Voilà déjà une suite ! Je suis enfin (presque) en grandes vacances, sooo :D

Les choses avancent un peu entre les 2, enfin, même beaucoup sur un certain plan ;)

D'avoir re-regardé la saison 2 m'a inspiré pour cette suite.

Je sais, ça ira peut-être vite au goût de certain(e)s maiiis, les dés ne sont jamais lancés, souvenez-vous en. De beaux projets n'amènent pas forcément de beaux résultats.

PS : Merci pour les reviews, n'hésitez pas à commenter, c'est important pour moi d'avoir vos retours et votre point de vue.

Enjoy.

Love.


'Se fondre dans la masse ' était rarement une option pour Hannibal Lecter, même s'il l'avait parfois souhaité. Mais ce vampire semblait célèbre, et William ne tardait pas à le comprendre, à mesure que les divers invités s'approchaient de son maître avec toutes sortes de formes de politesse, de courbettes, et d'envie à peine camouflée. Ceux qui ne le désiraient pas directement semblaient désirer être comme lui, posséder sa prestance et son élégance, ses multiples dons et son charisme.

Ainsi, par extension, William se retrouvait au centre de l'attention de la majorité des invités. Tous ceux qui avaient salué son maître et échangé quelques mots -souvent futiles et idiots- avec lui, n'avaient pu s'empêcher de le féliciter, longuement, de cette acquisition, ou de fixer William avec une appétit évidente.

A aucun moment, Hannibal n'avait lâché le ruban de soie, retenant son esclave près de lui. Semblable à un dieu, il se mouvait à travers les invités, puissant et beau, et jouait si bien la comédie que personne ne put voir qu'il ne mettait aucun cœur dans ses réponses faussement chaleureuses ou ses sourires feints. Il se demanda à un moment si William s'en rendait compte, avec son empathie. Probablement. Ou peut-être était-il trop occupé à gérer les multiples vampires qui venaient à leur rencontre.

Si Hannibal n'y mettait que peu de cœur, ce n'était pas par haine. La plupart des autres vampires lui étaient insignifiants et inférieurs, c'était tout. Cependant, il y en avait quelques uns avec qui il feignait moins. Et d'autres, surtout un, envers qui il s'agissait véritablement d'un sentiment s'approchant de la haine.

« Mason Verger, » s'exclama t-il soudain alors qu'un vampire d'un âge moyen, au visage à l'air ingrat supportant des lunettes, s'approchait d'eux. Il tenait fermement dans son poing une ceinture de cuir, reliée au poignet d'une jeune femme presque totalement nue, dont le regard suivait le sol, emplie de honte.

« Hannibal, » répondit l'autre, d'une voix qui comportait un drôle d'écho aigu très désagréable à entendre. Visiblement, il ne retournait pas la politesse de répondre par le nom et le prénom. La manière dont il se tint près d'eux ne comportait aucune élégance, et semblait étrangement insultante. « Tu te souviens de ma sœur, » grinça t-il, tirant sur le bras de la jeune femme en lui glissant une main dure sous le menton pour la forcer à relever le visage et à faire face à Hannibal.

Hannibal Lecter, depuis qu'il avait croisé Mason tenant sa sœur ainsi, sentait ses organes se crisper de dégoût et de rage, à défaut de ses poings. Le geste de Mason constituait une pure provocation : sa sœur n'était pas esclave mais humaine, et il semblait prendre un malin plaisir à la détruire à petit feu, jusqu'à une humiliation comme celle-ci. C'était plus que dépasser les bornes, c'était être fou et n'avoir qu'un tas d'ordures à la place du cœur ; c'était prendre le monde à pleine main et désirer le baiser froidement.

Hannibal n'aimait vraiment pas cette attitude. Et le fait qu'il s'agisse de sa sœur... Le docteur Lecter imaginait déjà comment il allait faire rôtir ce grossier Mason.

Hannibal voulut répliquer qu'ils pouvaient en rester au vouvoiement, et que sa sœur avait un prénom. Margot. Mais l'idiot face à lui était tout à fait conscient de la manière de s'adresser à ses interlocuteurs, et l'impolitesse prégnante n'était qu'une provocation pour qu'Hannibal vienne sur son terrain de jeu vicieux et insipide, pour qu'il le défie. Alors Hannibal ravala l'acidité dans sa bouche, et répondit en arborant un étrange sourire. « Bien entendu. Et voici mon esclave, » répondit-il, sans nom non plus.

Mason étira ses lèvres en un sourire pervers, alors qu'il détaillait William du regard. L'esclave ne sut s'il devait détourner les yeux, et se figea sous ces yeux inquisiteurs et ce visage qui le rendait mal à l'aise. Cependant, il maintint son regard.

Hannibal attendit quelques secondes, qui parurent une éternité, durant laquelle il visualisait toutes les manières de torturer ce Mason Verger répugnant.

« Il n'a pas l'air très bien dressé, » dit tout à coup Mason, relevant les yeux vers Hannibal. Et puis, brutalement, il éleva son bras dans l'air et empoigna la chevelure de sa petite sœur qui ne put retenir un cri de douleur, avant de tirer dessus jusqu'à ce que sa tête touche presque le sol. Mason, accroupit, n'en avait que faire des regards alentours, et il souriait davantage en fixant Hannibal. « C'est comme ça qu'il faut faire, mon cher Hannibal, » dit-il dans un rire dément. « Le tien a encore l'air vierge, c'est quoi ce bordel, hein ? » Il ricana encore, puis se redressa en lâchant sa sœur. « Dépêche-toi de le prendre, avant que quelqu'un le fasse pour toi, » ajouta t-il, lissant sa chemise avec ses paumes.

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder un vase qui avait déjà trop contenu. La rage se distilla dans la totalité du système sanguin du vampire Lecter, et il ferma un court instant les yeux pour prendre une inspiration discrète. Il ne pouvait décidément pas exploser maintenant, au milieu de cette foule, et montrer à la société dominante qui il était réellement. Il ne pouvait tout simplement pas perdre la façade dont la construction lui avait coûté tant d'efforts. Il ne pouvait pas s'en prendre à l'un des siens, le défier ici et probablement le réduire en miettes, faire un carnage brutal, sanguinolent et pourpre.

« Ne t'en fais pas, mon cher Mason, » répondit alors Hannibal, réussissant à étirer les parois du vase pour contenir le déversement. Son ton était neutre, et il réussit même à esquisser un petit sourire alors qu'il glissait ses doigts contre la nuque brûlante de son esclave. « Une longue attente ne fait qu'accroître le plaisir du résultat, » souffla t-il. Il venait de remporter cette manche. En William, Hannibal pouvait flairer l'inquiétude et la haine. De nouveau, il se demanda si William avait suffisamment d'empathie pour lire en Hannibal et comprendre qu'il jouait totalement la comédie. Que William puisse associer Hannibal à quelqu'un comme Mason Verger, écœura profondément le vampire, et il se dit qu'il devrait vite rétablir la vérité.

« Belle preuve de patience, alors, » commenta Verger. Sa sœur près de lui réussit à se redresser.

« En effet. Maintenant, je vais aller prendre un verre, au revoir Mason, » prononça Hannibal, appuyant les derniers mots et s'éloignant avec William.


Après d'autres paroles échangées avec quelques invités, Hannibal put enfin s'éclipser de cette soirée. Ils y avaient passé suffisamment de temps, quelques heures qui durent paraître une éternité à William, exposé ainsi, mais tellement moins que la plupart des esclaves souvent très dénudés ce soir. Il vint retrouver son chauffeur, et pendant que ce dernier allait rechercher la limousine, Hannibal sortit accompagné de William par la grande porte du bâtiment.

L'air froid de l'hiver les saisit instantanément, mais seul William en fut affecté. Le froid, comme la chaleur, n'était pas réellement ennuyeux pour les vampires.

« Tu avais le droit de parler, tu sais, » murmura Hannibal en se tournant vers son esclave, dont les cheveux virevoltaient doucement sous le vent. « Je ne veux pas que tu deviennes une coquille vide qui n'a plus rien à dire, comme nombreux ici ce soir, » ajouta t-il. « Il faut que tu sois cultivé et que tu répondes davantage aux autres. » Son ton était ferme. Mais William ne lui rendit pas son regard, fixant devant lui la neige qui tombait.

« Certains esclaves étaient même déjà morts, » murmura finalement le jeune esclave. Il se tenait raide comme un piquet, refusant de se voûter sous le froid. Dans sa voix ne brilla justement pas l'éclat de la vie, comme si une lumière venait de s'éteindre en lui. Exactement ce que le vampire ne souhaitait pas voir.

« Tu as trop d'empathie pour ce monde, William. »


Assis confortablement à l'arrière de la limousine, le vampire observait le jeune homme défaire -avec une sorte d'empressement mal camouflé- les liens de soie noire qui l'obstruaient. Il se dépêchait, presque maladroitement, de retrouver le peu de liberté qu'il lui restait. Ses iris violets s'étaient assombris, et ses doigts n'arrivaient pas à maîtriser de légers tremblements.

Hannibal, sans un mot, glissa avec élégance sa main dans la poche intérieure de sa veste, pour en extraire une boite en métal. Lorsqu'il ouvrit et qu'il la tendit vers William, l'esclave put y voir des cigarettes arrangées impeccablement. Un réel cadeau de la part du maître.

Enfin, William leva ses yeux purpurines vers son maître, et bien qu'aucun 'merci' ne franchit ses lèvres, l'éclat qui anima un instant son regard fut tout comme. Il attrapa une des cigarettes, et avant qu'il n'ait eu le temps de penser à un briquet, l'autre main de Hannibal s'approchait de son visage avec un magnifique briquet doré ancien, la flamme prête à faire son travail.

Hannibal ouvrit un peu la fenêtre, et regarda les arbres enneigés s'enchaîner le long de la route. « Je ne rentre pas immédiatement, le chauffeur va te déposer, » souffla-t-il à son compagnon.

Quelques secondes passèrent, pendant lesquelles William fumait tranquillement, laissant la nicotine le détendre. « Je ne suis pas pressé de rentrer, » annonça t-il ensuite.

S'agissait-il d'une proposition pour rester avec lui ?

« Tu ne sais même pas ce que je vais faire, » répondit Hannibal, comprenant qu'ils se comprenaient désormais au-delà des formulations convenables.

L'esclave haussa les épaules. « Je suppose que ça a un rapport avec tous ces faux-semblants, et le fait qu'il faudrait sincèrement que vous laissiez retomber la pression avant d'aller dormir. »

Alors, c'était cela, William avait réussit à lire en Hannibal toute cette soirée. Peut-être pas tout, car beaucoup lui échappait lorsque ça le concernait. Mais tout de même, il avait compris ce que tous ces vampires n'étaient pas capables de voir.

Le maître réalisa que ses propres épaules étaient en tension, et il les laissa retomber. Comment un simple esclave avait ce pouvoir incroyable, celui de glisser ses magnifiques yeux au delà de sa peau pour y apercevoir le monstre décharné tapi dans l'ombre. Cela avait-il un rapport avec l'effet incroyable qu'il avait ressenti lors de leur rencontre ? Se pouvait-il que les phéromones et toute cette biologie magique aient été assez puissants pour le guider vers lui, parce qu'il était le seul à pouvoir le comprendre ? Hannibal voulait-il laisser quelqu'un le comprendre ? Le risque était grand, il le sentait aussi lourd que la puanteur de la cigarette dans l'habitacle.

Mais il ne pouvait nier le soulagement de faire face à un être face à qui le masque pouvait tomber un tant soit peu. Ses traits se défigèrent doucement, et Hannibal Lecter eut son premier sourire réellement sincère de la soirée.

« Que vais-je faire exactement, d'après toi ? » glissa t-il alors, comme une invitation, et un défi en même temps.

Il semblait qu'ils étaient enfin dans le même train, sur le même plan, sur la même longueur d'onde. Hannibal se sentait foutrement revigoré à présent.

« Faire couler du sang, » répondit William, d'une manière si naturelle que ça en était totalement déroutant. Il haussa les épaules, et jeta sa cigarette par la fenêtre. « Vous êtes le prédateur des prédateurs, n'est-ce pas ? » Il releva son regard vers celui de son maître, l'ancrant sans aucune peur désormais. « Je l'ai compris, ce soir. » Et il semblait qu'il avait également compris que si Hannibal le préservait autant -par rapport à tous ces autres esclaves- alors qu'il semblait pouvoir tuer n'importe qui de n'importe quelle espèce, il était dans les faveurs du prédateur des prédateurs. Il avait une sorte d'immunité, qu'il n'avait pu envisager jusqu'à présent. Cependant, il ne semblait pas vouloir en profiter, toujours conscient du fait qu'il n'était là que depuis quelques jours, et que le vampire pourrait toujours s'en prendre à lui et le détruire en quelques secondes. Mais détruire d'autres individus passait largement avant. Et c'était l'essentiel.

Comme le maître ne répondait pas encore, et que l'esclave semblait lancé et ouvert à présent, il continua. « Pour tout vous dire, même j'ai bien plus de mal à contenir ma rage que vous, vous savez très bien que j'étais à la tête d'un groupe de rebelles, et que... si je pouvais faire payer à tous les vampires, je le ferai de mes mains. Alors quelqu'un comme Mason... mérite le pire des châtiments. »

Hannibal sourit davantage, une sorte de joie -était-ce possible que quelqu'un comme lui connaisse une émotion de rapprochant de la joie ?- s'insinuant en lui. Une joie sombre, menaçante.

Ils allaient faire converger leur rage, leur dégoût et leur besoin primitif de meurtre, d'apparence si différents et pourtant si semblables, vers la même cause.

Le vampire Lecter venait de trouver un compagnon pour le monstre cruel qui habitait son corps. Alors même qu'il n'en était qu'au début de sa carrière de tueur -quelques esclaves avaient péri, puis les deux humains récemment- il trouvait celui qui peut-être allait le mener plus loin, plus haut.

Hannibal ancra son regard dans celui de son complice, son sourire sincère toujours présent. William le comprenait et le flattait, qui plus est. Sans pouvoir s'en empêcher, il vint attraper délicatement les doigts du jeune esclave, et ce dernier lui rendit l'étreinte après une très mince hésitation.

Dans cette nuit enneigée, dans cette voiture filant et perçant l'espace, un vampire seul depuis des décennies, sentait son âme s'alléger auprès d'un jeune homme, à peine majeur, du rang le plus faible de la société. Ils étaient en tout opposés, et pourtant leurs mains unies ne se quittèrent pas jusqu'à arriver au château.