Hey hey hey there ! Je suis de retour ! (Lentement, comme toujours *tousse*) mais le voilà enfin, ce foutu chapitre 9 ! Il m'aura donné du fil à retorde, essentiellement à cause de sa construction "en dentelle" mais je vous laisse découvrir tout ça :3 Encore une fois, Hakuouki ne m'appartient pas (et ce à mon plus grand regret... Comme à peu près tout écrivain de fanfic je pense) mais la joyeuse bande d'Italiens sont à moi ! Et je les aimes mes loulous !

Je tiens à passer un coucou spécial à mes lecteurs hors de France, principalement en Argentine, au Canada, au Luxembourg, aux Etats-Unis et dans le Montenegro ! Je suis heureuse de vous voir passer à chaque fois, j'espère que l'histoire est à la hauteur de vos espérances !

Pour ce qui est des review :

Shadow : Ah ça... Et c'est loin d'être fini, tu sais comme j'aime torturer mes personnages :3 En effet, je n'avais pas éclairé la relation entre Flavio et Gaby, mais ce sera plus le cas dans ce chapitre... Un peu (j'aime aussi torturer mes lecteurs). Quant à Ambrose et Gabriel, disons que cette discussion était leur dernière discussion "normale" pour un certain temps.

Bien sur qu'il en faut ! Attends, j'ai mis le tag romance, faut bien que je justifie moi ! (je justifierais aussi le tag tragédie, ne t'en fait pas :3) mais sinon, au vu des nombreux textes test que j'ai fais pour cette fic, je dois avouer que Harada est le plus cool à écrire avec les Italiens. Il est assez ouvert d'esprit et son côté "un homme doit protéger ceux qui l'entourent" fait qu'il se retrouve pas mal dans le taf des italiens et qu'il comprend plus facilement leurs motivations. Donc pas mal de bromance en perspective de son côté ^^ De l'autre côté, les Italiens auront pas contre un peu de mal à comprendre le Shinsengumi de leur côté (différence de culture)

Et enfin, oui, ce chapitre était le dernier dans lequel Gabriel apparaissait en tant qu'homme. A partir de maintenant... ça va être sportif !

fd139 : Hehe, il faut bien que vous soyez un peu différente quand même :p J'ai essayé d'écrire le dialogue qu'elle avait avec Harada en lui expliquant, mais je t'avoue que ça ne passait pas super bien, donc j'ai préféré le suggérer. Mais ne t'en fais pas, on verra Nina heureuse à d'autres occasion (pas tout de suite cela dit...)

Ah mais ce challenge, c'était obligatoire, c'était attendu, désiré, que dis-je réclamé par une foule en délire de plusieurs millions de personne (ouai, y'a du monde dans ma tête.) Heureuse que les personnages te semble in-character même dans des chapitres aussi tarés que celui-là en tout cas ! Et pour te faire totalement plaisir, sache que je suis entrain de le dessiner à ce moment précis, le Ambrose :p Et bien sur que le noraneko allait apparaître pendant ce chapitre ! Surtout si c'est pour troller Soji (il va tellement le faire pendant la fic, faut bien qu'elle se venge pendant les OS)

J'ai l'impression que cette ouverture de chapitre à surpris tout le monde XD Mais oui, ce n'est "que" Sannan. Et oui, c'est notre Yamazaki préféré qui livre le message. Sendro c'est le cheval de Gabriel ;) Et pour ce qui est arrivé à Flavio... On le verra dans le chapitre 10 XD Par contre, je suis super heureuse que la description de la neige t'ai fait cet effet ! J'adore faire des description (oui je sais, ça se voit) alors pouvoir transmettre des émotions à ce point, ça me rend trop contente ! Et oui, il y a un peu de moi dans Olympe et la neige, mais aussi un peu de ce que tu m'avais raconté sur la neige ! (par contre, oui, elle à un futon, pas un lit.) Et bien sur que Sano est adorable :p (faut dire que Gabriel à eu le rapport d'Ambrose, qui avait vu l'événement en direct live, ça aide. Le reste de la délégation n'en à aucune idée hein ! XD)

Mais je suis certaine que tu serais prête à lui donner les deux ! XD Et oui, il fallait bien que Nina parle plusieurs langues (mais pas toutes non plus...) Et non ! Flavio à un accent bien moins bon que les autres ! Ce que je veux dire par "son accent s'entend" c'est qu'il à l'accent italiens en parlant ! (merci de me signaler la faute) Et vive Nina, encore une fois XD (Gabriel lui à apprit à se faire discrète x)

Hehe, parce que je suis un monstre de cruauté ! Et que je vous adore ! Donc je vous fait des fin en cliffhanger ultra cruelle, comme ça je suis certaine que vous souffrez autant que je vous aime ! (c'est juste pas logique du tout XD)

Et ne m'arrache pas la tête je te prie : j'en ai besoin pour écrire. En tout cas, voilà le chapitre 10, j'espère qu'il te plaira autant que le reste de la fic :3

Miki : Je l'annonce d'entrée de jeu, je vais survoler la review, parce qu'il faudrait quand même que j'ai plus de fic que de remerciement XD Oui c'est bien Gabriel qui parle au début. De manière générale, c'est toujours elle qui va faire ces phrases là. La relation italieno-japonaise va pas être facilité par ce balai incessant, mais commencer par Harada me semble le plus judicieux : il est plus ouvert d'esprit et tolérant que les autres (et ses idées se rapprochent de l'éducation européenne de l'époque : l'homme combat et défend la famille/l'honneur/la terre...) Akashi, c'est la bataille en début de fic ^^ Et je resterais muette comme une tombe sur les origines de ces attaques !

Intégrer Olympe est loin d'être facile pour l'instant, mais j'ai réussi à le faire deux chapitre de suite \o/ mais elle aura bien son rôle, tout est prévu ! Oui il y a une raison pour elle, ça sera expliqué plus tard. Et oui, Sano n'allait pas l'ignorer ! Par contre, l'uniforme ne la fascine pas, il la terrorise. Mais je reviendrais là dessus. Je pense que Sano ne pourrait pas, même s'il le voulait, arrêter d'être un gentleman XD C'est dans son code génétique. Les discussion entre Gaby et les capitaines vont se multiplier au fil du temps (et celle avec Soji arrive dans le chapitre 10) Après, pour le côté Vatican... La fin de ce chapitre à pas mal compliqué les choses, histoire d'en rajouter une couche XD

Le pire, c'est que je relis, que je suis relue et pourtant... Bref. La discussion Sano/Flavio/Nina était vraiment super à écrire en tout cas, même si j'ai eu des pannes d'inspi à certain moment. Je réalise qu'on à eu beaucoup de Sano dans le 8... Dans le 9 il y a beaucoup de Ambrose XD (mais je te promet que je veux que tu restes en vie !)

Ah Kondo... Pourquoi un homme si bon s'est-il retrouvé dans d'aussi gros ennuis... Cruauté historique. J'adore l'écrire je crois, c'est vraiment un personnage sympa. Et oui, la première lettre est une fausse ! Et les Italiens en font les frais. L'incendie est rapidement maîtrisé par la suite, je n'ai pas voulu m'étendre dessus, mais ça va poser problème dans les prochain chapitres... Que dis-je, ça va aller de pire en pire. Je te laisse là pour la suite, j'espère que le prochain chapitre va répondre à certaines question (et en créer encore plus ! MOUAHAHAHA !)

Voilà fin du blabla ! Ce chapitre comporte des phrases en latin (pour lesquelles je remercie de tout cœur Google traduction) dont la signification est donnée en fin de texte.

Encore une fois, je vous remercie de me lire et vous souhaite bonne lecture !


Chapitre IX : Le masque brisé


Ça fait mal. Ça fait une éternité que je n'ai pas eu aussi mal.

Un cri rauque me tira de l'inconscience. Deux mains puissantes plaquèrent mes épaules. Le sol était glacé. Quelque chose s'enfonçait dans mon flanc, encore et encore.

« Tenir la ! Tenir la ! »

Ivanoskov. Notre médecin. C'était sa voix.

« Ne bougez pas, Solento-san ! »

Des yeux dorés, cette fois. Au-dessus de ma tête. Il y avait plusieurs personnes. Des ordres aboyés en Japonais. En Italien. La neige dansait dans le ciel noir. La fumée sentait jusqu'ici. J'étais dehors.

« Qu'est-ce que tu as fait cette fois ? »

Mes yeux s'ouvrent encore.

Dans une petite pièce cette fois, un jour de pluie. Le parquet est nu, les murs sont vides. Il y a deux lits, chacun à un mur et un feu, ronronnant dans une cheminé. Dans un coin, une horloge marque les secondes.

Qu'est-ce que je fais ici ?

« Je suis tombée. »

Assise sur l'un des lits, une adolescente suit des yeux les gestes du jeune homme face à elle. Ses gestes sont prudents, précis, poli par l'habitude. Tour après tour, il pose un bandage sur sa main écorchée.

Ils se ressemblent beaucoup : mêmes yeux, même visage, mêmes cheveux noirs. Jusqu'au grain de beauté un peu en dessous de leurs lèvres, ils sont définitivement et désespérément frères et sœur.

« Tu penses vraiment que je vais te croire ? »

Le ton est sévère, mais ne parvient pas à masque l'amusement. La jeune fille enfonce sa tête entre ses épaules. Son corps se devine dans les plis d'une tunique crème, tachée de boue, d'herbe et d'un peu de sang et serrée à la taille par une ceinture de cuir. Pas un mot ne franchit ses lèvres pincées.

Le jeune homme soupire.

« Vous vous êtes encore battues, pas vrai ? »

Sa sœur secoue la tête.

« Ne mens pas. » L'avertit-il.

« Je ne mens pas ! » S'écrie-t-elle avant de bougonner. « Nous nous sommes battus contre des gamins du village… Ils se sont moqués d'elle. »

Les gestes du jeune homme s'immobilisent et ses yeux se relèvent vers sa sœur, surpris.

« Tu l'as défendue ? »

« Je n'avais pas le choix… » Grogne la jeune fille. « Elle s'est jetée sur eux comme une furie… Ils étaient cinq, elle allait de faire tuer… »

Un rire agite les épaules du garçon alors qu'il achève le bandage. Lorsqu'il finit enfin, il se lève de sa chaise et pose sa main sur la tête de l'adolescente.

« Ce que tu as fait est une bonne chose, Gabrielle. Mais essaye de faire en sorte que ça n'arrive plus. Tu ne dois pas… »

« … combattre les humains. » Dis-je en achevant sa phrase.


Kyoto, 21 Janviers 1865

La fumée de la pipe s'élevait en volutes dans l'air d'hiver. L'immense homme était avachi contre le mur, à côté de la porte d'un bâtiment. Malgré le froid, il avait retroussé les manches de sa chemise, dévoilant une impressionnante musculature. Son visage disparaissait à demi sous une barbe drue, grise comme l'acier.

« Ivan-sensei ? »

Constatant qu'il avait l'attention du médecin, Hijikata s'approcha en rengainant son katana. Une fois de plus, son haori était couvert de sang. Le feu mourant jetait ses derniers éclats dans ses iris sombres.

Un rire sans joie agita les épaules du géant.

« Elle s'en sortir. » Déclara-t-il, anticipant la question. « Je l'avoir mise à l'intérieur. Pour l'instant. »

« Je vois. » Répondit le samouraï avec un bref hochement de tête.

Il tourna la tête vers l'incendie, maitrisé à grand renfort d'eau. Ici et là dansaient encore quelques feux, comme des drapeaux battus par le vent. Entre les deux murs de flammes, la neige avait complètement fondue, ne laissant qu'un sol boueux dans lequel s'étaient écroulés les cadavres. Sous l'auvent d'un bâtiment proche étaient alignés six corps, leurs visages recouverts d'un linge blanc. Seuls restaient les corps des agresseurs, le nez dans la fange. Aucun prisonnier n'avait été fait.

Alors que son regard arrivait à un bâtiment effondré, Hijikata pinça les lèvres, frustration et colère faisant bouillir son sang. Toutes les traces de l'homme qu'avait combattu Gabriel s'étaient envolées avec les dernières étincelles. Entre les flammes et la fumée, aucun soldat n'avait réussi à le voir.

Derrière lui, le géant tira une fois de plus sur sa pipe avant de regarder s'envoler la fumée.

« Que vous aller faire ? » Demanda-t-il d'une voix lasse.

Hijikata resta un instant silencieux, sans quitter le champ de bataille des yeux. Ici et là courraient ses hommes, achevant les dernières flammes. Seau après seau les lueurs de l'enfer mourraient avec un cri de vapeur, mais aucune eau ne pourrait effacer la vérité. Le Shinsengumi avait failli, trompé par une simple lettre. La dignitaire avait disparue. Le capitaine italien était condamné au coma.

L'échec était complet.

Le fracas d'un galop arracha le samouraï à ses pensées. Surgissant d'une ruelle, un cheval gris s'arrêta en bondissant à quelques mètres de lui. Son cavalier se figea d'horreur, ses yeux de bronze piégés par le spectacle.

« Vice-capitano ! »

La voix s'éleva d'un groupe de blessés, lancée par un Italien au visage brulé. Désespéré. Dans un pitoyable ensemble, les Italiens survivants levèrent la tête, comme des chiens entendant leur maitre. L'un deux se leva et le rejoignit au pas de course. Un bandage enserrait sa tête, tranchant sur ses cheveux blonds et son visage barbouillé de suie. Les deux hommes s'échangèrent quelques mots, brièvement, puis Flavio tourna la tête. En un instant, le cheval gris fut aux côtés de Hijikata.

« Signore… » Déclara-t-il.

Sa phrase s'étouffa d'elle-même, croulant sous le poids des questions.

« J'ai appris. » Déclara-t-il finalement avant de descendre de sa monture. « Où est Gabriel ? »

La colère faisait trembler son souffle alors que sa cavalcade l'écourtait. À sa main, son cheval dansait d'inquiétude, roulant des yeux terrifiés. Ivan intervint avant que le samouraï ne puisse répondre.

« Inconscient. »

Le visage de Flavio perdit toute couleur.

« Je l'avoir mis à l'écart. » Intervint le médecin.

Se levant avec un grognement, il fourra ses immenses mains dans les poches de son veston avant de descendre de la galerie en baissant la tête. Rejoignant les deux hommes, il croisa les bras sur son torse.

« Il y avoir une décision à prendre. » Poursuivit-il avant de lancer un regard à Hijikata.

Le regard de Flavio passa rapidement du médecin au samouraï, inquiet, avant que ce dernier ne prenne la parole.

« Elle été soignée dès qu'on l'a tirée des flammes. » Expliqua-t-il calmement. « Elle n'aurait pas tenu jusqu'à la résidence. »

L'officier pinça les lèvres, caressant distraitement l'encolure de son cheval.

« Qui d'autre le sait ? » Demanda-t-il finalement.

« Tout le monde. »


« Signore ! Signore ! »

Un tonnerre de semelles, claquant sur les pavés. Un jeune homme, non, un garçon, courant vers moi en évitant les passants de bonds agiles. Casquette vissé sur la tête, besace battant sa hanche. Autour de lui, les passants ne sont plus que des formes floues. La rue est colorée par la foule et les décorations du carnaval.

« Qui y'a-t-il ? »

Ma réponse est un sourire illuminant des yeux gris. Peut-être rougit-il un peu. C'est flou.

« J'ai entendu que vous alliez partir faire le tour du monde… Je me demandais si vous n'auriez pas besoin d'un médecin. »

« Un médecin ? »

Sa confiance est amusante, son envie d'aventure, brûlante et incontrôlable. Il n'est qu'un apprenti, aussi doué soit-il. Je le connais. Loin d'être un médecin, mais certain de le devenir un jour. Mais pas encore.

« Nous en avons déjà un, tu sais. »

Déception, réflexion puis illumination. Il a de la ressource.

« Ah… Un assistant alors ? Il y a beaucoup de soldats, il ne faudrait pas que le nombre le pousse à passer trop vite sur certains ! »

Je réfléchis. J'aurai dû réfléchir plus longtemps.

Peut-être que Marco aurait pu devenir médecin.


Un plafond inconnu, tout en lattes de bois.

Alors que le sommeil lui reprenait déjà la main, Gabriel s'obligea à se concentrer sur cette vision : un plafond et non un ciel. Elle n'était pas dehors.

Pourquoi aurait-elle été dehors ?

Le bruit de l'eau se fit entendre, tout proche. Juste à côté. La jeune femme tourna la tête. Retint un gémissement de douleur alors que ses muscles protestaient un à un. D'abord la nuque, puis tout le dos, jusqu'à ses jambes. Jusqu'à son visage.

Pourquoi était-ce si douloureux ?

« Solento-san ? »

Ses yeux crochetèrent une personne immobile, agenouillée à ses côtés. Ses mains étaient plongées dans une bassine, y trempant un linge. C'était une jeune femme. Habillée en garçon. À la lumière de la bougie, son visage faisait raisonner des échos lointains dans la tête de l'Italienne. Ainsi qu'une abominable migraine.

Qui était-elle ?

« Vous m'entendez ? »

Les mots dansèrent un instant dans l'esprit de Gabriel, à la recherche de sens. D'une langue à laquelle se raccrocher. Elle se sentit pourtant hocher la tête, ravivant les étincelles de douleur qui lui arrachaient le dos. Un sourire apparut sur les lèvres de la jeune fille, soulagée. Ou peut-être inquiet. La nuance était étrangement complexe à saisir.

« Vous avez mal quelque part ? » Poursuivit sa protectrice.

Japonais. Elle parlait japonais.

Hochant de nouveau la tête, Gabriel prit un instant pour rassembler ses mots, former une réponse convaincante. Le résultat ne fut qu'un grognement rauque.

« Partout… »

La réponse arracha l'esquisse d'un rire à sa soigneuse. Un rire discret, compatissant, qui gâchait son travestissement à lui tout seul. L'Italienne ne l'avait jamais entendu, mais il collait à ses souvenirs encore aveugles.

Mais qui était-elle à la fin ?

« Vous êtes restée une semaine inconsciente. C'est normal, après la chute que vous avez faite… Harada-san vous a sorti des flammes de justesse, vous n'avez pas été brulée. Mais… »

Le reste de ses mots se perdit, emporté par les souvenirs. Les images enfoncèrent leurs crocs dans les blessures. La réalité la gifla.

Nina était partie.

Une fois encore des mains vinrent plaquer ses épaules. La forcèrent à se rallonger sans qu'elle ait le souvenir de s'être relevé. La poigne était moins forte, mais ses muscles souffraient trop pour pouvoir lutter. Sans doute lui disait-on de se rallonger. De se calmer. De ne pas rouvrir ses blessures.

Un appel résonna, puis un autre, continuant jusqu'à ce que des pas se fassent entendre. Qu'une énorme silhouette se faufila dans une porte trop grande. La poigne se fit plus dure et rendit toute lutte impossible. Une voix rocailleuse se mit à retentir, comme le grondement d'une avalanche.

Une fois de plus, Gabriel fut vaincu. Plaquée au sol comme une enfant capricieuse.


Garibaldi ne sort pas souvent les couverts en argent et encore moins pour un seul homme. Mais pour celui-là, il n'a pas hésité, et ce même s'ils sont installés dans la cour.

L'inconnu est très droit sur sa chaise, mais son sourire est chaleureux. Ses cheveux sont argentés, impeccablement gominés malgré sa chevauchée. Tout en lui trahit un certain âge, de ses rides à ses yeux qui ont vu trop de choses, mais il rit toujours comme un jeune homme.

C'est une discussion virile, évidemment. Il n'y a que Garibaldi, mon frère et ce nouveau venu, alors il ne peut en être autrement. Pourtant, alors que je leur apportais une deuxième bouteille, je les entendis parler de robes et de fleurs. Mon frère était en train de rougir en regardant ailleurs.


Kyoto, 28 Janvier 1865

« Il n'y a… vraiment rien ? »

La question resta suspendue dans le silence, sous-entendant la tragique réponse. Agenouillé devant les cartes disposées au sol, Flavio parcourut ses collègues du regard, livide. Tous avaient les traits tirés par plusieurs nuits sans sommeil et creusés par l'inquiétude. Autour d'eux étaient entassés des dizaines de rapports, de cartes et de missives.

Toutes les bougies avaient rempli leurs coupelles de cire.

Assis à la droite de l'officier, Saito reprit une feuille proche et la relut rapidement avant de répondre.

« La première division est en train de fouiller la campagne proche. La dixième division et les hommes de Suliva-san sont retournés sur les lieux de l'incendie. Hormis leurs résultats, aucun élément concluant n'est apparu. »

La réponse sembla achever le vétéran, faisant s'affaisser un peu plus ses épaules. Dans un geste lent, rendu tremblant par la fatigue, il attira une carte à lui et retraça doucement les périmètres de recherche du bout des doigts. Ses cheveux d'argent, habituellement parfaitement gominés, laissaient retomber quelques mèches en travers de son visage. Le col de sa chemise était légèrement ouvert.

Il était à bout.

« Ils doivent rentrer. » Déclara-t-il finalement avec amertume. « Le Signore Okita est dehors depuis trois jours et le champ de bataille a été ratissé quatre fois déjà… Même s'il y a quelques choses, ils ne trouveront plus rien. »

« Nous avons trouvé quelque chose. » Le contredit une voix. « Mais c'est une impasse. »

La porte de la pièce s'ouvrit, laissant entrer un souffle d'air froid. Dans l'encadrement étaient apparu Ambrose et Harada, aussi pâle l'un que l'autre. La déclaration du Lieutenant semblait avoir enfoncé un peu plus son supérieur.

« Qu'avez-vous trouvé ? » Demanda Hijikata, assis aux côtés de l'Italien.

Entrant comme des pantins dont on aurait coupé les fils, les deux hommes vinrent s'assoir sous le regard de leurs compagnons. Le Lieutenant fouilla un instant dans sa poche de poitrine pour en tirer quelque chose qu'il posa devant lui.

« C'était dans les décombres du bâtiment effondré. » Déclara-t-il avec lassitude. « Mais ça ne mène nulle part. »

Les regards convergèrent vers le collier qui brillait à la lueur des bougies. Une petite croix d'argent, accrochée à une fine chaine du même métal.

Les croix avaient été un symbole interdit durant longtemps. Banni des années plutôt par des Shoguns aujourd'hui à l'état de poussière. Passible de mort pour quiconque en portait, car trahissant le crime de croire en un seul Dieu. Même maintenant que les frontières avaient été rouvertes à coup de canon et que les moines parcouraient de nouveau le pays, l'ancienne règle demeurait gravé dans la tête de chacun des capitaines.

Aucun ne réagit.

Flavio pinça les lèvres, démuni de réponse. D'un mouvement lent, cassé par les heures de veille, il prit le bijou dans ses deux mains, l'observant pensivement.

« Vous n'avez pas de nouvelles de Soji ? » Demanda Harada sans aucun espoir dans sa voix.

« Non. » Répondit Shinpachi en secouant la tête. « Rien de lui non plus. »

« Je vais le faire revenir. » Soupira Kondo. « Flavio-san a raison, ça ne sert à rien qu'il cherche plus longtemps pour l'instant. »

Les combattants se turent, soudain mis face à la réalité. Chaque heure se faisait plus vierge de réponses que la précédente, alors que leurs efforts raisonnaient en vain dans le noir. Malgré les heures d'acharnement, malgré les dizaines d'hommes envoyés dans les plus sombres recoins de Kyoto, rien ne daignait apparaitre, comme si le destin refusait de leur laisser le moindre espoir.

« Je vais retourner voir nos hommes cet après-midi. » Déclara Ambrose d'une voix lasse. « Même s'il n'y a aucune nouvelle… »

Une vague rumeur lui fit office de réponse alors qu'il se levait.

« Tenante. » Intervint Flavio alors qu'il passait derrière lui.

Le soldat blond s'immobilisa, intrigué.

« Il y a des nouvelles. » Déclara le vétéran en lui tendant le collier. « Donnez-le à Olympe. »


** « Excusez-moi, Capitano ? »

La demoiselle est arrivée dans mon dos, annoncée par le bruit de ses talons. Il est impossible de la manquer, tant ils font de bruit sur les carrelages de Saint Clous.

« Oui Olympe ? »

La cour lui avait donné l'habitude des bals, là où je dois ma survie aux années de traque nocturne. La plupart de mes hommes passent leurs journées à dormir. La France est plus difficile que prévu.

« Puis-je vous poser une question ? »

« Bien sûr. »

« Est-il vrai que vous avez été fiancé à Mademoiselle Garibaldi ? »

Ah.

« C'est bien vrai. Mais nos fiançailles ont été rompues. »

« Excusez-moi de mon indiscrétion, mais, pourquoi avoir fait cela ? »

Je retiens un rire puis jette un coup d'œil vers l'une des baies vitrées. Olympe semble si sérieuse

« Nous avons perdu quelqu'un de très important. Comme nous avons été élevés ensemble, ce qui nous semblait logique a… vacillé. Nous avons réalisé que notre mariage n'aurait pas eu de sens. Monsieur Garibaldi avait consenti à un mariage de cœur, mais nous étions bien plus frères et sœur qu'amants, et ce n'est pas ma fortune qui pouvait nous servir de raison. »

Son visage se teint de curiosité, au fil du récit. Sa prochaine question est facile à deviner. Olympe est douée pour lire les gens. Bien moins pour se cacher elle-même.

« Si ce n'est pas trop indiscret… Qui avez-vous perdu ? »

« Ma petite sœur, Gabrielle. »**


La résidence était silencieuse. La tension avait été presque solide, durant quelques jours, puis avait cédé sa place à la lassitude et au désespoir. Olympe n'avait pas quitté sa chambre depuis plusieurs jours. Pas plus qu'elle n'avait arrêté de pleurer. Personne n'avait besoin d'une jeune fille de cour en temps de guerre, pas plus que l'on avait besoin de ses talents. Chant, danse, piano, couture, rien ne pouvait venir en aide aux soldats. Alors on l'avait laissée là, dans le coin où elle gênerait le moins.

Une poupée n'avait pas sa place sur un champ de bataille, pas plus que dans une caserne. Sa place était à côté de la dignitaire, en l'honneur du protocole. Elle ne devait pas forcément agir, ni même parler. Il suffisait juste qu'elle soit là. Mais à présent, sa place avait disparu. Alors on l'avait rangée, en attendant qu'elle réapparaisse.

C'était normal. C'était ainsi que les choses devaient être.

Les soldats venaient régulièrement la voir pour tenter de lui changer les idées, de la faire rire et de lui faire oublier. S'assurer qu'elle ne s'était pas ôtée la vie en s'enroulant une ceinture autour du cou aussi, sans doute.

« Mademoiselle ? Mademoiselle Calderone ? »

Une voix perça soudain le voile des sanglots. Des grattements se firent entendre à la porte, accompagnés de brefs aboiements. Olympe sortit péniblement la tête de son futon, à la recherche des responsables.

Deux ombres se dessinaient sur le shoji. Un homme et un gros chien.

« Ambrose ? »

« Ah ! Puis-je vous parler Mademoiselle ? »

Ses paroles furent comme de l'huile sur un feu. La bienséance lui rappela sa robe de chambre, ses cheveux ébouriffés et ses yeux rougis par les larmes. Ses joues s'empourprèrent.

« Je… Je ne suis pas présentable… » Souffla-t-elle.

L'officier resta silencieux, son ombre immobile. Celle du chien avait tourné la tête vers lui, une patte en l'air. Après une courte hésitation, l'homme répondit d'une voix douce.

« Je vais aller nous faire du thé dans ce cas, prenez votre temps. »

Bottes et griffes claquèrent sur le parquet alors qu'Ambrose tournait les talons, suivi du molosse. Olympe regarda les deux ombres disparaitre, s'asseyant progressivement sur son futon. Une fois de plus, on ne lui laissait pas le choix.

Mais ce n'était pas injuste. C'était seulement la façon dont devait être les choses.

Le Lieutenant avait de l'expérience dans l'art d'attendre une dame. Lorsqu'il réapparut de nouveau, un plateau entre les mains, la chaperonne venait de sortir, à peine prêtes, tout semblait avoir été réglé à la minute près, comme si ce n'était qu'un hasard. Combien de temps fallait-il pour faire du thé ? Faire bouillir l'eau et y laisser quelques feuilles séchées ? Bien moins que pour enfiler corsets, bas, jupon, crinolines et robes, surtout seule. Mais tout devait sembler naturel, normal.

Même si malgré ses meilleurs efforts, Olympe n'avait pas réussi à dissimuler ses yeux rougis et ses cheveux indisciplinés par les jours d'enfermement, il ne ferait aucune remarque. Mais ce n'était pas de sa faute ou de celle de la jeune fille.

C'était simplement la façon dont devait être les choses. Illusoires. Fausses. Artificielles.

Comme la silhouette d'une jeune femme en corset.

« Excusez-moi de vous avoir fait attendre… » Dit Olympe d'une petite voix, passant ses doigts sous ses cils.

« Ce n'est rien. Une dame doit savoir se faire désirer n'est-ce pas ? » Répondit gentiment l'officier.

Lissant sa jupe, la chaperonne s'assit au bord de la galerie, laissant des souliers vernis s'enfoncer dans un peu de neige restante. Le cuir allait sûrement se tâcher et le vernis s'écailler, mais ce n'était plus un problème. Personne n'y ferait attention. Alors qu'Ambrose déposait le plateau à ses côtés avant de s'assoir à son tour, Cerbère vint s'allonger contre la jeune fille, posant sa lourde tête sur ses genoux avec un grondement.

Le froid de l'hiver l'accueillit dès qu'elle passa la porte, dans un léger souffle de vent. La cour était vide et silencieuse, comme toujours. Maintenant assignés à résidence, les soldats en avaient retiré la neige. Les vieilles pierres étaient recouvertes de givre, les arbres dénudés de leurs feuilles. Un instant silencieux, le soldat blond finit par prendre la parole, sans quitter la cour des yeux.

« Je sais que le manque de résultat me rend difficile à croire. » Déclara-t-il. « Mais nous faisons de notre mieux pour la retrouver. »

Olympe secoua la tête, piétinant distraitement la neige.

« Je ne peux vous en vouloir. » Répondit-elle. « Je ne suis pas à votre place et sûrement y serais-je bien médiocre.»

Avec un léger soupir, le jeune homme prit sa propre tasse et la porta à ses lèvres, buvant une petite gorgée.

« Hm… Je l'ai fait trop fort… » Murmura-t-il avant de se retourner vers elle. « Personne ne pourrait vous accuser d'avoir de la rancœur à notre sujet. L'armée et la cour sont deux choses bien différentes après tout. De plus, il ne serait pas digne pour une femme de votre rang de se mêler aux affaires militaires. »

« Je sais. » Souffla la chaperonne, serrant son jupon entre ses doigts. « Ce sont deux mondes séparés… »

Hochant doucement la tête, Ambrose reposa sa tasse et fouilla dans sa poche.

« Mais l'armée reste à votre service. » Déclara-t-il en lui tendant le pendentif. « Nous avons failli une fois, nous ne le ferons pas une seconde, soyez-en certaine. »

Les yeux de la chaperonne s'arrondirent de surprise lorsqu'ils accrochèrent le bijou. Rapidement les larmes fleurirent entre les cils alors que son corps se figeait, piégé par la surprise. D'un geste tremblant, elle prit le collier au creux de ses deux mains, comme si elle craignait qu'il se brise.

« Nous l'avons trouvé dans les décombres de l'un des bâtiments. La piste ne mène nulle part, mais… J'ai pensé que l'avoir vous soulagerait au moins un peu. »

Avalant difficilement sa salive, Olympe referma ses doigts gantés de blanc sur le médaillon avant de le serrer contre sa poitrine. Ses yeux fermés avec forces ne suffisaient plus à retenir ses larmes. Traçant des lignes de cristal sur ses joues, elles tombaient ensuite sur le museau de Cerbère, brillant sur le pelage noir.

Le Lieutenant la dévisagea un instant, silencieux, avant de sourire à nouveau avec douceur. Prenant sa tasse entre ses deux mains, il leva les yeux vers le ciel, attendant que les larmes cessent de couler.

« Je suis désolée… » Murmura enfin la jeune femme. « Désolée de ne pas pouvoir vous venir en aide… Je… Je suis la personne qui a été la plus proche de Mademoiselle Garibaldi… Et pourtant… »

Le sourire d'Ambrose s'accentua légèrement tandis qu'il secouait la tête. Faisant doucement tourne sa tasse entre ses doigts, il répondit sans quitter les nuages du regard.

« Tout comme nous ne pouvons vous en vouloir si vous nous accusez d'être inefficaces, nous ne pouvons vous en vouloir de ne pas pouvoir aider. » Répondit-il calmement. « Comme je l'ai dit, nos deux rôles sont bien trop séparés pour que nous attendions quoi que ce soit de vous. »

« Mais que puis-je faire ?! » S'exclama Olympe en redressant la tête, sa voix se brisant sur les dernières syllabes.

Des doigts gantés de blanc frôlent ses joues, lui arrachant un hoquet de surprise. Les larmes s'étaient remises à couler, sans qu'elle le réalise.

« Arrêtez de pleurer. » Murmura le Lieutenant avec un sourire.


**Il y a du vent, comme toujours en mer. Le navire file à vive allure. Bientôt le Japon sera en vue

« Vous vous isolez de plus en plus Signore. »

Ambrose est apparu plus qu'arrivé, ébouriffé et éternellement souriant. Ses pistolets claquent contre ses hanches à chacun de ses pas. C'est à ça que ressemble le bruit de ses pas, lorsqu'il est proche. Sinon il reste inaudible.

Je n'ai jamais compris comment il faisait.

« Tu ne t'inquiétais même pas de me voir disparaitre plusieurs jours avant notre départ, si je me souviens bien. » Répondis-je calmement.

« C'était avant que j'ai à justifier chacune de vos absences. »

Il hausse les épaules en même temps. S'accoude au bastingage.

« Plus que le Japon… » Murmure-t-il. « Il était temps que cette campagne finisse… »

« Le mal du pays ? »

Un rire bref, sec. Étrangement amer. Il tourne le dos à la mer. Parfois, je ne parviens pas vraiment à comprendre ce que laisse apparaitre son regard. Comme maintenant.

« Pas vraiment.»

Sa voix est nonchalante, mais son regard est lointain. L'impression ne dure qu'une seconde.

« Pour tout vous avouer, je suis curieux aujourd'hui. » Admet-il finalement. « Ce n'est pas comme si vous pouviez partir très loin dans ce bateau. »

Sanglots de mouettes. Tintement de cordage. Claquement de voiles. La mention du navire me rappelle à quel point je les trouve fascinants. C'était la première fois que je restais si longtemps sur un bateau.

« Comment avez-vous fait pour que le Vatican ne réalise jamais que Garibaldi vous avait découvert ? »

Une question simple. Une question à double tranchant. Ambrose me regarde par-dessus son épaule.

« Pourquoi ne m'as-tu jamais livré dans tes rapports ? » Répondis-je simplement

Sourire.

« Vous n'avez jamais trahi le Vatican, juste pris un peu de liberté… De vous à moi, ce n'est pas quelque chose qui me déplairait. »

Prévisible. Ambrose ne restera pas éternellement au service du Vatican, mais ne trahira pas non plus. Il se contentera de trouver une voie pour sortir sans que personne ne puisse l'en empêcher.

Mais je ne peux pas répondre.

« La véritable question est pourquoi Garibaldi ne m'a pas tué en apprenant que je le surveillais pour eux. »

« C'était ma seconde question. » S'amusa le Lieutenant en me faisant de nouveau face, adossé au bastingage. « Mais puisque vous voulez commencer par là… »

Je soupire.

« Pour être honnête… Je n'en ai pas la moindre idée. »


Kyoto était une ville étrange, aux couleurs et au parfum bien différent des villes d'Europe. Des rues encombrées couvertes de terre battue, la neige avait été chassée à force d'être piétinée. Ici et là filaient des ombres colorées à la coiffure improbable maintenue par des pinces dorées. Aussi ridicules que les efforts des dames de cours, elles avaient néanmoins l'avantage de l'exotisme. Malheureusement, elles en restaient tout aussi superficielles.

L'intérêt de Kyoto était ailleurs. Dans le crépuscule.

Les ombres s'allongeaient doucement, alors que la nuit prenait ses droits. L'espace de quelques minutes, le noir et blanc de l'hiver se retrouvait embrasé d'or et de feu alors que les ténèbres se faisaient plus sombres que jamais. C'était le temps parfait, le moment des jeux dangereux et des escarmouches. Des intrigues et des trahisons. Chaque ruelle, chaque coin pouvaient alors recéler des démons humains, des lames prêtes à être tirées, des poisons sur le point d'être versé. Les humains étaient doués pour le mensonge, doués pour l'hypocrisie et la trahison, et ce qu'importent leurs pays. Kyoto au crépuscule était une ville dangereuse, félonne et mortelle jusqu'au bout des ongles. Fresque de silhouettes se hâtant de rentrer au logis alors que d'autres sortaient dans leur royaume de débauche nocturne. La nuit était le moment des décadences salvatrices ou des embuscades mortelles, la fin des affaires de certains et le début de celles des autres. Et le crépuscule en était le fascinant croisement. Même si Mibu n'était que la frange de ce grand ballet, l'aperçu qu'il en donnait était pleinement satisfaisant.

Ambrose aimait cette ville.

Les mains dans ses poches, le soldat blond descendait la rue alors que les lanternes s'allumaient une à une. Les regards se tournaient aisément vers lui, certain pour aussitôt le fuir, dès qu'ils apercevaient l'éclat des pistolets à ses hanches, d'autres pour le suivre jusqu'à ce qu'il soit hors de vue.

La logique aurait voulu qu'une escorte suive l'Italien, le protège et le surveille, mais aucun haori bleu ne marchait dans ses pas. Il ne les avait pas attendu pour quitter le quartier général. Pas mêmes qu'ils ne l'avaient vu partir. Le molosse qui était sorti de la résidence italienne avec lui semblait s'être évaporé.

Cling

Un son étrange retentit dans le silence de l'hiver, devant Ambrose. Les soupirs de la neige piétinée, lié au tintement d'un grelot. D'une démarche lente, un bonze au chapeau de paille s'approche face à lui, son souffle peint dans l'air froid.

Cling

« Salutamus vos, venator daemonem. »

Sa voix était faible, audible du Lieutenant seul.

« Salutamus, Pater Lucius. »

De sa démarche calme, l'homme de foi poursuivit sa route, croisant placidement le soldat sans sembler lui accorder la moindre attention.

« Des rumeurs courent sur notre meilleur chien de chasse… Il semblerait que nous soyons obligés de changer de chef de meute. »

« Elles sont vraies, mais je vous conseille de ne pas les prendre en compte. Mâle ou femelle, notre chat errant n'a-t-il pas donné de merveilleux résultats ? »

« Refuseriez-vous la tête de l'expédition ? »

« Je ne la prendrais que pendant que le chat sera incapable de chasser. D'ailleurs, si vos hommes pouvaient, par le plus grand des hasards, trouver quelques… informations, derrière des portes que nous ne pouvons pas ouvrir… Je suis certain que le chat appréciera. »

« … Vous avez une bien amusante façon de l'appeler. »

Cling

Les deux hommes s'éloignent, alors que le soldat continue de flâner, ses mains dans ses poches. Bientôt le bonze n'est plus qu'une silhouette sombre, tournant à une ruelle. Quelques secondes plus tard, Cerbère est de nouveau là, trottinant derrière l'Italien. Un morceau de tissu semblait dépasser de ses crocs.


Le Shinsengumi était en guerre.

Jour et nuit, les patrouilles entraient et sortaient, comme si elles devaient monter au front. Il avait fallu défoncer des portes, inspecter toujours plus de caches, interroger toujours plus de monde. Petit à petit des uniformes noirs s'étaient mélangés aux haori bleus. Des rapières fleuraient parmi les katanas, lorsque ce n'était pas des canons de fusils. À toute heure, les faucons italiens fendaient le ciel, comme s'ils cherchaient eux aussi leur maîtresse.

C'était une guerre lente et silencieuse. Une guerre d'usure, qui avait drainé les forces et le sommeil de tous, y compris Chizuru. Étendant un énième panier de linge, la jeune femme marchait prudemment à travers le cours. Malgré le froid, son visage s'était teinté de rouge et sa respiration s'était transformée en petits nuages courts. C'était le sixième de la journée.

Les allers et venues des divisions, la neige et les blessés avaient augmenté le rythme des corvées. Faute de place, les blessés italiens avaient été accueillis à la résidence des Yagi, avec les capitaines, plutôt qu'avec les hommes du Shinsengumi. Les quartiers de ses derniers peinaient trop à les contenir pour pouvoir accueillir plus d'âmes. Sur le fil flottaient quelques chemises, au milieu des yukata blancs.

Un gros chien noir passa en trombe sous le linge.

La surprise et la peur lui sautèrent à la gorge, la faisant reculer. Un instant empêtrée dans le yukata qu'elle venait d'étendre, Chizuru tomba en arrière.

« Assis Cerbère ! »

Elle ne toucha jamais le sol.

Quelqu'un d'autre attrapa son poignet, l'arrêtant dans sa chute.

« Je vous tiens. »

La jeune fille cligna lentement des yeux, relevant la tête vers son sauveteur. Il ne fallut qu'un regard à son uniforme pour qu'elle se souvienne de lui. Ses cheveux blonds ébouriffés par le vent, l'officier lui adressa un chaleureux sourire alors que leurs regards se croisaient.

« Oh, je me rappelle de vous, vous êtes le soldat qui aidait notre médecin. Yukimura-san c'est bien cela ? » Demanda-t-il doucement.

Un instant surprise, la jeune fille retrouva rapidement contenance et s'inclina profondément.

« O… Oui ! Excusez-moi ! »

L'officier retint un rire et lâcha son poignet.

« Ne vous en faites pas, ce n'est rien. C'est en grande partie de ma faute. »

Alors que Chizuru se redressait, le soldat siffla brièvement. Aussitôt le molosse revint vers eux au petit trot et s'assit à ses pieds.

« J'aurais dû regarder où il allait. » Poursuivit Ambrose en caressant la tête de l'animal. « Je suis désolé. »

« Non, ce n'est rien, il ne s'est rien passé de grave. »

Le molosse aboya joyeusement, comme pour acquiescer, arrachant un sourire aux deux jeunes gens.

« Il a l'air de comprendre. »

« Parfois je me demande… » S'amusa l'officier avant de se tourner de nouveau vers elle. « Puis-je vous aider à finir ? »

Chizuru hésita un instant, jetant un regard à la corbeille à moitié pleine. Un autre détail lui revint alors en mémoire.

« Ils n'ont pas besoin de vous en salle de commandement ? »

« En effet. Mais j'ai été envoyé donner des nouvelles à la résidence, je pense pouvoir rester invisible encore quelques minutes, surtout si c'est pour payer une dette. » Répondit le soldat avec amusement.

Chizuru retint un hoquet de surprise avant de secouer les mains devant elle, gênée.

« Non non ! Vous n'avez rien à vous faire pardonner… »

« Alors dites-vous que c'est pour vous remercier d'héberger nos blessés. » Répondit gentiment Ambrose

Dépassée par sa répartie, la protégée du Shinsengumi abandonna, un rire gêné agitant ses épaules.

Voir un homme étendre du linge n'avait rien d'inhabituel pour Chizuru à présent. Même avant le Shinsengumi, son père l'avait fait, devant elle des dizaines de fois. D'abord sans elle, puis avec la petite fille qu'elle était lui tendant le linge, vêtement par vêtement, avant de finalement être assez grande pour le faire à ses côtés. Ils ne parlaient pas tellement dans ces moments, se contentant juste de la présence de l'autre. Puis le kimono sombre et le sourire paternel avait été remplacé par d'autres hommes, plus grands, plus forts. Les silences, par des plaisanteries, jetées au-dessus des fils et du tissu flottant au vent. Parfois, des vêtements étaient tombés alors qu'ils se mettaient à se poursuivre, criant et riant comme des enfants. C'était une autre ambiance, presque un autre monde.

Ambrose était encore différent.

À cause de l'hiver, le linge était étendu en intérieur, dans une pièce laissée ouverte aux vents. Ils avaient posé la corbeille au centre, et avaient chacun prit un tas de vêtement. L'officier faisait le travail calmement, poursuivant la conversation en lui racontant anecdote sur anecdote en échange des siennes.

« Au début, nous étions cinquante. » Avait-il commencé.

« Le Shinsengumi a eu de plus en plus de recrues, au fil du temps. » Avait-elle commencé en réponse.

La discussion était simple, à peine détaillée. Ambrose avait à la fois beaucoup et peu à raconter, comme si l'imprévisibilité de la route était devenue une routine. Chizuru avait compris que sa rigueur militaire lui imposait la même journée, les mêmes tâches, et ce quel que soit le décor dans lequel son voyage l'avait placé. Quant à la jeune fille, exemptée des secrets qu'elle devait garder, sa conversation se bornait à des actions simples, loin des exploits de ses protecteurs.

« Puis-je me permettre une question ? » Demanda Ambrose après quelques minutes.

La jeune fille lança un regard par-dessus son épaule, seulement pour voir sa silhouette au travers du yukata qu'il était en train d'étendre.

« Oui ? »

Une main gantée de blanc apparut au bord du tissu, l'écartant pour révéler l'Italien. Il semblait était soudain sérieux, presque inquiet.

« Comment va notre capitaine ? »

Chizuru réfléchit un instant, ses derniers souvenirs de l'Italienne jouant derrière ses iris.

« Elle est faible. » Répondit la jeune femme en se retournant vers son linge. « Elle a besoin du plus de repos possible, ses blessures étaient vraiment graves. Mais elle est en bonne voie. »

« Je vois… » Il marqua une courte pause. « Je suppose que ça sera fait plus officiellement plus tard, mais je vous remercie de vous être occupé de nos hommes. Avec les trois autres blessés, notre médecin n'aurait pas pu tout gérer correctement sans vous. Vous nous avez sans doute évité plus de perte. »

La jeune fille cessa de lisser le tissu blanc, son regard se perdant dans la couleur vide tandis qu'un sourire timide fleurissant à ses lèvres. Sans doute rougissait-elle un peu, mais l'Italien ne pouvait heureusement rien en voir. Ça aurait été trop féminin.

« Non, ce n'est rien. » Répondit-elle humblement.

Le rire du Lieutenant se fit entendre entre les vêtements.

« Ne soyez pas si modeste. Le docteur Ivanoskov est un médecin très exigeant, il aurait refusé de travailler avec vous si vous n'aviez pas de talent. Vous avez dû suivre une très bonne formation je me trompe ? »

Un peu de vent s'engouffra par les shoji ouverts, faisant danser les vêtements comme un cortège de fantômes. Chizuru aperçut le molosse noir lever le nez, du coin où il s'était allongé. Ses oreilles s'étaient redressées, pointues comme des cornes, puis il avait reposé sa tête sur ses pattes.

« Non, mais mon père était médecin. Je l'aidais souvent à la clinique. » Répondit-elle ensuite, accrochant un nouveau yukata à la corde.

« Je vois… Qu'est-ce qui vous a fait rejoindre le Shinsengumi dans ce cas ? L'appel du drapeau ? »

« Le drapeau ? »

« Oh, vous n'avez pas cette expression… Je voulais dire le patriotisme. »

« Ah… Non, pas vraiment. Mon père a quitté la maison pour son travail un jour, mais n'est jamais revenu. Je suis partie à sa recherche et le Shinsengumi m'a aidé, alors je suis resté avec eux. »

« Je vois… Vous collaborez en quelque sorte. »

Sa voix avait changé de place, le rapprochant de la corbeille, sans doute pour prendre un autre tas. Il travaillait vite.

« On peut dire ça. »

Le Lieutenant retint un petit rire avant de poursuivre.

« Vous avez de la chance d'avoir leur aide. Rechercher quelqu'un en solitaire est une tâche ardue. »

« Vous avez déjà eu à le faire ? » S'étonna la jeune fille en se retournant vers lui.

Sa silhouette n'était plus visible entre tentures, même à l'endroit d'où provenait sa voix.

« Ça m'est arrivé, mais mes raisons étaient moins nobles que les vôtres. Je suis un soldat voyez-vous. »

La jeune fille se mit à le chercher des yeux. Ses jambes n'étaient visibles nulle part. Une fois de plus le vent s'engouffra dans la pièce, faisant s'élever le linge frais. La protégée du Shinsengumi recula dans le courant d'air, cherchant la moindre trace du Lieutenant. Une autre silhouette attira alors son attention, entre deux flots de tissus blancs. Au seuil de l'un des shoji se tenait le vice-capitaine Dilvidio, le soleil couchant jetant des ombres dures sur son visage.

« Il semblerait que mon temps soit écoulé... »

Chizuru sursauta. Ambrose était à côté d'elle.


** « Que feras-tu le jour où tu devras retirer ton masque ? »

La voix de Nina me fait rouvrir un œil. Le roulis du bateau fait valser le chandelier au plafond. L'odeur du sel est incrustée partout même dans sa cabine. Je m'étais endormie dans son fauteuil.

Je jette un regard au masque, posé sur le guéridon à mes côtés. La lueur de la lampe huile fait ressortir les défauts de la porcelaine. Il semble vieux, abimé, comme différent de celui que Garibaldi m'a remis. Et pourtant, ni la fin de la guerre d'indépendance ni les dizaines de traques n'avaient réussi à le briser.

« Le jour où je le mettrais, mon frère mourra de nouveau. » Dis-je enfin en m'étirant. « Alors je pleurerais, je pense. Mais honnêtement, je ne pense pas que je serais celle qui le retirera. »

Au bord de mon champ de vision, Angélique hausse un sourcil. Intrigué. Puis son visage s'assombrit, comme à chaque fois.

Nos futurs sont trop différents.

« On le retirera de ton corps, c'est ça… ? »

Je souris.

« Je suis déjà sensée être morte après tout. »**


« L'un des samouraïs semblait avoir du mal à marcher. » Déclara soudain Flavio. « Je l'ai croisé en venant te chercher, il suivait Itou. »

« Oh ? » S'étonna Ambrose. « Qui sait… Il a peut-être croisé un chien errant sur son chemin… »

Un rire sec échappa au vétéran alors qu'il ouvrait la porte du poste de commandement. La chaleur de la pièce les accueillit comme les bras d'une mère, contrastant avec le froid glacial de la cour intérieure.

« Son masque a pu être importé, mais un artisan talentueux pourrait facilement en refaire un. »

Les deux hommes se figèrent.

La voix était encore rauque, encore faible. La silhouette reconnaissable entre mille, même de dos, même sans sa veste d'uniforme. Sa façon de se tenir, le ruban rouge dans ses cheveux,

Assis face au capitaine italien, Yamazaki notait avec application ses réponses aux questions d'Hijikata. Le regard de l'assistant semblait parfois s'attarder brièvement sur le visage de l'officier, comme s'il cherchait à confirmer une expression. Encore et encore. Alors les deux soldats comprirent, sans avoir à voir.

Elle ne portait pas son masque.


Lexique :

"Salutamus vos, venator daemonem." : Je te salue, chasseur de démon

"Salutamus, Pater Lucius." : Salutation, Père Lucius.