Merci à Mondeparallele et CarlaHG pour leurs reviews !
Bonne lecture.
LA VIE AVANT TOUT 2
Partie 10
Nous arrivons bientôt en gare du Douze.
Jaimie est assis sur ma cuisse. A bientôt neuf mois, il pèse son pesant d'or. Il se tient bien assis et contemple le paysage qui défile avec attention. Il a dormi longuement au début du voyage et maintenant il s'agite, excité. En face de moi, Maggie dort. Elle n'a pas beaucoup dormi cette nuit car je n'ai pas beaucoup dormi non plus. Elle est une éponge absorbant toutes mes émotions et surtout mes angoisses à l'idée de retourner ici encore une fois.
C'est à sa demande que nous venons nous marier ici. J'étais très réticent au départ mais elle a su me convaincre. Il est temps d'avancer, il est temps d'y faire face. Sa canne repose à ses côtés. Elle ne sort plus sans elle car elle souffre de plus en plus de faiblesses dans les jambes. A près une troisième chute (qui lui a valu une belle entorse) et une longue discussion, elle a accepté de se faire aider et d'afficher ce qu'elle considère seulement comme un handicap. Je ne dis rien, acceptant tout ce qu'elle me demande car je vois bien qu'elle supporte mal d'être diminuée. Elle n'ose plus porter notre fils si elle n'est pas assise et cela lui coûte énormément.
-Il y a tellement de choses que je ne pourrai pas faire avec lui.
Je lui ai alors promis alors de compenser toutes ces choses en lui rappelant l'essentiel :
-Tu lui apporte l'amour d'une mère et il n'y a rien de plus important.
Elle a souri, un sourire triste.
-Merci.
Elle a tendu ses bras et m'a serré très fort contre elle.
-Je t'aime tellement.
Ces moments d'affection deviennent de plus en plus vitaux dans notre vie de couple. J'en ai un besoin viscéral et elle aussi. Nous raccrochons l'un à l'autre, dans l'espoir de ne jamais nous quitter. Une vie nouvelle s'est ouverte à nous, inespérée, inattendue, indispensable. Une vie que je ne changerai pour rien au monde malgré ce que cela signifie au final.
-Gale ?
Maggie a ouvert les yeux, des yeux inquiets.
-Tu es réveillée ? Lui souris-je. On est bientôt arrivés.
Elle se tourne vers la fenêtre pour vérifier mes dires et se focalise sur ce qu'elle voit. Je ne sais pas à quoi elle pense et je préfère ne pas le savoir. J'essaie moi-même de ne penser à rien. Je dépose Jaimie sur ses cuisses et je me lève pour récupérer nos bagages que je dépose vers la sortie. Une fois à quai, je fais signe à mon pote Thom qui patiente près du hall. Il se hâte vers moi et observe Jaimie en me félicitant brièvement. Il n'était pas très démonstratif comme gars mais j'ai toujours pu compter sur lui. Je lui tends Jaimie et j'aide Maggie à descendre. Elle salue mon ami et, moi, je remonte récupérer nos bagages et la poussette. Je file les bagages à Thom et installe mon p'tit père dans sa voiturette. Maggie attrape ensuite mon bras et nous avançons tranquillement à la suite de Thom qui ne semble pas gêné par le poids de nos valises.
Installé à l'avant de sa voiture, je jette un œil en arrière. Tout va bien, semble-t-il. Thom démarre et s'insère dans la circulation peu dense. Les voitures apparaissent doucement, le district s'urbanise. Le mélange des rescapés de la guerre se fait sentir parmi les badauds que j'observe et je me rends compte que la manière de gouverner de Paylor porte doucement ses fruits.
-Merci d'être venu nous chercher.
-Pas de problème.
-Tu veux qu'on ailler manger un morceau quelque part avant de nous déposer dans cette auberge que tu nous as conseillée.
-Non. Finalement j'ai pas réservé, je vous garde à la maison.
Surpris, je proteste.
-Mais je suis tout seul, me contre-t-il. J'ai de la place et ça me fera de la compagnie.
Je perçois sa tristesse.
-Je ne veux pas te mettre dans une position délicate.
Je sais très bien qu'il connait Peeta et Katniss. Il va parfois manger un morceau chez eux, ou leur donner un coup de main pour divers travaux.
-Je n'ai pas parlé de ta visite si c'est ce qui t'inquiète. Et puis ça ne regarde que nous. On se marie qu'une fois. Et je suis heureux que ça t'arrive.
Je jette un œil à l'arrière vers Maggie. Elle m'encourage d'un hochement de tête.
-Ok.
-En plus, j'ai fait à manger.
Je grimace.
-Tu crois que je t'ai pas vu ?
-Quoi ? Fis-je semblant de m'étonner.
-Je me suis amélioré.
-On verra ça.
Etrangement, je me sens rassuré d'être dans un lieu plus accueillant qu'une chambre impersonnelle.
OoooO
Après le diner, excellent en plus, Maggie regagne la chambre que nous a préparé Thom. Je l'accompagne, Jaimie dans mes bras. Il gazouille des « papa » à tout va. Je suis complètement gâteux.
-Ben oui, y'en a que pour papa, marmonne Maggie.
-C'est pas de ta faute si ton papa est exceptionnel.
Jaimie hoche la tête, sérieux, à croire qu'il a compris et puis il éclate de rires, suscitant les miens.
-Quel fils ingrat, rit-elle à son tour.
Je couche Jaimie dans son lit d'appoint et j'aide Maggie à entrer sous la douche. Elle s'est déshabillée et je fais un effort pour ne pas me laisser emporter par ce qu'il se passe dans ma tête. Je ne veux pas me plaindre mais depuis qu'elle a accepté ma demande en mariage, elle a aussi décrété que nous attendrions notre nuit de noces pour reprendre des activités sexuelles. Autant dire que j'étais sur les dents car on avait dépassé les dix mois d'abstinence facile. Si ce n'était plus.
Le cœur battant, j'hésite, j'ai trop envie de la rejoindre et de faire des trucs pas raisonnables.
-Tu peux me laisser, décrète-t-elle, insensible à mes tourments, tirant le rideau de douche opaque.
-Je laisse la porte ouverte, appelle-moi si tu as besoin.
-Ouais, ouais. Va voir ton pote, buvez un coup à ma santé.
Je sens un peu d'amertume. Il faut dire qu'elle ne connaissait plus le goût de l'alcool depuis un long moment déjà.
Thom est sur son perron, sa porte est ouverte, il fait doux. Ça sent l'été, il fait encore jour. Je m'assieds près de lui, il me tend une bière.
-Tu m'attendais ?
-Ben oui, t'allais pas me faire faux bond quand même !
Nous trinquons.
-A la tienne.
-A la tienne.
Nous avalons une bonne rasade de ce pur breuvage avant de soupirer d'aise.
-Tu m'as manqué, me confie-t-il.
-Tu parles.
-Enfin tu me comprends, rit-il.
Je ne me rappelle pas la dernière fois que je l'ai vu rire. Nous ne nous sommes pas revus depuis la destruction de notre district.
-Tu as une belle famille.
-Je sais que je la mérite pas.
Je fixe mes pieds. Il était l'une des rares personnes à qui je parvenais des fois à me confier. Et ce depuis très longtemps. Nous avions un lien étrange, un lien qui nous permettait de nous considérer comme des potes sans pour autant nous voir et nous appeler.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Tu sais pourquoi.
Il hausse les épaules.
-Ce n'est pas à toi de décider ce que tu mérites ou pas. Tu as la chance de vivre encore…
-Alors que d'autres sont mort par ma faute, le coupé-je.
-Nous étions en guerre. Maintenant la paix est instaurée, les enfants peuvent grandir sans craintes, ton fils va devenir un homme dans un monde sans jeux et ne sera pas traumatisé, ni marqué par l'horreur comme nous.
Oui, heureusement. Voilà réellement un point positif dans tout le chaos qu'il a déclenché dans ma tête.
-Je t'envie, j'aimerais avoir une femme, un fils mais je me demande si je suis fait pour ça. J'ai tellement l'habitude de la solitude, je n'ai plus de famille depuis si longtemps, et aucun proche.
-Et moi ? Je suis ton ami, non ?
-Tu sais ce que je veux dire.
-Je pensais que tu t'étais rapproché de Peeta et Katniss.
Enfin c'est ce que j'ai cru comprendre lors de son dernier appel il y a presqu'un an. Je réalise que c'est moins pénible de parler de Katniss maintenant même si le mal-être persiste.
-Oui, mais c'est encore compliqué. On ne peut pas vraiment parler d'amitié. C'est dur pour eux d'avoir une vie sociale, et je les vois peu car ils sortent peu. En général, après le travail, je bricole ou je fais du sport. Je passe le temps en faisant des choses et d'autres mais toujours tout seul. C'est dur de me sentir bien. C'est dur de penser à la vie sans avoir peur.
Je comprends très bien ce qu'il veut dire. Je pose ma main sur son épaule que je tapote. On finit notre bière et je laisse pour aller voir si Maggie a besoin d'aide. Elle est déjà en pyjama, prête à se coucher.
-Je te rejoins dans quelques minutes, le temps de dire bonne nuit à Thom.
-Reste avec lui, mais ne veille pas trop. Demain on se lève tôt, une belle journée nous attend.
Je l'embrasse, elle ferme déjà les yeux, emmitouflée sous la couverture alors qu'il fait chaud.
-Bonne nuit mon amour.
Elle rouvre les yeux.
-Tu ne m'avais jamais appelé comme ça.
-Parce que je n'avais pas compris que tu étais l'amour de ma vie.
Ses yeux brillent, elle est très émue.
-Dire que j'allais m'endormir, râle-t-elle faussement, je ne vois pas comment je pourrai me rendormir après ça.
Je m'allonge à ses côtés parce que je sens que c'est ce qu'elle souhaite. Elle se cale contre moi. Je caresse son bras, serein. Jamais je n'ai été aussi sûr d'une chose que de l'aimer et de vouloir passer ma vie auprès d'elle. Je sais que c'est illusoire, je sais que je vais avoir mal mais rien ne pourrait me faire changer d'avis tant elle m'a réconcilié avec moi-même. J'existe de nouveau grâce à elle.
Et elle m'a donné Jaimie.
Forcément mon regard dévie vers lui. Il sourit dans son sommeil. Il est le soleil qui nous illumine chaque jour, qui nous réchauffe et nous donne envie de nous lever le matin. Il est ce que j'ai fait de mieux dans ma vie. Et je suis fier d'être son père.
Cinq minutes sont passées, Maggie ronfle doucement.
Vivement demain.
OoooO
Je me suis couché tard, car avec Thom, on a fêté mon dernier jour de célibat.
Quand je me lève, le lit est vide et Jaimie n'est pas là.
Stressé, je sors de la chambre. J'entends la douche, je continue ma route, j'entends mon fils rire. Je me détends. Ça vient du séjour alors je m'y rends. Je pensais voir Maggie avec lui mais c'est Thom qui joue avec lui. Ils sont assis à même le sol et chahutent. Je les regarde un instant, étonné de voir Thom si enjoué. Je me dis que notre visite lui a été bénéfique. Je ne veux pas les interrompre, je retourne vers la salle de bain.
-Tu as besoin de moi, ma chérie ?
-Ah quand même ! Tu décides à te lever !
J'entre dans la pièce qui n'est pas verrouillée.
-J'étais fatigué.
Elle passe sa tête entre le rideau de douche et le mur. Elle est radieuse, un large sourire éclaire son visage.
-Ouais, je vois ça ! J'espère que vous avez été sage tous les deux hier soir.
-Je sais pas, j'me rappelle plus trop.
Je ris, elle s'indigne faussement. Je me penche pour l'embrasser. Elle recule et referme le rideau, hilare.
-Hey !
-T'avais qu'à te lever avant.
Je marmonne dans ma barbe.
-Pas la peine de râler, et va déjeuner, on a une visite à faire, n'oublie pas.
Non je n'ai pas oublié qu'elle veut visiter le district avant d'aller chercher notre famille à la gare.
-Ça va être juste, mon cœur, niveau timing.
-Ne te défile pas. Thom veut bien nous prêter sa voiture et garder Jaimie, ça sera plus simple et plus rapide.
Elle a réponse à tout décidément.
Dans la cuisine, je rumine en me servant un café. J'ai mal au crâne mais ça va passer. Il faut que je laisse faire les choses, il faut que je me détende. Dehors, le soleil brille, ça va être une belle journée.
OoooO
Nous roulons, traversant le district sans aller trop loin. Je ralentis parfois et si besoin je m'arrête pour lui montrer les coins importants. Tout a changé mais je me souviens des quartiers, des maisons. J'essaie d'oublier les bombardements, les incendies, les gens pris au piège, l'odeur de la mort. Je me concentre sur elle, sur son expression. Elle en veut plus :
-Je veux connaitre les endroits que tu aimais, là où tu as grandi, là où tu as travaillé.
Je l'emmène là où je vivais, puis à l'ancienne mine, et enfin à mon école. Quand nous passons devant la place de la moisson, je fais une halte, un peu oppressé. Elle comprend rapidement, elle descend, se recueille devant, très émue. Je sens énormément de tristesse au fond d'elle subitement. Elle se perd dans des souvenirs douloureux, à l'évidence. Je ne cherche pas à la rejoindre, mis à mal moi aussi. Tout cela me ramène à tellement de choses…
Nous sommes loin quand elle retrouve la parole :
-Tu es un bon guide, me félicite-t-elle le plus sérieusement du monde.
Nous arrivons près du marché qui est toujours actif. Je ralentis pour laisser quelques piétons traverser. C'est à ce moment-là que je la vois.
Katniss.
Je me fige tandis qu'elle traverse avec des sacs pleins de courses. Je n'entends plus rien, le sang bat dans mes tempes. J'ai envie qu'elle se retourne vers moi mais en même temps je suis tétanisé à cette idée. Je ne sais plus respirer. Je me sens mal.
Elle traverse sans savoir que je me délite sur place, focalisée sur quelque chose ou plutôt quelqu'un. Peeta l'attend de l'autre côté et attrape ses sacs. Elle lui sourit, le remercie, l'embrasse furtivement.
Et ils s'en vont.
D'autres personnes traversent, puis je redémarre. Je roule au radar, sans un mot, bouleversé.
-Elle a l'air d'aller bien, entendis-je.
Maggie.
Je l'avais oubliée. Je m'en veux, je gâche tout. Je tente de me reprendre.
-Oui. Tu as raison.
Et c'est un réel soulagement. Je sens que je vais craquer, je serre mes doigts autour du volant pour les empêcher de trembler. Je me démène pour ne plus y penser, pour fixer la route. Je sens sa main dans mes cheveux.
-Gare-toi.
Je m'exécute car je ne vois plus rien. Maggie tente de sécher mes larmes mais rien n'y fait. Des jours, des semaines, des mois, des années de tristesse s'écoulent le long de mes joues.
La suite bientôt.
