Bonsoir !
Oui, je sais, j'ai mis, quoi ? trois mois ? à publier ce chapitre, et vous m'en voyez désolée. La grande majorité était écrite depuis un bon moment, mais la vie nous rattrape, que voulez-vous. J'espère qu'il vous plaira ! La bise, et à (j'espère) dans deux semaines (on croise les doigts).
Chapitre 10. Macro-économie sorcière 140 : calcul des coûts et des risques en investissement.
Cette fois, Hermione ne l'avait pas rêvé. Le couinement des chaussures était accompagné d'un autre bruit – qu'elle n'aurait pas su identifier, mais là n'était pas la question. Il y avait un nouveau son : la signature de son arrêt de mort ? Elle supplia Merlin pour mourir vite et sans trop souffrir – cette isolation avait eu suffisamment raison d'elle, et elle savait qu'elle laisserait un traumatisme conséquent qu'elle n'était pas prête à revivre en mourant.
Soudain, un sort de couleur bleue l'aveugla, elle qui n'avait vu aucune source de lumière depuis elle ne savait quand. Le sort l'assaillit de toute part, et ses muscles se dégourdirent d'un coup. Elle n'en crut pas ses yeux – elle n'était plus paralysée. Elle se leva et chuta immédiatement, ses jambes étant affaiblies par le manque de mouvements. Son genou heurta le sol (était-il en pierre ?) et sa tête suivit le mouvement, rebondissant avec force sur les pavés. L'inconscience l'enveloppa presque immédiatement, alors qu'un filet de sang s'écoulait de l'arrière de sa tête.
- Mademoiselle Granger ? Il faut que vous vous réveilliez ! l'urgea une voix paniquée.
Hermione peina à se relever. Elle n'était plus dans la pièce intemporelle, mais dehors, en plein soleil. Elle pouvait apercevoir un champ de lavande plus loin, mais sa vision était encore trop trouble, perturbée à la fois par la lumière soudaine et le coup qu'elle avait reçu derrière la tête en tombant.
- Mademoiselle Granger ? Il faut partir, maintenant !
- Qui es-tu ? demanda-t-elle, sa voix rendue rauque de n'avoir pas été utilisée les jours passés.
- Je ne suis qu'un servant sur le camp, mademoiselle, répondit-il d'une petite voix.
- Pourquoi me sauves-tu ? Je suis ennemie à la cause à laquelle tu appartiens. Si je m'en vais, je vais tout faire pour détruire ce que vous avez construit.
Il déglutit difficilement et regarda ses chaussures d'un air triste. Hermione put voir des larmes se former dans ses yeux, et elle regretta presque instantanément sa question, réalisant qu'elle avait réveillé des souvenirs douloureux.
- Je… commença-t-il péniblement. J'ai été contraint de les rejoindre parce qu'ils me promettaient beaucoup d'argent pour ma famille. C'était une belle opportunité, même si je réalise à présent que j'ai fait le mauvais choix. Au début, je ne disais rien. (Il prit une pause.) Mais quand j'ai appris le sort qu'ils vous réservaient, j'ai choisi de vous sauver. (Il lança un regard paniqué derrière lui et sa voix gagna en cadence.) Vous ne pouvez pas rester, mademoiselle, ils vont bientôt se rendre compte de votre absence, et s'ils nous trouvent ici, ils nous tueront tous les deux.
Un peu plus réveillée, la jeune femme prit le temps d'observer son sauveur. C'était un gringalet, au visage très jeune (elle ne lui aurait pas donné plus de seize ans). Malgré son évidente jeunesse, il avait des cernes profondes et un regard vieilli par l'existence qu'il subissait – il n'en menait pas large, c'était certain. Il avait un accent qu'elle avait du mal à discerner – russe, peut-être ?
- Viens avec moi, dit-elle.
- Non, c'est trop risqué, je suis marqué, ils pourraient me retrouver. J'ai accepté mon sort, mademoiselle. J'ai protégé ma famille, et j'ai enfin trouvé un sortilège qui fonctionnerait dans cette saleté de pièce intemporelle, afin de vous sauver. Ma mission est accomplie. Si vous souhaitez que ma vie ne soit pas prise en vain, vous devez partir maintenant et vaincre le grand chef. Je donne ma vie pour que vous puissiez sauver tous ceux qui n'auront pas cette chance. Je vous en prie, mademoiselle, couina-t-il, il y a une petite ville pas très loin d'ici, avec un hôtel moldu. (Il lui tendit un portefeuille.) Je n'en aurai pas besoin, il y a suffisamment d'euros pour que vous puissiez survivre quelques jours.
- Des euros ? Où sommes-nous ?
- En France… plus précisément, en Provence, répondit-il, son accent français soudain beaucoup plus prononcé aux oreilles d'Hermione.
Elle ne répondit rien et il lui jeta un regard paniqué.
- Je vous en prie, mademoiselle, partez.
Il éclata en larmes et elle le serra dans ses bras. Il fallait désormais qu'elle s'en aille, afin de respecter les dernières volontés de ce garçon, qui avait tant fait pour elle et dont elle ne connaissait même pas le prénom. Hermione inspira et se mit à courir, dépassant à sa plus grande surprise toutes les capacités physiques dont elle se serait crue capable après avoir été paralysée si longtemps. Elle courut pendant ce qui lui sembla être des heures, en plein cagnard, les pieds ensanglantés et le corps en jachère.
Il devait être midi quand elle commença à distinguer des bâtiments à l'horizon – une ville ! Elle s'assit pour souffler et ouvrit le portefeuille que lui avait laissé son sauveur – elle y trouva une carte d'identité française, cinq cents euros, une carte vitale et un permis de conduire. En inspectant de plus près les papiers d'identité qui s'y trouvaient, elle comprit que le jeune homme lui avait créé une identité factice, lui permettant ainsi de vivre recluse et cachée parmi les moldus. Ses yeux s'emplirent de larmes – il avait tout fait pour elle, il avait donné sa vie, et elle n'avait aucune idée de qui il avait été. Elle ne savait rien du jeune homme qui s'était sacrifié sur l'autel du bien pour donner une chance au monde de survivre : il lui avait remis une lourde responsabilité, et elle sut qu'elle n'avait pas d'autre choix que de l'accepter. Plus que jamais, ce combat était désormais son fardeau, et elle le porterait jusqu'à pouvoir l'anéantir complètement.
Elle finit par reprendre sa route, son visage crispé par la douleur que lui avait infligé le trajet. Il fallait qu'elle prenne des décisions maintenant – et qu'elle se soucie de mettre en place un plan d'action. Lorsqu'elle arriva au sein de la ville, elle sut qu'elle ne trouverait pas d'hôpital pour être soignée. Elle entra dans une pharmacie, où elle demanda un kit de premiers soins dans un français approximatif, avant de rejoindre le premier hôtel qu'elle put trouver. Alors qu'elle s'approchait du comptoir pour demander une chambre, la douleur à l'arrière de son crâne se manifesta sans crier gare et la plongea dans un état inconscient.
- Je ne comprends pas pourquoi c'est toi qui devrais partir, rétorqua Harry. Je suis son meilleur ami !
- Et moi, je suis ta meilleure chance de réussir. Tu crois qu'avec ta tête de balafré et ton statut de Survivant, tu vas passer inaperçu ? Alors que moi, un criminel de guerre en fuite, proche de Voldemort, ils choisiraient de me gracier s'ils me venaient à me tomber dessus. Et puis, ajouta-t-il d'une voix ferme, sans toi, qui aurait accès au Ministère ? On a besoin de quelqu'un qui travaille au gouvernement si on souhaite que cette mission de sauvetage aboutisse. Y a bien Weasley mais on a déjà décidé qu'il irait en Allemagne avec Weaslette.
Harry voulut répliquer, mais il fut forcé d'admettre que son rival n'avait pas tort. Ce plan ne pourrait pas fonctionner s'il quittait l'Angleterre – alors que Malefoy, débarrassé du bracelet depuis plusieurs jours déjà et ayant déjà choisi Zabini pour le remplacer, serait certainement beaucoup plus à même de réussir. Il soupira et fit un geste de la main, signifiant qu'il cédait.
- Il nous manque une seule chose : la localisation d'Hermione. Tu ne peux pas juste traverser l'Europe dans l'espoir de potentiellement tomber sur elle.
- Bien sûr que si, répondit Malefoy d'un ton sec, même s'il savait que l'idée était complètement ridicule.
- Non, je propose plutôt ceci : tu te rendras avec Ron et Ginny en Allemagne, où tout a commencé. Vous retrouverez les sorciers qui ont mené le culte par le bout de la baguette, et une fois la localisation d'Hermione sécurisée, tu t'y rendras. Ron et Ginny, pour leur part, suivront la piste pour voir si elle mène ailleurs – il ne peut pas y avoir qu'un seul lieu où ces rassemblements s'organisent, répondit Harry en allumant une cigarette (la millième, grogna Drago en son for intérieur).
Drago n'aurait pas voulu être d'accord avec le balafré. Partir en compagnie, non pas juste de deux Weasley, mais des deux pires Weasley, quel putain de cauchemar. Malheureusement, il n'avait personne à proposer en substitut, son seul ami étant Blaise. Il lui faudrait prendre sur lui et encaisser dans la mesure du possible. Le trajet serait sans doute pénible, mais il n'avait pas d'autre choix, et son désir de retrouver Granger était plus fort que son mépris pour les Weasley.
Le jeune homme prit une longue inspiration en pensant à Granger. Il détestait ces sentiments de plus en plus spontanés et forts qui se manifestaient en lui. S'il avait s'agi de haine, de colère, de mépris, voire même d'indifférence, il n'aurait rien trouvé à y redire – malheureusement pour lui, ce n'était rien de tout ça. Parfois, elle lui manquait. D'autres fois, il songeait à son parfum et à la couleur de ses cheveux quand elle était assise près du feu. Le plus souvent, cependant, il pensait à leurs échanges. Elle était si exaspérante, si chiante, si têtue… et le problème, c'était bien qu'il adorait ça. Il en était venu à vouloir passer plus de temps avec elle, alors qu'elle n'avait pas changé, bien au contraire.
Il se tira soudainement de ses pensées en constant que Potter le Balafré lui lançait un regard perplexe.
- Oui, oui, j'accepte, se contenta-t-il de répondre machinalement. Envoie-leur un Patronus pour leur dire de nous rejoindre.
- Ginny est à son entraînement, maugréa Potter en réponse.
- Tu penses vraiment qu'elle va faire passer son travail avant sa meilleure amie ? Vas-y Potter, on n'a pas de temps à perdre.
Le concerné grogna mais obéit tout de même, conscient que le temps était un enjeu de taille dans la situation actuelle et qu'ils en avaient déjà perdu bien assez comme ça.
Il revint quelques minutes plus tard accompagné de deux têtes rousses, et Drago était certain que l'air hostile qu'ils arboraient sur leur visage miroitait celui qui déformait le sien. Ils s'assirent sans un mot et Potter leur exposa les derniers détails du plan.
- Donc vous vous rendrez en Allemagne, comme prévu initialement. Mais Malefoy vous accompagnera, dit-il avec appréhension.
Drago vit Weaslette le fusiller du regard et Weasley froncer les sourcils, mais aucun des deux ne se prononça. Ils étaient conscients que sans lui, rien de tout ceci n'aurait pu se mettre en place, et qu'il était donc vital à la réussite de cette opération.
- Ensuite, reprit le Survivant en s'éclaircissant la gorge, Malefoy ira retrouver Hermione, et vous suivrez les autres pistes qui se présentent – si par exemple, il y a d'autres lieux de rassemblements, des coups d'Etat qui se mettent en plus.
L'annonce de cette nouvelle fut de trop – les deux Weasley se mirent à hurler, ne comprenant pas pourquoi ils ne pourraient pas être ceux allant retrouver Hermione.
- Tu nous fais quoi là, Harry ? On parle de Malefoy, rugit Weasley.
Drago, qui était resté calme jusqu'ici, prit la parole d'un ton glaçant.
- Alors écoutez-moi bien les deux belettes, parce que je ne le dirai qu'une fois. Granger s'est peut-être réconciliée avec Weaslette, mais aux dernières nouvelles, tu l'as congédiée de ta vie Weasley. Elle n'avait plus que moi dans sa vie, et on s'entendait même plutôt bien. (Il ignora l'air surpris de Weaslette.) Elle est sans doute perdue, seule, voire même morte ! Elle s'est confiée à moi, pas à vous. S'il y a bien quelqu'un qui ira la retrouver peu importe là où elle est maintenue isolée, ce sera moi. Ensuite, permettez-moi de vous rappeler que cette mission demandera peut-être une infiltration, et que je suis le plus à même de remplir ce rôle. Ce sera moi.
- Ah ça pour t'infiltrer, tu t'infiltreras très bien ! Ça va pas être difficile de les persuader que tu es anti-moldus, hein, Malefoy ? Peut-être même que tu les rejoindras vraiment dans leur quête sordide, répondit Weasley d'une voix dégoulinante de mépris.
Drago n'eut pas le temps de réagir que Potter s'interposa.
- Pas la peine de se disputer. Les décisions ont déjà été prises et on fera exactement ce qu'on a dit. On songera à de potentiels changements si un imprévu se présente. C'est clair ?
Un silence assourdissant envahit la pièce. Décidément, cette opération finirait par avoir raison d'eux.
- Alice ! Il y a du monde table 7, tu peux t'en charger ?
La dénommée Alice attacha ses cheveux et hocha la tête.
- Bien sûr, Pierre, tout de suite.
Le Portoloin illégal façonné par Blaise avait fonctionné à merveille. En tant que criminel de guerre assigné à domicile, Drago s'était mal vu se présenter au Ministère comme si de rien n'était, et prendre du Polynectar n'était pas envisageable. Depuis les aventures du Trio d'Or, qui avaient révélé de nombreuses failles au Ministère, le gouvernement sorcier anglais s'était acharné pour améliorer la sécurité et l'accès à son bâtiment. Malgré leur position au cœur de l'institution gouvernementale, ni Potter ni Weasley n'avaient souhaité prendre ce risque, et il était donc tout naturel qu'ils se tournent vers la seule personne pouvant façonner un Portoloin illégal (à l'exception d'Hermione) : Blaise Zabini.
Les trois sorciers atterrirent solidement sur leur pied. Le quartier général du culte n'était pas loin de Munich, et ils avaient pris la décision de s'y rendre à pied depuis la ville, ne souhaitant pas éveiller les soupçons des moldus sur leur statut de sorciers tant que ce n'était pas nécessaire. Le trajet dura près de deux heures, et Drago resta en arrière, laissant les deux rouquins piailler au sujet d'il-ne-savait-quoi. Il se surprit à vouloir une cigarette et maudit silencieusement Potter et Blaise, qui lui avaient tous deux fait fumer quelques bouffées de cet immonde mélange goudronneux.
Aux alentours de dix-sept heures, ils aperçurent la ferme où était localisé le culte. Bien que la majorité de ses membres aient été enfermés pour avoir participé à la torture de l'enfant Taylor, le bâtiment était encore habité de quelques fanatiques. Ils espéraient l'endroit suffisamment affaibli pour obtenir les informations qu'ils souhaitaient rapidement.
Cependant, à leur plus grande surprise, ils virent au loin des éclairs colorés traverser le paysage. Ce n'était plus des moldus qui résidaient là, mais des sorciers – ceux qui avaient orchestré l'enlèvement du jeune sorcier ? C'était certainement à espérer.
Il était quatorze heures. La dénommée Alice débarrassa la dernière table, surprise de constater qu'aussi peu de clients fréquentent le restaurant passée cette heure – elle aurait juré qu'on mangeait plus tard en France.
Elle ramena la vaisselle en cuisine et se posa à côté de Franck, le chef, qui lui servit son croque-monsieur quotidien.
- C'était vide aujourd'hui, marmonna-t-il de sa voix bourrue.
- Oui, je trouve aussi, répondit-elle la bouche pleine.
Elle termina le reste de son repas en silence, ayant maintenant l'habitude du stoïcisme de son collègue. Il n'était peut-être pas bavard, mais qu'est-ce qu'il cuisinait bien !
- Alice, l'entendit-elle soudain dire, ça va ? Tu saignes.
Elle porta la main à sa tête en grognant de douleur. Lorsqu'elle la retira, elle vit qu'elle était couverte de sang. La minute qui suivit, elle s'évanouit, faisant tomber son assiette avec elle.
Ginny s'étira et regarda ses deux compagnons de voyage, toujours profondément endormis. Ils étaient arrivés au camp la veille et avaient été accueillis avec enthousiasme. Ni Ron ni Malefoy n'avaient été reconnus, les sorciers sur place étant des campagnards allemands qui ne se tenaient guère au courant de ce qui se déroulait ailleurs. Il n'était pas encore clair s'ils faisaient partie des suiveurs du mystérieux sorcier à la tête de cette sordide opération, mais ni les Weasley ni Malefoy n'avaient souhaité presser les choses, préférant gagner la confiance de leurs hôtes. Malefoy s'était révélé d'une aide précieuse, étant le seul à parler allemand. Il n'avait pas souhaité leur expliquer pourquoi ni comment, mais Ginny en savait suffisamment sur les familles de sang pur aristocrates pour en déduire que c'était un élément inévitable de leur éducation.
Ils dormaient dans l'une des granges adjacentes à la ferme. L'odeur n'était pas des plus agréables, mais leurs lits de paille s'étaient révélés plutôt confortables et Ginny ne s'en plaignait pas.
Elle se leva le plus silencieusement possible, attrapant ses chaussures à la volée, et sortit prendre l'air frais. Elle constata sans surprise que les lumières étaient allumées – s'il y avait bien une chose qu'elle avait prise de sa vie au Terrier, c'est qu'en campagne on se lève tôt.
La cuisine illuminée était inondée de bonnes odeurs. Sur la table gisaient charcuterie, œufs, saucisses et fromage, ainsi qu'un assortiment de petits pains – le Brötchen, lui semblait-il. Elle prit place silencieusement, saluant ses hôtes d'un hochement de la tête. La jeune femme qui s'occupait de la cuisine posa une tasse de café devant elle, et Ginny la remercia dans un allemand maladroit. Elle commença à mâcher son petit déjeuner paresseusement, quand elle entendit les deux hommes à ses côtés s'agiter. L'un d'entre eux tenait un journal entre ses poings serrés, et son cou mal rasé s'était teinté d'une couleur violacée. Celui qui lui faisait face, beaucoup plus jeune, semblait l'intimer de se calmer, pointant Ginny du doigt à plusieurs reprises. Le premier grogna et finit par se taire, laissant le journal tomber. La rouquine soupira, songeant qu'elle aurait aimé que Malefoy soit là pour lui expliquer de quoi il s'agissait. Elle prit note de lui en parler quand il serait levé.
L'intéressé débarqua dans la cuisine alors qu'elle finissait son café. Il la salua à peine, avant de s'adresser à leurs hôtes dans leur langue natale. Ginny le regarda faire, sans comprendre un traître mot de la discussion qui se déroulait sous ses yeux. Elle choisit de se retirer afin de réveiller Ron, qui serait bien capable de dormir toute la journée sans personne pour le rappeler à l'ordre.
Alors qu'elle sortait, elle sentit une main attraper son bras.
- Pas si vite, Weaslette. On pourrait avoir des problèmes, lui dit Malefoy à voix basse.
Elle repoussa son bras et lui jeta un regard intrigué.
- Ils commencent à se douter qu'on n'est pas des touristes. J'ai réussi à les convaincre de justesse, mais on n'a pas intérêt à faire long feu. Je suis convaincu que c'est eux les responsables. On leur tire les vers du nez et on se barre, ok ? lui dit-il sans prendre le temps de respirer.
- Je vais prévenir Ron, répondit-elle avant de partir.
Elle sa hâta jusqu'à la grange et secoua son frère de toutes ses forces. Il était à peine sorti de sa torpeur quand elle lui expliqua ce qui se passait. Il enfila son t-shirt, mit ses chaussures, et la suivit.
La scène à laquelle ils assistèrent quand ils furent de retour dans la cuisine dépassa toutes leurs espérances. Les trois sorciers allemands étaient ligotés à leur chaises par un Malefoy qui tenait sa baguette pointée sur eux et leur parlait d'une voix énervée et rouge de colère. Ils lui répondirent la voix tremblante, et semblèrent dire quelque chose au sujet de la France. Calmé, le sorcier blond baissa d'un ton. Ginny l'observa avec stupéfaction. La dureté de son regard et de ses traits la terrifia, lui rappelant le Malefoy de Poudlard, celui qui tourmentait son frère et son petit ami. Elle ne dit cependant rien, comprenant qu'il réservait désormais ce regard à un ennemi commun et qu'elle n'avait plus le craindre. Malgré tout – elle sentir un frisson lui parcourir l'échine.
Quelques instants plus tard, Malefoy libéra les sorciers et attrapa Ginny et Ron à la volée avant de transplaner. Ils étaient de retour à Munich.
- Allez, les rouquins, on va boire un café et je vous raconte tout, lâcha-t-il.
Ils déboulonnèrent dans le premier bistrot qu'ils virent et commandèrent trois espressos.
- Alors ? demanda Ginny, la voix pleine d'urgence et de curiosité.
- Hermione est en France – en Provence, pour être plus exact. Dans un village quelconque, d'après ce qu'ils m'ont dit. Mais ce n'est pas tout – ce ne sont que des pions, mais ils avaient quelques autres informations qui nous seront utiles. Il y a trois camps majeurs en Europe – celui en France, qui est aussi le quartier général, un centre de formation en Roumanie, pas loin de Brașov, et un centre de recrutement en Italie. Ce dernier est le plus petit des trois, c'est le plus inactif – recruter n'a aucun sens tant qu'il n'y aura pas eu plus de sacrifices d'enfants sorciers. Je pense que vous devriez aller en Roumanie – et moi j'irai en France, comme convenu.
- Comment as-tu garanti qu'ils ne diront rien ? interjecta Ron, visiblement rouge de colère de n'avoir rien accompli.
- J'ai mes méthodes, marmonna Malefoy pour seule réponse.
- De la magie noire, c'est ça ? Tu n'as pas changé, cracha le frère de Ginny.
- Oui, de la magie noire, Weasley. C'est exactement ça. Et je l'ai fait pour sauver la peau d'Hermione et des moldus, alors tu pourrais éviter de te montrer aussi condescendante. Je me rends compte que ça ne justifie pas ce que j'ai fait, mais nous étions dans l'urgence, et tu dormais comme un loir – si tu crois que je l'ai fait par plaisir, tu peux aller voir ailleurs si j'y suis, le rembarra Malefoy.
Ron se renfrogna. Après tout, leurs routes se séparaient ici. Rien ne servait de se disputer plus longtemps – ils n'avaient plus qu'à faire face au fait accompli. Ils n'avaient aucun retourneur de temps en leur possession, après tout.
- Bon, les Weasley, pas que je ne vous aime pas, mais j'ai une avocate à retrouver, conclut Malefoy avant de disparaître aux toilettes transplaner.
Ginny se tourna vers son frère. Il était temps pour eux d'agir.
Drago se renfrogna. Que c'était grand, la Provence – il y avait tant de petits villages éparpillés et tous plus insignifiants les uns que les autres. Il ne pouvait pas tous les visiter ! Il secoua la tête et se mit à réfléchir. Un village moldu serait trop risqué – il suffisait qu'il trouve un centre-ville sorcier et qu'il se renseigne sur les villages sorciers dans la région. Il soupira : ce ne serait pas chose facile. Après tout, il ne savait rien de la France. L'ironie avait bien fait les choses : la seule personne susceptible de l'aider était celle qu'il devait retrouver.
Heureusement pour lui, le hasard savait aussi bien faire les choses, car alors que Drago se posait dans l'hôtel le plus proche qu'il avait pu trouver, il vit Hermione, en tenue de service, s'affairer à servir des clients dans la salle de restauration. Son cœur s'arrêta – la chance l'avait enfin récompensé, et il soupira de soulagement, ne se doutant pas encore que les choses étaient encore loin d'être réglées.
Il prit place dans le restaurant et attendit qu'elle vienne prendre sa commande. Il songea que si elle gardait cette couverture moldue, c'est qu'on devait l'y obliger – et il ne pouvait certainement pas risquer la vie de la jeune femme alors qu'il était si proche du but.
Elle arriva une minute plus tard, et il sentit que quelque chose ne tournait pas rond. Rien dans son regard ou dans son attitude n'indiquait qu'elle l'eût reconnu.
- Bonjour, que puis-je vous servir ? demanda-t-elle poliment.
- Hermione, c'est moi, répondit-il dans un murmure paniqué.
- Je m'appelle Alice, répliqua la jeune femme en fronçant les sourcils. Voulez-vous plus de temps pour consulter le menu ?
- Je suis pas venu manger, Granger, dit-il d'un ton brusque, je suis là pour te sauver, alors arrête tes simagrées.
Elle lui jeta un regard froid.
- Je ne sais pas ce que vous me voulez monsieur, mais si vous continuez je serai obligée d'alerter mon supérieur.
Drago fut alors envahi d'une torpeur glacée. Quelque chose s'était passé – on lui avait lancé un sortilège d'amnésie, ou on l'avait condamnée à cette identité nouvelle par un quelconque moyen magique, mais une chose était certaine : Hermione Granger n'était plus, Hermione Granger ne se souvenait plus.
