À la fin du récit d'Alma Toran, le silence se fit alors que tous digéraient ces nouvelles informations. Pour la première fois, Alibaba se dit qu'elle savait enfin tout d'Aladdin après tout ce temps dans l'ignorance. Elle et Morgiana se précipitèrent vers lui :

« Aladdin, nous sommes heureuses de connaître enfin ton passé.

-Oui, et nous sommes prêtes à te soutenir dans la lutte contre Al-Samen. »

Ces paroles réconfortèrent le magi qui les remercia sous l'œil des autres liges de la reine :

« Ces trois-là se comprennent vraiment bien.

-Oui, comme nos frères et sœurs et nous. »

De chaque coté, les différentes nations discutaient de ce qu'elles venaient d'apprendre et de ce qu'il fallait en tirer. Aladdin et Alibaba se tournèrent vers Sinbad et le virent aborder une expression nouvelle chez lui :

« C'était donc ça, roi Salomon. »

D'abord surprise, Alibaba se souvint alors avoir vu à travers le magoi de son mari les nombreuses fois où humains ou djinns avaient évoqué le père d'Aladdin devant lui : connaître enfin toute l'histoire apportait à Sinbad un sentiment de plénitude comme il n'en avait jamais connu autrement qu'en compagnie de sa femme.

Sinbad se tourna vers son épouse et Aladdin :

« Je me doutais que ses actes ne devaient pas être louables, dit-il en regardant la pierre de magoi où David était enfermé, mais je ne me doutais pas que c'était à ce point-là. » Acheva-t-il sur un ton plus énervé.

Dans sa prison, David haussa les épaules :

« Vous ne savez pas tout, enfants que vous êtes. » Il ne pouvait être entendu pour le moment.

Quand le silence fut revenu, Aladdin invectiva à nouveau les rois :

« Maintenant que vous connaissez le passé, je vous le demande : allez-vous sauvez le monde ou le détruire ?! » Après quelques secondes de silence, il ajouta : « Il existe encore une organisation qui cherche à accomplir les plans d'Al-Samen. Je vous suggère donc de signer un cessez-le-feu et de vous allier contre elle. »

La réaction des liges de Kou ne se fit pas attendre :

« Un cessez-le-feu ? Quel déshonneur !

-Suggères-tu que nous devrions te suivre sous prétexte que tu es le fils de Salomon ?

-Non, répondit Aladdin, je veux juste sauver ce monde. »

Pendant ce temps, les autres liges s'interrogeaient sur ce qu'il fallait faire mais ils s'arrêtèrent soudain : leurs maîtres avaient déjà pris leur décision.

Alors que tous attendaient que les rois prennent la parole, Aladdin rappela à tous que la distorsion dimensionnelle de Magnostadt ne se refermerait pas avant une centaine d'années et qu'Ill-Illah pouvait toujours l'utiliser, ce que confirma Yunan, soulignant de nouveau la présence du danger que représentait cet ennemi. Sinbad prit alors la parole :

« En ce qui me concerne, je ne suis pas contre un cessez-le-feu, mais cela dépend surtout de l'empire Kou puisque ce sont eux qui héberge actuellement Al-Samen. »

Cette déclaration fit s'interroger l'assistance : Sinbad cherchait-il à dresser le monde entier contre Kou ? La réplique de Kouen ne se fit pas attendre :

« Vous êtes bien retors pour quelqu'un pouvant faire bouger le monde. Je ne vous comprend pas. »

« Ils semblent sur le point de se battre. Fit remarquer Yunan à Aladdin.

-Ils n'ont donc pas compris ce que j'essayais de leur dire. »

Alibaba regardait ces échanges en repensant à tout ce qu'elle avait vécu et appris dans sa vie tout en suivant le duel rhétorique entre Jafar et les autres généraux présents et les liges de Kouen où chacun tentait d'asseoir leurs idéologies et leurs rois comme les plus légitimes, Kou allant jusqu'à se revendiquer héritier de Salomon : l'affrontement physique se faisait sentir et la tension montait de toute part quand :

« Arrêtez s'il vous plaît. » La voix était assurée et contenait une colère froide et douce absolument terrifiante : tout le monde se tourna vers sa source, la reine de Sindoria.

« Kouen, dit-elle, je peux comprendre votre façon de penser et de voir les choses mais je ne l'apprécie pas et ne la considère pas comme viable sur le long terme. Néanmoins je préférerai ne pas en avoir la preuve par la destruction du monde et de Balbad, si possible. Et puis ne m'aviez-vous pas dit, même à demi-mots, que vous vouliez protéger les vôtres ? »

Le sous-entendu était étrangement clair : « Que vaut-il mieux pour Kou sur le long terme, d'après vous ? Faîtes les choses à votre manière si vous voulez mais faîtes les bien. »

Après un silence, Kouen finit par répliquer :

« Je vois ce que tu veux dire. Ne devenez pas trop sérieuse non plus. » Il se tourna vers le magi aux cheveux bleus : « Aladdin, merci pour l'histoire mais maintenant tu ne m'intéresses plus. » Enfin, ils se tourna vers Koumei et ses liges et annonça qu'ils partaient avant de rajouter : « Je ne veux pas partager le destin et les ambitions fanatiques d'Arba. »

Cette déclaration fit sursauter Aladdin :

« Vous la connaissez ?

-Je connais quelqu'un qui lui ressemble. Cette femme s'est infiltrée au cœur d'un petit pays appelé Kou et en a fait un empire en manipulant ses dirigeants et en donnant de de grands pouvoirs à ses généraux. »

En entendant cela, Sinbad et Alibaba échangèrent un regard : « s'infiltrer au cœur d'un état », « manipuler », tout cela ne leur rappelait que trop David. Leurs regards se tournèrent vers Aladdin qui serrait dans son poing la pierre de magoi où était enfermé le premier chef d'Alma Toran : c'était clair qu'il y pensait aussi.

« Un cessez-le-feu ? » Retentit soudain : Judal sortit de nul part grâce à un sort de téléportation : « Ne dîtes pas de bêtises. » Continua-t-il en atterrissant. « C'était une histoire bien chiante, mais... vas-tu enfin m'accepter comme ami, Aladdin ?

Les deux magis s'observèrent un moment :

-Tu as l'air plus fort, demi-portion.

-Tu es certainement plus fort aussi, Judal. »

Le jeune homme se tourna alors vers Yunan :

« Salut à toi aussi, magi de la grande faille. Ça te dirait de m'affronter ? Tu n'en as plus pour longtemps, d'après les vieux d'Al-Samen.

-Je ne veux pas me battre contre toi, Judal. »

Alors que Sinbad se levait pour dire au magi de Kou qu'il ne pouvait pas débarquer ici comme ça, il se fit royalement ignorer, à la surprise de tous ceux de Sindoria puisqu'auparavant il n'avait jamais manqué une occasion de l'affronter. Au lieu de ça, il s'avança vers Kouen non sans avoir auparavant désapprouver l'idée de cessez-le-feu :

« Eh Kouen, arrête de chercher le magi d'Alma Toran, il est évident que Gyokuen est Arba. »

Cette déclaration jeta un froid :

« Qui est Gyokuen ? Demanda un fanalis

-Celle qui dirige l'empire Kou en ce moment. Répondit Mû. C'était aussi la reine de premier empereur de Kou.

-C'est également le chef d'Al-Samen.

-Yep. Répondit Judal. Mais il ne reste plus rien de Gyokuen nul part.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Tu verras. On se reverra dans notre pays. Une dernière chose : il ne peut y avoir qu'un roi, battez-vous pour déterminer qui en sera digne. C'est ma réponse en tant que magi. » Dit-il avant de passer son pouce devant son cou et de disparaître. Pile à ce moment, des soldats de Kou, Reim et Sindoria firent irruption dans la salle avec des nouvelles urgentes :

« Votre Excellence, Sa Majesté a été assassinée.

-Êtes-vous sûr de vos sources ?

-Tous les rapports concordent : le prince Hakuryuu a soulevé une révolte et s'est emparé du pouvoir. Je vous en prie, retournez à Balbad. »

La délégation de Kou ne s'était pas attardée et était partie immédiatement. Celle de Reim avait rapidement suivi en déclarant que leur pays ne s'impliquerait pas dans la guerre civile de Kou.

En faisant route vers Sindoria, Alibaba raconta à Aladdin, Sinbad, aux huit généraux et à la garde de la reine son entrevue avec les princes de Kou à Balbad et la dernière discussion qu'elle avait eu avec Hakuryuu :

« Il a donc vraiment tué sa mère. J'aurais dû l'en empêcher, c'est ma faute.

-Ne dis pas ça. Nous connaissions tous ses intentions et nous n'avons rien fait. Répondit Sinbad alors qu'Aladdin et Morgiana exprimaient eux aussi de la culpabilité.

-Qu'allons-nous faire vis-à-vis de ça ? Demanda Jafar.

-Tant qu'Hakuryuu ne nous demande pas d'aide, l'Alliance des sept mers ne bougera pas. En ce qui concerne Balbad, c'est différent. Au besoin, j'irai la défendre seul en ton nom, mon amour. Expliqua Sinbad en passant un bras autour des épaules de sa femme.

-Je ne peux pas te demander ça, mon roi.

-Ce serait plutôt à nous, les liges d'Alibaba, de le faire.

-Vous n'êtes que trois. Même vous, vous ne tiendrez pas. Aïe !

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Le bébé recommence à me donner des coups de pied. Même lui sait que c'est de la folie. » Dit-elle à sa lige alors que Sinbad posait les mains sur son ventre et s'illuminait en sentant la vigueur de son enfant.

« Je crois surtout que lui et toi avez besoin de calme et de repos, mon amour. Vas-y, nous réfléchirons à ce qu'il convient de faire plus tard. »

Et effectivement, à peine Alibaba s'était-elle allongée sur son lit qu'elle s'endormit.

De son coté, Sinbad s'était isolé sur le pont du bateau avec Aladdin :

« Je serais presque tenté de te suggérer d'aller réécrire le système des rokhs, si je n'avais pas choisi de faire confiance à mon enfant pour la suite.

-Si tu étais encore connecté à David, tu l'aurais fait.

-Encore une chose dont je peux être reconnaissant à ma reine, mais laissons cela de coté. Que peux-tu me dire sur Arba et la possession ?

-Que comptes-tu faire ?

-David n'aurait pas disparu avec moi si j'étais mort, n'est-ce pas ? Je n'ai donc aucune raison de penser qu'elle a disparu avec Gyokuen. Si elle est toujours quelque part, je dois la neutraliser. C'est ma responsabilité en tant que roi, en tant que survivant et adversaire d'Al-Samen et surtout en tant que père. »

« Oncle Sinbad... » Pensa Aladdin, « Tu n'es pas le genre de roi que je veux soutenir mais je suis heureux de te voir continuer d'avancer. »