Le couloir s'emplit du rire de Jo alors que les portes de l'ascenseur menant à son appartement s'ouvraient.
« C'est pas vrai ! Un gamin m'a poussée et elle est tombée !
- Jo, il n'y avait pas de traces par terre, tu l'as mangée.
- Tu n'as pas regardé, on avait déjà fait bien deux-cent mètres avant que tu t'en rendes compte. Elle est tombée !
Mac poussa Jo contre la porte d'entrée et colla ses hanches aux siennes, plongeant son regard dans le sien.
- Joséphine, arrêtez de mentir. Vous avez mangé ma glace, et je peux le prouver. Murmura-t-il.
Elle se mordit la lèvre.
- Ah oui ? Et comment je vous pries Mackenna ?
- Comme ça. Susurra-t-il à son oreille avant de plaquer ses lèvres aux siennes pour un baiser enflammé qui dura quelques secondes. Quand leurs lèvres se séparèrent, il hocha la tête.
- Framboise et chocolat. Tu as mangé les deux glaces. Dont la mienne.
- J'en ai peut-être goûté un morceau... tout petit.
Il allait l'embrasser une deuxième fois, attiré par ses yeux noisette quand elle se figea.
- Quoi ?
Elle posa un doigt sur ses lèvres, lui intimant le silence. Il dressa l'oreille. A l'intérieur, il pouvait entendre Ellie discuter avec une femme, plus âgée qu'eux d'après sa voix un peu fébrile.
- Oh non... Souffla Jo.
- Quoi ? Répéta Mac.
- Mama.
Il leva un sourcil interrogateur.
- Je croyais que tu adorais ta mère.
- Je l'aime énormément, mais de loin... Enfin, pas dans MON appartement avec MON compagnon.
- Elle est si horrible que ça ?
- Attends toi à un interrogatoire complet et musclé.
Il sourit d'un air malicieux. Il était habitué.
Elle prit une grande inspiration qu'elle relâcha bruyamment.
- Bon sang qu'est-ce qu'elle fait ici ? Souffla-t-elle.
- Entrons et demandons-lui. Suggéra Mac. »
Elle leva les yeux au ciel. Il avait hâte de rencontrer madame Danville, il ne savait pas à quel point il allait souffrir. Jo prit son courage à deux mains et ouvrit la porte. Et soudain, elle comprit. Elle avait été piégée. C'était son anniversaire, et elle avait totalement oublié. Les banderoles, les lumières, et les bols de friandises un peu partout était là pour le lui rappeler.
« Oooh voilà mon petit oiseau en sucre !
Jo leva une nouvelle fois les yeux au ciel.
- Bonjour maman. Tu sais que tu n'étais pas obligée de venir...
Madame Danville balaya la déclaration de sa fille.
- Ma toute petite fille fête ses cinquante-deux ans, et je serais censée rester dans ma cambrousse ? Oh Joséphine, l'invitation de ta fille et de ton ami était si adorable que j'ai sauté dans le premier avion. Expliqua-t-elle en embrassant Jo sur la joue.
Jo promena son regard entre Mac et Ellie, debout, là, comme des plantes en pot.
- Vous étiez de mèche ! Siffla-t-elle entre ses dents.
Mac sourit. Les deux femmes se ressemblaient tant qu'on aurait dit des clones. Seule la blancheur des cheveux de l'aînée et son nez plus court et retroussé les différenciaient. Soudain, la plus vieille des deux se tourna vers lui avec un grand sourire qui devait être de famille tant il ressemblait à celui de Jo quand on la lâchait dans une confiserie.
- Et vous, beau garçon, devez être l'homme de cette maison.
Il tendit sa main vers elle. Elle l'ignora et le prit dans ses bras. Il resta planté là quelques secondes, le temps de prendre conscience de sa familiarité, puis lui rendit son étreinte. Jo tentait de lui faire passer un message qu'il put lire sur ses lèvres 'le sud'. Il sourit.
- Appelez moi Mac.
- Seulement si vous m'appelez Charlotte.
Il se séparèrent et le regard de Charlotte passa de Jo à Mac avec une lueur maligne au fond des yeux.
- Alors, quand comptez vous épouser ma fille ? A cinquante-deux ans, il serait quand même temps qu'elle ait une situation stable. Vous m'avez l'air d'un brave garçon, pas comme l'autre...
- Russ, maman. L'autre s'appelle Russ.
- Oui, Russ Josephson. Vous saviez qu'elle s'était appelée Josephine Josephson durant quelques années ? Quelle horreur, on aurait cru une mauvaise blague. Et vous Mac, quel est votre nom ?
- Taylor.
- Josephine Taylor, elle parut savourer la saveur du mot dans sa bouche, oui c'est beaucoup mieux.
Jo la coupa, la main sur le front, comme déjà prise d'une violente migraine.
- Maman ! Tu parles de moi comme si j'étais une vieille fille vierge avec quinze chats. Et Mac et moi n'avons pas prévu de nous marier.
- Oh, quel dommage ! Charlotte fit un clin d'oeil complice à Mac qui sourit, amusé de voir à quel point Jo avait prit de sa mère aussi bien psychologiquement que physiquement.
- Je peux savoir combien d'états vous avez convié à la fête ? Demanda Jo en voyant la grande table dépliée pour l'occasion.
Ellie eut enfin le loisir d'ouvrir la bouche pour autre chose que pour rire.
- Nous quatre, Tyler devrait arriver d'une seconde à l'autre, et dans une heure, Sid, Sheldon, Lindsay, Danny, Lucy et Adam devraient nous rejoindre, mais sachant qu'ils ne savent pas que toi et Mac êtes en couple, et connaissant la curiosité de mamie, j'ai préféré nous laisser un délai.
-Et tu as bien fait. Reprit Charlotte. Je veux tout savoir sur ce jeune homme qui courtise ma fille.
'une heure de torture' pensa Jo en se laissant tomber sur le canapé, suivie par Ellie, Charlotte, et Mac qui se glissa a ses côtés, prenant sa main dans la sienne.
- Alors Mac...Je peux vous appeler Mac ? Qui êtes-vous ?
Mac eut un sourire en coin.
- C'est une question vague. Rétorqua-t-il.
- Certes, vous avez raison. Quelles sont vos passions, par exemple ?
Il jeta un regard à Ellie et Jo, recroquevillées l'une contre l'autre.
- A vrai dire, je faisais partie d'un groupe de jazz en tant que bassiste. Mais maintenant, entre le travail au labo et votre charmante fille, ainsi qu'Ellie, je dois bien avouer qu'elles ont remplacé mes passions. »
Il vit dans le regard attendri de la petite dame qu'il avait marqué un point de plus.
Et en une demie-heure, il avait réussi à inverser l'interrogatoire et à soutirer des informations concernant l'enfance et l'adolescence de Jo qui, vexée par la soudaine complicité des deux, se vengea en vidant un bol de chocolats qui traînait à sa portée sur la table basse.
« Elle était tellement mignonne à courir dans les champs dans sa petite robe blanche... Adorable ! On aurait dit un chaton.
- Oh elle n'a pas changée.
Jo lança un regard meurtrier à Mac qui entoura ses épaules de son bras et la serra contre elle.
- Je n'ai rien d'un chaton, et je ne suis PAS adorable. Grogna-t-elle.
- Belle, magnifique même. Tu fais plus panthère... »
Les regards de Jo et Mac se soutinrent longtemps, et il fallut qu'Ellie émette un raclement de gorge suivit d'un 'oh pas encore' pour que Jo détourne le regard, les joues légèrement rosies.
Le silence pesant bien qu'agréable fut rompu par la sonnette et Ellie et Jo sautèrent du canapé pour courir à la porte.
« Maman, s'il te plaît, range ta petite fille dans un placard, j'ai cinquante-deux ans aujourd'hui, et mes amis n'ont pas besoin de savoir que je jouais à cache-cache dans les champs de Virginie dans une robe de coton blanc.
Sa mère échangea un regard complice avec Mac et fit un salut militaire à sa fille.
- comprit, et votre secret est bien gardé.
- Merci. »
