Salut! Je sais que c'était long à attendre, mais le voilà enfin, le chapitre avec Takeru. Vous l'attendiez avec impatience, hein?

Mention spéciale à Lele31 en espérant que tu te reconnaisse.

J'ai bien aimé ton message. Malheureusement, j'ai pas pu te répondre, car c'était un message anonyme.

Mais bon, j'espère que tu vas l'apprécier, car il est juste là.

Bonne lecture!


Chapitre 9

Le cœur impardonnable

Point de vue Laurence

Ça fait maintenant un mois qu'on est au Jardin d'Éden et je dois avouer que c'est pas si pire que ça. Ça me change de ces journées de solitude dans cette grande maison où je me suis jamais vraiment senti chez moi.

— C'est fini!

J'ouvre un œil. C'était la voix d'Apollon, ça?

En fait, ce dernier vient juste de se lever debout avec les bras dans les airs. On dirait que je me suis endormie. C'était un cours de quoi, déjà? Psychologie? Mais c'est le cours qu'Hathor donne, ça…

J'ai dormi combien de temps, moi là? Cinq minutes, je dirais, me connaissant. Il avait dit quoi Apollon… Que c'est fini… Je réfléchis. Merde, il parlait du cours.

C'est rien cinq minutes, mais le cours a le temps de se finir en cinq minutes… Bordel! J'ai manqué les cinq dernières minutes du cours d'Hathor! J'espère que Toth va pas me le faire remarquer.

Parlant de se faire remarquer par le prof, Hathor me fait un clin d'œil. Ouf, elle me pardonne. La déesse va sans doute me demander la raison de ma sieste à un moment donné.

Je me demande pour quelles raisons je me suis endormie. Ça doit être à cause de ce cauchemar. J'ai pas été capable de dormir de la nuit après ça.

J'entreprends de ramasser mes affaires en même temps d'entendre la conversation d'Apollon d'une seule oreille.

— La classe est terminée pour aujourd'hui! continue Apollon, joyeux.

— Maintenant, c'est l'heure des clubs, ajoute Tsukito.

Parlant de club, nous avons natation les filles et moi — Hathor est aussi de la partie —. Je vais passer aller faire mon rapport à Thot avant d'aller chercher mes affaires de baignade. Et qui sait, peut-être que les garçons vont venir nous rejoindre.

— C'est vrai, Tsuki-Tsuki, faisons encore de notre mieux aujourd'hui!

Faire de son mieux? Pensez juste à donner le meilleur de vous-même pendant les examens, ça va être ben correct. Quand même, donner le meilleur de nous-mêmes pendant les clubs…

— C'était intéressant ce cours sur les émotions humaines, vous ne trouvez pas? nous demande de nouveau le dieu du soleil tout en commençant à ramasser ses affaires.

— Contente que tu aies pu apprendre quelque chose, lui lance Molly, en lui souriant poliment. Le cerveau reste une partie complexe de notre corps.

Soudain, je sens qu'on me touche le bras. Je me tourne vers Alexe qui me fait signe qu'elle part avec Loki et Thor à leur ''club''. Une marche de santé, tu devrais dire…

— Vas-y. On se retrouve à la piscine tout à l'heure.

Ils s'investissent vraiment dans leurs activités de club, fait remarquer Tsukito en les suivant du regard au moment qu'ils sortent de la classe. Nous devons en tirer des leçons. Surtout de Laurence avec son agenda bien en ordre.

— Awn, c'est gentil, Tsukito, le remerciais-je en me levant, le sourire aux lèvres.

Les filles commencent une conversation à côté de moi. Molly s'apprête à me dire quelque chose quand Hathor se pointe près de nous, mettant fin à la conversation. Les filles nous saluèrent en nous promettant de se rejoindre plus tard à la piscine de l'école.

— Oui, Hathor? Qu'est-ce que je peux faire pour toi?

— Il y a une raison particulière pour t'être endormie, bien que cela soit seulement pendant cinq minutes? Ne t'inquiète pas, c'est juste que c'est la première fois et je me demandais si tout allait bien.

Je perçois sa véritable inquiétude dans sa voix. Je lui souris pour tenter de la rassurer.

— Un cauchemar, si tu veux tout savoir. C'est pas ben grave.

Soudain, j'entends à moitié ce que me répond Hathor, car les paroles de Balder attirent mon attention.

— Takeru-san, as-tu choisi un club?

C'est pas le fait que le dieu nordique ait décidé de donner des titres honorifiques aux dieux japonais qui m'étonne, c'est le fait que Takeru a pas encore choisi un maudit club. J'ai fini par déduire que c'était pas encore fait, car le connaissant, il l'aurait pas fait.

— Je ne rejoindrai aucun club.

Qu'est-ce que j'avais dit. Pas sûr que Thot va apprécier. Je remercie alors Hathor de se soucier de moi quand elle me retient le bras.

— Tu sais, par à rapport à Takeru, sois patiente avec lui. Un cœur impardonnable mérite d'être pardonné un jour.

Hein? Que je sois patiente avec lui? Pourquoi elle me dit ça? Bon, fuck off, c'est pas ben grave pour l'instant.

— Euh, merci pour le tuyau…I guess, répondais-je maladroitement.

— Il y a pas de quoi. On se voit à la bibliothèque.

Je me tourne vers Melissa, qui se trouve sur mon épaule.

— Tu y comprends quelque chose?

— Déjà, être patiente avec lui, c'est assez clair?

— Ouin, je sais. C'est ce qu'elle a dit ensuite qui a pas trop de sens.

Je salue Hathor et je peux enfin me concentrer sur les garçons, car il faut bien l'avouer, les paroles de la déesse de l'amour m'a intriguée. Être plus patiente avec Takeru, hein… Parlant d'Hathor, la déesse de l'amour est partie comme si elle était convaincue que ça allait pas si bien que ça. C'est peut-être vrai…

— Take-Take, commence Apollon pour tenter de le convaincre. (haha! Bonne chance), en tant que président du conseil des élèves, laisse-moi te dire quelque chose.

Merde! Pourquoi j'ai l'impression que l'atmosphère a changé radicalement quand il a dit ça? Il y a comme un air de tension dans la pièce. Je me demande ce qu'il va dire ensuite.

— Tu devrais juste laisser une chance à un club!

Tout ça pour ça? Bon, ouin, t'as raison, mais c'est pas comme ça que t'arriveras à le convaincre.

Apollon me regarde. Merde, me dit pas que j'ai encore pensé à haute voix…

— Je vais aux cours! s'écria le dieu des tempêtes. N'est-ce pas déjà assez?

— Bah si, c'est assez, répondis-je sur mon ton sérieux, mais t'as pas de moments pour décompresser en faisant de quoi que t'aimes faire. C'est ce qui s'appelle un loisir.

Takeru passe alors, sans me répondre, le bas de la porte et quitte la classe.

— Laurence a raison sur ce point, déclara Dionysos. Les clubs sont plus amusants que les cours.

— En effet, mais il fallait quand même s'attendre à ce genre de réactions. On parle de Takeru, là.

— Qu'est-ce que tu proposes, alors? me questionne Apollon, curieux.

— Je sais pas encore, lançais-je en haussant les épaules. Je vais faire mon rapport à Thot et j'aviserai après.

— Si t'as besoin d'aide, n'hésites pas à venir nous voir, m'encourage Baldr.

— D'accord, dis-je en sortant, le sourire aux lèvres, je n'y manquerais pas.

Point de vue commun

Takeru soupira silencieusement. Il posa sa tête contre le mur à côté de l'entrée de la classe. Il avait tout entendu des paroles de Laurence et des garçons. Ils ne pouvaient pas juste le laisser tranquille avec cette histoire de club. Il avait toujours connu cette affreuse habitude que personne ne s'occupe de lui.

Pourtant, les paroles de la jeune humaine l'avaient intrigué. Elle semblait…différente. Normalement, elle aurait assuré à Apollon qu'elle allait s'en charger. S'octroyer une mission comme elle le faisait depuis un mois.

Maintenant qu'il y pensait, il avait été le premier (selon lui) à l'avoir remarqué : la tête posée sur son cahier d'écriture, les paupières closes, sa bouche rythmée par le souffle de sa respiration…

Il secoua sa tête pour tenter d'oublier cette vision et reprit ses pensées taciturnes.

— Personne n'arriva à me faire changer d'avis. Pas même cette petite humaine…

XXX

Point de vue Laurence

— Qu'est-ce qui t'as pris autant de temps, me questionne Thot en me voyant arrivée dans la bibliothèque.

— C'est ma faute. Je l'ai retenue quelques instants afin de lui parler, répond Hathor en me sauvant la mise. Et elle en a profité pour parler avec les garçons pour tenter d'en savoir plus.

— Hum, je vois, marmonne le dieu du savoir comme s'il a compris tout ce qui s'est passé. Mais revenons à nos moutons, raconte-moi ce que tu sais.

Je lui fais alors un compte rendu des cours de la journée. Quand j'arrive à Takeru, Thot affiche une expression qui signifie qu'il s'y attendait et que ça allait lui poser problème.

Il me donne alors ses instructions une fois que j'ai fini de parler.

— Voilà ce que j'en pense : fais quelque chose pour cet échec.

Cet échec? Il parle tu de Takeru?

Hathor se dépêche d'éclaircir les propos de son collègue.

— En gros, ce cher Thot, dit-elle en le fusillant du regard, te demande d'enquêter sur la raison qui pousse Takeru à refuser de rejoindre un club.

— Exactement. Merci, ma chère, pour cette clarification…

Je sens que ces deux-là sont comme chat et chien. Un peu comme dans le film : les dieux d'Égypte.

— Tous les autres dieux sont au moins dans des clubs.

Là, Thot se met à nous sortir une liste de surnoms qui correspondent parfaitement avec le caractère des dieux.

Le Bimbo (de l'anglais. C'est une femme à la féminité provocante et stéréotypée... il parle tu de Balder, là?), l'Idiot (qui manque d'intelligence et de bon sens... C'est probablement Apollon), le Lugubre (qui est signe de deuil, de mort et d'une profonde tristesse...ça, ça doit être Hadès), l'Imbécile (dont l'intelligence est faible ou juste dépourvu d'intelligence, qui manifeste de la bêtise...Mon petit doigt me dit que c'est Tsukito, ça), l'Ivrogne (qui a l'habitude de s'enivrer et en témoigne par son comportement...c'est tellement Dionysos, ça), le Cancre (écolier paresseux et nul... c'est clairement Loki avec ses conneries) et l'Autre (pas besoin de définition ici, c'est de Thor qu'il parle, car c'est le dernier qui reste.)

(Définitions qui proviennent de Google)

Franchement, il est trop fort!

— Melissa, lui chuchotais-je, réécris-les. Je veux les montrer aux filles.

La poupée me fait le signe du capitaine et se met à l'ouvrage.

Mais attendez une minute… il a oublié Akira…

— J'avoue, Thot, t'as bien choisi les surnoms, mais t'as oublié Akira.

— Ah oui, Amaterasu. Bien, j'ai rien à dire sur elle. C'est une élève exemplaire. La meilleure de la classe.

Ouin, rendu là, surnomme-la : la Bollée (ou la Surdouée).

— Mais quand même, j'étais sûr que t'allais les aimer, mes surnoms, s'exclame Thot, comique. T'es vraiment marrante pour une humaine.

Je lui fais un clin d'œil.

— Sinon, pour ce qui est du club du ''cancre'' (ça me tentait, Ok?), tu sais que c'est pas vraiment un club…

— Oui, c'est plutôt une marche de santé.

— Tellement!

On se cogne alors volontairement l'avant-bras, pris dans un fou rire.

— Bon, reprenons notre sérieux. L'échec n'a même pas essayé un club.

Oui, mais comment veux-tu que je reprenne mon sérieux si tu continues à l'appeler de même?

Soudain, il se rapproche de mon visage comme s'il avait lu dans mes pensées, jusqu'à que je me souviens qu'il pouvait pas.

— Trouve un moyen de le convaincre. Les ordres de Zeus sont clairs. Il a bien aimé ton idée. Donc, il veut que tout le monde participe.

J'avoue. Thot a pas tort. Pour une fois que je suis d'accord avec les décisions de Monsieur Tout-Puissant…bien que, selon moi, ça serait pas si grave que ça si Takeru décide de pas rejoindre un club.

— Je vois que tu as compris. Alors, s'il te plait, fais quelque chose.

— Encore une chose, le coupais-je dans sa quasi-supplique. Pourquoi tu veux que ça soit moi qui tente de le convaincre? Pourquoi pas Alexe ou Molly?

Cette fois-ci, c'est Hathor qui décide de me répondre.

— On a pensé que ça serait une bonne idée si c'était toi. Après tout, c'est toi, la première humaine qu'il a rencontrée.

Plutôt engueulée, tu veux dire…

— Je croyais que tu l'aurais deviné, commence Thot, étonné. Tu as quand même demandé à ton amie Catherine de convaincre Hadès de rejoindre le club d'Astronomie.

— Ah, c'est vrai, ça. T'as pas tort…

— Tu es sûre que tout va bien, reprend le dieu du savoir, soudain plus sérieux que d'habitude (plus sérieux que ça, tu meurs).

Lui aussi? Hathor et maintenant lui? En même temps, ce sont des dieux. Je peux pas rivaliser avec des dieux par rapport à ce genre de choses.

Pourquoi j'ai l'impression que cette mission va me poser plus de problèmes que d'habitude…

XXX

Je sors de l'école en compagnie de Melissa et j'en profite un peu pour réfléchir à tout ça pendant que je suis le petit chemin qui mène au dortoir. Déjà, ça va être dur et je dois, en plus, me rendre plus loin qu'Apollon.

Je vais commencer mon investigation par aller en discuter avec Akira et Tsukito.

À mesure que je marche, je me perds dans mes pensées. Le rêve de cette nuit me revient en mémoire. Vous vous en doutez, c'est bien de cette fameuse nuit qu'il est question. Mais c'est pas tout. Juste avant, mon inconscient m'a passé un souvenir que j'aurais jamais cru qu'il allait me revenir en rêve.

C'était le jour de mon anniversaire. J'avais fait de quoi avec les filles l'après-midi et j'allais souper au restaurant avec Austin, en plus d'aller au cinéma.

Juste avant de payer l'addition, Austin m'a tendu une petite boîte blanche de forme carrée. Maintenant que j'y pense, il m'avait rien offert, alors que les autres m'avaient donné leur cadeau plus tôt dans la journée. Je comprends pourquoi maintenant. Il voulait me donner son cadeau quand nous serions tous seuls.

J'ai saisi la petite boîte et je l'ai ouverte. À l'intérieur se trouvait un petit bracelet orné de pierres rondes en modèles réduits de couleur rouge. On aurait dit des rubis.

C'est un bracelet ésotérique japonais composé de ma pierre de naissance.

Il m'a montré son poignet où se trouvait un bracelet identique, mais avec des pierres jaunes.

J'en ai un pareil, mais avec la tienne, la topaze.

Il a raison. Je suis née en novembre. Donc, j'ai topaze. Lui, c'est en juillet. Alors, c'est rubis pour Austin.

C'est vraiment beau, Austin. Je l'adore.

Il s'est mis à sourire en me glissant mon bracelet autour du poignet. Mon chum m'a alors pris la main avant de se lever et de s'approcher. Il m'a caressé la joue.

Tant que tu l'aurais sur toi, il te protégera et te guidera. Même si je venais à m'en aller pour de bon…

Mais qu'est-ce qu'il voulait dire par là? J'allais lui demander si c'était une blague quand il s'est approché un peu plus pour m'embrasser. Il est survenu alors de quoi d'étrange. J'ai vu une lueur rouge éclairer ses yeux bleu-vert juste avant qu'il les ferme pour profiter de notre baiser.

On s'est séparé et j'ai enchaîné après avec ma question.

Ce que tu viens de me dire, c'était une blague?

Oui et non. C'est ça que le vendeur m'avait dit quand je les ai achetés.

Je l'avais cru à ce moment, mais quand il s'en est allé, j'ai commencé à avoir l'impression qu'il m'avait pas tout dit ce jour-là.

XXX

Soudain, j'entends un bruit près de moi. Je tombe face à face avec Takeru qui s'entraîne à frapper une feuille avec un bâton. Je crois qu'il essaye de faire voler la feuille et d'éviter qu'elle tombe au sol.

Alors, il sait manier l'épée? Il a donc un talent autre d'être chiant. Ça fait de quoi qu'on a en commun.

Il s'arrête et se mit à soupirer. À sa face, on dirait que quelque chose l'obsède. Empreint d'une compassion sans bornes, je lui demande avec toute la sincérité du monde :

— Est-ce que ça va?

Le dieu des tempêtes me remarque enfin. Il fronce les sourcils.

— Qu'est-ce que tu veux?

— Toujours aussi mad à ce que je vois, bourgeonnais-je en croisant les bras. Relaxe, je t'ai juste demandé si tout allait bien.

— Pourquoi ça t'intéresserait mes états d'âme? me demande-t-il.

— Je sais pas. Une intuition.

— Une intuition?

— Ouin, bizarre, hein? Sinon, j'ai remarqué que tu t'entraînais avec un bâton. Tu manierais pas l'épée, par hasard?

Le dieu se contente de lever son bâton sans me répondre.

— Je sais pas si t'as…

— Je sais ce que tu comptes faire, déclare soudainement Takeru en s'arrêtant de bouger son bâton. Tu vas tenter de me convaincre de rejoindre un club? Dois-je te rappeler que ma réponse est non?

— On s'entend tu pour dire qu'Apollon est pas la meilleure personne pour tenter de convaincre quelqu'un…

— Et toi?

— Quoi, moi?

— T'as ce qu'il faut pour me convaincre?

Je suis d'abord surprise par sa question, avant de me rendre compte que ladite question était empreinte de supériorité. Ça reste un dieu, après tout.

— Je sais pas. J'y travaille encore.

— Laisse-moi deviner, c'est Thot qui t'as demandé de me convaincre?

Je hoche la tête.

— Ça vient de Zeus. Pour une fois que suis en accord avec ses ordres.

Je prends une seconde pour réfléchir. Il pourrait être dans le club de maniement des armes avec moi. Je suis toute seule après tout.

— Tu savais qu'il y a un club…

— Je vois que t'es horriblement persistante, comme d'habitude, Zassō.

— Tu ramènes ça? dis-je sur un ton doucereux.

Si on était dans un anime, le symbole de frustration serait apparu sur ma tempe.

— Tu me donnes l'impression que tu veux me provoquer.

— Pourquoi je voudrais faire ça? Je suis là pour vous aider à apprendre ces trucs sur les humains et l'amour.

— Eh bien, je ne sais pas moi, tu veux juste faire ton boulot pour pouvoir retourner chez toi après, mais comme je me suis mis sur ton chemin, tu me faire pénaliser…

Wow… Alors, il me connait vraiment pas, lui là.

— Ça va pas de m'accuser comme ça? Et d'ailleurs, c'est pas vraiment le moment de me faire chier.

— Vraiment? s'exclame-t-il d'un ton faussement étonné en reprenant ensuite comme de rien n'était. Mais t'es pris avec le fait que si j'échoue, tu ne seras pas en mesure de partir, toi non plus. Donc, tu fais semblant de nous aider, mais en fait, tu ne penses qu'à toi, tu te fous royalement de nous!

Je sens alors des larmes me couler sur les joues. Comment ça, je me fous de tout le monde?

— Ce n'est pas une façon de parler à une fille, mon gars, me défend Melissa.

— C'est pas la peine, Melissa, lançais-je en prenant une profonde respiration. Crois-moi ou pas, mais sache que vous, les dieux, vous avez toujours été mes idoles, mes héros d'enfance. J'avais que ça, des affiches de vous, dans ma chambre bien trop grande pour une simple enfance. Je vous considère comme mes précieux amis, comme étant égaux à moi. Enfin en chair en os devant moi… Tu veux ce que je dis, vas donc chier, mon tabarnak!

Je me retourne en essuyant mes larmes et me dépêche de me rendre vers mon dortoir sans avoir remarqué l'expression estomaquée et étonnée de Takeru, comme s'il s'était rendu compte qu'il m'avait vexée. Bien fait pour toi, Susanoo

XXX

Je suis finalement allée me baigner. Personne m'a fait de commentaires et je leur en suis reconnaissante. Une fois revenue dans ma chambre pour me préparer pour mon entrainement à l'épée double, je lance ma frustration sur Melissa :

— Arg! C'est quoi son problème?!

— Calme-toi un peu, me recommande la poupée. C'est vrai qu'il t'as mal parlé, mais tu ne trouveras pas de solution si tu te calmes pas.

— Ouin, mais il est grossier. Il me regarder toujours fixement et en plus de ça, il m'écoute pas pantoute.

— Tu es une personne remarquable et vraiment gentille avec les autres, Laurence. Ne prends pas d'importance dans ce qu'il a dit.

— T'inquiète pas, le rassurais-je. Je virai pas en dépression à cause de ça.

— Bien. Sinon, t'as remarqué comme moi qu'il était plutôt bon avec un bâton… sers-toi de ça pour le convaincre. Un pari, pourquoi pas? Plus tu repousses l'autre au premier abord, plus c'est excitant. C'est ça, l'amour!

— C'est une bonne idée. Mais calmos, la drogue. C'est pas bon. Même pour toi. Bon, je vais y aller.

Maintenant que Melissa me l'a fait remarquer, je vais peut-être le pogner comme ça, finalement. Mais qu'est-ce qu'a voulu dire Melissa quand il parlait de l'amour? Il a dû prendre de la drogue quand j'avais le dos tourné.

— Bien, accepte Melissa. Je te vais te laisser un petit moment toute seule. Mais sache que je ne prends aucune drogue.

— Ah non? T'es sûr que c'est pas plutôt parce que t'es saoul? déclarais-je en éclatant de rire. Oh et profite-en pour aller discuter avec Akira. J'ai besoin d'info sur son frère.

— D'accord. Je vais leur montrer aussi les surnoms des dieux.

— Oui, fais ça.

Je sors, mon bâton dans mon dos, dans son harnais, et mon mannequin sous le bras.

XXX

J'exécute mes figures sans vraiment prendre en compte ce que je fais, alors que le soleil entame sa descente vers l'horizon. Les paroles du dieu des tempêtes reviennent sans cesse dans mon esprit et j'arrive pas à les faire disparaître. Il m'a vraiment vexée…

Soudain, j'entends du bruit derrière moi. Prise par surprise, je me tourne en tendant mon épée vers le bas qui fait un cloche-pied à l'intrus.

Je sursaute quand je me rends compte que ledit intrus est nul autre que Takeru lui-même.

— Surprends pas une guerrière de dos, bordel!

On s'observe alors en silence pendant quelques secondes qui ont l'air d'être des heures. Je me perds dans son regard tout en tentant de calmer ma respiration.

Soudain, les yeux couleur cannelle se détachent des miens en affichant une expression de : bon, je crois que je devrais m'excuser.

— Tu sais manier une épée toi aussi? me demande-t-il en se levant pour tenter de commencer doucement la conversation.

Je fais tournoyer mon épée vers le haut pour ensuite appuyer sur le bouton du milieu. L'épée se rétracte alors sous la forme d'un bâton noir. Je le place alors dans son harnais.

— Évidemment. En plus de tous les autres genres d'armes.

— Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit?

— Pourquoi je te l'ai pas dit ? répétais-je, frustrée. J'ai tenté de te le dire deux fois, mon gars, mais tu m'écoutais pas pantoute.

Il affiche un air surpris.

— Vraiment?

Je reste silencieuse à mon tour.

— Qu'est-ce que c'est ? me questionne Takeru plus doucement en pointant mon épée.

J'hésite un peu à répondre. Mais il me l'a demandé gentiment. Peut-être que le dieu des tempêtes regrette vraiment ce qu'il m'a dit et qu'il veut en apprendre plus sur moi.

— Une épée double. Ça vient d'une série de romans appelée les Chevaliers d'Émeraude. Je m'entraine depuis que je suis haute comme ça (je mets ma main à environ 90 centimètres du sol), mais elle est devenue mon arme de prédilection vers mes 10 ans, en plus d'être l'une de mes passions. C'est pour ça que j'ai formé le club de maniement des armes.

— Je vois…

Takeru prend une bonne inspiration avant de se lancer :

— Écoute, je n'aurais pas dû te parler comme je le l'ai fait. Je ne savais pas que tu nous admirais à ce point.

Je rêve ou il s'excuse?

— Dis-moi, Takeru, pourquoi tu veux pas rejoindre un club?

— C'est simple, répond-il, très sérieux. Je ne vous fais pas confiance. Encore moins à Zeus.

— Et moi? J'imagine que tu me fais pas confiance non plus, même si je tente de vous aider le mieux que je le peux.

— Faire confiance, c'est pour les idiots. Mais pour ce qui te concerne, je ne sais pas vraiment. Je n'arrive pas à te cerner. Je n'ai pas l'habitude de côtoyer des humaines comme toi. C'est peut-être pour ça qu'on se dispute tout le temps.

— Peut-être. Tu veux que je te dise? C'est un bon début, Takeru, me contentais-je de répondre, que tu t'es excusé. C'est la première étape pour améliorer une relation. Mais pour en revenir à la confiance, tout genre de relation se base sur ça. Sans la confiance, pas de relations tout court. C'est d'ailleurs de là que ça vient l'expression : la confiance, ça se mérite.

C'est le moment de mettre mon plan à exécution.

— Takeru, s'il te plait, rejoins le club de maniement des armes où tu pourras faire quelque chose que tu aimes, du moins, je pense. Il y a que moi qui en fais partie pour le moment et on dirait que ça intéresse personne d'autre que nous deux.

— Finalement, tu veux me convaincre? Décide-toi. Oui, tu as dit que tu étais d'accord avec Zeus, mais j'ai senti qu'en même temps, tu trouves que ce n'est pas bien grave que je ne fasse pas partie d'un club. Que ça arrive des fois que les gens n'aient pas de passe-temps.

— Comment tu le sais? m'exclamais-je, bouche bée.

— Je suis un dieu.

— J'avoue, mais comment tu as fait pour le savoir. Les dieux lisent pas dans les pensées.

— Pas les pensées, les émotions. Ensuite, j'ai fini par déduire que tu avais fini par avoir de la compassion pour moi et que tu voulais que je fasse ce dont j'avais envie, qui était de ne pas rejoindre un club, parce que je ne voulais pas voir des gens.

Ah, c'est donc comme ça que Thot arrive à savoir mes impressions sur telles ou telles affaires.

— Donc, tu as dit ça sur le coup de la colère, car tu voulais pas croire que je tripais comme une folle depuis qu'on est ici.

— Ton sourire ne trompe personne, Zassō, sourit-il.

OMG! Takeru me sourit! Yétais temps!

— Tiens donc c'est rendu un surnom affectueux, maintenant…

— Peut-être.

Et on part à rire soudainement comme si de rien n'était.

— Bon, j'accepte.

— T'es sérieux? m'écriais-je, ravie.

— Oui. Affronte-moi en duel avec des épées.

— Tu sais que tu viens de me piquer l'étape la plus importante de mon plan pour te convaincre? Fais chier!

Son sourire s'élargit.

— Je te laisse combattre avec ta meilleure arme. Si tu gagnes, je rejoins ton club. Si je gagne, ne reviens plus jamais sur le sujet.

J'hésite un instant. J'ai jamais vraiment affronté un dieu à date et ça se peut qu'il soit plus expérimenté que moi. Mais il faut que je prenne une chance. Pas pour Zeus. Pour moi. Pour avoir un compagnon d'armes et pour lui faire comprendre que c'est le fun de s'entrainer en duo.

Je lance un regard fier à Takeru.

— Ça me va.

Le dieu semble surpris par ma décision. En même temps, c'est quand même lui qui me l'a proposé et pas le contraire.

— T'as conscience que je vais pas me retenir?

— Tue-moi juste pas, je t'en serais reconnaissante. Évidemment que tu vas pas te retenir.

— Intéressant, comme réaction. Décidément, tu me surprends chaque jour.

— Amène-toi.

Je prends mon mannequin et je me dirige vers l'école, suivi par Takeru.

XXX

Une fois à l'intérieur de l'académie, nous prenons un couloir de locaux et nous nous arrêtons devant celui où il y est écrit, par la main de Molly : Club du Maniement des armes. Je prends mon porte-clés et j'ouvre la porte.

— C'est un dojo? s'exclame Takeru, tout content.

— Ouaip. Chaque club a un local et tout est à notre disposition par livraison de la Réserve.

En effet, le plancher est recouvert d'un matelas blanc ni trop dur ni trop mou. Je pose mon mannequin dans un coin avec d'autres mannequins et je m'approche du mur où l'on voit des armes suspendues en l'air à l'aide de clous. Je réfléchis un instant quelle arme que je vais donner à Takeru. Mes yeux s'arrêtent sur une épée de Kendo. Je la prends et je la lui donne.

Le dieu se met à la soupeser afin d'analyser son efficacité.

— C'est léger.

— C'est une épée de kendo en bambou. Elle provient de ton pays.

— Vraiment? Alors, ça me va. Je vais me battre pour de vrai.

— Et moi donc, répliquais-je sur le même ton pendant que je sorte le bâton de son harnais.

J'active les lames de mon épée double, puis on se met alors en position.

C'est moi qui attaque en premier. Je fais tournoyer mon épée. Puis, je tente un coup sur le côté. Takeru pare avec la sienne. Il me porte ensuite un autre coup. Mais je tourne sur moi-même afin de l'esquiver. Je place alors mon épée en diagonale pour parer sa prochaine attaque. Ensuite, je fais glisser mon arme vers le haut pour tenter de le désarmer. Mais Takeru réussit à retirer son épée à temps de la garde gauche de mon épée double. Je le vois tenter sa chance vers le haut avec ses deux mains sur le manche de son épée tout en poussant un hurlement. Il arrive trop vite. J'ai pas le temps d'esquiver ou d'attaquer. Je tends alors mon épée de toute sa longueur en horizontale au-dessus de ma tête. Ainsi, je réussis à parer son coup final. La force que Takeru a mis dans sa dernière attaque était si puissante que mes jambes me lâchent et je me retrouve à genoux.

Et le combat prend fin…

Je tente de calmer ma respiration fuyante. J'ai vraiment tout donné dans ce combat. J'échange un regard avec mon adversaire. Soudain, son expression concentrée disparaît pour être remplacée par un sourire malicieux. Je souris à mon tour.

— J'ai l'impression qu'on a tous les deux adoré se mesurer l'un à l'autre et qu'on a certainement hâte de recommencer.

— Tu ne fuis pas, toi. Ça me plait. Cela parait que tu t'entraînes depuis tout ce temps.

Je suis tellement essoufflée que je sens qu'aucun son va sortir de ma bouche si je l'ouvre pour lui répondre.

— Nous allons reporter notre duel. Qu'est-ce que t'en penses?

— Je suis partante pour te combattre à nouveau, mais pourquoi remporter notre duel pour savoir si tu rejoins le club ou pas?

— Tu as beau de t'être entraînée depuis que tu es toute petite, ton corps est encore trop faible pour t'en sortir vivante dans un combat à mort.

— C'est vrai. Maintenant que t'en parles, tu es même pas essoufflé contrairement à moi.

— Exact. Je te conseille de continuer à t'entraîner encore plus. Nous nous battrons quand tu te seras améliorée.

Tiens, c'est nouveau ça? On se faisait la gueule toute la journée et maintenant il me donne des trucs pour me laisser une chance de lui botter le cul après. Il est enfin devenu sympa. Je l'aime bien, finalement.

— Tu me proposes quoi? lui demandais-je en rétractant mon épée pour ensuite mettre le bâton dans son harnais.

— Courir est la meilleure façon de renforcer son corps.

Je sens alors la frustration envahir à nouveau mon être. Je déteste courir. C'est ben la seule affaire que je détestais dans mes cours d'éduc.

— Je vais y penser. Comme tu peux t'en douter à cause de ma frustration intérieure, j'aime pas trop la course.

— Je cours chaque matin et chaque soir. Viens me voir à l'endroit habituel si tu changes d'avis.

Et nous nous quittons là-dessus. Je barre la porte de mon dojo et regarde mon horaire. J'ai Danse avec les filles dans trente minutes. Je me rends alors à la salle de danse de ce pas, contente d'avoir combattu Takeru Totsuka.

Point de vue commun

Takeru se retourna et observa Laurence barrer la porte du dojo avant de repartir sans oublier de regarder son agenda au passage. Il se surprit en train de sourire. Ce qu'il avait éprouvé lors de leur combat était tout à fait magique et enivrant. Jamais, il n'avait eu une telle chimie avec un adversaire avant elle.

— Elle n'est pas si inutile que je le pensais, se dit-il. Elle est même sympa.

Il ria silencieusement avant de sortir du couloir pour aller faire son jogging vespéral. (Veut dire de soir)

XXX

Point de vue Laurence

Je suis arrivée un peu d'avance. J'ai donc encore du temps pour jouer à Just Dance avant que les filles viennent me rejoindre. Je mets le 2017 dans la Xbox et j'allume la kinect.

Je décide de faire Cheap Thrills de Sia Ft. Sean Paul. Après dix minutes, j'ai fait au moins 2-3 danses. J'ai maintenant envie de faire Into You d'Ariana Grande.

Ça fait une minute que je la danse quand j'aperçois dans le miroir un visage passer dans la vitre de la porte qui se trouve derrière moi. J'y prends pas trop attention et je continue à danser.

Une fois la danse finie, je m'arrête et je reprends mon souffle, appuyée contre mes genoux. Soudain, je lève les yeux vers le miroir, car je me sens observée quand j'affiche une expression de surprise. Je me tourne, bouche bée, car je m'attendais pas du tout à voir Takeru, en tenue de sport.

— Mais qu'est-ce que tu fais là?

Le dieu répond pas. Il se contente d'observer ma poitrine se soulever et reprendre sa place initiale. Il vient de me faire rappeler que je porte seulement une brassière de sport en haut, lui là.

— J'en étais sûr. Même quand tu danses, tu finis essoufflée.

— Et alors? répliquais-je. Où est le rapport avec le combat de taleur?

— Tu dois améliorer ton endurance non seulement pour le combat, mais aussi pour la danse.

Je pogne ma bouteille d'eau et j'en bois une gorgée. Là, il abuse. Qu'il me laisse y réfléchir quand je vais avoir fini mes trucs. Il m'espionne ou quoi?

— Tu as chanté aussi, si je me trompe pas?

— Ça dut arriver, dis-je en visant le bouchon de la bouteille.

— J'ai compris, tu n'as pas assez d'endurance pour faire les deux. Chanter et danser. Et ça te rend dingue.

Alors, là, il m'impressionne. Déduire une impression, c'est une chose, mais un rêve. C'est inimaginable.

— Tu l'as catché que c'est un de mes rêves, hein? lançais-je en allant mettre la Xbox en pause.

Je garde ma bouteille dans mes mains alors que je viens rejoindre Takeru sur le bord de la porte.

— En effet. Et tu pourrais y arriver. En allant courir avec moi.

Wow. J'aurais jamais imaginé que le Susanoo allait changer de comportement de manière radicale aussi rapidement.

— Et je suppose que tu te portes volontaire pour être mon coach?

— Ton quoi?

— Mon entraîneur.

Des fois, j'oublie que les gens à qui je parle dans ce jardin comprennent en aucun cas ce que je veux dire.

— Ah, déclare-t-il en comprenant ce que je voulais dire. Oui, pourquoi pas? Après tout, je suis le dieu de la poésie.

Et il se vante en plus. Il tient vraiment à le faire, alors.

— De la poésie? La poésie est pas trop loin du chant, j'imagine… Attends une minute, tu veux dire que tu sais chanter?

— Bien sûr. Je suis un dieu. Je peux tout faire.

— Alors là, je m'y attendais pas.

— Quoi, que je peux tout faire?

— Mais non, idiot! Que tu saches chanter.

Il éclate de rire à ce moment et je cède moi aussi. Wow, ça fait deux fois qu'on est en train de rire. C'est fou comme les relations sociales m'étonneront toujours.

— Donc, est-ce que tu as pris une décision, finalement? me demande le dieu en redevenant sérieux.

— Tu verras bien, révélais-je en lui faisant un clin d'œil.

J'entends soudain les filles qui arrivent. Il y pas pu personne normalement qui trainent dans les couloirs à cette heure-là, je peux alors les entendre dans le corridor. Je fais alors signe à Takeru de s'en aller. Il hoche la tête et repart par la porte non sans oublier de me saluer au passage.

Ah, ce Takeru, il m'étonnera toujours. Je repars alors vers la télévision. C'est Alexe qui rentre en premier et semble pas remarquer que je parlais avec le dieu des tempêtes il y a quelques secondes. Molly entre la dernière et ferme la porte.

— Est-ce ça va, Laue? me demande Alexe, t'as laissé la porte ouverte.

— Tout va bien. Je me sens inspirée.

— Alors toi là, me lance Hathor qui est aussi de la partie. Tu t'es retrouvée toute seule avec un garçon?

— Je vois pas de quoi tu parles, rigolais-je tout en lui faisant un clin d'œil.

Hathor comprend aussitôt ce que ça implique. Mais dans le cas des autres, elles semblent pas avoir catché, car je suis soudainement entourée par des filles enjouées qui me lancent des : c'est qui? Il est beau? Il est dans quelle classe? C'est tu un élève-esprit? C'est tu un dieu?

C'est pas vrai?! Maintenant, les filles pensent qu'il y a un gars qui me drague après les cours. Merci, Hathor…

XXX

Le lendemain matin, je me lève assez tôt… disons plus tôt que d'habitude. Je me prépare et juste avant que je sorte, Melissa me pose la question qui tue en sortant de sa maison, parce qu'il m'avait entendu me préparer :

— Alors, tu vas accepter son offre?

— D'après toi? Évidemment! m'exclamais-je, joyeuse.

Oui, je suis joyeuse à l'idée d'aller courir. C'est pas normal, ça. Mais c'est vrai. On s'entend qu'il me fait une maudite bonne offre, lui là. J'ai toujours rêvé de pouvoir chanter sur une scène et de danser en même temps.

Je sors alors de ma chambre tout en discutant avec Melissa.

— Au fait, me rappelais-je, t'as parlé avec Akira?

— Oui, chef.

— Alors?

La poupée m'explique qu'en réalité, Takeru a toujours été tout seul, personne pour s'occuper de lui. Des fois, il passait aller voir son frère, mais c'est pas mal tout. Le cadet s'entendait pas vraiment avec sa grande sœur et c'est d'ailleurs toujours le cas. Autre détail pas du tout prévu, mais intéressant : Takeru adore les coquillages. Mais ce qui m'étonne le plus, c'est Melissa qui me révèle que notre ami le dieu des tempêtes déteste les champignons. Même un dieu a des dislikes dans la bouffe, faut croire.

— Quand même, c'est dur la famille, des fois, me contentais-je de répondre tout en pensant à ma propre enfance qui était pas si différente de la sienne.

On arrive finalement au salon où nous trouvons Akira en train de lire un livre. Depuis que je lui ai parlé des livres occidentaux, Akira est tout le temps le nez plongé dans mes grands classiques américains. En ce moment, elle est en train de lire Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban. C'est d'ailleurs mon premier vrai livre que j'ai lu.

— Oh, je ne pensais pas que t'allais te lever aussi tôt, me lance-t-elle en me remarquant. Tu vas t'entrainer?

Elle désigne ma tenue de sport.

— Oui, c'est ça.

Je me dirige vers la cuisine au moment que j'entends Molly et Cath descendre les escaliers. Je sais que c'est elles, car j'entends deux fois plus de bruits. Sans parler que ça peut pas être Alexe. Le rituel du réveil est quelque chose de sacré pour elle. Faut pas la réveiller de force. Sinon, ma meilleure amie devient un démon. Une fois, David a subi son courroux parce qu'il lui avait lancé un oreiller dessus au moment qu'elle s'était réveillée.

Donc, faut mieux la laisser dormir.

— Qu'est-ce que tu fais debout aussi tôt, Laue? me demande Cath.

Dans mon cas, c'est pas un rituel comme Alexe, j'ai juste de la misère à me lever. Mais aujourd'hui, étonnamment, j'ai eu aucun mal à me lever à l'heure que je voulais.

Bon, ben, je crois qu'il faut que je leur dise. C'est pas comme si je sortais avec, hein?

— Je vais courir pour améliorer mon endurance.

Mes amies se regardent avant de revenir vers moi, estomaquées.

— T'es tu sérieuse? s'exclame Cath.

Évidemment, elles me connaissent très bien et donc, elles savent que je déteste courir.

— C'est qui t'as convaincu? me demande Molly.

— C'est Takeru.

C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, car les mâchoires de Molly et Cath se retrouvent à terre, tellement elles sont bouche bée.

Ouin, bon, tout le monde est au courant que Takeru et moi, on est comme chien et chat. Plutôt était, mais bon. Pour elles, c'est encore le présent.

Contrairement aux humaines qui comprennent plus rien, Akira, elle, semble pas le moins du monde étonnée d'apprendre que je vais jogger avec son frère.

— Je suis contente que mon frère se soit trouvé un compagnon pour courir. Sinon, mes infos t'ont été utiles?

— Oui, répondais-je, reconnaissante. Melissa m'a fait le topo. Merci à vous deux.

— Il y a pas de quoi, ma chère, déclare Akira avant de se replonger dans sa lecture.

De mon côté, je termine de préparer mon déjeuner. Une fois prête, je cours vers la sortie en imaginant la réaction de Takeru quand il va me voir arrivée.

Arrivée à l'endroit où Takeru commence normalement son jogging, je vois justement ce dernier en train d'attendre, en tenue de sport, lui aussi.

Le dieu des tempêtes me voir arriver et me sourit. J'ai donc pas rêvé. Il est vraiment devenu sympa avec moi. C'est un miracle.

— Tu es venue alors.

— Évidemment, je pouvais pas laisser passer cette occasion de réaliser un de mes rêves.

— C'est donc avec le côté chant/danse que j'ai réussi à te convaincre.

— En effet, mais je me suis dit alors pourquoi pas pour le maniement des armes en plus.

— Dans ce cas, j'accepte d'être ton entraîneur.

— Alors, on y va, Coach?

Le dieu hoche la tête et commence à courir vers la sortie de l'école pour se rendre dans la prairie et ensuite dans la forêt. Je le suis, le mieux que je peux en me demandant si je vais regretter mon choix.

Finalement, nope. Je regrette rien.

XXX

Point de vue Alexandra

J'ouvre un œil. Je vois de la lumière qui s'échappe de ma fenêtre. Je reste dans mon lit encore quinze minutes avant de me décider à me lever pour de bon.

Je descends au salon où je vois tout le monde réuni. Même l'affreuse poupée est présente. Mais je vois pas Laue. Elle est peut-être encore couchée.

Molly me voit alors descendre et vient tout de suite à ma rencontre.

— Alexe, tu ne vas pas le croire.

— Euh? fais-je encore un peu fatiguée.

— Laurence s'est levée super tôt pour aller faire du jogging.

J'arrête systématiquement de bouger tellement que je m'y attendais pas. Déjà, Laurence aime pas se lever tôt, c'est une chose, mais se lever tôt pour aller faire du jogging en plus…

C'est pas normal. Elle déteste faire ça. Un esprit a dû posséder Laurence, car ça se peut pas.

— Et elle a décidé ça comme ça, sur un coup de tête ou quelqu'un l'a convaincu de le faire?

— C'est Takeru qui l'a convaincu, révèle Cath.

— Tu me naises? Si nous, on peut même pas la convaincre, je vois mal Takeru la convaincre. En plus, lui et Laue arrêtent pas de s'obstiner.

Molly hausse les épaules, signe qu'elle en sais pas plus que moi.

— Mais qu'est-ce qui se passe à la fin? m'énervais-je, comprenant plus rien.

— Laurence s'est fait un nouvel ami, on dirait! annonce soudainement Hathor en entrant en trombe dans le dortoir.

— Tu nous expliques, Hathor? exigeais-je, croyant avoir mal entendu. Car si tu parles de Takeru, ils s'haïssent la face.

— Désolée de te contredire, mais Takeru a radicalement changé de comportement et est devenu soudainement sympa avec Laurence.

— Personne ne peut changer de comportement aussi rapidement, proteste Molly.

— En réalité, poursuit Hathor, Thot lui a demandé d'essayer de convaincre Takeru de rejoindre un club et apparemment, ils font copains-copains depuis qu'ils se sont combattus dans le dojo.

— Ils se sont battus avec des épées? s'exclame Cath, impressionnée. Maudit que j'aurais voulu voir ça.

— Ouin, moi aussi, ajoutais-je sur mon ton habituel.

J'avoue. C'est vrai que j'aurais voulu voir ça, mais reste que je trust pas Takeru. Il va falloir que j'aille une petite conversation avec ces deux là.

XXX

Point de vue commun

Plus les jours avançaient, plus Laurence passa le plus clair de son temps avec son nouvel ami, car oui, on pouvait les considérer comme étant de bons amis.

Le matin, ils partaient faire du jogging ensemble avant d'aller en cours. Le reste du temps, Laurence et Takeru le passaient soit à s'entraîner avec les épées soit avec le chant/danse.

La jeune humaine l'avait même convaincu de faire de l'équitation avec elle, mais on voyait bien que Takeru n'aimait pas vraiment cela. Donc, il se contentait seulement de la regarder faire, appuyé contre la clôture du manège extérieur.

Puis, ils s'en allaient faire leur jogging du soir.

Les autres élèves, eux, se demandaient ce qui pouvait bien pousser ces deux-là à passer autant de temps ensemble. Ils s'étaient mis à les espionner pour tenter de comprendre et le groupe s'est bien sûr, rendu compte que Laurence et Takeru s'entendaient effectivement très bien.

Le groupe a décidé de mettre leur plan à exécution pendant un après-midi. Ils avaient repéré les deux amis assis à une table de pique-nique en train de faire une pause.

Laurence avait amené une collation et ils étaient en train de manger quand le groupe les trouva. Elle ignorait, bien sûr que les autres les observaient, pas très loin de là, car visiblement, ils n'avaient rien d'autre à faire.

— Zassō ?

Laurence tourna la tête vers Takeru.

— Encore avec ce surnom débile… Qu'est-ce que tu veux? répondit-elle tout de même en souriant.

— Te souviens-tu de notre première rencontre?

— M'en parles pas… soupira-t-elle, car oui, elle s'en souvenait très bien.

Le dieu passa une main derrière sa tête, embarrassé.

— Je dois avouer que j'ai agi comme un gros con égocentrique pendant la conversation qui a suivit notre rencontre.

— Parce que t'appelles ça une conversation? s'exclama Laurence sur un ton sarcastique.

— Comment tu appellerais ça, alors?

— Bah, je sais pas, moé, commença la jeune humaine en posant sa main qui contenait le biscuit qu'elle avait entamé sur la table pour réfléchir à la question, une engueulade?

— J'avoue.

Ils éclatèrent de rire. Effectivement, on se souvient très bien que leur rencontre n'était pas des plus chaleureuses.

XXX

Point de vue Laurence

Ça fait maintenant deux semaines que je m'entraîne avec Takeru. Je dois avouer que nous avons amélioré notre relation. On s'engueule plus pantoute.

Je regarde ma montre. C'est le temps que je me prépare pour aller courir avec Takeru.

— Laurence? m'appelle Melissa.

Je me tourne vers lui. Il est assis devant la fenêtre de ma chambre. La poupée me pointe la vitre. Je comprends aussitôt ce qu'il veut dire. Il pleut en maudit dehors.

— Tu ne seras pas capable de courir aujourd'hui.

Je me dis qu'il a peut-être raison quand j'aperçois une forme bleue se mouvoir sous la pluie. Je crois que c'est Takeru.

— T'as vu ça? lançais-je à Melissa. C'était Takeru?

— Oui, mais tu sais, il est le dieu des tempêtes. C'est son élément…

J'ignore Melissa et je me rue à la porte en prenant ma veste à capuche en passant. C'est juste de la pluie, ça va pas me tuer.

J'arrive maintenant dans la forêt. En enlevant mon capuchon, je regarde partout pour tenter de le retrouver la trace de Takeru.

Bordel, yé rendu où?

C'est alors que je le vois à environ une cinquantaine de mètres devant moi, l'autre côté d'un ravin. Ah, merde, c'est pas bon, ça.

Point de vue commun

— Takeru!

Le dieu s'arrêta, car il avait reconnu la voix de Laurence.

— Elle est venue? se dit-il, surpris. Même si elle est si faible? Elle n'aurait pas dû.

Soudain, Takeru remarqua que son amie se trouvait sur le bord du ravin qu'il avait commencé à contourner. Il eut soudain un mauvais pressentiment.

Point de vue Laurence

— Hey! Ne reste pas là! Le sol est friable.

Oui, je devrais peut-être suivre son conseil. Je lève un pied doucement pour le mettre derrière l'autre. Mais au moment que j'allais redéposer mon pied au sol, je me la foule la cheville sans comprendre comment et je glisse sur le sol friable. Car oui, étant hyperlaxe, mon pied peut juste bouger et ma cheville va se renverser. Mais sur le coup de la panique, j'arrive pas à analyser ce qui s'est passé.

Dans ma chute, une partie de mon corps, probablement quelque chose dans le coin de mes jambes frappe la falaise. Je laisse échapper un cri tellement que le choc a été douloureux. Heureusement, j'atterris durement sur une petite corniche et je tente de me raccrocher en tendant une main. Merde! Je me suis probablement faire une entorse en plus. Je me stabilise le mieux que je le peux et de dos à Takeru, je me tiens de toutes mes façons.

— Je vais bien, m'écriais-je assez fort pour que le dieu des tempêtes puisse m'entendre. Mais je crois que je suis blessée.

Je tente d'étirer mon bras pour atteindre une pierre au-dessus de ma tête, en sentant ma respiration s'affoler.

— Ne bouge pas. Je vais te chercher, entendais-je Takeru me crier.

Tu parles que tu viens me chercher. Il y a un ravin qui nous sépare. Je tente d'escalader la paroi de toutes mes forces en sentant mes fesses travailler un max. Je monte ma jambe droite, préférant garder la jambe avec ma cheville blessée libre tout en continuant à droite. Mais la pierre sur laquelle mon pied gauche se tient s'écroule. Évidemment, ma main lâche sans faire exprès la pierre qu'elle tenait. Je tombe dans le ravin dos vers le sol. Je me mets à crier en tendant ma main vers Takeru.

Point de vue commun

Au moment qu'il la vit tomber pour de bon, Takeru eut l'impression de sentir son cœur remonter dans sa gorge. Le dieu se précipita dans le ravin pour tenter de rattraper la main de son amie… de sa seule amie.

— Laurence!

Soudain, le flashback qu'il tentait désespérément de refouler dans son esprit envahit toutes ses pensées. Le dieu des tempêtes revit la grande femme blanche habillée de blanc.

— Merde!

Takeru se secoua la tête pour se débarrasser de sa vision.

— Non, je ne laisserais pas ça se reproduire! Pas elle!

Son entrave s'illumina à cet instant précis, mais n'y prêta pas attention, trop inquiet pour son amie. Pourtant, ceci provoqua un énorme tremblement de terre qui attira l'attention de tout le monde présent au Jardin d'Éden. Et évidemment, cela n'échappa pas à Zeus…

Point de vue Laurence

Je sais que j'ai fini ma chute dans de l'eau. J'ai aussi vu Takeru se pitcher dans le ravin pour venir à mon secours.

Je me sens de plus en plus lourde. Je commence à avoir vraiment besoin de respirer. Mes poumons sont sur le bord d'exploser. Je ferme alors les yeux, tout engourdie.

Je sens à peine la main qui agrippe mon poignet. Je perds connaissance à ce moment-là.

XXX

Laurence…

Qui c'est qui m'appelle…

Laurence!

Je connais cette voix… Cette voix virile que j'aime tant…

LAURENCE!

La première chose que je vois quand j'ouvre finalement les paupières, ce sont deux yeux dorés hyper inquiets. Je me rends soudain compte que c'est Takeru en discernant un peu plus son visage. Dès qu'il croise mon regard, le dieu soupire de soulagement.

Tiens, il a changé d'apparence. Le dieu a maintenant des cheveux plus longs avec des mèches blanches. Une montée d'eau m'envahit la bouche et je me mets sur le ventre pour cracher tout ça. Je prends alors quelques secondes pour analyser la situation. Je suis maintenant sur le ventre en train de cracher de l'eau. Je sens la main de Takeru contre mon dos. J'aperçois ma veste qui traine près de moi. Il a dû me l'enlever pour pouvoir me réanimer. Je tends alors une main tremblante pour la ramasser. Mon regard va vers mon ami, ayant encore du mal à respirer.

— Est-ce que tout va bien?

Bonne question. Est-ce que je vais bien? Je me retourne pour tenter de m'asseoir, puis ensuite me mettre debout. J'arrive à lever le haut de mon corps, mais quand j'arrive pour lever l'autre partie, je retombe automatiquement. Ma tête aurait brutalement percutée sur le sol si Takeru m'avait pas rattrapé. Bon, mes jambes sont mortes. Un élancement de douleur envahit ma jambe droite tout entière.

— J'ai vérifié tes blessures, m'annonce le dieu des mers. Pour l'extérieur, c'est superficiel. Seulement quelques écorchures et hématomes. Mais pour ce qui est de l'intérieur de ton corps, je crois que tu t'es foulée la cheville.

— Je crois qu'il y a autre chose, dis-je avant de me faire couper par la douleur. Je sais pas pourquoi, mais en plus d'avoir mal en maudit à mon genou gauche, dans ma jambe droite, la douleur s'étend jusqu'à ma cuisse.

Je tends de me relever à nouveau, mais sans succès. Non, ça se peut pas. Je peux pas avoir la jambe cassée. Le trois quarts de mes passions s'envolent si j'ai pu de jambes valides.

Je lance un regard brûlant de douleur et de panique à Takeru.

— J'arrive plus à bouger. J'ai trop… mal.

Sans me répondre, il passe mon bras écorché par-dessus sa tête et me soulève comme une princesse. Ma tête retombe doucement sur sa poitrine.

— Tout va bien, je vais t'amener à l'infirmerie.

C'est drôle, mais grâce à ses paroles réconfortantes, je me sens tout de suite mieux au niveau mental. Je regarde alors plus attentivement mon sauveur. Tout ce que je vois pour le moment c'est qu'il est musclé, mais vraiment musclé. Le genre de mec qui me fait craquer sans pour autant être un body bulder. Le côté droit de sa poitrine est caché pour un morceau d'armure composée de tissus résistants et de métal. Je sens alors les muscles de ses abdos contre mon corps. C'est plutôt agréable, mais j'ai trop mal pour apprécier convenablement le moment.

— Tu sais quoi, dis-je sur le ton de la plaisanterie. J'adore tes packs.

— Vraiment? me taquine-t-il, ça te faire craquer?

— Ah, ta gueule, lançais-je faiblement en lui donnant un petit coup de ma main sur son torse.

— C'est parce que j'ai retrouvé mes pouvoirs divins. Ce que tu admires en ce moment est ma véritable apparence.

Wow! Elle est pas mal impressionnée la Laurence. Je me surprends à rougir.

— Ça te va bien, le complimentais-je en souriant avant que cacher le haut de mon visage avec mon bras non sans grimacer de douleur.

Je crois qu'il y a des larmes qui commencent à couler de mes yeux, mais j'y prends pas attention.

— Je suis vraiment désolée de t'avoir inquiété… j'aurais pas dû venir.

— Ne t'inquiètes. Ce n'est pas grave. L'important c'est que tu sois saine et sauve… euh pour le saine, on verra.

— Hey, j'ai peut-être mal, mais j'ai encore toute ma santé mentale.

On éclate de rire pour tenter de détendre l'atmosphère. Soudain, j'entends la voix de Zeus dans ma tête.

Susanoo, Takeru Totsuka

Merde! Il manquait plus que ça!

De petites étincelles apparaissent alors autour de nous et la même lumière qui nous avait amenées ici la première fois nous amène alors dans la grande salle avec le gros escalier.

La voix de Zeus nous parvient à nouveau.

— Dépose l'humaine au sol.

— Mais…

— J'ai dit : dépose-là.

Takeru me pose finalement à terre, voulant pas avoir plus de problèmes. Une lueur jaune entoure alors son corps et le fait léviter.

— C'est quoi le problème, Zeus?

— Tu as détruit l'entrave que j'ai placée sur toi.

L'entrave? C'est pour ça qu'il a repris sa véritable apparence.

— Tu as aussi utilisé tes pouvoirs divins. C'est une faute grave.

Je le laisserais pas parler à Takeru comme ça, alors qu'il a risqué sa « vie » humaine pour me sauver. Aie… c'est vraiment pas le moment pour avoir mal. Pourquoi j'ai jamais un flacon d'aspirine avec moi?

Je me mets difficilement sur le ventre et je lance à Zeus en tentant d'ignorer la douleur :

— C'est pas ce que tu crois, Zeus.

Le dieu du ciel m'ignore totalement, j'ai l'impression. C'est pas vrai!

Au-dessus de moi, Takeru est revenu en tenue de sport et ses cheveux sont de nouveau courts et juste bleus. Mais au lieu de le redéposer au sol, comme quelqu'un de sensé le ferait, Zeus enferme le dieu des tempêtes dans une grande sphère jaune.

— Criss! Écoute-moi, Zeus!

Ah, cette câlisse de jambe!

— Qu'est-ce que tu fais? s'exclame Takeru en frappant contre la paroi de sa sphère. Si c'est à cause que je n'ai pas encore rejoint un club, c'est parce que je m'apprêtais à lui dire que j'acceptais.

— T'es sérieux? m'exclamais-je en me dévissant le cou pour le regarder.

— Silence! nous gronde Zeus. Incapable de contrôler tes propres émotions, tu as détruit une partie de ce jardin et blessé ma jeune alliée.

Quoi? Zeus croit vraiment que c'est Takeru qui m'a blessée? Voyons donc! C'est juste moi qui suis tombée d'une falaise parce que ma cheville avait décidé de me faire chier à ce moment précis.

Je tente de ramper de toutes mes forces vers l'escalier.

— Zeus! Je me suis blessée toute seule. Blâme le pas pour ça…Aie, câlisse! Maudite jambe!

— Tu entends cela? demande Zeus à Takeru. Tu as de la chance que Laurence prenne ta défense. Donc, tu seras seulement suspendu jusqu'à que tu te repentes et que tu reconnaisses tes pêchers, mais seulement parce que je respecte son jugement. Autrement, je t'aurais déjà expulsé.

— Suspendu? m'exclamais-je avant de me faire interrompre encore une fois par la douleur.

Ok, je crois que j'arrive plus à parler. Mais sérieusement, je vais finir par péter ma coche si ça continue.

— Laurence!

Je tourne la tête vers la voix qui a crié mon nom. Ce sont les filles — dont Melissa qui se trouve sur l'épaule de Molly — qui arrivent avec Apollon, Dionysos, Hadès et Tsukito.

— Qu'est-ce qu'il t'est arrivé? s'exclame Molly en me voyant au sol, blessée.

Je me tourne un tout petit peu pour pouvoir la regarder et prends une grande inspiration pour lui expliquer, mais rien empêche la douleur d'enfler comme une blessure extérieure.

— On a un gros problème…

Mais une douleur aiguë envahit ma jambe quand je l'accroche contre les marches de l'escalier. Mon cri se répercute jusqu'à Takeru qui se met à frapper comme un dingue sur les parois de sa boule.

— Ne bouge plus, me supplie-t-il. Si tu bouges, ça va faire encore plus mal.

— Apollon, va chercher Laue, ordonne Molly au dieu du soleil, et amène-là à l'infirmerie. Accompagne-les, Melissa.

La poupée hoche la tête et saute sur l'épaule d'Apollon.

À l'infirmerie? Non, c'est pas le moment! Je veux pas laisser Takeru seul face à la colère de Zeus.

— Non, vous comprenez pas! m'écriais-je malgré la douleur, bien que ça soit pas évident, pendant qu'Apollon me cueille dans ses bras. Zeus va suspendre Takeru parce qu'il a détruit son entrave.

C'est à ce moment que choisissent les Nordiques pour débarquer.

— Zeus, dis-je en revenant à Môsieur Tout-Puissant. Takeru essayait…

— Takeru Totsuka, me coupe Zeus. Si tu te repens pas, tu seras expulsé malgré les protestations de Laurence.

Bien sûr…

— Comme une exception, je vais laisser les autres avoir leur diplôme sans toi.

— Attends, t'es sérieux, Zeus? Pour la troisième fois, Takeru m'a…

— Laurence, commence le dieu du ciel. Tu es blessée. Est-ce que tu pourrais te taire et ainsi épargner tes forces?

Ouin, j'avoue qu'il a pas tort sur ce coup-là, mais il a quand même tort à propos de Takeru.

— J'aurais une question, lance Loki. Est-ce que cela signifie que nous pouvons être expulsés et rentrer chez nous si nous retrouvons nos pouvoirs divins?

Tu me niaises? Mais il est con ou quoi? C'est pas pantoute le moment de faire des conneries…

— Imbécile, reprend Zeus. Qui a dit qu'il allait rentrer chez lui? Ceux qui sont expulsés passeront le reste de l'éternité comme des statues.

— Quoi?

— Euh, c'est pas plutôt « passer le restant de l'éternité sous la forme de statues » ? le corrigeais-je non sans une grimace de douleur.

OK, on s'entend-tu pour dire que j'ai mal pareil même si je parle ou non…

— Laurence, me répond Zeus. Ce n'est pas le moment de jouer sur les mots. Surtout pas dans ton état.

— Et m'écouter, tu sais, ce que tu fais pas depuis qu'on est là, ça aussi, c'est pas le moment? répliquais-je sarcastiquement, les dents serrées (bon, je crois que vous avez compris que j'ai vraiment mal). Et puis quoi encore?

— Apollon, l'interpelle son père, tu veux bien amener Laurence à l'infirmerie.

— Non. Toi, tu bouges pas, chuchotais-je au dieu grec.

— Enfoiré! éclate Takeru, furieux. Tu ne peux pas simplement dire ce que tu veux. Et pour en revenir à toi, dit-il en s'adressant à moi, va à l'infirmerie, merde!

— C'est ça et te laisser tout seul dans ce merdier? Non merci!

Merde! Comment en sommes-nous arrivés là?

Poc! La sphère qui contenait Takeru disparait et le dieu des mers se retrouve au sol près de nous, après une chute de, disons… deux mètres. Ayoye…

— Tout va bien, Take-Take?

— C'est tout pour aujourd'hui, déclare Zeus en quittant la pièce. Je t'attends dans ma salle du trône dans trente minutes, Takeru Totsuka. Si tu ne te présentes pas, tu connais ton sort.

Une fois Zeus disparut de notre champ de vision, je me tourne vers Takeru, toujours dans les bras d'Apollon.

— Ça va, mon gars? lui demandais-je, tout de même inquiète pour lui après sa chute.

Le dieu des tempêtes répond pas et quitte la pièce, lui aussi, les poings sérés. Pourtant, je suis sûre qu'il a perçu mon inquiétude.

— Laurence, explique-nous ce qui se passe, car on comprend rien, exige sérieusement Alexe.

— Je suis tombée d'une falaise. Voilà ce qui se passe…

— Ce n'est pas bon.

— Tu parles que c'est pas bon, Dio, réplique Cath en croisant les bras.

— Tsukito, commence Hadès, tu ne devrais pas aller le voir? C'est ton frère, après tout.

— Je…bredouille le dieu japonais en baissant la tête. Je ne sais pas quoi faire.

C'mon! Il s'agit d'aller parler à ton petit frère. On te demande pas la lune. Ah, c'est vrai. Lol…Ça reste le dieu lunaire.

— C'est bon, je vais aller y parler. Apollon, dépose-moi.

— T'es sûre? Je regrette de te contredire, mais tu ne peux pas marcher dans ton état.

— Mais, protestais-je, il acceptera de me parler si c'est moi qui va l'aborder.

Apollon y réfléchit un instant.

— Et si je t'y amenais?

J'aurais aimé lui parler seule à seul, mais c'est mieux que rien. De toute façon, il m'aurait jamais laissé partir.

Le dieu du soleil se dirige aussitôt dans la direction qu'a prise Takeru quelques instants auparavant. Nous sortons dehors et l'aperçoit près d'un arbre dans la grande cour.

— Takeru!

Ce dernier se retourne. Presque automatiquement, je descends des bras d'Apollon toute seule et tente de me rapprocher le plus possible de mon ami.

— Allez-vous en, vous deux, nous lance ce dernier.

Mais il peut pas finir sa phrase. Entretemps, je finis par ouvrir les yeux sur l'état de mes jambes.

Voyant que je suis sur le point de m'effondrer à nouveau, Takeru se précipite pour me rattraper, juste avant que je tombe.

— Pourquoi t'as pas attendu qu'Apollon te dépose au sol? s'exclame le dieu, encore en colère. Je t'avais dit d'aller à l'infirmerie. Tout le monde le dit.

On se regarde un moment en silence, lui me retenant pour pas que je rencontre le sol, en oubliant totalement qu'Apollon est toujours là. J'ai bien cru que j'allais me mettre à pleurer. Le regard que Takeru me lance à ce moment-là me brise le cœur.

— Je suis désolée, sur un ton un peu plus faible que la normale. Tout ça, c'est de ma faute.

Il se saisit doucement de ma main.

— Ce n'est pas de ta faute…commence Takeru, d'une voix brisée. C'est de la mienne!

— Rendu là, on est deux à blâmer, tu crois pas?

Le dieu des mers hésite et reprend en relâchant ses épaules :

— Il pleuvait si fort, je ne pensais pas que tu viendrais. Si je t'avais attendu un peu plus longtemps, ce ne serait pas arrivé.

— Inquiète-toi pas. Je vais essayer de parler avec Zeus encore une fois.

— Ça ne sert à rien. Tu ne pourras pas refaire ton numéro de la plage. Et en plus, il ne veut rien entendre quand il est comme ça.

— Faut pas perdre espoir quand un malentendu arrive. Il faut au contraire garder confiance en nous et en la vérité.

— C'est pas comme si quelqu'un avait confiance en moi de toute façon, déclare Takeru en détournant le regard, plus triste que jamais.

— Ben, moi, j'ai confiance en toi!

Takeru sursaute en m'entendant dire ça, étonné que quelqu'un lui fasse enfin confiance. Et celle qui lui fait confiance est sa seule amie.

— Je peux pas les laisser continuer à te méconnaître, dis-je plus doucement en posant la main qu'il est pas en train de tenir sur sa joue. Non, je veux pas.

Soudain, Takeru me pose à terre et échange un regard avec Apollon comme pour lui dire : je te la confie. Amène-la à l'infirmerie. Puis, il commence à s'éloigner de nous.

— Je vais pas t'abandonner, Takeru. Même si j'ai une jambe dans le plâtre.

— J'ai besoin d'être seul, Laurence, déclare-t-il en quittant mon champ de vision, bloqué par Apollon qui me soulève de nouveau.

Je rêve ou il vient de m'appeler par mon nom? C'est la première fois que ça arrive. Mais bon, on revient sérieuse.

— Je me demande qu'est-ce que je dois faire?

— Déjà, commence le dieu du soleil, le soutenir est une bonne chose. Il a besoin de toi.

— Il a raison, ajoute Melissa. Tu iras l'expliquer à Zeus, car il se sera calmé.

— Laurence? lance la voix désincarnée de Tsukito.

Apollon se retourne, me permettant de le voir.

— Oui?

— Tu as parlé d'une falaise, si je me souviens bien?

— En effet. Pourquoi tu me le demandes?

— C'est la même chose qu'avant.

— Quoi? Tu veux dire que ça s'est déjà produit auparavant? m'exclamais-je, pensant qu'il pourrait m'en dire plus sur le passé de son frère.

— Je te raconte. Dans notre enfance, une déesse est tombée d'une falaise sous les yeux de mon petit frère. Elle était gentille et douce, un peu comme toi. C'était elle qui prenait soin de Takeru après que Père nous a mis au monde. Takeru a essayé de la sauver, mais il est petit et faible. Ceux qui ont assisté à la scène avaient mal compris et ils ont pensé qu'il l'avait poussée de la falaise.

Donc, encore un malentendu. Pauvre Takeru.

— Bien sûr, il insistait en disant qu'il n'y était pour rien. Mais à cause de sa nature grossière, les gens ont continué à douter de lui.

Eh ben, il en a vécu des affaires.

— Merci de m'avoir raconté ça, dis-je à Tsukito. Ça me touche beaucoup.

— J'ai décidé que ce serait mieux de te le dire. Tu es sa première amie. Tu fais maintenant partie de la famille.

— Ok… C'est cool, I guess.

— T'entends ça, me félicite Apollon. Tu es la toute première amie d'un dieu. C'est excitant!

C'est vrai. J'avoue que je suis vraiment honorée d'être la première amie d'une divinité que je connaissais à peine.

Une fois Tsukito parti, je réfléchis alors à la situation.

— Maintenant que j'y pense, son entrave a dû se briser à cause ça. Quand il m'a vu tomber, ça lui a rappelé cette déesse.

— Il t'a sauvé, si je comprends bien? me demande le dieu du soleil.

— Exact.

Cette déesse… Elle a dû être vraiment importante pour Takeru. La perdre a dû être douloureux. Mais en plus de ça, c'est comme s'il avait vu l'équivalent de sa mère mourir devant ses yeux.

Se paroles me reviennent en mémoire.

« Tu ne penses qu'à toi. »

« Faire confiance, c'est pour les idiots. »

Wow… J'aurais jamais imaginé qu'il avait vécu tout ça. Je crois que je l'avais mal jugé. C'est tellement triste. Ce qui prouve que tu dois véritablement connaître quelqu'un avant de le juger. Sinon, ça devient carrément un préjugé. J'en reviens pas que j'ai pensé ça, mais en même temps, je ne faisais que me défendre. C'est quand même lui qui m'a engueulé la première fois… Bon, il était peut-être fru. Qui serait pas fru dans ce genre de situation. Étrangement, je suis tentée à lui pardonner.

— Bon, tu m'amènes à l'infirmerie.

— C'est comme si c'était fait, accepte Apollon avec son sourire habituel.

Point de vue commun

Takeru asséna un coup de poing sur le tronc de l'arbre devant lui, désespéré.

— Personne ne comprend… pensa-t-il en relâchant les muscles de sa main. C'est comme avant…

Le dieu se tourna et appuya alors son dos à l'arbre. Il regarda vers le ciel, plus perdu que jamais.

— Tout le monde juge les autres à cause de leur apparence physique, ainsi que par leur caractère…

Le dieu des mers se laissa glisser jusqu'au sol en fermant les yeux.

— Ils ne pensent qu'à eux-mêmes…

Soudain, le visage de Laurence s'afficha dans son esprit. Il dut le reconnaître, son amie était différente de tous les autres. Elle était douce, gentille, courageuse, agile, sensible et surtout très jolie à sa naturelle manière.

« Ben, moi, j'ai confiance en toi. »

Ces paroles lui revirent brusquement en mémoire et Takeru sursauta en ouvrant les yeux.

— Mais faire confiance, c'est pour les idiots, protesta le dieu, croyant dur comme fer à son mantra.

Pourtant, Laurence lui avait ouvert son cœur si facilement qu'il avait fini par lui faire confiance et de croire en elle. Devenait-il idiot lui aussi? Tout comme elle?

XXX

Zeus remua son bâton, visiblement préoccupé.

— Leur énergie divine rend le Jardin d'Éden instable. C'est le désavantage quand on y amène des dieux, j'imagine. C'est pourquoi j'ai utilisé des entraves pour bloquer leurs pouvoirs le temps d'une année.

Thot, près de lui, hocha la tête, visiblement d'accord avec le directeur de l'académie.

— Qui aurait cru que les entraves pourraient se briser si leurs émotions se déchainaient?

Hathor, un peu en retrait des deux dieux, ne semblait pas du tout d'accord avec la décision du dieu du ciel.

— Et s'il avait une bonne raison pour avoir détruit son entrave? Je veux dire, vous y avez pensé s'il ne s'en était pas rendu compte?

— En effet, Hathor, voilà une théorie intéressante. Mais s'agirait-il de la vérité? le questionna son collègue égyptien.

— Et pourquoi pas?

— Rassembler les dieux dans ce jardin et leur enseigner ce qu'ils doivent savoir sur les humains… déclara Zeus en répétant les détails importants de sa mission pour se rassurer. Je dois pourtant éliminer tous les obstacles de ce plan crucial.

— Tu as raison, Zeus. Pour en revenir à Susanoo, il n'est pas du genre à s'excuser humblement. Ce qui signifie qu'il va être expulsé.

— Et c'est là que tu te trompes, Thot, répondit la déesse de l'amour.

— Tu as l'air très confiante, Hathor, fit remarquer Zeus. Qu'est-ce que tu sais que nous ne savons pas?

— On pourrait lui laisser la possibilité de s'expliquer, vous ne croyez pas? Et qui sait, vous serez peut-être surpris. Je sens toujours ces choses-là, avant même que les concernés s'en rendent compte…

Soudain, les portes de la salle du trône de Zeus s'ouvrirent en grand sur Takeru, essoufflé d'avoir couru jusque là.

— Je… hésita-t-il, sentant qu'il va chercher loin dans son égo pour tenter l'impossible.

Le dieu prit alors son courage à deux mains, mais se fit interrompre par une fois familière et salvatrice.

— Que je voye pas t'excuser, Takeru. Parce que t'as rien fait pour mériter ça.

Effectivement, Laurence se trouvait là, debout, se tenant parfaitement sur ses jambes qui étaient couvertes de bandages, le bras tendu vers lui. Un vrai miracle! Même Zeus ne s'y attendait pas!

— Mais qu'est-ce que tu racontes? s'exclama ce dernier.

— Je peux t'expliquer maintenant que t'es disposé à écouter, lança la jeune humaine sur un ton percutant.

— Nous t'écoutons, Laurence, lui accorda Hathor.

— Takeru voulait seulement me sauver. C'est si difficile à croire?

— Il t'a sauvé? Comment ça? lui demanda Thot.

— Je suis tombée d'une falaise dans la forêt entourant le domaine. Et c'est à cause de ça que l'entrave de Takeru s'est brisée, car ça lui avait rappelé un très mauvais souvenir de son passé.

Takeru n'en revenait pas. Non seulement elle se tient sur ses jambes à nouveau par quelque miracle que ce soit et elle prend la peine de venir lui servir de témoin et d'avocat en même temps.

— Cette fille est vraiment géniale, se dit-il, confiant.

Takeru se surprit à ressentir une vague de chaleur dans sa poitrine. Mais il écarta aussitôt cette impression de son esprit. On ne sait jamais avec Zeus.

— Cette académie n'est-elle pas un endroit où les dieux étudient l'émotion humaine?

Le dieu des mers remarqua que Laurence avait remplacé son langage familier pour un plus neutre afin de convaincre Zeus, Thot et Hathor, quoique cette dernière semble déjà être en faveur de Takeru et Laurence.

— Le désir de sauver quelqu'un, reprit la jeune fille, est une émotion très puissante. Ce sentiment, qu'il soit de source amoureuse ou amicale, peut traverser tous les obstacles qui se dressent sur notre chemin. Même la justice des dieux. Rappelez-vous dans la mythologie grecque. Combien de dude sont partis aller chercher une fille aux Enfers par amour? Prenez Eros, fils d'Aphrodite, qui part chercher Psyché ou Hercules qui va chercher Megara — quoique j'ignore si c'est juste dans le film de Disney ou c'est réellement arrivé dans la mythologie —. Donc, c'est insensé pour Takeru d'avoir à présenter des excuses.

— Laurence… murmura ce dernier, reconnaissant, mais surtout impressionné.

Elle lui sourit discrètement.

Ce fut à ce moment que les autres dieux, les stagiaires humaines et Melissa viennent les rejoindre. Ils se placèrent autour de Laurence et Takeru pour les soutenir. La jeune humaine remercia du regard le dieu du soleil.

— Partez! exigea Zeus, impitoyable. Cela n'a rien à voir avec vous. Les humaines, peut-être, mais pas vous.

— Ce n'est pas vrai! protesta Apollon en s'avançant vers l'extrade, les sourcils froncés. La salle de classe n'est pas la même sans Take-Take. Ce n'est pas la même chose!

— Sans lui, on n'est pas au complet, ajouta Dionysos, sûr de lui.

— Ouais, nous sommes un groupe soudé, renchérit Balder.

— Tu vois, Zeus. Tout le monde ressent la même chose. C'est-à-dire de l'amitié envers leur camarade. Depuis qu'ils sont ici, ils apprennent réellement aux meilleures de leurs capacités ce que sont les humains.

— Ce n'est pas ça que tu voulais, Zeus, le taquina Hathor.

— Tu veux encore me défier? lança le dieu du ciel en ignorant le commentaire de la déesse à tête de vache. C'est décidément une manie chez toi.

— T'as même pas remarqué que celui dans l'académie qui comprend le moins l'humanité, c'est toi, Zeus! En même temps, je suis pas étonnée. C'est pas comme si tu t'étais préoccupé des humains durant ta longue existence.

La jeune fille avait dit sa dernière phrase sur un ton désinvolte. Tous les dieux présents dans la pièce affichèrent des expressions de surprise. La voilà encore en train de défier ouvertement Zeus.

— Je vais te donner un conseil, Zeus. Apprends des autres et étudie donc les humains de plus près, même si t'es le directeur de l'académie. Rien t'empêche de te documenter un peu. On a peut-être évolué, mais on reste les mêmes, dans le bon et dans le mauvais, malheureusement. Combien de fois j'ai dit que les humains peuvent se remettre de leurs erreurs!? Ils veulent sauver leur ami ou leur amoureux/amoureuse quand ces derniers sont en difficulté! C'est ça que ça signifie être humain, bordel!

Elle se tut enfin et croisa les bras en lançant un regard de défi.

Thot se mit à sourire, visiblement convaincu. Tout comme Hathor, qui affichait un sourire éclatant.

— Que vas-tu faire? demanda le dieu du savoir à Zeus.

Le dieu du ciel baissa la tête, sévère. Ce que venait d'affirmer Laurence était à la fois vrai et vexant. Pourtant, la jeune humaine avait fait tout ce qu'elle pouvait, même à retarder sa guérison — pourtant miraculeuse — pour prouver qu'il avait tort, conformément à ses prévisions. Car, oui, Zeus se disait bien que Laurence ne resterait pas les bras croisés, alors qu'il s'apprêtait à renvoyer son ami de l'académie.

Zeus échange un regard avec son frère et remarqua qu'Hadès savait exactement à quoi le dieu du ciel pensait. Cette manie de deviner ses pensées lorsqu'il était préoccupé. Car, cela arrivait effectivement.

— Tu ne regrettes jamais rien. Hein, Zeus? Tu savais que cela arriverait. Qu'elle tenterait de le protéger à tout prix. N'est-ce pas?

Son frère avait manifestement le don de l'irriter chaque fois qu'il le pouvait. Ce n'était pas nouveau.

Finalement, Zeus prit une grande inspiration et déclara de manière solennelle :

— Susanoo, Takeru Totsuka… Je t'accorde à nouveau le droit de poursuivre tes études. Donne des résultats. À commencer par rejoindre un club.

Tout le monde soupira de soulagement face à cette bonne nouvelle, incluant Takeru qui passa la main dans les cheveux, embarrassé.

— Je comptais lui en parler.

— Et notre duel, alors? le questionna son amie. On le fait ou pas?

— Si tu y tiens… se contenta de répondre Takeru en souriant.

— Tu parles, le taquina sa sœur, comique. Tu rêves de la combattre à nouveau. Avoue-le.

Le dieu des mers rougit aussitôt.

— Nee-san!

— En tout cas, moi, commença Alexandra, j'ai ben envie de voir ça.

— Tellement! renchérit Catherine sur le même ton.

— Ça me va, se motiva Laurence en se dirigea vers la sortie. Tout le monde va pouvoir affirmer que je t'aurais le cul.

— Ne parle pas trop vite, toi! répliqua Takeru, aussi motivé qu'elle.

En les voyant sortir, Thot se dit que cela pourrait être amusant d'assister à ce duel. Il annula donc les cours du matin, rassuré que tout cela se soit bien terminé.

XXX

— Au fait, demanda Takeru à Laurence alors qu'ils traversaient le corridor pour se rendre au gym,— après un crochet au local pour récupérer leur arme— puisque les deux combattants avaient maintenant un public pour les regarder, comment ça se fait que tu sois capable de marcher à nouveau? Tu en avais pour deux mois, au moins.

— Je t'explique. Apollon est venu me porter à l'infirmerie, puis l'infirmière est arrivée et m'a fait un examen complet. Elle m'a alors dit que j'avais une… c'est quoi déjà, Apollon?

— Une névralgie sciatique dans la jambe droite.

— Quessé ça? s'exclama Alexandra, confuse.

— C'est quand le nerf qui relie les hanches jusqu'au pied se retrouve inflammé, expliqua Molly en replaçant ses lunettes.

— Et ça fait un mal de chien, continua Laurence. Donc, à part ça, j'avais une entorse à ma cheville gauche en plus d'une fracture du genou gauche.

— Je me souviens de l'énorme hématome sur ton genou, déclara le dieu des mers en pointant son bandage au genou. Je me disais bien que c'était plus grave.

— Pas très réjouissant comme résultat, se désola Balder, compatissant pour Laurence.

— En effet. L'infirmière nous avait dit que ça me prendrait un bon deux mois de repos. Imaginez-vous ça — elle compta sur ses doigts — plus de maniement des armes, plus de danse ni les autres affaires que j'ai de prévu dans mon agenda.

— Mais Laurence insistait tellement pour aller témoigner en faveur de Takeru et dire la vérité à Zeus que j'ai eu une idée, expliqua Apollon en se souvenant à quel point il avait été touché par les protestations de la jeune fille, ce qui prouvait qu'elle voulait tout faire pour protéger un dieu, une personne qui provenait d'un univers complètement différent du sien. Je suis aussi le dieu de la médecine, mais à cause de mon entrave, je ne pouvais utiliser qu'une infirme partie de mes pouvoirs. Alors, je l'ai guérie temporairement. Les symptômes devraient reprendre demain tout au plus. L'infirmière a fini le travail en lui bandant ses blessures extérieures. Et au lieu que lui prendre deux mois à se remettre, cela va lui en prendre juste un.

— Donc, je peux combattre Takeru pour qu'il rejoigne un club et je vais pouvoir me reposer l'esprit tranquille.

— Je suis soulagé que tout soit sous contrôle, lança Takeru à Laurence.

— Oui, moi aussi, sourit-elle, soulagée elle aussi.

Ils arrivèrent finalement au gymnase et le public entreprit de s'installer de sorte de ne rien manquer du duel, mais aussi de rester loin de la portée de leurs coups.

— Je vais y aller doucement, promit Takeru en faisant face à Laurence, son épée de kendo dans la main.

— Pas trop quand même, renchérit la jeune humaine non sans un sourire malicieux. Je suis peut-être en guérison accélérée et illusoire, mais je peux toujours te botter le cul.

— On verra ça.

Les deux guerriers se mirent en position. Le signal énoncé, Laurence s'élança et se retrouva derrière Takeru en moins de cinq secondes. Elle porta un coup sur le côté en tendant une de ses lames contre le cou du dieu.

Ce dernier para le coup en demandant à Apollon :

— Tu ne lui aurais pas donné une super vitesse en plus de la guérir temporairement?

— Peut-être bien.

— C'est ici que ça se passe, mon gars!

Takeru dû remettre son attention sur le combat, puisque Laurence attendait qu'il reprenne en lui faisant savoir de manière comique.

Le duel continua. C'est le dieu des mers qui attaqua en premier. Il porta un coup vers le bas en tentant de toucher la jambe de son adversaire. Mais cette dernière bloqua avec la lame de droite de son épée. Sa garde emprisonna celle de Takeru. Le dieu se retrouva pris au piège. Laurence donna un coup avec son épée pour le déséquilibrer. Elle fit alors sa passe préférée : la jambette par des lames. La guerrière utilisa la longueur de son épée comme d'une corde. Le dieu tomba au sol, sur le dos. Laurence s'assit à califourchon et posa une de ses lames contre le cou de Takeru. Son visage se retrouva soudain très proche de celui du dieu des tempêtes. Le combat prit fin.

Laurence se leva et rétracta son épée. Elle aida ensuite Takeru à se lever.

— Bon combat, la félicita Takeru en lui serrant la main. Bien que je pense que tu as gagné à cause d'Apollon.

— Je sais pas. Je me sens en si grande forme. Bon, tu rejoins le club ou pas? s'exclama-t-elle, le sourire aux lèvres.

— C'est d'accord, déclara Takeru en répondant à son sourire.

Les autres vinrent les rejoindre. Les filles paraissaient tout à faire excitées par les événements.

— Tu lui a botté le cul pas à peu près! s'écria Alexandra. Je suis fière de toi.

— Ouais, c'était le fun, renchérit Catherine.

— Je me demande un truc, déclara Molly. Ça vous concerne, tous les deux.

Elle désigna Laurence et Takeru.

— Qu'est-ce que vous avez fait en deux semaines pour vous entendre si bien?

— Ouin, parce que vous arrêtiez pas de vous engueuler, ajouta Alexandra. Disons qu'on se posait des questions.

— Ça l'a commencé quand on s'est affrontés pour la première fois, expliqua Laurence. Takeru a remarqué que j'avais besoin d'améliorer mon endurance. Alors, il est devenu mon coach. Il m'a aussi entraîné à faire ça…

Elle fit un clin d'œil à Hathor qui répondit par un pouce en l'air. La déesse de l'amour rentra dans les coulisses de la scène du gymnase et Laurence la rejoignit sur la scène pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille.

— Heureusement qu'on m'a donné du linge à l'infirmerie, parce que je me voyais pas chanter en tenue de sport.

En effet, on lui avait donné un joli polo vert foncé avec une cravate vert pâle et une jupe noire.

Hathor ressortit des coulisses en tendant un micro à Laurence.

— Attends, tu vas vraiment chanter? s'exclama Alexandra en s'approchant de la scène. Mais tu sais pas chanter.

— Et puisqu'elle te le dit, lui répondit Hathor en souriant.

La musique commença et Laurence porta le micro à sa bouche, tout excitée. C'était la toute première fois sur une scène.

La chanson s'intitulait All I Wanted de Michelle Branch. À mesure que les paroles franchissaient sa bouche, son corps répondait. Mais cette fois-ci son souffle l'accompagnait, enfin uni.

Le dieux, ainsi que les filles y prenaient vite plaisir et entreprirent d'encourager leur amie. Takeru, lui, était tout simplement bluffé. Évidemment, ce n'était pas la première fois qu'il l'entendait chanter, mais il dut reconnaître que c'était la meilleure à ce jour.

Soudain, Laurence le regarda fixement. Ses yeux avaient l'air de lui demander si elle s'en tirait bien. Il hocha la tête en souriant. Son amie lui répondit par un sourire éclatant, reconnaissante.

En même temps, les paroles arrivaient à lui donner le sourire, mais surtout à reprendre confiance en lui. Ce fut à ce moment-là qu'il comprit : Elle chantait pour lui. Sans compter que ces lui rappelait quelqu'un: lui-même.

Ils venaient de vivre une épreuve difficile et elle lui assurait en chantant sa chanson qu'ils réussiraient toujours à passer au travers de n'importe quoi et que le dieu pouvait enfin devenir la personne qu'il voulait être, ne plus être jugé par son apparence, son caractère, etc, mais être celui qu'il était réellement et qu'elle serait toujours là pour lui. Sans parler que Laurence espérait en quelque sorte que ça soit son cas à lui aussi : qu'elle pourrait toujours compter sur lui.

Takeru lui en fut éternellement reconnaissant. Une fois la chanson finie, Laurence prit une grande inspiration, réalisant qu'elle avait effectivement bien chanté.

— Vous avez aimé ça? demanda-t-elle à sa foule. Vous en voulez encore?

Le public répondit à l'affirmative.

Pour la deuxième chanson de la soirée, Turn up the music de Lemonade Mouth, le film de Disney Channel que Laurence et Alexandra écoutaient tout le temps lorsqu'elles avaient 14 ans.

Alors, c'était évident qu'Alexandra allait la reconnaître. Cette fois-ci, on distinguait beaucoup de joie de vivre et du fait qu'elle en profitait à fond.

Et finalement, c'était Determinate aussi de Lemonade Mouth qui commença. Au moment que le rythme allait accélérer, Laurence fit signe à sa meilleure amie de venir la rejoindre sur scène et lui donna un micro.

Ce fut en voyant Laurence, debout sur scène en train de vivre son rêve que Takeru sut qu'il ne regretterait pas son choix d'avoir partagé sa véritable personnalité avec elle. Une autre vague de chaleur lui envahit la poitrine. Mais il ne tenta pas de l'ignorer cette fois-ci.

XXX

Maintenant que le divertissement était terminé, le groupe se dirigea vers la cafétéria pour le repas du midi.

— C'était agréable de vous écouter, lança Apollon. Tu comptes faire un club de chant?

— Oui, répondit Laurence en souriant. J'y pensais depuis un petit bout de temps. Je crois que je suis prête à lancer mon club d'idoles.

— D'idoles? Pourquoi d'idoles? s'étonna Takeru en haussant un sourcil.

— Elle a sans doute pris ça dans l'anime de Love Live, devina Molly. Parce que la personnage principale a créé un club d'idoles qui fait la même chose. C'est-à-dire chanter et danser.

— Exact. Mais aussi dans Aikatsu.

— Alors, Take-Take, quel club vas-tu rejoindre? demanda Apollon.

— Euh, hésita le dieu des mers.

— Tu cours déjà et tu fais de l'escrime chaque jour, fit remarquer Balder, en plus d'aider Laurence à perfectionner son chant.

— Ce sont des activités de club potentielles, affirma Hadès, au-devant du groupe.

— Je sais! s'écria le dieu du soleil, pensant vraiment l'avoir. Tu vas choisir le club d'athlétisme!

— C'est plus un entrainement qu'une activité, corrigea Laurence, mal à l'aise que tout le monde s'excitait pour l'entrée de Takeru dans un club. Surtout que ce dernier voulait être dans un club où il n'aurait personne, sauf elle, bien sûr.

— Elle a raison. Il est de toute évidence dans le club de maniement des armes, déclara Dionysos en levant un doigt en l'air.

— Takeru prendra le club qui lui tente, soupira la jeune fille.

— Je vois, il est dans pas le club…

— Il est sérieux, là? explosa Laurence, n'en pouvant plus.

— Tsukito, je ne pense pas que le « pas de club » existe, tenta de lui expliquer Hadès.

— Tu en es sûr? Veux-tu essayer d'en créer un?

La guerrière soupira de nouveau en se tournant vers Takeru qui marchait à ses côtés.

— Ton frère a toujours été de même?

— Oui. Il faut être patient avec lui. Sinon, je voulais te remercier pour tout à l'heure. J'ai oublié de te le dire avec ce qui a suivi après.

— Non, c'est moi qui devrais te remercier. Tu m'as quand même sauvé la vie. Merci… Je serais probablement morte si tu avais pas été là.

— Eh bien… n'exagérons rien… s'arrêta Takeru en se frottant la joue avec son doigt tout en rougissant. Je pensais que les humains étaient faibles et stupides, mais tu es loin d'être faible ou stupide. Au contraire, tu es forte.

— Bah merci… qu'est-ce que tu veux je dise…

— Ah, ça, c'est ma Zassō!

— Tu m'appelles encore comme ça? Je croyais que t'allais arrêter, maintenant que t'as enfin prononcé mon nom.

— Tu es vraiment unique en ton genre, Zassō.

— C'est Laurence! Tu l'avais pourtant!

— Je sais, Zassō.

— Ah, bordel! Attends un peu que je te botte le cul à nouveau.


Ici, Takeru et Tsukito qui vous présente cette fin de chapitre.

Takeru : Comment appelles-tu un délicieux sofa congelé?

Tsukito : Il n'existe pas une telle chose.

Takeru : Le sofa sert de glace.

Tsukito : La crème glacée ne peut pas être un sofa.

Laurence : C'est ça, la joke, Tsukito.

Prochainement au Jardin d'Éden : Les Sentiments au clair de lune


Alors, comment vous trouvez ça? J'ai vraiment beaucoup travailler dessus. Ça reste mon chapitre préféré parce qu'il vient de l'épisode de Takeru.

À prochaine pour un autre chapitre!

Gennaria xxx