Thorin leva haut sa torche, faisant courir des reflets mouvants sur les parois de pierre brute.

- Nous ne pouvons pas aller plus loin, dit-il.

A chaque inspiration, l'air froid se condensait en vapeur devant le visage des jeunes nains ; ils étaient très loin sous la montagne, sans doute au tout dernier niveau. Ils avaient descendu d'innombrables marches, suivi d'innombrables galeries, de moins en moins travaillées, qui toutes descendaient vers les profondeurs de la terre. Ici la roche était à peine équarrie, personne n'avait pris la peine de la tailler comme les nains savent le faire. Et cela faisait bien longtemps que les quatre garçons étaient seuls : il devait être rare que les habitants d'Erebor s'aventurent en ces lieux, passablement lugubres d'ailleurs. Mais Dain et Dwalin, qui n'en avaient jamais eu l'occasion, avaient exprimé l'envie de visiter les profondeurs d'Erebor. Les lieux n'étant pas éclairés, ils s'étaient tous quatre munis de torches. Et à présent, un peu oppressés tant par le silence que par l'atmosphère confinée et sinistre des lieux, ils regardaient de tous leurs yeux l'ouverture noire qui béait dans la paroi et devant laquelle Thorin venait de s'arrêter en prévenant que le voyage s'arrêtait là. Il n'aurait d'ailleurs pas eu besoin de le dire : le pourtour de l'ouverture était badigeonné de rouge, comme un sanglant avertissement, et d'énormes runes, également tracées en rouge, s'étalaient à hauteur d'yeux :

PAR ORDRE DU ROI

ET SOUS PEINE DE MORT

DEFENSE ABSOLUE DE FRANCHIR CE PORCHE

- J'avais entendu parler des secrets d'Erebor mais je ne m'attendais pas à ça, dit enfin Dain en s'efforçant de donner un ton jovial à sa voix.

Dwalin s'était approché de l'ouverture et, tendant le cou, s'efforçait de percer les ténèbres du regard.

- Je me demande ce qu'il y a là-dedans, fit-il.

Ce fut Frérin qui répondit, d'un ton qu'il aurait voulu ferme mais qui manquait clairement d'assurance :

- Des fantômes de gobelins suceurs de sang. Ecarte-toi, Dwalin. Ça vaut mieux. Un puissant sortilège les empêche de sortir mais quiconque franchirait le seuil se trouverait à leur merci et n'aurait plus la possibilité de ressortir.

- Pardon ? fit Dain.

Il regarda Frérin qui contrairement à son habitude ne souriait plus, puis Thorin.

- Tu crois aux fantômes, cousin ? demanda-t-il.

- Peut-être, murmura le jeune prince d'un air mystérieux.

Dain et Dwalin se regardèrent, perplexes : cette réponse ressemblait bien peu à Thorin. Ce dernier d'ailleurs parut vouloir changer délibérément de sujet :

- Il vaut mieux remonter. Ça va nous prendre du temps et on pourrait se demander où nous sommes passés.

Il regarda Frérin d'un air entendu et ajouta :

- D'ailleurs je préférerais qu'on ne nous trouve pas ici. Nous ne faisons rien d'interdit, je sais, mais bien que certains affirment que les nains ne sont pas des délateurs, on pourrait prétendre que nous avons voulu pénétrer dans les tunnels défendus. Et là, nous aurions vraiment de gros, gros ennuis. Et c'est encore peu de le dire.

- Qui serait assez bête pour vouloir y entrer ? murmura Frérin.

Il était visiblement très mal à l'aise et jetait fréquemment des regards inquiets vers l'ouverture noire. Il enchaîna aussitôt :

- Tu as raison, allons-nous-en. J'ai très envie de prendre l'air après tout ça.

A nouveau, Dwalin et Dain échangèrent un regard. Quel était donc ce mystère ? Se promettant de revenir ultérieurement sur le sujet, ils suivirent les deux autres vers la surface et, de fait, tous quatre se sentirent soulagés en sortant de la montagne sous le soleil. Les nains ont beau être accoutumés aux profondeurs de la terre, cette "visite" avait laissé aux garçons un sentiment pénible.

- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

- Moi je sais. Dwalin a une technique de lutte incroyable...

Thorin, le regard rieur, se tourna vers son ami en portant ostensiblement la main à sa bouche comme s'il avait reçu un coup.

- ... il m'a dit que vous vous entraîniez ensemble, dans les Monts de Fer. Vous nous feriez une démonstration ? Et j'avoue que j'aimerais bien essayer.

Une lueur d'intérêt brilla pareillement dans les yeux de Dain et Frérin : ils éprouvaient tous le besoin de se dépenser physiquement après leur plongée dans les bas-fonds de la montagne.

- De quelle technique tu parles ? s'enquit le premier.

- Coup de tête, répondit laconiquement Dwalin, qui avait tout de suite compris.

- Ah ! Oui, si vous voulez. Mais il faut des protections.

- Je veux bien le croire, fit Thorin en riant. Ça fait mal sinon, je le sais d'expérience.

- Pas seulement. Un coup de tête bien asséné peut tuer. Il faut se montrer aussi prudent qu'en s'entrainant avec une arme.

L'impression de malaise qu'ils ressentaient tous les quatre s'évanouit tandis qu'ils se dirigeaient en bavardant vers les terrains d'entrainement. Se protéger prit du temps et se fit au milieu des rires : Dwalin et Dain commencèrent par entourer leurs crânes respectifs de chiffons avant d'enfiler, tant bien que mal, des heaumes par-dessus (pas facile à faire sans que les protections de tissu ne vous glissent sur les yeux).

- Là ils vont vraiment se faire mal, s'inquiéta Frérin. Un coup de heaume dans la figure…

- Ils savent ce qu'ils font, répliqua Thorin.

Bientôt ils ne furent plus les seuls à regarder les deux garçons lutter l'un contre l'autre. Cette technique était inconnue à Erebor et plusieurs nains adultes vinrent faire cercle autour des adolescents. Le bruit du métal s'entrechoquant était presque assourdissant. Au début, beaucoup riaient de voir faire les deux adversaires :

- A quoi vous jouez, les enfants ? demanda quelqu'un, hilare. Regardez-moi ça, on dirait deux coqs de combat !

Lorsque l'un des combattants se retrouva soudain à terre, les rires cessèrent. Le vainqueur tendit la main pour aider l'autre à se relever puis ils retirèrent leurs heaumes.

- Alors ? fit Dain en se tournant vers ses cousins. Vous voulez essayer ?

Ils voulaient. On recommença à se protéger soigneusement, puis ont fit des équipes de deux : Thorin et Dwalin, qui étaient quasiment de la même taille, Dain, plus petit et plus trapu, avec Frérin.

- Essaie de ne pas lui casser le nez, marmonna Thorin, un peu inquiet pour son jeune frère. Ça ferait encore des histoires.

- Je ferai attention.

Il y eut d'abord de longues explications. Puis des démonstrations visant à décortiquer chaque mouvement. Enfin, on passa à la phase pratique. En moins d'une minute, Thorin comme Frérin se retrouvèrent à terre, passablement sonnés.

- Aïe...

- Ouille, ma tête.

Ils essayèrent encore et encore pendant plus d'une heure, jusqu'à ce que les deux frères en aient assez de se retrouver sur les fesses à tout bout de champ et qu'ils commencent à être vraiment endoloris. Ni l'un ni l'autre ne parvenait à acquérir la technique.

- Stop ! dit Frérin le premier en levant la main. Ouille, assez. Moi j'arrête. J'ai l'impression que ma tête sonne comme une cloche.

- Je suis d'accord, fit Thorin d'une voix assourdie par le heaume de métal. J'en ai assez aussi. Dwalin et Dain sont invincibles à ce jeu-là.

Une fois qu'ils furent tous débarrassés de leur équipement, Frérin ayant retrouvé son sourire proposa :

- Si nous faisions plutôt un tournoi de tir à l'arc ? Là au moins les chances sont égales.

- J'aimerais autant pas, grogna Dwalin. Mais si ça vous amuse, je compterais les points.

- Ah oui, j'oubliais, renchérit Dain en riant. Tu détestes toujours autant le tir à l'arc, hein ?

- Ouais. Ça m'énerve.

- D'abord les sangliers, maintenant le tir à l'arc, protesta Frérin d'une voix plaintive. Je comprends que tu t'entendes si bien avec Thorin : tu n'aimes rien !

- Dwalin a déjà fait un effort pour les sangliers, intervint Thorin. On ne va pas toujours faire des choses qu'il n'aime pas. Allons plutôt faire un tour à cheval. Avec toute cette ferraille entrechoquée mes oreilles sonnent comme un gong. Ça nous fera du bien.

La proposition fut adoptée à l'unanimité. Pourtant, un nouveau problème ne tarda pas à se poser :

- Où allons-nous ?

- A Dale ?

A peine cette suggestion faite, Thorin et Frérin échangèrent un regard embarrassé : depuis l'histoire de la taverne, Thrain, comme prévu, leur avait interdit de retourner en ville.

- Euh... fit enfin le cadet, gêné, tandis que ses joues rosissaient. Thorin et moi on... on n'est pas supposé passer les portes de Dale.

Tout en disant cela, le jeune garçon priait pour que son frère aîné ne décide pas de passer outre une fois de plus, par pure bravade. Or, Thorin n'en avait aucune intention : il n'était pas assez bête pour se lancer dans une opération à hauts risques dont somme toute il ne retirerait rien. Depuis l'arrivée de Dain il passait des journées merveilleuses avec son frère et ses amis, alors il n'allait pas tout gâcher pour le seul plaisir, puéril, de faire un pied de nez à Thrain. Pied de nez qu'il risquait de payer cher si une fois encore la chose parvenait aux oreilles de son père. Sérieusement, le jeu n'en valait pas la chandelle.

Dwalin et Dain n'insistèrent pas : à l'attitude réservée des deux frères, ils avaient plus ou moins compris de quoi il retournait. Ayant tous deux à leur actif des expériences similaires, qu'ils n'avaient pas forcément envie de partager avec autrui, ils comprenaient leur silence.

- Mais, dit soudain Frérin sur un ton joyeux, ses yeux s'éclairant soudain, Père ne nous a jamais interdit de seulement approcher la ville. Si nous faisions la course jusqu'aux murailles ?

Très excité par cette idée, il n'attendit pas la réponse et lança brusquement son poney au galop. Les autres sourirent et l'imitèrent, toujours prêts à se mesurer amicalement les uns aux autres.

Ventres à terre, les chevaux dévoraient la distance. Peu à peu, Thorin et Dwalin dépassèrent Frérin malgré son avance. Ils luttèrent un instant coude à coude puis, tandis que les murailles de Dale approchaient, Dwalin parvint à se décaler légèrement vers l'avant. Le but était proche et sa monture avait une tête d'avance. Déjà le garçon tendait le bras pour toucher la muraille en signe de victoire, tout en faisant virer son poney afin qu'il ne se cabre pas devant l'obstacle. Thorin avait beau talonner sa propre monture, celle-ci se maintenait à mi-hauteur de celle de son ami. Le prince héritier n'aimait pas perdre. Jugeant la situation perdue, il se dressa sur ses étriers et, au mépris de toutes les règles, plongea en avant. Il heurta Dwalin de tout son poids et le fit basculer de selle à l'instant même où il allait effleurer des doigts le mur de Dale. La chute fut plutôt rude. Inextricablement emmêlés, les deux adolescents roulèrent dans l'herbe, l'un par-dessus l'autre, le long de la pente qu'ils avaient gravi au galop tandis que Frérin et Dain, inquiets, arrêtaient leurs chevaux.

- Thorin ? Thorin ! Dwalin ! cria le premier en voyant l'amas de membres immobiles quelques mètres en contrebas de l'endroit où il se trouvait.

Lâchant les rênes de son poney, il se précipita à toutes jambes. Dain le suivit, un peu anxieux lui aussi.

- Thorin ?

Frérin s'arrêta net, stupéfait, en arrivant à la hauteur du duo et en percevant alors le bruit le plus incongru, le plus insolite, le dernier son au monde qu'il s'attendait à entendre : des gloussements de rire.

- Sale tricheur !

- Sombre abruti !

Dwalin et Thorin s'insultaient à mi-voix, sans cesser de rire.

- Tu as de la purée de troll arriéré dans la tête !

- Quand on ne sait pas tenir à cheval on reste avec les vieillards, pauvre cloche !

Et de glousser derechef.

- Hé ! fit Frérin, un peu vexé de s'être inquiété pour rien, en lançant un coup de pied (pas trop fort) dans l'épaule de son frère. Si vous n'êtes pas morts, relevez-vous. Vous n'avez pas l'air malins, je vous assure.

Puis il glapit de stupeur quand deux mains (toutes deux n'avaient pas le même propriétaire) le saisirent par les chevilles et tirèrent brusquement. Surpris, le jeune prince tomba assis sur les fesses.

- Idiots ! cria-t-il en se jetant sur les deux autres et en lançant quelques coups de poing au hasard.

La mêlée cette fois fut courte et les trois belligérants ne tardèrent pas à s'asseoir, un peu contusionnés mais arborant tous le même sourire. Lorsqu'ils se relevèrent, Thorin et Dwalin, poings sur les hanches, se toisèrent un instant, faisant mine de se mesurer du regard mais sans grand succès, car leurs yeux riaient :

- Comment un abruti de ton espèce a-t-il vécu si longtemps ? lança Dwalin.

- C'est toi qui pose cette question ? Bizarre. Je me suis posée la même à ton sujet il y a longtemps.

- Un jour, assura son ami, tu en crèveras de ta bêtise ! Sois sûr que je serai là pour le voir. Et que je te rirai au nez. Et j'espère que ce sera long, en plus. Très long et très lent.

Thorin sourit :

- Et douloureux de préférence ?

- Evidemment, répliqua Dwalin en lui rendant son sourire.

- J'en ai autant à ton service, au cas où tu en douterais.

- Comme si je ne le savais pas.

- Hum, hum ! fit quelqu'un.

Presque en même temps, Thorin, Frérin et Dwalin découvrirent Dain qui, debout à quelques pas, tenant son poney par la bride, les regardait d'un air moqueur.

- On ne s'ennuie pas, chez vous, observa-t-il d'un air mi-figue, mi-raisin. Mais vous savez quoi ? Je ne sais pas qui a gagné la course cette fois, en revanche je peux vous dire d'avance qui sera le premier à Erebor.

Là-dessus, avec une agilité impressionnante il sauta en selle et talonna sa monture. Un grand cri chassa les trois autres poneys devant lui et il galopa vers la montagne, riant à son tour à gorge déployée.

- Ah, le salopard ! fit Dwalin.

Thorin le toisa avec une feinte hauteur :

- Tu te rends comptes que c'est entièrement de ta faute ?

L'autre ouvrit des yeux ronds :

- De MA faute ?! Tu ne manques pas d'air !

Le jeune prince lui lança une bourrade amicale, qui lui fut rendue.

- En attendant, ronchonna Frérin, il ne nous reste plus qu'à rentrer à pieds.

Ils marchèrent durant quelques minutes puis le plus jeune des garçons émit encore, plein d'espoir :

- Je pense que c'est moi qui aie gagné la course. Je suis sûr que j'aurais pu toucher le mur avant Dain.

- Personne n'a gagné, répliqua Dwalin.

- Si, dit Thorin en souriant, celui de nous quatre qui était en tête.

- Ce n'est pas juste ! protesta Frérin. Vous deux, vous êtes tombés de cheval. Vous êtes éliminés.

- J'ai sauté de cheval, rectifia son frère aîné, je ne suis pas tombé.

- Et moi, quelqu'un m'a désarçonné en traître, renchérit Dwalin. Ça ne compte pas.

Frérin se renfrogna et bougonna entre ses dents quelque chose à propos de la mauvaise foi et des "gens qui veulent toujours avoir raison" puis il lâcha brusquement :

- Vous avez de la chance d'être tombés sur l'herbe. Sur des cailloux ça aurait fait très mal.

- Tu es bête ou quoi ? répliqua Thorin en lui lançant un regard de dérision. Si nous n'avions pas été sur l'herbe je n'aurais pas sauté. Tu crois que j'avais envie de nous tuer ?

Frérin lui lança un regard espiègle :

- C'est Père qui vous aurait tués, je crois.

Thorin hocha la tête :

- Probable.

Thorin et Dwalin avaient tous deux appris depuis longtemps à tomber sans se blesser et les seules traces de l'aventure se bornaient à quelques bleus sans grande importance que personne ne verrait, car ils étaient dissimulés sous leurs vêtements. Les garçons se sourirent tous les trois, complices, et poursuivirent leur chemin. Ils retrouvèrent Dain à peu de distance d'Erebor. Dain qui les attendait, un sourire narquois aux lèvres.

- Et alors ? fit-il. Qu'est-ce qu'on dit ?

- Qu'on te revaudra ça ? suggéra Thorin.

- Ingrat ! On dit : "Merci Dain, de nous avoir attendus". Vous auriez eu l'air fins si vous étiez rentrés à pieds dans Erebor. Vous ne croyez pas ?

- Peuh !

Ils remontèrent tous en selle. Quelques mètres plus loin, Dwalin arrêtait sa monture en constatant qu'elle boitait et mettait pied à terre. Thorin et Dain ne s'étaient aperçus de rien et ils continuèrent à avancer, jusqu'à ce que Frérin, qui s'était arrêté, les hèle de loin :

- Attendez !

Dwalin examinait les sabots de son poney, l'un après l'autre. Thorin et Dain attendirent.

- Je suis un peu jaloux, cousin, avoua soudain le second.

- Jaloux ? répéta Thorin, sincèrement surpris. Mais de quoi ?

- Dwalin... ça fait longtemps qu'on est amis, lui et moi. Mais il y a entre vous deux quelque chose de plus.

- Il t'apprécie toujours beaucoup, assura Thorin. Demande à Frérin : il nous a parlé de toi un après-midi entier.

Dain eut un mouvement d'impatience :

- Je sais qu'il m'apprécie et la réciproque est vraie. Je pense qu'il aime bien Frérin aussi, comme le petit frère qu'il n'a pas. Ça le change d'être le cadet chez lui. Mais lui et toi... vous êtes plus liés que ne le seraient deux frères jumeaux.

- Eh bien, je ne sais pas trop, fit le jeune prince, un peu désarçonné. Nous sommes amis, bien sûr, mais...

- Aucune importance, coupa Dain en souriant. En fait, même si je suis un peu jaloux je suis aussi content pour vous. Je craignais que Dwalin s'ennuie à Erebor.

Son sourire s'élargit puis il ajouta :

- Mais je crois que si j'espérais que Dwalin revienne vivre un jour dans les Monts de Fer, c'est raté.

- Il sera bien forcé de suivre sa famille si elle décide de partir, soupira Thorin.

- Ce qui à mon avis a très peu de chance d'arriver. Une fois qu'il sera adulte, Dwalin ira où il voudra, bien sûr. Mais quelque chose me dit qu'il préfèrera rester auprès de toi.

Thorin éprouva secrètement un pincement au cœur à l'idée que Dwalin puisse décider un jour de quitter Erebor. Il n'en laissa cependant rien paraître et ajouta, sincère :

- Je ne sais pas, Dain. Son frère aîné a l'âge de faire ce qu'il veut mais il n'est pas resté dans les Monts de Fer pour autant.

Dain haussa les épaules :

- Balin a passé son enfance à Erebor. Il a toujours eu envie de revenir, tout le monde le sait. Lui non plus ne repartira plus, tu peux en être sûr. Même s'il a d'autres raisons.

Thorin n'avait que peu rencontré Balin jusque-là et à part quelques saluts polis de part et d'autre, il n'avait jamais parlé avec lui : ce nain était trop âgé pour se mêler aux activités des adolescents, qui eux-mêmes le voyaient comme un adulte et ne s'intéressaient pas à lui. Thorin savait, par Dwalin, que Balin étudiait la diplomatie (je vous demande un peu !) et il savait aussi que le jeune nain passait autant de temps à la bibliothèque que sur les terrains d'entraînement. Une épée à la main, il était très bon. Cela intriguait beaucoup le fils aîné de Thrain, qui avait du mal à concevoir que l'on soit à la fois un guerrier et un érudit. Quoi qu'il en soit, en ce jour il éprouva pour la première fois un élan de sympathie pour Balin, ignorant encore que dans l'avenir, lorsque lui-même aurait atteint l'âge adulte, le frère de son meilleur ami deviendrait l'un de ses proches. Dans l'immédiat, il savait seulement que quelqu'un qui aimait Erebor était forcément quelqu'un selon son cœur.

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Terribles, ces garçons, pas vrai ? Oh, et si vous vous demandez ce qui peut bien se cacher dans les "tunnels défendus", pas d'inquiétude : vous en saurez plus là-dessus au prochain chapitre.

Moi en attendant, je fais mille bisous à mes revieweuses StillMyself et Queen Puduhepa, dont j'ai grand plaisir à lire les commentaires à chaque chapitre. Cette fic est très atypique, je suis tellement contente de vos retours !