Hey !

Nouveau chapitre que j'ai terminé de traduire hier, je m'excuse donc pour les fautes et formulations étranges que vous pourriez trouver. Je crois qu'après cette histoire, je ne retenterai plus le post de deux histoires en deux langues en même temps, ça prend beaucoup trop de temps.

Selon les reviews, j'ai cru comprendre que le chapitre neuf vous a plu, et j'en suis contente, c'est un chapitre important après tout ! Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !


Clarke

Un mois s'est écoulé depuis que Lexa a trouvé sa fille à l'hôpital. Je suis sortie il y a trois semaines et ai repris le travail, mais Lexa y est encore avec Tris. Je ne l'ai pas vue depuis que j'ai quitté l'hôpital, mais nous avons échangé quelques messages. Apparemment, Tris est en bonne voie. Elle va pouvoir continuer son traitement à la maison, mais là est la question : quelle maison ?

Lexa a engagé un avocat et elle a demandé la garde de Tris. J'espère qu'elle va gagner. Elle n'a rien dit de plus dans ses messages, et je n'ai pas dit grand chose non plus. J'ai dit à ma mère que j'avais besoin de temps pour tout comprendre, et nous avons planifié un dîner le mois prochain. Je ne sais pas ce que je vais lui dire au sujet de Lexa. Je crois qu'elle sait que Lexa est quelqu'un de bien, mais elle aussi a des problèmes, ce qui signifie que nous devons toutes les deux réparer nos vies. A l'hôpital, elle a insinué des choses. La chanson n'était pas à son sujet. Je veux croire qu'elle a des sentiments pour moi, mais je n'en peux plus des faux espoirs. Je ne le supporterais pas si elle ne partageait pas les sentiments qui grandissaient en mon coeur.

Je n'ai ressenti ce genre de sentiments depuis très longtemps et j'ai peur de tomber pour la mauvaise personne encore une fois.

- Car je l'aimais vraiment, à l'époque, tu sais ? La façon dont elle me regardait, me touchait... ça semblait réel, comme si elle m'aimait aussi.

Fixant la tombe, je sais que je suis seule et que je parle dans le vent. Mais j'ai besoin de le faire. Je ne me sens pas prête à parler à quiconque pour l'instant, alors je suis venue ici. J'ai déposé des fleurs sur la pierre froide et ai lu le nom gravé encore et encore jusqu'à ce que mon coeur se brise pour la énième fois.

- Je suis désolée, Papa. Je suis vraiment désolée.

J'aimerais qu'il puisse m'entendre mais ça n'est pas dans mes croyances et cela me fait regretter mon pragmatisme. J'ai pris le train tôt ce matin pour venir ici. Je ne suis pas venue sur sa tombe depuis un moment. Cela fait une heure et demie que je suis ici à tout lui raconter. En faisant cela, je me souviens de lui, de son visage, de sa chaleur, sa voix, la couleur de ses yeux qu'il m'a transmis. Je veux me souvenir pour toujours, et la meilleure chose à faire pour cela est de me rafraîchir la mémoire en venant ici autant que possible. Mais le fait est que je ne lui ai pas rendu beaucoup visite. Cela faisait trop mal. La culpabilité m'étouffait avant que je ne puisse faire un seul pas dans le cimetière.

- J'ai essayé de ne pas me faire duper à nouveau, tu sais ? Mais je tombe pour une femme et le plus de temps nous passons ensemble, le plus difficile ça devient. Je suis sûre à présent. Je suis certaine d'être amoureuse d'elle, même si je ne l'ai pas encore dit clairement à qui que ce soit. Je veux le lui dire, mais elle est préoccupée par sa fille et je ne sais pas ce qu'elle ressent, ce qu'elle veut, je, juste...

Je soupire. L'incertitude fait mal, mais peut-être moins que le rejet. Ou pas ? Je ne sais pas.

Je nettoie la tombe et pars. Je dois rentrer. Ma chambre de la taverne me rappelle Lexa, me fait ressentir sa présence. Je travaille ce soir, et quand je reviendrai à minuit j'espère que Lexa sera rentrée. Elle est supposée revenir aujourd'hui ou demain. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles je suis venue sur la tombe de mon père ce matin. J'avais besoin de me rafraîchir les idées avant de la revoir.


Jaha s'est montré tolérant en ce qui concerne mon voyage à l'hôpital Alpha le mois dernier, mais il ne m'aurait pas laissée travailler à l'ouverture de la galerie sans Dante Wallace, le peintre numéro Un de cette ville. Il nous a donné de merveilleux paysages qu'il a peint lui-même et ils ont déjà été contemplés par une douzaine d'enfants.

Je me charge d'expliquer et enseigner l'art aux enfants qui visitent la galerie. Ils viennent des hôpitaux les plus proches. J'espère que Tris pourra voir la galerie aussi, car il y a quelque chose de très spécial ici sur elle et sa maman. Quand j'ai raconté l'histoire à Dante, il a convaincu Jaha de me laisser afficher mon travail. Un tableau. Et je le vois chaque jour depuis. Mon lieu de travail a pris une place particulière dans mon coeur grâce à ce tableau.

Je retourne à la taverne avec espoir. Je sens qu'elle y est. L'espoir me fait marcher vite. J'entre en trombe dans la taverne, bousculant presque la nouvelle serveuse. Anna a évidemment été virée après que nous ayons découvert son lien avec l'ex-petite-amie de Lexa. En haut des escaliers, je m'arrête regarder la porte de Lexa. Je ne vois ni entends aucun signe d'elle.

L'espoir s'envole et je rentre dans ma chambre, allant directement au lit.


J'ai rêvé de ne pouvoir dormir, et ce rêve a disparu quand j'ai été réveillée par des coups à ma porte. Je saute de mon lit, pensant à Lexa, et ouvre la porte avec espoir. Pas Lexa. Personne en face de moi, mais quand je baisse la tête, je la vois.

- Tris ?

Qu'est-ce que la fille de Lexa fait sur le pas de ma porte sans sa mère ? Lexa l'a ramenée ici ? En a-t-elle eu le droit ?

Tris semble inquiète et ses yeux sont emplis de larmes.

- Tu es Clok ?

J'aurais souri à la façon dont elle avait prononcé mon nom si elle ne semblait pas être éprise d'une telle détresse.

- C'est moi. Tris, que se passe-t-il ?

Elle ne répond pas, ses lèvres tremblent. Elle attrape ma main et me tire jusque dans la chambre de Lexa.

- Lexa ? appelé-je.

Tris m'emmène dans la salle de bain et je la vois, sur le sol, assise contre le mur. Elle est éveillée mais je lis de la douleur sur son visage. Elle n'est vêtue que d'une serviette de bain. Une partie de celle-ci est tâchée de sang.

- Lexa !

J'attrape une autre serviette et la dépose sur son bas-ventre jusque sur ses genoux. Je soulève la serviette ensanglantée pour examiner la blessure.

- Ce n'est rien, me dit Lexa les dents serrées.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

Je maintiens un morceau de la serviette contre la plaie pour arrêter le saignement. La plaie de son opération. Un mois s'est écoulé depuis, ça aurait dû être déjà assez bien cicatrisé.

- Je ne voulais pas laisser Tris seule pendant trop longtemps, m'explique-t-elle, j'ai pris une douche aussi rapidement que possible et j'ai glissé.

Elle jette un regard à sa fille terrifiée qui nous regarde depuis le pas de la porte de la salle de bain. Je vois de la honte dans les yeux de Lexa et dépose ma main libre sur sa joue pour qu'elle me regarde.

- Hé, ce n'est pas de ta faute. Tu essayais de faire bien. Tris va s'en sortir, et toi aussi.

Lexa baisse les yeux. Je vois les larmes commencer à se former et mon coeur me pousse à me baisser doucement pour l'enlacer brièvement. Je sens la poitrine de Lexa trembler et entends les pleurs discrets. Ce qui me fait mal est de la voir se retenir car elle ne veut pas que sa fille la voit pleurer. Elle essaie encore d'être forte.

- Ils ne me laisseront pas garder Tris quand ils verront à quel point je suis une mauvaise mère, murmure-t-elle et je veux lui hurler après, lui dire qu'elle a tort, mais Tris nous regarde encore. Dans un murmure aussi faible que le précédent, Lexa ajoute : Je ne peux pas la perdre à nouveau.

Quelques mois plus tôt c'était moi qui me brisait petit à petit. J'en étais à un point où l'espoir était très loin de moi, et maintenant j'essaie de revenir à lui. Grâce à Lexa. Elle m'a fait me soucier à nouveau, lentement, mais désormais c'est elle qui est à terre. Elle était déjà désespérée auparavant, mais maintenant elle est terrifiée de perdre sa pièce manquante.

J'essuie ses larmes avec ma main pour que Tris ne les voit pas et me redresse.

- On s'entraide, tu te souviens ? Je suis là pour toi, la rassuré-je.

Elle sourit. Très légèrement, mais c'est tout de même un sourire. Je cherche du regard le matériel médical que l'hôpital a dû donner à Lexa, et j'aperçois un gros sac blanc près du bureau. Je me lève et vais l'attraper.

- Elle va aller bien ? me demande Tris.

Je m'arrête sur mes pas et repose le sac sur le sol. Je m'assieds sur le sol et demande à Tris de faire de même.

- Lexa va bien. Sa petite plaie s'est rouverte mais je vais réparer ça, d'accord ?

Elle fait la moue et baisse le regard. L'une de ses boucles tombe sur son visage et si mes mains n'étaient pas couvertes de sang je la remettrais en place.

- Est-ce que ta plaie va bien ? lui demandé-je, espérant la distraire un peu.

Elle attrape le bas de son t-shirt et le lève pour que je puisse voir le parfait pansement à côté de son ventre. C'est un large pansement, ils n'ont pas pris de risque pour l'enfant.

- Le docteur dit que je suis chanceuse, me raconte Tris.

- Vraiment ? Que disent-ils d'autre ?

- Tout le monde dit que je ressemble à Maman, je leur dis c'est pour ça qu'elle est ma maman.

Il y a tant de chaleur émanant de cette petite fille que je veux la serrer fort contre moi, mais Lexa est encore blessée dans la salle de bain.

- Je vais aider ta maman, tu devrais aller t'allonger dans le lit. Maman va te rejoindre bientôt, d'accord ?

Elle acquiesce. Je pense qu'elle me croit. Elle grimpe sur le lit et je retourne auprès de Lexa. Cette dernière ne parle pas. Elle a dû nous voir. Une fois que j'ai terminé de suturer, je croise son regard et y perçois de la reconnaissance.

Je l'aide à rejoindre le lit dans lequel Tris s'est endormie. Quand Lexa s'allonge à côté de sa fille, cette dernière se rapproche de sa mère.

Quand j'ai rencontré Lexa je pensais qu'elle était la personne la plus insouciante que je n'avais jamais côtoyée. J'avais tort. Elle est tout le contraire, elle est la personne au plus grand cœur que j'ai rencontrée, et elle fait son possible pour s'en sortir. Peu importe au combien difficile il m'est actuellement de gérer mes problèmes, je vais l'aider. Je vais faire tout ce que je peux pour l'aider elle et sa fille.


Lexa

Je ne dors pas beaucoup. Il est presque sept heures du matin et je veux faire visiter le coin à Tris. Elle est encore un peu malade mais le docteur a dit que l'air frais lui serait bénéfique. Dans une semaine, l'inspecteur en charge de l'affaire et une assistante sociale vont venir voir s'ils peuvent me laisser garder Tris jusqu'à ce que le juge décide, à la fin du mois, qui obtient la garde définitive.

Si je reste ici, dans cette chambre au-dessus de cette taverne, ils vont me prendre Tris pour toujours. Je dois trouver un autre endroit où vivre avec Tris.

Tris est profondément endormie, ses mains accrochées à mon bras. A l'hôpital, elle avait toujours peur de se réveiller seule. Après y avoir été abandonnée par ses soi-disant parents, je comprends sa peur d'être laissée seule. Je n'y croirais pas si le juge décidait de les laisser reprendre Tris. Ils n'étaient pas de bons parents. Ils ont eu leur chance.

J'essaie de réveiller Tris mais elle s'accroche un peu plus à moi. Je veux parler à Clarke avant de rejoindre le campus. Je vais devoir trouver un moyen de retourner en cours et obtenir mon diplôme cette année. Je ne peux laisser mes études s'éterniser si je veux être une mère.

Je prends Tris dans mes bras et me lève. Ma plaie fait encore mal car je ne l'ai pas laissée cicatriser correctement. Même à l'hôpital je me levais sans arrêt pour aller chercher ce dont Tris avait besoin. J'ai dormi à ses côtés et parfois elle s'accrochait fortement à moi dans son sommeil. Je ne peux la perdre à nouveau.

Je rejoins le couloir et frappe à la porte de Clarke. Tris enfouit sa tête dans mon cou. Elle n'est pas aussi lourde que je pensais qu'elle le serait en tant que petite fille de quatre ans, mais elle a été malade pendant plusieurs mois, alors je ne suis pas surprise. Je toque à nouveau et entends des pas traînants jusqu'à ce que la porte s'ouvre.

Les yeux fatigués de Clarke s'ouvrent par surprise. Elle jette un regard inquiet à Tris.

- Elle va bien ?

- Oui, ça va, elle a besoin d'un peu de temps pour se réveiller. On peut parler ?

Elle acquiesce. Elle semble ensommeillée et à la vue de son lit et de la petite lampe de chevet allumée je comprends que je l'ai réveillée.

- Excuse-moi, ce n'est pas vraiment le bon moment.

Elle s'assied sur son lit et tapote le matelas à côté d'elle pour que je m'asseye.

- C'est la première fois que tu t'excuses pour t'être invitée dans ma chambre.

Je regarde ailleurs, serrant ma fille contre moi, tandis qu'elle sourit. Je suis là pour avoir une conversation sérieuse, je ne peux pas laisser le sourire de Clarke me faire oublier ce que j'ai à dire.

- Il y a deux semaines, Tris m'a dit qu'elle ne voulait pas retourner vivre avec Echo. Echo est sa façon de dire Costia. Elle a aussi surnommé la meilleure amie de Costia dont je ne connaissais que le nom. Costia ne l'a jamais invitée chez nous quand nous étions ensemble, alors je ne pouvais pas savoir qu'Anna était en réalité -

- Niylah, me coupe-t-elle à ma grande surprise. Elle m'a dit qu'Anna n'était qu'un surnom, le soir où elle est venue dans ma chambre.

Oui, le soir où elle est venue se doucher avec toi, je m'en souviens. Je veux le lui cracher, lui faire comprendre au combien c'était mal, mais ça ne serait pas juste. J'étais jalouse. Je le suis toujours. Je ne peux voir qui que ce soit d'autre approcher Clarke mais je ne peux pas non plus lui ajouter ma nouvelle responsabilité.

- Ils n'ont pas cessé de me surveiller ces dernières années, expliqué-je, Costia l'a admis. Ce n'est pas très compliqué de me trouver, je suis l'un des meilleurs élèves et joueurs de l'université de cet état.

Je déglutis à ces derniers mots, car ils me rappellent que, si j'ai été facilement trouvée, j'aurais pu les trouver aussi. Cela n'aurait pas été si compliqué, mais je n'ai même pas essayé. J'ai laissé tomber mon bébé. Je suis autant en colère contre moi-même que je le suis contre Costia.

- En revanche, Tris aime son père. Il est venu avec Costia pour une autre confrontation en présence des mêmes officiers que tu as vu. C'est lui - son père biologique. Je n'ai pas eu la chance de lui parler. Je crois que Costia le manipule aussi.

J'ai toujours pensé être en colère contre ce mec, mais le voir ainsi à l'hôpital, figé près de Costia, j'ai eu l'impression qu'il n'était pas contre moi. Il a longuement regardé Tris et je pense qu'il l'aime aussi. Le fait que Tris aurait bien voulu aller avec lui prouve qu'il n'est pas si mauvais, mais elle ne voulait pas aller avec lui si cela signifiait partir aussi avec Costia et ne plus m'avoir avec elle.

- Je pense que Costia est le seul problème. Et le détail bête est que son grand plan pour me faire venir à l'hôpital n'était pas vraiment un plan. Ce n'était qu'un élan de désespoir...

Clarke ne répond pas immédiatement. Tris bouge légèrement dans mes bras mais ne se réveille pas. Je laisse le silence emplir la pièce. Je ne me sens pas lourde. Je voulais tant parler à Clarke que je ne sais pas quoi faire maintenant que c'est fait. Et j'ai seulement parlé de Tris... car je ne peux évidemment pas parler de l'autre chose.

- Je suis contente que tu sois venue, me dit-elle.

Je la regarde avec espoir. Elle n'est plus en colère contre moi et je ne peux l'être contre elle. Je veux voir quelque chose pour nous, mais comment le puis-je ? Je suis une étudiante avec un enfant et elle vient seulement de trouver un emploi qui l'intéresse. Je ne veux pas gâcher ça pour elle.

- Je suis contente que tu m'aies laissée t'emmener à l'hôpital, répondé-je et elle rit.

Elle rit ?

- Tu m'aurais embarquée de force de toute façon, me fait-elle remarquer. Je n'avais pas vraiment le choix, n'est-ce pas ?

La tête de Tris bouge dans mon cou. Elle se réveille enfin.

- Je ne sais pas, t'es plutôt douée pour me repousser, répliqué-je.

Peut-être n'aurais-je pas dû dire ça. Clarke baisse les yeux, son sourire disparu. J'ai dit la mauvaise chose. J'ouvre la bouche pour m'excuser, mais Tris lève la tête et me regarde avant de tourner la tête vers Clarke.

- Clok ? l'appelle-t-elle.

- C'est Clarke, indiqué-je avec un rire.

- C'est ce que tu dis, Clok, Clorrrrrrrk, insiste-t-elle.

Elle me regarde et pose ses deux mains sur mes joues, appuyant dessus avec ses index. Ses boucles blondes sont en bataille et je ne peux m'empêcher de les remettre en place. J'entends un rire et me souviens, Clarke nous regarde.

- Je crois qu'elle est bien réveillée, rit-elle.

Elle rit mais ne semblait pas si heureuse quelques secondes plus tôt.

- Tu vas bien ? la questionné-je.

Nous n'avons parlé que de moi, mais ce n'est pas vraiment ce dont je voulais parler. Je ne lui ai pas demandé comment elle supportait ses problèmes ce dernier mois. Non pas que je ne m'en soucie pas, j'étais simplement occupée avec Tris et tout ce qui a suivi la greffe.

Clarke acquiesce, doucement, mais sûrement. Et je l'observe réfléchir profondément, se perdant dans ses pensées. Elle hésite et je fuis son regard une seconde pour surveiller Tris qui a posé sa tête sur mon épaule.

- J'ai été sur la tombe de mon père, admit-elle enfin.

Je la regarde avec inquiétude, mais elle ne semble pas brisée comme j'avais l'habitude de la voir.

- En fait... ça aide, ajoute-t-elle et je l'encourage à continuer. J'ai parlé à sa tombe et ça m'a aidé à me souvenir de lui. Pendant tout ce temps j'avais peur de l'oublier... alors que je ne pouvais pas l'oublier elle.

Je comprends ce qu'elle veut dire. J'ai été hantée pendant des années par le visage de Costia, mais ce qui m'a fait le plus mal ont été les souvenirs de la naissance de Tris. Ce dont j'étais censée me souvenir comme un douloureux mais merveilleux rêve est resté gravé dans ma mémoire comme un cauchemar. Voir le visage de Tris maintenant me rappelle son petit visage de bébé. Je me sens alors d'autant plus coupable et j'ai d'autant plus besoin de prendre soin d'elle.

- Je crois que je vais continuer à aller le voir de temps à autre, me dit-elle.

Je ne sais pas quoi répondre. Je ne veux pas parler pour ne rien dire, alors j'acquiesce et reste silencieuse. J'adore avoir Tris dans mes bras et Clarke à mes côtés. Nous ne nous touchons pas mais sa présence est réconfortante. J'aimerais rester ainsi pour toujours, mais j'ai beaucoup de choses à faire aujourd'hui.

- Je dois y aller. Je dois m'habiller et Tris doit prendre ses médicaments, et elle a besoin d'un petit-déjeûner, aussi, alors... je suis contente qu'on ait parlé.

Je me lève, les bras de Tris me tenant fort. Je dois me dépêcher car je n'ai rien dit que je voulais réellement dire à Clarke, mais je ne veux pas tout gâcher. Nous avons pu parler sans nous battre et c'est le mieux qu'on ait pu faire jusqu'ici.

- Lexa, attends !

Je m'arrête. Elle se lève pendant que mes pensées m'écrasent.

- Tu veux que je surveille Tris pendant que tu vas t'habiller ? Je peux vérifier son pansement, voir s'il a besoin d'être changé...

J'acquiesce sans plus y penser. J'ai été contre laisser Tris seule avec quelqu'un d'autre et pourtant je la dépose sur le lit de Clarke, lui dis que je reviens vite et quitte la chambre. Je sais simplement que je peux faire confiance à Clarke. Je sais aussi que j'ai besoin d'elle.


Clarke

- Maman !

Tris ne sent pas en sécurité sans Lexa, mais j'espère parvenir à gagner sa confiance. Elle est la fille de Lexa, et si je veux rester auprès de la mère, je dois m'entendre avec la fille. Est-ce que penser ça fait de moi une personne horrible ? Je vois Lexa en cette petite fille et ça me donne envie de la protéger.

- Tout va bien, elle revient très vite, la réconforté-je.

Elle me regarde et me sourit, mais son sourire est mince. Je crois qu'elle essaie de se convaincre elle-même que tout va bien tout en étant encore inquiète.

- Hé, Tris, tu me laisserais vérifier ta plaie ?

Ses yeux sont figés sur la porte par espoir de voir sa mère revenir. Elle hoche la tête positivement. Je lui montre mon oreiller pour qu'elle sache qu'elle doit s'allonger, et une fois qu'elle est sur le dos, je soulève un peu son t-shirt et vois le gros pansement couvrant son côté gauche. Je la préviens avant de l'arracher. Ce que je vois me surprend.

Pas de sutures. Juste une cicatrice récente.

- Tes sutures sont tombées à l'hôpital ?

- Abby m'a dit que je cicatrise plus vite que Maman ! s'exclame-t-elle fièrement.

Elle sourit à nouveau, mais gaiement cette fois. Je souris aussi à la façon dont elle s'est exprimée. Abby. Je vois bien ma mère s'entendre avec cet enfant-là. Qui ne s'entendrait pas avec elle ? Tris est maligne et ses yeux sont emplis de plusieurs émotions à la fois ! Comme sa mère. Il y a beaucoup de Lexa en Tris que j'adopterais bien maintenant !

- Tu as mal quelque part ? lui demandé-je en mettant un nouveau pansement pour couvrir la cicatrice fraîche qui nécessite encore une protection.

Je ne dois pas trop m'attacher à cet enfant.

- Seulement quand je dois faire pipi et quand je fais, explique-t-elle.

Ses reins vont fonctionner difficilement pendant un moment, mais avec un peu d'espoir elle s'en sortira. La greffe de Lexa va faire son travail. Je l'espère.

- Et si on prenait une photo et qu'on l'envoyait à Abby ? lui proposé-je.

Je veux penser à tout sauf à l'insuffisance rénale. Son sourire s'agrandit et j'attrape mon téléphone. Elle regarde l'écran, et quand elle voit le nom de contact que j'ai donné à Abby, elle s'exclame.

- Tu appelles Abby Maman !

- Oui, elle est ma maman.

Nous lui avions déjà dit à l'hôpital, mais je suppose qu'elle ne voyait pas les choses de cette façon. Cela n'importe pas, j'adore voir son sourire et cette lumière dans ses yeux. J'aimerais que Lexa les ait aussi.

Je prends une photo de nous deux souriant et l'envoie à ma mère. Je devrais l'inviter à la galerie. Elle est cheffe de la pédiatrie à l'hôpital Alpha, après tout. Je regarde Tris alors qu'elle hurle après Lexa quand cette dernière ouvre la porte. Cette enfant est plus courageuse que moi.

C'est pourquoi je dois continuer de l'aider elle et sa mère. Autant que je le peux.


Lexa

J'installe Tris sur une chaise dans le restaurant et vais rapidement nous chercher un petit-déjeûner. Indra vient à la rencontre de Tris et est aussi surprise que tous les autres quand elle la voit.

- Eh bien, elle est vraiment ta fille, dit-elle.

Je souris et l'invite à s'asseoir avec nous. Le restaurant va ouvrir bientôt pour le service du petit-déjeûner. La taverne est encore silencieuse.

Indra va chercher du café et sert deux tasses. Elle m'en tend une, je la remercie, mais en faisant cela je déverse dans ma voix toutes les raisons pour lesquelles je me dois de la remercier. Elle m'a tant aidée que je ne pourrais jamais lui rendre la pareille.

- As-tu réglé tes problèmes avec Clarke ? me demande-t-elle.

Tris mange son pancake silencieusement et il me semble qu'elle a peur d'Indra. Cette dernière est une femme imposante, même moi j'ai eu peur d'elle... j'ai encore peur, en quelque sorte. En fait, j'ai peur de faire la mauvaise chose et de la perdre, alors je continue de l'écouter. Indra est sage, forte, et c'est une mère formidable. Je pourrais apprendre beaucoup d'elle.

- Nous avons discuté, répondé-je.

Je prends une gorgée de mon café. Merde. Indra sait. Elle sait déjà ! Comment peut-elle savoir les choses aussi vite !

- D'accord, d'accord, soupiré-je, je ne lui ai pas encore dit ce que je ressentais, pas de manière explicite. Mais elle sait, au fond.

- Ouais, et au fond t'es encore célibataire.

Elle marque un point. Je n'ai pas vraiment fait avancer les choses dans ce sens avec Clarke, mais je ne suis pas encore sûre que ce soit la bonne chose à faire.

- J'essaie d'être quelqu'un de bien pour Tris, quelqu'un que je n'ai pu être pour Clarke.

J'ai toujours fini par fuir Clarke, et je suis revenue la supplier de me laisser revenir dans sa vie. Clarke et moi ne faisons que nous fuir, mais nous finissons toujours par nous retrouver. Est-ce un signe ? Un bon ?

- De ce que j'ai vu tu as mal agi envers tout le monde sauf Clarke, déclare Indra. Pense à ça pendant que tu cherches un babysitter pour ta fille.

Tris est en train de fixer Indra et je me demande s'ils ne sont pas en plein concours de regard. Je regarde l'une, puis l'autre, pendant un moment avant que je ne mette fin à leur petit jeu.

- Je vais chercher une école pour Tris et retourner en cours. Avec un peu de chance je pourrais reprendre le travail dans quelques jours.

Indra s'arrête de fixer ma fille et me sourit. Ce petit sourire malicieux et chaleureux à la fois que je n'ai jamais compris.

- Ne t'en fais pas pour le boulot. Règle tes soucis d'abord. Tu sais que tu seras toujours la bienvenue ici.

Elle sourit à Tris, ce qui la fait sourire aussi, et s'en va. Je crois que Tris et Indra ont commencé leur relation de la même manière qu'Indra et moi. Fières et féroces.

- Elle est définitivement ta fille ! entendé-je Indra crier depuis le bar.

Je repousse les boucles de Tris en arrière et embrasse son front. Elle est mon bébé. L'une des deux filles auxquelles je n'arrête pas de penser.


Je rentre à la taverne. Cela fait quelques minutes que je porte Tris, elle est épuisée. Je sais que je n'aurais pas dû sortir autant aujourd'hui mais j'avais besoin de régler certaines choses à l'université et trouver une école pour Tris. J'ai fait les deux. Une petite école est prête à prendre Tris et y aller doucement avec elle. Tris n'a pas encore cinq ans, mais je n'ai pas les moyens de payer une babysitter, ce que j'ai expliqué au directeur qui a accepté de prendre Tris en troisième section de maternelle un peu plus tôt que prévu.

Cela n'a pas l'air de déranger Tris qui a vu l'aire de jeux et a dit qu'elle voulait aller y jouer, mais j'espère vraiment qu'elle ne se sentira pas abandonnée là-bas. La laisser pour toute une journée me sera assez difficile comme ça, ne rendons pas ça pire pour elle.

Il y a encore le problème du logement.

- Regarde, c'est Clok ! crie Tris.

Je n'avais pas remarqué qu'elle s'était réveillée. Je lève la tête et vois Clarke à la porte de la taverne, parlant avec un homme. Un jeune homme qui se penche pour l'embrasser. Je ne peux pas voir ça. Je marche sans regarder, mes yeux presque fermés, et monte rejoindre ma chambre aussi vite que possible.

Je dépose doucement Tris sur le lit. Elle sent que je suis énervée car elle tente de poser sa main sur ma joue. Je lui tourne le dos. Mon coeur bat la chamade. Clarke et moi ne sommes pas ensemble. Je le répète encore et encore dans ma tête, mais ça ne fait pas moins mal.

Je vois en flashs des extraits de l'appartement que je pensais être chez moi. Il y a longtemps. Quand tout l'espoir que j'avais s'était envolé en un instant.

- Lexa ! S'il te plaît ouvre la porte !

C'est elle. Elle veut que j'ouvre la porte, et puisque je suis faible, car j'espère encore, j'obéis.

- Lexa...

Elle voit les larmes dans mes yeux et je me sens plus faible que jamais car ces larmes sont là à cause d'elle. Pour elle.

- Je suis fatiguée, Clarke. J'aimerais me reposer.

Ma voix tremble.

- Je sais que tu m'as vue avec Will en-bas, et j'ai besoin que tu saches qu'il n'y a rien entre nous. En fait... j'ai accepté un rendez-vous avec lui pour toi.

Quoi ? Mes lèvres s'entrouvrent légèrement, l'air frais caressant mes dents de devant. Comment peut-on aller à un rendez-vous avec quelqu'un pour quelqu'un d'autre ?

- Si c'est une blague -

- Ce n'en est pas une. Il y a trois appartements au-dessus de la galerie qui sont prêts à accueillir trois familles. Will est seule, c'est pourquoi, quand j'ai expliqué ta situation à mon chef, il a demandé à Will s'il pouvait attendre un moment avant d'emménager. Will a fini par dire oui et un peu plus tard il m'a proposé un rendez-vous. Je ne pouvais refuser après ça...

Elle a parlé trop vite. Mon cerveau me fait mal, mais pas autant que mon coeur. En fait, mon coeur est confus. Tout comme mon cerveau.

- Tu... tu ne sors pas avec lui, murmuré-je.

- Je ne sors avec personne ! s'exclame-t-elle avec un sourire.

- Tu... tu es allée à un rendez-vous avec lui pour moi...

Je bug. Mon cerveau bug complètement. J'entends presque un bz-bz à l'intérieur de mon crâne. La frustration ressort de ce lag.

- Attends... il te demande un rendez-vous une fois par hasard et tu acceptes ? Après m'avoir rejetée pendant des semaines !

Je ne dis pas ça par colère, je suis juste un peu agacée.

- Je l'ai rejeté pour venir te parler, mais je suppose que la jalousie est un bon signe.

Elle sourit. De manière malicieuse. Elle se moque de moi ! Elle me croit jalouse, mais je suis trop occupée à m'occuper de ma fille pour être jalouse pour une autre fille !

Je soupire. Qui suis-je en train d'essayer de convaincre ? Utiliser ma fille en excuse... tandis que Clarke a mis sa douleur de côté pour se moquer de moi. Oui, je crois bien que c'est un bon signe. Son sourire. Le fait qu'elle soit là, en face de moi, souriante.

Je me penche en avant, son odeur m'enveloppant, mais je suis forte, je tiens le coup, je ne tombe pas simplement dans ses bras en face de ma fille. Quand je suis assez proche et que son regard tombe sur mes lèvres, je murmure :

- Je t'embrasserais bien mais la dernière fois que j'ai essayé tu m'as rejetée.

Je me redresse, vois rapidement le rouge sur son visage, sens sa lourde et chaude respiration qui ne quittera jamais mes rêves, et ferme la porte, nous séparant. Tris s'est endormie, et je retourne auprès de mon enfant épuisé avec un sourire au coin des lèvres.

Clarke tombe aussi violemment que moi, et j'adore ça.


J'espère que le chapitre vous a plu !

Petite précision au sujet de l'école : dans la version originale, Tris entre un peu plus tôt que prévu au kindergarten, équivalent de la maternelle en un an aux Etats-Unis. Les enfants y entrent normalement à cinq ans, Tris y entre donc quelques mois plus tôt que prévu. Pour nous, j'ai décidé de mettre troisième section de maternelle pour que Tris puisse faire des activités plus calmes compte tenu de sa santé (apprentissage de la lecture, de l'écriture, compter, dessiner etc.). Ce n'est qu'un détail, mais autant préciser.

Je vous souhaite un bon week-end et à la semaine prochaine !