Hello !

Voilà, j'ai essayé de vous pondre ça aussi vite que j'ai pu, j'espère que la suite vous plaira toujours autant.

Par contre, rien à voir vu que c'est un AU, mais cette vidéo : watch?v=nWuiavLozCQ reflète assez bien l'esprit de ce chapitre, et du stade de leur relation, à mon sens. Non ? Non ? Bon d'accord, je vais me cacher loin alors

Bonne lecture à tous !


Thème musical du chapitre – How to save a Llife, The Fray.

X. Tu n'es pas tout seul

Quel merdier. Je regarde la nuit autour de moi, incertain. Une partie de moi aurait voulu tourner les talons et m'installer sous mes couettes bien chaudes, ravalant ma fierté. C'était toujours mieux que la connerie que je m'apprêtais à faire, et puis on dit bien que la nuit porte conseil. Mais voilà, je ne supporte pas d'avoir entendu ce « dégage » une nouvelle fois. J'ai l'impression que mon passé me rattrape, qu'il n'y a qu'une très fine limite entre mes cauchemars et la réalité. Il faut que je m'éloigne, vite. Que je quitte ce confort, et tant pis si je vais le regretter demain au petit matin. Je savais bien que ça allait finir par me bouffer la cervelle, à un moment ou à un autre. Je lâche un long soupir avant de descendre une à une les marches du perron. Où aller ? Je n'y suis pas encore arrivé, que déjà mes yeux se portent à l'endroit où tout avait commencé, pour moi, pour nous. Il y a encore ma vieille paire de baskets usées. Mon bout de faux paradis, à l'abri du vent, sur ce trottoir miteux. Non. Hors de question que j'y retourne. Je serre les dents et redouble la cadence de mes pas alors que le froid mord la peau de mon visage. Je n'entends pas de porte qui claque, pas de pas précipités, pas de « DEAN ! » résonnant dans la nuit, et je ne sais pas ce qui fait le plus mal. Ça, ou mes membres qui deviennent un peu trop vite endoloris par le froid. Je dois trouver rapidement un endroit au chaud, si je ne veux pas me retrouver complètement transformé en bonhomme de neige au pied de sa baraque. Voyons, réfléchis, Dean. C'est dans des moments comme ça qu'il est toujours bon de se souvenir de ses « relations ». L'une d'entre elles pouvait toujours vous dépanner dans des scenarii comme celui-là. Oh ! Il y a bien ce squat, tenu par Adam et sa petite bande, à l'Est de la ville. Si je marche rapidement, je devrais y être dans un peu moins d'une heure. Enfin. Je n'ai aucune montre sur moi, et donc aucune notion du temps, mais le principal, c'est que j'y arrive et que j'y suis bien accueilli, non ? Je n'en doute pas vraiment. Adam et moi, on a longtemps fonctionné ensemble, se rendant pas mal de petits services, et je ne lui ai jamais fait des coups de putes. Parce que je ne m'appelle pas Castiel, moi. Raille ma conscience, touchée dans son orgueil. Pour autant, je sais qu'Adam se laisse davantage convaincre lorsque l'on n'arrive pas les mains vides. Alors oui, vous allez me dire, un squat, en théorie, ça appartient à quiconque tente de se loger comme il peut, mais ça, c'est sans connaître Adam Finnigan : si vous n'êtes pas dans ses petits papiers, il est capable de vous faire dégager vite fait bien fait, avec sa bande qui vous collera LE coup de pied au cul dont vous vous souviendrez toute votre vie. Me présenter sous les meilleurs auspices, c'est la meilleure solution pour espérer passer une nuit pas trop mouvementée, et un tantinet plus chaude que si je la passais sur un trottoir, un banc ou sous un arrêt de bus.

Bon. Ceci étant dit, que lui prendre ? Pas de la pacotille pour qu'il n'ait pas l'impression que je me foute de sa gueule, ni un truc trop flag' pour éviter d'avoir les flics au cul. Certes, les bureaux des poulets sont confortablement chauffés, mais au-delà de ça…Je m'arrête et me gratte la nuque tout en réfléchissant. Un truc qui se revend…un truc intéressant. Alors que mes méninges s'activent, je relève la tête – et là, qu'est-ce que je vois ? Non non, pas un dealer qui me tend sa marchandise les bras grands ouverts, mais une partie désinfectée du parc de la ville, laissée à l'abandon depuis bien longtemps, tellement insalubre et louche que les gens ne s'y aventurent même pas pour venir faire pisser leurs chiens, ils balancent vite les ordures du coffre de la voiture avant de se barrer fissa, craignant soit la venue d'un mec pas vraiment fréquentable, soit le reproche de leur pollution de cette chère planète Terre. Non, là, c'est plutôt le rayon des sales bestioles : insectes grouillants, odeur insupportable et peut-être même quelques rats ou crapauds si j'ai de la chance. Je m'avance lentement vers le tas d'ordures et déjà, un haut-le-cœur me prend. Mon dieu, que je suis descendu bas tout à coup. La suite logique à ma vie de SDF, j'imagine. La moue renfrognée, et poussant plusieurs jurons, je me mets à fouiller tout ce que je trouve, même si l'obscurité ne m'aide pas à calmer ce dégoût. Qu'est-ce que je suis en train de ploter ?! Je râle et lâche un long souffle, prêt à abandonner, lorsque mes mains entrent en contact avec une substance visqueuse. C'est bon, il n'y a rien, tant pis.

« - Et merde ! » Je secoue ma main droit devant moi pour essayer de me séparer de Dieu-ne-sait-quoi (vomi de bébé ? chewing-gum version liquide ?). Mais alors que je me retourne, mon pied heurte une surface dure et je ne peux retenir le cri de douleur que ce contact me cause. Saloperie ! Qu'est-ce que c'est encore ?! Je lâche quelques larmes sous la douleur et l'énervement avant de m'accroupir pour toucher ce que je viens de heurter. C'est froid. Solide. Lourd. Je fais tapoter mes doigts contre la surface. Bordel. Du cuivre ! Du cuivre ! Ça se revend bien une fois fondu, cette connerie ! Je me penche et soulève lentement ce qui me paraît être un cylindre – un cylindre de cuivre. Relativement petit, mais quand même précieux, j'imagine. Si ça peut m'assurer ma nuit, alors la douleur en vaut bien la peine…Je pousse un énième soupir, de soulagement cette fois, avant de suivre mon instinct pour retrouver mon chemin vers les quartiers Est de la ville. Heureusement, je n'ai rencontré personne sur ma route : personne pour m'arrêter, personne pour me demander ce que je faisais avec ce machin dans les mains. Ça aurait vraiment été le pompon. J'en ai eu assez pour cette nuit. J'ai juste envie de m'allonger dans un putain de lit, et ne plus rien savoir de personne. Je tourne dans une petite rue mal éclairée avant de me diriger vers le bâtiment qu'on croirait presque abandonné, juste en face. Je regarde plusieurs fois autour de moi avant de frapper à la porte. Aucune réponse. Bon. Pourtant, la lumière est éclairée. Et je suis certain que c'est encore un squat : de l'extérieur, ça ne ressemble à rien. Qui aurait envie de vivre là-dedans ? Qui aurait envie de reprendre en main un taudis pareil ? C'était une perte de temps, et d'argent. Mais pas pour tout le monde, bien évidemment. Je tente ma chance avec l'interphone et appuie sur tous les boutons. Dans l'ordre, dans le désordre. Le « bip » qui résonne à chaque fois m'énerve. Une voix finit par me répondre. Une voix familière.

« - Le mot d'passe ? »

Un mec du gang. Bonne nouvelle : Adam est toujours là. Sauf s'il s'est fait arrêter. Mais non, ce n'est pas son genre. Enfin…Bref. Mauvaise nouvelle : ce mot de passe à la con.

« - …Fuck society ? » Je tente maladroitement. C'est le dernier mot de passe dont je me suis servi ici. Ça doit bien faire des mois de ça.

L'autre marque un temps d'hésitation. J'entends parler à l'arrière. Personne d'autre que quelqu'un qui ait fréquenté son gang ait pu connaître ce mot de passe. Eh oui que tu me connais bouffon, alors ouvre-moi, je veux dormir. Finalement, sans un mot, la porte s'ouvre et je ne perds pas de temps pour m'engouffrer dans le hall d'entrée. C'est toujours aussi sinistre, mais je préfère largement ça à l'extérieur. À tâtons, doucement pour ne pas me casser la gueule avec mon cadeau, je monte les marches de l'escalier, plongé complètement dans le noir. Eh oui. La lumière, ce n'est que pour en haut, la grande salle commune. Il ne faut pas abuser. Une fois enfin arrivé à l'étage, j'hausse les yeux au ciel en me retrouvant encore nez-à-nez devant une porte close. C'est moi, ou ils ont prit beaucoup plus de précautions par rapport aux autres fois ? C'est que ça devient une habitude.

« - Bon allez les gars, c'est moi là, ouvrez bande de femmellettes ! Vous avez peur de quoi, que je vous montre mon grand méchant Loup ? »

« …DEAN ?! » Je souris en reconnaissant la voix d'Adam alors que la porte s'ouvre à la volée. Bon, je préfère ça ! Je m'avance dans la pièce pour faire face aux blonds. Ses traits sont fatigués, sa mine est inquiète. Pourtant, je sais que la petite lumière que je vois dans ses yeux est sincère : lui, il est réellement content de me voir.

« - Je me suis dit que je n'allais pas venir les mains vides… » J'annonce tout en lui tendant ma trouvaille de la nuit. Il sourit et l'examine sous toutes les coutures avant de hocher la tête.

« - C'est pas mal du tout. Une fois fondu ça peut vouloir quelque chose. Merci vieux ! » Il tend son bras vers moi pour une accolade et je souris tout en lui rendant. Les autres ne disent rien, mais depuis que j'ai sonné, je suis au centre de toutes les attentions. J'espère être accepté aussi bien que je l'ai été par Adam. Ce-dernier me fait un signe de tête pour que je le suive, et pour que nous puissions continuer notre discussion à l'abri des regards. Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, mais mes yeux papillonnent et mon caractère est plus qu'instable. Tout ce que je veux, c'est que cette sale journée se termine une bonne fois pour toutes. Je sais bien que demain ne sera pas mieux qu'aujourd'hui, mais j'ai besoin de me déconnecter de cette réalité, ne serait-ce que pour quelques heures. En comprenant ma lassitude et ma fatigue, Adam me fait parvenir le lit le moins dépareillé de l'immeuble, et pourtant, bien loin d'être luxueux. Mais je ne me plains pas, jamais : ce serait me foutre de leur gueule. Mes frères d'armes. Et donc de la mienne, aussi. J'ai à peine le temps de balbutier un « merci », que la tête sur le coussin, couché tout habillé, Morphée m'entraine déjà dans ses bras.

Le surmenage, et je l'en remercie, m'empêche de vivre une nuit remplie de rêves, ou de cauchemars d'ailleurs. J'ai enfin l'esprit tranquille. Tellement tranquille que lorsque mes yeux se rouvrent, c'est pour découvrir la lumière blanche du soleil et le visage d'Adam, à seulement quelques centimètres du mien. Je sursaute et j'ai un mouvement de recul à cause de cette proximité si soudaine, ce qui lui arrache un petit rire.

« - Allez, debout la Belle aux Bois Dormants, il est 13h30 ! Les autres croyaient que t'avais clamsé dans ton sommeil, c'était flippant, t'as pas bougé du tout depuis hier soir ! » Je suis un peu étonné par ses paroles mais je ris un peu tout en me levant, frottant mes paupières pour me forcer à me réveiller plus rapidement. La vache, je ne pensais pas dormir autant. Mais bon, tant mieux, ça m'a fait du bien. Je regarde un peu autour de moi, et la réalité me donne une nouvelle claque. Non, je ne suis pas chez Castiel, non, Castiel n'est pas là. Je soupire un peu et me mords l'intérieur des joues pour contrôler mon désarroi. Je n'ai surtout pas envie qu'Adam m'interroge. Je n'ai pas envie de parler de ça, je n'ai pas envie de sa pitié. J'ai faim. J'ai faim mais je ne peux pas m'en plaindre, il a déjà fait beaucoup en acceptant de m'accueillir alors que je ne suis pas vraiment un membre du gang, alors, je ne tiens pas non plus à tirer sur la corde en abusant de sa gentillesse. Il est aussi impulsif que moi, alors même si on s'aime beaucoup tous les deux, Dieu seul sait comment les choses pourraient se passer si ça venait à dégénérer un jour entre lui et moi. On se lance un « Bonne chance » d'une même voix, puis je salue tout le monde avant de retrouver le paysage tristement familier de la ville. Mon ventre gargouille à l'odeur des kebabs, pizzas et autres hamburgers mais je lutte contre toutes ces saveurs gustatives en accélérant la cadence de mes pas. Moins tu y penses, moins ça t'atteint. Je tente de me convaincre tout seul. Moins tu y penses, moins ça t'atteint. Je tourne à l'angle d'une rue, me répétant cette litanie comme on le ferait avec le dernier tube de l'été quand je sens quelqu'un se jeter sur moi. Non…Correction : on a jeté quelqu'un sur moi ! Je serre les dents et esquisse un geste pour m'en dépêtrer, sans aucune délicatesse, alors qu'une nouvelle voix me parvient dans les oreilles :

« - Ça suffit maintenant Monsieur, il faut rentrer chez vous ! Vous ne voyez pas que vous importunez tout le monde ?! Ivrogne, va ! »

Le patron du bar, furax, fixe l'homme qui se tient tant bien que mal à la manche de ma chemise avant de claquer la porte. Un scénario assez banal, quand on y pense. Sauf que…Sauf que merde, je connais ces cheveux. Mais non, ce n'est pas possible...Ce n'est pas possible !

« - Vous avez vu sa sale tronche ?! J'ai failli l'avoir hein ! Ah qu…Quel enfoiré, la...la prochaine fois je…j'lui refais le portrait ! » S'esclaffe l'autre brun, comme s'il venait de vivre l'expérience la plus folle et excitante de toute sa vie.

Castiel. Bordel de merde, le coup de massue que je me prends sur la tête. Il finit par relever la tête vers moi et son sourire s'efface bien vite en me reconnaissant. Il n'y a plus beaucoup d'espièglerie dans son sourire, seulement de la surprise. Je l'aide à se redresser, non sans mal, et réussis à le plaquer contre le mur le plus proche. Je le maintiens quand même par les épaules pour éviter qu'il ne se laisse glisser sur le sol et je plonge mes yeux dans les siens, le sondant. Je me sens révolté, tellement énervé...Et pourquoi ? Parce qu'il m'a foutu à la porte ? Non. Et je crois que c'est ce qui m'énerve encore plus. Après sa révélation entre les lignes de la veille, ça m'énerve de le voir dans un état pareil.

« - T'as complètement pété un plomb mon pauvre vieux…Pourquoi t'as fait ça ?! »

Il me regarde de longues secondes dans le blanc des yeux, interdit. J'espère pour lui que j'ai l'effet d'une douche froide ou d'un médoc contre la gueule de bois, parce que je veux des réponses, et je les veux maintenant. Pas Castiel, merde. Il est où le mec super fort, le mec devenu parfait, le mec devenu donneur de morale ? Celui auquel je me raccrochais depuis ce putain d'accident ? Puis tout à coup, sans prévenir, il explose de rire en me regardant et se tient les côtes, en proie à une nouvelle crise.

« - Ta têteee ! Bordel tu verrais ta tête de trou du cuuuuul ! »

Je fronce les sourcils en l'entendant. Moi, ça ne me fait pas rire, mais alors pas du tout. Je resserre un peu plus ma prise sur lui, le collant davantage au mur derrière lui. J'espère bien lui faire mal. J'empoigne plus fermement ses épaules et me met à le secouer, avec rage, avec hargne. Non, c'est pas Castiel, ça. C'est pas Castiel !

« - Qu'est-ce que t'as fait, hein ? Qu'est-ce que t'as fait, merde ? Bordel, Cas' ! »

Sous mes mots, il tremblote, se calme, puis éclate en sanglots contre mon torse. Je pousse un léger soupir avant de poser une main sur son dos.

« - Me gerbe pas dessus. » Mon ton est froid, mais je ne peux pas le contrôler. Je lui en veux, oh ça oui je lui en veux, et ce ne sont pas quelques larmes, un retour à la réalité dur à supporter pour lui, qui risque de me rendre aussi doux qu'un agneau. En rejetant la pitié des autres, j'ai certainement oublié la mienne.

« - Ramènes-moi chez moi. » Il me lance d'une voix caverneuse, creuse. Je soupire et passe un bras autour de lui, le soutenant du mieux que je le peux à cause de mes plaies, et après quelques minutes, nous voilà enfin chez lui. J'aimerai prendre la poudre d'escampette, mais j'ai beaucoup trop de questions à lui poser. J'attends des excuses, aussi, mais bon. J'ai arrêté de croire au Père Noël depuis longtemps. Grâce à ses instructions certes un peu vaseuses, je réussis quand même à trouver la boite d'aspirines dans un des placards de la salle de bains et je reviens ensuite près de lui avec le breuvage qui est censé lui redonner constance et lucidité.

« - Tu ferais mieux de te reposer. » Il hoche la tête et je me lève du canapé, mais une main fébrile agrippe le bord de ma veste.

« - Restes...S'il-te-plait. » Les paupières à demi-closes, il lutte pour me voir acquiescer avant de sombrer dans un profond sommeil. C'est en restant de longues minutes auprès de l'endormi qu'un gargouillement me ramène à la réalité : ah oui, j'ai toujours faim ! Je l'observe encore un peu avant de me lever pour aller me préparer à manger. Je ne suis pas un grand chef cuisinier, mais dans ma « jeunesse » (pas que je me considère comme vieux aujourd'hui), j'étais reconnu pour ma fameuse omelette, et ce ne sont pas les années passées dans la rue qui m'ont fait perdre la main, loin de là ! Me mettant à l'ouvrage, cuisiner me permet de me concentrer sur autre chose, de rester dans ma petite bulle sans penser à ce qui m'attend par la suite. Mon avenir dans cette maison n'est pas assuré. Moi qui au début voulait en partir à tout prix, ça m'avait fait mal d'entendre Cas' m'en chasser, sur un coup de tête. Comme quoi. Quel esprit de contradiction je peux avoir. C'est un bruit pas franchement glamour qui m'arrache à ma tâche, et je me tourne vers le canapé…duquel Cas a disparu. Je fronce les sourcils alors que je me rapproche du bruit qui devient de plus en plus évident au fil de mes pas. Je grimace et frappe de petits coups contre la porte des toilettes.

« - Cas' ? Est-ce que tout va bien ? »

« - O…Oui… »

« - T'oublieras pas de te brosser les dents, hein… »

L'humour, toujours. Même quand je n'ai pas envie d'en faire, le naturel revient toujours au galop.

Lorsque le brun refait finalement son apparition dans le salon, la part d'omelette dans mon assiette a considérablement diminué et la sienne l'attend sagement. J'imagine qu'après une gueule de bois on n'a pas forcément envie d'œufs, mais si c'est le cas, alors je me ferai une grande joie de me débarrasser de ce parasite alimentaire pour lui. Je le regarde s'installer. Yeux baissés, il semble ne pas vouloir me regarder. Si je ne le connaissais pas, je dirai qu'il était gêné. Honteux.

« - Tu te sens mieux ? » Il hoche la tête en silence et ne touche pas son omelette. En revanche, il semble ravi de concentrer son regard dessus. Je gonfle mes joues et joint mes mains au-dessus de la table avant de hausser les épaules. « - Tu comptes peut-être en parler un jour ? » Je ne sais pas si c'est mon ton irrité qui l'a fait réagir, mais il relève subitement la tête vers moi. Ses yeux…Ses yeux sont humides et signe d'une détresse extrême. Même moi, j'en peine à avaler ma salive. Il repousse son assiette et mordille sa lèvre inférieure. Il cherche ses mots, mais je sais déjà ce qu'il va me dire.

« - Je ne voulais pas…je...je devais…pas. Mais...Maintenant c'est trop tard…C'est fini. Fini, j'suis fini... »

Et là, encore les larmes. Elles ruissellent sur ses joues. Je me lève, contourne la table et viens le prendre dans mes bras, oubliant, du moins pour cet instant, toute la colère et l'incompréhension que j'avais. Je crois que personne ne peut lui en vouloir autant que lui-même. Je caresse lentement ses cheveux, moi-même surpris par ma tendresse.

« - Calme-toi, ça va aller... »

Il renifle dans mon cou et me serre un peu plus fort contre moi.

« - Non…Non…j'y étais presque…presque… »

La gorge nouée, je souffle un bon coup et dépose un baiser contre sa tempe avant de me détacher, le forçant à me regarder.

« - Rien n'est perdu Cas', je te le promets. Tu vas y arriver. Tu n'es pas tout seul. »