Ce chapitre devait arriver dimanche, et puis j'ai oublié. Et hier aussi ^^" Je n'ai pas le temps de faire de ràr maintenant, mais je le ferai au prochain !
Chapitre 10 :
Le matin suivant fut si différent du précédent que Fili se convainquit presque que toute la journée n'avait été qu'un rêve. Kili était debout, douché et habillé avant même que Fili ne sorte du lit, et Fili passa la tête dans l'embrasure de la porte de sa chambre pour le trouver assis sur sa chaise de bureau, attendant. Honnêtement, quel genre d'ado de seize ans se levait avant son réveil ? Fili secoua la tête et battit en retraite vers la douche.
Il réussit à dénicher un vieux sac à dos – datant du temps lointain où lui-même allait à l'école, bien des mois plus tôt – et en fit cadeau à Kili. Il était éraflé et déteint, et il y avait un trou dans l'une des poches, mais ça ne pouvait qu'être mieux que la sacoche de Kili, qui avait l'air d'avoir été traînée dans un marais. Ce n'était pas comme si Kili avait beaucoup de choses à y mettre, bien sûr – juste un tas de dossiers et cahiers vides, plus des stylos et des crayons et tout ça – mais il porterait bientôt d'énormes livres de cours de l'école à la maison et vice-versa.
« Téléphone, dit Thorin avant de partir, tendant ledit téléphone à Kili. J'ai programmé mon numéro et celui de Fili. À utiliser seulement en cas d'urgence, et à donner à Fili dès que l'école se termine.
- Oui, merci, dit Kili en prenant le téléphone. »
Fili le lui piqua et chercha le numéro de Thorin.
« Hé, dis souris, dit-il en soulevant le téléphone. »
Thorin se renfrogna, et Fili prit la photo.
« Une ressemblance formidable, dit-il. »
Puis il remonta son propre numéro et fit un selfie, affichant la grimace la plus bizarre qu'il puisse imaginer sur le moment. Il rendit le téléphone à Kili et sourit.
« Juste au cas où tu oublierais à quoi on ressemble, dit-il.
- Appelle si tu as besoin de quoi que ce soit, dit Thorin. Quoi que ce soit, d'accord ? »
Kili hocha la tête sans rien dire, et Thorin le regarda dans les yeux un moment avant de se retourner pour partir. Fili se demanda de nouveau de quoi ils avaient discuté la veille. Mais il ne se le demanda pas longtemps, parce qu'avant qu'il ne s'en rende compte, le temps leur avait glissé entre les doigts, et il était l'heure d'y aller.
Kili fut silencieux sur le chemin de l'école. D'accord, Kili était silencieux la plupart du temps, mais quand bien même, le silence actuel était du genre anxieux – encore plus que d'habitude – et quand Fili se gara devant les grilles, il eut l'impression qu'il devait dire quelque chose pour calmer le gamin.
« Alors, ça va probablement craindre, dit-il. Au moins un petit peu. Nouvelle école, nouveaux gens. Mais si quelqu'un t'embête, envoie-moi un sms et je viendrai lui casser la gueule pour toi. »
Il eut un grand sourire, mais Kili se contenta de hocher la tête sérieusement.
« OK, dit-il.
- O...kay, dit Fili. Uh, bien. Donc, va juste à l'accueil, OK ? Ils savent que tu arrives. Et je serai là à trois heures et demi pour te récupérer. N'oublie pas que tu as la librairie.
- Ouais, dit Kili avant de sortir de la voiture.
- Oh, attends, dit Fili. »
Il fouilla dans sa poche et en ressortit un billet de cinq froissé.
« L'argent du déjeuner, dit-il. Ça devrait te tenir quelques jours. »
Kili se pencha dans la voiture et prit l'argent.
« Merci, dit-il. »
Il le fixa un moment avant de le mettre dans sa poche.
« Mange beaucoup, OK ? Dit Fili. Je veux que tu gagnes une médaille quand le docteur te pèsera de nouveau. »
Mais Kili ne rit pas, il se contenta de hocher la tête et de refermer la portière. Fili le regarda passer les portes, immédiatement repérable au milieu de la foule de gamins, avec ses yeux baissés et sa tête rentrée dans les épaules. Mon Dieu, il espérait que les petits enfoirés n'allaient pas se moquer de lui. Peut-être qu'il leur casserait vraiment la gueule.
Puis Kili fut avalé par la foule, et Fili soupira avant de démarrer la voiture.
Fili déposa la voiture chez lui et prit son vélo. Heureusement, son premier cours n'était pas avant dix heures. Moins heureusement, c'était de la logique, et Fili savait d'expérience qu'il avait besoin d'avoir l'esprit sérieusement clair pour survivre à un cours de logique. Il réfléchit au problème tandis qu'il esquivait et slalomait entre les touristes, les étudiants et les voitures, tous des idiots, jusqu'à ce que, alors qu'il passait devant Queen's College, ça le frappe.
Du café. Ce dont il avait besoin, c'était du café.
Et juste comme ça, il fut replongé dans sa vie. Du café à la buvette, gribouiller des notes aussi cohérentes qu'il pouvait, l'odeur des livres dans la bibliothèque, argumenter avec Tristan et Mike. C'était comme si le week-end était arrivé à quelqu'un d'autre, comme si c'était juste un long film stressant qu'il avait regardé. Et c'était – plutôt agréable en fait. Sa vie, maintenant qu'il y pensait, était plutôt géniale. Bien sûr, c'était stressant par moments – les essais à écrire, les supervisions, etc, etc – mais tandis qu'il traversait depuis la bibliothèque pour aller prendre un café de milieu d'après-midi, il dut soudain marquer une pause quand il fut frappé par la réalisation d'à quel point il était à sa place ici. À quel point c'était familier, sûr. Ouais. Plutôt sympa.
Facile, aussi. Facile de glisser rapidement dans cet état bizarre d'étudiant, où rien n'avait d'importance sinon boire autant que possible tout en arrivant à faire le travail dans les temps. Mike était le meilleur pour ça – parfois il allait juste au pub dès qu'il ouvrait à onze heures du matin – et aujourd'hui ne fut pas différent. Il apparut dans la buvette alors que Fili payait pour son café.
« On va au pub ? dit-il.
- Faut que je finisse mon essai, dit Fili.
- Tu as tout le temps, dit Mike. Il n'est que trois heures et demi. Et puis ta supervision n'est pas avant vendredi, pas vrai ?
- Ouais, commença Fili, mais... »
Puis ce qu'avait dit Mike imprégna son cerveau.
« Attends, trois heures et demi ? »
Il se retourna brusquement pour regarder l'horloge – trois heures vingt-cinq, merde – avant d'attraper son sac et de jeter son argent sur le comptoir.
« Gardez la monnaie, lança-t-il. »
Il s'engouffrait déjà dans l'ouverture de la porte, la protestation surprise de Mike s'éteignant derrière lui. Il sortit son téléphone de sa poche en courant, et réalisa – idiot – qu'il n'avait pas enregistré le numéro de Kili dedans. Enfin. Il était temps de vraiment mettre à l'essai ses talents à la bicyclette.
Le temps d'arriver à l'école, Fili était essoufflé, en sueur, et sur les nerfs d'avoir tout juste évité deux collisions avec des voitures et une avec un lorry. Toute la sensation de bien-être qu'il avait ressentie dans lajournée s'était évaporée, ne lui laissant qu'un sentiment de culpabilité pour avoir oublié Kili qui se changea rapidement en irritation de devoir aller chercher Kili en premier lieu. Mike et Tristan étaient probablement déjà au pub, et lui était là, à s'occuper d'un gamin qui ne lui était même pas apparenté.
Puis il arriva devant les portes et vit Kili assis devant, l'air anxieux et découragé, et il recommença à se sentir coupable.
« Hé, dit-il. »
Il sauta de son vélo et redressa sa veste.
« Désolé d'être en retard.
- Salut, dit Kili. »
Il se leva, et bien que l'anxiété soit toujours là, l'expression découragée qu'il portait s'effaça de son visage, pour être remplacée par du soulagement.
« C'est pas grave. Merci d'être venu. »
Oh, ouais. Fili était un connard.
« Tu pensais que je viendrais pas ? »
Kili se contenta de hausser les épaules, et Fili pensa aux os brisés de Kili et décida de ne plus poser ce genre de questions.
« Hé, dit-il à la place, fais voir ton portable ? »
Kili lui tendit le téléphone, et Fili trouva le numéro et le programma dans son propre portable. là. Problème réglé.
« Je n'avais pas le numéro, dit-il. Sinon j'aurais appelé.
- Oh – oui, dit Kili. Ouais. C'est pas grave. Ça me dérange pas d'attendre.
- Ouais, eh bien, la prochaine fois tu devrais m'appeler, dit Fili. »
Il tendit le téléphone, mais Kili se contenta de le fixer avec confusion.
« Je ne suis pas censé l'avoir, dit-il. Pas après l'école.
- Oh, ouais, dit Fili. »
Bordel. Kili était le gosse le plus obéissant du monde, putain. Le vol mis à part, évidemment.
« OK, eh bien, mieux vaut ne pas faire attendre Bilbon. »
Il récupéra son vélo, et tous deux commencèrent à marcher en direction de la librairie.
« Alors, comment c'était, au fait ? demanda Fili après un silence qui était un peu trop gênant pour être confortable.
- Pas mal, dit Kili.
- Ouais ? Et les profs ?
- Ouais, ça va, dit Kili.
- OK, dit Fili. Et les autres élèves ? Ils t'ont bien traité ?
- Je ne leur ai pas vraiment parlé, dit Kili.
- Doooonc – pas grand-chose à raconter, alors ? dit Fili. »
Kili se contenta de hausser les épaules, et ça y était. Fili était à court de sujets de conversation. Il plongea dans le silence, pensant avec envie au pub, où Tristan était sans doute en train de s'épancher sur un sujet inutile et néanmoins hilarant. Peut-être qu'il passerait prendre une pinte après avoir déposé Kili à la librairie.
« Hé, au fait, dit-il, on devrait t'acheter un vélo. C'est comme ça que tout le monde bouge ici. C'est de la folie de conduire à moins de vouloir prendre un deuxième crédit pour payer le parking.
- OK, dit Kili.
- Comme ça tu pourras aller et revenir de l'école tout seul, dit Fili.
- Ouais, OK, dit Kili.
- Génial. »
La gaieté dans la voix de Fili semblait forcée même à ses propres oreilles. Avait-il été aussi difficile de lui parler quand il avait seize ans ? Bordel.
Enfin, ils atteignirent la librairie – Dieu merci – et Fili attacha son vélo dehors puis ouvrit la porte. L'endroit semblait vide, mais Fili n'allait pas s'y fier à nouveau.
« Salut Bilbon, lança-t-il. Je vous ai amené un gnome de travail.
- Ah ! dit Bilbon, apparaissant de derrière une pile de livres. Bonjour, vous deux. Juste ce dont j'ai besoin ! Quelqu'un pour m'aider à porter quelques cartons.
- OK, cool, tu n'as besoin de rien alors ? demanda Fili.
- Non. Merci d'être venu me chercher, dit Kili. »
Il avança en traînant les pieds, suivant la direction indiquée par Bilbon.
« Pas de problème, dit Fili. »
Il sortit de la boutique, soulagé de ne plus ressentir la tension bizarre de ne pas parler à quelqu'un qui ne veut clairement pas qu'on lui parle. Il tendait la main vers son antivol quand il marqua une pause. Il allait devoir revenir chercher Kili dans une heure. Bien sûr, il pourrait rentrer chez lui, ou même aller au pub, mais il y avait aussi une autre option.
Il se retourna pour regarder la librairie.
« Très bien, alors, dit-il. Réglons ça. »
Une heure plus tard, Fili poussa de nouveau la porte de la librairie. Kili était debout au milieu de la pièce portant une brassée de livres, l'air poussiéreux et échevelé et bien plus détendu que quand Fili l'avait quitté.
« Mets juste ceux-là dans l'arrière – oh, est-ce que c'est déjà l'heure ? dit Bilbon, qui se retourna pour sourire à Fili. Eh bien, nous allons devoir finir ça une autre fois, mon garçon.
- Dans l'arrière-boutique ? demanda Kili. »
Bilbon hocha la tête.
« S'il te plaît, oui. »
Kili disparut dans l'arrière-boutique, et Bilbon s'épousseta avant de tousser deux ou trois fois.
« C'est fascinant ce qu'on retrouve dans les greniers, dit-il. Une copie immaculée de À la recherche du temps perdu(1), les sept volumes, seconde édition, tu y crois ?
- Génial, dit Fili. Il a été bien, alors ?
- Un travailleur très zélé, ton frère adoptif, dit Bilbon. Je suis sûr qu'il aurait déjà remboursé le prix de ce livre, si ton oncle me laissait juste le payer selon sa valeur. »
Kili réapparut, et Fili lui sourit.
« Bilbon adore avoir un minion, dit-il. Viens, c'est l'heure de rentrer. »
Fili était impatient de sortir et de montrer à Kili ce qu'il lui avait acheté. Le moment venu, cependant, Kili sembla extrêmement peu impressionné.
« Un vélo, dit-il avant de se tourner vers Fili avec un froncement de sourcils inquiet. Tu as acheté ça pour moi ?
- Ouaip ! dit Fili. Tu vas pouvoir aller où tu veux maintenant. Une fois que tu ne seras plus privé de sortie, en tout cas.
- Oh, OK, dit Kili. »
Il fixa le vélo comme si c'était une sorte d'instrument de torture.
« Merci.
- OK, eh bien, monte et fais un petit tour autour de l'église, on verra si la selle a besoin d'être ajustée ou quelque chose, dit Fili. »
Il avait décidé qu'il se fichait de la gratitude tant que ça lui rendait sa liberté.
« Ensuite on pourra rentrer en vélo. »
Kili saisit le vélo et passa une jambe par-dessus. Il vacilla un peu, puis réussit à placer ses pieds sur les pédales – la selle avait l'air bonne, nota Fili – et démarra. Et recommença presque immédiatement à vaciller, puis s'écrasa sur le muret entourant l'église et tomba du vélo tête la première.
« Merde, dit Fili. »
Il se précipita, agrippant Kili pour l'aider à se lever – sans même réfléchir, comme un parfait idiot – et quelques secondes plus tard, Kili était sur ses pieds, haletant et s'arrachant à la prise de Fili, reculant en trébuchant jusqu'à ce qu'il se prenne les pieds dans le vélo et atterrisse à quatre pattes. Fili le regarda bouche bée, figé. Merde merde merde, qu'est-ce qu'il devait faire ? Qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Est-ce que Kili allait paniquer ici, comme il l'avait fait dans la chambre de Thorin ?
Mais Kili ne paniqua pas. Il resta immobile un moment, à quatre pattes, la tête baissée entre ses épaules. Puis il se retourna afin de s'asseoir sur les fesses par terre, essuyant ses paumes ensanglantées contre son jean.
« Ouille, marmonna-t-il.
- Merde, dit Fili, sortant de sa paralysie horrifiée. Hé, est-ce que ça va ?
- Ouais, commença Kili, je... »
Puis il s'interrompit, remontant ses genoux devant lui et enroulant ses bras autour.
« Ouais, je vais bien, murmura-t-il. »
À la lueur orange du lampadaire, Fili vit qu'il tremblait un peu.
« Hé, dit Fili, s'accroupissant devant lui. Tout va bien. Je veux dire, tu n'es pas blessé, pas vraiment blessé ?
- C'est juste... »
Kili s'interrompit, se passa une main sur le visage, laissant une trace de sang sur sa joue.
« C'est juste que je n'arrête pas de faire des bêtises, dit-il. Je ne fais vraiment pas exprès. Vraiment pas.
- Quoi ? »
Fili le fixa, bouche bée.
« Des bêtises ? Quand ?
- J'ai renversé le vélo, dit Kili. »
Il fixa la bicyclette, couchée en vrac sur le sol.
« Techniquement, tu as foncé dans un mur avec, dit Fili. Ce n'est pas la même chose. Et de toute façon, c'était ma faute. Je n'ai même pas pensé... »
Il marqua une pause.
« Je veux dire – tu n'en as jamais fait, pas vrai ? C'est pour ça ? »
Kili baissa la tête, ses yeux cachés par la chute de ses cheveux.
« Non, dit-il d'une voix très basse. Je suis désolé, je suis désolé. J'aurais dû le dire. Je n'ai pas – je n'ai pas réalisé que tu allais en acheter un.
- Hé, dit Fili. »
Il tendit la main pour lui tapoter l'épaule puis marqua une pause, la main suspendue à quelques centimètres en l'air. Il avait recommencé – essayé de faire quelque chose de gentil et tout foiré à la place. Seulement, est-ce qu'il avait vraiment essayé de faire quelque chose de gentil ? Est-ce qu'il n'avait pas, en réalité, acheté le vélo pour que Kili puisse se déplacer tout seul et que Fili puisse recommencer à discuter de conneries au pub avec ses potes ? Retourner à la vie facile où personne ne faisait de crise au milieu de la nuit et où il n'y avait pas de radios révélatrices qui étaient impossibles à ignorer ?
Mon Dieu.
Fili s'assit lourdement au sol à côté de Kili.
« Tu sais quoi, tout ça c'est de la merde, dit-il. »
Kili lui jeta un regard de côté.
« De quoi ?
- Tout, dit Fili. »
Il engloba d'un geste la rue étroite, la petite église, le vélo tombé, même si rien de tout ça n'était vraiment ce qu'il voulait dire.
« Cambridge. Regarde ça, un tas de gens qui se promènent en matant des vieux bâtiments, des étudiants qui croient apprendre les secrets de l'univers, des professeurs qui s'imaginent avoir déjà tout compris. Et toi... »
Il laissa retomber ses mains, les poings serrés.
« Ouais, je suis désolé, répéta Kili. Je sais, je sais que je fais des bêtises.
- Oh, bordel, dit Fili. Non, allez, non. Je voulais dire – je voulais dire que c'est de la merde ce qui t'est arrivé. Ton père, et toutes ces blessures. Et tout le monde ici qui vit sa vie comme si c'était important, après tout ça. »
Il se sentit soudain furieux contre lui-même, le lui de quelques minutes plus tôt, vraiment, qui pensait à quel point il était difficile de ne pas pouvoir aller au pub. Comme c'était injuste.
« Les bless – tu, tu veux dire, hum, la, la radio ? dit Kili, se recroquevillant encore plus sur lui-même. C'était l'accident. J'ai eu un accident. »
Fili ouvrit la bouche pour dire oh ouais, j'avais oublié, puis la referma.
« Bien sûr, dit-il à la place. Et ton père, c'était un type génial, je parie. C'est pour ça que tu paniques à chaque fois que quelqu'un te touche. »
Kili ne dit rien, se contentant de ramener un peu plus ses genoux contre sa poitrine. Le gosse pouvait se replier comme un accordéon. Et en le regardant, recroquevillé là dans l'ombre du muret, Fili eut l'impression d'être un connard de compétition.
« Putain, excuse-moi, dit-il. C'était – je suis un connard, je suis désolé. J'aiété un vrai connard toute la journée. »
Kili resta silencieux un long moment. Quand il parla, ce fut sans lever la tête ou regarder Fili.
« Je suis désolé pour le vélo, dit-il. »
Fili fronça les sourcils.
« Tu n'as rien écouté de tout ça ? Du fait que je sois un connard ? Parce que j'aurais dû te demander si tu savais faire du vélo avant de te l'acheter, mais je ne l'ai pas fait. Donc c'est ma faute. Parce que je suis un connard. »
Kili se contenta de fixer le sol.
« OK, dit-il.
- Ravi qu'on soit d'accord, dit Fili. »
Mais pour une raison quelconque il se sentait encore pire. Il voulait passer un bras autour de Kili, lui faire un câlin et lui dire que personne n'allait plus lui faire de mal, et que Fili allait arrêter d'être un connard, vraiment. Mais il ne le fit pas, parce que même si Kili avait l'air d'avoir besoin d'un câlin plus que personne n'en avait jamais eu besoin, Fili n'avait vraiment pas envie de le voir se propulser de l'autre côté de la rue pour s'échapper. Putain. Comment était-on censé réconforter quelqu'un qui ne voulait même pas qu'on le touche ?
« Tu sais quoi ? dit-il en se levant. Je vais t'apprendre. Le truc du vélo, je veux dire. Ce n'est pas si dur, franchement. Tu seras un pro en un rien de temps, et ensuite tu pourras aller et venir où tu voudras. Qu'est-ce que tu en dis ? »
Kili leva les yeux vers lui, puis se leva à son tour.
« OK, dit-il en adressant un regard d'appréhension à ses mains en sang. Hum. Qu'est-ce que je dois faire ?
- Pas maintenant, dit Fili. Je ne veux pas dire maintenant. Pendant le week-end, par exemple. Pour l'instant il est grand temps de rentrer à la maison. »
Mais il fixa le vélo, réalisant soudain que si Kili ne pouvait pas l'utiliser, ils allaient devoir marcher, et ça allait être chiant.
Et puis, bien sûr, il commença à pleuvoir. Juste quelques gouttes, mais il y avait la promesse imminente que ça empire.
« Oh, franchement, marmonna Fili. »
Il jeta un regard noir au vélo, ressentant le besoin soudain de la frapper. Comme si ça allait aider quoi que ce soit.
« OK, dit-il. OK. Écoute – je vais rentrer en vélo et prendre la voiture. Je reviendrai te chercher avec ton vélo. Tu peux t'asseoir dans la boutique pour attendre, sinon tu vas être trempé. OK ?
- Ouais, OK, dit Kili. »
Il se pencha et releva le vélo du bout des doigts.
« Est-ce que je dois – euh, attacher ça ?
- Ouais, attache-le à la barrière, dit Fili. »
Il se dirigeait déjà vers la porte de la librairie. Le panneau était passé à Fermé, et il faisait sombre à l'intérieur. Fili frappa, espérant que Bilbon était juste dans l'arrière-boutique, mais il n'y eut pas de réponse.
« Hé, appela Fili. Hé, Bilbon, vous êtes toujours là ? »
Apparemment pas.
« C'est décidément la meilleure journée du monde, marmonna Fili dans sa barbe. »
Il chercha autour de lui un autre endroit où laisser Kili – un palier de porte, peut-être ? Les cafés de King's Parade seraient pour la plupart fermés à cette heure-ci, mais – un pub ? Un restaurant ? Puis ses yeux se posèrent sur l'église.
« Parfait, dit-il. »
Il se précipita pour tester la porte. Elle s'ouvrit – Dieu soit loué pour les Chrétiens – et Fili passa la tête pour voir que c'était vide, éclairé seulement par quelques faibles lumières.
« Hé, Kili, appela-t-il. »
Un moment plus tard, Kili apparut devant les portes du jardin.
« Viens, tu peux attendre là-dedans, dit Fili. »
Kili resta immobile, la tête rentrée dans les épaules. La pluie commençait à vraiment tomber maintenant, un rideau lourd et persistant qui était du genre à vous tremper jusqu'aux os en très peu de temps.
« Bordel, Kili, viens ici, dit Fili. Tu vas te noyer. »
Pendant une seconde, il crut que Kili allait juste rester debout là, à le fixer bêtement. Puis le gosse commença à bouger, traînant les pieds vers lui comme s'il avait quatre-vingt-dix-neuf ans ou quelque chose. Fili attendit impatiemment, et lorsque Kili eut passé la porte, il lui adressa un signe de tête.
« Voilà, reste assis là et je reviens dans quelques minutes, dit-il. Un quart d'heure, max, OK ?
- Ouais, dit Kili. »
Il ressemblait encore plus à un orphelin tragique que d'habitude, avec ses cheveux plaqués sur le crâne et la tête de quelqu'un pendant un week-end pluvieux, et Fili dut enfouir ses mains dans ses poches pour se retenir de juste prendre le gamin dans ses bras et au diable les conséquences. À la place, il jeta un dernier regard vers l'église à travers la pluie. De l'extérieur, la lumière qui passait à travers les vitraux ne pouvait se comparer à celle des lampadaires, lui donnant l'air sombre et abandonnée et un peu flippante. Quand même, ce devait être mieux que d'être assis dehors sous la pluie.
Et sur cette pensée, Fili mit les pieds sur les pédales et s'éloigna dans la nuit.
(-)
Bon ! C'est pas encore parfait, il a encore des bouffées d'égoïsme, notre Fili, mais il fait des progrès quand même.
Je suis désolée de vous avoir fait attendre si longtemps, l'installation a mis encore plus de temps que prévu. À l'heure où vous lisez ces lignes, je n'ai toujours pas de meubles et n'en aurai pas avant une semaine...
Mais j'ai Internet (oui j'ai Internet avant d'avoir des meubles. J'en avais marre de pas pouvoir me connecter), et donc j'ai pu me remettre à la traduction. Le rythme d'un chapitre par semaine va reprendre.
(1) En français dans le texte
