[La fin approche dangereusement…]
Lorsqu'Aiko entra dans sa classe, en compagnie de Daïsuke, qu'elle avait traînée à l'école pour qu'il ne soit pas en retard, tous les regards convergèrent vers elle. Pendant quelques instants, elle crut que Risa avait bel et bien vendue la mèche. Mais les gens se remirent à bavarder comme si de rien n'était. Probablement qu'ils l'avaient fixé parce qu'ils la considéraient encore comme « nouvelle ». Elle poussa un petit soupir, soulagée. Cependant, elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils lorsque Saehara se dirigea vers elle, l'air suspicieux. Lorsqu'il se planta devant elle, elle lança, gênée :
- Heu… Salut… ?
- Hello !
Comme s'il n'attendait que ça, ce qui était peut-être le cas en fait, il se lança d'une voix solennelle dans une interrogation pour le moins gênante.
- Dites-moi, Mlle Hasegawa… En tant que journaliste confirmé, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer que le jour où vous êtes blessée corresponds parfaitement au lendemain où Yuko s'est fait enlevée, et visiblement gravement blessée, par Krad. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
L'adolescente rougit fortement en se rendant compte que le silence s'était complètement abattu dans la salle de classe, les élèves écoutant attentivement les mots qui allaient sortir de sa bouche. Paniquée, elle sortit la toute première excuse qui lui vint en tête.
- Je… J'ai tombée dans les escaliers…
Saehara soupira. Roulant des yeux, il demanda :
- Et tu veux vraiment que je crois ça ? C'est l'excuse la plus pitoyable du monde !
Déglutissant nerveusement, la jeune fille lança un regard suppliant à Risa, en première ligne dans la troupe qui venait de se réunir autour d'eux. Comprenant visiblement la demande, elle s'avança avant de lancer :
- J'étais là lorsqu'elle est tombée. Toute une chute ! Niwa-kun était là aussi, pas vrai Niwa-kun ?
Le concerné, surpris, répondit à la hâte :
- Oui oui, bien sûr que j'étais là ! Elle… Elle s'est fait très mal, d'ailleurs…
Le journaliste les regarda, ne les croyant visiblement pas. Mais il finit par soupirer, vaincu. Déçus, les élèves se dispersèrent un peu partout dans la classe. En réponse au regard pénétrant que lui lança Risa, la jeune ange souffla :
- Je t'expliquerais tout ce midi Risa, promis.
Son amie acquiesça, avant d'aller s'asseoir à son bureau. C'est là qu'aiko se rendit compte qu'elle l'avait tutoyé. Un petit sourire se dessinant sur ses lèvres, elle alla s'asseoir à son tour. Comme tout le monde en fait, puisque le professeur venait d'entrer. Le cours commença doucement, sans encombre. Même pas de regard de glace de planter dans le dos, ce qui la surpris malgré ce qui s'était passé la veille. Néanmoins, elle frissonna lorsque la cloche annonçant le déjeuner retentit. Comment allait-elle pouvoir expliquer à son amie qu'elle était en fait la « Dark fille » qu'elle avait tant détestée, la veille ? Elle soupira. Elle verrait bien, non ?
Elle s'installa sur un banc à l'extérieur, attendant patiemment son amie. Celle-ci ne tarda pas à venir, un sourire innocent sur le visage. Cependant, dès qu'elle s'installa près d'Aiko, elle perdit son sourire, prenant un air grave. Elle commença aussitôt « l'interrogatoire ».
- Est-ce que c'était vraiment toi qui ma protégée, hier ?
La fille du voleur remarqua avec soulagement que la Harada n'avait pas prononcé le nom de Yuko. Comme ça, ça ferait moins de grabuge si quelqu'un surprenait leur conversation.
- Oui.
Risa resta silencieuse un moment, assimilant tranquillement là nouvelle. Puis, une pointe de colère et d'inquiétude dans la voix, elle demanda :
- Quel est ton lien avec Dark-san ?
La réponse vint au bout de quelques secondes d'hésitation. Jusqu'où pouvait-elle parler sans créer de problèmes ? Finalement, elle répondit par une autre question.
- Si tu veux continuer cette conversation, il faut d'abord que tu me promettes de ne rien à dire, à PERSONNE. Même pas ta sœur. D'accord ?
La fille aux cheveux bruns fronça légèrement les sourcils, mais hocha la tête en signe d'assentiment. Son regard améthyste brillant, son amie soupira. Puis, elle finit par se lancer.
- Je ne suis pas la petite amie de Dark-san, si c'est ce que tu veux savoir. C'est mon père.
- QUOI ?
Risa semblait totalement abasourdie. Elle se leva brusquement avant de commencer à faire les cent pas. La jeune ange, quant à elle, se rendit compte que, sous l'exclamation de la jeune fille, tous s'étaient retournés pour les fixer. Elle fit un petit signe à son amie, qui le remarqua aussitôt à son tour. Elle fit un petit sourire gêné. Puis, elle saisit la fille du voleur fantôme et l'entraîna vers la petite forêt bordant l'école, loin des regards, mais surtout des oreilles. Les yeux écarquillés, elle demanda :
- Tu… Tu es… la fille de Dark-san ?
- Hm.
- Mais c'est impossible ! Dark-san n'a que 17, voir 18 ans ! Comment pourrait-il avoir une fille de quatorze ans ? !
- Ça, c'est plus compliqué et je ne peux t'informer. Ça serait trop long et dangereux. Mais je suis bel et bien l'enfant de Dark, que tu le veuilles ou non.
- Je confirme, c'est bien la fille de ce cher Dark. Dommage que tu en sache autant, tu deviens une nuisance pour mes plans.
Les deux adolescentes sursautèrent. Elles se tournèrent simultanément vers la provenance de cette voix bien désagréable, même si Aiko savait pertinemment à qui elle appartenait. Lorsqu'elle vit Krad, celui-ci lançait une plume vers Risa. Elle réagit au quart de tour, plaquant solidement son amie contre terre, sentant le projectile lui effleurer le dos. Elle grimaça en sentant un élancement dans son épaule, mais ne dit rien. Se levant d'un bond, elle fixa l'Ange Blanc d'un regard haineux. Celui-ci eut un petit sourire amusé.
- Tiens, je t'ai bien amochée, toi.
- Qu'est-ce que tu veux, hein ?
- Terminer ce que j'ai du interrompre hier.
Sans qu'un son de plus ne franchisse ses lèvres, il lança une nouvelle plume dans sa direction, mais elle l'évita facilement.
- Risa ! Va-t-en !
- Je ne te laisserais pas toute seule avec ce monstre.
- Tu ne peux pas m'aider. Vas chercher Niwa-san, il saura quoi faire.
- Niwa-kun ?
- Contente-toi d'aller le chercher. Je t'en prie.
Voyant que le blond allait repasser à la charge, la jeune fille aux cheveux de jais fit un pas de côté, de sorte à se retrouver dos à Risa, pour pouvoir la protégée. Celle-ci céda, partant en courant en direction du collège. Krad ricana.
- Et si on passait aux choses sérieuses ?
- Parfaitement d'accord.
L'adolescente sortit la bague de sa poche avant de se la passer au doigt. Elle ne prit pas le temps de s'admirer, sentant parfaitement qu'elle avait changée de toute façon. Une douce lueur violette enveloppa sa main alors qu'elle posait cette dernière dans son dos. Une douleur cuisante se fit sentir entre ses omoplates. Avant que les ailes ne sortent, elle dut sauter au sol pour éviter un éclair doré. Elle se retint de pousser un juron lorsqu'elle sentit, en plus de la douleur des ailes qui s'étaient décidées à sortir, que sa blessure s'était rouverte. Saisissant fermement son épaule, la jeune fille s'envola, ne se sentant guère en sécurité dans la forêt.
Elle grogna en sentant le sang de sa blessure se répandre sur sa main. Elle n'attendit pas que Krad se pointe pour plonger vers les rues, avant que des élèves ne la voient. Elle vola à ras le sol, faisant fit des cris que les villageois poussaient en la voyant. Néanmoins, elle constata avec satisfaction qu'ils ne semblaient plus prêt à lui asséner des coups dès qu'elle serait au sol. Elle perdit cependant son sourire lorsqu'une plume blanche se ficha sur le sol, lui effleurant les côtes. Elle poussa un petit juron, avant de s'écrier :
- Allez tous vous cacher !
Aiko n'aurait même pas eut besoin de le dire. Les gens s'enfuyaient déjà, hurlant de peur à la vue du Dark Blanc. Sauf un petit garçon, d'environ quatre ans. Ébahit, le petit fixait les apparitions de ses grands yeux verts brillants. Mais surtout, Krad souriait. Il savait qu'elle se porterait à son secours. Il savait, et il n'avait pas peur d'essayer. Et elle savait tout ça, c'est bien ce qui lui faisait peur. Tout ça, grâce à un petit sourire.
Les quelques instants suivants semblèrent se passer au ralentit. Un éclair doré partit de la paume tendu de l'Ange Blanc. Un grand cri de détresse de la mère se fit entendre. La jeune ange courut vers l'enfant, en se lâchant l'épaule pour aller plus vite. Elle sauta, passant devant le bambin au dernier moment, le moment crucial. Le rayon la heurta de plein fouet, dans le cœur. Elle hurla, alors que l'éclair semblait se répandre partout sur son corps, l'électrocutant comme si la foudre venait de s'abattre sur elle. Le temps reprit son cours normal.
Elle s'effondra au sol, alors que le petit s'était mis à pleurer, réclamant sa maman. Celle-ci se hâta de venir le chercher, remerciant en pleurant la jeune fille au sol. Cette dernière, faible, ne répondit rien. Elle peinait à rester consciente, voir même en vie. Si ce n'était pas de sa volonté de rester en vie, elle ne le serait probablement plus.
Son cœur battait faiblement, sa respiration était laborieuse. Elle ne parvenait même pas à tenir son épaule, qui saignait maintenant aussi abondamment que la veille. Elle sentit que la bague, touchée elle aussi, arrêta d'agir. Alors qu'elle reprenait son apparence normale, des « Aiko ? ! » surpris retentirent un peu partout dans les magasins. La concernée sourit faiblement. Elle allait devoir faire face à de nombreuses questions, le lendemain…
Sa vue brouillée lui permit de voir que Krad s'approchait à pas lents, comme s'il profitait pleinement de ce moment. Lorsqu'il remarqua qu'elle n'était pas morte, il grimaça.
- Tiens, j'étais sûr que j'en avais fini avec toi… Tant pis. Cette fois, je ne te manquerais pas !
Une lumière dorée commença à éclairer sa paume gantée. Aiko ferma les yeux, une larme perlant au coin de ceux-ci. Elle croyait le blond sur parole : cette fois, il ne la manquerait pas. Elle n'aurait pas la chance de s'expliquer à ses amis, elle n'aura pas la chance de parler à Risa. Elle n'aura pas le temps de mieux profiter de sa nouvelle vie. Car elle se terminait là, et maintenant.
Le rayon partit de la paume de Krad. La voix faible, elle prononça ses dernières paroles, les moins polies qu'elle ait jamais dites.
- Va te faire foutre, Krad…
[Allez, juste parce que je suis d'un sadisme équivalent celui de Krad (mais dans un autre sens et tant mieux o0 ), je vous coupe ça juste là. Ne vous inquiétez pas le prochain chapitre est pour bientôt ;) ]
