Notes de l'auteur :

Cette fanfiction se déroule dans un Alternate Universe. J'utilise Daraen homme sous son apparence de base. Concernant Linfan, il s'agit de sa version masculine avec les cheveux bleus comme Chrom.

A quelques reprises, Chrom appelle Daraen « son rouge-gorge ». Cela est directement tiré d'un de mes autres OS du même nom. J'aime utiliser ce surnom.

Au départ je voulais juste écrire un OS, j'ai changé d'avis en réalisant que j'avais dépassé neuf pages sans interlignes sur Open Office alors que j'avais encore beaucoup à écrire.

Cette fiction est un AU. Aucun voyage dans le temps, Daraen reste amnésique.

Notes sur le chapitre actuel :

Voici l'un des derniers chapitres de cette fanfiction. Ce chapitre est mon préféré, que ce soit au niveau du plaisir que j'ai eu à l'écrire ou de son contenu. Avec les retrouvailles de Chrom et de Daraen, beaucoup de fluff est à prévoir ainsi que de l'angst. Énorme dose de fluff à prévoir.

Dans le dialogue entre Tharja et Daraen, il est dit que la tourte à l'anguille est le repas préféré de Daraen.

En revanche, que les fleurs préférées de Daraen soient les myosotis est un headcanon. En langage floral, elles signifient « Ne m'oublie pas ». Elles sont aussi symbole de fidélité et d'amour éternel. Un petit lien avec son amnésie et éventuellement son sacrifice à la fin de Fire Emblem Awakening. De plus, elles sont bleues comme la chevelure d'un certain prince...

Rappel des couples secondaires : LissaxLon'Zu, FrederickxZelcher, OliviaxVirion

Avertissement :

Spoilers pour l'ensemble de Fire Emblem Awakening qui est la propriété de NINTENDO. Seul le scénario m'appartient.

Classée T, présence de violence.


Chrom a dû mal à réaliser qu'il a dormi douze ans durant. Sa chambre n'a pas changé malgré le temps passé. Lissa a refusé de vider la pièce et en a interdit l'accès durant son absence.

L'épéiste est assis sur un tabouret à côté du lit de la pièce dans lequel repose Daraen.

Le stratège est plongé dans un sommeil fiévreux depuis qu'il a été libéré du dragon déchu. Un tissu humide est posé sur son front brûlant.

L'homme agite la tête de temps en temps, murmurant des paroles fiévreuses.

Chrom tient sa main droite, refusant de se séparer de son époux. Sa peau chaude n'est à présent plus couverte de la marque de Grima. Toute trace de la transformation qu'avait apporté le dragon déchu à son corps a disparu. La tête de Daraen ne semble jamais avoir été ornée de cornes.

Seule sa coiffure est différente, ses cheveux blancs sont plus longs. Une partie de ses mèches sont nouées en une fine natte sur le côté droit de sa tête. Ce changement ne gène pas Chrom, son stratège est mignon ainsi.

L'homme aux cheveux bleus est distrait par le sentiment que quelqu'un l'observe. Il lâche la main de Daraen pour se tourner et regarder en direction de la porte. Chrom aperçoit quelques instants un pan de manteau sombre.

– Linfan ?

L'épéiste entend quelqu'un courir dans le couloir.

Le retour à Ylisse a été un long voyage éprouvant. Chrom a dû s'habituer à un long décalage temporel et accepter ce qui c'était déroulé durant son absence. Lucina n'avait que cinq ans la dernière fois qu'il l'a vue. Sa fille est à présent une adolescente, plus proche de l'âge adulte que de l'enfance.

Lucina a été très heureuse de le retrouver et la communication avec elle a immédiatement été facile. Ses rapports avec Linfan sont en revanche beaucoup plus laborieux. Le garçon refuse de parler à qui que soit à l'exception de Lucina. L'enfant préfère rester seul et s'isoler dans le château. Il a uniquement accepté de rester avec eux parce qu'ils emmenaient Daraen.

Chrom ne sait pas du tout ce qu'il doit faire pour améliorer leur relation. Il espère qu'à son réveil, Daraen saura quoi faire.


Chrom court dans le couloir. Il aurait voulu être là quand cela est arrivé. Le conseil l'a retenu, désirant qu'il reprenne sa place de roi. Ses ministres ont trouvé une explication pour expliquer le retour de leur roi et son époux, dont les apparences sont restées les mêmes qu'il y a douze ans. Le peuple ne saura pas que Daraen était possédé par Grima.

Souvent, Chrom aimerait ne pas être né prince. Ne pas avoir eu à imposer la guerre à sa famille. Etre quelqu'un d'ordinaire qui vivrait dans une modeste demeure, heureux avec son époux et ses enfants. Lissa serait également heureuse avec son propre foyer et Emmeryn n'aurait pas été assassinée.

L'homme pousse la porte de la chambre. Il découvre avec joie Daraen éveillé et ausculté par sa sœur. Son cœur se serre en voyant les bandages qui le recouvrent.

Sans l'intervention de Brady, Daraen serait mort. La blessure lui a fait perdre beaucoup de sang et a rendu Daraen faible.

Lissa s'écarte en s'apercevant que son frère est là. Chrom n'attend pas une seconde de plus pour rejoindre son mari. L'homme blessé fixe ses draps sans un mot.

– Daraen ?

Le stratège ne répond pas, le regard fuyant. Lissa s'éloigne vers la sortie de la pièce.

– Je vous laisse un instant. Daraen a besoin de manger, je vais vérifier si son repas est prêt.

Chrom hésite un instant à remercier sa sœur. Elle est devenue si forte et mûre en son absence, elle semble être l'aînée à présent et lui le cadet. Lorsqu'il se décide à le faire, Lissa est déjà partie.

Seul avec son époux, Chrom se focalise sur lui.

– Daraen, comment te sens-tu ?

Aucun son ne sort de la bouche de Daraen. Ses mains se resserrent sur sa couverture.

– Daraen ? Tu... es en colère contre moi ?

L'homme aux cheveux blancs se met à regarder son mari. Ses yeux sont remplis de larmes menaçant de déborder. Ses lèvres tremblent légèrement.

– Daraen...

Chrom prend son mari dans ses bras, son menton posé sur son épaule. Il l'enlace tendrement.

– Daraen, je suis là...

Daraen finit par lui rendre l'étreinte. Il laisse aller ses larmes. Chrom sent sa nuque se mouiller et entend son mari pleurer.

Chrom n'ose pas imaginer ce que son époux à vécu durant les douze dernières années. Il est encore inconscient de tout ce qu'il s'est passé durant son sommeil. Avec beaucoup de tristesse, il a appris que de nombreux de ses amis étaient morts au combat. Les Veilleurs sont presque tous morts, laissant dernières eux plusieurs enfants orphelins.

Avec la mort de Grima, la paix reviendra doucement. La secte du dragon déchu a éclaté bien que beaucoup des ombres et des adorateurs errent encore dans les campagnes. Ylisse pourra se reconstruire doucement dans le deuil.

– Mon rouge-gorge... Nous sommes réunis à présent. Nous allons surmonter ensemble cette épreuve. Je te le promets, tout ira bien à présent.


– Vous pourriez venir quand il est éveillé.

– Tu fais exactement la même chose que moi.

– Je... Ce n'est pas pareil... Vous avez passé beaucoup plus de temps avec lui que moi.

A travers son sommeil, Daraen reconnaît la voix de Linfan. L'homme met plus de temps à identifier celle de Lucina, ayant encore en mémoire celle qu'elle avait enfant.

Le stratège est fatigué et préfère continuer à dormir.

– Il... Lissa et Brady t'ont dit qu'il allait s'en sortir ?

– Il a passé le plus dur. Il a juste besoin de repos maintenant.

Daraen a eu peu de moments d'éveil depuis son retour à Ylisse et aucun lors du départ de Plegia. Il n'a pas revu ses enfants depuis l'affrontement avec Grima. Il est apaisé de les savoir avec lui, même s'il est à moitié endormi.

– Il est si pâle...

– Il est encore faible. Donnez-lui un peu de temps.

– Il est amaigri...

– Apparemment Grima nourrissait mal son corps... Et avec tout ce temps où il est resté inconscient... Père est apparemment le seul qui arrive à le convaincre de manger.

Daraen ne comprend pas comment sa famille peut lui pardonner ce qu'il a fait. Il ne devrait pas être soigné. Ils auraient dû le laisser mourir. Lorsque Chrom comprendra toutes les horreurs qu'il a commises, il cessera d'être aussi doux avec lui.

– Ton ami ou ta tante ne peuvent pas lui donner une autre potion ?

– Ils l'auraient fait s'il cela était possible je pense. Tante Lissa est également la vôtre, vous pouvez directement lui demander.

Le stratège ne se fait aucune illusion. Ses enfants ne viennent pas lorsqu'il ne dort pas parce qu'ils le détestent et le craignent.

– J'entends du bruit...

– Père semble revenir, nous ferions mieux de partir...

Daraen entend Lucina et Linfan quitter la pièce précipitamment. Le bruit de leur départ brusque finit par le réveiller complètement.

Il s'assoit, de nouveau seul dans sa chambre. Chrom a insisté pour qu'il ne soit pas dans l'aile médicale du château mais dans leurs quartiers. La pièce est exactement comme dans ses souvenirs.

Le stratège passe sa main sur son visage. Il se sent faible et fatigué. Il le sait, il aurait dû mourir en même temps que le dragon déchu.

Ses doigts remontent jusqu'à sa natte. Sa coiffure est l'une des dernières traces physiques que Grima ait laissé. Daraen défait les mèches et les rabat avec le restant de sa chevelure.

Il cherche à quelle hauteur il devrait les trancher pour récupérer sa coupe habituelle.

– Tu peux garder les cheveux longs si tu veux.

Avec surprise, Daraen aperçoit Chrom entrer dans leur chambre. L'homme porte un plateau d'une seule main, l'autre étant derrière son dos. L'épéiste s'assoit en bord du lit, aux côtés de son mari. Chrom embrasse son stratège sur le front.

– Ne t'inquiète pas pour ton apparence, tu es adorable mon rouge-gorge.

Daraen préfère ne faire aucun commentaire. Il ignore si son époux a compris que ce changement de coiffure était le choix de Grima.

Face à son manque de réaction, Chrom est gêné. En temps normal, Daraen serait devenu aussi vif que le plumage pourpre d'un rouge-gorge.

Chrom sort la main de derrière son dos, dévoilant un petit bouquet de myosotis. Il le tend à Daraen qui hésite à l'accepter. Une fois en sa possession, le stratège inspire l'odeur de ses fleurs préférées.

– Merci beaucoup Chrom.

L'épéiste retire deux tiges du bouquet. Il casse les extrémités avant de glisser les fleurs dans les cheveux de son stratège. Daraen se laisse faire docilement. Chrom rit doucement.

– Dommage pour toi que tu ne puisses pas voir la chose la plus mignonne au monde.

Cette fois Daraen ne peut s'empêcher de rougir. Ses joues se colorent légèrement pour la plus grande satisfaction de son mari.

Chrom attrape ensuite une assiette et un couvert posé sur le plateau. Daraen reconnaît qu'il s'agit d'une part de tourte aux anguilles, son repas préféré, lorsque Chrom découpe un morceau. Le stratège n'a pas le temps de déposer le bouquet que son mari place la fourchette dans sa bouche.

Daraen, surpris, accepte de se laisser nourrir.

– Laisse-moi faire, tu sais que j'adore m'occuper de toi.

Chrom n'agit pas uniquement par plaisir. Il est en réalité terrifié. Son mari ne sourit presque plus depuis leurs retrouvailles. Aucun rire, aucun éclat dans ses yeux fatigués. Il craint que Daraen ait perdu goût à la vie. Il est le seul à réussir à le convaincre de manger. Lissa lui a certifié que s'il restait dans cet état, cela aurait un impact néfaste sur sa santé.

Lors de la mort de sa sœur Emmeryn et durant les guerres de Plegia et de Valm, Daraen a toujours été celui qui le poussait à avancer. Le voir dans cet état est horrible.

Chrom ne supporterait pas de perdre Daraen.


Darean lit un roman prêté par Sumia assis sur le lit de sa chambre. Il ne comprend pas comme elle peut encore vouloir garder une relation amicale avec lui. Le dragon déchu est celui qui a causé la mort de mari et de sa meilleure amie. Elle a passé du temps avec lui comme si de rien n'était, heureuse de pouvoir lui faire découvrir l'une de ses dernières lectures.

Stahl aussi est venu le voir. L'homme veuf voulait de ses nouvelles et lui offrir un remède préparé par son frère apothicaire. Le stratège a également été visité par Gaius et Palne, eux aussi soucieux de savoir comment il se porte.

A l'exception de Lon'Zu et de Libra, très occupé par son orphelinat, Daraen a revu tous ses amis encore en vie. Le moine a néanmoins pris le temps de lui écrire une lettre dans laquelle il affirmait prier pour sa guérison.

Le stratège ne comprend pas pourquoi ils se soucient tant de lui.

L'homme a repris des forces mais reste faible. Son corps ne lui réclame plus autant de sommeil. Chrom et Lissa préférèrent le savoir dans sa chambre, continuant de se reposer.

Tandis qu'il tourne une page, une mèche de cheveux vient le chatouiller. Daraen l'attrape et l'examine. Il y a moins d'une heure, Chrom l'a aidé à prendre un bain. Son mari s'était assuré qu'il soit très chaud, comme il les aime. Son flanc le fait toujours souffrir et rester trop longtemps debout lui provoque des étourdissements.

Son corps est propre et pourtant Daraen se sent sale, immonde, souillé.

L'homme se lève doucement, abandonnant son livre sur son lit. Il se dirige vers un meuble et attrape une paire de ciseau dans l'un des tiroirs. Il soulève l'une de ses mèches et réfléchit sur la longueur à couper. Son regard dévie sur son poignet. La lame pourrait mettre fin à son existence.

Daraen se mord la lèvre. Se serait terriblement lâche, et malgré ses actes, Chrom tient toujours à lui.

Il chasse son idée aussi vite qu'elle est venue.

– Daraen !

Le stratège se retourne et aperçoit Frederick. Le chevalier le regarde, surpris.

– Que faites-vous ?

– Je voulais couper mes cheveux. Reprendre mon ancienne coiffure.

Frederick cache son soulagement. Il a pendant un instant cru que le stratège allait commettre l'irréparable. Chrom lui a partagé ses craintes au sujet de son époux. Le chevalier estime être de son devoir de veiller sur le prince de consort. Il est à la fois un membre de la famille royale et son ami.

– Souhaitez-vous de l'aide Daraen ?

– Etes-vous sûr ?

– Cela ne me dérange pas. Installez-vous sur un tabouret et je m'occupe du reste.

Daraen s'exécute, il sait que contrairement à lui-même, Frederick réussira à le coiffer comme il le souhaite.

Le stratège se laisse faire, les mèches blanches tombant une à une.

– Je suis certain que cela fera très plaisir à son altesse Chrom.

Daraen ne répond pas à sa remarque. Il sait que Zelcher, la femme de Frederick est morte depuis plusieurs années. Le chevalier ne montre pourtant aucun mépris envers lui. Le stratège est tenté de lui demander s'il est en colère mais n'en fait rien. Cela ne ferait que lui rappeler de mauvais souvenirs.


Chrom arpente les allées de la bibliothèque royale. Le lieu est immense et regorge de nombreux ouvrages, pour la plupart très anciens. Une odeur de parchemin flotte dans l'air. Un parfum souvent présent sur son mari. Il s'agit du lieu préféré de Daraen qui, avant sa possession, passait toujours de longues heures à étudier, parfois très tard dans la nuit.

L'homme finit par trouver la personne qu'il cherche, étudiant à l'une des tables et prenant des notes sur un parchemin. Il l'observe silencieusement de loin quelques instants.

Linfan ressemble énormément à Daraen. Il a hérité de nombreux aspects physiques de son père, en particulier ses iris sombres que Chrom trouvent splendides. Ses cheveux bleus marquent une différence avec la chevelure blanche du stratège.

La couleur paraît être la même que la sienne, lui apportant l'heureuse illusion que son sang coule dans ses veines.

A cette pensée, le saint-roi rêvasse. Son mari a demandé à Frederick de lui couper les cheveux, lui rendant ainsi sa coupe de cheveux habituel. Chrom le préfère définitivement avec cette coiffure.

– Bonjour Linfan.

Le garçon sursaute de peur et renverse son encrier. Linfan a le réflexe de retirer le livre qu'il étudie. Le liquide noir se répand sur ses notes et le bois de la table.

– Pardon ! Je suis désolé ! Je vais tout nettoyer !

– Je t'ai surpris, c'est ma faute. Ne t'inquiète pas pour ça, tu n'es pas le premier à qui cela arrive.

Linfan, évitant le regard de Chrom, commence à retirer ses affaires du meuble à présent sale.

– Où vas-tu ?

– Je ne vais pas vous importuner Chrom, je pars.

L'homme pose une main sur l'épaule du garçon. Malgré son épais manteau, il sent que Linfan est tendu.

– Je voulais te parler, tu ne voudrais pas t'asseoir avec moi un instant ?

Hésitant, le garçon obéit et repose son parchemin couvert d'encre sur la table. Chrom examine ses écrits. Il reconnaît des schémas stratégiques.

– Tu aimes la stratégie ?

– Je... voudrais devenir stratège...

Le roi rit doucement réalisant que le garçon est le portrait craché de son père.

– Daraen aussi aime beaucoup la stratégie. Je dirais même que c'est sa passion avec la lecture. Je suis sûr que tu seras un excellent stratège, comme lui.

– Je suis loin d'avoir de bonnes connaissances.

– Tu es encore très jeune.

Linfan ne dit rien. Il n'est pas à l'aise avec le mari de son père. L'homme n'est qu'un inconnu pour lui. Un étranger dont il a poignardé l'époux.

Chrom, gêné par ce début de silence reprend la parole.

– Tu prends toujours tes repas seuls. Pourquoi ne mangerais-tu pas avec nous ce soir ?

– Je... ne voudrais pas vous déranger Chrom...

– Ce serait un plaisir pour moi. S'il y a un plat que tu affectionnes je peux demander au chef cuisinier de le préparer.

– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée...

Le garçon sait qu'il n'est pas à sa place ici, dans le château ylissien. La présence de Daraen est la seule chose qu'il le retient ici. Il est un plegien, un ancien fanatique de Grima. Il ne devrait pas être choyé comme un prince.

Dès son arrivée, avant même la première nuit, une chambre grande et spacieuse lui a été donnée. Sa chambre. Une pièce qu'il peut aménager comme il le souhaite. L'enfant n'avait rien à mettre, à l'exception de son livre de stratégie offert par son père. L'ouvrage est le seul objet personnel qu'il a emporté avec lui, pressé de fuir Plegia avec les autres.

Linfan en possédait une dans le château plegien. Là-bas il était à sa place.

Le roi reprend la parole, devant le refus de l'enfant.

– J'ai remarqué que tu t'étais mis à tutoyer Lucina. Tu m'appelles Chrom, tu ne voudrais pas m'appeler père ? Je n'ai jamais aimé tout ce qui est formel, et se serait surtout beaucoup moins froid.

– Je... c'est-à-dire que... vous n'êtes pas mon...

Linfan retient son mot. Il est trop tard, ce qu'il s'apprêtait à dire est évident pour Chrom.

Le garçon, se lève brutalement.

– Je dois m'occuper de Merlin...

L'apprenti stratège se sauve en courant de la bibliothèque et part en direction des écuries. Chrom le laisse faire.

Il ne sait pas ce qu'il doit faire. Ce n'est pas la première fois qu'il tente de communiquer avec Linfan. Le garçon n'est visiblement pas prêt à l'accepter comme père.


Chrom se réveille doucement avec la lumière du jour. Son bras gauche cherche Daraen. Sa main ne rencontre que le matelas et les couvertures, froides.

Le roi se lève, alarmé par une inquiétude naissante. Avec son épuisement causé par la possession de Grima, son mari dort de longues heures le matin.

L'homme s'habille rapidement et négligemment. La santé mentale de Daraen est sa principale préoccupation depuis que celui-ci est sorti de l'inconscience. Même s'il n'en parle pas, Chrom sait que l'esprit de son mari est rongé par ce qu'il lui est arrivé les douze dernières années.

Chrom est terrifié. Frederick lui a confié avoir vu son époux regarder étrangement une lame récemment.

– Naga s'il vous plaît... Je vous en supplie, qu'il n'ait pas fait ça...

Le roi court vers la porte de sa chambre et actionne la poignée. Il peste, se rappelant qu'il l'a fermé à clef. Il se dépêche d'atteindre le meuble où il pose toujours sa clef la nuit. Avec surprise, il découvre que le double forgé pour Daraen est toujours présent.

Chrom comprend que son époux doit être dans la salle annexe de leur chambre. Il s'agit d'un salon qu'il a fait aménager avec plusieurs bibliothèques à l'occasion de ses fiançailles. Chrom voulait offrir un second espace de travail à Daraen. Le stratège était très gêné de recevoir un tel cadeau.

Chrom ouvre la porte du salon brutalement. Il balaye la pièce du regard et trouve Daraen, la tête couchée sur son bureau. Le roi se rapproche du stratège. Il s'aperçoit avec un grand soulagement qu'il dort.

Il examine les parchemins posés sur le plan de travail. Plus d'une dizaine de feuilles sont noircies avec des plans, des inventaires, des listes de noms et des descriptions. Chrom réalise qu'il s'agit d'informations concernant Plegia.

– Nous ne sommes plus en guerre et tu trouves le moyen de travailler la nuit...

Chrom recule la chaise du bureau avant de soulever Daraen. Il place un bras sous ses jambes et l'autre contre son dos. Le roi est habitué ce que le stratège s'endorme n'importe où, en particulier sur son bureau. Le transporter jusqu'à son lit est une habitude.

Chrom dépose son mari doucement dans leur lit et le borde. Ses gestes réveillent Daraen.

– Chrom ?

– Rendors-toi, tu dois te reposer. Tu n'es pas censé travailler la nuit.

– Mes notes, prend-les. J'ai commencé à écrire tout ce que je savais sur la secte de Grima.

La voix du stratège est fatiguée, reflétant son état. Chrom l'embrasse sur le front, l'encourageant à se reposer.

– Merci beaucoup Daraen. Je vais les étudier soigneusement.

– Je n'ai pas encore terminé.

– Tu finiras plus tard. Repose-toi maintenant.

Le stratège se rendort, épuisé par sa nuit, sa blessure et le contre-coup de sa possession. Chrom s'écarte et s'habille correctement avant de quitter leur chambre doucement.


Daraen est assis aux côtés de Chrom. Tous deux sont installés en face de Lissa et Lucina, autour d'une table où se dressent de somptueux plats. Entre le stratège et la princesse se trouvent une chaise vide.

Il s'agit du premier repas que le prince de consort prend en dehors de sa chambre depuis son retour. L'homme est toujours en convalescence et sa blessure n'est pas encore cicatrisée.

Il se nourrit doucement, ayant des difficultés à manger.

– Tante Lissa, avez-vous eu des nouvelles d'Owain et d'oncle Lon'Zu dernièrement ?

– Oui, Lon'Zu va beaucoup mieux et n'a pas réussi à dissuader Owain de participer au tournoi. Je crois que ton oncle a décidé de participer juste s'assurer que Owain ne remporte pas le titre. Lon'Zu est pourtant toujours affaiblit. Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre.

Daraen joue avec les légumes de son assiette. Il écoute discrètement la conversation.

– J'aurai pensé qu'ils seraient rentrés à Ylisse en apprenant la nouvelle.

– Quand mes têtes de mules préférées auront perdu le tournoi elles rentreront.

Le stratège observe la soigneuse. Il sait que sa meilleure amie est morte récemment à cause de lui, de Grima. Si elle parvient à ne pas être si sombre, à oublier sa peine, s'est uniquement grâce au retour de son frère. Daraen se demande si elle a accepté de le soigner uniquement pour Chrom. Il lui semble impossible qu'elle ait pu lui pardonner. Grima voulait sa mort.

– Et tes amis partis à Valm Lucina, ils rentrent bientôt ?

– Je l'espère tante Lissa, Cynthia a entrepris un voyage pour les prévenir que la recherche des deux autres gemmes est à présent inutile. Je n'ai pas encore eu de réponse.

Daraen se mord l'intérieur de la joue. La plupart des parents des amis de sa fille sont morts à cause de lui. De nombreux de ses amis ont péris, laissant des orphelins derrière eux.

Ses yeux se posent sur l'endroit où il ne peut croiser aucun regard. Il fixe la chaise vide et les couverts dressés en face d'elle.

– Linfan ne vient jamais aux repas.

La voix de Chrom l'oblige à le regarder, lui, Lissa et Lucina. Daraen n'a pas prononcé un mot du repas et personne ne lui a encore adressé la parole. Le stratège est conscient que ses enfants le fuient et qu'il n'a aucun droit de les voir après les avoir forcés à se battre.

– Il va bien ?

– En toute sincérité, je n'arrive pas à lui parler. J'ai l'impression qu'il ne m'apprécie pas. Je suis sûr qu'il te parlerait à toi.

– Tu dois te tromper Chrom. Il ne peut pas te détester.

Le stratège n'avoue pas que le contraire est plus logique. Son mari lui sourit doucement. Lucina intervient, s'adressant à Daraen pour la première fois depuis leur retour.

– Linfan passe beaucoup de temps avec son cheval à l'écurie ou à la bibliothèque.

– Je vais aller le voir.

Daraen se lève, trouvant ainsi une excuse d'abandonner son déjeuner. Le comportement de Linfan l'inquiète. Le changement d'environnement doit être un véritable bouleversement pour lui.

Chrom est hésitant face à son action. Lissa prend la parole avant lui.

– Daraen, tu dois manger. Ton corps a besoin d'énergie. Tu n'as pas encore fini de cicatriser.

– Je vais chercher Linfan, je reviens après.

L'homme aux cheveux blancs quitte la salle et laisse sa famille. Chrom le regarde partir. Il est sûr que Linfan acceptera de lui parler.


Linfan brosse la crinière de Merlin en chantonnant doucement. Son cheval se laisse toiletter, satisfait d'avoir autant de nourriture qu'il le souhaite. Il peut manger des pommes tous les jours.

L'apprenti stratège est heureux de pouvoir se réfugier auprès de l'animal. A part Lucina, il fuit la présence de tout le monde, en particulier celle de Chrom, Daraen, Lissa et Frederick. En dehors de son père en convalescence, tous ont essayé plusieurs fois de discuter avec lui. Le chevalier désirait notamment se faire pardonner de l'avoir attaqué lors de leur rencontre.

L'enfant s'en fiche, si Frederick doit s'excuser, il devrait en faire de même avec de nombreuses personnes, à commencer par son père, Daraen.

– Merlin, tu as l'air vraiment très heureux ici. Tu fréquentes des chevaux nobles et gracieux de pure race. Tu possèdes un box royal nettoyé tous les jours par des palefreniers et en plus ta nourriture est luxueuse.

Linfan réalise que les paroles valent également pour lui, à quelques distinctions près. A l'exception que lui n'est pas heureux ici. Il sait qu'il ne devrait pas être ici.

– Il faut dire que son maître prend soin de lui.

Le garçon se retourne et aperçoit Daraen se rapprocher de lui. L'enfant n'est pas encore habitué à la voix et au comportement doux de son père. De son vrai père et non du monstre qui avait volé son corps.

Le stratège se rapproche de Merlin et lui fait sentir son odeur. Il lui caresse ensuite les naseaux.

– Que faîtes-vous ici père ?

– Je suis venu voir comment tu allais.

– Je vais très bien, mais vous devriez être en train de vous reposer dans votre chambre.

– Je ne suis pas encore totalement guéri mais je vais mieux. Je déjeunais avec notre famille.

Le mot est étranger pour Linfan. Il n'arrive pas à concevoir l'idée. Il n'a toujours eu que Daraen. Aversa ne s'est jamais soucié de lui et sa mort ne l'a pas peiné.

– Tu ne voudrais pas te joindre à nous ?

– Je suis bien ici.

– Le repas est très bon.

– Je n'ai pas faim père.

Linfan continue de brosser plus fort la crinière de Merlin pour oublier ses yeux qui le piquent. Daraen se rapproche de son fils.

– Je... Tu ne voudrais pas apprendre à connaître les autres ? Nous pourrions passer un moment ensemble.

– Je suis très bien seul.

– Chrom aimerait beaucoup te connaître.

– Je n'en ai pas envie.

– Il est ton père tu sais.

Daraen pose sa main sur l'épaule de Linfan. Le garçon se retourne brutalement et repousse violemment son père. Surpris, l'adulte recule sous le coup.

Les larmes menacent de couler sur les joues de l'enfant.

– Je n'ai qu'un père et c'est vous ! Et il est hors de question que je vous remplace !

Daraen commence à sentir une douleur. Il préfère ne rien dire face à l'explosion de sentiments de son fils.

– Vous ne devriez pas m'approcher ! J'ai déjà failli vous tuer une fois !

– Linfan je...

– Non ! Je ne devrais pas être ici ! Tout le monde considère que... tout le monde a fermé les yeux sur ce que j'ai pu faire ! Je suis traité comme un prince alors que je ne le mérite pas !

Le stratège se mord la joue tentant d'ignorer le sentiment qui l'envahit. Ses propres crimes aussi ont été oubliés.

– Linfan, tu ne savais pas ce que tu faisais.

– Si ! J'obéissais à Grima ! Je ne suis pas innocent !

– Tu as refusé l'ordre de tuer les prêtres !

Linfan s'arrête immédiatement. Jamais il n'aurait pensé avoir été percé à jour. Daraen sourit doucement, en portant sa main droite à son flanc gauche. L'homme lui offre des explications.

– Grima le croyait mais moi je savais la vérité. Grima, par orgueil, pensait que tu étais hésitant à annoncer la mort de Argol par crainte que tu ne le mettes en colère. La vérité est que tu as sauvé les prêtres après avoir tué ce monstre.

– Comment pouvez-vous le savoir ?

– Les prêtres n'auraient jamais pu tuer Argol sans parvenir à se débarrasser de toi. Il était bien plus fort que toi et jamais il ne serait sacrifié pour toi. Avec des bâtons de soin jamais ils n'auraient réussi. Tu venais de rater ta précédente mission, tu n'aurais pas dû être apeuré si celle-ci avait été un succès. Grima sous-estimait les humains.

– Père... je...

– Linfan, je sais que tu ne voulais pas de cette vie. Jamais je ne pourrais m'excuser assez. Je...

Daraen s'interrompt et baisse les yeux. Il soulève sa main droite. Ses doigts et sa peau sont recouverts de sang. Linfan l'aperçoit aussi, horrifié.

– Père ? Que vous arrive-t-il ?

Le stratège se sent défaillir. L'envie de s'évanouir le submerge. Il chercher un appuie pour se maintenir. Sa vision se trouble. Son maigre repas de midi danse à l'intérieur de son estomac.

Daraen abandonne, succombant à son malaise.


– Doucement Daraen !

Le stratège s'assoit dans son lit, reprenant lentement conscience des évènements. Chrom est à ses côtés, un air très inquiet sur le visage. Daraen se recule légèrement, appuyant son dos contre un oreiller.

– Comment te sens-tu ?

– Je vais...

– La vérité Daraen.

– Mon flanc me fait mal et je me sens un peu nauséeux.

Chrom est habitué à ce que Daraen mente sur sa santé. Son mari est incapable de prendre soin de lui-même. Il ignore toujours ses blessures comme s'il n'avait rien.

Le stratège soulève un instant ses vêtements pour examiner sa blessure. Ses bandages ont été changés, très certainement par Lissa.

– Il s'agit de ma faute, je n'aurai pas dû surestimer mes forces.

– Non, Linfan m'a tout avoué et Lissa l'a confirmé. Ta blessure s'est ouverte à nouveau lorsqu'il t'a poussé.

– Il ne le voulait pas.

– Je le sais. Il est venu me voir complètement paniqué.

– Où est-il à présent ? Je dois lui parler.

Daraen commence à sortir de son lit. Chrom l'empêche, le repositionnant délicatement dans sa position. Le stratège échappe un gémissement de douleur.

– Reste ici, tu ne dois pas te lever.

– Je dois parler à Linfan, il croit que ce qui arrivé est de sa faute.

L'homme aux cheveux blancs sent sa tête tournée. Il remercie mentalement son époux de l'avoir contraint à rester assis.

Chrom s'assoit à côté de lui, sur les draps, et prend sa main droite.

– Daraen, c'est plutôt nous qui devrions discuter. Qui selon toi est le responsable de tous ces événements ?

Le stratège tourne la tête, la réponse est si évidente. Le moment qu'il craignait est arrivé. Chrom va réaliser toutes les horreurs qu'il a commises.

– Regarde-moi Daraen.

L'homme ignore la demande. Il n'a pas le courage d'affronter le regard des autres et plus que tout, celui de son mari.

– Mon amour, s'il te plaît.

Le stratège obéit, dévoilant ses yeux remplis de larmes. Chrom caresse son visage de sa main libre. Le roi aurait dû tenir avec lui cette conversation bien plus tôt. Il trouve à présent l'audace d'évoquer le sujet.

– Daraen, tu n'es pas le responsable de ce qui est arrivé.

– Bien sûr que si. J'ai provoqué la mort de nombreuses personnes, détruit de nombreuses familles dont la nôtre.

– Daraen, ton corps était contrôlé par Grima. Tu n'as jamais souhaité tout cela.

– Comment peux-tu affirmer cela ? Nos amis sont morts !

Le stratège dégage sa main de l'étreinte de son époux et compte sur ses doigts pour appuyer ses propos.

– Lucina a vécu comme une orpheline ! Tu as été prisonnier pendant douze longues années d'un sort de sommeil ! Lissa a été forcée de prendre ta place tout ce temps, négligeant son époux et son fils ! Ylisse et les royaumes voisins souffrent ! Linfan a été obligé de...

Chrom pose un index sur ses lèvres, l'incitant à devenir silencieux. Daraen réalise que ses joues sont recouvertes de larmes lorsque son mari les essuie de son pouce. Il souffre tellement au fond de lui. La douleur physique n'est rien face à la souffrance dans son cœur.

– Chut, Daraen, s'il y a un responsable ici, dans cette pièce, c'est moi.

Le roi enlace son stratège, prenant garde à ne pas appuyer à l'emplacement de sa blessure. Le tacticien lui rend l'étreinte, entourant son dos de ses bras faibles.

– Nous avons tout les deux été prisonniers pendant tout ce temps. La différence est que je n'ai pas souffert tandis que toi, ton entrave était ton propre corps, contraint d'assister impuissant aux horreurs de Grima. Je sais que tu luttais, Lucina et Linfan m'ont expliqué comment tu avais repris le contrôle. Linfan m'a confié que ce n'était pas la première fois.

– Chrom, cela n'excuse pas...

– Personne ne te considère comme responsable. Tu étais prêt à mourir pour que Grima périsse. S'il y a un coupable c'est moi. J'aurai dû te protéger de Valldar. Je t'ai regardé souffrir sans pouvoir agir. Ce n'est pas toi qui dois t'excuser auprès de moi, c'est l'inverse mon rouge-gorge.

Chrom se détache de Daraen et se lève du lit. Il s'agenouille au sol, les mains de son mari dans les siennes.

– Daraen, tu es à la fois mon meilleur ami et l'homme que j'aime. Tu es le vent qui me pousse et l'épée qui me protège.

Le stratège est profondément touché. Chrom vient de lui prononcer exactement les mêmes paroles que lorsqu'il lui avait confessé son amour.

– Je ne peux pas imaginer une vie sans toi. S'il te plaît, pardonne-moi. Est-ce que tu veux encore de moi ?

Daraen rit doucement, il ne s'attendait pas du tout à cela. Son mari a retourné la situation pour devenir le responsable. Chrom attend patiemment sa réponse.

– Si toi tu veux encore de moi, en dépit de tout ce qui s'est passé... Je t'aime Chrom, je t'appartiens en entier.

Le roi embrasse la main droite de son cher stratège. Sa peau immaculée est la preuve qu'il est libéré de la malédiction de Grima. Il la lâche ensuite pour essuyer toutes les larmes du visage amoureux de son mari.

– Chrom... Je ne crois pas Lucina et Linfan pensent comme toi...

Chrom lève la tête en riant. Il se déplace silencieusement jusqu'à la porte et l'ouvre d'un coup.

Linfan manque de tomber sur lui, rattrapé par Lucina.

– Venez donc voir votre père au lieu d'écouter à la porte.

Le frère et la sœur se retrouvent poussés à l'intérieur par Chrom. Tous deux rougissent, honteux d'avoir été démasqués.

– Linfan, Lucina je... Je ne veux pas vous obliger à me parler après ce que je vous ai fait... Je sais que vous me détestez...

Le garçon se retient de se jeter dans les bras de son père. Il se rapproche de lui le premier.

– Père, jamais je ne pourrais vous détester ! Je vous aime... mais... j'ai failli vous tuer à deux reprises !

– Linfan...

Daraen caresse la tête de son fils affectueusement. Le garçon est heureux de recevoir l'affection de son père. Lorsqu'il était convaincu qu'il était l'enfant de Grima, il recherchait toujours l'amour du dragon déchu.

– Linfan, je t'avais demandé de me tuer et tu n'as fait que te défendre.

– Père s'il vous plaît, je ne veux pas vous remplacer !

– Tu n'as pas à me remplacer Linfan.

– Vous disiez que...

Le garçon s'arrête de parler, ses yeux cherchant Chrom dans la pièce. Linfan ignore comment expliquer ses craintes. Daraen comprend immédiatement.

– Linfan, pardonne-moi. Oui, Chrom est ton père et je le suis également. Nous sommes tous les deux tes parents. Je n'ai jamais voulu te laisser. Chrom est mon mari et nous souhaitions tous les deux un second enfant avant ta naissance. Nous avions attendu ta venue avec hâte.

– Dans le château plegien vous aviez dit que...

– Je croyais que j'allais mourir Linfan. Je ne voulais pas que tu restes seul, sans famille. Je reste à tes côtés, je te le promets.

Linfan se recule et se tourne vers Chrom. Il se met à bafouiller.

– Je suis désolé... Je pensais que...

– Jamais je ne voudrais remplacer Daraen, Linfan.

– C'est... Tout nouveau pour moi... Est-ce que... Vous pourriez, m'accorder un peu de temps avant que j'arrive à vous appeler père ?

– J'ai le temps ne t'inquiète pas. Nous devons apprendre à nous connaître.

Chrom serre Linfan dans dans ses bras, qui se laisse faire hésitant. Lucina en profite pour rejoindre Daraen. Ses mots sont encore plus confus que ceux de son frère.

– Père... Je... Si Linfan... Je...

– Ne sois pas timide Lucina. Dis-moi ce qui te préoccupes.

– Je... est-ce que vous m'aimez toujours ?

La princesse tord le tissu de sa tunique, nerveuse. Ses phalanges sont presque blanches. Au fond de lui, Daraen est aussi anxieux qu'elle. Il est terrifié à l'idée que sa fille lui demande ceci à cause de l'enfance qu'il lui a donné. Il parvient à se maîtriser.

– Lucina, pourquoi me demandes-tu cela ?

– Je vous ai oublié et je... Je voulais vous mettre fin à vos jours...

– Non, c'était Grima que tu voulais occire. Je le sais.

– Contrairement à Linfan, j'étais prête à...

– Tu l'as dis toi-même, tu m'avais oublié. Tu ne faisais qu'accomplir ton devoir et je t'avais encouragé à le faire.

– J'arrivais à me souvenir un tout petit peu de vous, sans savoir qui vous étiez. Vous preniez à chaque fois soin de moi.

– Lucina, mes sentiments pour toi n'ont pas changé. Je t'aime toujours.

– Père... Je suis heureuse que vous ressentiez la même chose que moi.

Daraen échappe un bâillement de fatigue. Ses enfants et son mari le remarque tandis que l'homme se rallonge.

– Nous ferions mieux de te laisser Daraen.

– Je suis désolé.

– Guérissez vite père. Quand vous aurez récupérez, nous pourrons passer du temps en famille, enfin.

– Je reviendrais vous voir quand vous serez réveillé père.

L'homme aux cheveux blancs s'endort heureux tandis qu'un doux baiser caresse sa joue.