Et c'est parti pour un nouveau chapitre !
D'abord et avant tout, merci aux personnes qui me soutiennent par reviews et messages privés. Vous êtes absolument fantastiques !
Merci également à ceux qui ne disent rien, dans le cas où vous me lisez toujours, ce dont je ne peux hélas pas être sûre.
Bonne lecture, et on se retrouve en bas !
Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.
So let's be sinners to be saints
And let's be winners by mistake
The world may disapprove
But my world is only you
And if we're sinners
Then it feels like heaven to me
Sinners - Lauren Aquilina
Chapitre 9 : Instants volés
9 août 2001
- Je vais être en retard, soupira Regina.
Elle passa une main dans les cheveux d'Emma, qui se tenait appuyée contre elle et s'amusait à l'embrasser dans le cou, ayant parfaitement compris que c'était le meilleur moyen de la forcer à rester plus longtemps.
- Allez, murmura la blonde. Encore cinq minutes. Juste cinq minutes, d'accord ?
- Ça ne serait pas raisonnable...
Emma se redressa pour adresser son regard le plus suppliant à sa petite-amie, qui sentit ses résolutions faiblir devant cet air adorable. Elle était décidément incapable de lui refuser quoi que ce soit...
- D'accord, cinq minutes, céda-t-elle. Mais après je m'en vais.
- Bien sûr. Si je te laisse partir…
Regina allait protester, mais une bouche se posa sur la sienne, l'empêchant de réagir à cette dernière déclaration. Elle hésita un instant à reculer pour faire semblant de bouder, mais les moments qu'elle passait seule à seule avec Emma étaient trop précieux pour qu'elle les gâche de cette façon. Elle choisit donc de profiter de cet instant et enlaça sa petite-amie, qui se colla contre elle et recommença à l'embrasser dans le cou, lui tirant un soupir de contentement. A quel moment tout cela lui était devenu si naturel ? Elle était incapable de s'en souvenir. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle ne pouvait plus se passer d'Emma, de sa présence, de son sourire, de ses baisers étourdissants. A aucun moment, au cours de ces six derniers jours, elle n'avait regretté d'avoir laissé leur relation prendre cette direction. Certes, l'obligation de prétendre n'être que des amies en présence d'autrui s'était révélée extrêmement pesante, mais chacune des minutes qu'elles avaient passées en tête-à-tête leur avait prouvé qu'elles n'auraient pas pu prendre une autre décision. Le bonheur qu'elles partageaient effaçait aisément toute cette frustration.
- Il faut vraimentque j'y aille, insista Regina.
Puis, oubliant visiblement ce qu'elle venait de dire, elle prit Emma par la nuque pour l'attirer à elle. Un gémissement étouffé lui échappa lorsqu'elle retrouva la douceur de ses lèvres, qui vinrent se coller contre les siennes avec empressement. Elles s'embrassèrent encore et encore, agissant comme si elles n'étaient jamais rassasiées l'une de l'autre. Ce n'est qu'un bon quart d'heure plus tard qu'elles se séparèrent enfin, à bout de souffle. Leurs étreintes se faisaient de plus en plus ardentes et passionnées, n'ayant plus grand-chose en commun avec le premier baiser tendre et chaste qu'elles avaient échangé. Elles avaient désormais conscience que le temps leur était compté et qu'elles devaient savourer chaque seconde qu'elles passaient ensemble, à l'abri des regards.
- Je suis en retard, annonça Regina. Mais ça en valait la peine.
- Qu'est-ce que tu dois faire, déjà ? s'enquit Emma, tout en se redressant avec difficulté.
Elle recula dans son siège, reprenant une posture un peu plus naturelle. La voiture était garée dans une ruelle peu empruntée par les passants, ce qui leur garantissait une certaine intimité, mais la possibilité que quelqu'un les aperçoive n'était pas totalement exclue pour autant. Elles auraient pu se donner rendez-vous ailleurs, mais leurs options étaient somme toute très limitées. Un peu plus tôt dans la semaine, elles avaient envisagé de se retrouver chez Regina, mais Zelena y passait le plus clair de son temps, ce qui ne les arrangeait pas. Craignant d'éveiller à nouveau les soupçons qu'entretenait sa sœur sur la nature de sa relation avec Emma, Regina avait décidé qu'elles éviteraient la maison de ses parents pendant encore un moment. Elle aurait pu rejoindre sa petite-amie chez elle, mais la présence de sa mère adoptive et de ses cousines – qui avaient été tenues à l'écart de leur secret également – les en empêchait. Elles s'étaient donc contentées des occasions qui se présentaient à elles, se rejoignant sur le toit lors d'une soirée chez Killian ou se donnant rendez-vous, comme maintenant, dans un endroit isolé. Ces contraintes pouvaient se révéler difficiles à supporter, mais elles n'avaient pas vraiment d'autres choix…
- Alors ? insista Emma.
Regina lui adressa un sourire d'excuse, s'étant perdue dans ses pensées un instant. Elle laissa sa tête peser contre le dossier de son siège avant de répondre :
- Ma mère a invité un vieil ami pour le dîner.
- Et tu ne pourrais pas tout simplement refuser d'y assister ?
- Elle ne me le permettrait pas. Et pourtant, crois-moi, je préférerai mille fois rester ici avec toi…
Emma adressa un sourire encourageant à sa petite-amie, qui le lui retourna bien volontiers, avant de froncer les sourcils et d'éclater de rire.
- Tu as du rouge à lèvres dans le cou, signala-t-elle avec amusement.
Emma s'esclaffa à son tour, puis elle se redressa pour jeter un coup d'œil dans le petit miroir du pare-soleil, repérant la trace et l'effaçant.
- Ça aurait été difficile à expliquer, fit-elle remarquer.
- En effet, confirma Regina.
Elle consulta sa montre, constatant qu'il était plus que de temps pour elle de s'en aller. Levant les yeux vers Emma, elle la découvrit en train de refaire sa queue-de-cheval, qu'elle lui avait demandé de défaire un peu plus tôt, par simple curiosité. Elle l'avait trouvée encore plus belle les cheveux détachés, ce qu'elle lui avait aussitôt confié, s'attendrissant devant l'expression timide et ravie qui s'était affichée sur son visage lorsqu'elle lui avait fait ce compliment.
- Je dois vraiment partir, cette fois, prévint Regina, en s'arrachant à sa contemplation.
- Je comprends. Tu vas me manquer...
- Toi aussi.
Emma sourit à cet aveu, puis elle se pencha pour voler un dernier baiser à sa petite-amie, qui se fit violence pour ne pas la supplier de rester. Elle n'était jamais prête à la laisser s'en aller, peu importe combien de temps elles avaient passé ensemble. Mais il le fallait bien, et c'est pourquoi elle se détacha doucement, avec tristesse et résignation. Emma se glissa hors de la voiture et commença à s'éloigner le long de la ruelle, s'arrêtant pour lui faire signe avant de tourner au coin de Victory Road. Regina la suivit du regard, le cœur lourd à l'idée qu'elle ignorait quand elles pourraient être à nouveau seules ensemble.
OoO
11 août 2001
- Elle ne ferait pas ça, affirma Zelena.
Elle était étendue sur une chaise longue, sur la terrasse baignée de soleil, et paressait tout en discutant avec sa sœur. Celle-ci, assise face à elle, porta son verre de jus d'orange à ses lèvres et en prit une gorgée avant de répondre :
- Tu crois ça ? Moi je trouve que ce serait totalement son genre.
Regina se plaignait de l'attitude de sa mère depuis plusieurs minutes, évoquant le dîner qui avait eu lieu deux jours plus tôt, et auquel Léopold avait été invité.
- On est au vingt-et-unième siècle, fit remarquer Zelena. Les mariages arrangés, c'est complètement dépassé. Et puis ce type a l'âge d'être ton père !
- Il est aussi à la tête d'une entreprise qui fait de très gros chiffres d'affaires, et j'ai comme l'impression que c'est ce qui compte le plus aux yeux de Maman...
- Je suis sûre que tu te fais des idées, sœurette.
Regina secoua la tête, incapable de se défaire du sentiment que quelque chose se tramait.
- Tu ne dirais pas ça si tu l'avais vu nous vanter les qualités l'un de l'autre toute la soirée, rétorqua-t-elle. Et le pire c'est que Léopold rentrait dans son jeu ! Il n'arrêtait pas de me faire des compliments, sur ma tenue, sur le choix de mes études, sur mes goûts divers et variés... C'était franchement gênant. Et en plus, à la fin du dîner, il m'a proposé de le revoir la semaine prochaine, à une exposition de peinture dont il a dit qu'il était certain que j'allais l'adorer. Maman était folle de joie.
Zelena retira ses lunettes de soleil et se redressa, les sourcils froncés.
- Attends, tu es sérieuse ? s'assura-t-elle.
- Mais puisque je te le dis ! Maman prépare quelque chose !
- Et elle n'a rien dit, quand Léopold a fait cette proposition ? C'était clairement un rendez-vous !
Regina se mordit la lèvre, angoissée par cette éventualité. Et le pire était qu'elle n'avait eu d'autres choix que d'accepter de se rendre à cette exposition, sa mère lui ayant bien fait comprendre qu'elle avait plutôt intérêt à bien se comporter durant le dîner, prenant le risque d'être privée de sortie dans le cas contraire. Et elle refusait qu'une chose pareille arrive, car cela signifierait qu'elle ne pourrait plus voir Emma…
- Elle a dit que c'était une idée fantastique, répondit-elle d'un ton blasé. Papa a fait quelques remarques pour essayer de ramener un peu de bon sens dans toute cette conversation, mais Maman gagne toujours à ce jeu-là…
- Ne t'inquiète pas, sœurette. Elle ne pourra pas te forcer à quoi que ce soit.
Zelena se leva, délaissant la chaise longue et marchant droit vers la sortie. En passant, elle ébouriffa les cheveux de sa sœur, qui poussa un cri de protestation et de surprise, ne s'étant pas attendue à ce geste puéril. Une fois seule, Regina retint un soupir de découragement et se pencha sur son assiette de pancakes, qu'elle avait emmenée avec elle sur la terrasse. C'est dans le calme qu'elle savoura son petit-déjeuner, et elle venait de terminer sa dernière bouchée lorsque des cris hystériques lui parvinrent. Reconnaissant la voix de Zelena, Regina bondit de son fauteuil et se précipita dans le salon, où elle trouva son père en train de se lever du canapé, les sourcils froncés par la surprise.
- Mais enfin, qu'est-ce qu'il se passe ? s'étonna-t-il.
- Aucune idée. Viens, on va voir !
Regina poussa la porte de la cuisine à l'instant même où un énorme saladier en verre s'écrasait sur le sol, répandant son contenu sous la table. Elle eut un mouvement de recul, le regard rivé sur sa sœur, dont le visage était recouvert de larmes. Elle serrait les poings, debout à quelques pas de Cora, l'imposant comptoir blanc les séparant.
- Tu n'as pas le droit de choisir pour les autres ! s'écria Zelena. Tu t'imagines pouvoir décider de nos vies à notre place, c'est ça ? Eh bien, non, je refuse ! Ça a suffisamment duré !
Elle semblait dans un état de colère rarement atteint auparavant, ce qui effraya Regina, qui avait pourtant l'habitude de la voir s'énerver. Mais jamais elle ne lui avait semblé si furieuse, comme totalement hors de contrôle...
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? s'enquit-elle, s'efforçant de prendre un ton calme pour ne pas jeter de l'huile sur le feu.
- Ta sœur nous fait une petite crise d'adolescence, expliqua Cora, avec son mépris habituel.
Ignorant cette réflexion, Zelena se remit à hurler sur sa mère :
- Tu t'imagines que tu peux tout contrôler, mais tu te trompes complètement ! Un jour, Regina et moi ferons toutes les deux nos vies de notre côté, et tu ne pourras rien faire pour nous en empêcher ! Pourquoi faut-il toujours que tu ignores nos désirs et nos choix ? C'est notre bonheur qui devrait compter plus que tout pour toi, notre bonheur et rien d'autre !
- Calme-toi, voyons ! s'exclama Cora, s'énervant à son tour. Votre bonheur est très important à mes yeux, je t'interdis d'en douter.
- Vraiment ? Parce que ce n'est franchement pas l'impression que tu donnes, Maman !
- Vous êtes seulement trop jeunes pour prendre certaines décisions ! Je sais ce qui est bon pour vous, je l'ai toujours su et j'ai toujours fait en sorte de vous donner ce qu'il y avait de meilleur. Tu es d'une telle ingratitude, Zelena ! J'aurais pu te laisser à ton père, même si je savais qu'il ne s'occuperait jamais de toi, mais je t'ai gardée avec moi, et tu devrais m'en être un peu plus reconnaissante !
Sachant que le sujet était sensible, Regina traversa la cuisine, évitant les morceaux de verre brisé. Elle rejoignit sa sœur, qui répondit dans un cri de colère :
- Parce qu'il ne voulait pas de moi ! Aucun de vous ne voulait de moi ! Et j'en ai assez de me sentir indésirable, assez de n'être jamais assez bien à tes yeux, assez de devoir mentir et me cacher. Tu prétends ne vouloir que mon bonheur, alors dis-moi Maman, est-ce que ce sera toujours vrai si je te dis que j'aime les femmes ?
Le silence retomba brusquement. Zelena sanglotait sans faire de bruit, le visage déformé par la colère, la main de sa petite sœur étroitement serrée dans la sienne. Un peu plus loin, Henry contemplait la scène avec une expression choquée, qui faisait écho à celle que son épouse arborait.
- Tu aimes les femmes ? répéta Cora, en détachant chaque syllabe comme si elle ne parvenait pas à y croire.
- Oui, avoua Zelena. Alors vas-y, dis le. Dis-moi que ça ne change rien et que tu m'aimes toujours. Prouve moi que c'est bien mon bonheur qui compte plus que tout le reste.
- Mais qu'est-ce que tu vas encore inventer pour me décevoir, Zelena ? Qu'est-ce que tu crois obtenir avec ce mensonge ? On ne plaisante pas avec ces choses-là, tu entends ?
- Je ne plaisante pas, Maman.
Cora parut très troublée, l'espace d'un instant, puis elle se reprit et s'approcha de sa fille, contournant prudemment le comptoir.
- Allons, ma chérie, commença-t-elle. Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu es si jeune ! Les gens de ton âge sont influençables, mais ça ne veut pas dire que…
- Maman ! l'interrompit Zelena. Je suis lesbienne. Parce que je suis comme ça, pas à cause d'une quelconque influence extérieure. Et ça ne va pas changer.
- Il va pourtant bien falloir que ça change ! Je ne te laisserai pas gâcher la vie que je t'ai offerte pour le simple plaisir de t'opposer à moi !
Regina saisit sa mère par le bras, surmontant la crainte qu'elle lui inspirait à cet instant. Elle se sentait très concernée par la conversation, et admirait silencieusement le courage de sa sœur, qui contrairement à elle n'avait pas peur de dire toute la vérité.
- Maman, appela-t-elle doucement. Qu'est-ce que ça peut bien faire que Zelena aime les femmes ?
- Qu'est-ce que ça peut bien faire que ta sœur trahisse toutes les valeurs que je lui ai inculquées et qu'elle se compromette en fréquentant d'autres femmes ? Tu n'es pas sérieuse !
Cora reporta son attention sur sa fille aînée, une expression de dégoût sur le visage.
- Ce dont tu parles a un nom, Zelena. C'est un péché. Et je ne tolérerai pas ça sous mon toit !
Henry s'approcha à son tour, abandonnant soudain l'air soumis qui ne l'avait pas quitté depuis les premiers jours de son mariage.
- Zelena n'a rien fait de mal, déclara-t-il posément. Tu ne peux pas la blâmer pour quelque chose dont elle n'est pas responsable.
- Toi, personne ne t'a demandé ton avis, le rembarra sèchement Cora.
Regina resserra sa prise sur la main de sa sœur, terrifiée par la façon dont cette calme matinée d'été s'était transformée en une effrayante dispute familiale. Elle pensa à Emma, aux baisers qu'elles avaient partagés et à la relation secrète dans laquelle elles s'étaient engagées. Elle imagina la tête que ferait sa mère si elle lui avouait tout sur-le-champ, et elle envisageait cette possibilité – se demandant si cela soutiendrait Zelena ou au contraire en rajouterait – lorsque la voix de Cora s'éleva à nouveau, glaciale :
- Je veux que tu quittes cette maison.
Le silence retomba, presque insoutenable. Puis Henry s'exclama :
- Mais enfin, tu n'y penses pas !
- Tu ne peux pas faire ça ! s'écria Regina, le premier choc passé.
- Je le peux et c'est ce que je suis en train de faire, rétorqua Cora. Zelena, tu as cinq minutes pour récupérer tes affaires et foutre le camp. Tu m'entends ?
Le ton était définitif. Il ne laissait pas de place au moindre espoir, ce que Zelena parut comprendre. Sa main exerça une dernière pression sur celle de sa sœur, puis elle se détacha et fit volte-face, quittant rapidement la pièce. Regina hésita un instant, ne sachant pas ce qu'il convenait de faire maintenant, puis elle comprit qu'elle n'avait aucune chance de parvenir à raisonner sa mère. Elle l'abandonna donc dans la cuisine, qui malgré le saladier détruit revêtait une apparence de normalité qui semblait soudain totalement déplacée. Regina se dirigea à son tour vers les escaliers et grimpa les marches à toute allure, le cœur battant à cent à l'heure. Arrivée à l'étage, elle traversa le couloir familier, qui lui semblait inhabituellement froid et hostile. La porte de la chambre de Zelena était ouverte, et elle s'immobilisa sur le seuil, n'arrivant pas à croire à ce qui était en train de se produire.
- Reste, supplia-t-elle désespérément. Dis à Maman que tu voulais seulement la mettre en colère. S'il te plaît, tu ne peux pas partir maintenant...
- Et pourtant c'est ce que je vais faire. Mais ne t'inquiètes pas, c'est sûrement mieux comme ça...
Zelena referma la valise pleine à craquer qu'elle venait de préparer, la poussant au sol. Elle fit face à sa cadette et déclara d'un ton hargneux :
- Toi, reste. Reste ici et sois la petite fille parfaite et hétérosexuelle que tu as toujours été. Maman sera fière de toi. L'une de nous n'aura pas été une déception, au moins !
- Ne dis pas ça, c'est injuste…
Regina sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle savait que la dispute s'était déclenchée à cause de ce qu'elle avait dit à sa sœur un peu plus tôt, au sujet de Léopold et des manigances de sa mère. Mais elle n'avait jamais voulu que les choses se passent de cette façon…
- Où est-ce que tu vas aller ? demanda-t-elle, ravalant ses sanglots.
- Loin.
Zelena saisit le manche de sa valise et la tira derrière elle le long du couloir. Elle avait terminé de descendre les escaliers lorsque sa sœur se reprit et la suivit, se figeant au moment d'arriver sur le palier. Elle la regarda passer la porte d'entrée et la claquer derrière elle avec la certitude que rien, jamais, ne serait plus comme avant.
OoO
14 août 2001
- Et maintenant, où est-ce qu'elle est ? s'enquit Kathryn.
Emma reposa la veste en jean qu'elle tenait à la main dans le rayon où elle l'avait prise, puis elle osa un regard en direction de Regina, tâchant de deviner comment elle se sentait vraiment. Cet après-midi shopping ne semblait pas des plus indiqués, compte tenu des récents évènements...
- Glinda va l'héberger quelques temps, d'après ce que j'ai entendu dire, répondit calmement Regina. Mais Zelena ne m'a pas parlé directement, alors je n'en sais pas plus...
- Elle est passée au Starbucks, hier soir, révéla Ruby.
Elle saisit une paire d'escarpins sur un présentoir, et les examina d'un air critique avant de poursuivre :
- Elle m'a dit que la plupart des filles de sa sororité avaient été affreuses, quand elles ont appris qu'elle était lesbienne. Mais elle a aussi dit qu'elle s'en fichait, puisque de toute façon elle ne va pas pouvoir continuer à payer les cotisations pour faire partie du cercle. Elle ne va même pas pouvoir rester à la Northeastern University, d'ailleurs.
- Qu'est-ce qu'elle va faire, alors ? s'inquiéta Kathryn.
- Je n'en sais rien, soupira Regina, apparemment affligée.
Emma la contempla un instant en silence, puis elle décida de combler la distance qui les séparait, la situation requérant une légère prise de risques. Une fois à ses côtés, elle posa une main réconfortante sur son épaule, tâchant de lui transmettre tout son soutien et son amour à travers ce simple geste.
- Je suis sûre qu'on peut faire quelque chose pour l'aider, déclara-t-elle d'un ton rassurant.
- Tu as probablement raison, mais pour le moment je voudrais seulement me changer les idées, répliqua Regina. L'ambiance à la maison est plus pesante que jamais, et ma propre sœur refuse de me parler alors que je l'ai toujours soutenue... Je voudrais seulement penser à autre chose, avoir quelques heures de répit.
- Je pense que c'est possible, estima Ruby. Tu as vu ces robes, là-bas, dans le fond ? Tu devrais en essayer une !
Emma sourit en captant l'air résigné de sa petite-amie, qui se leva pour aller jeter un coup d'œil aux vêtements exposés dans le rayon le plus proche. Elle la suivit discrètement, faisant mine de s'intéresser à un chemisier totalement hors de prix. Kathryn avait choisi cette boutique sans penser une seule seconde que certaines de ses amies n'avaient pas tout à fait les mêmes moyens que ceux dont elle disposait.
- Quelque chose te plaît ? s'enquit Regina.
Emma l'observa des pieds à la tête en prenant un air appréciateur.
- Peut-être bien, répliqua-t-elle malicieusement.
Un sourire amusé se dessina sur le visage de la brune, qui se détourna ensuite pour ajouter un pantalon à la pile de vêtements qui s'accumulait déjà sur son bras. Ruby poussa soudain un cri perçant, s'attirant le regard réprobateur d'une vendeuse à l'air hautain. L'ignorant, elle lança :
- Emma, viens voir !
La blonde obéit, traversant la boutique pour rejoindre son amie. Celle-ci l'attendait, un cintre à la main. Et sur le cintre...
- Elle est parfaite ! s'émerveilla Emma.
Elle tendit la main pour toucher la manche d'une veste en cuir rouge, qui venait de s'ajouter à la longue liste des choses qu'elle voulait de tout son cœur mais n'aurait jamais. Un coup d'œil à l'étiquette sur laquelle le prix était affiché acheva de la convaincre qu'elle pouvait toujours rêver.
- Ça rentre pas dans ton budget, c'est ça ? devina Ruby.
- Ouais. C'est ça.
- Mince, je suis désolée. J'ai juste pensé que tu l'aimerais, puisque l'autre jour tu as dit que tu adorais les vestes en cuir...
Kathryn s'approcha à son tour, se mêlant à la conversation :
- Tu as même dit qu'un jour tu en aurais une de chaque couleur, se rappela-t-elle.
- Elle a dit ça ? s'étonna Regina, qui n'avait pas été présente au moment des faits.
Emma sursauta, n'ayant pas remarqué qu'elle l'avait suivie.
- Oui, confirma-t-elle. C'était le soir où tu étais bloquée chez toi pour je ne sais plus quel dîner...
- Ah, oui. Je m'en souviens.
Elles échangèrent un regard complice, se remémorant le moment qu'elles avaient passé ensemble ce jour-là. Elles n'avaient pas eu l'occasion d'être seules très souvent, depuis. Réalisant soudain qu'elles ne l'étaient pas non plus à cet instant, Emma s'arracha à sa contemplation.
- Il n'y a rien de mal à vouloir un jour une veste en cuir de chaque couleur, se défendit-elle. C'est un projet d'avenir très raisonnable.
- Tu peux quand même rêver de plus que ça, répondit Kathryn, en lui adressant un clin d'œil. Cela dit, cette veste serait parfaite sur toi.
- Trop chère pour moi, malheureusement. Mais les rêves peuvent attendre encore un peu.
Les filles firent le tour de tous les rayons une dernière fois, puis Ruby les entraîna vers les cabines d'essayage, sautillant dans cette direction avec enthousiasme. La boutique était très calme, en ce mardi après-midi d'été, et elles ne croisèrent que quelques rares clientes, qui marchaient toutes en sens inverse. Arrivée dans l'espace réservé aux essayages, Emma repéra aussitôt un fauteuil à l'apparence confortable, posé contre un mur recouvert de miroirs. Elle s'y laissa tomber avec soulagement.
- Je vais vous attendre ici, déclara-t-elle.
- Tu peux essayer sans forcément acheter, fit remarquer Kathryn.
- Je sais, mais je préfère vous regarder. Et peut-être critiquer un peu.
- Tu as bien raison ! répliqua Ruby en riant. J'en ferais bien autant, mais j'ai quand même envie de voir à quoi je ressemble avec cette jupe...
Elle pénétra dans la cabine la plus proche, refermant le rideau derrière elle d'un geste brusque. Puis le silence s'installa, seulement troublé par la musique d'ambiance qui était diffusée dans toute la boutique. Toujours assise dans son fauteuil, Emma se mit à jouer avec la lanière de sa sacoche, sentant que l'ennui menaçait de l'engloutir. Plusieurs minutes passèrent ainsi, puis Kathryn vint se promener devant les miroirs, vêtue d'un pull en cachemire beige et d'un pantalon noir un peu trop ample.
- Je vais devoir prendre une taille en dessous, comprit-elle.
- Je viens avec toi ! lança Ruby.
Elle venait de sortir à son tour, la jupe qu'elle convoitait à la main.
- Je veux cette petite merveille dans une plus jolie couleur, expliqua-t-elle. Peut-être du rouge.
Les deux jeunes femmes s'éloignèrent tout en discutant joyeusement, échangeant des commentaires sur les vêtements qu'elles avaient choisis. Restée seule, Emma se leva, s'approchant de la cabine dans laquelle sa petite-amie se trouvait.
- Je peux voir ? s'enquit-elle.
La voix de Regina se fit entendre de derrière le rideau :
- Pas encore. La fermeture est coincée...
Il y eut un instant de silence, puis elle ajouta :
- ... tu pourrais peut-être venir m'aider ?
Emma sourit. Elle jeta un coup d'oeil alentour, soulagée de constater qu'il n'y avait personne, puis ouvrit le rideau juste assez pour pouvoir se glisser dans la cabine. Regina se tenait face au miroir, ses cheveux ramenés sur son épaule, le corps recouvert d'une robe bleue aux manches trois-quarts qui descendait jusqu'à ses genoux. La fermeture était bloquée en bas de son dos.
- Tu es magnifique, murmura Emma.
Elle posa une main tremblante sur la hanche de sa petite-amie, qui se laissa doucement peser contre elle. Réalisant soudain qu'elle était enfin seule avec Regina, Emma l'entoura de ses bras, contemplant l'image que le miroir leur renvoyait. Il lui arrivait encore parfois d'avoir du mal à croire que cette femme extraordinaire lui portait un quelconque intérêt. Et pourtant, elle savait que c'était le cas. Elle voyait la façon dont Regina agissait avec les autres, elle voyait sa froideur et son mépris. Mais elle était également consciente qu'il y avait une autre personne derrière ce masque, une personne qu'elle commençait à bien connaître. Lorsqu'elles étaient seules toutes les deux, Regina se montrait très douce et affectueuse, très loin de l'image que l'on pouvait avoir d'elle au premier abord. Et Emma était heureuse de connaître cette facette de sa personnalité, qui ne semblait réservée qu'à elle.
- Tu m'as manqué, chuchota-t-elle.
Être à ses côtés s'était transformé en un besoin vital. Chaque seconde où elle devait prétendre être son amie la torturait, mais elle n'en disait rien. Un jour, elle se l'était promis, elle n'aurait plus besoin de se tenir à l'écart. Un jour, elles pourraient être ensemble, à la vue de tous.
- Tu n'étais pas supposée m'aider ? lui rappela Regina, gentiment moqueuse.
- Si. Désolée.
Emma recula d'un pas, jetant un coup d'œil à la fermeture bloquée. Elle tenta de la remonter, agacée de constater que forcer ne changeait rien. Elle finit par débloquer un petit morceau de tissu qui s'était coincé dans la fermeture, qu'elle parvint ensuite à refermer sans problèmes. Et c'est donc ce qu'elle fit, parsemant le dos de sa petite-amie de baisers à mesure qu'elle progressait. Elle n'avait pas pu s'en empêcher, irrésistiblement attirée par cette peau parfaite, si incroyablement douce sous ses lèvres. Sentant Regina frissonner, elle glissa la tête dans son cou, demandant d'un ton inquiet :
- Je dépasse les limites, c'est ça ?
- Non. Pas du tout.
Regina se retourna entre ses bras, l'attirant à elle pour l'embrasser avec fougue. Elles se collèrent l'une contre l'autre, heureuses de s'être retrouvées, même si cet instant d'intimité pouvait prendre fin à n'importe quelle seconde. Et justement, alors qu'elles se détachaient pour reprendre leur souffle, la voix de Ruby s'éleva de derrière le rideau :
- Hé, les filles ? Où est-ce que vous êtes ?
Emma quémanda un dernier baiser, qui lui fut aussitôt accordé. Puis elle se glissa à l'extérieur de la cabine, tâchant de prendre un air innocent.
- Ici ! répondit-elle. J'aidais Regina avec une fermeture coincée. Vous avez trouvé votre bonheur ?
- Oui ! s'exclama joyeusement Ruby, en agitant une jupe rouge et très courte. Je vais aller l'essayer, mais avant je veux voir la robe de Regina.
Celle-ci, ayant parfaitement entendu la conversation, émit un soupir parfaitement audible et repoussa le rideau. Elle s'approcha des miroirs, se regardant sous tous les angles.
- Aucun doute, il te la faut ! lança Kathryn.
Elle portait le pantalon noir qu'elle était allée chercher un peu plus tôt, ainsi qu'un chemisier mauve d'un goût discutable. Reprenant sa place sur le fauteuil, Emma se tint à ce qu'elle avait dit et se mit à critiquer les vêtements que ses amies choisissaient, se surprenant à réellement s'amuser. Elle n'était pas vraiment le genre de filles qui passait des heures à faire les boutiques, du moins habituellement, mais elle devait reconnaître que c'était en fait plutôt agréable.
- Je me demande ce que fiche Ashley, se plaignit soudain Ruby. C'est vraiment pas son genre d'annuler une journée shopping.
Elle quitta le coin des essayages pour tenter de joindre sa meilleure amie, le réseau étant fluctuant dans cette partie du magasin. Peu de temps après, Kathryn s'éloigna à son tour, partant demander des conseils de mode à la vendeuse. Regina vint aussitôt rejoindre sa petite-amie, qui s'empressa de l'attirer sur ses genoux.
- On ne devrait pas faire ça, protesta Regina.
Elle ne se détacha pas, néanmoins, prenant plutôt la main d'Emma pour entremêler leurs doigts. Celle-ci posa la tête sur son épaule et demanda :
- Comment tu te sens ? Je sais que c'est difficile depuis ce qu'il s'est passé avec Zelena...
- Je crois que je ne sais tout simplement pas quoi penser de tout ça.
- Essaye de garder à l'esprit ce que tu peux en retirer de positif. Personne n'a eu une mauvaise réaction dans le groupe et, surtout, ta sœur n'a plus besoin de vivre cachée. Tu m'as dit qu'elle l'avait très mal supporté, c'est bien ça ?
Regina hocha la tête en signe d'assentiment.
- Oui, confirma-t-elle. Elle en avait assez de ne pas pouvoir être elle-même. J'avais promis de garder son secret, sinon je t'en aurais parlé, tu sais...
- Je sais. Enfin je te rappelle quand même qu'elle a voulu m'embrasser ! Et moi qui croyais qu'elle avait seulement trop bu…
- Je ne l'aurais jamais laissée faire, de toute façon.
Emma sourit en se remémorant les évènements de la soirée entre filles. Ce n'était pas un si mauvais souvenir que ça, finalement.
- Et toi ? murmura soudain Regina. Quand est-ce que tu en auras assez de vivre cachée ?
- Je peux attendre, tu sais. Après la réaction de ta mère quand Zelena lui a dit la vérité, je comprends qu'il est dans notre intérêt de garder le secret pour nous deux...
- Un jour, nous pourrons vraiment être ensemble. Je te le promets.
Emma allait embrasser sa petite-amie, oubliant tout le reste, lorsque des bruits de pas se firent entendre, se rapprochant rapidement. Regina se leva vivement, lui adressant un regard d'excuse avant de s'éloigner, faisant mine de s'admirer dans le miroir. Tout un groupe de filles bruyantes et hautaines vint envahir l'espace disponible, bientôt rejointes par Kathryn et Ruby. Elles restèrent encore une bonne heure, se faisant passer des vêtements d'une cabine d'essayage à l'autre, et discutant de tout et de rien d'un ton badin. Assise sur son fauteuil, Emma donnait son avis sur les différentes tenues, riait aux anecdotes racontées par Ruby et contemplait Regina avec adoration. Lorsqu'elle quitta la boutique, ce soir-là, elle réalisa qu'elle avait passé un très bon après-midi. Puis elle songea à la veste en cuir rouge et grimaça.
Mais bon, que serait la vie sans regrets ?
OoO
17 août 2001
Regina fronça les sourcils.
Elle n'était pas sortie de l'appartement plus de cinq minutes. Elle était seulement allée jeter un coup d'œil dehors pour être sûre que Zelena n'était pas arrivée, sachant que sa sœur était supposée venir ce soir-là. Killian avait proposé au groupe de se réunir dans son appartement pour passer un moment au calme, tous ensembles. Le départ de Liam – parti faire ses classes à Parris Island – laissait une sorte de vide auquel ses amis devaient encore s'habituer. Mais Regina n'arrivait à penser qu'à sa grande sœur, qu'elle n'avait pas revue depuis qu'elle avait quitté la maison. Elle se demandait à quel point elle lui en voulait et, surtout, ce qu'elle lui reprochait exactement. Mais une chose était sûre : il fallait qu'elle lui parle. Elle n'allait pas la laisser dans cette situation. Zelena avait seulement voulu la défendre, elle n'avait pas mérité ce qui lui était arrivé ! Voilà pourquoi Regina s'était éclipsée un instant, ayant cru voir une voiture se garer sur Bunker Hill Street depuis la fenêtre de la cuisine. Mais elle s'était trompée, de toute évidence, et elle avait décidé de retourner auprès du groupe, plutôt que de rester à attendre toute seule dans la rue. Elle n'était partie que cinq minutes.
Lorsqu'elle pénétra à nouveau dans l'appartement, Regina se demanda ce qui avait bien pu se passer durant ce si court laps de temps pour que l'ambiance ait changé si radicalement. Assise sur le canapé face à elle, Ashley pleurait toutes les larmes de son corps, les bras noués autour de ses genoux. Ruby se tenait à ses côtés, lui caressant le dos tout en lui murmurant des paroles réconfortantes. Ses amis s'étaient réunis autour d'elle, la plupart en arborant un air choqué, ne sachant visiblement pas comment réagir.
- Qu'est-ce que j'ai raté ? demanda Regina à Tink, qui l'avait remarqué et s'approchait d'elle.
- Ashley est enceinte et Sean l'a quitté.
- Pardon ?
- Apparemment, Sean l'a dit à son père, et son père ne veut pas qu'il gâche sa vie en devant assumer un enfant aussi jeune.
Regina poussa un long soupir, qui était chargé à la fois de colère et de lassitude.
- C'est n'importe quoi, jugea-t-elle. Sean est bien assez grand pour prendre ses responsabilités.
- Je suis d'accord avec toi, mais on ne peut pas faire grand-chose...
Un sanglot plus fort que les précédents se fit entendre, et Tink partit rejoindre Ashley, que Ruby serrait maintenant dans ses bras. Alors qu'elle contemplait la scène avec un air détaché, pestant silencieusement contre les parents qui rendaient toujours tout compliqué, Regina se demanda où était Emma. Elle était assise sur le canapé la dernière fois qu'elle l'avait vu, et son absence soudaine l'inquiétait. Ce sentiment se transforma en angoisse lorsqu'elle réalisa que Killian manquait également à l'appel. Tâchant de maîtriser la jalousie qui l'avait brusquement envahie, Regina traversa rapidement la pièce, poussant la porte qui menait sur le bureau. La pièce était vide, et elle se sentit soudain stupide d'avoir eu cette réaction. Du moins, jusqu'à ce qu'elle n'entende la voix de Killian s'élever, venant du balcon :
- C'est seulement un dîner. Je ne te demande pas de m'épouser.
- Encore heureux ! rétorqua Emma, d'un ton amical mais ferme malgré tout.
Regina s'approcha sans s'en apercevoir, remarquant que la porte-vitrée était entrouverte. Elle se figea, écoutant la conversation avec un sentiment de panique difficilement contenu.
- Alors tu ne comptes vraiment pas me donner une chance ? s'enquit Killian.
- Je croyais que nous étions amis, toi et moi.
- Nous le sommes. Mais ça ne nous empêche pas de tenter de savoir si nous pouvons être autre chose. Je vais être honnête, Emma. Tu me plais. Tu me plais vraiment, depuis le tout début.
Regina serra les poings, soudain furieuse. Jamais elle n'avait autant détesté le fait de devoir garder son histoire d'amour secrète, car dans le cas présent cela laissait le champ libre à n'importe qui pour tenter de séduire sa petite-amie. Et elle ne pouvait rien faire pour empêcher ça. Son ventre se contractant sous l'effet de la peur, elle fit un pas en avant, tendant l'oreille pour entendre la réponse d'Emma :
- A mon tour d'être honnête. Je t'apprécie beaucoup, Killian. Je suis très heureuse que nous soyons amis, mais je ne voudrais jamais davantage. Ça n'a rien de personnel, crois moi. Mais il y a déjà quelqu'un dans ma vie, quelqu'un qui compte énormément. Avant, quand je ne savais pas que je pouvais ressentir ce que je ressens maintenant, peut-être que j'aurais voulu te donner cette chance. Mais aujourd'hui je sais que je ne pourrais jamais éprouver pour quelqu'un d'autre ce que j'éprouve pour cette personne. Et je pense que tu mérites qu'on ait ces sentiments-là pour toi aussi.
- Eh bien, c'était joliment dit, Swan...
Regina ferma les yeux, écoutant Emma rire avec légèreté. Elle avait employé ce ton si calme, si plein d'assurance. Ce ton qui disait qu'elle était sûre d'elle, de ses sentiments, de ce qu'elle voulait. Et elle avait dit ces mots... Ces mots qui signifiaient tellement.
- Je connais cette personne ? voulut savoir Killian.
- C'est du domaine de ma vie privée, alors j'aime autant te prévenir : tu n'en sauras pas plus.
- D'accord, d'accord. Mais sache que tu me brises le cœur.
Emma rit à nouveau, avant de se mettre à taquiner son ami sur le nombre de ses conquêtes, lui faisant comprendre qu'elle n'était pas dupe. Leur discussion redevint franchement amicale, dénuée d'ambiguïté et d'une bonne partie de la tension qui s'était installée précédemment. Debout dans la pièce vide, Regina reprit lentement sa respiration, se remettant de sa soudaine frayeur. Puis elle recula jusqu'à la porte, peu désireuse que sa petite-amie s'aperçoive de sa présence, et retourna dans le salon. Là, elle découvrit qu'Ashley avait finalement cessé de pleurer. Elle buvait un chocolat chaud, attablée au comptoir avec Ruby et Tink, qui tentaient de la distraire. Un peu plus loin, Frederick et Kathryn se tenaient enlacés et parlaient entre eux à voix basse, perdus dans le regard l'un de l'autre. Dans un coin de la pièce, Lily flirtait avec Neal, qui était assis à côté d'elle sur le canapé et ne semblait pas remarquer ses efforts. Regina hésitait, ne sachant pas où se mettre, quand la porte de l'appartement s'ouvrit soudain sur Zelena. Celle-ci resta un instant immobile, le regard fixé sur sa sœur, puis elle s'approcha de Ruby pour la saluer, avant de demander à Ashley pourquoi elle semblait si malheureuse.
Constatant que Zelena était entraînée dans une conversation retraçant les derniers évènements en détails, Regina comprit qu'elle n'allait pas pouvoir lui parler à moins d'insister. Elle s'approcha donc du petit groupe, prenant place sur un tabouret, et attendit patiemment que la discussion s'épuise. Finalement, Ashley essuya ses larmes et se redressa en affirmant qu'elle allait bien, dans une tentative très nette de reprendre le dessus sur ses émotions. Se détournant de sa meilleure amie, sans pour autant enlever le bras qu'elle avait passé autour de ses épaules, Ruby fit face à Zelena et demanda :
- Alors ? Tu y as réfléchi ?
- Oui, et j'ai décidé d'accepter. J'ai eu ta grand-mère au téléphone, c'est d'ailleurs pour ça que je suis en retard. Elle s'est montrée très aimable, même si elle a l'air d'avoir un sacré caractère...
- Ça ne l'empêche pas d'être généreuse. Je t'ai emmené la brochure de l'université du Maine, si tu veux la regarder.
Regina fronça les sourcils, totalement perdue. Rien de ce qu'elle venait d'entendre n'avait le moindre sens pour elle.
- D'accord, soupira-t-elle. Qu'est-ce qu'il se passe, là ?
- Je vais vivre dans le Maine, répondit Zelena, sans la regarder.
- Tu vas quoi ?
- Ruby a parlé de ma situation à sa grand-mère, qui habite dans une charmante petite ville du nom de Storybrooke, dans le Maine. Elle a eu la très grande gentillesse de proposer de me loger gratuitement en attendant que les choses s'arrangent un peu pour moi.
- Mais tu ne peux pas t'en aller ! protesta Regina, choquée. Toute ta vie est ici !
- Quelle vie, au juste, sœurette ? rétorqua sèchement Zelena. Je dois abandonner la Northeastern University parce que plus personne ne paye mes études, les filles de ma sororité font courir les pires rumeurs à mon sujet depuis qu'elles savent que je suis lesbienne, et pour finir je ne veux pas risquer de croiser Maman à chaque coin de rue. J'ai perdu toute la vie que j'avais ici quand elle m'a mise à la porte, et je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre que d'essayer de tout recommencer ailleurs.
- Tu vas nous manquer, tu sais, déclara Tink.
Elle adressa un sourire compatissant à Zelena, qui le lui retourna avec une évidente tristesse.
- Je suis sûre que Maman finira par comprendre qu'elle ne peut pas te laisser comme ça, tenta Regina, qui n'y croyait pas elle-même.
- Elle ne comprendra jamais, répliqua Zelena, soudain plus blasée qu'énervée. Et même si elle réalisait brusquement à quel point elle a été injuste, il serait trop tard pour qu'elle se rachète. Je ne lui pardonnerai jamais ce qu'elle a fait.
- Alors quoi ? Tu vas aller vivre dans le Maine ? Tu ne connais personne là-bas !
- Ruby et Peter sont originaires de Storybrooke, la ville dont je t'ai parlé. Ça m'a l'air plutôt sympa, d'après ce qu'ils m'en ont dit. Et puis, je pourrais être logée jusqu'à ce que je sois acceptée à l'université. Il ne me reste plus qu'un an avant le diplôme, et j'ai bien l'intention de l'obtenir.
- Tu prendras soin de toi, hein ? s'assura Ashley. Ce n'est pas une situation facile...
Elle se pencha pour ajouter plus bas :
- Regarde Neal, il tourne mal depuis qu'il a quitté sa maison et que son père ne le soutient plus financièrement... On est là pour lui, mais toi tu seras toute seule. Peut-être que tu devrais rester.
- Ma décision est prise, affirma Zelena. J'ai un avion tôt demain matin. D'ailleurs je vais rentrer maintenant, histoire d'être en forme à ce moment-là.
Elle se leva avec la très nette intention de s'en aller, et écarquilla les yeux de surprise lorsque Tink se jeta dans ses bras, la serrant contre elle avec émotion.
- On se reverra, hein ? demanda-t-elle, d'une toute petite voix.
- Peut-être, répondit Zelena. Je ne sais pas encore… Je crois que j'ai surtout besoin de prendre de la distance, pour le moment...
- Je comprends, assura Tink. Mais on sera toujours là pour toi, d'accord ?
Ruby et Ashley se levèrent à leur tour pour enlacer la rouquine, qui sembla totalement démunie devant cette soudaine démonstration d'affection. Regina resta en retrait tandis que le reste du groupe rejoignait sa sœur, apprenant ses intentions les uns après les autres et lui disant au revoir, visiblement chagrinés par la nouvelle. Killian et Emma se mêlèrent bientôt à l'attroupement qui s'était formé au milieu de la cuisine, écoutant Ruby résumer la situation en quelques mots. Lorsque son tour fut venu de dire au revoir, Emma s'approcha lentement de Zelena, qui lui fit un clin d'œil et lui lança :
- Dernière chance pour accepter ma proposition de l'autre fois !
Regina décida d'intervenir, ayant remarqué la gêne de sa petite-amie, et sachant que sa sœur plaisantait – elle le voyait dans son regard, même si ça ne l'empêchait pas d'être quelque peu jalouse.
- Zelena, est-ce que tu peux seulement passer une soirée sans essayer de mettre Emma dans l'embarras ? demanda-t-elle d'un ton agacé.
- C'était ma dernière chance de le faire, sœurette ! Et puis il faut bien s'amuser un peu.
Après avoir serré Ruby dans ses bras en la remerciant pour sa gentillesse et ses bons conseils, Zelena tourna les talons et quitta l'appartement.
- Va lui parler, murmura Emma à Regina.
Celle-ci croisa le regard de sa petite-amie, juste assez longtemps pour se laisser convaincre. Puis, déterminée, elle marcha d'un pas rapide en direction de la porte. Elle sortit sur le palier et descendit les escaliers à toute allure, une multitude d'émotions se débattant en elle. Elle trouva sa sœur debout sur le trottoir, en bas de l'immeuble, en train d'essuyer une larme qui avait coulé sur sa joue.
- Je ne te savais pas si sentimentale, attaqua Regina.
Elle s'en voulut un peu de commencer la conversation comme ça, mais leur relation avait toujours fonctionné de cette façon, après tout.
- Je n'avais pas réalisé que j'avais autant d'amis ici, répondit Zelena. C'est tout. Et maintenant, si tu me disais ce que tu veux, sœurette ?
- Je veux te présenter mes excuses. J'aurais dû prendre ta défense devant Maman. Je veux dire, j'ai essayé, mais... J'aurais dû dire la vérité. Peut-être que ça aurait changé quelque chose.
- Comment ça, la vérité ?
Regina s'approcha de sa sœur et lui sourit avec douceur, se sentant soudain portée par les mêmes certitudes qui avaient semblé animer Emma un peu plus tôt, lorsqu'elle parlait à Killian.
- Moi aussi, dit-elle simplement. Moi aussi, j'aime les femmes.
- Tu essayes de plaisanter ?
- Pas du tout. Enfin, en tout cas... j'aime une femme.
- Emma ?
- Emma, confirma Regina.
Elle avait prononcé ce prénom avec une tendresse révélatrice, ce dont elle eut immédiatement conscience. Mais elle ne s'en sentit pas mal à l'aise, bien au contraire. Pouvoir dire la vérité était tellement libérateur !
- Qui est au courant ?
- Personne, pour le moment.
Zelena franchit la distance qui la séparait de sa sœur, l'empoignant brusquement par les épaules.
- N'en parle à personne ! ordonna-t-elle. Promets le moi.
- Mais...
- Je ne veux pas que tu te retrouves dans la même situation que moi. Tu te souviens de quand tu me disais tout le temps que je devais garder le secret ? Eh bien tu avais raison ! Maman ne comprendra jamais, tu entends ? Il ne faut surtout pas qu'elle le sache !
- Mais...
- Promets-le-moi, Regina.
- D'accord... C'est promis...
Zelena attira sa sœur dans ses bras pour la serrer de toutes ses forces, puis elle lui colla un baiser sur la tempe et se détacha, lui ébouriffant les cheveux une dernière fois.
- Attends ! appela Regina. Est-ce que tu pourras me donner une adresse où t'envoyer du courrier ? Papa voudrait te faire parvenir un peu d'argent, sans que Maman ne le sache, bien sûr. Tu sais, il aurait vraiment voulu être un père pour toi aussi...
- Si je l'avais laissé se comporter comme un père avec moi, ce serait encore plus dur maintenant. Et ne t'en fais pas, je te donnerai l'adresse dès que je l'aurais. Dis à Henry que je le remercie sincèrement, d'accord ? Je pars plus tranquille en sachant qu'il veillera sur toi.
Les deux sœurs s'étreignirent encore une fois, puis la voiture de Glinda se gara un peu plus loin et Zelena s'éloigna dans cette direction, ne se retournant que pour adresser un dernier signe de la main à Regina. Celle-ci resta un long moment debout sur le trottoir, ressassant cette conversation avec un sentiment de désespoir de plus en plus intense. Alors qu'elle frissonnait dans l'air frais de la nuit, des bras se nouèrent soudain autour de sa taille, lui tirant un sursaut de surprise.
- C'est moi, murmura Emma, en glissant la tête dans son cou. Je suis là.
Regina se détendit, rassurée par ce simple contact. Elle se laissa peser contre sa petite-amie, savourant sa présence réconfortante. Puis elle compta les secondes, se calmant progressivement, sachant qu'elle devait se défaire de cette étreinte mais n'y parvenant pas. Elle finit cependant par s'y résoudre, ses inquiétudes reprenant le dessus.
- On doit être prudentes, murmura-t-elle, en s'éloignant à contrecœur.
- Je comprends.
Il y eut un instant de silence, durant lequel Regina sentit sa tristesse l'écraser à nouveau. Puis la voix d'Emma lui parvint :
- On va sur le toit ? proposa-t-elle doucement.
Un sourire se dessina sur le visage de Regina. Elle saisit la main de sa petite-amie, émue de découvrir qu'elle savait toujours quoi faire pour la réconforter. Leurs regards se croisèrent, et elle fut soudain certaine d'une chose : elle non plus, jamais, n'aimerait quelqu'un comme elle l'aimait.
OoO
18 août 2001
Zelena attendait depuis une demi-heure, seule à un arrêt de bus. L'aube était proche, elle pouvait le voir aux faibles lueurs qui éclairaient le ciel, loin à l'horizon. Elle avait quitté l'aéroport de Portland un peu plus tôt et avait marché jusqu'ici, ne s'arrêtant que pour demander son chemin à un passant. Une vie nouvelle commençait pour elle, ce qu'elle n'était pas certaine de véritablement vouloir. Dans quoi s'engageait-elle au juste ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Zelena en était là de ces pensées lorsque le bus arriva enfin, se garant devant elle dans un crissement de pneus. Elle se glissa à l'intérieur avec soulagement et échangea quelques mots avec le chauffeur tout en achetant son billet. Puis elle marcha le long de l'allée, à la recherche d'une place libre. Hélas, elles étaient presque toutes occupées. Elle ignora le sourire engageant que lui adressait un homme, passa devant un autre qui était endormi et ronflait bruyamment, et finit par s'asseoir à côté d'une jeune femme plongée dans la lecture d'un roman.
Le bus redémarra, et Zelena se cala dans son siège, partagée entre l'inquiétude générée par sa situation et le délicieux frisson de l'inconnu. Puis son regard se posa sur la jeune femme assise à côté d'elle et elle se surprit à la fixer avec attention, remarquant ses longs cheveux châtains et bouclés, sa peau claire et légèrement rosies sur les joues, et la façon dont elle pinçait les lèvres tout en se concentrant sur sa lecture. Puis, se sentant probablement observée, l'inconnue releva la tête, et deux yeux d'un bleu incroyable se rivèrent à ceux de Zelena. Celle-ci se figea, s'ordonnant de cesser de la dévisager ainsi. Elle ne parvint pas à s'y résoudre.
- Bonjour, murmura-t-elle plutôt.
- Bonjour, répondit la jeune femme, d'une voix dans laquelle perçait une pointe de surprise.
Voyant que sa voisine n'ajoutait rien, elle eut un petit sourire timide avant de reporter son attention sur son livre, qui était ouvert sur ses genoux. Zelena se sentit sourire à son tour, éprouvant un regain d'intérêt pour ce petit voyage en bus. La première journée de sa nouvelle vie ne commençait pas si mal que ça, finalement.
Et voilà, c'est terminé !
Cette petite scène de fin me permettait de dire au revoir à Zelena sur une note plus positive (même si nous la reverrons). Vous avez sûrement deviné qui était cette mystérieuse jeune femme qu'elle vient de rencontrer et si vous recherchez un responsable auprès de qui protester, adressez vous à Regalilla. Elle m'a totalement convertie au Wicked Beauty, la vilaine.
Bref, passons aux choses sérieuses ! Le prochain chapitre devrait contenir une bonne dose de guimauve SQ. Profitez-en, car les ennuis approchent !
En attendant, je vous souhaite un bon week-end et une bonne semaine à tous. A la prochaine !
