Chapitre Huit : Petits extraits d'une vie à Shamliar – Premier épisode.

Harry se tapit sur le sol, évitant ainsi les regards de ses enseignants et aujourd'hui juges. Cela faisait maintenant sept cycles que les Liés de Kishia le formaient et il devait avouer une chose. Jamais il n'aurait cru que l'entrainement pouvait être aussi épuisant certes, mais surtout aussi jouissif. Sa soif d'apprendre avait refait surface, revenue du plus profond de son être où elle s'était tapie sous les coups et les injures injustifiés de son oncle devant ses résultats supérieurs à ceux du « si doué Dudleynouchet ». Il avait du coup prit le pli de ne jamais aller au fond des choses et de faire volontairement des erreurs. Une sérieuse discussion avec Salazar et Sirius avait remédié au problème. Harry avait retrouvé son véritable potentiel, dont une mémoire quasi-parfaite et avait absorbé les connaissances comme une éponge de l'eau. Harry se focalisa sur la situation. Un de ses plus gros défauts était cette manie qu'il avait de laisser son esprit partir dans les méandres sinueux de sa mémoire et de son imagination, échappant ainsi à la situation présente. Sauf que là, il avait besoin de toutes ses capacités.

Le but de l'examen de ce jour était de tester sa discrétion, ses talents d'espionnage et de vol, très utiles quand on recherche des informations, autant pour le Seigneur de Shamliar que pour soi-même. Les Liés avaient caché au cœur de leur résidence un rouleau contenant les dernières nouvelles que Kishia avait envoyé depuis le monde des Humains. Si la majorité de son rapport était destiné à Renylos, certaines concernées les Liés : nouvelles des dernières avancées en potions pour Salazar, dernières actions en Angleterre pour les deux derniers, nouvelles de leurs descendants pour nombre d'entre eux… Le rouleau en question concernait la situation anglaise. Et si Harry restait à Shamliar pour le moment, cela ne l'empêchait pas de se faire du souci pour ceux auxquels il tenait dans son pays natal.

Un coup d'œil à la situation lui indiqua rapidement le chemin à suivre s'il voulait se faufiler dans le bâtiment. Longeant une haie relativement dense de Fusain de Chine marbré d'argent, il se glissa vers la face sud de l'arbre. De cette façon était se trouver face au vent et dos au soleil, plus ou moins à l'abri des regards et du flair de ses observateurs. La face sud était de plus la moins surveillée car la plus difficile à pénétrer. Pour des raisons de confort, les volets étaient baissés afin d'éviter de stocker une chaleur qui aurait vite rendu les pièces plus chaudes que le souffle d'un dragon. Mais l'espace entre le rebord et le volet était suffisant pour y laisser pénétrer un animal de petite taille, très petite taille. Vu sa situation, Harry se concentra sur une forme de métamorphose que Sirius lui avait appris au cycle dernier. La métamorphose humaine. Un peu de concentration, une bonne dose d'imagination, seul réel frein à la magie avec la puissance de chacun, et hop ! Quelques secondes plus tar, un colibri au plumage électrique fendait l'air et se glissait adroitement dans l'étroit passage avant de laisser place au jeune homme qui se réceptionna en silence sur le tapis.

La pièce était agréablement meublée, avec ses murs couleur terre de sienne et ses légers motifs d'ocre rouge. Le salon d'Inachla était un des préférés d'Harry pour son ambiance reposante et chaleureuse. Entre quatre enjambées, il fut sur la porte et s'apprêta à abaisser la clenche quand il arrête sa main à un demi-centimètre du métal. Sa paume ressentait de légers picotements, un peu comme de légers chocs électriques. Le Libéré eut un rictus carnassier et murmura rapidement un premier sortilège. Bientôt une liste de protections apparut, symboles rouges dansant devant ses yeux. Il étudia les lignes, décelant près d'une douzaine de sortilèges complexes, allant de la malédiction démoniaque aux runes et passant par les enchantements Inuits et les protections élémentaires. Enfin un peu de difficultés, cela n'aurait pas été drôle sinon. Il plongea au cœur de lui-même et chercha un moment avant de trouver ce qu'il lui fallait. Un joli petit sort de destruction en Fourchelangue ! Rapide, efficace, et surtout inaudible et insensible pour ceux qui ont lancé les protections maintenant brisées. Une petite perle, uniquement utilisées par les rares Parleurs.

Il se faufila dans les couloirs et étendit sa magie autour de lui. Une… Deux… trois personnes à cet étage, deux au-dessous et quatre dans la bibliothèque au sommet. De là lui parvenait aussi les pulsations du sceau qu'utilisé Kishia pour scellé ses courriers. Son atout, bien qu'il ne l'ait révélé à personne. Cette capacité à sentir la magie de Kishia dans son sceau semblait être une nouvelle entorse à la normalité. Apparemment, les sceaux étaient censés ne laisser aucune trace magique. Evitant ses trois gardiens, il se glissa dans les escaliers menant au dernier et verrouilla la porte, la sécurisant de quelques sortilèges et malédictions bien placées, y ajoutant même sa petite spécialité. Puis il monta à l'assaut de la bibliothèque. Il doutait pouvoir s'y glisser sans être vu aussi décida-t-il d'agir, comme dirait Sal', en Gryffondor pur souche, c'est-à-dire, foncer dans le tas. La salle se dévoila à ses yeux. Sirius, Phil, Yuki et Salazar l'attendaient de pied ferme. Harry sourit. De jolis duels en perspective. Il se montra sur le palier.

« Harry. Tu sais que tu es censé ne pas te faire voir ? »

« Je sais, Sirius. Mais je sais aussi que Salazar et Yuki m'ont repéré depuis que j'ai passé la deuxième marche de cet escalier. Alors à quoi bon se cacher. »

« Tu agis comme un Gryffondor, 'Ry. »

« Je savais que tu allais dire ça ! » Et sur cette dernière exclamation, Harry dégaina l'une des étranges lames qui se croisées dans son dos pour se placer en position d'attaque devant le quatuor.

« Tu nous sous-estimes, Harry » annonça Yuki avant de dégainer son katana, suivant dans un même mouvement de Philippe. Les deux sorciers sortirent leur baguette. Le duel allait commencer.

Se fut Sirius qui commença les hostilités. Il n'était jamais bien patient. Un Stupéfix jaillit de sa baguette tandis que de sa main gauche, il envoya un long jet de flammes, cadeau de son séjour à Shamliar. Harry se contenta d'éviter le sort d'un écart et renvoya les flammes d'un coup du plat de la lame. Celle-ci mesurait près d'un mètre vingt de long et s'élargissait vers son extrémité jusqu'à former un croc de soixante centimètres de large. Robuste et forgée par les Démons, la lame percuta le feu pour le renvoyer avec force, s'éclairant à l'impact d'une lueur rouge sombre. Bientôt, les lames de Phil' et Yuki se rajoutèrent au combat et l'acier teintait dans des gerbes d'étincelles. Harry parait, cherchant une faille dans leur garde, mais trouver une faiblesse chez ses maîtres se révélait ardu, surtout quand deux sorciers s'amusent à mettre leur grain de sel dans le combat à coup de sortilèges plus ou moins agréable ou même d'éléments. Encore que sur ce dernier point, ce n'était pas trop problématique, l'un avait le feu, l'autre l'eau, et leurs attaques s'annulaient mutuellement, le protégeant du plus gros de l'impact.

Bloquant les deux lames adversaires du plat de la sienne, Harry décida de faire bouger les choses. Il refusait de perdre ou de donner raison à Yuki en sortant sa deuxième lame, jumelle de la première. Un sourire étira ses lèvres et Sirius eut un frisson. C'était le même sourire qui étirait les lèvres de Kishia avant que celui ne se jette dans un combat.

Le Libéré observa ses adversaires. Deux manipulateurs d'eau, un du feu et un de l'air. Un seul pourrait résister correctement à l'attaque qu'il allait lancer. Il se concentra, plongea dans le flux sombre de sa magie Démoniaque et libéra sa puissance élémentaire. Si un Démon a une affinité particulière avec un élément, cela n'empêche pas la manipulation des autres. De ce fait, Harry offrit aux quatre autres un peu de sa spécialité. Un jet de glace d'une rare puissance, traversé par un sympathique courant électrique. Touchant les lames en premier puis le reste de la salle dans un immense jet de vapeur et un grand flash lumineux, seuls Sirius et Phil' évitèrent le plus gros de l'attaque, la foudre affectant particulièrement les utilisateurs de l'eau. Mais Harry profita de ce relâchement pour foncer sur Sirius qui tentait de retrouver une vision correcte et passant derrière lui, l'assomma d'une manchette bien placée sur la nuque.

Restait Phil' qui amorça un geste qu'Harry aurait reconnu entre mille. Un geste cent fois observé et cent fois répété jusqu'à pouvoir le réaliser à la perfection. La marque de famille des Ducs de Nevers. Leur plus grand secret mais aussi leur plus belle prouesse, la botte de Nevers. Réputée imparable et implacable. La fine lame française esquissa un sourire de victoire. Combien de fois avait-il vu son élève pesté devant son incapacité à trouver la faille – inexistante – de sa botte ? Il engagea le mouvement, enveloppa dans la continuité la lame de son adversaire, pivota pour échanger les places et sa lame… laissa une simple estafilade à la joue droite du Libéré qui profita de l'instant de surprise du bretteur pour lui envoyer une sympathique décharge d'électricité dans la main, le sonnant à moitié. Puis laissant son adversaire glissait au sol, il se hâta vers le rouleau. Il n'avait pas beaucoup de temps avant le réveil de ses adversaires. Les protections, posées par Indra, lui tirèrent une grimace. Les runes indiennes lui posaient encore problème.

Il respira profondément et se pencha sur la question. Les lignes rouge et ocre d'attaque se mêlaient à celles indigo et argent des défenses. Une difficulté de plus pour le Libéré qui canalisa sa Sorcellerie pour l'y pénétrer en douceur, sans rien déranger. Visualisant dans son esprit le filament émeraude et saphir et sa magie, il entreprit de dénouer patiemment les nœuds et entrelacs des protections sans rien ébranler, un peu comme un croisement entre un casse-tête et un jeu de mikados. Il rouvrit les yeux après le dernier nœud, et se focalisa de nouveau sur ce qui l'entourait, prenant conscience des coups de buttoir sur la porte en bas des escaliers, au prochain réveil de ses quatre adversaires et la sueur qui perlait le long de son front. Sans perdre une seconde de plus, il s'empara d'une main leste du rouleau convoité, déclenchant au passage l'alarme signalant la fin de l'épreuve.

Quelques heures plus tard, après les remarques et conseils de ses enseignants, une bonne douche et une portion de viande saignante digne de ce nom (entendre par là une paire de pièces de près d'un kilo chacune), Harry s'installa sur le rebord de sa fenêtre et se plongea dans la lecture du rouleau tant convoité, un sentiment mitigé dans l'esprit : satisfaction d'avoir réussi mais frustration de ne pas avoir trouvé, malgré tous ses efforts, la parade parfaite de la botte de Nevers.