une troisième terroriste s'approcher d'elle pour lui attraper les pieds et l'emmener avec ses deux collègues vers la salle du fond. Le lieu qu'on appelait avant la cantine des professeurs et qui sonnait aujourd'hui comme l'antichambre de la mort aux yeux des deux réfugiés. Elle fut traînée à la suite de son ami, sous les yeux effarés et impuissants des otages du self. La porte de la salle claqua derrière eux dans un fracas assourdissant puis le silence se réinstalla lourdement dans la grande pièce. Un silence de mort que personne ne pouvait combler de quelque manière que ce soit. L'ambiance devint alors lourde et oppressante.
Enfin pour quelques instants.

Car bien vite, les cris des deux jeunes héros se firent entendre de temps à autre comme pour consolider cette ambiance austère et effrayante. Personne n'étant capable de dire ce qui se passait dans cette salle, mais tous s'attendant, à revivre ce moment de leur vie chaque nuit. Car les cris stridents de douleurs qu'ils entendaient étaient horribles à leurs oreilles et ils s'en souviendraient à jamais. Enfin, s'ils s'en sortaient vivants...

Heure inconnue - Cantine du lycée
Otages: Quatre cent cinquante six élèves, cent un adultes dont quarante sept professeurs

La jeune fille se releva brutalement en inspirant toute l'aire qu'elle pouvait emmagasiner le plus rapidement possible afin de ne pas s'étouffer. Elle aurait voulu dégager les mèches de cheveux qui lui collaient au visage, complètement trempées, mais ses mains étaient ligotées dans son dos, derrière la chaise et l'empêchaient de faire le moindre mouvement.

Branlante sur cette fameuse chaise en bois, reprenant doucement conscience du monde qui l'entourait, du fait qu'elle était une nouvelle fois vivante après ce qu'elle venait de subir, elle tenta de calmer sa respiration malgré tous les facteurs qui l'en empêchait.

Elle ne saurait dire depuis combien de temps elle se trouvait là. Le soleil se couchait doucement, ça, elle pouvait le remarquer grâce aux grandes baies vitrées qui donnaient sur la cour extérieure. Mais c'est le seul indice qu'elle avait.

Elle ne prenait plus la peine de faire attention à ça depuis le matin.

Orochimaru leur avait fait subir une première séance de torture épuisante et plus violente qu'elle ne pouvait le supporter. Enfin, que son corps ne pouvait le supporter, car son esprit, lui subsistait.

Oui il subsistait et se battait à chaque instant ou elle croisait le regard trop peu expressif d'Orochimaru face à ce qu'il leur imposait. Il subsistait à chaque fois qu'il ne bougeait pas un seul doit et donnait simplement des ordres à ses larbins qui les suivaient à la règle, un sourire vicieux aux lèvres.
Il subsistait même quand il arrivait au serpent de s'énerver face à la bouche muette de Sakura et Sai qui n'avait aucune information à lui donner.

Elle avait eu le droit à une pause. Elle ne savait plus à quelle heure. Elle ne savait même plus depuis combien de temps elle était passée et elle était même incapable de se rappeler combien de temps elle avait duré.
Le seul souvenir qu'elle en avait, c'était qu'elle avait été traîné sans ménagement jusqu'à la même place où elle s'était réveillée le matin même. Son corps avait craqué et à peine jeté, elle était tombé dans les vaps, incapable de se battre plus longtemps, son corps suppliant pour récupérer le minimum vital de force.

Depuis, elle avait été de nouveau réveillé et le spectacle avait continué de plus belle si ce n'était encore plus intensément. Car Orochimaru n'était pas patient. Ce n'était pas une vertu qui allait avec son nom. Et étant prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait, il n'hésitait pas à les pousser à bout.
Qu'importent leurs âges, leurs sexes, leurs endurances ou quoi ou qu'est-ce. Orochimaru n'avait aucune pitié et aucun respect. Il était cruel, malsain et monstrueux.

Sakura n'avait de cesse de le lui répéter avec bien d'autres péjorations.

Elle haïssait cet homme un peu plus à chaque sévices qu'elle recevait. Elle le voyait mourir entre ses mains, s'imaginait le tuer avec une rage qu'elle ne se connaissait même pas.

Et ça aussi, Orochimaru le remarquait. Il pouvait lire, elle en était sûre, cette nouvelle flamme qui s'allumait dans ses yeux au fil des minutes et des heures qui passaient.

Il n'en était que plus frustré mais aussi ébloui. Cette fille était vraiment à part, elle ne cessait jamais de se battre et il n'aurait jamais pensé tomber sur une telle personne le jour où il avait lancé la prise d'otage.

Pour lui, ils n'étaient tous que des enfants, des hommes et des femmes qui ne connaissaient rien à la vie, la dure, des professeurs plus empotés les uns que les autres.

Mais Sakura, était différente. Avec ses amis, elle était parvenu à faire quelque chose que personne d'autre n'aurait tenté. Et malgré tout ce qu'il lui mettait en pleine figure, elle continuait de se battre et ne perdait pas espoir.

Cela ne lui donnait que plus envie de lui en faire baver. De la voir souffrir, crier, pleurer pour au final l'achever. Car elle était trop impétueuse de se mettre en travers de sa route, elle avait prit confiance en des capacités qu'elle découvrait à peine, il ne pouvait pas laisser faire ça.

Mais ça, la Rose ne le savait pas. Elle ne voyait pas qu'elle était en train d'attiser de plus en plus la haine du Serpent à son tour. Elle ne voyait pas les sombres idées qui planaient dans sa tête, cherchant un moyen de lui en faire baver comme jamais. De la garder vivante le plus longtemps possible pour mieux la voir lâcher son dernier soupir. Il était le mal incarné et il se délectait déjà de ce qu'il allait faire d'elle par le futur. Elle ne s'y attendait pas, elle ne le pouvait.

Son souffle commençait à peine à devenir de nouveau régulier, elle entendit Sai à ses côtés être de nouveau libérée.

Il n'avait pas le droit au même châtiment qu'elle, mais elle ne saurait dire lequel des deux était le plus doux ou le plus préférable, s'il y avait comparaison à faire.

La tête du jeune homme, maintenue par un terroriste était plongé dans une énorme bassine d'eau quand Sai venait à ne pas répondre la réponse qu'attendait Orochimaru, c'est-à-dire tout le temps puisque le vieux demandait une chose qu'ils étaient incapables de lui fournir. Il n'hésitait pas à l'y laisser le plus longtemps possible. Plusieurs fois, quand elle avait le temps de regarder son ami, Sakura avait paniqué en comptant les secondes qui défilaient et le corps de Sai prit de spasme violent sous le manque d'oxygène.

Son regard croisa le sien, sombre. Elle le voyait, il n'en pouvait plus. Et une nouvelle fois, elle s'en voulait de le mettre dans une telle position.

Elle tenta de rester forte, pour lui. Malgré sa gorge qui lui brûlait. Malgré ses yeux qui lui piquaient depuis qu'elle n'avait pas eu le temps de fermer les yeux quand la serviette bouillante s'était posé sur son visage et que l'eau avait coulé abondamment pour lui fournir cette sensation de ne plus pouvoir respirer.

Elle entendait la micro-onde tourner encore et encore, inlassablement. Elle le savait, le repos n'était que de courte durée. Et jamais elle n'avait autant haï un si simple bruit. Le signal sonore strident de la micro-onde quand il eut fini de chauffer.

Sa tête lui tournait. Elle n'arrivait plus à capter ce qu'il se passait autour d'elle. Puis son regard s'arrêta de nouveau vers Orochimaru.

- Alors ?

- Toujours rien. Lui indiqua-t-elle.

Et en même temps que pouvait-elle bien lui dire de plus. Rien ne lui viendrait, comme ça, pour la simple et unique raison qu'il lui faisait du mal. Au final, il pourrait la tuer, que la situation ne changerait toujours pas. Elle était ignorante de tout ce qu'il lui demandait.

Pourtant, il n'avait pas été doux.
Le picotement des coupures encore à vif sur son visage et son corps lui rappelait sa sombre matinée. Les lames avaient même était chauffé à la flamme à certains moments, ça lui avait ironiquement rappelé son premier jour en tant qu'otage.

Son crâne atrocement lourd lui rappelait les coups multiples qu'elle avait pu prendre. Elle savait qu'elle s'en sortait mieux que Sai, dont le nez était étrangement tordu, mais son arcade, elle, si elle n'était pas désinfectée bien vite, lui laisserait sûrement une sale trace pour des jours et des mois à venir.
Enfin, si elle avait la chance de vivre encore tout ce temps.

Parce que oui, depuis qu'elle était dans cette pièce, à se prendre mille et un coups dans la face, Sakura avait perdu espoir d'un jour pouvoir en sortir.
Elle en était même sûre.

Elle vit Orochimaru lever la main, l'air lasse.
Sa chaise bascula de nouveau en arrière, elle n'eut même pas le foiede bouger ne serait-ce que le petit doigt, son corps se tendit quand même, appréhendant ce qui l'attendait, malgré la fatigue et la serviette se posa de tout son long sur son visage, elle était plus que bouillante mais elle ne cria pas. Son visage commençant à être anesthésié par tous les coups qu'elle y prenait.
Ce ne fut que quand l'eau coula sur celle-ci, l'empêchant de respirer, que ses mains s'agrippèrent à la corde qui les tenaient et qu'elle recommença à tenter de crier, suffoquant. Prise par cette insupportable sensation d'oppression et d'étouffement.

Dans la soirée - Cantine du lycée
Otages: Quatre cent cinquante six élèves, cent un adultes dont quarante sept professeurs

Elle transpirait, alors que la nuit n'était pas forcément encline à être chaude, elle suffoquait dans ses vêtements. Allongée face contre terre sur le sol même du self, elle fixait le sol à quelques millimètres de son visage.

La nuit était tombée, tous se reposaient, mais elle n'y parvenait pas. Elle restait là, comme une idiote à fixer le sol, dans la position exacte où on l'avait jeté pour lui accorder un peu de répit.
Elle ne parvenait pas à se remettre de ces émotions. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle était là et qu'est-ce qu'elle faisait là.
Tout tournait vite autour d'elle, son petit monde était en train de s'effriter. Les yeux ouverts comme des billes, elle ne parlait pas, ne bougeait pas, ne faisait pas un bruit, mais la tension était palpable rien qu'en la regardant.

La main de Sai sur son bras la fit sursauter. Comme réveillée d'un mauvais songe, elle le regarda. Mais son état physique lui fit plus de peine qu'autre chose. Sai était sûrement tout aussi amoché qu'elle, mais elle ne s'en rendait pas compte, à ses yeux, il était le plus défiguré et le plus à plaindre, car tout le monde était toujours plus à plaindre qu'elle. Son regard s'adoucit.

- Je suis désolée...

Sai émit un son étrange, qu'elle reconnut comme étant celui d'un rire.

- Pourquoi devrais-tu être désolé pour tout le monde Sakura?

-C'est ma faute si nous sommes là.

-Non !

Son ton autoritaire la fit tressaillir et elle fixa le jeune homme bêtement.

- Si nous sommes là, ce n'est ni de ta faute, ni de la mienne, ni de celle de nos amis, c'est la faute d'Orochimaru. Et j'espère bien que tu lui feras regretter tout ça.

La rose le regarda étrangement, sans comprendre ce qu'il voulait lui faire comprendre, mais elle n'avait plus la force de parler. Ces yeux commençaient à papillonner et sa tête pesait étrangement lourd.

Elle vit le sourire de Sai sur son visage.

- Quoi qu'il advienne Sakura, merci ! Tu es un héro.

Sa tête se posa sur le sol et le sommeil la prit dans ses bras sans qu'elle ne puisse rien dire de plus.

Heure inconnue - Cantine du lycée
Otages: Quatre cent cinquante six élèves, cent un adultes dont quarante sept professeurs

Il n'avait toujours pas obtenu ce qu'il voulait et il était en colère, ça se voyait.
Un nouveau jour s'était levé, sans que Sakura ait la force de le regarder. Ses yeux avaient du mal à s'ouvrir mais elle avait bien vite tenté de récupérer toute la prestance qu'elle avait en stock ou qu'il lui restait plus tôt, c'est-à-dire très peu, quand elle avait vu arriver de nouveau Orochimaru, dans une nouvelle démarche assurée et pressente. Elle le voyait, elle le sentait, il avait un but, un nouveau but en ce nouveau jour, et elle en eut le poil hérissé d'appréhension.
Tout cela ne présageait rien de bon.
De la même manière que la première fois, elle fut soulevée par les mêmes terroristes pour se retrouver face au serpent qui menait ses équipes avec une main de fer. Elle en restait toujours étonné même après tout ce temps. Elle ne s'épuisa pas à se débattre comme par le passé, elle n'en avait même plus la force de toute manière.

Orochimaru l'avait vidé, épuisé. Elle n'aurait jamais imaginé tenir encore debout après son réveil. Ses muscles lui brûlaient, ses blessures l'ont piqué. Et comme son corps en était entièrement recouvert, c'était tout son corps qui la brûlait.
S'ils devaient repartir pour une nouvelle journée identique, la jeune fille ne savait pas si elle serait capable de tenir.
Elle tourna le visage vers son ami. Il avait l'air encore plus fatigué qu'elle. S'il tenait debout, c'était uniquement grâce aux terroristes qui le tenaient. Elle voyait son corps s'effondrer à tout instant. Les bleus qui lui barraient le visage le défiguraient bien plus qu'elle ne devait l'être. Enfin c'est ce qu'elle supposait, car elle n'avait pas la possibilité de pouvoir s'admirer dans un miroir ces derniers temps.
Elle fulminait. Comment pouvait-on être aussi cruel.

- Je commence à être fatigué de votre mutisme sans intérêt.

Sakura fit de nouveau attention à lui. Réveillé par cette haine qui la prenait au corps, elle se tint le plus droite possible, tentant d'être fière, même si le résultat n'était sûrement pas celui qu'elle escomptait.
Elle le fixa, sans un mot.

Il était épuisé? Qui d'eux deux était le plus épuisé sérieusement?
Le vieux serpent avait sûrement dû dormir dans un lit fait, au chaud avec un minimum de confort peut-être mais il avait dormi.
Elle avait passé sa nuit sur le sol froid et sûrement plus que sal du réfectoire de l'établissement. Les muscles plus qu'endoloris, certaines de ces blessures saignantes. Combien de fois s'était-elle réveillée, le goût de son propre sang trop fort dans sa gorge ou une blessure la faisant sursauter d'un coup tellement elle lui faisait mal.
Orochimaru avait-il ce genre de problème la nuit? Cette nuit ?
Elle rigola à haute voix.

Elle sentait les regards interrogatifs du peu d'otages qui osaient les regarder. Elle devait sûrement passer pour une folle. Et en quoi serait-ce étonnant après tout. Elle en avait bien le droit non .
Orochimaru fronça les sourcils. Il devait sûrement penser qu'elle se moquait de lui par rapport à ce qu'il cherchait éperdument apparemment, dans sa folie. Alors que la Rose ne pensait même plus à ça. Elle était épuisée, dépassée, elle en avait assez de ces conneries. Elle baissait les armes face à cet homme qui ne les méritait même pas de toute façon. À quoi bon.
Et puis même si elle savait quelque chose au point où elle en était, elle préférerait mourir avec son secret plutôt que de lui divulguer quoi que ce soit.

- Je te connais Sakura.

- A la bonne heure, c'est sûre qu'on a grandit ensemble.

Elle n'avait réellement plus peur de lui. Plus peur de rien. Plus peur de la mort.

- Je commence à savoir comment tu fonctionnes.

- Comme tout le monde apparemment.

- Souffrir ne te gènes pas, si c'est pour les autres, mais voir les autres souffrir, ça, par contre, tu ne le supportes pas.

- J'ai l'impression qu'on a déjà eut cette discussion vieux fou.

En faisant référence à Ino, sa meilleure amie morte à cause de lui, son besoin de tuer Orochimaru se réveilla de nouveau et lui donna un peu plus la force de tenir debout et de le regarder dans les yeux. Tentant de desceller ce qu'il voulait lui faire comprendre.

- Tu m'as torturé, tu as torturé mon ami avec plus de vigueur que moi. Tu as tué ma meilleure amie devant mes yeux. J'ai dû laver son sang de mon corps, de mon visage, de mes cheveux. Tu as tué des êtres qui m'étaient chers. Tu as brisé mon meilleur ami. Je suis épuisé, acculé et je n'ai même plus de raison de me battre puisque - et tu n'as pas besoin d'analyser 100 fois la situation pour ça - j'ai perdu, je suis de nouveau ton otage ou plutôt ton jouet vu ce que tu me fais subir. Alors dis-moi Orochimaru, qu'est-ce que tu voudrais faire de plus?

C'est fini, tu as gagné, alors peut-être que la récompense ne te satisfait par au final, mais je suis là, devant toi. Je suis fini et tu le sais. Je n'ai plus rien à perdre et contrairement à ce que ton esprit de fol allié pense, je n'ai plus rien à donner non plus.

C'est la fin, finissons en le chat mange la souris comme dans chaque histoire au final, on n'est pas dans un dessin animé, je ne vais pas m'échapper par un petit trou. Quant aux aux chiens, ils sont dehors et ne sont pas près de rentrer.

Sakura n'avait que peu de force, mais elle avait tout donné dans son monologue. Comme si parler allait changer les choses. Comme si discuter avec cet homme sur ce qu'il avait fait, sur les actes infâmes qu'il avait commis, allait le réveiller. Comme si qui que ce soit ici, serait capable de se réveiller et de changer les choses.
Elle ne fit même pas attention aux réactions des autres otages, ni de son ami à ses côtés. À quoi bon? Ils ne pouvaient rien faire de plus et ne feraient rien de plus.
Ses yeux se fermèrent quelques petites secondes et elle repensa à Sasuke. À Naruto.
Depuis le début, elle n'avait pas osé le faire. Comme si elle pouvait les mettre en danger rien qu'en le faisant.
Elle espérait juste que les deux hommes les plus importants de sa vie, s'en sortiraient vivants et rapidement avant que ce fou d'Orochimaru ne tue tout le monde. Ils ne méritaient pas ça. Pas eux.
Mais alors même qu'elle laissait tomber toute, sa vie, la liberté et même ses espoirs, Orochimaru ne lâchait pas l'affaire.

- Ne devient pas ennuyeuse petite, j'ai encore de grand projets pour toi.

Il lui tourna le dos. Elle le suivit sans vraiment le faire, elle fut plutôt traînée à sa suite qu'autre chose.
Elle fut légèrement rassurée en se rendant compte qu'ils n'allaient non pas vers la cantine des professeurs mais à l'opposé de celle-ci.
Jusqu'à ce qu'Orochimaru attrape la première fille qu'il trouva sur sa route, dans la foule d'otages à sa merci. Il ne l'avait même passélectionné selon certains critères, il n'avait eu qu'à se baisser légèrement pour prendre le premier bras qu'il trouvait et emmener un être vivant comme un jouet quelconque avec lui sans même regarder à quoi il ressemblait.
Sakura fronça les sourcils en entendant les gémissements de l'enfant bien trop apeuré. Ils lui déchiraient le cœur.
Ils entrèrent dans les grandes cuisines de l'établissement. Vides et étrangement fantomatiques. Les lieux avaient sûrement dû être quitté à la va-vite le jour de la prise d'otage. Ils lui procuraient une sensation étrange qu'elle n'arrivait pas à décrire.
Tout avait été laissé tel quel. Les marmites remplient de nourriture maintenant tournées sur le feu qui avaient tout de même été éteins. Les ustensiles sur les plateaux de cuisines. La vaisselle s'accumulant dans les éviers et les laves vaisselles émanaient une odeur ambiante assez déplaisante. Tout été à l'abandon depuis maintenant plusieurs jours. Trop de jours. Même la cuisine ne le supportait pas. Hilarant encore une fois.

Elle se mua dans un silence pesant, attendant de comprendre à quoi jouait une nouvelle fois Orochimaru.

Elle n'avait même pas la force de s'imaginer quoi que ce soit, elle préférait laisser les choses se faire plutôt que de surchauffer encore une fois son cerveau inutilement, parce qu'elle s'était rendu compte, qu'elle ne parvenait jamais à comprendre ce que l'esprit tordu d'Orochimaru pouvait manigancer. C'est pour cela aussi qu'il avait toujours une longueur d'avance sur elle. Parce qu'il était complètement fou.

- Comme je l'ai dis, j'ai de grands projets pour toi, mais pour le reste, tout n'est que futilité.

Elle fronça les sourcils en le voyant de nouveau se déplacer, cette fois-ci vers un évier vide, il appuya sur un bouton et le son strident et trop fort pour ses oreilles se fit entendre dans toute la pièce, peut-être même derrière eux dans le self alors qu'il la regardait patiemment. Une lueur de folie passa dans ses yeux. Les poils de sa nuque se levèrent d'appréhension, elle ne comprenait pas où il voulait en venir, mais elle n'aimait pas la situation.

- Voir souffrir les gens te fais si mal? Alors jouons sur la corde sensible.

Il criait pour se faire entendre avec le vacarme de la déchiqueteuse à détritus. Elle tenta de faire lâcher la prise des terroristes qui la maintenait à sa place, plus par réflexe qu'autre chose.

- Alors maintenant réponds moi Sakura ! Où sont les plans?

Les derniers mots avaient été dit avec rage, montrant sa détermination et son manque de patience à obtenir ce qu'il voulait. Mais elle n'avait toujours rien à lui donner.

- Répond où je lui broie le bras ! Maintenant !

Les sourcils de la rose se haussèrent de surprise à l'entente de son plan. C'était donc ça ! Comment pouvait-on planifier une telle chose, comment pouvait-on ne serait-ce qu'imaginer tenir une pauvre âme innocente dans ses mains pour lui faire subir ça. Elle n'y croyait pas. Enfin, elle n'y croirait pas, si elle n'avait jamais rencontré Orochimaru. Les cris de détresse de la jeune fille maintenue par le serpent tentant de se libérer lui firent tourner son regard vers elle. Son cœur craqua une nouvelle fois, elle tenta de nouveau de faire lâcher prise à ses terroristes pour rejoindre désespérément cette pauvre fille qui "n'aurait jamais dû se trouver là, mais vainement. Elle le sentait, elle ne pouvait rien faire, elle était bloquée. Et depuis quelques heures, c'était son lot quotidien mais là, ça allait la rendre folle.

- Je ne sais rien de tout ça.

Elle cria de rage, de désespoir, de frustration. A la limite de la folie.

- C'est ainsi donc !

Le regard d'Orochimaru se fit plus sombre et déterminé et alors qu'elle parvenait à libérer un de ses bras, il poussa le jeune otage en avant et dans un mouvement macabre glissa le bras de celle-ci dans le déchiqueteur.
Le cri de Sakura n'empêcha pas ceux de la jeune fille de déchirer l'établissement de frayeur. Ils étaient horribles aux oreilles de Sakura et le sang ne tarda pas à tacher Orochimaru et la cuisine. Elle sentait sa douleur, la voyait et elle avait l'impression de devenir folle devant cet acte de cruauté gratuite.
Elle poussa un hurlement de rage et puisa dans les dernières forces qu'elle ne se connaissait même pas pour se dégager violemment des terroristes qui la tenaient. Même eux ne s'y attendaient pas. Elle flanqua son poing dans le premier, son pied dans l'autre et dans un élan de folie attrapa le premier couteau qu'elle trouva sur un plan de table en fonçant vers Orochimaru.
Personne ne s'y attendu et elle arriva à attendre le vieil homme. Le visage froid et remplit de rage, elle voyait rouge et ne fixait que lui.
Il poussa l'otage sur le côté et par un réflexe de défense passa un bras devant son visage.?

Elle le poussa violemment et attrapa l'autre pour le clouer sur un plan de travail, comme si elle pouvait espérer l'immobiliser avant de planter le couteau dans celle-ci en hurlant.
Le serpent cria de douleur et alors que le poing levé elle s'apprêtait à le battre jusqu'à ce que son corps lui lâche elle se fit attraper violemment et jeté au sol. Son crâne percuta le sol assez brutalement, mais elle n'en avait plus rien à faire, la douleur lui était inconnue en cet instant, elle ne pensait qu'à une chose. Un but. Qu'elle mènerait, coûte que coûte et qu'elle comptait bien partager à tous.

- Je te tuerais.

Ses cris stridents traversaient de nouveau toute la pièce. Elle hurlait, plus fort que les cris de l'otage blessé, plus fort que Sai derrière elle qui s'inquiétait et se faisait sûrement malmener, plus fort que le bruit du broyeur toujours en marche, répétant de nouveau inlassablement cette phrase, comme plusieurs jours auparavant.

La dernière chose qu'elle vit fut Orochimaru enlever d'un coup sec le couteau puis le noir reprit possession de son corps, tombant dans un profond sommeil suite au coup violent sur son crâne d'un des terroristes.