Il était une fois
Chapitre 10: Say you don't want it
-Demy
Qui voudrait d'une demy-vie? Ha, ha. J'esquisse un sourire désabusé en dévalant l'escalier du bureau du directeur. L'autodérision me fait relativiser ma situation tellement critique, tellement navrante que si ce n'était pas à moi que ça arrivait, c'en serait presque drôle. Comme un clown qui étouffe dans son gâteau à la crème : tout le monde a beau se fendre la gueule, lui il en bave. Moi, je n'étouffe pas. Je viens de passer une heure devant la porte de son bureau, à hésiter, à essayer de trouver la part de vérité dans ce qu'il va me dire, dans ses « tu es en sécurité à Poudlard, on va te protéger, tout ira bien, tireli-tirelin. » Certes oui, Dumby, mon oncle ne viendra pas à Poudlard. Mais demain ? Vais-je passer ma vie cloîtrée, cachée ? Une once de courage, voyons, très chère, vous n'êtes pas la première à être recherchée par le grand manitou des sombres sortilèges, et sans doute trouvera-t-il mieux à faire. « Vous avez peur, Demanda ? » Bien sûr que j'ai peur, vieux couillon ; j'te ferais manger ta barbe, moi.
Bon, j'avoue, je ne suis pas entrée. Je cavale dans les couloirs de pierre comme un canasson sauvage jusqu'à ma cellule monastique de l'infirmerie où la mégère me cloître depuis des semaines ; je crois même que personne, sinon les professeurs, ne sait que je suis là. D'ailleurs, il me prend une satisfaction assez morbide, quand j'y pense : Sirius et James, rentrés en septième année depuis quelques semaines, croient que je suis toujours en train de crever à Azkaban. J'espère que ça le rend fou, j'espère qu'il en s'en mord les doigts, qu'il en a perdu le sommeil, j'espère qu'il se sent responsable, j'espère qu'il souffre autant que j'en ai bavé. On a beau me soigner, m'envoyer des dizaines de thérapies magiques, Dumbledore ne me rendra pas mes seize ans ; cette chose que Voldemort avait pourrie en moi, je l'ai brisée, et quoi que ce soit, elle n'existe plus. Mais dix ans de peur et de haine ne s'effacent pas comme ça. Comme dit la mégère quand elle met du dictame sur mon avant-bras, certaines blessures guérissent moins vite que d'autres.
J'entre discrètement : la mégère ne connaît pas mon agilité retrouvée, elle pense qu'avec mes côtes fraîchement réparées, je garde sagement le lit. Je jette un coup d'œil dans le petit miroir au dessus de mon lit et comme toujours j'ai un éphémère froncement de sourcils, comme si je m'étais attendue à autre chose. Cette fine marque sur mon arcade sourcilière, cette maigreur de mes joues, mes cheveux noirs si courts, et l'autre cicatrice, la grosse, livide, boursouflée, affreuse, qui court de ma clavicule à mon épaule… pas familier, encore. Je ne parle même pas du reste. Je ne sais même pas comment j'y ai survécu.
En fait si, je sais. Dumbledore m'a jeté des sortilèges d'euphorie dans mon agonie, pour dissiper le brouillard malheureux qui m'empêchait de lutter pour guérir. C'est assez déloyal en fait, mais je m'en fous. Plus rien de pire ne peut m'arriver, pas vrai ? J'ai tout enduré, j'ai tout perdu ; et quand on a plus rien, on a plus rien à perdre. Moi je me ris du danger, ha ha ha. Je n'ai plus peur de rien. Et si un jour Voldemort m'attrape, et si un jour il me transperce de ses yeux rouges et sa voix glaciale, je lui rirai au nez. Ce n'est pas du courage que Dumbledore a éveillé en moi plutôt un désintérêt total de la vie.
J'ai beau cavaler à bride abattue dans les couloirs, la vérité, c'est que je suis un vieux canard boiteux. Je vais boiter toute ma vie, déjà, parce qu'il y a « certaines choses que la magie ne peut pas réparer, gna gna gna », mais là en plus je suis maigre, mal coiffée et pleine de cicatrices alors on dirait, quoi, comme un Pinocchio ridicule que personne ne croirait quand il gueulerait de tout ses poumons que oui, il est un vrai petit garçon. Ajoutez ce sourire blasé qui tord parfois ma bouche, et je ne suis plus qu'une pâle imitation d'être humain.
J'avais ménagé mon petit effet. Je l'avais fait exprès. Dumbledore aurait trouvé que c'était une très mauvaise idée alors, forcément, elle me parut encore meilleure.
-Sirius
-Où tu vas ?
Il est près de minuit et les yeux ensommeillés de James me dévisagent avec un air inquiet ; il croit peut-être que je vais aller me pendre dans la tour d'astronomie.
-J'ai rendez-vous avec la mystérieuse nana.
-HA !
Son air inquiet a disparu, remplacé par un regard triomphant et légèrement lubrique.
-J'ai trop hâte de savoir qui c'est !, s'exclame-t-il.
-J'te dirai, je lance en quittant le dortoir, direction la salle sur demande. Mon pas est sûr, nonchalant presque un Maraudeur ne se fait jamais prendre, et surtout pas pour un pauvre plan cul du dimanche.
Elle m'a donné rendez-vous dans une salle de cours ; encore une timbrée que ça doit exciter de faire ça sur le bureau du prof. Je m'en fous rien ne me changera mieux les idées qu'un peu de sexe sauvage avec une cinglée excentrique. Arrivé au deuxième étage, j'entrouvre la porte et me glisse dans la salle obscure ; soit elle est pas encore arrivée, soit c'est une petite joueuse : seule une lanterne brille dans un coin. La mise en scène éveille un peu mon intérêt et je m'avance au milieu de la salle.
-Demy
Il s'est avancé au milieu de la salle ; il s'est un peu endimanché, ou plutôt soigneusement négligé, les cheveux en bataille, le col de sa chemise un peu ouvert, juste comme il faut, ses yeux sombres déjà brillants. Je retiens un ricanement et me contente d'un sourire tordu mais silencieux.
-Alohomora, murmure-je imperceptiblement.
Le coffre grince en s'ouvrant et Sirius fait volte-face dans un brutal soubresaut ; rien n'a changé, bien sûr, rien à part cette forme sombre qui gît sur le sol.
-Lumos !, s'exclame-t-il, et je décèle une once de peur sa voix.
Il s'approche et je le suis du regard, aussi avide que lui de savoir.
-AAARGH !
Pétrifié sur place, les yeux écarquillés de terreur, Sirius a hurlé à la vue du mourant qui, sur le sol, agonise dans une mare de sang, tendant vers lui un bras implorant, hurlant son nom à fendre l'âme, la voix ravagée par la douleur. Je vois Sirius trembler violemment, les lèvres entrouvertes dans un cri muet.
-Riddikulus, murmure-je à nouveau de ma cachette.
Un instant, l'épouvantard semble prendre la forme d'Andrew King mais d'un mouvement de baguette, il est retourné dans le coffre. Sirius reste un moment figé, ses yeux fixés sur le sol, là où à l'instant gisait un cadavre, sans chercher qui l'a fait disparaître ; puis, d'un seul coup, il s'enfuit en courant. Qu'importe, je sais tout ce que je voulais savoir ; car cette chose qui le terrifie, cette pauvre chose à l'agonie sur le sol et qui désespérément l'appelait au secours, c'était moi.
Quelques jours plus tard, Mc Gogo m'a escortée jusqu'à la salle commune des Gryffondors – pas de ma propre initiative, bien sûr ; sans doute, sans leur expliquer mon cas en détail, voulait-elle m'éviter de me faire lyncher. N'empêche que mon retour va forcément coincer dans la gorge de quelques uns. Elle me précède à travers le trou du portrait ; j'entends les rires gras qui se taisent aussitôt. Je rentre.
Vous vous seriez marrés, sérieusement et moi-même, si je m'étais appelée n'importe comment d'autre, genre Evans Lily, j'aurais au mieux ricané méchamment, au pire attendu que Gogo soit partie pour jeter des tomates à la tronche de la fille qui venait de débarquer : était-ce vraiment une fille, d'abord ? Cette brindille balafrée et provocante ? Je ne m'étonne pas vraiment, d'ailleurs, que derrière mon dos on m'ait surnommée l'épouvantail, ou le vilain petit canard ; je ne m'étonne pas non plus que personne ne l'ai fait devant moi, de la même manière qu'après le départ de Gogo, personne n'a osé dire un mot et qu'en moins d'une heure, la salle s'était vidée. Ne suis-je pas l'horrible Mangemort qui a voulu enrôler Black à son insu ? Je ne suis pas montée dans mon dortoir ; je ne veux pas me cacher, je ne veux pas être une rumeur. Je suis une personne, je crois.
Je suis assise par terre, adossée aux pierres chaudes de la cheminée toute la soirée, je me suis amusée à faire fuir les élèves en les fixant d'un air méchant. Maintenant, il ne reste plus que les Maraudeurs ; eux, ils me haïssent d'abord avant d'avoir peur de moi.
-Vous trouvez pas que ça pue, les gars ?, claironne soudain Potter.
-Ouais, renchérit Sirius, ça pue le Mangemort par ici !
Remus les coupe brutalement, à voix basse. J'entends distinctement « Azkaban » et « Dumbledore » je brûle de les provoquer, de dire les choses à voix haute.
-Je dirais plutôt que ça empeste la balance, dis-je haut et fort.
James se lève ; les ombres du feu qui jouent sur son visage creusent deux gouffres sombres et menaçants dans ses yeux. Les autres s'avancent à sa suite, plus hésitants, mais finissent par m'encercler.
-Tu me traites de balance, King ?
Je ne me donne pas la peine de me lever, je plante juste mon regard glacial dans le sien.
-Je crois qu'on sait tous ici que tu m'as livrée aux Détraqueurs cet été, Potter. Tu devais certainement avoir peur de moi.
Il m'empoigne brutalement par le col, me soulève comme une poupée de chiffon, me cogne toute entière contre le mur.
-James ! proteste Remus.
Les yeux de Pettigrow brillent d'une leur avide l'expression de Sirius est si tendue, si fermée qu'elle est indéchiffrable ; James en revanche transpire la haine.
-Dumbledore n'aurait jamais dû te libérer !
-Tu devrais aller en parler avec lui, je suggère.
-Je vais te tuer ! gueule-t-il en serrant ses mains autour de mon cou.
Remus empoigne James et le tire en arrière, bientôt aidé par Sirius et Peter ; à trois, ils le draguent de force vers l'escalier de leur dortoir.
-Sirius, fais-je d'une voix étranglée.
Il se fige, dos à moi ; il attend que les trois autres soient montés.
-Tu veux me tuer, toi aussi ?
Il se retourne, me dévisage de ce même air que je ne sais pas lire. Son silence m'énerve.
-Ah mais non, je suis conne ; tu l'as déjà fait.
-Mais tu te fous de moi ? gueule-t-il. Et moi, qu'est-ce que tu m'as fait ? Tu m'as livré à ton oncle, tu m'as livré à Voldemort !
-C'est faux ! C'est n'importe quoi ! Je t'ai supplié de ne pas faire ça ! C'est toi qui es allé dire à mon oncle que tu voulais…
-Et peut-être que je ne l'aurais pas fait si tu m'avais prévenu que c'est ce qu'il attendait ! Mais t'as bien rempli ta mission, Demy, tu t'es bien servie de moi !
-Tu m'as livrée au Détraqueurs, fais-je d'une voix brisée.
-C'est le sort qu'on réserve aux Mangemorts, réplique-t-il d'une voix dure.
-Je ne suis plus une Mangemort.
Je relève ma manche, dévoile la cicatrice affreuse, livide et boursouflée, rouge brillant par endroit, suppurant à d'autres.
-Qu'est-ce t'es alors ?, crache-t-il.
« Un vieux canard boiteux », je songe avec un pâle sourire désabusé.
-Quoiqu'il reste de moi, je t'appartiens, finis-je par sortir d'une voix rauque.
Il ne répond pas, je ne lève pas les yeux pour le voir ; il s'écoule pourtant un long moment avant j'entende ses pas dans l'escalier.
Un croche-pied bien placé me projette au sol.
-Oooh ! King tu es blessée ? Tu veux peut-être aller à Sainte Mangouste ? On pourrait en profiter pour te ravaler la façade !
Les ricanements m'entourent.
-Va chier, pétasse, je grince en me relevant.
-Sectumsempra !
Le sort, mal jeté, ne fait que m'entailler la joue lorsque j'aurais dû me vider de mon sang. Ces filles sont vraiment nulles. Il semble pourtant que l'époque où j'inspirais la crainte est bel et bien révolue ; sans doute ont-ils fini par se dire que Dumbledore ne cautionnait pas l'infiltration Mangemort à Poudlard.
-C'est pour aller avec tes autres cicatrices, crache la nulle.
-J'vais t'apprendre à jeter ce sort… marmonne-je en tirant ma baguette.
-Je te le déconseille, King.
Je m'attends à trouver Potter le défenseur des faibles et des opprimés en me retournant, mais je fais face à un teint cireux surmonté d'une serpillère aux poils gras.
-Te mêles pas de ça, Rogue, je siffle en ramassant mes affaires.
-Mes sorts, mon problème, grince-t-il.
Ce type est vraiment bizarre ; je me demande s'il deviendra un Mangemort, lui aussi.
-Si tu veux que j'te présente à Voldemort, c'est trop tard ; on est un peu en froid, lui et moi.
Rogue ne sourit pas.
-J'voulais juste te proposer mon aide. En défense contre les forces du mal. Et… ma compagnie, si tu veux. T'as l'air d'être un peu seule, en ce moment.
-J'ai l'habitude.
-ROGUE ET KING !
Le cri a fusé de derrière, mais je reconnais instantanément la voix ; il est vrai que ce serait plutôt cocasse de voir les deux personnes que Potter déteste à mort devenir amies, surtout pour lui apparemment.
-Le serpent épousa la chauve-souris et ils vécurent moches et méchants jusqu'à la fin des temps !
Rogue s'apprête à attaquer Potter, mais Sirius l'en empêche ; d'un revers de baguette qui le désarme il les regarde s'éloigner, fulminant de rage.
-Garde tes sorts, Severus, fais-je. Je ne suis plus des tiens.
-Sirius
De temps en temps, quand James ne me voit pas, je regarde Demy. Je regarde ses épaules fragiles, la longue zébrure de la cicatrice sur sa clavicule, son menton haut et la moue méprisante de ses lèvres fines ; j'imagine une caresse sur la peau pâle de son visage, le regard qu'elle avait pour moi dans ses grands yeux bleu glace, je brûle de passer mes doigts dans les noirs cheveux drus, de descendre effleurer sa nuque gracile et la sentir frissonner, de longer ses omoplates, de suivre la cambrure de ses reins… Je n'y peux rien. Je la trouve belle encore. Je voudrais la tenir et la serrer à la briser, rien qu'un instant.
Je sais confusément qu'elle ne s'est pas servie de moi ; derrière le brouillard de ma rancœur, je devine que si elle n'a pas eu le courage de se confier à moi, elle a eu celui, pendant des mois, de se sacrifier pour me protéger. Je me rappelle la marque forgée à Noël sur son bras, je me rappelle les nuits passées aux pieds d'Evan Rosier, je me rappelle son regard et ses étreintes : mais j'ai bien trop mal encore pour l'admettre. Et j'ai bien trop honte, parce que je n'ose imaginer ce qu'elle a vécu là-bas, à Azkaban, à cause de moi. Elle ne doit qu'à elle-même de s'être tirée des griffes de Voldemort et d'avoir survécu aux Détraqueurs.
Lily m'a pris à part l'autre jour – il ne faut pas prononcer le nom de Demy devant James – pour me dire que Demy faisait des cauchemars affreux, qu'elle en était au point de déverser une telle énergie magique dans son sommeil qu'elle annihilait le sort de silence jeté sur son baldaquin.
-Je m'en tape, Lily. Sérieusement, en quoi c'est mon problème ? Jetez un stupéfix, au pire.
Elle m'a giflé.
-Ne sois pas aussi con que James.
Je n'ai pas compris pourquoi elle agissait comme ça, ni quand est-ce qu'elle avait pardonné à Demy, ou du moins quand est-ce qu'elle avait décidé de lui venir en aide ; je sais juste qu'elle m'a donné le mot de passe du dortoir des filles. Pendant des semaines, j'ai rejoint Demy, dans l'intention de confier au mutisme de la nuit les secrets de mon étreinte autour d'elle, de mes mots doux dans ses oreilles ; mais chaque fois, assis au bord de son lit, je ne pouvais rien faire, figé d'horreur à la vision des meurtrissures sur son corps baigné de sueur et du désespoir dans ses hurlements muets, figé devant l'absurde monstruosité de ce qu'on lui avait fait – de ce que je lui avais fait.
Finalement, c'est elle qui m'a chopé ; elle s'est réveillée en sursaut et j'étais là. On a tous les deux eu un mouvement de recul, mais elle, elle est presque tombée du lit tant elle tremblait. Ses cheveux trempés bouclaient sur son front et dans sa nuque, sa respiration ressemblait à un râle d'agonie et sa peau avait la couleur livide et jaunissante de celle des cadavres ; d'un revers de main, elle essuya un filet de salive au coin de ses lèvres. La lueur brillante au fond de ses yeux caves rappelait le délire de la fièvre, mais chez elle cela signifiait un « qu'est-ce que tu fous là » on ne peut plus clair.
-Je… je… balbutiai-je, je savais que tu faisais des cauchemars…
Le contact de ses lèvres crevassées sur les miennes a hérissé tous les cheveux sur ma nuque ; j'ai senti un grognement animal monter du fond de mon bas-ventre. Mes mains ont saisi ses épaules, ses omoplates, j'ai enfoui ma tête dans son cou. Sa peau sentait la peur et l'odeur me tournait la tête. J'ai déchiré sa chemise de nuit et elle a poussé un gémissement sourd lorsque j'ai écrasé de tout mon poids son corps frêle. J'avais tellement envie d'elle, sans comprendre que si je pouvais l'aimer à cet instant c'est que ses terreurs nocturnes la laissaient tellement vulnérable, tellement nue qu'elle en était dépouillée de tout ce qui me faisait mal en elle. J'ai retiré sa culotte. Mon nom a roulé sur sa langue, ses bras maigres se sont accrochés à mon cou comme à une bouée et lorsque j'ai bougé une première fois en elle, ses reins se sont creusés. Il me semblait que nous pesions des tonnes, que nous faisions corps avec le matelas alors que je m'enfonçais toujours plus loin en elle, que je sentais tous ses muscles se tendre et que nos râles de plaisir se mélangeaient. Je sentais un ravin de sueur dévaler dans mon dos jusqu'à ses jambes croisées autour de mes hanches et qui les serrèrent à les briser lorsque son orgasme la foudroya et qu'elle m'emportait avec elle.
Quand je me laissai retomber sur elle, ses bras avaient à peine la force de tenir autour de mon cou ; elle gisait, exsangue, la respiration sifflante, et je m'aperçus que je l'avais amenée au bord de l'évanouissement en la prenant comme un animal lorsqu'elle n'avait fait que poser ses lèvres sur les miennes, sans doute parce qu'elle était trop affaiblie pour mettre des mots sur ce qu'elle ressentait et qu'elle n'avait pas non plus la force de se battre contre moi. Mon attitude me retourna l'estomac. Horrifié, je récupérai mon caleçon et filai en quatrième vitesse.
-Demy
Je ne sais pas ce qui me révulse le plus : le fait que Sirius m'ait baisée avant de s'enfuir comme un voleur ou le fait qu'il m'ait baisée dans l'état ou j'étais, état proche du choléra stade terminal. N'a-t-il pris conscience de ma laideur qu'après coup, et il s'est enfui ? Et d'abord, pourquoi est-il venu ? Pour me baiser, vraiment ? Pour triompher devant la pauvre fille que son côté obscur rattrape finalement la nuit ? Malheureusement, je me sens trop malade, trop salie, j'ai trop honte pour aller lui gueuler dessus. Alors je déambule dans le château, comme un fantôme parmi les élèves, et je cicatrise lentement.
-Miss King, est-ce que vous avez fait exprès d'échouer à vos ASPIC ?
-Professeur Dumbledore, je voudrais rester à Poudlard encore un an.
-Parce que vous avez peur de qui vous attend dehors ?
-Non… parce que rien ne m'attend dehors.
Si vous saviez mes cauchemars, Albus. Si vous saviez les hurlements que je pousse dans la noirceur du dortoir, enfermée dans mon sort de silence, si vous saviez l'angoisse terrible qui m'étreint lorsque les draps m'étranglent, les crampes de panique qui foudroient mon dos, si vous saviez ces heures passées à attendre l'aube dans l'édredon jaune de sueur, si vous saviez ce que c'est d'être malade de terreur au point d'en vomir à l'approche de la nuit… si vous aviez, rien qu'une fois, cru voir un étranger lorsque vous croisez dans le miroir un visage livide aux yeux caves cernés de mauve - et pourtant senti jusque dans les nœuds de vos couilles que c'était tout ce qu'il restait de vous… Mais pourtant, vous le savez certainement, vous à qui rien n'échappe… alors comment pouvez-vous encore me regarder, rien que me regarder avec tant de sérénité lorsque vous savez les maelstroms qui déchirent mon être ?
-Repassez vos examens. Si, comme je le pense, vous obtenez un « Optimal » en métamorphose, je plaiderai auprès du professeur McGonagall pour qu'elle vous prenne comme assistante l'année prochaine.
-Sirius
J'ai comme un gouffre énorme dans le ventre, comme si mes entrailles avaient disparu, ou comme si à la limite j'avais voulu les vomir mais qu'elles m'étaient restées coincées dans la gorge. Remus aussi a le regard étrangement vide, comme s'il réalisait à l'instant que c'était la fin. Le train crachait sa fumée noire, le quai bouillonnait de monde et nous à côté avions l'air bien sage ; c'était la fin. Jamais plus nous ne reverrions Poudlard, jamais plus nous ne dormirions dans les dortoirs ou prendrions le repas d'Halloween dans la Grande Salle… je me dis que ce furent sans doute les meilleures années de ma vie, et les plus insouciantes, et je me demande si j'ai su en profiter. J'ai le cœur qui se serre quand je pense à l'avenir, à nos pauvres vingt ans jetés dans un monde qui bascule peu à peu dans le mal – est-ce qu'on y trouvera notre place ? Je cherche Demy des yeux, mais le quai fourmille de monde. James me tire dans le wagon ; Remus semble au bord des larmes. Je regarde une derrière fois en arrière : le sifflement du train et la vision de Poudlard qui s'évanouit dans la brume me déchirent en deux.
A suivre…
Petit mot de l'auteur: salut les lecteurs! ceux qui êtes fidèles depuis longtemps, vous avez que cette fic a fait du chemin depuis le temps et maintenant on en arrive à un tournant assez important alors je vous le demande surtout par rapport à vos attentes de lecture : est-ce que vous avez encore envie de lire cette fic, auquel cas je publie la suite, ou est-ce que pour vous le moment est venu de poser l'épilogue ? Lachez-vous sur les conseils et les critiques, soyez méchants, soyez géniaux, on est en fanfiction c'est de la littérature interactive et profane, profitons-en. =p Merci de rester fidèle à DEMY en tout cas !
