Pèlerinage vers la vérité

Ferdinand s'avança dans l'étable, alors que la jeune femme le fixa avec un regard chagriné. Elle resta adossée à la botte de foin, laissant son capuchon et reprenant doucement son souffle pendant que son mentor s'arrêta au milieu de la pièce. L'atmosphère était tendue, un long silence fit place avant que l'homme ne commence la conversation.

- Qui a-t-il Mirabelle ? Pourquoi m'avoir glissé ce mot pour te rejoindre ici en plaine nuit ? Quelque chose ne va pas ? Demanda doucement l'individu.

- Mon médaillon… je veux le récupérer. Répondit-elle doucement. Je l'avais confiée à Charles avant que je ne finisse entre les mains de Jean, mais il m'a dit qu'il vous l'avait confié, en attendant mon retour.

- C'est exact, je l'ai sur moi. Dit-il en le dévoilant autour de son cou en le retirant de dessous son vêtement. J'avais l'intention de te le rendre demain dans la journée, le veux-tu maintenant ?

- …oui…Répondit-elle avec un petit sourire attristé.

Mirabelle approcha de son mentor, elle récupéra le collier avec un soupir de soulagement, avant de regarder son maître, les larmes aux yeux. Un doux « merci » siffla entre ses lèvres avant de l'enlacer. L'homme fut surpris, mais heureux, la serrant contre lui alors que la jeune femme leva doucement son visage. Elle plongea son regard mouillé dans le sien, approchant doucement son visage et ses lèvres des siennes. Son maître en fit de même, échangeant un doux baiser qui devint de plus en plus langoureux aux files des secondes. La jeune femme se retira légèrement, regardant l'expression de celui-ci se décomposer, soudainement, en un air étonné et douloureux. Un filet de sang coula au coin de sa bouche, il baissa les yeux, voyant la lame secrète de son apprentie dans son abdomen…enduit de poison. Celle-ci recula, alors que Ferdinand tomba à genou.

- Pourquoi Mirabelle…pourquoi ? Demanda-t-il d'un air choqué.

- Parce que c'est vous… l'assassin de ma mère. Dit-elle froidement.

- … Quoi ? Ce sont les Du Vautours qui l'ont tué…pas moi.

- Certes…mais c'est vous qui avez payé August Beauchamps pour témoigner, vous qui l'avait ensuite assassiné pour effacer les traces de votre passage…et c'est vous qui avez prévenu ma mère de vous trouver à l'écurie, la veille de sa mort.

- Mais…comment as-tu ?

- Deviner ? Après l'assassina de Jean, je suis retournée à Blois pour faire parler Beauchamps, mais j'ai appris par son fils que celui-ci était mort peu de temps après le décès de ma mère. J'ai aussi observé que son enfant n'était pas pauvre, contrairement à son père paysan. L'argent que vous lui aviez donné, il vous était impossible de le récupérer, car il avait été donné à son fils, un jeune homme qui avait quitté Blois avant que vous ne reveniez sur les lieux… J'ai interrogé toutes les familles qui avaient les moyens de donner une telle somme…tous n'ont rien donné, dit ou fait pour provoquer l'arrestation de Rose Moineau. Je me suis donc demandé qui en avais les moyens à cette époque…mais surtout, qui saurait où et quand aurait lieu le rendez-vous ? Il n'y avait que vous…maître… La question étant…pourquoi ?

-…Pourquoi ? Je l'ai fais pour toi Mirabelle. C'est moi qui t'ai sauvé lorsque tu étais à terre et battu par Jean et les autres, moi qui t'ai donnée l'occasion de devenir assassin, de suivre les traces de ton père et de vivre ! Gémit-il fortement.

- … Alors, pourquoi sa mort ? Elle aurait pu vivre, me voir grandir dans la confrérie à ses côtés, vous aidez, peut-être même…vous aimez ?

- M'aimez ?... Ta mère n'a cessé d'aimer Darim, même la veille de sa mort ! Après tout ce que j'avais fait pour elle…pour toi, elle n'a jamais voulu de moi… Elle préférer mourir que d'accepter, enfin, mon amour, dans sa cellule, de te laisser une chance d'avoir une vie paisible, ou de retrouver son amour disparu.

-…Alors, pourquoi m'avoir pris sous votre aile ?

- …Parce que… je t'aime Mirabelle… tu lui ressemble tellement… tu es si belle… tu aurais été l'épouse parfaite… j'espérais… te faire oublier ton envie de vengeance en revenant d'Italie… de prendre soin de toi. Avoua-t-il en crachant du sang.

- … Vous… vous êtes fou… pourquoi vous aurais-je aimez ?

- …Pour t'avoir sauvée…offert la chance de vivre parmi les grands. Je voulais t'offrir mon amour, faire de toi ma femme, te rendre heureuse dans le luxe, à jamais…à mes côtés….mais… il est trop tard…celui que tu aimes…c'est Alban, n'est-ce pas ?

-…Oui…j'aime Alban, à l'instant même où vous m'avez présenté à sa famille.

- Je vois…dans ce cas…si je ne peux t'avoir…alors Alban non plus…

Ceci fut les derniers mots de l'homme avant de mourir, alors que Mirabelle, d'un air épouvanté, courra jusqu'à la chambre de son bien-aimé. Un hurlement de terreur réveilla la demeure, alors que les larmes de la jeune femme ruisselèrent sur le corps inerte de son âme-sœur empoisonné.


Égypte, ville d'Alexandrie. Août 1272

La lune était plaine ce soir-là, le gala rassemblait les personnes de la confrérie pour fêter l'anniversaire d'un des enfants de Sef Ibn-La'Ahad, hélas décédé depuis des années. Dans la cour, un vieil homme d'une septantaine d'année était assit sur un banc en pierre, contemplant les étoiles et ses constellations.

- Darim ?

L'homme se retourna vers la voix qui prononça son nom… il cru voir le fantôme de l'amour de sa vie, alors que celle-ci lui montra le pendentif avec un sourire ainsi que les larmes aux yeux. Lui qui était retournée en France par le passé pour revoir sa bien-aimée, mais qui eu pour seules nouvelles celles de la mort de sa tendre moitié, Rose, ainsi que la disparition de sa fille… mais elle était là, face à lui, vivante et émue. Il se précipita de la prendre dans ses bras, laissant échappée des larmes de ses yeux bruns.

- … Mon enfant… Sanglota le vieil homme.

- … Père… je vous rencontre enfin…

- … Mirabelle… pardonne-moi… Reprit-il tristement.

- … C'est déjà fait père…

- … Non… je n'ai pas été là pour toi… tu as dû tant souffrir par ma faute.

- … Ne vous inquiétez pas père… vous n'avez peut-être pas été là pour moi et mère, mais j'espère que vous serez là pour mon enfant. Dit-elle doucement.

Ils se tournèrent vers un pilier de pierre, où se cachait un petit garçon. Sa mère lui fit signe de la main de la rejoindre. Sa chevelure blonde s'éclaira sous les rayons lumineux de la lune, allant prendre tendrement la main de sa génitrice. Darim regarda le garçon avec tendresse et émotion, le prenant délicatement dans ses bras, de crainte de le briser.

- Père, je vous présente Alban Moineau. Mon chéri, je te présente ton grand-père. Dit-elle doucement.

- … Bonsoir… Dit timidement l'enfant.

- Bonsoir Alban, comme tu es grand, quel âge as-tu ? Demanda-t-il avec joie.

- …J'ai 10 ans… Répondit-il en lui montrant ses dix doigts.

- Magnifique. Répliqua l'homme sous l'émotion.

- Alban, vas jouer avec les autres enfants s'il te plaît, je souhaite parler un peu avec ton grand-père. Demanda sa mère avec tendresse.

- Oui mère. Dit-il avant de partir.

Mirabelle alla s'asseoir sur le banc, faisait signe à son père d'en faire de même. Un court silence fit place, avant que Darim ne pose la question difficile.

- Où est son père ?

- … Il est mort…peu de temps avant sa naissance…assassiner. Répondit tristement sa fille.

- … Je suis désolé… pour toi et ton fils.

- … Nous avons beaucoup de choses à nous dire… père.

- … Tu es la bienvenue chez moi…Mirabelle.


Un siècle plus tard, quelqu'un découvrit un vieux livre dans le grenier d'une vielle demeure, il l'ouvrit au hasard et y lit

"J'ai longuement discutée avec Darim de ma mère, sa bien aimée Rose, puis de ma vie. Il n'a jamais su que mon fils, Alban Moineau, était l'enfant d'un Templier, ni même que c'était moi qui avais assassinée Jean Du Vautours.

Charles Grand-Duc était le seul à connaître la vérité… et reconnu comme l'assassin de Jean Du Vautours. Cependant, malgré le chagrin et le sang de mon enfant, il accepta que je lui donne le nom de son fils, de mon bien-aimé, à celui-ci. Darim n'a jamais vu Alban Grand-Duc… et les autres membres de la confrérie ont cru au fait que mon enfant soit celui à qui il honneur le nom. Charles a perpétué ce mensonge, avec moi.

Alban, mon fils, n'a jamais su qui était réellement son père… et malgré la douleur que me procurait la vue de ses cheveux blonds, je l'aimais de tout mon cœur. Il n'était pas comme son géniteur, ils n'avaient que le lien de sang… je ne pouvais le détester, le renier, il n'avait pas demander de naître d'un viol, ce n'était pas sa faute… je ne lui en ai jamais voulu. Je l'ai vu grandir, je l'ai entrainée, éduquée, aimée.

Il m'a soutenue à la mort de Darim lors de ses vint ans, revoyant la mort dans les yeux d'un de mes proches pour la troisième fois. Lorsque mon fils fut assassin à part entière à ses vingt-cinq ans, j'ai continué à aider la confrérie dans les soins, la confection d'antidotes et de poisons.

Je regrette beaucoup de choses dans ma vie… et je pense que même sur mon lit de mort, je regretterai encore et toujours. Mais chaque décision à un prix, qu'elle soit bonne ou mauvaise… les choix que j'ai pris pour protéger la confrérie et ceux que j'aime ont été les plus douloureux, tortueux, mais les moins regrettables. Malgré le sang souillé de ma famille, j'ai su protéger mes confrères… et j'espère… ma descendance.

Mirabelle Moineau, 21 novembre 1279"

L'individu alla voir directement la dernière page, y lisant qu'une seule phrase avec une autre écriture. "Mirabelle Moineau, décédée en juin 1324"