Note d'auteur: Et voilà le chapitre 10, j'étais super inspirée après avoir vue Hp7 au cinéma! Et comme toujours je remercie ma beta, ainsi que mes fidèles reviewers, sans oubliez ceux qui continuent à suivre mon histoire ^^

Disclaimer: Je ne possède toujours rien!


Point de vue de Casey Nott :

Je suis en enfer !

D'accord peut-être pas, mais chaperonner une soirée déguisée, totalement sobre, se rapproche assez de ma vision de l'enfer. Il ne manque plus que les flammes, et les fouets.

Leighton vient vers moi, qui sait peut-être que d'ici peu de temps, les flammes seront le seul élément manquant. Elle se positionne à côté de moi sans parler. Et je dois dire que c'est assez surprenant, parce que Leighton ne s'approche jamais de moi à moins de vouloir m'agresser verbalement. Et les seuls moments où ne parle pas quand on est ensemble, c'est lorsque sa langue est trop occupée à faire d'autres choses.

J'attends donc qu'elle brise le silence, mais après quelques minutes, elle n'a toujours pas l'air décidée, et ce n'est certainement pas moi qui vais m'en charger. Donc je reprends mon observation de la piste de danse.

Scorpius et la fille déguisée en citron danse un slow, ce qui est en totale contradiction avec le rythme de la musique, c'est mignon, oui, écœurement mignon.

Alexia, elle, danse de façon plutôt torride avec un garçon de Gryffondor, je suppose que cela contribue au rapprochement entre maison… dans un sens. Au moins, quelqu'un va s'amuser ce soir.

-Tu as beaucoup trop d'influence sur elle !

A côté de moi Leighton regarde la scène dépitée, elle dit toujours que c'est de ma faute si Alex est si… extravertie. Je ne vois pas le mal, au moins, elle s'amuse.

Je tourne la tête vers Leighton et hausse un sourcil de manière insolente. Mais à mon grand étonnement, elle se contente de soupirer, fatiguée. Et je décide de ne pas répliquer. Il y a vraiment quelque chose qui cloche. Et ce qui est encore plus bizarre, c'est que je l'ai remarqué. D'habitude je ne repère pas ce genre de faiblesse. A vrai dire, je ne m'en soucie pas assez pour y faire attention.

Sauf ces temps-ci.

Par exemple, je sais que quand elle touche ses cheveux c'est qu'elle apprécie nos joutes verbales. Mais quand elle serre les poings, elle est vraiment énervée. Je sais qu'elle fronce les sourcils et mordille le bout de sa plume quand elle est attentive. Mais elle tape du pied et agite ses doigts sur la table quand elle n'arrive pas se concentrer. Je sais des tas d'autres choses que je n'ai jamais remarqué auparavant, et honnêtement, cela commence à devenir légèrement inquiétant.

Comme tout ce que je ressens.

-Va te coucher, je vais leur dire que le bal est terminé.

Voilà, ça aussi c'est étrange. Je commence à faire et dire des choses dans le but de lui faire plaisir, l'exact opposé de ce que je faisais avant. Et le pire, c'est que la plupart du temps, elles sortent avant que je puisse y réfléchir.

Leighton me regarde soupçonneusement comme si c'était un piège. Et oui, ordinairement, si je pouvais encore contrôler mes actions, c'est ce que je ferais, je lui dirais d'aller se coucher, puis une fois qu'elle serait sortie, je partirais, puis reporterais la faute sur elle auprès de la directrice. Mais c'est le problème, je ne contrôle plus rien, je ne suis plus moi même.

Et d'habitude, j'apprécierais ce sentiment de perte de contrôle, après tout c'est pour ça que je me droguais, mais le fait est que, quand je perdais le contrôle à cette époque, c'est moi qui choisissais où et quand et comment, et avec qui. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, et ça me fais horriblement peur.

Quoi qu'il en soit, après avoir jugé que mes intentions sont assez sincères à son goût, elle quitte la grande salle. Et après avoir mis fin à la fête, je la rejoins.

J'hésite avant d'ouvrir la porte de sa chambre. Mon front repose contre sa porte, et j'ai les yeux fermés. Je n'ai absolument aucune idée de ce qui m'arrive. Et peut-être que si je continue à provoquer… ce qu'il y a entre nous, ce sentiment s'intensifiera, et je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose.

Mais je baisse la poignée avant de m'en rendre compte, autant y aller, si elle sait que je suis indécise, elle en profitera.

Elle est endormie, enfin je crois, elle est dos à moi. Je me déshabille et glisse dans le lit, et après un moment d'hésitation, je me rapproche d'elle, presse ma poitrine contre son dos, et passe un bras autour de sa taille.

J'attends quelques secondes, mais elle ne fait pas le moindre signe de protestation… c'est sûre, elle est endormie. Je synchronise ma respiration à la sienne, et je peux quasiment sentir les battements de son cœur.

Et pour la première fois depuis des années, je me sens reposée.

Le lendemain, quand je me réveille, nous sommes toujours dans cette position. Sauf que cette fois-ci, elle est éveillée, je le sais parce que sa respiration est moins calme que la nuit dernière, et qu'elle joue avec la bague que je porte à la main droite.

-Tu es réveillée ?

Pas de cris ? Cela m'a l'air d'être un bon signe. Je m'attendais à ce qu'elle se montre agressive, autant ne pas gâcher ce moment d'armistice.

-Oui.

Leighton ne dit rien pendant un moment, mais je ne peux pas voir son visage, je n'ai donc aucune idée de ce à quoi elle pense. Jusqu'à ce qu'elle parle.

-Tu as reçu la lettre d'Isabel ?

C'est donc ça. Isabel nous envoie toujours des lettres séparément. Elle sait très bien qu'on a du mal à communiquer sans violence, surement parce que c'est elle qui nous sépare généralement. Du coup, elle écrit ses lettres en deux exemplaires, pour éviter les pertes probables d'informations. Elle nous connaît trop bien.

Isabel est ma meilleure amie, autant que celle de Leighton, elle est surement la seule chose que nous avons en commun, ou en tout cas la seule chose que Leighton veut bien avouer avoir en commun avec moi.

J'ai reçu sa dernière lettre, il y a 3 jours, elle m'annonçait qu'elle avait trouvé une superbe occasion pour sa carrière de vendeuse, et qu'elle reprenait une boutique à Pré au Lard. Je me demande si elle a fait exprès, juste pour pouvoir nous surveiller. Histoire qu'on finisse tous l'année vivant.

Après une courte période à réfléchir à la situation, je réponds à Leighton, calme et posé, pour évité quoi que ce soit qui puisse la provoquer.

-Oui… est-ce que c'est ce qui te préoccupe ?

Elle arrête de jouer avec ma bague, et je retiens mon souffle. Mais c'est une fausse alerte, elle soupire, et tourne sur son dos. Mon bras est toujours au travers de sa taille, mais cette fois je peux voir son visage, elle semble particulièrement concentrée sur un point du plafond. Après ce qui me semble être une éternité, elle répond à ma question… Par une autre question !

-Qu'est-ce qu'on va dire à sa mère ?

Je comprends mieux ! Leighton est inquiète de la réaction du professeur Chang si elle apprend que sa fille travaille si près. Ou plus exactement, elle a peur d'être mêlé à leur dispute. Personnellement je n'ai pas ce genre de problème. Tout le monde sait que je suis une garce sans le moindre scrupule, donc personne ne vient m'embêter avec des choses aussi futiles que les sentiments. A l'inverse, Leighton veut toujours passer pour la gentille, elle doit en subir les conséquences.

-On ?

C'est vrai, après tout, elle n'utilise jamais « on », et voilà qu'elle se retrouve dans une situation qui lui déplait, et tout d'un coup, elle m'implique. Elle tourne la tête vers moi, et je peux distinguer un froncement de sourcil, comme si elle ne c'était même pas rendue compte de son lapsus. Puis elle reprend, d'une voix plus forte, se donnant un semblant d'autorité.

-Oui « on », Isabel est ton amie aussi, bien que je n'ai jamais compris pourquoi elle s'en donnait la peine, quoi qu'il en soit, on doit… je ne sais pas… l'aider à résoudre cette dispute.

Je laisse passer la pique dissimulée dans sa phrase, je suis bien trop amusé. C'est tout Leighton, elle passe son temps à trouver de fausse raison pour tout ce qu'elle fait. Elle le fait tellement souvent, que je croie qu'elle ne s'en rend même plus compte. Ce n'est pas parce qu'Isabel est mon amie qu'elle veut m'impliquer, c'est juste parce qu'elle a peur d'être mêlée au conflit toute seule. Mais lui faire remarquer serait comment allumer une allumette au-dessus d'un bidon d'essence. Et bien que d'habitude j'aime jouer avec le feu, j'apprécie trop la trêve qui semble s'être installée entre nous pour risquer de la voir partir en fumée.

Donc je fais ce que je ne fais jamais, je lui donne un conseil, mais pour éviter qu'il soit trop sincère et désintéressé, ce qui serait totalement hors du personnage pour moi. Je me soulève sur un coude, et pose ma tête sur ma main. Puis d'une voix lente et calculée.

-Je pense qu'on devrait éviter de s'en mêler, cette histoire ne nous regarde pas, et s'impliquer ne ferait qu'envenimer la situation.

Leighton quitte le point qu'elle fixait sur le plafond, pour plonger ses yeux dans les miens. Elle fronce les sourcils, et je peux quasiment voir les rouages fonctionner dans sa tête, comme si elle analysait mes paroles, ou alors, la situation dans laquelle nous sommes. Je crois qu'elle vient de se rendre compte que cela fait au moins 12 heures que je ne lui ai rien dit de désobligeant, ou de mesquin, que je lui ai pas fait de réflexion lubrique et que je n'ai tenté aucune approche de nature sexuelle. Je suis sûre qu'elle doit penser avoir atterri dans une autre dimension ou un truc du genre.

Soudain, elle se lève précipitamment, et part vers la salle de bain, mais avant de passer le pas de la porte, je peux l'entendre dire :

-Je te déteste !

Je me laisse tomber sur le dos, et regarde le plafond intensément, essayant de deviner ce qui passionne tant Leighton dedans. Mais à part du blanc, et peut-être une ou deux tâche de nature totalement inconnue, il n'y a rien. C'est totalement vide.

Je peux entendre l'eau de la douche couler, et j'ai envie de la rejoindre, mais ce n'est probablement pas le meilleur moment qu'on puisse imaginer. Donc à la place, je réponds à ses mots qui me sont si familier quand ils sortent de sa bouche.

-Je sais.

Je décide de rentrer dans ma chambre pour faire ma valise, après tout le Poudlard Express part dans 2 heures. Une fois que c'est fait, je prends la direction du train, et en profite pour faire mon boulot, en donnant des heures de colles pour des raisons totalement bidon.

Je monte dans le train et cherche un compartiment vide, mais je finis par trouver bien mieux, une cabine où se trouve Leighton, seule.

Je m'assieds à côté d'elle, surement en envahissant son espace personnel, mais cela ne m'a jamais vraiment déranger avant, alors…

Leighton ignore complètement ma présence, elle semble pensive, comme si elle travaillait sur un problème dont la réponse lui paraît trop improbable pour être juste. Cela me met étrangement mal à l'aise. Et ce n'est pas vraiment un sentiment dont j'ai l'habitude, mais bon, après tout, cela fait bien longtemps que je n'avais pas expérimenté ce que cela fait d'avoir des émotions.

-Que fais-tu pour les vacances ?

Voilà, ça recommence, je n'en ai rien à faire de ce qu'elle fait pour les vacances, alors pourquoi est-ce que je pose la question ?

Elle aussi, trouve cela étrange, parce qu'elle me regarde comme si je venais de lui avouer que j'étais un être pur et vertueux. Autant dire que ce n'est pas vraiment mon cas. Mais elle répond tout de même à ma question, d'un air ennuyé certes, mais elle répond.

-Je ne sais pas vraiment, mes mères sont parties en voyage, elles repartent en lune de miel, encore.

Je souris, Daphné et Tracy sont surement le couple le plus stable que j'ai jamais rencontré, je les ai toujours beaucoup aimées. Elles m'ont recueillie durant quelques mois, après la mort de ma mère, ce que Leighton n'a pas beaucoup apprécié. Et même après que je sois rentrée chez moi, elles ont continué à se soucier de moi. J'aurais aimé avoir des parents comme elles. C'est surement une des raisons pour laquelle je provoquais Leighton si souvent, j'étais jalouse qu'elle se retrouve avec la famille parfaite, et moi avec la famille endommagée.

Mon manque de réaction a dû irriter Leighton parce qu'elle cesse son observation du paysage et se tourne vers moi avec un soupir.

-Et toi ?

Il n'y a pas la moindre trace d'intérêt dans sa question, juste de la suspicion et de l'agacement, comme si elle s'attendait à tout moment à ce que je lui fasse un coup tordu, et que tout ce qu'elle voulait c'est que j'arrête de tourner autour du pot et que j'arrive à la chute de la farce. Sauf qu'il n'y a rien, je ne sais même pas pourquoi je me comporte de manière civilisée avec elle. Mais autant le rester, je suis fatiguée de toujours me battre, fatiguée de la faire me détester.

-Je ne sais pas non plus, mon père a une affaire urgente à régler durant les vacances, il ne veut pas être dérangé.

Durant un instant, je pense apercevoir de la sympathie dans ses yeux. Comme si elle était désolée, et c'est ironique parce que c'est surement la seule chose dans ma vie qui ne dépend pas d'elle. Mais elle baisse les yeux et quand elle les relève, son masque est revenu, comme sa langue de vipère.

-Je le comprends, moi non plus, je ne voudrais pas passer mes vacances avec toi !

Ca fait mal ! Mais ce n'est pas quelque chose que j'admettrais, donc je mets en place un sourire provocateur et hausse un sourcil. Si elle veut continuer à se battre, elle ferait mieux d'avoir une armure en acier trempée.

-Cela me brise le cœur, mais je suis persuadée que James ne verra pas d'inconvénient à me tenir compagnie.

Je peux la voir serrer les poings, et ses yeux noirs me fixent avec tellement de colère que je suis surprise de pouvoir encore respirer. Mais il y a autre chose que de la colère dans son expression, je peux distinguer de la peine.

Et il y a cet étrange sentiment qui commence à s'installer dans ma poitrine, une émotion que je ne saurais décrire, comme si une partie de moi me murmure de reprendre mes paroles, alors que ma tête me crie qu'elles sont justifiées. C'est troublant, mais comme toujours je ne laisse aucune émotion apparaître sur mon visage.

Après quelques secondes, surement les plus longues de ma vie. Elle se lève, mais avant de passer le seuil du compartiment, elle se retourne, et me lance avec autant de venin qu'une nuée de serpents.

-Il faudrait d'abord que tu es un cœur, pour qu'il puisse être brisé.

Après ça elle sort. Et je ferme les yeux. Je ne les ouvre que quand le sentiment de nausée qui m'a envahit s'amoindri. Il y a peu j'aurais probablement été d'accord avec ses paroles. Mais depuis quelques temps, beaucoup d'éléments tendent à prouver qu'il y a bien quelque chose qui bat à l'intérieur de ma poitrine. Et je n'ai jamais autant souhaité que cela soit faux.

-C'est une chose étrange, l'amour, tu ne penses pas ?

Je tourne tout de suite la tête vers l'entrée du compartiment. Et je me retrouve à regarder la dernière personne à qui je pensais parler un jour : Luna Londubat.

Le professeur Londubat m'a toujours déconcertée. C'est pour cela que je séchais la majorité de ces cours, et que j'ai pris soin de l'éviter jusqu'ici. Elle rentre dans la cabine, et s'assoit en face de moi. Elle a toujours ce regard rêveur, comme si le sujet de conversation lui est égal quel qu'il soit, mais si c'était le cas, je ne pense pas qu'elle choisirait celui-ci. Je pense qu'elle préférerait parler de ronflax cornu, ou d'autres créatures magiques, à vrai dire, moi aussi je préférerais.

Comme je ne lui réponds toujours pas, elle reprend sa question, avec un sourire indulgent.

-N'est ce pas ?

Je la regarde prudemment, comme si le moindre geste brusque pouvait déclencher une catastrophe naturelle à l'intérieur du compartiment. Puis après quelque temps à réfléchir à la réponse la plus convenable, je décide de faire simple, avec autant d'assurance que je peux rassembler.

-Surement.

Son sourire est bien trop doux, comme si elle avait pitié de moi, comme si elle savait ce qui allait m'arriver et qu'elle compatissait au sort qui m'était réservé. Comme si elle savait ce que je ressentais, mais comment cette femme pourrait-elle savoir ce que je ressens quand même moi je ne le comprends pas ?

Après quelques minutes elle me laisse. Et je ne sais pas si je suis soulagée qu'elle soit partie ou triste d'être seule à nouveau.

Trois jours plus tard, je rentre dans mon appartement, c'est la première fois que je suis là depuis la rentrée. Je suis d'abord passée au manoir de mon père, mais Leighton a surement raison, puisqu'il préfère être seul que de passer du temps avec sa fille unique.

Je dépose ma valise dans la chambre, et contemple les différentes activités qui s'offrent à moi. Et elles me semblent toutes d'un ennui mortel. Je me demande ce que fait Leighton. Ou avec qui elle est. Ou à quoi elle pense.

Mais j'arrête, quand mes yeux se posent sur un cadre, qui est situé sur ma table de chevet.

Je le prends dans mes mains et l'admire de plus près. Il y a trois personnes sur la photo, deux adultes, et une enfant.

La femme sur la photo me ressemble étrangement, j'aurais presque l'impression de regarder dans un miroir. Mais ce n'est pas le cas. Il y a quelque chose de différent chez elle, comme sur tous les personnages, d'ailleurs.

Ils semblent insouciants et… heureux ? Le bonheur est un concept qui m'est étranger depuis bien trop d'années pour que je puisse me le rappeler.

Pourtant je me souviens de ce jour, j'avas 6 ans.

-Casey regardes par ici, mon trésor !

Ma mère me tenait dans ses bras, ses cheveux couleur miel me semblaient hypnotisant. Et je m'amusais à les faire glisser entre mes doigts. Mais la voix de mon père me demandait d'abandonner mon observation.

Il se tenait devant un appareil photo, appuya sur différents boutons, puis s'empressa de venir nous rejoindre, plaçant un bras autour de la taille de ma mère qui lui souriait, et embrassant le haut de ma tête.

Et d'un coup, le flash de l'appareil m'aveuglât.

Oui, je me souviens de ce jour, mais c'était avant. Avant que ma mère meurt, avant qu'on ne soit plus une famille.

Les émotions qui me submergent sont bien trop pénibles. Bien que j'en ressente de plus en plus souvent, je n'ai pas l'habitude d'en avoir autant à la fois.

Je reposer le cadre brusquement, et traverse ma chambre à grand pas. Je m'accroupis devant la commode, et tire le dernier tiroir. Je le vide de tout son contenu. Et avec autant de délicatesse que me le permet mon empressement, retire le double fond.

Sous mes yeux, il y a plusieurs seringues et cinq petites fioles. Elles semblent toutes contenir la même matière, une sorte de liquide qui n'en est pas un.

Délicatement, je prends une des fioles. Je la secoue doucement comme on secourait une boule à neige, et de petites lumières dorées apparaissent dans le flacon, comme des paillettes qui brilleraient, s'illumineraient.

Je la fixe durant un long moment, jusqu'à ce que les lumières s'éteignent, et recommence le processus à chaque fois, les regardant s'allumer et s'éteindre, mes yeux ne quittant jamais la fiole. Je suis comme hypnotisée.

Jusqu'à ce que finalement, mon regard ne se porte sur une des seringues qui se trouvent au fond du tiroir. J'hésite un moment, je ne sais même pas pourquoi j'ai gardé tout ça, mais enfin, pourquoi l'aurais-je jeté ?

Pourquoi me rendre vulnérable à ces maux qu'on appelle sentiments, en premier lieu ?

Ca ne m'a pas très bien réussi jusque là, je n'ai absolument plus aucun contrôlé sur ma vie. Alors pourquoi ne pas recommencer, si c'est la seule chose qui m'empêche de souffrir?

Je tends la main, et attrape la seringue la plus proche. Mais j'arrête mes gestes là, quand une pensée me traverse l'esprit.

Leighton !

Leighton m'évite de souffrir, le soir du bal ou même le lendemain matin, je me sentais bien… Mais ce qui est paradoxal c'est qu'elle est aussi une des choses qui peut m'apporter le plus de douleur. Elle a réussi à apaiser mon cœur et à le poignarder dans la même journée.

Que faire ?

Que penserais t'elle si je recommençais ? Est ce qu'elle s'en soucierait ? Est ce qu'elle me détesterait… plus qu'elle ne le fait déjà ?

Je me concentre sur le souvenir de sa peau contre la mienne, sur le son de sa voix, sur le goût de ses lèvres, sur l'intensité de ses yeux.

La seringue tombe à mes pieds, comme la fiole. Je peux clairement entendre le flacon rebondir trois fois sur la moquette avant de s'arrêter, comme si un écho résonnait à l'intérieur de ma tête.

Puis soudainement…

-Casey tu es là ?

Je peux entendre des sons de pas dans le salon, et je m'empresse de ranger tout ce qui est étalé sur le sol, et de fermer le tiroir, juste avant que la porte de ma chambre ne s'ouvre.

Alexia est devant moi, elle fronce les sourcils en me voyant à genoux sur le sol.

-Qu'est ce que tu fais ?

Je me relève vite, et fais de mon mieux pour paraître calme, alors que mon cœur bat à deux cents à l'heure.

-Juste un peu de rangement, qu'est ce que tu viens faire ici ?

Alex ne vient pas souvent chez moi, généralement elle passe les vacances avec Thalia, ou reste avec sa mère. Mais je suis contente qu'elle soit venue, elle peut me distraire de mes précédentes pensées.

Elle scanne la chambre des yeux, comme si elle cherchait un indice ou une quelconque preuve de mon mensonge, mais après quelques secondes, elle soupire et répond à ma question.

-Je suis venue chercher les résultats du prochain test. Et puis en passant, je vais en profiter pour déverser mes frustrations sur toi, d'habitude c'est Thalia qui me consacre son temps dans ces cas là, mais elle avait genre, un truc méga secret à faire, donc tu feras l'affaire.

Je souris, bien qu'elle soit douée pour mentir, (après tout c'est moi qui lui ai appris), Alex a toujours été d'une franchise déconcertante.

-Et qu'est ce que c'est, ce truc méga secret ?

Elle va s'asseoir sur mon lit comme si c'était le sien, le dos contre le mur, et les jambes étendues, puis répond d'un air ennuyé.

- Aucune idée, ce ne serait pas vraiment un secret si j'étais au courant ! Mais je crois qu'elle voit quelqu'un !

Je fronce un peu les sourcils.

-Qu'est ce qui fait penser ça ? Elle te l'aurait dit si elle voyait quelqu'un, non ?

Après tout, c'est sa meilleure amie, elles se disent tout généralement.

-Je ne suis pas vraiment sûr, elle est juste… bizarre, ces temps-ci ! Par exemple, elle disparaît sans rien dire, et quand elle réapparait, elle est genre, tout sourire, et elle sort une explication bidon ! Et puis, elle semble ailleurs la plupart du temps, tu vois ce style de chose.

Je vais m'asseoir à côté d'elle avant de répondre, avec un sourire calculateur.

-Et bien, je crois qu'il n'y a qu'une seule façon d'en avoir le cœur net.

Elle me regarde confuse, bien sûr il faut que j'explique.

- Suis-la ! Tu la pistes pendant quelque temps, comme ça tu sauras ce qu'elle fait quand elle disparaît !

Alex semble hésiter, qui aurait cru qu'elle avait une conscience ?

-Je ne sais pas, peut être que je devrais plutôt attendre qu'elle m'en parle, je veux dire, c'est ma meilleure amie, je vais lui laisser un peu de temps avant de prendre ce genre de mesure.

Je soupire déçue, dommage, ça aurait pu être marrant.

-C'est toi qui vois !

Alex n'ajoute rien pendant un moment, jusqu'à ce que le but premier de sa visite ne lui revienne.

-Pour les résultats du test ?

-Tu n'en auras pas besoin, souviens toi juste que la réponse est toujours B.

-Quoi ?

-Le prochain test sera un QCM.

Elle hausse un sourcil.

-Toujours B ? Sérieusement ?

Je lui envoie un sourire satisfait, c'est un plan de génie, personne ne s'attend à ce que la réponse soit toujours la même lettre, du coup, la plupart du temps, ils doutent tellement qu'ils changent leurs réponses au dernier moment.

-Oui, sérieusement.

Un sourire amusé se forme sur ses lèvres.

Et je pense que nos sujets de conversation sont écoulés, donc j'allume la télé. De nos jours, les objets moldus sont de plus en plus courants chez les sorciers, et puis il y a des trucs pas mal.

C'est une comédie romantique qui passe, un film débile, avec un scénario typique, un garçon rencontre une fille, et bla bla bla, drame, bla, bla, bla, happy end. Oui, scénario typique.

-Qu'est ce que ça fait d'être amoureuse ?

Je me rends compte que j'ai posé la question à haute voix quand je vois Alex me regarder comme si je venais de lui demander de résoudre un problème métaphysique.

-Comment est ce que je le saurais ?

C'est surement ce qu'elle aurait répondu si je lui avais demandé de résoudre un problème métaphysique. Mais maintenant que j'y pense, je commence vraiment à me demander qu'est ce que l'amour ? Est ce que c'est comme dans les films ?

-Je ne sais pas, cela doit être agréable, tu ne penses pas ?

Alex semble réfléchir sur la question pendant un moment.

-Non, je ne crois pas, je pense que les histoires d'amours finissent mal, en général.

-Pourquoi ?

-Cite moi, un couple de notre entourage qui a duré sur le long terme, à part Tracy et Daphné, parce qu'elles, elles sont comme l'exception qui confirme la règle.

Je cherche pendant un moment, Astoria et Drago ont divorcés tout comme Blaise et Cho. Leighton a eu le cœur brisé par James. Ma mère est morte, et mon père se noie dans le travail depuis. Et Pansy, je ne sais pas très bien ou en est la vie amoureuse de Pansy, mais vu le manque de présence paternelle dans la vie d'Alex, je suppose qu'elle ne doit pas aller très loin. Puis il y a moi et Leighton… oui, Alex a raison, les relations de couples finissent mal.

Pourtant, je ne sais pas, je ne crois pas qu'on ait le choix dans ce genre de chose, même si Alex semble persuadée du contraire.

-Alors c'est ce que tu comptes faire ? Ne jamais tomber amoureuse ? Tu crois que c'est possible ?

Elle me regarde un moment, puis secoue la tête, avant de se lever, et de croiser les bras sur sa poitrine.

-Je pense… je pense que l'amour ce n'est pas comme dans les films. A la fin, il y a toujours quelqu'un qui finit par souffrir, alors autant s'éviter la peine de faire des efforts pour quelque chose qui va mal finir.

Je suis surprise, je pensais tout connaître d'Alex, mais son point de vue sur l'amour m'intrigue.

-Intéressant ! Mais que ferais tu, si ça t'arrivais ?

Elle me regarde bizarrement, comme si la possibilité que cela lui arrive ne lui avait jamais traversé l'esprit, mais après un moment, elle a l'air de contempler la question.

-J'attendrais que ça passe… Je crois que l'amour c'est comme la grippe, tu as de la fièvre, tu ne peux rien avaler, et parfois tu peux même délirer, mais ça finit toujours par passer.

J'ai envie de rire, c'est une perspective intéressante des choses, mais je ne crois pas que ce soit si facile à mettre en œuvre dans la pratique. Non, dans la pratique… l'amour est quelque chose de douloureux et on sait que ce serait mieux de tout arrêter mais cela devient une addiction, tous les sentiments que cela peut provoquer en nous, c'est comme… une drogue.

L'image de Leighton apparaît dans mon esprit, mais je secoue la tête.

-Mais peut être que quelque fois la fièvre ne passe pas. Peut être que même si on finit toujours par souffrir, les moments où tout va bien valent le coup.

Alex me regarde bizarrement, c'est n'est pas son regard incrédule habituel, non, elle me fixe de manière intense, comme si elle essayait de lire dans mes pensées. Mais au bout d'un moment, elle soupire, et reprend sa façade de jeune fille superficielle.

-Peu importe, cette conversation devient beaucoup trop philosophique pour moi… Tu veux aller faire du shopping ?


Et voilà, ce chapitre est finit, dîtes moi ce que vous en pensez ^^

Le prochain sera du point de vue de Lily ;)