Hello!
Voici un autre chapitre, avec beaucoup de discours, de retournements de situations, des rires et des larmes :D J'espère que vous apprécierez, et surtout faites le moi savoir, même si ça ne constitue qu'en quelques mots.
Comme d'hab' merci à ceux qui me laissent des petits mots, ça fait toujours plaisir :)
Une odeur qui vous faisait venir l'eau à la bouche flottait dans la cuisine du manoir. Le bruit du grésillement d'une poêle l'accompagnait.
Il n'y avait plus un centimètre de libre sur la table ou encore sur les plans de travail. Tout était occupé par les ingrédients, les plats déjà cuisinés, les préparations en attentes et la vaisselle déjà sale.
En début d'après-midi de ce 24 décembre, deux personnes s'affairaient en cuisine, allaient et venaient dans la petite pièce, leur manège donnant presque le tournis. Ils jonglaient entre les différentes préparations, passaient du four au frigo, de la table au plan de travail, se passaient des plats et des ustensiles de toutes les sortes…
Severus Snape et Harry Potter faisaient pour la première fois équipe dans une discipline qui les liaient tous les deux, la cuisine. Lorsque Remus avait émis l'idée de faire quelque chose de traditionnel pour le réveillon, Snape avait accepté de se mettre à la préparation d'une dinde aux marrons. Les adolescents quant à eux, avaient de suite proposés leur aide.
Au final, les amateurs de cuisine n'étant pas si motivés que ça et ne répondant pas aux critères de perfection de Snape, seul Harry était resté. Draco avait vite déguerpi, vexé, parce que Snape ne lui donnait que des tâches simples et ennuyantes. Hermione y avait mis beaucoup du sien, mais elle avait vite compris qu'elle était de trop et qu'elle n'aidait guère.
Remus avait donc proposé aux deux adolescents démunis d'occupation, une séance d'entrainement aux Patronus, un sortilège qu'Hermione et Draco avait encore du mal à maitriser, et ils avaient pris le chemin du sous-sol et de la petite salle annexe au laboratoire.
Ils étaient donc restés en tête à tête pour la préparation de la fameuse dinde aux marrons.
Ils s'occupèrent d'abord de la farce. Alors qu'Harry préparait les marrons, Snape fit revenir des oignons dans la poêle.
Le maitre des potions observait attentivement le garçon qui accomplissait parfaitement la tâche qu'il lui avait assigné. Ce jour-là dans la cuisine il avait pris le tête des opérations, mais il était à peu près certain que le fils Potter aurait su faire cette recette tout seul, sans aucuns ordres ou conseils d'aucune sorte.
Le silence qui perdurait depuis le début fut coupé par le maitre des potions.
« La dernière fois, tu n'as pas répondu à ma question, Harry, comment se fait-il que tu saches aussi bien cuisiner ? Tu en as l'habitude ? »
Le garçon releva les yeux et croisa le regard de son professeur, son visage dénué d'expression. La question avait été posée spontanément, sans arrières pensées et le ton était calme. Dans certaines situations, Snape n'avait plus rien de la chauve-souris des cachots.
« Je vous ai déjà répondu… » Marmonna-t-il, ne voulant absolument pas aborder le sujet Dursley.
L'espion regarda suspicieusement le garçon. Indéniablement, quelque chose n'allait pas. Dès que ce sujet était abordé, il se fermait à la discussion. Pas qu'il ait l'habitude d'être particulièrement expansif avec son professeur de potions mais bon… Remus lui-même lui avait déjà confié qu'il ne souhaitait jamais en parler.
« Tu cuisinais pour ton oncle et ta tante. »
Ce n'était plus une question mais une affirmation.
Harry hocha les épaules.
« De temps en temps… »
Il laissa passer un instant durant lequel il stoppa le feu sous la poêle d'un coup de baguette. Quelque chose clochait dans cette histoire et il allait trouver quoi.
« Qu'est-ce que ça signifie de temps en temps ? Trois fois par an ? Trois fois par mois ? Trois fois par semaine ? Trois fois par jour ? »
« De temps en temps. »
Cette fois le ton était plus ferme. Harry ne comptait pas en dire plus.
« Bien. Veux-tu couper les champignons s'il te plait. »
Pourquoi le sujet était-il si sensible pour le garçon ? Lui qui avait toujours pensé qu'il était choyé au-delà du raisonnable dans sa famille moldue, il avait peut-être tort.
Il était vrai qu'il avait été présent le jour où ce pouilleux de Black avait proposé au gamin de s'installer avec lui. Potter avait accepté avec joie. Lui, avait tout naturellement vu dans cette précipitation à accepter la demande de son parrain, la marque profonde de l'ingratitude envers sa famille d'accueil moldue. Mais peut-être s'était-il trompé une fois de plus. La raison de sa précipitation était peut-être tout autre.
Il regarda son élève sortir les trompettes de la mort de leur marinade et s'apprêter à les couper en morceaux d'une main experte.
« Tu as déjà eu l'occasion de faire cette recette, Potter. N'est-ce pas ? »
« Harry. » murmura le garçon sans lever les yeux. Il ne voulait pas parler de ça, Snape ne le comprenait-il pas ? Oui, il avait déjà fait cette recette. Chaque noël avec les Dursley, il faisait la cuisine et n'en mangeait que les restes. Tous les ans, des invités d'importances partageaient la table de la famille, où il n'était jamais convié.
« Harry. » se reprit le professeur.
« … »
Le maitre des potions croisa les bras sur sa poitrine.
« J'attends une réponse à ma question en l'instant présent. »
« Je ne vois pas en quoi ça vous intéresse, ni en quoi ça vous concerne. » Grommela-t-il.
« Non, mais tu sembles la connaître sur le bout des doigts. »
« Je pourrais la faire les yeux fermés » grogna-t-il à nouveau « Oncle Vernon et tante Pétunia me la faisaient faire tous les ans. »
Le maitre des potions se retourna brusquement vers lui, oubliant ce qu'il était en train de faire. L'élément qui lui manquait pour confirmer ses suspicions se trouvait dans la phrase que le gamin venait de prononcer.
« Comment ça, te le faisaient faire. Tante Pétunia… » Dit-il en passant avec haine sur le pétunia « …Ne pouvait-elle pas t'aider ? »
Il n'en attendait pas moins de Vernon, ce grossier cachalot. Il avait eu l'occasion de rencontrer l'homme alors qu'il cherchait à revoir Lily et il se souvint de ce qu'il en avait pensé à ce moment-là. Pétunia s'était trouvé un homme à sa hauteur. Stupide et borné, il semblait du genre à rentrer chez lui tous les soirs, mettre ses chaussons, s'affaler devant la télé et attendre que sa femme lui apporte à boire pour patienter jusqu'au diner.
Harry releva les yeux vers son professeur qui le regardait d'un air inquisiteur. Il attendait de nouveau une réponse.
Ces trois mois passés avec l'homme lui avait appris que s'il cherchait à savoir quelque chose, Snape y parviendrait toujours d'une manière ou d'une autre. Devait-il lui révéler comment le traitaient les Dursley ? Malfoy était déjà au courant depuis trois mois, mais il lui avait dit sur un coup de tête et c'était resté entre eux.
Là, Snape lui demandait une confession difficile. Le monde sorcier dans son intégralité allait s'esclaffer en entendant qu'Harry Potter, celui qui a vaincu Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom n'avait aucun recours face à un moldu. Du-t-il peser le poids d'un bébé hippopotame.
Le garçon le fixa longuement. Vert. Les yeux de Lily… Comment avait-il pu ignorer ça jusqu'à lors ? Avait-il été si étroit d'esprit ? Derrière ce regard, Harry semblait batailler avec lui-même. Cette hésitation et ce silence ne firent que confirmer un peu plus ses soupçons.
« Tante Pétunia était trop occupée à soigner ses invités. » Lâcha-t-il finalement d'un ton amer.
Il sembla réfléchir quelques instants et sortit sa baguette qu'il agita autour de la cuisine, mettant en stase ce qui était en cours. Une fois fait, il se rendit compte qu'il ne savait pas quoi dire pour commencer la conversation. Les entretiens de ce genre n'étaient pas sa spécialité.
«Comment ils te traitaient ? » demanda-t-il sans ambages.
Il vit l'adolescent se crisper en entendant la question directe. Sa mâchoire se serra et il leva légèrement le menton comme pour défier le professeur. Il envisagea un instant d'appeler Remus qui saurait s'y prendre correctement, mais ce serait lâche.
« Qu'est-ce que ça peut bien faire ? »
« C'est important. »
« Et depuis quand c'est devenu important ? » Cassa-t-il « Personne n'est venu s'inquiéter avant ! »
Il planta là ce qu'il était en train de faire, avança vers la porte, posa sa main sur la poignée mais fit demi-tour et revint confronter son professeur.
« Oncle Vernon et tante Pétunia ne m'ont jamais traités comme leur neveu, et encore moins comme leur fils.»
« Ont-ils jamais levé la main sur toi Harry ? » s'inquiéta le maitre des potions d'une voix grave.
« Non. Mais j'ai dormi dans un placard, je n'ai jamais eu une chambre à moi alors que Dudley en avait deux. J'ai toujours porté les vieux vêtements de ce crétin, et je devais leur faire à manger tous les matins et tous les soirs. Parfois je n'avais pas à manger moi- même. Ils me disaient sans arrêt que j'étais un bon à rien et surtout, ils m'ont fait croire pendant toutes ces années, que mes parents n'étaient rien d'autre que des alcooliques qui m'ont abandonnés en se faisant tuer dans un accident de voiture... »
« Lily… » Articula Snape «Alcoolique… Morte dans un accident de voiture… » Il savait que Pétunia était étroite d'esprit mais pas qu'elle était capable de renier sa sœur à ce point-là...
Snape sentit sa tête tourner légèrement face à la révélation d'Harry. Il avait à présent la preuve de ce qu'il soupçonnait depuis plusieurs mois, la confirmation de la bouche du garçon, que les Dursley ne l'avait pas traité correctement. Lui, le fils Potter, le survivant, le sauveur du monde sorcier, lui que Snape accusait depuis longtemps d'être pourri-gâté et de prendre la grosse tête.
« Je n'ai jamais rien su de la magie avant qu'Hagrid ne vienne me chercher. Ils m'ont toujours répété que la magie n'existait pas et qu'il était stupide d'y croire, malgré les choses étranges qui se passaient autour de moi. Il me qualifiait de bizarre. Tout chez moi était bizarre. Et ils n'aiment pas les bizarreries. »
Le professeur ne fit aucune remarque et son visage resta impassible. Il l'écoutait. Snape l'écoutait sans broncher et aucune remarque sarcastique ne semblait lui venir à l'esprit.
« Il ne m'ont jamais frappé, mais Dudley et ses amis le faisaient. Et il le laissait faire. Leur jeu préféré était la chasse au Harry.»
« Pourquoi n'en avoir parlé à personne, une fois à Poudlard ? » interrogea Snape calmement.
Harry fut déstabilisé un instant.
« Je… je suppose que je croyais que les professeurs le savaient… Sur ma lettre, il y avait marqué Harry Potter, le placard sous l'escalier…Et puis Hagrid est venu me chercher. »
« Les lettres sont envoyés par magie, Potter. Le professeur McGonagall à qui incombe la tâche d'envoyer ses lettres ne pourrait pas les envoyer personnellement à chaque élève. Tant que l'élève n'a pas lu la lettre, elles continuent à se créer. »
« Je… je ne pensais pas. Et puis après c'est devenu mieux, j'allais à Poudlard l'année et l'été ils n'osaient plus s'approcher de moi parce qu'ils avaient peur. »
« Et Monsieur Weasley, et miss Granger ? Et tous vos amis ? N'ont-ils rien remarqué ? »
« Je suppose qu'Hermione l'a deviné très rapidement. Et ils savaient que mon oncle et ma tante n'aimaient pas la magie alors ils faisaient attention. »
Un ange passa dans la pièce. Snape croisa les bras et avisa son élève.
« Potter… Je ne peux guère aider à votre situation pour le moment mais si nous parvenons à rentrer à notre temps, je vous aiderai à vous trouver une famille d'accueil jusqu'à votre majorité. Je vous le promets. »
La gêne de la situation avait fait revenir le professeur au vouvoiement mais Harry qui était habitué à ce qu'il change sans arrêt de l'un à l'autre ne s'en formalisa pas.
« Merci. »
« Pas la peine de me remercier, c'est tout à fait normal et ça aurait dû être fait avant. »
Le cas du garçon lui rappelait trop un autre petit garçon, qui voyait Poudlard comme un havre de paix pour échapper à son père. Mais lui, il avait sa mère et Lily pour l'aider à passer les moments difficiles.
Lily… si elle voyait comment cette garce de Pétunia avait traité son fils ! Il la vengerait.
« Monsieur ? » osa le garçon
« Oui ? »
« Je… » Il hésita. « Merci de m'avoir écouté en tout cas. »
« Je t'en pries, Harry. Si tu as d'autres choses à révéler ou si tu veux en parler, tu peux venir me trouver. » Il grimaça « Je sais que je ne suis pas la personne à qui tu as le plus envie de te confier… Mais j'ai moi aussi été dans une situation similaire à la tienne. Disons que mon enfance n'a pas non plus été des plus sympathiques. »
Harry hocha la tête et murmura un troisième merci du bout des lèvres, géné que Snape lui dévoile quelque chose de si personnel.
« Bon, on va s'y remettre sinon on ne pourra pas manger ce soir. »
Et sans un autre mot il désactiva le sortilège et se remit à la tâche.
Harry était un peu sonné par la conversation qui venait d'avoir lieu mais une chaleur se répandit dans sa poitrine. Il ne retournerait pas chez les Dursley, même s'ils parvenaient à rentrer. Le professeur avait promis et même s'il était sarcastique, grognon, sévère, intransigeant, il savait qu'une qualité pouvait être reconnue chez lui, la loyauté.
C'est donc plus gaiement qu'auparavant qu'il se remit aussi à la tache de cuisiner la farce pour préparer le volatile. Près d'un quart d'heure passa avant qu'un nouveau drame ne secoue la maison.
Hermione rentra en trombe dans la cuisine par la porte qui menait au laboratoire. Harry releva la tête juste à temps, pour voir qu'elle pleurait. Malfoy.
Son sang ne fit qu'un tour, abandonnant ses herbes, et laissant passer Remus qui courait après la jeune fille, il dévala l'escalier et se cogna au blond qui remontait lui aussi précipitamment.
« Qu'est-ce que t'as encore fait la fouine ? Qu'est-ce que tu as fait à Hermione ? Si tu lui as fait du mal tu vas le regretter amèrement.»
Cela faisait près de deux mois qu'aucun des deux garçons n'avait eu pareille attitude envers l'autre. Le blondinet se mit aussitôt sur la défensive et répondit tout aussi hargneusement.
« En quoi ça te concerne le balafré ? Va te faire cuire une bouse de dragon et laisse-moi passer !»
« Pas question ! »
Et comme pour joindre le geste à la parole, Harry poussa légèrement sur la poitrine de Draco. Mais les marches des escaliers étaient étroites et ce simple geste fit glisser la pointe de pied de Malfoy qui se trouvait en bout de marche. Déstabilisé, le garçon se raccrocha au premier élément qu'il avait sous la main, le tee-shirt d'Harry.
« Hé ! »
Severus qui se trouvait encore en haut, entendit un bruit de chute lourde et des gémissements dans le laboratoire. Il sortit de la pièce et vit les deux adolescents affalés par terre. Le Serpentard porta la main à son nez qui saignait en gémissant, tandis qu'Harry tentait de se relever difficilement. Visiblement assommé.
« Quel abruti ! Tu essayais de me tuer ou tu voulais juste te suicider en m'entrainant dans ta chute ? »
Harry sembla contrit.
« Désolé, je ne pensais pas que… »
Il ne vit pas le poing s'abattre sur son nez. Le coup n'était pas très puissant mais lui fit voir des étoiles et il se mit à saigner de concert avec Draco.
« On est quittes. » Grogna le garçon d'en face.
« On peut savoir ce qui se passe ici ? » fit une voix glacé du haut des escaliers.
Rapidement, les deux garçons se remirent sur pieds et observèrent la silhouette sombre qui s'avançait vers eux. Snape constata l'état de ses élèves et fronçât les sourcils. Il n'eut même pas besoin de poser une question avant qu'Harry ne proteste.
« Il m'a frappé ! » s'indigna-t-il.
« Potter m'a poussé dans les escaliers ! Je lui rends la pareille ! » S'exclama dédaigneusement Draco.
Le maitre des potions se pinça l'arête du nez d'un air exaspéré.
« En haut ! Tout de suite. »
Les deux adolescents, toujours la main sur le nez, grimpèrent les escaliers. Harry se rendit compte qu'il ne se souvenait même plus comment avait commencé l'altercation, ni pourquoi. Il jeta un vague regard d'excuse en direction de Malfoy et articula un « désole » silencieux. Celui-ci lui répondit par un hochement d'épaules.
Snape leur emboita le pas. Cela faisait maintenant plus de deux mois que les adolescents n'avaient pas eu d'altercations de ce genre. Et ça ne lui avait pas manqué du tout.
« Regarde-moi Draco. » ordonna-t-il.
Le blond tourna la tête vers son parrain et se retrouva nez à nez avec une baguette pointée sur le visage. Il loucha sur le bout de bois poli puis esquiva un mouvement de recul.
Snape émit un claquement de langue agacé.
« Ne bouge pas. Episkey ! »
Aussitôt une vague de chaleur suivit d'un froid glacial lui parcourut le nez. Snape pointa alors sa baguette sur Harry et fit la même chose.
« Bien. » Il croisa les bras et avisa les adolescents. « Je peux savoir pourquoi vous avez soudainement décidé de vous mutiler réciproquement ? Et j'ajouterais la veille de noël, même si ce genre de détail n'a pas pour habitude de m'émouvoir. »
« Je ne sais pas, Potter m'a attaqué quand on s'est croisé dans l'escalier en fait. »
Il semblait plutôt sincère, il se tourna alors vers le second garçon.
« Potter, un coup de sang ? Un coup de folie ? Une bonne raison en tout cas, j'espère. »
Harry eut la grâce de sembler gêné.
« C'est à cause d'Hermione, elle pleurait et j'ai cru… »
« Comme d'habitude, monsieur Potter, vous avez cru bon de vouloir sauver le monde. Remettez-vous à la cuisine avant que je décide que vous ayez besoin de tâches plus ingrates pour vous remettre les idées en place. »
Sans demander son reste Harry se remit à ses herbes.
« Quand à toi Draco, je veux comprendre ce qu'il s'est passé avec Miss Granger. »
Draco se mit alors à rougir brusquement. Son parrain croisa les bras sur la poitrine et fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que tu as fait ? »
Las d'être accusé sans cesse, il se rebella.
« Mais rien ! Pourquoi ce serait forcément de ma faute si Granger à des crises ! »
« Baisse d'un ton Draco. » Répondit-il sèchement. « Si ce n'est pas de ta faute, je soupçonne que ce soit en lien avec toi. Et quand bien même ça ne le serait pas tu étais présent. Alors ? »
« C'est juste le patronus… »
« Le patronus ? » engagea son interlocuteur. « J'espère que toutes cette histoire n'a pas encore comme origine ce concours de performance qui semble être engagé entre vous deux depuis la première année. »
« Non non non… C'est juste que le sien est une loutre. »
« Et alors ? Je ne vois pas le rapport. »
Il commençait à perdre patience.
« Le problème c'est que… le mien aussi. »
C'était donc ça. Hermione avec son intelligence et sa curiosité intellectuelle ne pouvait pas ignorer ce que signifiait un patronus identique au sien. A part l'hypothèse d'un hasard particulièrement important, cela signifiait que le garçon était très proche d'elle, ou très amoureux d'elle.
Cette perspective avait dû effrayer la jeune fille. Et à vrai dire, elle effrayait aussi un peu Severus.
« Et Remus ? »
« Il est parti avec elle. Elle semblait bouleversée. »
Cette idée attristait le garçon. Draco Malfoy avait bien changé, loin de l'influence de certains de ses camarades de Serpentard, de la montée croissante de Voldemort et de la pression de sa famille. Le fait même qu'il se soit intéressé à Hermione, une née-moldue et sa rivale de toujours, le prouvait entièrement.
« Et bien monte avec lui, pour essayer de comprendre pourquoi. »
Etonné du conseil et du manque de réprimande, le garçon fit comme il lui disait et prit le chemin de la sortie.
« Et je ne veux plus entendre parler de coup de poing dans la figure pour une raison injustifiée et stupide. En fait j'aimerais mieux ne plus en entendre parler du tout. Clair ? »
« Oui Severus. »
Il disparut sans demander son reste.
Severus se remit aux fourneaux et se fit la réflexion qu'auprès des adolescents il faisait l'expérience d'être non seulement un tuteur mais aussi une assistante sociale et un conseiller conjugal.
L'adolescent blond monta les escaliers avec une boule d'appréhension dans l'estomac. Et si la réaction d'Hermione montrait le rejet qu'elle lui vouait. Après tout, leur années à Poudlard avaient été jusque-là, chaotique, et il n'y a pas si longtemps il la voyait encore comme quelqu'un d'insignifiant, c'était une sang de bourbe après tout.
Père lui avait tant et tant répété que les seuls véritables sorciers étaient les gens comme eux, dont le sang avaient toujours été pur. Et il avait été parfaitement persuadé pendant longtemps que les seuls gens qui valaient la peine se devaient d'être des sang-purs.
Puis il avait peu à peu réalisé la portée de sa faute. Ce n'était pas seulement depuis leur accident dans le temps, mais depuis son arrivée à Poudlard. Grâce à Poudlard il était sorti de sa bulle familiale, du cercle des amis de son père qui étaient tous plus ou moins liés avec lui par le sang.
Il avait rencontré des gens qui en valait la peine et qui n'étaient pas nécessairement des sang-purs, il avait constaté que Severus était lui-même un sang-mêlé.
Cependant il avait quand même été facile de fermer les yeux et de s'approprier les idées de son père, de parader dans l'école tout en s'abritant derrière le bouclier de cet homme qui semblait avoir du pouvoir sur tout. Mais l'été passé avait entamé sa vision des choses. Depuis le retour de vous-savez-qui, Lucius s'était transformé en un serviteur. Plus hautain que jamais en société, mais pitoyable esclave de cet homme la plupart du temps.
L'accident de la fin de l'été avait fait le reste. Vivre avec un loup-garou, une orpheline, le sauveur du monde des sorciers et une sang-de-bourbe avait été radical. Et puis, Hermione l'avait toujours intrigué à l'école. Il avait toujours subsisté une compétition tacite entre eu-deux, teintée d'un défi permanent. La jeune fille avait fait ses preuves. Peut-être était-ce elle qui avait entièrement changé les idées de Draco.
Après tout elle avait totalement remis en question les idées préconçues que lui avait insérées son père dans le cerveau. Elle était loin d'être stupide, elle n'était pas foncièrement méchante et était particulièrement douée avec la magie.
En ressassant toutes ses pensées, Draco atteignit le palier et se dirigea doucement vers la chambre de la jeune fille. Il approcha de la porte close, de laquelle fusaient des voix. Remus et elle discutaient, mais il ne parvenait pas à distinguer ce qu'ils disaient clairement. Il se tint quelques instants devant la porte, ne sachant pas que faire, lorsque la poignée s'anima d'elle-même. Il recula instinctivement et tomba sur le visage scrutateur de Remus. Il leva le poing comme s'il avait l'intention de frapper sur la porte pour se donner une contenance.
Le professeur referma la porte derrière lui.
« Tu venais parler à Hermione ? »
La question semblait stupide puisqu'il venait de trouver l'ado planté devant la porte de la jeune fille. Celui-ci se passa la main dans les cheveux.
« Euh…oui… »
Le lycanthrope croisa les bras sur la poitrine.
« Comporte-toi correctement, Draco Malfoy ! Par Merlin, si je vois encore Hermione pleurer je m'arrangerais plus tard avec toi. »
La menace fit reprendre à Draco toute contenance.
« Pourquoi est-ce que tout le monde semble penser que je vais mal la traiter, je ne suis pas un monstre. »
Remus fronça les sourcils et leva un doigt en direction du jeune homme pour l'avertir.
« Il y a encore deux mois, tu l'insultais de sang-de-bourbe à tout bout de champs. Tu as des antécédents Draco, ne t'attends pas à ce que tout le monde oublie ton comportement envers elle en un temps record. Tu as encore tout à prouver à mes yeux, à ceux d'Harry et même à ceux d'Hermione. C'est clair ? »
Le garçon se dégonfla d'un seul coup.
« Oui Remus. Mais je promets que je ne lui ferai rien. »
« J'espère. Et j'ai confiance, mais la tendance pourrait facilement s'inverser alors ne joue pas avec ses sentiments ou tu le regretteras. D'acc. ? »
Draco hocha la tête et il s'effaça pour laisser la place au garçon de passer. Il le vit prendre une grande inspiration avant de frapper.
« Entrez. » Ordonna la jeune fille avec une voix tremblante.
Le garçon poussa la porte non sans une certaine appréhension. Hermione était assise sur son lit et elle ne pleurait plus. Elle le regardait sans dire un mot et il s'avéra qu'il avait la gorge si nouée et les idées si emmêlées qu'il ne parvint pas non plus à formuler une phrase correcte. Ils restèrent ainsi à se regarder quelques instants.
Draco reprit ses esprits et ferma la porte derrière lui. Il vint s'installer sur le lit en face d'elle. Elle semblait différente, elle qui avait habituellement toujours une réponse à tout, une solution à chaque problème, à cet instant précis elle semblait incapable de réagir.
Il se racla la gorge.
« Hermione, je sais que ça semblait complètement… inattendu… »
Il se mordilla légèrement la lèvre inférieure. Une habitude qu'il avait perdue sous l'influence de son père.
« Mais les patronus reflètent la vérité, je… Tu dois le savoir… Et disons que celui-ci l'a plus ou moins dévoilé. Et je ne peux rien y faire alors… »
Hermione le fixait sans rien dire, elle attendait qu'il continue. Dieu que c'était très très dur ! Il prit une nouvelle inspiration.
« Alors, c'est la vérité, mes sentiments pour toi ont grandi. Je ne sais pas comment dire, je ne suis pas doué pour ces choses-là et je ne sais pas parler correctement aux filles, enfin disons que je n'en ai jamais eu l'occasion mais… »
Il se rendit compte qu'il s'embrouillait et laissa échapper un rire nerveux. Un petit sourire commença à s'afficher sur le visage de la brunette.
« Bref, je… Voilà c'est tout… Sache que…enfin… »
« Malfoy… »
L'utilisation de son nom de famille, bannie du vocabulaire de la jeune fille depuis bien longtemps, lui transperça le cœur.
« La première fois que je t'ai vu, c'était voie neuf-trois-quart, j'ai pensé que tu avais l'air un peu perdu, que tu aurais peut-être besoin d'une amie. J'ai même cru… j'ai même cru que tu étais comme moi et que tu n'avais appris l'existence de la magie qu'un mois avant, tellement tu semblais peu enclin à monter dans le train. Je voulais t'aider. Mais je me suis lourdement trompée. Tu l'as prouvé dès que tu as foulé le sol du château que tu n'étais pas ce que j'imaginais. Tu as toujours été un connard arrogant à l'école, tu m'as traité comme la dernière des souillons, tu m'as trainé dans la boue, ou devrais-je dire dans mon propre sang-de-bourbe. »
Elle marque une pose
« Et je ne pourrais définitivement jamais aimer ce garçon-là. J'ai trop souffert à cause de lui. »
Son regard était dur alors qu'elle lui faisait son procès. Le Serpentard la regarda d'un air blessé. Puis il se leva doucement. C'était juste, il le savait, il payait pour tout ce qu'il lui avait fait. Espérer qu'elle lui pardonne était trop demander et il pouvait le comprendre. Même si ça faisait mal.
« Attends, je n'ai pas fini. »
Il eut comme l'impression que ses yeux brillaient lorsqu'il se rassit. Par Merlin, s'il l'avait blessé il ne s'en remettrait pas. Et le loup-garou aurait sa peau.
« Je ne pourrais jamais ressentir autre chose envers ce Malfoy, que de la pitié. »
Son regard s'adoucit lorsqu'elle le regarda de nouveau.
« Mais tu m'as prouvé que cet individu abject pouvait disparaitre, et laisser place au Draco que je connais depuis trois mois. Toujours fier, mais sans être arrogant, ni désagréable. Quelqu'un à qui je peux accorder ma confiance facilement, quelqu'un avec qui je peux échanger. »
Le cœur du garçon se mit à battre à cent à l'heure.
« Quelqu'un pour qui j'ai des sentiments que je n'avais pu m'avouer jusqu'à maintenant. Ton patronus m'a mis devant le fait accompli. »
Elle regarda ses mains d'un air gêné. Draco sentit son cœur presque s'arrêter. Il tendit sa main droite vers celles de la jeune fille et les toucha légèrement. Le contact lui fit comme une décharge électrique.
« Hermione… Est-ce que ? »
Son regard se fit interrogateur.
« Est-ce que c'est un oui ? »
« Je… je ne sais pas… seulement si… »
« Si ? » demanda-t-il plein d'espoir.
« Ecoute Draco, si j'ai réagi comme ça tout à l'heure, c'est que j'ai peur. »
Sa voix était déterminée.
« Si jamais nous revenons à notre temps, je ne veux plus me retrouver face à ce Malfoy là. Je ne veux plus le voir du tout, ni risquer de le croiser dans les couloirs de l'école. Parce que s'il revient, s'il refait surface et qu'il me blesse à nouveau, je jure que je ne me laisserai pas faire. »
Elle le regarda de nouveau droit dans les yeux.
« Je ne parle pas en l'air Draco, je veux une promesse, que cet individu ne reviendra jamais. C'est ma seule…condition. Promets-moi. »
Il savait que la demande d'Hermione influencerait le reste de sa vie. S'il revenait il devrait tourner le dos à son père et à la vie que celui-ci lui avait destiné, mais il n'hésita pas longtemps.
« Jamais. Il ne reviendra jamais. Je te le promets solennellement Hermione. »
Elle lui sourit.
« Alors c'est oui ? » osa-t-il.
« Evidemment. »
Un sourire se fendit sur son visage pâle. Il prit la main d'Hermione et il déposa un baiser. Celle-ci se mit à rire nerveusement.
« Qu'il y a-t-il ? » s'inquiéta-t-il
« Non, rien, c'est juste que…tu es si différent des garçons moldus. Tu…agis différemment.»
« C'est grave ? » osa-t-il d'un air inquiet.
« Pas du tout. Disons que les relations dans le monde des sorciers prennent plus leurs temps. »
Draco se mit à rougir légèrement.
« Oh… Eh bien, je ne vais surement pas te sauter dessus dès les premières minutes de notre…relation. »
Il avait du mal à croire que ce mot fasse alors partie de son vocabulaire.
Ils se mirent à rire tous les deux nerveusement.
Cela faisait près d'une heure que Remus était descendu aider Harry et Severus à faire les derniers préparatifs quand ce dernier se décida à aller voir ce qui se passait à l'étage. Aucun cris, ni crises de larmes n'avaient percés jusque-là, et il espérait que ce soit bon signe. Il grimpa les escaliers et se dirigea directement vers la chambre de la jeune fille, entrant sans frapper. Il trouva les deux ados allongés, chacun sur un coude, observant l'autre et parlant doucement à voix basse.
Surprise, Hermione poussa un cri aigu lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir.
Draco quand à lui se contenta de jeter un regard noir à son parrain.
« Tu pourrais frapper quand même… » Grogna-t-il.
Il leva un sourcil en direction de son filleul.
« Je vois que l'affaire est réglée entre vous deux. »
Les deux jeunes esquissèrent un petit sourire. Snape attrapa la chaise du bureau d'Hermione et la posa devant le lit, prit place et reporta son regard sur les deux tourtereaux.
« Dans ce cas, je propose que nous posions certaines règles tout de suite. Parce que j'ai toujours abhorré l'exhibitionnisme des élèves à Poudlard et je ne vais absolument pas l'accepter dans cette maison. »
« Oh non Severus… tu plaisantes là ? Des règles ? »
« Monsieur Malfoy, je me rends bien compte que ce mot vous est étranger la plupart du temps, mais vous vous y conformerez ou je prendrais des mesures drastiques. »
Au moins, il avait à présent la certitude que Snape ne plaisantait pas le moins du monde.
« Pour commencer, la porte de vos chambres restera toujours ouverte. »
« Quoiii ! » s'étrangla Draco « T'exagères là ! »
Le regard de l'homme se fit dur.
« Si tu le souhaites, je peux aussi vous lancer un sortilège qui fera en sorte que vous ne pourrez plus approcher à moins d'un mètre l'un de l'autre. Ton choix ? »
« Très bien. » Grommela-t-il.
« Et comportez-vous décemment pas Merlin. Draco, j'ose espérer que tu resteras un vrai gentleman. »
« Décidément tout le monde semble croire que je suis mauvais aujourd'hui. » Grogna-t-il « Et ça veut dire décemment on n'est pas des animaux ! »
« Non. » Admit Snape « Mais vous avez quinze ans.» Rajouta-t-il comme si cela expliquait tout. « Dois-je vous dispenser de la discussion sur les abeilles et les fleurs ? »
A cette question les deux adolescents se mirent à rougir brusquement. A la grande joie du maitre des potions qui laissa échapper un ricanement.
« Non ! » crièrent-ils en chœur.
« Bien ! »
Il reposa la chaise devant le bureau et quitta la pièce en prenant le temps d'ouvrir la porte en grand, laissant les adolescents ruminer ses avertissements. Draco se releva immédiatement en pestant.
« Quel vieux-jeu, crétin et borné ! » s'exclama-t-il
« J'ai entendu ! » Fusa sa voix sur le palier. « Tu voudrais répéter ça devant-moi s'il te plait ? »
« Non » grogna-t-il.
« Draco… » Soupira Hermione « Il a un peu raison, tout de même. C'est quand même plus ou moins chez lui… »
« C'est aussi chez nous ! Remus nous l'a assez bien rabâché au début de l'année. »
« Certes, mais c'est lui l'adulte. »
« Tu as raison » admit-il à contrecœur « Comme toujours… »
L'après-midi passa rapidement et ils se retrouvèrent tous devant la magnifique dinde aux marrons qui trônait sur la table de la salle à manger.
Les habitants du petit manoir profitèrent de ce temps ensemble pour oublier leurs soucis quotidiens, et surtout pour oublier leur problème de voyage dans le temps. Les sourires s'affichaient sur tous les visages sans exceptions. Même le maitre des potions semblait être à son aise, dégustant à petite lampée le vin que Remus avait dégotté au village et émettant un petit claquement de langue satisfait à la fin de chaque gorgée.
Hermione et Draco rayonnaient, leurs sourires s'emplissant dès qu'ils croisaient le regard de l'autre. Hermione se mit à rire de plus en plus nerveusement au fur et à mesure du repas et Snape déclara qu'ils avaient bu assez de vin pour la soirée. Remus le qualifia de trop rigide mais ne formula aucunes protestations lorsque ce dernier poussa la bouteille devant son propre nez.
Et Mégane était aux anges. Elle n'avait jamais vécu de noël comme celui-ci. A l'orphelinat, le réveillon était le meilleur moment de l'année, les responsables organisaient tous les ans une grande fête. Mais si elle était toujours particulièrement réussie, elle ne faisait jamais oublier aux enfants qu'ils pourraient la passer dans une famille normale. Mégane rêvait donc, comme tous les enfants à des noëls entourés d'un papa et d'une maman, de frères et de sœurs. La situation n'était pas exactement la même, mais elle était fière de sa famille étrange.
Aux alentours de minuit, alors qu'ils avaient tous le ventre bien rempli, Remus prépara un thé de Noël. Lorsqu'ils furent tous installés confortablement dans le salon, avec Mégane sur les genoux du loup-garou, il agita sa baguette d'un mouvement sec une petite pile de paquets cadeaux arriva, surprenant tout le monde.
« Eh bien, vous en faites une tête » Dit-il « Vous avez déjà vu un noël sans cadeaux ? »
S'ils ne s'y attendaient pas, c'était surtout que les adolescents savaient qu'ils vivaient presque uniquement sur le salaire de Snape, qui fournissait l'infirmerie de Poudlard en Potions et qui en vendaient quelques une au village. Et puis ils vivaient avec leurs professeurs. C'était… étrange.
« Ce n'est pas grand-chose, mais espérons que ça vous plaira. »
Il commença par faire voler deux paquets rectangulaires vers Draco et Harry qui les ouvrirent, devinant sans peine ce qu'ils contenaient.
« Ils sont d'occasions » commenta Snape « Mais on s'est dit que c'était mieux que rien et puis, on a pris des modèles identiques pour que vous puissiez vous affrontez au même niveau. » Il ricana « Il me semble que ça revêt une certaine importance pour vous de vous défier continuellement, vous pourrez donc le faire en toute innocence. »
« Merci beaucoup professeurs.» Fit Draco en caressant le balai pensivement.
« Nous ne sommes pas en classe Draco » commenta Remus « Mais de rien, tout le plaisir est pour nous. »
Harry quant à lui, resta sans voix, il regarda les deux professeurs tout à tour et murmura un merci muet. Il était touché de leur intention. Ça lui manquait tellement de pouvoir.
« Oh » rajouta Snape « Et ceci vient avec. »
Il lança dans la pièce un vif d'or qui en profita pour se faire la malle. Harry échangea un regard avec Draco et ils se lancèrent tous les deux à sa poursuite. Harry l'attrapa une dizaine de minutes plus tard sous le nez du garçon blond. Ces dix minutes leurs suffirent à mettre le salon à sac, mais aucun de deux adultes ne fit mine de faire une remarque en particulier.
Un autre paquet vint alors atterrir sur les genoux d'Hermione.
« Je n'avais pas de souvenir que tu appréciais beaucoup le vol Hermione, alors nous n'avons pas acheté de balais. »
« C'est très bien. » sourit-elle « Je n'ai jamais aimé décoller mes pieds du sol. »
« Je te ferai voler, tu seras forcée d'aimer ça avec un talentueux joueur de quidditch comme moi. » Se gaussa Draco
« N'importe quoi Malfoy, tu la ferais tomber. » Ricana Harry
« Je ne ferai jamais tomber Hermione ! Et toi tu…» Se défendit-il avec véhémence.
« Pitié ! Aucune chamaillerie gamine, ce serait trop demander ? » Gémit Snape en sirotant sa tasse de thé. « Laissez Hermione ouvrir son cadeau en paix. »
La jeune fille déchira le papier autour de son propre cadeau et découvrit un très bel ensemble d'écriture, avec une plume noire à pointe d'argent et des encres de couleurs.
« C'est magnifique ! Merci beaucoup Remus, Merci beaucoup Severus. »
Elle se leva brusquement pour embrasser le premier et, si elle hésita une demi-seconde en s'approchant de son professeur de potion elle lui réserva néanmoins le même traitement. Celui-ci toussota pour cacher sa gêne. Il n'était pas du tout coutumier des rapprochements physiques et n'avait accepté récemment que celui de Mégane. Voyant son embarras les deux adolescents se mirent à pouffer discrètement.
« Une remarque messieurs ? » Lança-t-il d'un ton acide.
Tout en continuant de sourire, ils secouèrent la tête frénétiquement. Hermione voulut regagner sa place mais Draco s'y était installé afin de la prendre sur ses genoux. Avec un sourire entendu, elle se blottit contre lui. Snape voulut les séparer mais n'en eut pas le cœur pour le jour de Noël. Mais Merlin, pensa-t-il, depuis quand ce genre de détail m'importes ? Tu deviens sentimental, Severus, tu te transforme peu à peu en Albus Dumbledore. Cette pensée l'horrifiait au plus haut point.
Le dernier paquet cadeau qui vint fut celui de Mégane. Le gros du paquet était un chevalet d'enfant. Il «était accompagné de quelques livres pour enfants, mais surtout de quoi dessiner et faire des œuvres d'art. Des feutres, des crayons de couleurs, des craies, des autocollants, ciseaux, colles, peinture, etc. etc. La petite fille était aux anges, elle s'extasiait sur chaque objet qu'elle y trouvait en battant des mains et en poussant des cris aigues.
Elle commença par courir vers le maitre des potions si rapidement qu'il faillit renverser sa tasse de thé sur la petite fille.
« Merci Sevy ! »
Tandis qu'elle lui enserrait la taille, il lui tapota maladroitement la tête et afficha un beau sourire. Un de ceux que les gens ne voyaient jamais et que les habitants du petit manoir voyaient très rarement.
A peine avait-elle quitté les bras de Snape, elle courut dans ceux de Remus qui l'accueillit avec moins de réserve. Il la fit grimper sur ses genoux et elle l'enlaça. Puis, tout doucement elle se détacha de son étreinte et chuchota.
« Je peux te demander quelque chose Remus ? »
« Bien sur Meg' » Répondit le lycanthrope qui ne savait pas à quoi s'attendre.
« Est-ce que… »
Elle regarda attentivement ses pieds, comme s'ils allaient lui donner la force de continuer.
« Est-ce que tu veux bien être mon papa ? »
Et elle leva vers lui ses yeux noisette, pleins d'espoirs. Remus fut choqué par la proposition et s'arrêta net un instant. Dans la pièce le temps semblait s'être arrêté brusquement.
« Tu veux bien être mon papa ? » Insista-t-elle, le doute s'immisçant peu à peu dans son esprit.
« Oui Mégane, oui, je veux bien. »
Sans dire un mot, elle se jeta de nouveau dans ses bras et l'enlaça.
« T'es le meilleur papa du monde. »
Harry observa, comme tout le monde, la scène surréaliste qui se déroulait devant ses yeux. A ses côtés, Hermione pleurait doucement, émue par la spontanéité de la fillette. Draco semblait aussi ébahi que lui. Mais le plus ému, restait sans aucun doute Remus, les larmes coulait sur son visage abimé de cicatrices sans qu'il puisse y mettra un terme. Il enroula ses bras autour de la fillette et l'embrassa sur le haut du crâne.
« Papa ? » demanda-t-elle quand elle releva la tête « Pourquoi tu pleures ? »
« Chut… Je pleure parce que tu m'as fait le plus beau cadeau du monde. »
Et pour cause, lui, un loup-garou, était devenu le père d'une merveilleuse petite fille.
Seul Snape restait tranquille dans son coin. Lorsqu'il croisa le regard de Remus il ne put s'empêcher de lui demander ce qui lui trottait dans la tête. Il fallait qu'il sache si l'homme se rendait compte de ce qu'il faisait.
« Tu te rends compte de ce que ça implique Remus ? » demanda-t-il posément.
Oui, Remus se rendait compte qu'il faudrait qu'il se batte pour sa fille s'ils parvenaient à rentrer dans leur temps, que ça ne serait surement pas si facilement accepté. Mais au diable le ministère ! Allait-il refuser ce dont il avait toujours rêvé, et allait-il, en même que casser son propre rêve, rompre l'espoir d'une petite fille qui voulait juste une famille, tout ça à cause de bureaucrates stupides ?
« Oui, je me rends parfaitement compte de tout ça Severus. Mais j'apprécie ton inquiétude. »
Son collègue approuva d'un mouvement de tête.
« Alors je te propose de coucher ta fille, elle a l'air plus que fatiguée. »
En effet, elle semblait sur le point de s'endormir sur l'épaule de son nouveau père. Comme s'il s'agissait d'un coli précieux, Remus la prit et l'emporta vers le haut des escaliers.
Le soir même dans son lit, Harry repensa au bonheur de Remus et de Mégane et ne put s'empêcher d'éprouver une petite pointe de jalousie. Il était très heureux pour l'homme et pour la fillette mais il ne put s'empêcher d'imaginer qu'il auraiti pu connaitre le même bonheur à son âge. Il se souvint alors de la promesse de Snape tantôt et ressentit de nouveau la douce chaleur de l'espoir à travers sa poitrine.
Même s'ils parvenaient à revenir, il ne retournerait plus jamais chez les Dursley. Décidément, la journée avait été riche en retournement. Il s'endormit en pensant à son balai qui l'attendrait le lendemain matin.
La semaine qui suivit noël fut vécue par tous les habitants du petit manoir comme dans un doux rêve. Tout semblait aller pour le mieux. Hermione et Draco se la coulaient douce sous la surveillance exacerbée du maitre des potions et Remus et Mégane profitaient à fond de l'un et de l'autre. Harry et Snape quand à eux, se sentaient en paix dans cette ambiance de fête permanente. Le maitre des potions était d'ailleurs de tellement bonne humeur qu'il n'avait fait aucune remarque sarcastique ou bien cinglante de la semaine. A part peut-être lorsqu'il avait menacé Harry de lui retirer son balai s'il n'arrêtait pas de tenter des figures qualifiées de « beaucoup trop périlleuses » par celui-ci, mais l'incident avait été vite oublié.
Les deux adultes étaient de tellement bonne humeur qu'ils avaient accepté de sortir pour le nouvel an à la fête du village, même si c'était loin d'être sûr puisque la fête se déroulait de nuit. Ils avaient donc formulés une bonne dizaine de règle de sécurités à respecter comme condition et avaient accompagnés les enfants à la soirée.
La fête au village s'était déroulée dans une ambiance plutôt bonne enfant, les danses autour du feu avaient succédées au repas copieux. Les boissons chaudes et alcoolisés coulaient à flot pour les adultes.
Harry et Draco s'étaient fait prendre par Severus avec dans les mains, un verre d'hydromel liquoreux et s'étaient fait redirigés sur les boissons plus softs avec un regard d'avertissement.
Remus, Hermione et Mégane s'étaient pendant ce temps, joint à la grande ronde autour du feu et suivaient les chants tout en dansant. Une dame avait tendu la main vers Snape qui refusa d'une grimace son invitation.
« Il faut danser m'sieur ! » L'interpella-t-elle catégoriquement « Il faut danser pour avoir d'la chance pour la nouvelle année m'sieur. »
« Je me porterai très bien comme ça, je vous remercie de votre sollicitude. »
« Z'etes pas drôle vous. » Elle haussa les épaules et rejoignit la ronde.
La fête battit son plein longtemps après minuit et l'échange habituel des baisers. De nouveau on fit remarquer à Severus que s'embrasser apportait de la chance à la nouvelle année, ce à quoi il répondit par un ricanement. A cet instant de la soirée, les deux professeurs rapatrièrent tout le monde au manoir essuyant quelques protestations vite étouffées sous les bâillements.
Le lendemain fut moins drôle, Mégane était cloué au lit par une mauvaise fièvre. Elle avait dû attraper froid pendant la nuit et la fatigue des derniers jours n'avait pas du arranger l'affaire. Severus du donc retourner au village chez l'apothicaire pour obtenir un ingrédient manquant à une de ces potions.
« B'jour m'sieur Snape ! J'peux faire quelque chose pour vous ? »
La même dame que la veille, il ne s'était pas rendu compte qu'il s'agissait alors de madame Pattermole.
Elle se mit alors à le regarder fixement comme si elle venait de se rappeler d'un détail important.
« M'sieur Snape ! » Cria-t-elle « Vous êtes le premier visiteur d'l'année ! »
« Et donc ? » demanda-t-il avec impatience « Où puis-je trouver Monsieur Pattermole ? »
«Et alors, vous êtes un homme grand et avec les cheveux noirs ! »
« Oui…et ? Je voudrais voir monsieur Pattermole, madame. »
« M'sieur et madame prennent leur p'tit déjeuner mais je vais les faire chercher. Et surtout leur dire qu'un homme de grande taille et avec les ch'veux noirs s'est présenté ! »
C'était donc une domestique. L'apothicaire devait bien gagner sa vie. Elle sortit quelques instants et revint avec Pattermole en personne.
« Bonne année monsieur Snape ! Que me vaut l'honneur de cette visite matinale ? »
« Je vous souhaite la bonne année monsieur Pattermole. Je viens juste vous demander de me céder quelques racines d'haltaé. C'est plutôt urgent, Mégane est souffrante. »
« Oh bien sûr, je vous les offre, je dois bien ça à l'homme qui apporte des bons présages pour l'année à venir ! »
« Des bons présages ? » demanda Snape en levant un sourcil.
« Enfin Monsieur Snape ! S'écria-t-il en attrapant la clé de sa réserve, vous ne connaissez pas la tradition ? »
« Je ne dois pas avoir connaissance de cette tradition en particulier… » Répondit-il avec réticence.
« Enfin ! Le premier visiteur se présentant à la porte amène le bon ou le mauvais présage. Si c'est un blond ou un roux, c'est que l'année va être particulièrement mauvaise, mais si c'est un homme aux cheveux noir, et grand de surcroit, c'est une année de bonheur ! »
« Oh, je vois. »
L'apothicaire lui tendit sa botte de racine d'haltaé avec un grand sourire.
« Je vous les offre, bonne année monsieur Snape ! »
« Bonne année monsieur Pattermole ! »
Avec un dernier hochement de tête il le salua et sortit dans les rues enneigés. Maudit village Il remonta la pente douce qui menait vers le manoir en maudissant tous les villageois et leurs traditions à la noix.
