Price se tenait fièrement sur la tribune devant une foule immense. Le soleil bleu était à son zénith, des confettis volaient autour de lui et la marée humaine l'acclamait. Vêtu de son plus beau costume, il s'avança vers le micro devant les caméra qui l'encerclaient.
- Mes amis, mes camarades métropoliens, je vous remercie de m'avoir confié ce mandat. Je vous promets que je serai à la hauteur de vos attentes. Je compte poursuivre l'œuvre de mon prédécesseur, Rodrich Untess. Je le remercie de tout ce qu'il a fait pour moi, il m'a montré le chemin et grâce à lui, j'accomplirai ma destinée. Merci Métropolis! Aujourd'hui, moi, Yehido A. Price, je vais guider cette planète, cet empire, vers son avenir!
La foule acclama le nouveau maire. Le jeune homme souriait, puis, dans la foule, il remarqua une étrange petite fille, aux cheveux argentées et au regard inexpressif. Il lui sourit.
- Je t'attendais, dit-il tout bas.
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Rodrich dormait enfin, mais d'un sommeil dont il ne se réveillerait jamais. Cependant, sa mort demeurait inexplicable, autant que son mystérieux mal. Quand le docteur avait vu Rodrich la première fois, il l'avait trouvé en forme, malgré ses problèmes d'insomnies. Ce dernier aurait pu se lever de ce lit, mais il préférait y rester et tenter désespérément de dormir. Son corps survivait bien au manque de sommeil, pourquoi était-il si obsédé à l'idée de dormir. Cherchait-il à fuir la réalité?
Il toucha sa main, le corps était toujours chaud.
- C'est bizarre, dit alors Astrid.
- Quoi, demanda le seigneur du temps?
- Je ne sais pas, vous ne sentez pas. On dirait que quelque chose a changé. C'est comme si tout était figé.
Le docteur se détourna du mort pour aller à la fenêtre. Tout semblait à sa place, les arbres, les oiseaux, les fleurs, pourtant, Astrid avait raison. Quelque chose avait changé : mais quoi? Il regarda le ciel, les nuages, le soleil bleu, tout était à sa place.
- La tour projette une ombre, dit alors Astrid avec étonnement.
- Et alors? C'est normal, le soleil est levé depuis peu.
- Non, ce n'est pas ça. Elle projette la même ombre depuis que je suis revenue du jardin. L'ombre de la tour touchait à l'arbre là-bas. Elle aurait du diminuer, pourtant, elle n'a pas bougé.
Le docteur fit volte-face vers le soleil. Il sortit de sa poche, à la grande surprise d'Astrid, quelque chose qui rappelait un astrolabe, ancien instrument de navigation en forma de compas. Il le plaça bien en ligne devant son œil et le dirigea vers le soleil. Il bougea l'astrolabe et pris quelques mesures et recommença son manège pendant quelques minutes. Puis, il déposa l'astrolabe.
- Ce n'est pas possible, murmura-t-il.
- Quoi?
- Le temps est arrêté.
- Ça m'a l'air de vous secouer, pourtant vous semblez habitués aux phénomènes étranges.
- Vous ne comprenez pas, je suis Seigneur du temps. Je connais le temps, je voyage à travers lui. Avec le temps, on peut faire bien des choses qui vous sembleraient incroyables. Mais arrêter le temps…
Ses yeux restèrent dans le vague quelques instants. Astrid pensait qu'il allait ajouter quelque chose, mais elle réalisa qu'il réfléchissait à toute vitesse.
- Je dois retourner voir Gisana, déclara-t-il.
