Chapitre 10
Harold avait suivi les instructions données par la machine et demandé à John de faire l'échange des couchettes. Il vit arriver Root.
– Mademoiselle Groves, vous avez la carte ?
– Oui, dit-elle en lui tendant la puce. Mais ce n'est pas de ça dont je veux parler. La machine vous a demandé de faire quelque chose.
– En effet…
– Et vous l'avez écouté ?
– Bien sûr, répondit calmement Harold.
– Pourquoi ? Cette histoire ne vous regarde pas, Harry, c'est entre Shaw et moi.
– Je fais confiance à la machine. Elle estime que c'est encore trop tôt pour le moment entre vous, que cela pourrait vous « distraire » négativement pour la mission. Mais je suppose qu'elle en a déjà parlé avec vous…
– Oui.
Harold eut un petit sourire triste.
– Vous savez qu'il m'est arrivé aussi de la contredire…
– Vraiment ? Demanda Root, étonnée en levant les yeux vers lui.
– Oui.
– Et ?
– Grace est morte… La machine m'avait prévenue de rester avec elle, d'éviter de partir ce jour-là. Mais pour moi, elle en était encore qu'au stade de l'apprentissage de la marche, qu'elle puisse déjà calculer, prévoir ce qu'il pourrait arriver, ne devait se manifester que bien plus tard… Alors j'ai fait ce que j'estimais nécessaire, j'ai abandonné ma femme ce jour-là, au profit d'autrui. Je n'ai même pas pu lui dire au revoir… dit-il en baissant la tête.
Root se tut attendant la suite.
– Je ne pouvais pas la haïr, ou la blâmer… Alors, lorsqu'elle me dit quelque chose aujourd'hui, je l'écoute. Ce dont elle est capable me dépasse parfois, Mademoiselle Groves, avoua-t-il, elle tisse les vies entres elles. Nous faisons partie d'une grande toile dont elle est l'auteur, créant les chemins patiemment, lentement entre nous, nous montrant petit à petit ce que nous sommes bien en peine de voir.
Il sourit gentiment.
– Telle la déesse Athéna, elle tisse, de manière extraordinaire. J'aime à penser qu'elle tisse…nos destins.
– Une toile ? Ça me fait plutôt penser à Arachnée…
– Ah, mais elles sont liées, après tout c'est Athéna qui l'a transformée en araignée, répondit-il.
Ils se regardèrent en silence. Ils se comprenaient. La colère de Root avait disparu, elle ferma les yeux.
– Je suis fatiguée, Harold, je vais faire une petite sieste dans… Ma nouvelle chambre. Cela vous dérange d'étudier la carte, seul pour le moment ?
– Non, Mademoiselle Groves, allez vous reposer, vous en avez besoin.
Elle se dirigea vers la porte puis se retourna.
– C'est Elle qui vous à fait rencontrer John, n'est-ce pas ?
– C'est Elle qui m'a fait rencontrer toutes les personnes présentes dans ce vaisseau, excepté Claire.
Root hocha la tête en souriant et repartit.
.
Harold, penché sur la carte, sursauta au son de la voix de Shaw.
– C'est quoi ces conneries ?!
– Mademoiselle Shaw…
– Root partage ma chambre, pas John !
– Maintenant si, répondit-il en la regardant dans les yeux. N'est-ce pas ce que vous vouliez ? Éviter d'être… tentée ?
– Comment vous savez ça ? Lui demanda-t-elle suspicieuse.
– La machine me l'a dit.
– Comment elle le sait ?
– Parce que rien ne lui échappe…
Elle secoua la tête, ce genre de réponse l'agaçait.
– Root et moi avons quelque chose à régler.
– Cela peut attendre la fin de la mission…Dit-il, et c'est irrévocable. Vous dormirez dans la même chambre que John jusqu'à Decima.
Shaw inspira fortement et tourna les talons.
– Mademoiselle Shaw ?
Sameen se retourna.
– N'oubliez pas que moi aussi, je fais des concessions dans cette histoire…
Elle le regarda un instant et quitta la pièce.
Devant la porte en fer vert, la nouvelle chambre de Root, Shaw hésitait sérieusement, fallait-il qu'elle frappe et finisse ce qu'elle avait entrepris avec elle ? Les paroles d'Harold lui revinrent en mémoire « N'est-ce pas ce que vous vouliez ? Éviter d'être… tentée ? ».
« Tous des emmerdeurs », pensa-t-elle.
– Vu que Root a déménagé, ça veut dire que je peux reprendre ma couchette ? Demanda Claire derrière elle.
Shaw se retourna prête à la mordre. Elle étudia à distance les points que John avait faits pour fermer son arcade sourcilière. Son professionnalisme prit le pas sur sa colère. Ancien médecin, elle savait très bien réaliser des points de sutures. « C'est mal fait », pensa-t-elle. Elle dépassa Claire.
– Viens, lui dit-elle, John t'a massacrée, je vais refaire proprement tes points.
Claire la suivit évitant soigneusement de préciser que c'était elle qui était à l'origine de la blessure au niveau de son sourcil.
