Note de l'Auteur _ Est-ce vraiment la peine que je m'excuse encore ? Bon, je vais le faire quand même, mais bien parce que c'est vous ! Et puis, parce que je me sens coupable quand même... Mais qu'est ce que je peux y faire si cette espèce de *pleiiiiins d'insultes* d'Inspiration a décidé d'aller voir ailleurs si j'y suis pas ? Je peux vous dire que ça me tue sans doute plus que vous...
Et puis, désolée aussi d'avoir répondu à vos reviews avec autant de retard. Mais j'étais pôrtie en "wikend" [long] familial à la recherche de l'Inspiration -j'ai fait beaucoup de kilomètres & d'heures de train, mais elle reste introuvable ! Si l'un de vous la voit, vous pouvez me prévenir ? & je n'étais pas sur l'Ordi... Bref, je vais tenter d'être plus sérieuse & disponible à partir de maintenant ! [bonne résolution du mois de juin -bah ui, si c'était le 1er janvier, ce serait moins drôle !] Bref, je m'excuse environ un millier de fois... & vous laisse avec Toby pour me faire pardonner =P [ui enfin, je vous le prête -comme à Ella- le temps du chapitre seulement hein ! xD]
Bonne lecture !
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Ellarosa - Chapitre 09
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« Il y a dans le cœur d'une femme qui commence à aimer un immense besoin de souffrir. »
Charles Nodier.
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Toby souriait, taquin plus que railleur pour une fois. Il tentait apparemment de lui rendre le sourire, ce qu'il réussit à faire de cette simple boutade. Ella saisit le mouchoir en reniflant, bredouilla un vague « merci » qui se perdit dans les tréfonds de sa gorge et il lui sourit à nouveau, rassurant, complice… Il ne l'observait plus comme il l'avait fait toute la semaine, comme si ses yeux fournissaient des rayons X et qu'il voyait à travers ses vêtements. D'ailleurs, elle se douta qu'en cet instant, avec ses yeux bouffis et son nez rouge, il n'avait aucune raison de la trouver jolie. Elle se sentit mal à l'aise de se trouver encore une fois en train de pleurnicher devant lui, à croire qu'il possédait un radar permettant de la repérer à chaque moment de faiblesse pour la surprendre et la rendre pitoyable.
Il ne s'amusait pas de la situation, néanmoins, et ne se permit pas la moindre raillerie alors qu'elle se mouchait et épongeait ses yeux. Il se contenta de fixer un point sur le néant du mur pour éviter de l'embarrasser davantage, puis la dévisagea à nouveau, dominant la pulsion qui lui donnait l'envie quasi impérieuse de la serrer dans ses bras, d'enfouir son visage dans ses cheveux, de… Il exigea de son cerveau un peu plus de décence et de discipline et continua à caresser la jeune fille de la simple force de son regard à défaut de la toucher réellement.
Lorsqu'elle cessa de pleurer, il esquissa à un sourire et murmura, avec une tendresse qui lui venait parfois naturellement sans qu'il ne sache quelle part cachée de son cerveau commandait en ces instants :
« Tu te sens mieux ?
- Oui… Désolée pour ton mouchoir, soupira Ella en tentant d'insuffler au sourire qu'elle lui décrocha un peu de courage et de force.
- Ce n'est rien, j'en ai des centaines comme ça… »
Il se racla la gorge, gêné malgré lui de la situation à laquelle il n'était pas réellement habitué. Depuis quand devait-il consoler des gens –quels qu'ils soient ? Généralement, les personnes qu'il côtoyait pleuraient par sa faute… Il était celui qui faisait couler les larmes, non celui qui les essuyait. Il aurait pu se lever et fuir en courant –comme il mourait d'envie de le faire, il ne se le cachait pas mais se trouva dans l'incapacité totale d'obéir à cette petite voix dans sa tête qui hurlait : « Tu peux encore éviter le deuxième éclair ! »… Il ne l'évita pas.
« Tu veux aller quelque part ?
- Où ça ?
- Dans un endroit où tous tes problèmes te sembleront complètement insignifiants, où chaque souci deviendra chimère, où tu oublieras même pourquoi tu pleurais au départ… »
Ella plissa le front, une ride d'expression se formant sur sa peau caramel clair qu'il désirer ardemment embrasser ou même mordre, et après une seconde de réflexion, elle s'enquit :
« Tu parles du paradis des alcooliques, de celui des fumeurs de substances illégales ou du paradis tout court ? »
Il ne put retenir un éclat de rire, lequel résonna dans le couloir et fit sourire la jeune fille qui s'extasia sur ce son d'une clarté admirable. Elle aurait vendu son âme pour pouvoir boire ce rire à sa source, aspirer ce timbre exceptionnel auprès de sa bouche, goûter ses lèvres et boire chaque mot qui s'en extirperait. Ses joues s'enflammèrent sous l'effet de ses pensées. Comme toute fille de seize ans, les fantasmes ne lui manquaient pas et ses rêves lui apportaient parfois quelques secondes d'un érotisme encore peu réaliste… Pourtant, elle se surprenait pour la première fois à rêver éveillée. Les images se dessinaient devant ses yeux si bien qu'elle éprouvait mille difficultés à se retenir de sauter sur le garçon lui faisant face.
« Aucun de ces trois là, rétorqua-t-il finalement avec un haussement d'épaules, ses yeux pétillants de malice. Promis. Rien d'illégal ni de… mortel. Juste un endroit qui a une heure pareille est plus magique que tous les recoins secrets de ce château réunis. »
Il se leva, tendit sa main vers Ella et ne frémit qu'à peine lorsqu'elle la saisit. Il l'attira vers le haut sans éprouver la moindre peine et ne la lâcha pas, attendant à ce qu'elle la dégage elle-même si ce contact lui déplaisait. Elle ne le fit pas. Il sentit que ses poumons s'enflaient de fierté de parvenir à enfin paraitre normal et non complètement fou de colère face à elle, et –observant leurs mains liées- il avala sa salive avec plus de difficultés que jamais. Ce contact pourtant simple le grisait, l'enivrant d'une douceur qui lui était jusque là inconnue, et il songea bêtement qu'il faudrait désormais lui couper la main pour qu'il s'efforce à la lâcher.
Il la conduisit parmi des dédales de couloir et ce ne fut que lorsqu'il gravit les premières marches menant à la tour d'Astronomie qu'Ella quitta la torpeur confortable qui l'entourait. Elle ne montra aucun signe d'étonnement, mais lui accorda un minuscule sourire en lui lâchant la main pour saisir la rampe des escaliers en colimaçon et monter. Il avança derrière elle dans la pénombre, une main à quelques centimètres des hanches de la jeune fille pour prévenir d'une possible chute.
Ils se retrouvèrent au sommet de la tour, le vent glacial lacérant brutalement leurs visages en les humidifiant d'une légère bruine. Seuls les étoiles et la lune éclairaient ce lieu et tout le reste semblait si noir qu'Ella comprit en un instant pourquoi Toby l'avait conduit jusqu'ici. En dehors de ces quelques éclats dans le ciel, la pénombre les entourait. Elle eut l'impression de flotter dans un néant seulement atténué par les lanternes accrochées aux nuages et un sourire se forma sur ses lèvres presque malgré elle.
Les doigts de Toby effleurèrent ses reins et elle sursauta, puis un tissu recouvrit ses épaules et la peur s'évanouit avant même de prendre réellement forme. Il venait de retirer la chemise qu'il portait par-dessus son t-shirt blanc et la lui passa tranquillement, ne réalisant même pas à quel point il tremblait d'oser la toucher ainsi. Elle le remercia en s'empourprant, heureuse que le noir la cache. Elle distinguait à peine sa silhouette et savait qu'il ne voyait pas grand-chose non plus.
Il la prit par les épaules et la conduisit jusqu'à la rambarde, l'invitant à s'asseoir au sol. Il hésita à prendre sa baguette pour leur offrir un peu plus de luminosité, mais décida qu'une telle atmosphère pourrait être plus propice aux confidences. Car il souhaitait réellement apprendre les raisons qui causaient sa tristesse et tenter de les apaiser.
Le bras d'Ella frôla légèrement celui de Toby alors qu'elle s'asseyait, n'observant pas la distance réglementaire entre leurs corps. Elle se moquait un peu d'être trop proche de lui, assez frigorifiée –et devinant qu'il l'était sans doute lui aussi- pour ne pas respecter certaines lois qui dirigeaient habituellement son cerveau. Elle ramena ses genoux contre sa poitrine alors qu'il étendait ses jambes devant lui, et un silence paisible les entoura quelques minutes. Finalement, trop impatient, il demanda :
« Pourquoi pleurais-tu ? »
Ella se crispa très légèrement contre lui et il regretta d'avoir posé la question aussi abruptement. Pourtant, elle céda à l'envie de déballer la vérité à quelqu'un qui n'avait aucun lien particulier avec cette nouvelle famille, et qui pourrait ainsi la dénigrer avec elle si besoin était. Elle ne doutait pas qu'il serait extrêmement doué à ce petit jeu. Après s'être mentalement préparée à toutes les réactions possibles et inimaginables, elle soupira :
« Ma mère est Hermione Granger. Mon père et elle ont eu une liaison… Elle a fait semblant de perdre son bébé à la naissance –bébé qu'elle était censé avoir avec Ronald Weasley- mais elle m'a refourguée à mon père. »
Elle sentit son regard sur sa nuque, entendant déjà le souffle de ses mille questions sur le bout de ses lèvres, mais elle ne lui laissa pas l'occasion d'en poser une seule, préférant continuer avant de perdre le peu de cran qui lui restait :
« Mon père s'est fait enlevé –je ne sais ni par qui, ni pourquoi, ou du moins, je n'ai aucune piste réelle- et je suis venue ici pour recevoir un peu d'aide. Sauf que maintenant, je me retrouve avec cette mère qui n'en est pas une, et ce petit con de frère qu'est Scott qui est si en colère après moi alors que je n'ai jamais rien demandé à personne… Et… ce soir, j'ai assisté à une sorte de diner familial qui a viré à la catastrophe. A cause de Scott. Et à cause de moi parce que j'ai répondu à chaque provocation... Et je m'inquiète pour mon père parce qu'il est peut-être réellement en danger et que j'ai l'impression de perdre mon temps en étant ici… Et je m'inquiète aussi de ce qu'il se passera si on le retrouve et qu'il revoie ma mère parce qu'il est toujours fou amoureux d'elle et… Et puis je m'inquiète parce que je ne comprends rien à l'Astronomie et à d'autres matières, que je sens que les prochaines semaines ici vont être abominablement longues, que Scott va me rendre la vie infernale… que… »
Elle se tut et se moucha à nouveau, ses larmes ayant profité de ce débâclement sentimental pour s'échapper de ses yeux. Toby, paralysé par la crainte de ne pas savoir quoi dire pour tenter de la consoler, s'en voulu presque de lui avoir demandé ce qui n'allait pas. Il aurait mieux valu qu'elle ait des problèmes avec des gens qu'il pourrait tabasser à l'occasion, ou autres soucis qu'il réglerait avec ses poings… Mais là, il semblait dans l'incapacité totale à démêler la situation. Alors il énonça la première chose qui lui vint à l'esprit :
« Je pourrais t'aider en Astronomie… »
Elle pouffa en un sanglot et il se sentit plus pathétique que jamais. Parmi tous ses problèmes, il avait choisi de régler celui qu'un professeur ou n'importe quel élève pouvait résoudre et qu'elle même seule parviendrait à dépasser au bout de quelques temps. Son impuissance à aider Ella le rendit proprement malade et il enfonça ses ongles dans son avant bras gelé en espérant oublier ce qu'il venait de dire. Au bout de quelques secondes, elle murmura :
« J'adorerais que tu m'aides en Astronomie.
- Sérieusement ?
- Oui, sérieusement. Je n'aime pas être nulle quand je sais que j'ai le cerveau pour comprendre et toutes sortes de moyen à disposition. Mais l'Astronomie, ça me dépasse… Quel est l'intérêt d'observer le ciel lorsque tout va déjà si mal sur Terre ? »
Il hésita quelques secondes à répondre, puis prit le risque de se ridiculiser en évoquant une passion qui lui attirait parfois quelques rires moqueurs et qu'il préférait habituellement garder secrète.
« C'est tout simple, il suffit juste que tu arrêtes de voir les étoiles comme des boules gazeuses qui gravitent bêtement dans l'univers, autrement tu n'arriveras jamais à te rappeler tous leurs noms… Il faut plutôt les voir comme des… personnes, t'intéresser non pas au côté scientifique de tout ça (Il désigna le ciel d'un large geste de la main.) mais au côté complètement irréaliste qui t'aidera à tout retenir. Par exemple, tu vois les sept étoiles très brillantes là-bas ? (Il montra d'un doigt ce dont il parlait et elle acquiesça.) Elles forment –avec d'autres moins lumineuses- la Grande Ourse. On raconte qu'elle représente une nymphe nommée Callistro qui faisait quelques bêtises avec Zeus. Et quand Héra a découvert ce qu'il se tramait entre eux, elle a changé la maîtresse de son mari en grande ourse et… Enfin, il y a plusieurs versions, mais apparemment Zeus l'aurait mise dans le ciel pour que les chasseurs évitent de s'en faire un manteau ! »
Il haussa les épaules avec nonchalance et Ella éclata de rire.
« Tu y crois vraiment ?
- Et bien… disons que c'est drôlement plus intéressant que de se dire que ce sont de bêtes mélanges d'hydrogènes et d'hélium…
- C'est sûr et certain ! Tu en as d'autres des histoires comme celle là ?
- La suite au prochain cours ! » articula-t-il avec une voix légèrement robotisée.
Elle le bouscula un peu avec un sourire et il n'essaya même pas de l'en empêcher. Elle reporta finalement son regard vers le ciel, observant la Grande Ourse avec un œil bien différent. La mythologie l'avait toujours passionnée, mais les étoiles lui paraissaient bien pâles en général. Apprendre quelques légendes sur elles ne pourrait les rendre que plus captivantes. Elle sentit le bras de Toby contre le sien, résistant péniblement à l'envie de se coller plus encore à lui, autant pour se réchauffer que pour toucher chaque parcelle de sa peau.
« Et donc, commença Toby avec un froncement de sourcil, Revenons au reste moins scolaire… Tes parents étaient amants et ta mère… Ta mère est une vraie… Enfin, je n'aimerais pas insulter ta mère, mais apparemment, ce qu'elle a fait la rend… Bref !
- Tu as le droit de la traiter de tous les noms, je ne la défendrais pas.
- Merci, Merlin ! s'extasia Toby avec un certain soulagement. Bon alors, j'ai pleins d'insultes qui me viennent, mais je crois que « garce adultérine et lâcheuse d'enfant » associé à des termes commençant par S ou C ou P lui iraient bien également. Mais je n'aimerais pas dévoiler des mots aussi outrageux à tes chastes oreilles.
- Chastes ? répéta-t-elle en mimant d'être offensée. Je jure comme un éleveur de Dragons dès que j'en ai l'occasion. »
Il saisit sa baguette et illumina violemment son visage avec un air soupçonneux qui la fit sourire –ses lèvres bleuies par le froid se tordant sur ses dents qui claquaient. Il réalisa qu'elle était congelée et lui lança un sortilège pour la réchauffer. Elle le remercia en grelottant et il regretta de ne pas avoir encore le droit de la serrer contre lui pour se charger de faire monter la température lui-même. Il admira ses boucles brunes qui frisottaient à cause de l'humidité, ses joues rougies par le froid, ses yeux encore brillants de larmes, glissa lascivement sur son cou…
« Je peux te poser une question ? »
La voix d'Ella l'extirpa de sa contemplation et il acquiesça en s'obligeant à regarder son visage au lieu de ce qui se tramait plus bas, plongeant son regard d'un bleu incroyable dans le sien. Elle hésita un millième de secondes, s'interrogeant elle-même sur l'envie qu'elle aurait d'obtenir une réelle réponse à cette question qui lui brûlait les lèvres. Pourtant, elle prit son courage à deux mains, et l'exprima enfin à haute voix :
« Pourquoi est-ce que tu me regardes ?
- Parce que j'attends que tu me poses ta question et que mon père m'a toujours dit qu'il était plus poli de regarder les gens dans les yeux lorsqu'ils parlaient. Qu'en plus de prouver ma bonne éducation, ça faisait le moi le dominant de la discussion…
- Je voulais dire, en général. » rectifia-t-elle avec un rire légèrement narquois.
Toby grimaça à cette nuance et lâcha sa baguette, les replongeant dans le noir afin d'oser réellement répondre, sans humour ou imposture quelconque. Il formula son petit discours dans sa tête avant de le prononcer à haute voix.
« La première raison est particulièrement simple et elle est partagée par tous les mâles de plus de treize ans de Poudlard : tu es magnifique. Et les nouveaux élèves sont forcément attirants jusqu'à ce qu'un autre nouveau débarque… »
Les joues d'Ella s'enflammèrent alors qu'une douceâtre chaleur irradiait lentement ses reins, comme si un feu coulait en elle, un volcan explosant dans son ventre pour se diluer dans toute la partie basse de son corps. Elle se liquéfia presque, mais voulait entendre la suite et essaya de rester concentrée sur le moment qu'elle vivait.
« La seconde raison est légèrement plus personnelle –ou du moins, je l'espère… Tu es un paradoxe à mes yeux, c'est assez dur à expliquer. La première fois que je t'ai vue, je ne pensais qu'à ton père, à ton nom, au côté Serpentard de ce que tu représentais et au fait qu'on pourrait devenir amis comme l'étaient nos parents. Je te voyais comme… une femme. Enfin, je te voix toujours comme une femme, je te rassure ! Mais… après, quand je t'ai retrouvée face aux autres abrutis de Serpentard qui tentaient de te faire du mal, je t'ai découverte beaucoup plus fragile, délicate… Et… je crois que j'aime bien le côté schizophrène de ta personnalité. »
Une ébauche de sourire fendit les lèvres de la principale concernée qui cette fois eu bien du mal à ne pas fondre littéralement sur Toby. Le jeune homme attendit patiemment une réponse, priant pour qu'elle ne se moque pas de lui ou ne se montre pas trop douce –ce qui la rendrait impitoyablement niaise… En fait, lui-même ne savait pas ce qu'il souhaitait qu'elle lui dise, ce qui minimisait légèrement le nombre de possibilités de réponses. Au bout d'un moment –temps qu'il lui fallut pour respirer à nouveau correctement- Ella repartit :
« Un peu comme toi… Le type qui gifle des filles puis déblatère un superbe discours sur les étoiles la seconde d'après ?
- Oui, mais moi, j'ai des circonstances qui expliquent tout ça. Je suis un Malefoy, un Serpentard et un Gémeaux… Je suis né pour être schizophrène ! Toi, tu n'as aucune raison de l'être. »
Elle éclata de rire face à sa répartie des plus étonnantes. Son rire s'évanouit dans sa gorge quand un rayon de lumière les éclaira. Ils se tournèrent brusquement vers la porte pour découvrir Harry, sa baguette magique tendue devant lui, poussant un soupir d'apaisement, heureux de retrouver Ella –surtout en compagnie d'une personne pouvant réellement prendre soin d'elle. Ella mordilla nerveusement sa lèvre inférieure alors que Toby murmurait :
« Notre charmant intermède se finira là-dessus… »
Elle se tourna vers lui avec un sourire et il se leva avant de l'aider à faire de même. Comme plus tôt, il ne lui lâcha pas la main… Jusqu'à ce qu'Ella le fasse, gênée d'être si proche de lui face à Harry qui retira sa veste pour la lui passer en voyant qu'elle tremblait. Il s'excusa d'un regard auprès de Toby qui –seulement vêtu de son t-shirt désormais trempé- devait avoir froid comme le montraient ses lèvres bleutées.
« Tu vas mieux, Ella ? s'enquit Harry avec un sourire en refermant la fermeture éclair de sa veste sur la jeune fille pour qu'elle cesse de claquer des dents. On s'inquiétait. »
Ella haussa les épaules en fuyant son regard afin qu'il ne puisse voir ses yeux toujours rougis par les larmes, mais il savait parfaitement qu'elle avait encore pleuré, l'ayant aperçue peu auparavant. Il leur désigna la porte d'un signe de tête et illumina le passage de sa baguette avant de descendre les escaliers. Ils se retrouvèrent à déambuler dans les couloirs en silence, et Ella en profita pour observer Toby qui avait enfoncé ses mains dans ses poches.
Une goutte d'eau de pluie défila d'une mèche de cheveux à sa tempe, glissa lentement le long de son visage puis de son cou avant de se perdre dans le col de son t-shirt. Elle aurait voulu la suivre, poser sa bouche sur sa peau pour cueillir chaque gouttelette du bout de sa langue… Elle interrompit les dévergondages de son cerveau et tenta d'apaiser le volcan dont la lave explosait dans son corps depuis de trop longues minutes. Elle reporta son regard sur Harry qui lui accorda une moue railleuse montrant qu'il avait bien vu comment elle regardait Toby, et la lave se déplaça jusqu'à ses joues qui s'enflammèrent.
En une dizaine de minutes de silence, ils arrivèrent dans le hall, devant les portes de la Grande Salle où Hermione, Ron et Ginny accompagnés du professeur McGonagall les attendaient. Ginny parut apaisée dès qu'elle aperçut Ella, puis un froncement de sourcils marqua son visage dès que son regard passa sur Toby. Harry la rassura d'un sourire et elle comprit de qui il s'agissait… Tout comme le professeur McGonagall.
« Mr Malefoy ! hurla-t-elle avant même qu'il ne soit réellement proche d'elle. Puis-je savoir ce que vous faites dans un couloir à cette heure ci ?
- On n'est pas dans un couloir, mais dans un hall… précisa Toby avec un léger haussement d'épaules. Et puis… Je faisais ma ronde de préfet.
- Un samedi soir ?
- Je prends mon travail très au sérieux, persifla-t-il.
- J'ai croisé Miss Davis vers 20h et elle m'a annoncé que vous n'étiez pas venu faire la ronde prévue…
- Oui et je m'en voulais énormément alors j'ai décidé d'en faire une nouvelle, au cas où quelques récalcitrants oseraient aller à l'encontre des admirables règles que je suis toujours à la lettre.
- Vous vous moquez de moi, Mr Malefoy ?
- Il n'y a aucune loi punissant une quelconque forme d'ironie dans le règlement de l'école, professeur. Et là, je tiens à préciser que tout mon petit discours était purement ironique et que le but de tout ça tenait en un seul mot : « diversion »… Alors, puisque je suis quasi certain d'avoir vu un minuscule sourire sur vos lèvres il y a un millième de secondes, vous pourriez éviter de me punir ? »
Le professeur McGonagall souriait en effet, amusée par le sens des formules du jeune homme qui lui faisait face, lequel s'en sortait presque toujours sans punition simplement parce que les enseignants étaient trop étourdis par les mots qui s'extirpaient de sa bouche et en oubliaient l'intérêt même du châtiment. Cette fois pourtant, ce fut la présence d'Ella à ses côtés qui le sauva. Quoi qu'il ait fait auparavant, il venait d'aider Ella. Le reste importait peu.
« Très bien, Mr Malefoy, filez ! Et que je ne vous vois plus trainer à cette heure ci ! »
Toby ne put s'empêcher de sourire, fier, et se tourna rapidement vers Ella avant que la directrice change d'avis, mais mal à l'aise devant les adultes, il ne put que lancer un bref « bonne soirée » qui conclut maladroitement leur précédente discussion. Elle le regarda s'éloigner, la gorge nouée, puis revint vers les cinq adultes qui paraissaient être dans leurs petits souliers. Hermione et Ron particulièrement auraient apparemment souhaité être à l'autre bout du monde, ou n'importe où ailleurs. Le comportement de leur fils –inadmissible- les gênait d'ailleurs plus que les larmes d'Ella.
Harry passa son bras autour des épaules de la jeune fille qui le laissa naturellement aller contre son torse comme elle l'aurait fait avec son père, et il marmonna :
« On va rentrer. J'en connais une qui a besoin d'un bain chaud et d'une bonne nuit de sommeil... »
Ella se dégagea légèrement de son étreinte pour acquiescer et ils se dirigèrent tous à nouveau vers le bureau du professeur McGonagall –et par conséquent vers la cheminée. Ella les entendait discuter de choses et d'autres, pour meubler une conversation factice peu entrainante, mais elle ne les écoutait déjà plus.
Son cerveau se concentrait sur un seul sujet : Toby. Toby qu'elle imaginait étrangement plus glacial et qui s'était montré chaleureux et à l'écoute. Toby qui lui insufflait inconsciemment des pensées peu convenables. Toby qu'elle aurait voulu suivre et avec lequel elle aurait adoré continuer de parler jusqu'à la fin des temps. Elle remarqua qu'ils étaient arrivés dans le bureau et entra dans la cheminée après Ron et Hermione –qui voulaient sûrement préparer le terrain et lancer un sortilège de mutisme à leur fils. Elle bredouilla d'abord de vagues excuses au professeur McGonagall pour avoir interrompue sa soirée, puis disparut dans l'âtre, trempée et épuisée.
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La salle Commune des Serpentard pouvait parfois prendre des allures de boite de nuit Londonienne huppée, en dehors du fait que la musique passée en fond sonore oscillait entre classique, hard-rock –trop hard pour Toby- et métal. Selon l'adolescent, permettre à un disque de Bach de côtoyer un album des Fracasseurs-de-Baguettes demeurait l'une des absurdités de la vie de ses condisciples. De plus, leur manière de se déhancher les rendait si risibles qu'ils n'en étaient pas provoquant. La classe des Serpentard semblait bel et bien avoir disparue de la surface de la Terre à la fin de la guerre. Seule Sam, installée près de la fenêtre, illuminait un peu de la scène d'une grâce vibrante même lorsqu'elle ne cillait plus. Elle ne participait même pas, mais sa présence suffisait à rendre la faune moins piteuse.
Toby se rapprocha d'elle en de grandes enjambées –escaladant les quelques corps enchevêtrés sur le sol- et déposa un rapide baiser sur son front chocolat avant de lui prendre la main, l'enjoignant de le suivre. Une fois dans le dortoir des garçons, il entreprit de se débarrasser de ses vêtements humides pour en enfiler des plus secs –et surtout plus chaud- tout en racontant sa fin de soirée. Sam l'écouta déblatérer un monologue presque trop sentimental à propos d'Ella, monologue qui lui aurait donné envie de vomir en temps normal mais qui cette fois la fit sourire. Les yeux de Toby pétillaient simplement trop pour qu'elle ne puisse oser se moquer de lui –même pour le taquiner.
« Et que faisais-tu réellement dans Poudlard ? » demanda-t-elle alors qu'il enfilait un caleçon, jetant un sale dans un panier non loin de là.
Elle avait bien remarqué les quelques rougeurs marquant sa peau d'albâtre et savait parfaitement qu'Ella –aussi Nott qu'elle soit- n'aurait pu les lui faire aussi tôt. Toby parut agacé qu'elle pose la question, mais concéda à y donner une réponse.
« J'étais avec Louise Dunstan dans la Salle sur Demande.
- Toby… soupira Sam avec une pointe d'exaspération. Comment peux-tu passer une semaine à parler d'une fille comme si elle illuminait ta vie, et ensuite aller faire des galipettes avec la première venue ! Et puis, je te rappelle que tu as déjà couché avec Louise Dunstan il y a plus d'un an et que se taper ses ex est tout simplement navrant venant de toi ! C'est comme… recommencer à manger une part de pizza que tu aurais laissée dans un réfrigérateur depuis deux jours.
- Et bien disons que j'avais besoin de… de… »
Il haussa les épaules, manifestement gêné par la conversation. Le sujet « sexe » était sans doute dans le top 3 des discussions entre Sam et lui, mais il évitait généralement de montrer à quel point il n'était qu'un homme dirigé par des besoins fondamentaux qu'Ella ne souhaiterait sans doute jamais combler. Il n'allait tout de même pas arrêter de coucher avec des filles simplement parce que l'une d'elles l'obsédait. Sam leva les yeux au ciel en comprenant.
« Alors, fais comme les gens moches !
- Et que font les gens moches ? s'esclaffa Toby face au peu de considération que Sam accordait aux gens moins beaux qu'elle.
- Ils se tripotent eux-mêmes ! Et ça t'éviteras de tromper Ella… Enfin, ça t'éviteras d'aller à l'encontre de ce que souhaite ta conscience ! De plus, tu pourras ainsi te concentrer entièrement sur Ella. Attendre un peu avant d'obtenir ce que tu veux te fera le plus grand bien.
- C'est Miss-je-veux-tout-et-tout-de-suite qui dit ça ?
- Miss-je-veux-tout-et-tout-de-suite n'embête pas Mr-Amoureux avec ses faux problèmes ! C'est Mr-Amoureux qui devient trop romantique mais qui n'arrive pas à gérer l'afflue d'hormones ! Alors Mr-Amoureux va écouter sa meilleure amie qui donne toujours de bons conseils et cesser de se comporter comme un imbécile… D'accord ? »
Mr-Amoureux acquiesça.
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Ella enfonça péniblement sa brosse dans la masse brune mouillée pesant sur ses épaules et entreprit un démêlage de toute évidence épique afin de retrouver une apparence humaine. Assise sur ses tout nouveaux draps, elle ressassait chaque moment de la soirée avec un arrière goût d'amertume dans la gorge, ne parvenant pas à comprendre comment la situation était passé d'angoissante à catastrophique. Limite apocalyptique. Qu'était-elle censée faire maintenant pour retrouver un peu d'ordre dans son existence plus si banale que ça ? Étrangement, contrairement aux autres adolescents de son âge, Ella n'aimait guère prendre des risques inutiles. Elle appréciait le calme et les certitudes qui emplissaient sa vie… Certitudes et habitudes qui s'effondraient à chaque seconde qu'elle passait sur le sol anglais.
Elle avait imaginé une mère froide et solide, une sorte de pilier d'intelligence incapable de ressentir le moindre sentiment. Elle s'était retrouvée face à une mère protectrice envers ses deux autres enfants, si émotive qu'elle paraissait sur le point de s'effondrer à chaque seconde, seulement maintenue par sa famille.
Elle avait imaginé un Ron pataud et risible, le genre de type qui restait à tout jamais un ami. Elle s'était retrouvée face à un Ron capable de tout supporter, de porter sa famille à bout de bras pour que celle-ci ne se brise pas davantage, prêt à l'inclure même alors qu'elle craignait qu'il ne la rejette.
Et il y avait tous les autres dont son père lui avait dépeint un tableau criant de vérité qu'elle s'était efforcée de détourner car elle ne pensait pas que quiconque puisse être aussi parfait. Ils étaient tous identiques à ceux que décrivait son père avec une passion revigorante animée par ses souvenirs… Pendant toute son enfance, elle l'avait écouté avec un grand sourire et le désir d'en savoir plus sur ces gens comme pour imaginer la vie qu'elle aurait pu avoir à leur côté. La réalité était bien différente.
Mais la pire de ses désillusions tenait en l'existence de Toby. Lorsque son père lui parlait de l'amour qu'il avait ressenti –et qu'il ressentait toujours sans oser le dire à haute voix- pour Hermione Granger, la puissance destructrice d'un tel sentiment avait plus effrayé que passionné Ella. Elle n'appréciait pas l'idée de devenir dépendante de quelqu'un, de l'aimer réellement au point de pouvoir tuer, trahir, fuir… comme son père l'avait fait. Et pourtant, elle s'apprêtait à foncer dans les bras d'un garçon qui ne tournait sans doute pas très rond, tout ça parce que chaque fibre de son corps lui clamait un besoin impétueux de le faire. Elle haïssait ses hormones, ses pulsions et tout son cœur qui la trahissait alors qu'elle s'était efforcée de le barricader bien en sécurité dans sa poitrine et qui semblait se rebeller désormais.
Ella tira plus fort sur sa brosse en poussant un rugissement de fureur, autant à cause de ses cheveux hérités de sa mère qu'à cause de tout le reste. Elle finit par se laisser entièrement retomber sur ses draps, les branches de la brosse toujours fichés dans ses boucles brunes pendouillant ridiculement.
Puis elle entendit le rire de Ginny près de la porte et se redressa légèrement en s'empourprant alors que la mère de famille l'observait, amusée par la scène. Scène qui lui rappelait étrangement d'autres moments de sa vie, lorsqu'elle retrouvait Hermione dans la salle du bain du 12 Square Grimmaurd à tirer sur ses cheveux pour tenter de les démêler un minimum avant de pouvoir lancer un sort.
« Besoin d'aide ? »
Ella haussa les épaules, retenant la question qui faillit s'échapper de sa bouche : « Vous êtes coiffeuse ? ». Ginny s'approcha doucement d'elle, retira la brosse des nœuds avec douceur et s'installa derrière la jeune fille. Elle saisit une poignée de boucles avant de commencer à les démêler avec une délicatesse toute naturelle.
« Je peux te poser une question assez… personnelle ? demanda-t-elle brusquement.
- Oui, je crois, acquiesça Ella sans se retourner de peur de voir dans les yeux de Ginny qu'elle ne voulait pas réellement obtenir de réponse.
- Tu as sous-entendu que Théo aimait toujours Hermione tout à l'heure… C'était une façon de dire qu'il ne l'oubliera jamais vraiment et qu'il l'aimera toujours d'une certaine manière ou ça veut réellement dire qu'il l'aime comme il l'aimait il y a dix-sept ans ? »
Ella resta silencieuse pendant une bonne minute, hésitante quant à la réponse à donner à une femme qui côtoyait tout de même beaucoup la principale concernée des émois de son père. Pourtant, elle sentait qu'elle pouvait accorder une confiance quasi aveugle à Ginny, et marmotta :
« Il parle d'elle à chaque fois qu'il le peut. Je ne l'ai jamais vu avec d'autres femmes, ou du moins, certaines pendant les vacances tentaient parfois de le séduire, mais il ne leur jetait que de rares coups d'œil peu intéressés, comme si un voile noir couvrait ses yeux et qu'il ne lui permettait pas d'admirer quelqu'un d'autre… Alors, oui, je suppose qu'il l'aime encore. Non juste son souvenir, mais elle, quoi qu'elle ait pu faire, lui faire, me faire, il pardonne toujours et inconsidérément. Je présume que c'est dans ce genre de situation que le dicton « L'amour est aveugle » prend tout son sens, lorsque la personne abandonne toute lucidité et se retrouve incapable d'être rationnel. »
Ginny caressa doucement les boucles brunes de l'adolescente, sa nouvelle protégée qui semblait avoir bien trop de difficultés pour être secourue par une personne seulement. De plus, elle venait de réaliser que retrouver Théo ne serait en aucun cas la fin de toute cette histoire. Non. Ensuite, ils s'ancreraient dans une situation bien plus dramatique encore, une situation qui pourrait faire souffrir d'autres personnes, mais que seuls Théo et Hermione pourraient régler.
« Il est parfois ardu d'oublier son premier amour, soupira Ginny finalement pour seule réponse.
- Vous y pensez encore, vous ?
- Oui, tous les jours… étant donné que je vis avec lui. »
Ella se tourna brusquement pour enfin voir Ginny qui sourit en remarquant que la surprise peinte sur les traits de la jeune fille n'était pas feinte.
« Harry ?
- Oui, ça te parait si incroyable que ça ?
- Je pensais que le premier amour était… Vous savez… Celui qui chamboule toute la vie, mais qui est censé rester une relation d'adolescents… Celui qui se conclut très mal et qui fait comprendre aux jeunes à quel point c'est dur d'aimer et tout le tralala…
- Et bien, pas toujours. Harry a aimé une autre fille avant moi, Cho Chang. Enfin il dit qu'il ne l'a jamais aimée un centième de ce qu'il m'aime, mais je pense tout de même qu'elle a eu son importance dans sa vie. Mais pour moi, Harry a été une évidence absolue. Dès la première fois où je l'ai vu, j'ai imaginé la robe blanche, les enfants, comment on vivrait… J'étais une petite fille très romantique ! »
Elle grimaça en prononçant cette dernière phrase, comme pour expliquer que désormais –avec tout ce qu'elle avait vécu- le romantisme n'était plus l'une de ses priorités. Et en effet, elle avait beau aimer Harry de tout son corps, de tout son cœur, et de toute minuscule particule de son être, elle n'était plus la fillette adoratrice qu'elle avait été. Son amour pour Harry s'était dévoilé plus passionnel et paradoxalement plus doux qu'elle ne se l'imaginait enfant. Elle avait souffert avec lui, eu peur pour lui, avait respiré chacun de ses souffles alors qu'il frôlait la mort durant la guerre… L'amour faisait souvent plus mal que la mort dans ces périodes si sombres, et celui qu'elle ressentait pour Harry aurait facilement pu la détruire. La vision des contes de fées n'était qu'une chimère. L'amour était bien plus fort et en même temps bien plus faible que celui conté dans les livres.
« Je n'ai jamais rêvé de toutes ces choses… confessa brutalement Ella en interrompant les pensées de sa toute nouvelle maman d'adoption. Quand je pense à mon avenir, j'y vois un travail très intéressant et passionnant, presque dangereux, et… mon père. C'est tout. Pas d'enfants ou de mari, ou d'animaux de compagnie.
- Ce n'est pas parce que l'histoire de tes parents a été un échec flagrant que toi tu ne pourras pas trouver quelqu'un qui te convienne parfaitement… Ce Toby par exemple, qui te regardait comme si tu descendais tout droit du ciel et que tu avais été créée uniquement pour lui. Qui te dit que ce n'est pas le bon ?
- Je le connais depuis une semaine…
- Je sais. Je ne veux pas dire qu'il le sera assurément. Ce sera peut-être le prochain. Ou celui d'après… Je veux juste te dire qu'il est possible qu'il le soit et que tu n'as pas à craindre d'accepter de te rapprocher de lui simplement parce que votre relation pourrait mal se finir… Parce qu'elle pourrait aussi ne jamais finir. Je crois qu'il faut toujours prendre le risque. Savoir et en souffrir est bien plus facile à accepter que de ne jamais savoir et vivre toute sa vie avec des questions et des regrets… Ne pas savoir est atrocement plus dur à supporter. »
Ella baissa la tête, surprise par la résonnance que prenaient ces mots dans son esprit, comme si Ginny depuis de longues minutes savait parfaitement sur quelle fréquence était branchée son cerveau, qu'elle l'avait captée et décidé au même instant de tenter d'abattre toutes les barrières d'Ella. Alors elle acquiesça. Après tout, quels risques prenaient-elles ? Il lui suffirait de fuir jusqu'en Australie au cas où tout ça finissait mal…
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Hermione se débarrassa de ses talons hauts qui trouvèrent une place de choix sous le canapé, et remonta ses genoux sur sa poitrine en fusillant du regard Ron qui –assis sur le fauteuil face à elle- sirotait son verre de champagne en se moquant cruellement de l'impression de manque qu'il provoquait chez son ex-femme. Après être rentrés de Poudlard, personne n'avait pensé ne serait-ce qu'une seconde à s'attarder et la soirée s'était conclue hâtivement sans préambules d'aucune sorte. Edgar et Jean Granger avaient retrouvé le chemin de leur maison après avoir fait promettre à Ella qu'ils se reverraient, puis Ron avait raccompagné Hermione et ses fils. Timothy s'était couché sans faire d'histoire, épuisé, alors que Scott –enfermé dans sa chambre- avait refusé d'adresser la parole à qui que se soit.
Installés dans le salon, Ron et Hermione sentaient peser un silence qui s'alourdissait à chaque seconde et menaçait de s'éterniser si aucun d'entre eux ne prenait les choses en main. Ce fut Ron qui le brisa, trop de questions lui tournant dans la tête pour qu'il ne se laisse déborder par son besoin irrépressible de solitude.
« Tu savais qu'il était amoureux de toi ? »
Hermione tripota le bas de sa robe courte, jouant avec un fil qui en dépassait. Nerveuse, elle prit de longues minutes avant d'oser formuler une réponse convenable :
« Je crois que je savais, que je le sentais et… Il me l'a dit plusieurs fois, sauf que je…
- Tu ? insista Ron, désireux d'obtenir une réelle information quant à toute cette histoire qui lui paraissait de plus en plus complexe à comprendre.
- Je m'en moquais. »
Elle baissa les yeux en énonçant cette réplique d'une cruauté étonnante pour elle, mais mentir lui paraissait bien trop lâche à l'instant. Ron resta songeur, finit son verre d'une traite, puis réfléchit à cette simple phrase avant de soupirer :
« Et toi, tu l'aimais ? »
Hermione releva la tête, ses joues se parant d'une couleur rouge qu'elle-même ne sut analyser. Etait-elle en colère d'oser entendre une telle question ou rougissait-elle car elle n'avait pas de réelle réponse à offrir à Ron ?
« Je ne me posais pas la question, avoua-t-elle. Je t'aimais, j'aimais la simplicité et le confort qu'offrait notre couple, je voulais porter tes enfants, je te voulais toi pour toujours… Avec Théo, je… C'était différent.
- Différent, mieux ? Ou… Différent comment ?
- Différent parce que je savais que ça ne donnerait suite à rien, je jouais, j'étais une autre Hermione avec lui, plus… séductrice, plus passionnée. Nous étions sur la même longueur d'onde, aimions les mêmes choses, étions aussi intelligents l'un que l'autre… Enfin, tu l'es aussi ! se rattrapa-t-elle. Mais lui s'enflammait à chaque discussion, m'offrait un réel échange que je ne pouvais habituellement obtenir qu'avec des adultes beaucoup plus vieux. Et je dois avouer que ça –cette impression d'avoir enfin trouvé une personne de mon âge qui me comprenne parfaitement- associé à son physique plus qu'avantageux… Avec lui, dans cette ambiance de la Baia Vermelha que tu ne connais pas, je n'étais plus vraiment ta femme… J'étais juste une femme. Une femme complètement… J'ai résisté pendant de longues semaines, mais dès qu'on a eu à partager un lit et non plus une tente, j'ai été… »
Hermione n'arrivait plus à formuler des phrases cohérentes, la boule de nerfs obturant sa gorge ayant à nouveau pris trop de place pour qu'elle s'exprime correctement. Ron se retrouva devant elle en un millième de secondes et bredouilla :
« Parle-moi… Ne t'angoisse pas à l'idée de me faire plus de mal ou d'en causer à qui que ce soit. Ne pas savoir exactement ce qu'il s'est passé me ronge, et je refuse d'être encore surpris à la prochaine annonce que ta fille… Qu'Ella, se rattrapa-t-il un peu trop tard, fera. J'ai besoin de savoir ce que tu ressentais à l'époque pour lui, parce que tout ce qu'on raconte dernièrement ne te ressemble pas… »
Hermione replaça énergiquement une boucle brune derrière son oreille en se mordillant les lèvres, arrachant un morceau de peau sans se soucier du goût de sang envahissant sa bouche. Ron resta muet en attendant qu'elle continue son récit, et elle le fit –la voix rendue rauque par l'émotion.
« Toi et moi, ça a toujours été parfait, en tout… On a toujours été attiré l'un par l'autre, on se chamaillait à cause de ça et nous sommes amis. Notre relation était logique, sans nuage, douce… Avec Théo, tout se transformait ! L'amitié frôlait la rivalité, le désir physique dépassait toute décence, l'envie de l'autre ne cessait jamais de peser entre nous… Il y avait ce goût d'interdit, ce moment avant commencer à me déshabiller où il doutait vraiment, et vacillait même avant d'oser se reprendre et… Je me disais tous les soirs que c'était la dernière fois, mais le lendemain, je cédais… Le désir trop impétueux ne nous laissait pas réellement de possibilité de retour et on a continué jusqu'à… Jusqu'à la fin de la mission. J'ai appris que j'étais enceinte quelques semaines plus tard et… Je ne voulais pas te perdre, Ron. L'idée même que tu m'abandonnes, que tu décides de briser notre amitié m'était simplement intolérable…
- Et… Pourquoi n'as-tu pas avorté dans ce cas ? »
Hermione sentit ses larmes, lourdes sur ses cils, et en battant des paupières, les fit glisser sur ses joues, réalisant qu'ainsi, le nœud de sa gorge disparaissait un peu… Moins rapidement qu'avec l'alcool, mais la douleur s'apaisa néanmoins.
« J'y ai pensé, confessa-t-elle en n'osant plus le regarder dans les yeux. Et je… j'avais peur de regretter, de m'en vouloir, de causer des dommages sur mon corps en ratant la potion comme ça arrive si souvent… Et puis, ta mère m'a félicitée. Elle l'avait remarqué et j'ai su que… Peut-être que sans ça, j'aurais avorté, je n'en sais rien, mais ta mère le savait et ça a réduit les possibilités…
- Tu aurais dû me le dire. J'aurais pu… J'aurais pu l'élever.
- Avec Théo à côté ? Il aurait su qu'elle était sa fille… Il n'aurait jamais laissé tomber. J'ai envisagé des milliers de stratagèmes, plus fous les uns que les autres, Ron. Je t'assure que ce que j'ai fait était le mieux.
- Le mieux pour toi, rectifia Ron avec un sourire amer.
- Non… Le mieux pour nous. »
Elle posa tendrement sa paume sur son joue couverte de tâches de rousseur, observant la larme qui y coula. Il ferma les yeux, comme pour ne plus la voir le temps de retrouver sa respiration et le courage des Gryffondors qui lui faisait tant défaut depuis quelques temps. Il décida d'oublier ce sujet, refusant de croire qu'elle l'impliquait dans son crime alors qu'il n'en prenait connaissance que maintenant, seize années trop tard. Il exposa alors une nouvelle interrogation, un élément dont il n'avait pas saisi le sens lors du discours d'Ella.
« Puis-je savoir ce que c'est que cette histoire de lignes courtes et longues ? »
Hermione comprit immédiatement de quoi il parlait, ayant appréhendé dès qu'Ella eu prononcé certains mots qu'une question lui soit posée sur ce sujet en particulier… Elle n'avait jamais parlé de cette histoire à qui que ce soit. Mais maintenant qu'une autre personne proche d'eux la connaissait, elle ne pouvait avoir d'autres choix que celui de dire la vérité.
« Meleke Tsaritsa, la Reine des Elfes des Montagnes, lisait dans les lignes de la main…
- Tu n'as jamais cru à toutes ces sornettes…
- Quand elles venaient d'une folle comme Trelawney, jamais il ne me serait venu à l'idée d'y croire. La Reine… c'était autre chose. Toute la vie de ce peuple est basée sur ses prédictions. Elle savait que nous allions venir, elle savait pour la guerre –alors qu'ils vivent éloignés de toute civilisation et elle savait pour Théo, toi et moi. Elle savait tout, Ron. Elle ne fabulait pas.
- Qu'a-t-elle dit à notre sujet ? »
Hermione ouvrit sa main, paume vers le ciel, et son ongle glissa contre les deux lignes fines striant son épiderme. Ron réalisa en regardant sa propre main qu'il n'avait qu'une marque là où Hermione en possédait deux, et il plissa le front pour seule interrogation. Elle expliqua doucement :
« Selon elle, ses deux lignes parallèles vous représentaient… Vous étiez les deux amours de ma vie. Et il me fallait deviner lequel de vous deux possédait celle-ci, la plus longue…
- Et tu as parié sur moi.
- Non. Je… enfin, si, au départ. Puis en y réfléchissant, j'ai compris qu'elle ne représentait pas un amour comme entre hommes et femmes, mais… Nous trois. Toi, Harry et moi. Ce que nous sommes les uns pour les autres est bien plus fort que tout ce que j'ai pu ressentir comme sentiments amoureux envers toi…
- Et envers Théo, conclut Ron avec un sourire triste, presque nostalgique.
- Oui. C'est vous deux, Harry et toi, qui comptez réellement à mes yeux. Sans vous, je ne suis rien, rien du tout… Vous êtes la ligne longue de ma paume. Théo était la passade coupée par la vie. »
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A travers la fine lucarne, un bref rayon de soleil –le seul qui viendrait caresser sa joue avant que les nuages n'interviennent- réveilla Théodore Nott. Allongé sur un matelas trop fin –une paillasse d'herbe aurait sans nul doute été plus confortable- il observait le linoléum entourant entièrement la cage que représentait la petite cellule : du plafond, aux murs et au sol, tout était recouvert de ce revêtement à l'apparence plastique, sans aucun motif. Le jour de son arrivée, lorsqu'il avait été balancé sans aucune douceur au fond de sa prison, il avait compris qu'il se trouvait dans une sorte de laboratoire scientifique… Qui d'autres que des fous de science auraient pu aménager une telle pièce ?
Il n'y avait pas de barreaux à la lucarne. Théo la fixait tous les jours. Avec quelques kilos de moins, il aurait peut-être pu s'y faufiler, mais rien ne le préparait à ce qui l'attendait dehors… Cette jungle, sans doute infestée de créatures qu'il ne pourrait affronter sans baguette magique –objet dont on l'avait privé. Il savait également que le Transplanage serait impossible à réaliser à l'intérieur du domaine. En clair, il était coincé.
Il glissa ses doigts contre le caoutchouc du mur et appuya dessus avec une grimace, attendant patiemment le petit déjeuner qu'on lui glisserait par une sorte de chatière. Au moins, il était nourri –sommairement, mais nourri quand même, il avait le droit à des douches et à des toilettes –bien qu'il doive demander la permission d'abord et qu'en général, il fallait attendre une bonne demi-heure avant qu'elle lui soit accordée- et dormait… Lorsque son sommeil n'était pas interrompu par des cauchemars.
Il n'avait plus vraiment la notion du temps… Depuis quand était-il ici ? Trois semaines ? Quatre ? Davantage ? Il ferma les yeux en se concentrant, mais perdit le fil de ses pensées avant même de pouvoir s'y accrocher dès que le prénom Ella vint s'insinuer dans son crâne. Sa fille était seule depuis bien trop longtemps. Il enfouit son visage entre ses mains, tentant de se raccrocher aux souvenirs qui lui restait. Sans savoir exactement pourquoi, c'est l'image d'Ella, à trois ans à peine, dans les bras de la Reine des Elfes qui caressait ses boucles brunes en chantant une berceuse qui lui parvint. Le chant Elfique envahit son corps tout entier, résonnant en lui alors que chaque syllabe heurtait son crâne avec tendresse, caressant chaque nerf de son corps endolori…
Le claquement brutal de son plateau contre le sol interrompit le chant de la Reine en lui, et il rouvrit les yeux en se levant. Il récupéra rapidement le plateau, affamé, et enfourna le petit pain qui lui était proposé en une bouchée à peine. Puis il saisit le fruit, le faisant rouler dans sa paume comme tous les matins. Pourtant, ce n'était pas une pomme –comme d'ordinaire. Pour la première fois, c'était autre chose, une chose qu'il observa avec attention. Il s'agissait d'un Kàhoy, un fruit rouge sang trop sucré et spongieux. Un fruit qu'il n'avait goûté qu'une seule fois auparavant, avec les Elfes. Un fruit qui –selon la Reine- ne se trouvait qu'aux alentours de la Baie.
Le cœur de Théo s'emballa. Etait-il possible qu'il se trouve à proximité des Elfes ? Pour la première fois depuis longtemps, son cerveau s'arracha de la léthargie qu'il s'était imposé, et l'excitation fourmilla dans tout son corps. Un plan. Il lui fallait un plan. Mécaniquement, il se mit à chantonner la Berceuse d'Ella, d'abord d'une voix tremblotante puis beaucoup plus ferme, beaucoup plus forte…
Jusqu'à ce que le geôlier lui ordonne de se taire.
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Ella bailla à s'en décrocher la mâchoire avant d'ouvrir les yeux, son regard s'arrêtant sur les rideaux derrière lesquels le soleil perçait. Elle entendait toujours les vagues et fut prise d'une soudaine envie d'aller s'y jeter et nager… Les températures ne le lui permettraient sans doute pas, mais elle se promit d'essayer. Puis des bruits plus proches attirèrent son attention et elle se redressa entièrement dans son lit, jeta un coup d'œil au réveil qui indiquait qu'elle s'était permise une grasse mâtinée peut-être imméritée. Elle se leva d'un bond, replaça son t-shirt trop long ayant appartenu à son père et qu'elle lui avait piqué à dix ans, avant de filer vers les escaliers, s'emmêlant les pieds dans son bas de jogging.
Elle pénétra dans le salon et se figea sur le seuil. Pourquoi n'avait-elle pas pensé à se coiffer et à s'habiller un minimum avant de descendre ? Les membres de l'Ordre étaient tous présents, en plus grand nombre que la semaine précédente. Charly, Fred et George Weasley –ainsi que Katie et Angelina, les épouses des jumeaux, Dean, Lavande, Seamus, Parvati, Fleur et sa petite sœur, le Ministre de la Magie : Kingsley Shacklebolt et d'autres personnes qu'elle ne reconnut pas avaient fait le déplacement. Et tous avaient le regard fixé sur elle. Ses joues devinrent écrevisses alors que Fred lançait à Ron :
« Sérieusement, comment tu as fait pour ne pas voir que c'était la fille de Mione au premier coup d'œil ?
- Facile à dire pour toi, répliqua Ron en bougonnant. Tu le savais avant d'arriver. »
Hermione leva les yeux au ciel alors qu'Ella virait les siens aux bouts de ses pieds nus. Hypérion arriva derrière elle et passa son bras par-dessus ses épaules avec un grand sourire railleur, amusé par l'effet de surprise créé qui avait parfaitement fonctionné sur elle.
« Je vais aller m'habiller… » souffla Ella en se dégageant rapidement sans dire bonjour à qui que ce soit.
Elle disparut aussi vite qu'elle était apparu et Hypérion releva un sourcil en direction de son père, lequel signifia d'un haussement d'épaules qu'il ne savait pas réellement ce qu'il se passait dans le crâne d'Ella. Il reprit son discours à propos de tout ce qu'ils savaient à propos de l'enlèvement de Théo comme s'il n'avait pas été interrompu et les autres l'écoutèrent à nouveau attentivement. A chaque fois que le prénom de Théo était énoncé, la plupart des membres de l'Ordre observaient Hermione, en attente d'une réaction qui ne venait pas. Un masque de froideur posé sur son visage, Hermione mimait d'être désintéressée de la situation. Elle ne souhaitait pourtant pas donner ce plaisir à qui que ce soit. Ils s'interrogeaient tous sur les liens entre Théo et elle, ils voulaient tous obtenir des détails croustillants… Elle ne dirait rien.
Ron glissa sa main dans la sienne avec douceur et lui accorda un clin d'œil, souhaitant lui insuffler un peu de courage pour qu'elle supporte les messes-basses de ceux qui se disaient ses amis, mais qui désormais, avaient plus des allures de vautour.
Hypérion resta adossé à la porte du salon, alors que tous les autres jeunes et enfants des membres de l'Ordre jouaient sur la plage ou s'étaient installés dans la bibliothèque pour quelques concours de jeux de société. Lui était bien trop intéressé par ce qu'il se passait dans le salon. Il voulait participer à cette nouvelle bataille, aider Ella à retrouver son père et la soutenir dans toute cette histoire. Avec Scott et Maïa, Ella aurait bien assez à supporter et il se devait de faire pencher la balance, même s'il ne la voyait que le week-end.
Ella réapparut, vêtue de son même vieux jean que d'habitude et d'une tunique noire. Lorsqu'elle entra à nouveau dans la pièce, tous les regards se figèrent à nouveau sur elle et Ginny grommela :
« Vous allez faire ça à chaque fois ? À croire que vous n'avez jamais vu d'adolescente de seize ans de vos vies !
- Je crois surtout qu'ils n'ont jamais vu la fille illégitime d'un type qu'ils pensaient être un traitre et d'une amie qu'ils imaginaient être une sainte, rectifia Ella sans pouvoir s'en empêcher avant de bredouiller : Désolée… »
Fred et George échangèrent un regard avant d'éclater de rire, suivis de peu par nombre de membres de l'Ordre. Ginny s'approcha d'elle et lui proposa de s'installer où il restait de la place avant d'aller lui chercher un petit truc à grignoter. Elle s'assit donc par terre, sur la moquette, proche d'Harry, et Hypérion se posta près d'elle avec un sourire complice.
« Tu t'es remise de la soirée d'hier ? s'enquit-il en un murmure alors qu'Harry se replongeait dans son discours.
- Oui… Ce n'était pas si grave après tout. J'éviterais Scott à partir de maintenant et puis voilà ! Il ne m'aime pas, ça n'a pas d'importance, j'y survivrais… Et je n'hésiterais à lui en coller une s'il s'avère être trop agaçant.
- Vraiment ?
- Non, je ne frappe jamais personne… Mais, je lui lancerais un sort ! »
Hypérion étouffa un rire alors que le regard sévère du professeur McGonagall défilait sur lui. Ella ramena ses genoux contre sa poitrine tout en écoutant Harry et avala goulûment le léger déjeuner que lui rapporta Ginny. Une fois qu'il eut fini, Harry enfonça ses poings dans ses poches et lança un « Et voilà ! » peu rassurant.
« Attend… C'est tout ! s'écria Charly. On est censé faire quoi de ça ? Il doit y avoir des dizaines d'entreprises que les plantes de Théo intéresseraient…
- Mais rares sont celles qui seraient capable de planifier un enlèvement ! riposta Ella avant de se taire, réalisant qu'elle n'avait peut-être pas le droit de parole à cette assemblée. Je…
- Tu as le droit de parler, sourit Harry. Et tu as raison… La plupart des entreprises de ce genre sont avant tout financées par des hôpitaux et autres centres de médicomagie, et n'ont par conséquent pas les moyens d'entreprendre de telles affaires ! Seules les entreprises privées retiennent notre attention à Neville et à moi. Et ça réduit tout de même considérablement le nombre de suspects. En clair, il nous reste neuf entreprises à étudier, voir espionner. Et c'est pour ça que j'aurais besoin de vous… Je sais que vous travaillez tous, mais j'espère que vous prendrez un peu sur votre temps libre pour plancher là-dessus. N'oubliez pas que Théo a sauvé bon nombre d'entre nous pendant les batailles… Il était l'un des nôtres, qu'il ait participé à la fin de la guerre ou non. Si certains ne comptent pas s'engager à fond dans les recherches, qu'ils s'en aillent maintenant. »
Il jaugea les personnes présentes, menaçant de son regard ceux dont il doutait le plus, prêt à distribuer des claques si un seul osait seulement ciller. Aucun d'entre eux ne bougea d'un poil et un bref sourire éclaira le visage d'Harry avant qu'il ne saisisse une pile de dossiers.
« Il me faudrait huit groupes parmi vous, donc organisez-vous comme vous le souhaiter, en tentant de vous répartir selon vos emplois du temps si possible, et prenez un dossier par groupe. Votre travail sera simple : étudier, fouiner, espionner, poser des questions, prendre des risques… Comme autrefois. Et j'espère que vous ne vous êtes pas ramollis depuis la fin de la guerre, parce que ça ne vas pas être une partie de plaisir ! Au moindre doute, prévenez-moi à Poudlard, je serais à votre entière disposition. Clair ? »
Ils acquiescèrent d'un même mouvement, de toute évidence habitués à suivre les directives d'Harry qui durant la guerre avait mené chaque bataille en tant que chef. Il les avait conduit à la victoire, et ils lui accordaient tous une confiance aveugle désormais, bien qu'ils n'aient plus de Mangemorts à abattre. Après quelques minutes d'un bazar innommable et d'une désorganisation presque organisée pour certains, Harry nota la composition des groupes sur une feuille. Finalement, Ginny proposa à boire à tous et le sujet « Théodore Nott » fut oublié pour quelques minutes sous le regard dépité d'Ella.
Elle quitta la pièce et s'installa dans les escaliers, de là où elle pouvait observer les autres sans qu'ils ne tentent de l'inclure dans leurs discussions tout en cherchant à lui soutirer quelques informations croustillantes à propos de ses parents. Hypérion lui adressa un sourire depuis le salon, lui demandant d'un geste si elle voulait qu'il la rejoigne, ce qu'elle refusa d'un signe de tête. Elle ne se sentait pas à sa place parmi cette foule de gens qui dans sa vie avaient toujours appartenu au passé de son père et non à une quelconque réalité. Elle appuya son coude sur son genou et son menton vint se caler dans sa paume.
Le professeur Rogue s'approcha d'elle au bout de quelques minutes et lui tendit un verre de Whisky Pur-Feu avec un sourire de connivence. Ella but le liquide brûlant en quelques secondes et toussota sous le passage de l'alcool dans sa trachée. Elle posa le verre près d'elle sur les marches et releva les yeux vers l'enseignant.
« Je ne suis jamais très à l'aise dans la foule… Enfin… J'ai vécu uniquement avec mon père et… Voir tous ces gens me fait tout drôle.
- Je comprends, soupira Severus en s'appuyant au bas de la main-courante. J'avoue que je suis davantage là pour aider Théodore que pour voir tous ces zigs qui –même avec la guerre- sont restés des adolescents pour la plupart. Regarde Lavande Thomas par exemple. Je serais prêt à parier tout ce que j'ai qu'elle est ici pour savoir comment Hermione s'est retrouvée enceinte plus que pour chercher à régler le moindre problème. Toujours avide de ragots comme elle l'était à seize ans. Les autres suivent Harry sans se poser de questions, ne se souciant pas réellement d'aider ton père, mais plus de continuer à soutenir Harry quoi qu'il veuille faire.
- Mais… Ils prendront tout de même cette histoire au sérieux, n'est-ce pas ?
- Ils préféreraient tous qu'on leur coupe un membre que de décevoir Harry. Ils seront présents. »
Elle le remercia de la rassurer, et reporta son regard sur la salle où désormais quelques enfants et adolescents s'étaient incrustés, certains lui jetant des coups d'œil suspicieux comme s'ils s'attendaient à ce qu'elle fasse quelque chose de particulier. Severus étouffa un rire face à ces réactions puériles et chuchota :
« Tu devrais y aller.
- Pourquoi ? Ils ne veulent pas de moi ici…
- C'est justement pour ça que tu dois le faire. Montre-leur que tu as parfaitement ta place dans cette assemblée, que tu es toi aussi la fille de l'un des leurs et que ton père était un membre de l'Ordre même s'ils l'ont oublié… Fais-lui honneur ! »
Ella releva les yeux vers lui, réalisant qu'il avait parfaitement raison. Elle se mit debout et se dirigea vers le salon d'un pas décidé, ne se souciant pas des regards des autres. Elle s'approcha de Winifred qui lui adressa un immense sourire avant de la présenter à d'autres, tentant de l'inclure dans la sphère du Phoenix où tous étaient nés et avaient grandis. Sphère dont Ella aurait pu faire partie. Elle s'imagina brièvement la vie qu'elle aurait eue si son père avait décidé de l'élever en Angleterre… Et compris immédiatement pourquoi il ne l'avait pas fait. Elle l'en remercia mentalement, heureuse d'avoir eu une vie à part, sans guerre, sans clans, sans ennemis à abattre. Elle se sentit plus forte un instant. Puis réalisa qu'elle était au contraire plus faible qu'eux tous. Plus seule. Plus différente. Trop habituée au bonheur pour se faire au malheur. Elle avait été trop protégée. Trop pour être préparée à survivre au cas où son père l'abandonnait…
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A des milliers de kilomètres de là, devant la chaumière la plus colorée du monde, le facteur moldu déposa une enveloppe dans la boite aux lettres en prenant conscience de l'étrangeté de la situation : jamais il n'avait eu à poster la moindre chose aux méchants sorciers de la maison colorée !
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Note de l'auteur _ Voili voilou ! J'espère que l'attente aura valu le coup... ? Enfin, qu'il vous aura plu en tous les cas. Perso, j'aime bien Toby & son trip sur les étoiles. J'craignais un peu de le faire trop... Trop. & j'espère que ce n'est pas le cas. Mais j'voulais qu'il puisse l'aider en quelque chose & finalement ça m'a donné pas mal d'idées pour leur "relation" [vous verrez au prochain chapitre ! =D] du coup j'ai choisi l'Astronomie... avec toutes les nouvelles possibilités que ça offrait =D Et aussi comment il répond à McGo [veux toujours lui faire des bébés à Toby hein xD] & pis... faut vraiment qu'ils calment leurs hormones Ella & lui. lOl. J'sais plus qui -ah si, loufoca-granger !- parlait d'eux deux enfermés dans une pièce à faire des choses pas catholiques ! Faut pas leur donner des idées de ce genre hein ! Comment je fais pour les tenir moi après ? xD & puis, j'aimeuh mon Severus d'amour [pfiOu, j'vais pas tarder à me faire tuer par certaines !] comment il est tout... severusnouchet avec Ella x] Hermione... Détestable, non ? Comment peut-on s'en moquer quand quelqu'un nous aime hein ? [dit l'auteur sans coeur derrière son écran... xD] Bon, ok, j'la comprends, mais c'est pô facile à accepter quand même. Mais après, j'aime bien son explication par rapport aux lignes... Même si j'suis pas sûre que les elfes approuveraient.
Et puis... le plus important : Théo ! =D Ptite scène j'avoue... D'ailleurs, elle était totalement imprévue... Mais j'ai commencé à écrire & Théo s'est imposé en criant "Oh, tu m'oublies ! J'veux apparaitre !" Et je n'ai pas pu lui résister ! [aucune volonté, j'vous dis !]
Questions : D'où qu'elle vient la lettre de la fin ? [euh d'ailleurs, s'il vous plait, faites m'y penser ! C'est le genre de détails que j'vais oublier tel que j'me connais ! xD] Est-ce que Toby va arracher les vêtements d'Ella dans le prochain chapitre ? Ou Ella ceux de Toby ? Ou... bah vont-ils se déshabiller ensemble ? xD [l'prochain chapitre est d'ailleurs centré sur eux d'eux...] Hermione va-t-elle enfin réaliser qu'elle a fait des trucs pas forcèment malins dans le passé ou va-t-elle continuer à croire qu'elle avait raison ? Et pis Théo... Des idées de où qu'il est & pourquoi & comment il va s'en sortir ?
BrefOuille, je vous remercie encore pour tous vos reviews ! -auxquels je répondrais plus rapidement à l'avenir au lieu de me flageller ensuite xD
Bisous bisous, Reviews, Reviews ! ^^
*¤ Bewitch_Tales ¤*
