DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+ 18

Genre : romance / slash / Yaoi


Une fois encore, merci à tous pour vos review et votre enthousiasme pour cette fiction !

Bonne lecture !


Chapitre 8 – A travers toi

18 janvier 2020

On était samedi et Harry émergeait lentement du sommeil. Par réflexe, il tendit la main à côté de lui. Mais au lieu de se poser sur un corps chaud, sa main se referma sur des draps froids.

Il se demanda combien de temps encore il conserverait cette habitude. Cela faisait maintenant trois mois qu'ils étaient séparés et pourtant le premier geste de Harry au réveil restait toujours de chercher la présence de Draco.

Sa main glissa lentement le long du matelas, comme si celui-ci avait gardé le souvenir du corps pâle du blond, pour finir par revenir vers l'oreiller qu'il saisit et approcha de son visage.

Depuis la séparation, Harry s'était refusé à changer la taie d'oreiller. Il dormait avec le coussin étroitement serré contre lui, enveloppé de la douce odeur de Draco.

Malheureusement, celle-ci commençait à s'estomper et Harry avait beau plonger son visage dans l'oreiller et respirer à pleins poumons, elle disparaissait inexorablement.

Comme eux.

Cela faisait deux semaines maintenant qu'il n'avait plus revu son mari. Il était passé à Sainte-Mangouste à plusieurs reprises pour rendre visite à Dean mais sans jamais le croiser.

Draco avait définitivement renoncé. Plus de rencontres fortuites, plus de visites impromptues pour le moindre prétexte. Plus rien.

De toute façon, il avait été très clair.

Flash-back

Le lendemain de l'opération de Dean, Harry était retourné à l'hôpital pour prendre des nouvelles. Draco sortait de la chambre.

- Comment va-t-il ? demanda le brun.

- Bien. Ses constantes sont bonnes. Il faudra encore attendre un peu pour être sûr que son organisme accepte la greffe mais j'ai bon espoir.

- Tant mieux… Tu as… tu as été formidable Draco.

- Je te l'ai dit, j'ai fait mon travail, répliqua le blond d'un ton neutre avant de poursuivre son chemin dans le couloir.

Harry le retint par le bras.

- Ecoute Draco… à propos de… de nous, de ce qui s'est passé… je voulais…

- C'est bon Harry. Tu as été suffisamment clair. C'est terminé et je l'accepte. J'ai essayé de te récupérer, c'est vrai. J'ai mis en place tout ce plan de séduction parce que je ne voulais pas te laisser partir mais je n'aurais pas dû me servir de Daldry et de votre histoire passée pour arriver à mes fins.

- Draco, je…j'étais en colère… Daldry, Pucey, tout ça m'a ramené à des moments que je voulais oublier et savoir que tu t'étais servi de cela pour me récupérer a occulté le fait que… que j'ai apprécié tes efforts… toutes ces rencontres, tout ce que tu m'as dit… j'avais l'impression de te retrouver, Draco… de retrouver celui dont je suis amoureux.

- Qu'essayes-tu de me dire ?

- Que je t'aime toujours Draco.

Il soupira et fixa Harry d'un regard dur.

- Arrête ça. Arrête de me prendre pour une marionnette Harry ! Quand tu m'as annoncé que tu voulais divorcer, tout s'est écroulé autour de moi. Et pourtant, je me suis relevé. J'ai décidé de me battre. Pour ça, j'ai mis mon orgueil en poche et je t'ai tout donné. Tout ce qu'un Malefoy ne donne à personne, ma dignité, ma fierté, je les ai posées à tes pieds Harry. Et tu les as piétinées. Alors maintenant, c'est fini. Terminé. Je n'ai plus la force ni l'envie de me battre. Je t'aime Harry et certainement que je t'aimerai jusqu'à mon dernier jour mais je ne peux pas continuer comme ça… à me demander quand tu estimeras que j'ai suffisamment payé le prix de mes erreurs. Car tu ne le sais pas toi-même.

- Draco, non…

- Au revoir Harry.

Fin du flash-back

Et comme pour confirmer l'issue inévitable, il avait reçu hier un hibou d'Hermione l'informant que le rendez-vous pour la signature des parchemins du divorce était fixé au jeudi 23 janvier au cabinet de Me Hawkins.

4 jours.

Dans 4 jours, il serait divorcé. Exactement comme il l'avait voulu.

Harry soupira fortement, maudissant Draco par qui tout ce gâchis avait commencé et se maudissant lui-même pour sa propre inconsistance face à ses décisions et émotions.

Un bruit à la fenêtre sortit Harry de ses pensées.

Contraint et forcé, il se leva et alla ouvrir la fenêtre pour permettre à l'animal d'entrer. A peine eut-il défait le lien qui retenait l'énorme liasse de parchemins roulée à sa patte, que le hibou s'envola à tire d'ailes.

Harry reconnut immédiatement le sceau du Ministère : il s'agissait du rapport journalier de surveillance de ses enfants et de Draco. Il retourna s'installer dans le lit, assis en tailleur, et commença sa lecture.

Après l'arrestation de Reagan, Galway et Mallory, l'étau s'était grandement resserré autour de Liam O'Donnell. Les Aurors avaient appris de source sûre qu'il avait le Procureur dans le collimateur et qu'il ferait usage de son arme favorite : la menace et l'intimidation. Une protection spéciale avait donc été mise place autour de Harry mais également de ses enfants et de Draco. Des Aurors les surveillaient en permanence et un sort d'identification avait jeté sur chacun d'eux. Ce sort, similaire à celui qui imprégnait la Carte du Maraudeur, permettait d'identifier toute personne qui s'approchait d'eux dans un périmètre de cinq mètres. Concrètement, il était jeté sur la personne faisant l'objet de la surveillance et à distance, les Aurors effectuaient des relevés à intervalles réguliers, relevés qui étaient consignés dans un rapport confidentiel.

Le rapport concernant les enfants était, comme les dix précédents : concis. Neville avait été prévenu du danger et il avait renforcé les sorts de protection autour de Poudlard, de sorte qu'il était quasi impossible d'atteindre les enfants dans l'enceinte de l'école.

Harry s'inquiétait néanmoins de la journée d'aujourd'hui car trois de ses enfants étaient censés sortir à Pré-au-Lard. Afin de ne pas les alarmer, ils n'avaient pas été mis au courant de la menace qui pesait sur eux et ils avaient été autorisés à participer à la sortie collective. Six aurors étaient affectés à leur protection durant toute la journée.

Le rapport concernant Draco était par contre beaucoup plus volumineux. Compte tenu de sa profession, il était amené à rencontrer plusieurs dizaines de personnes tous les jours. Entre ses collègues, les patients et les inconnus croisés dans les couloirs, beaucoup de monde entrait dans le périmètre d'identification. Jusqu'à présent toutefois, aucun n'avait paru suspect aux yeux des Aurors qui examinaient la liste avant de la remettre à Harry.

Comme chaque matin donc, Harry parcouru rapidement le rapport jusqu'à arriver à la partie qui l'intéressait et qui lui occasionnait à chaque fois une bouffée d'angoisse : les heures comprises entre le départ de Draco de l'hôpital et son retour le lendemain.

Harry rejeta la tête en arrière et soupira de soulagement une fois de plus quand il constata que Draco avait passé la soirée et la nuit seul.

Il savait qu'il n'avait aucun droit de détourner l'objectif de la surveillance comme il le faisait et que Draco serait furieux s'il venait à l'apprendre, mais c'était plus fort que lui : il devait savoir si son mari l'avait déjà remplacé. Ce n'était pas le cas aujourd'hui mais qu'en serait-il demain ?

D'un geste las, Harry écarta les parchemins et passa la main sur son visage. En faisant ce geste, il ressentit sur sa joue le frottement du bracelet en cuir qu'il portait au poignet. Il caressa le fermoir magique qui était toujours hermétiquement fermé.

Il m'aime encore et je l'aime encore.

Il se demanda si le fermoir s'ouvrirait quand ils auraient signé les papiers du divorce mais étonnement, il eut la conviction que non : il aimerait Draco jusqu'à son dernier jour.

Alors pourquoi ? hurlait son subconscient.

Cette question tournait dans sa tête à n'en plus finir. Il ressassait les propos de Blaise qui le mettait en garde :

« Quand tu auras signé ces papiers, il n'y aura plus aucun retour en arrière possible. Draco est en train de faire tout ce qu'il peut pour te récupérer, pour que tu lui pardonnes. Mais je le connais. A la minute où tu poseras ta signature sur le parchemin, il saura qu'il a perdu et lâchera l'affaire. Sa dignité et son orgueil lui commanderont d'arrêter de se battre. Tu comprends ? ».

Il entendait Hermione, furieuse :

- Si tu étais un peu honnête avec toi-même, tu admettrais que tu as aimé le Draco que tu as connu ces dernières semaines ! Tu as aimé qu'il soit prévenant, attentionné. Tu as aimé son entreprise de séduction! Tu as aimé qu'il casse la figure de Daldry !

- Tu ne sais rien, Hermione…

- Admets-le Harry !

- Hermione…

- Admets-le !

- OUI ! PUTAIN ! OUI !

Et surtout, il l'entendait, elle, sa meilleure amie, lui dire comme on énonce une sentence de mort :

« Je veux pouvoir te regarder en face quand tu signeras le parchemin. Je veux pouvoir te rappeler tous les jours comment tu es parvenu à gâcher ta vie comme l'idiot borné que tu es ! »

Etait-il vraiment idiot ? Etait-il vraiment borné ? Etait-ce être idiot et borné que de vouloir vivre avec celui qu'on aime dans la confiance ?

Non mais c'est idiot et borné de faire une croix sur celui qu'on aime sans lui donner une deuxième chance.

- AAARGH ! ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE ! MERDE ! cria-t-il en empoignant les parchemins et en les envoyant voler à l'autre bout de la pièce.

Puis soupirant face à la puérilité de son geste, Harry se leva et aller les ramasser, non sans râler lorsqu'il dut se contorsionner pour récupérer une feuille qui était coincée en dessous de la commode. Son geste un peu trop sec fit se déchirer le parchemin dont il ne récupéra qu'un coin.

Un coin sur lequel était inscrit un morceau de nom qui le frappa plus sûrement qu'un cognard.

Hugh Fell

Tant bien que mal, Harry récupéra le reste de la feuille qu'il reconstitua d'un sort.

Hugh Fellowes.

- Putain… quel con je fais…

Contrairement à ce qu'Harry avait pensé, tous ses collaborateurs n'avaient pas été soumis au véritasérum. Il avait viré Fellowes avant qu'on ne sache qu'il y avait une taupe au Ministère et il avait oublié son existence jusqu'à cet instant.

A l'idée que Fellowes puisse être la taupe succéda autre chose : que faisait cet homme à proximité de Draco ? Bien sûr, il avait très bien pu se rendre à l'hôpital pour une raison médicale. Mais Harry devait en avoir le cœur net.

Il s'habilla à la hâte et fonça vers sa cheminée.

Deux minutes plus tard, il déboulait dans son bureau au Ministère où il avait laissé les autres rapports des jours précédents.

D'un doigt fébrile, il parcourut les listes. La fébrilité fit place à la panique quand il remarqua que Fellowes s'était trouvé à Sainte-Mangouste pratiquement tous les jours de la semaine.

Sans attendre, Harry se posta devant la cheminée et murmura un sort qui le mit en connexion avec Ernie McMillan, le Chef des Aurors ad interim en l'absence de Dean Thomas.

Il fallut quelques secondes avant que le visage poupin d'Ernie se matérialise dans les flammes vertes.

- Harry ? Enfin, je veux dire… Monsieur le Procureur, commença le petit blond avec l'emphase qui le caractérisait depuis Poudlard.

- Pas le temps pour les formalités Ernie ! dit Harry. La taupe ! C'est Hugh Fellowes, j'en suis sûr !

- Fellowes… c'était pas …

- Si, il était un de mes assistants depuis quelques années. Il a commencé à travailler sur le dossier des irlandais il y a six mois.

- Mais le véritaserum…

- Justement ! Il n'a pas été soumis à la potion de vérité car je l'ai viré avant !

- Et il se serait vengé en allant vendre les informations à O'Donnell ? Tout ça se tient !

- Ce n'est pas seulement de la vengeance, continua Harry. En consultant les rapports de surveillance, j'ai remarqué que Fellowes était systématiquement dans l'entourage de Draco ces six derniers jours. Je crois qu'il bosse pour O'Donnell depuis le début et que maintenant il tente d'atteindre Draco !

- Mais il était peut-être là-bas pour des soins ou pour rendre visite à quelqu'un ?

- C'est possible mais ce n'est pas sûr. Ernie, il faut absolument que tu vérifies à Sainte-Mangouste si Fellowes y est enregistré comme patient ou si un membre de sa famille ou un ami y est hospitalisé ! Et il faut renforcer la protection de Draco et de mes enfants en attendant de le retrouver !

- J'y vais séance tenante. Je te tiendrai scrupuleusement informé Harry.

- Merci Ernie, conclut le brun en mettant fin à la communication.

La deuxième communication fut pour Neville à Poudlard. Malheureusement, personne ne semblait présent dans le bureau du directeur.

Harry regarda sa montre. Il était dix heures, l'heure du départ des élèves pour Pré-au-Lard. Neville devait être dans la cour pour superviser les opérations.

En attendant d'avoir des nouvelles d'Ernie, Harry commença à faire les cent pas dans son bureau. Dans sa tête se déroulaient tous les scenarios catastrophes possibles et imaginables et tous se terminaient par la mort de Draco ou de ses enfants.

Après une heure d'attente qui faillit le rendre fou, sa cheminée crépita et le visage d'Ernie McMillan réapparut dans les flammes.

- Alors ? le pressa Harry.

- Fellowes a bien un dossier médical à Sainte-Mangouste mais sa dernière consultation date de l'année dernière. C'était en dermatologie. Et il n'y a personne de son entourage proche ou éloigné qui est hospitalisé dans le service de Malefoy. Il n'a donc aucune raison de se trouver dans son périmètre…

- C'est ce que je pensais ! Où se trouve Fellowes ?

Ernie fuyait le regard de Harry, manifestement embarrassé.

- ERNIE ? OU EST FELLOWES ?

- On ne se sait pas… d'après les derniers relevés du sort d'identification, Malefoy est seul chez lui depuis hier soir. Il ne se trouve donc pas à proximité, du moins pour le moment. Trois Aurors sont en surveillance devant son appartement. Même chose chez toi.

- Et mes enfants ?

- Les six Aurors chargés de la protection de tes fils sont avertis. Le sort d'identification est vérifié toutes les cinq minutes mais c'est négatif jusqu'à présent. Quant à ta fille, vu qu'elle est restée à Poudlard, nous n'avons pas d'informations.

- Ok… je vais encore essayer de contacter Neville. Préviens immédiatement Draco et envoie des Aurors à Poudlard pour vérifier que Lily va bien. Tu me tiens au courant !

- Bien sûr ! confirma Ernie.

Harry ne perdit pas de temps pour établir la communication avec le bureau directorial mais au lieu de la voix de Neville, il entendit un cri.

- AAAAAARGGGGH !

- NEVILLE ! cria-t-il. NEVILLE ! QUE SE PASSE-T-IL ?

- LILY ! SAUVE-TOI ! entendit-il encore.

- PAPA !

- ENDOLORIS !

Puis plus rien.

- ET MERDE ! jura-t-il entre ses dents.

O°O°O°O°O°O°O

Devant les grilles de Poudlard, Neville regardait les derniers élèves s'éloigner vers Pré-au-Lard. Malgré la présence des six aurors, il était assez anxieux et il espérait que rien de fâcheux n'arriverait à James, Severus et Scorpius Malefoy pendant le temps de cette sortie.

Il allait regagner le Château quand une voix l'interpella.

- Monsieur le Directeur !

- Oui ?

- Bonjour, mon nom est Julian Grant. Je suis assistant du Procureur Sorcier.

- Ah, bonjour. Que puis-je faire pour vous ?

- Vous êtes sûrement informé que la sécurité du Procureur Sorcier et de sa famille est actuellement menacée…

- En effet, dit Neville prudemment.

- Je suis là à sa demande pour vérifier que la petite Lily ne coure aucun danger.

- Votre présence m'étonne, répliqua le Directeur avec circonspection. Je me suis personnellement entretenu avec Harry Po… Malefoy des mesures de sécurité concernant ses enfants et…

- Oui, oui… il me l'a dit et il a toute confiance en vous évidemment mais certaines données ont changé et je dois voir avec vous comment gérer au mieux la situation…

- Hmhm. Bien. Accompagnez-moi à mon bureau.

Le Château était pratiquement désert, l'essentiel des élèves et des professeurs étant à Pré-au-Lard.

Ils marchèrent en silence jusqu'à la gargouille qui gardait l'entrée du bureau directorial et qui s'écarta respectueusement devant Neville.

Arrivés à l'intérieur du bureau, le Directeur invita son visiteur à s'asseoir.

Grant resta néanmoins debout à contempler une superbe épée incrustée de rubis qui trônait dans une immense vitrine.

- C'est… c'est l'épée de Gryffondor ? demanda-t-il.

- En effet, il s'agit bien de l'épée de Gryffondor.

- Wahou… pardonnez-moi mais j'ai tellement entendu parler de vos exploits…

- Mes exploits ?

- J'étais en première année à Serdaigle au moment de la Bataille de Poudlard… Tout le monde parlait de vous… Vous êtes devenu une légende après avoir décapité le serpent…

- Oh… dit Neville sur un ton un peu bourru. Je n'ai pas fait plus ni moins que les autres qui…

- Allons, ne vous sous estimez pas ! Harry m'a dit que vous étiez modeste mais…

- Harry ?

Grant baissa la tête, les joues légèrement rougies.

- Heu oui… autant vous le dire… Harry et moi… sommes ensemble depuis quelques semaines…

- Harry…et vous ? s'exclama Neville. Mais…

- Nous avons dû être discrets évidemment à cause de son mari… mais il sera bientôt divorcé alors…

Neville examina Grant avec méfiance. Quelque chose n'allait pas, ça ne ressemblait à Harry. Il savait pour la procédure de divorce évidemment, mais il avait du mal à imaginer qu'Harry puisse avoir une relation avec un autre homme. Ce type lui mentait de toute évidence.

- Dites-moi ce que vous faites ici ! Et je veux la vérité.

En disant cela, Neville avait esquissé un geste pour attraper sa baguette mais Grant fut le plus rapide.

- Expelliarmus ! Imperium !

Grant ne se tracassait pas de jeter un sort Impardonnable. Vu les protections magiques quasi hermétiques qui entouraient Poudlard, celui-ci ne serait pas détecté par les Aurors. Le mieux est parfois l'ennemi du bien. Sitôt le sort lancé, les yeux de Neville se firent un peu flous.

- Bien, c'est mieux comme ça, dit Grant. Maintenant, faites venir la petite Malefoy. Tout de suite.

Le directeur tenta de résister mais n'y parvint pas. Il appela un elfe de maison.

- Monsieur le Directeur. Que peut faire Toby ?

- Va chercher Lily Malefoy s'il te plaît. Et amène là ici.

- Bien Monsieur. Toby y va tout de suite.

Cinq minutes plus tard, l'elfe était de retour avec à sa suite une petite fille rousse tout sourire.

- Bonjour Neville… oh pardon, se reprit-elle rapidement, prenant conscience de la présence d'une autre personne. Monsieur le Directeur.

Comme Neville se disait rien, Lily fronça les sourcils et se tourna vers le visiteur.

- Il y a quelque chose qui ne va pas avec Neville ? demanda-t-elle, soucieuse. Il n'a pas l'air bien…

- Ne t'en fais pas pour lui… il est un peu… déphasé. Viens ici…

- Qui êtes-vous ? questionna Lily avec méfiance.

- Un ami de ton père…

- Lequel ?

- Harry… je travaille avec lui. Il m'a demandé de venir te chercher.

- Je ne vous connais pas ! dit-elle en croisant résolument les bras sur son torse. Et mon autre père, il est au courant ?

- Justement. Il est arrivé quelque chose à ton autre père…

- QUOI ? s'exclama-t-elle.

Profitant du fait que la petite fille baissait sa garde, il l'attrapa par le bras et l'attira vers lui.

- Lâchez-moi ! cria la petite fille.

- Mais vas-tu te tenir tranquille sale petite peste !

Au même moment, la cheminée commença à crachoter des flammes vertes.

Grant raffermit sa prise en passant son bras autour du cou de Lily pour l'empêcher de se débattre tandis que de l'autre, il tenait sa baguette. Mais la petite fille n'avait pas dit son dernier mot. Avec force, elle mordit le poignet de l'homme.

- AAAAAARGGGGH !

- NEVILLE ! QUE SE PASSE-T-IL ? cria une voix dans la cheminée.

Grant fut contraint de lâcher sa prise et dans un réflexe, il baissa la baguette qu'il tenait toujours pointée sur Neville, pour tenir son poignet blessé. Ce faisant, il mit involontairement fin à l'imperium.

Le directeur reprit ses esprits et évalua rapidement la situation.

- LILY ! SAUVE-TOI ! cria-t-il juste avant que Grant ne lui lance un nouveau sort.

- PAPA ! cria Lily qui avait reconnu la voix de son père.

- ENDOLORIS !

Sous l'effet du sort, le directeur fut projeté brutalement contre la cheminée avant de s'affaisser au sol, le corps tordu de douleur.

Grant se retourna pour attraper Lily mais celle-ci avait écouté Neville et s'enfuyait déjà dans l'escalier en colimaçon.

O°O°O°O°O°O°O

Harry était désemparé. Sa fille était en danger et il était coincé devant cette cheminée, impuissant. A cause des protections de l'école, il ne pouvait ni prendre la cheminette ni transplaner. Au mieux, il pouvait transplaner devant les grilles de l'entrée en espérant que les aurors briseurs de sort les aient laissées ouvertes.

- Ha…. Harry…

Le brun sursauta en entendant la voix faible de Neville.

- Neville ! Neville ! Tu m'entends ?

- Har…ry… A… Ap… Aperta…

Un bruit similaire à celui d'une serrure se fit entendre dans la cheminée. Neville avait pu murmurer le sort permettant de la débloquer. Sans plus attendre, Harry prit une poignée de poudre de cheminette et prononça d'une voix forte :

- Bureau du Directeur de Poudlard !

Il émergea de l'âtre couvert de suie et trébucha sur le corps de Neville, allongé par terre.

- Neville ! Neville ! Ça va ?

- Oui… ça va...

- Lily ? Où est-elle ?

- Elle… elle s'est enfuie… Grant… est… après elle…

- Grant ?

- Ton a… assistant…

- Merlin ! Je dois la retrouver… Neville, je reviens après…

- Va… vas-y… ne t'en fais pas pour moi… retrouve Lily…

Harry se jeta dans l'escalier en colimaçon. Il était certain que ce Grant était en réalité Fellowes. Il avait sûrement pris soin de donner une autre identité au cas où Neville aurait été informé des soupçons de Harry.

Arrivé au bas de l'escalier, il ne sut pas par quel côté prendre le couloir. Si seulement il avait eu la carte du Maradeur avec lui ! Mais cela faisait des années qu'elle était enfermée dans un tiroir de son bureau à Belgrave Square.

A la place de Lily, il aurait pris à droite pour rejoindre les escaliers qui menaient à la Grande Salle et à la bibliothèque, là où il était susceptible de rencontrer quelqu'un dans ce Château presque vide.

Il courut à perdre haleine dans les couloirs déserts, dérapant à chaque intersection. Il finit par repérer au loin une silhouette qui courait également. Il redoubla d'effort jusqu'à ce qu'il parvienne à reconnaître Fellowes.

Au même moment, des Aurors débouchaient de l'autre côté du couloir. Fellowes s'arrêta brusquement et fit demi-tour pour s'échapper en prenant à gauche. Harry réagit immédiatement :

- Locomotor mortis !

Fellowes tomba lourdement sur le sol, les jambes totalement immobilisées, à la merci des Aurors.

- Avez-vous vu ma fille ? demanda-t-il essoufflé, à l'Auror Sutton.

- Non Monsieur, nous n'avons croisé personne.

Harry soupira.

- Emmenez cette ordure au Ministère et soumettez-le directement au véritasérum.

- Bien Monsieur.

Harry reprit sa course en criant dans les couloirs.

- LILY ! LILY !

Alors qu'il l'appelait pour la troisième fois, une petite silhouette sortit d'un recoin sombre du couloir, suivie de près par un homme de grande taille. Croyant à la présence d'un complice, Harry brandit sa baguette :

- Qui que vous soyez, éloignez-vous de ma fille ! Immédiatement !

- Baisse ta baguette Harry… ce n'est que moi…

L'homme était toujours dans l'ombre mais Harry avait reconnu sa voix.

- Merlin Draco ! Tu m'as fait peur… j'ai cru… Lily, tu vas bien ? dit-il en s'approchant.

- Oui, oui. Ça va, dit-elle d'une toute petite voix.

La petite fille semblait terrorisée et elle tenait ses bras fermement enroulés autour de la taille de son père, jetant de temps à autre un regard craintif à Harry.

- Draco… comment… que fais-tu ici ?

- McMillan m'a prévenu, comme tu le lui avais demandé. Je suis venu directement ici avec les aurors…

- Mais… ils t'ont laissé faire ?

- Ils n'ont pas vraiment eu le choix. J'ai transplané d'autorité et je peux être très persuasif quand je le veux. Enfin bref, j'allais vers la Grande Salle quand Lily m'a percuté. Elle courait comme si elle avait des inferi à ses trousses. Quand j'ai entendu que quelqu'un courait vers nous, je me suis caché avec Lily. Mais manifestement, c'était toi.

- Oui… Fellowes a été interpellé par les Aurors à l'étage au-dessus. Il est hors d'état de nuire, soupira Harry avec soulagement. Ma puce, tu es sûre que tu n'as rien ? Il ne t'a pas fait de mal ? demanda-t-il à sa fille.

- Non… Mais il… il a dit qu'il était ton ami… qu'il travaillait avec toi…

- Il a travaillé avec moi c'est vrai, dit Harry… Avant d'être renvoyé. Mais il n'était pas mon ami. Il ne l'a jamais été !

Rassurée par la parole de son père, elle consentit à lâcher Draco et à aller vers Harry. Celui-ci la serra dans ses bras à l'étouffer.

- Oh Lily, tu es saine et sauve… merci Merlin…

A ce moment, les Aurors passèrent devant eux, Fellowes dûment maintenu par un incarcerem. Machinalement, Harry se rapprocha de Lily et Draco pour les placer hors d'atteinte.

- Tu ne perds rien pour attendre Potter, éructa Fellowes. Si tu crois que je suis le seul… après moi, il y en aura toujours un autre pour avoir ta peau et celle de ta petite famille si parfaite !

- Hors de ma vue, grinça Harry sans même jeter un regard à son ancien assistant.

- C'est dommage Harry ! cria-t-il alors que les Aurors le poussaient vers la sortie. Ce baiser était prometteur… On aurait pu passer du bon temps ensemble !

Harry se figea. Il craignait de regarder Draco mais le fit quand même. Et ce qu'il vit lui arracha le cœur.

Les yeux gris ne reflétaient rien sinon une profonde indifférence.

- Draco… je…

Il n'eut pas le temps d'en dire plus car il fut interrompu par Neville qui arrivait en claudiquant légèrement.

- Neville, ça va ? Pas trop de mal ? demanda Harry.

- Non… ma cheville s'est tordue en tombant mais à part ça, je vais bien. J'ai envoyé un patronus à Pré-au-Lard pour qu'on te ramène tes fils.

- Merci Neville. Mais dis-moi ce qui s'est passé.

- J'étais dehors en train de superviser les départs pour Pré-au-Lard quand j'ai été interpellé par cet homme qui s'est présenté comme étant Julian Grant, ton assistant. Tu l'avais soi-disant envoyé pour réévaluer les mesures de sécurité autour de Lily. Arrivés dans mon bureau, il m'a fait la conversation mais je me suis méfié. Il… il a dit quelque chose à propos de lui et toi … que… que je ne pouvais pas croire… Malheureusement, le temps que je réagisse, il m'avait lancé un Imperium pour que je fasse venir Lily… et je n'ai pas pu résister.

Neville avait dit cela sur un ton accablé.

- Merlin merci, Lily ne s'est pas laissée faire. Elle a mordu Grant quand celui-ci la tenait pour l'empêcher de se débattre. Ça lui a permis de se dégager et de mettre fin à l'Imperium avec lequel il me tenait.

Harry et Draco sourirent face au courage et à la présence d'esprit de leur petite fille.

- Je suis désolé Harry, conclut Neville. Je… je n'aurais pas dû accorder foi aux propos de cet homme.

- Tu n'y es pour rien Neville. Cet homme s'appelle en réalité Hugh Fellowes. Et il était bien assistant au Bureau du Procureur. Mais je l'ai renvoyé il y a plusieurs semaines.

- Alors… ce qu'il a dit était faux… toi et lui… vous…

- Non, dit fermement Harry. Jamais.

Disant cela, il coula un nouveau regard vers Draco mais celui-ci l'ignora.

Neville demanda alors :

- Qu'allez-vous faire ? Indépendamment de ce qui vient de se passer, je pense qu'il est plus prudent que vos enfants restent à Poudlard…

- Je le pense aussi, dit Draco. Même si ce… Fellowes n'agit pas seul, il est fort peu probable qu'ils interviennent une deuxième fois à Poudlard. Qu'en dis-tu ? demanda-t-il en se tournant vers Harry.

- Tu as raison. Nous n'atteindrons jamais chez nous le même niveau de protection dont bénéficie le Château. Par contre, il me semble exclut à l'avenir que nos fils participent aux sorties à Pré-au-Lard.

Draco hocha la tête en signe d'assentiment.

- Bien, dit Neville. J'apprécie votre confiance à tous les deux. Ah voilà vos enfants ! Je vous laisse discuter avec eux, dit-il alors que six aurors approchaient, encadrant James, Severus et Scorpius.

- Père ! Papa ! Que se passe-t-il ? demanda James.

- Venez, dit Draco. Nous allons tout vous expliquer.

Ils s'installèrent tous les six dans une classe vide à proximité et Harry s'efforça d'expliquer à ses enfants, sans toutefois dramatiser, les événements des dernières heures. L'effarement, la peur, la colère se succédèrent mais au final, les trois garçons acceptèrent les mesures de protection auxquelles ils seraient soumis dorénavant, le temps pour Harry de boucler son enquête.

Après une heure de discussion, Draco et Harry se séparèrent de leurs enfants non sans avoir la certitude que Lily s'était remise de ses émotions et en leur faisant promettre d'être prudents.

A l'extérieur Harry retint le blond qui s'apprêtait à transplaner.

- Draco. Je crois qu'il faut vraiment qu'on parle.

Celui-ci hocha la tête et se contenta de tendre la main à Harry pour qu'il l'emmène où bon lui semblait.

O°O°O°O°O°O°O

Ils atterrirent dans le salon de Belgrave Square.

L'instant d'après, plusieurs craquements se firent entendre à l'extérieur, signe que les aurors chargés de leur protection venaient d'arriver à leur suite.

- Nous sommes soumis à un sort de traçage ? demanda Draco.

- Oui… et à un sort d'identification, ajouta Harry.

Le blond haussa un sourcil.

- Un sort d'identification ? Et qui le contrôle ?

- Les aurors… et moi.

- Hm, émit Draco d'un ton méprisant. Ce que tu as vu était satisfaisant ?

- Ecoute Draco… le but de tout ça n'est pas de te surveiller mais de te protéger ! C'est grâce à ce sort que j'ai pu découvrir que Fellowes en avait après toi et peut-être après les enfants !

- Et moi ? Je peux voir les listes ? demanda Draco.

Harry lui jeta un regard embarrassé.

- Je… ce sont… c'est confidentiel… je…

- Bien sûr.

- Draco… pour ce qu'a dit Fellowes tout à l'heure…

- Je ne veux rien savoir.

- Et moi je veux te le dire ! Oui, on s'est embrassé ! C'était le lendemain de ton départ pour la Chine avec ce médecin français… J'étais en colère… j'étais jaloux et je…

- Comme je te l'ai dit, je ne veux rien savoir, le coupa Draco. C'est ta vie à présent. On va divorcer, je te le rappelle. Il est temps pour chacun de nous de l'admettre et de laisser partir l'autre.

- C'était un baiser sans importance…

- Un baiser sans importance… Mais qu'est-ce qui a de l'importance alors Harry ?

- Qu'essayes-tu de me dire ? demanda le brun en fronçant les sourcils.

Draco inspira profondément.

- Pendant 10 ans, tu me caches l'aide que tu apportes à ton ex pour un enfant qui n'est pas le tien. Je réagis mal, très mal et de manière totalement inappropriée, j'en suis parfaitement conscient. Tu demandes le divorce sans même me donner une seconde chance. Soit. Moi, je fais tout ce que je peux pour te récupérer et je m'y prends mal, une fois de plus. Tu me rejettes à nouveau. Et maintenant tu me dis que ce que toi tu as fait est sans importance parce que tu étais en colère et jaloux… Mais Harry, qui a demandé le divorce ? Qui ne veux plus de moi ? Cela fait trois mois que je ne sais plus où j'en suis avec toi ! Tu agis comme si tu étais le seul à souffrir alors que moi je suis plus bas que terre ! Je ne sais plus comment te demander pardon !

Comme Harry ne disait rien, Draco poursuivit sur un ton las.

- Au fond de moi, j'ai toujours su que tu me quitterais un jour. C'est pour ça que j'étais si mal ces derniers mois… C'est vrai que tu m'as tout donné. Tu m'as sauvé d'Azkaban, tu as perdu ton meilleur ami et ta fiancée pour moi, tu t'es marié avec moi et tu as pris mon nom. Et tu le rappelles à quiconque fait mine de l'oublier… Tu t'es dressé comme un rempart devant le monde sorcier, devant chaque personne qui ne m'acceptait pas, quitte à t'en faire un ennemi personnel. Et moi, que m'as-tu laissé faire pour toi ? Pour te protéger ? Rien. Je n'ai jamais rien pu te donner en retour que tu n'avais déjà. Alors, c'était évident qu'un jour tu ouvrirais les yeux…

Harry était abasourdi.

- Comment peux-tu dire ça Draco… tu m'as donné ton amour, tu…

- Qu'est-ce que mon amour par rapport à l'amour que te porte le monde sorcier, ce monde que tu as sauvé en même temps que moi…

- Mais tout Draco ! Ton amour c'était tout pour moi !

- Tout n'était pas suffisant puisqu'il a suffit d'une seule erreur... Mais je suppose que c'était ça le prix à payer… Moi, je n'avais pas le droit à l'erreur.

Harry recula sous le choc de ces propos.

- Merlin, je n'avais pas à croire que tu puisses vraiment penser ça… Pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit ?

- M'aurais-tu seulement entendu ? Ecouté ? Je vis à travers toi Harry. Excepté dans mon travail où je suis reconnu pour ce que je suis vraiment, le reste du temps, je vis à travers toi.

- C'est… c'est injuste ce que tu dis…

- Peut-être mais ce que je ressens. Tu voulais le savoir, non ?

Harry ne répondait plus. Les larmes aux yeux, il était incapable de prononcer le moindre mot et encore moins de regarder Draco.

- Je crois qu'on s'est tout dit maintenant, dit le blond. Au revoir Harry.

Et il transplana.

O°O°O°O°O°O°O

Au Ministère, Hugh Fellowes avait été soumis au véritaserum. Il avoua avoir été approché par O'Donnell un an auparavant. Sa mission était de s'approcher du Procureur, quitte à le séduire, pour obtenir des informations sur l'enquête.

Après qu'Harry l'ait viré, O'Donnell lui donna une chance de se rattraper en tentant de détruire Harry, en enlevant Draco ou ses enfants.

Il avait suivi Malefoy pendant une semaine sans jamais trouver d'opportunité jusqu'à ce qu'il l'entende parler avec un collègue de la sortie de ses trois fils à Pré-au-Lard. Cette information lui donna l'idée de s'attaquer à la petite dernière, qui serait restée seule à Château.

Le Directeur ne pourrait refuser l'entrée de Poudlard au représentant du Procureur. Il s'était renseigné sur les protections de l'école et il savait qu'une fois entré, il pourrait lancer un sortilège impardonnable sans être repéré. Il n'avait toutefois pas prévu qu'Harry active la cheminée du bureau directorial au moment où il exécutait son plan.

Fellowes ne put toutefois donner aucun détail permettant aux aurors de débusquer Liam O'Donnell ou de savoir si Harry et sa famille était encore en danger.

Il fut enfermé à Azkaban le soir même dans l'attente de son procès.

O°O°O°O°O°O°O

23 janvier 2020

- Comment en sommes-nous arrivés là ?

La question résonna entre eux, douloureuse et lancinante.

Harry sortit de la poche intérieure de sa veste un stylo Montblanc. Il le fit tourner entre ses doigts. C'était un cadeau – un de plus – de Draco quand il avait été nommé Procureur en 2010.

Il se pencha sur la table et prit un premier document qui s'y trouvait. Il était intitulé « accord amiable d'hébergement de James, Severus, Scorpius et Lily Malefoy ». Il le signa.

Il prit le deuxième document, « accord amiable de liquidation du régime matrimonial », et le signa également.

Il prit enfin le dernier document. Sans un regard pour Draco, il dit :

- Tu sais très bien comment nous en sommes arrivés là.

Il ponctua son propos d'une signature rageuse au bas de la page. Il posa le stylo par-dessus ainsi que l'anneau d'or blanc qu'il portait à l'annulaire gauche depuis 17 ans.

Et il quitta le bureau sans plus rien ajouter.

Draco s'approcha de la table. Il écarta le stylo et d'une main tremblante, il prit l'alliance. Il la serra convulsivement dans son poing tandis que de l'autre main, il soulevait devant ses yeux le document qu'Harry venait de signer.

« Divorce par consentement mutuel des époux Draco Lucius Alexander Malefoy et Harry James Malefoy, né Potter ».

O°O°O°O°O°O°O

Draco fixait sans y croire le document de divorce qu'Harry venait de signer. Dans sa main, l'anneau d'or brûlait comme s'il avait été chauffé à blanc.

- Draco ? Ça va ? demanda Hermione qui venait de revenir dans le bureau, accompagnée de l'autre avocate. Harry est parti sans rien dire et…

Draco regardait Hermione avec des yeux fous.

- Je ne peux pas… Je ne peux pas signer ça…

- Draco…

- NON ! IL EST HORS DE QUESTION QUE JE LE LAISSE PARTIR COMME CA ! OU EST-IL ?

- Il doit avoir transplané au Ministère, répondit Hermione. Il a une audience importante qui commence dans une heure.

Dans un geste rageur, Draco chiffonna le document et le fourra dans sa poche sans ménagement. Il sortit en trombe du bureau, ignorant les gens qu'il bousculait au passage.

Arrivé sur le trottoir, il transplana dans le grand hall du Ministère.

Harry était quelques mètres plus loin, en train de discuter avec un groupe d'Aurors.

- POTTER !

L'interpellé se retourna et soupira en voyant le blond foncer droit sur lui. Draco l'empoigna par le bras pour l'amener à l'écart des oreilles indiscrètes.

- Lâche-moi Draco, siffla Harry.

- Non, je ne te lâcherai pas. Ni maintenant, ni jamais. Je refuse de signer Harry. Je refuse le divorce. Je refuse de te laisser quitter ma vie comme ça. Tu entends ? Je. Refuse.

- Draco, s'il te plaît.

- Je t'aime Harry. Et je me battrai. Le voilà mon combat ! Pour toi, pour nous, pour notre famille ! Comme toi tu m'as sauvé d'Azkaban, je te jure que je sauverai ce mariage !

- Et qui te dis que j'en ai envie ? demanda le brun avec une pointe de défi dans la voix.

- Je le sais, sourit Draco. Tu n'as jamais voulu de cette procédure de divorce ! Et la seule raison pour laquelle tu t'acharnes, c'est parce que tu es trop borné pour accepter de faire marche arrière !

- Tu ne manques pas d'air…

- Ose dire que j'ai tort…

Harry avait fermé les yeux. C'était trop dur de regarder Draco en face.

- Harry… Le jour où on s'est mis ensemble, je t'ai dit que j'étais et je resterai un mec imbuvable, orgueilleux, prétentieux… et que tu voudrais me quitter un jour sur deux… Te souviens-tu de ce que tu m'as répondu ?

- … que je voudrai te retrouver un jour sur deux…

- Je crois que c'est le moment de respecter ta parole…

- Et qu'en sera-t-il de demain ? Quand tu t'enfermeras à nouveau dans tes convictions idiotes ? Que tu seras à nouveau persuadé que je vais te quitter ? Comment veux-tu que je réagisse maintenant que je sais tout cela ? s'énerva Harry.

- Je n'ai pas dit que mes convictions étaient rationnelles… je crois même que j'ai peut-être besoin d'aide pour m'en sortir… mais j'ai surtout besoin de toi…

- Pour que tu vives encore à travers moi ? répliqua Harry, acide.

- Je préfère vivre à travers toi que ne pas vivre du tout.

Draco s'interrompit et souleva d'un doigt le menton de Harry vers lui.

- Maintenant, tu vas me regarder, bien en face, et tu vas me dire si tout cela n'en vaut vraiment plus la peine. Si tu as définitivement cessé de croire que toi et moi, on est fait l'un pour l'autre. Si tu as cessé d'espérer parce que l'espoir est vain.

Les yeux gris de Draco transperçaient Harry comme s'ils sondaient les tréfonds de son âme et le brun n'eut pas la force de lutter ou de mentir.

- Le jour où je suis venu te voir à Azkaban, je t'ai dit que l'espoir n'était jamais vain. Et c'est vrai. Je n'ai jamais cessé de croire en nous, Draco. J'ai juste eu peur… peur de ce que tu devenais… peur de ce que nous devenions… des étrangers…

- Harry, je…

- Chut, laisse-moi finir dit Harry en posant un doigt sur sa bouche. J'ai été lâche Draco. J'ai préféré fuir que de me battre pour nous. Et c'était une erreur… Il y aura toujours un nous. Et tu as raison, je n'ai jamais voulu de cette procédure en divorce. Mais j'étais trop borné pour l'admettre, ajouta-t-il plus bas.

- Merlin… ça veut dire… ça veut dire…

Draco suffoquait de crainte de mal comprendre les mots de Harry.

- Ça veut dire que je ne veux pas renoncer non plus.

Le blond avait l'impression d'être un noyé qui regagnait la surface. Il aspira l'air en même temps qu'il soulevait Harry dans ses bras et qu'il l'embrassait comme un forcené.

Il s'en foutait du spectacle qu'il pouvait bien donner, là, dans le Grand Hall du Ministère, devant tous ces sorciers et sorcières qui ne perdaient pas une miette de son comportement.

Harry se dégagea en riant.

- Pose-moi Draco !

- Je ne te lâche plus Potter ! Je vais nous faire transplaner quelque part où je vais t'enfermer et où tu ne m'échapperas plus ! Et où je te ferai des choses dont tu n'as même pas idée…

- D'accord mais ça devra attendre la fin de la journée car là, j'ai une audience.

- Tu ne perds rien pour attendre, dit-il en reposant son mari sur le sol.

Alors que le brun remettait de l'ordre dans sa tenue, une voix s'éleva derrière lui :

- Harry Malefoy ?

- Oui, c'est moi, répondit Harry en se retournant, subitement heureux que ce nom soit encore le sien.

- O'Donnell te salue bien.

- Qu.. quoi ? Mais que…

Harry ne put s'interroger davantage sur les étranges propos de l'homme. Il s'écroula sur le sol carrelé du Ministère, le corps traversé par quatre coups de couteau.