Bonjour !
Toutes mes plates excuses pour ce temps écoulé. Je n'ai pas avancé, je m'y remets doucement. Mais j'ai toujours pas mal de chapitres d'avance alors je vais vous en poster plusieurs, là, maintenant, juste pour me faire pardonner.
Merci à tous ceux qui reviendront me lire...
Et un immense merci aux dernières personnes qui m'ont laissés des reviews, ça m'a aidé à vous retrouver.
Bonne lecture (and reviews) !
-EllyanaZoé
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"Les prisons les plus terribles sont celles dont les murs sont invisibles."
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La Sans-Nom s'attendait à ce que son premier cours dérape. Ses premiers cours dérapaient toujours vers son absence de nom. Plus que cela même, toutes les premières conversations qu'elle pouvait avoir dérapaient éternellement vers ce sujet. Elle en avait l'habitude. Les gens avaient inévitablement peur de la différence. Ses élèves ne faisaient pas exception. C'était la même comptine avec chaque classe : ils avaient d'abord peur d'un nom trop peu prononcé puis ils l'admiraient, elle, la sans identité. La professeure savait que ce cours ne changerait pas de d'habitude. Elle savait qu'elle devrait s'expliquer et rendre des comptes, elle passait son temps à rendre des comptes au monde entier. La véritable malédiction de ceux qui n'étaient pas comme tous les autres : ils devaient toujours se justifier, s'excuser d'exister. Morgane savait tout cela et elle savait faire face. Elle n'avait juste pas prévu la haine des mots froids. Elle n'avait pas imaginé qu'aujourd'hui elle ne serait pas la seule à prononcer un nom banni par la peur.
Elle était restée sans voix lorsque l'enfant avait lentement articulé son nom. Elle était restée un instant interloquée par cette colère glacée et puissante. Et elle avait été surprise lorsque sa jeune élève avait porté de l'importance à la véritable identité du Mage Noir. Non seulement cette identité n'était, encore aujourd'hui, que peu connue, mais rares étaient ceux qui tenaient à faire tomber les masques, faire tomber Voldemort du piédestal qu'il s'était construit.
La Sans-Nom avait tenté de reprendre le trajet habituel de son premier cours toujours raté. Elle avait essayé de faire abstraction de l'aura de puissance qui enveloppait son élève. Elle s'était efforcée de récupérer sa place de professeur et de maintenir une semblance de normalité, oui, elle avait tenté d'oublier le regard étrange et vide de Zoé Varda en face d'elle, un regard creux et puissant, à la fois haineux et désespéré. Elle avait réellement tenté de passer outrer et elle avait échoué. La gamine devenait l'une de ses priorités. Sa collègue lui avait dit qu'il fallait apprendre tout ce qu'il y avait à savoir – et même plus – sur cette enfant et elle n'y avait pas vu là une urgence. Résoudre le mystère, certes, le faire avant tout le reste, pourquoi ?
Il fallait que la professeure parle avec la directrice et lui raconte – lui montre – ce qu'il s'était passé. Il était urgent qu'elles se voient toutes les trois pour parler du potentiel de l'enfant. Il fallait qu'elle explique que pendant quelques secondes elle avait eu peur de son pouvoir et de sa haine. Il fallait qu'elle les prévienne et qu'elles parlent à Albus Dumbledore. Il fallait comprendre d'où lui venait sa colère et ses capacités.
La Sans-Nom avait fixé l'enfant lorsqu'elle était sortie avec les autres de la classe. Elle avait vu le blondinet la semer volontairement dans le couloir et elle avait tout de suite compris que le garçon assis à côté d'elle en cours ne comptait pas la fréquenter en public, pas plus que nécessaire. Qu'il ne s'afficherait pas avec elle, en vrai Sang-Pur de son rang. Elle en était presque peinée pour la jeune fille qui avait semblé heureuse et contente de discuter avec son voisin de table pendant l'heure. La Sans-Nom savait pertinemment à quel point les enfants pouvaient être méchants entre eux et, pourtant, elle espérait encore et toujours que cela change.
En arrivant dans le réfectoire, la professeure s'était immédiatement dirigée vers la directrice et lui avait murmuré à l'oreille qu'il fallait qu'elles se voient. C'était important, avait-elle précisé, et McGonagall avait hoché la tête en signe de compréhension. Elle était ensuite allée s'asseoir à côté de son amie et elle avait observé son jeune élève s'organiser pour ne laisser aucune place autour de lui à sa camarade. Elle avait regardé celle-ci arriver dans la salle et le chercher des yeux. Elle avait vu sa peine et sa douleur, sa colère aussi. Morgane avait détourné le regard de la scène qui se jouait dans un minuscule espace de la Grande Salle et elle avait discuté avec Madame Bibine de Quidditch. Elle avait parlé d'un sujet sans importance pour éviter de voir toute l'horreur de la désillusion d'une enfant. Lâche lui murmurait sa conscience et elle se répétait que ce n'était là que des tracas d'adolescents en devenir et qu'il n'y avait aucun drame. Elle s'était persuadée que ce n'était pas grave, que cela ne la regardait pas.
Il se passa quelques minutes avant qu'elle ne comprenne que la situation était bien plus importante que ce n'il n'y paraissait, que ce qu'elle voulait croire. Alys l'avait interrompue dans une analyse pourtant très pertinente de la saison des Tapesouafles de Quiberon et lui avait montré leur élève qui n'avait toujours pas bougé. Sa collègue lui avait murmuré qu'il y avait quelque chose d'étrange et, la seconde d'après, ce n'était plus qu'un simple problème de relation entre enfants.
Elle avait tout de suite senti cette présence qui tentait de s'infiltrer en force dans sa tête sans s'embarrasser de discrétion et délicatesse. Elle avait immédiatement contré cette intrusion – en en retirant un mal de crâne vif et perçant – et elle l'avait repoussée sans lui laisser le moindre accès à son esprit. Le légilimens était puissant, très puissant, et il faisait fi des convenances et des protections qu'elle avait pu établir. Il avait renouvelé ses grossières attaques de nombreuses fois et Morgane avait occludé la douleur, tentant de trouver le coupable. Ce qu'elle avait vu avait dépassé son entendement.
Madame Ime qui avait elle-aussi senti l'attaque s'en était protégée aussi vite. Elle avait observé la salle attentivement et elle avait distingué les courants d'énergies voler dans des mouvements hachés et perturbés. Elle voyait une lumière indéfinissable envelopper la pièce et elle l'apercevait s'infiltrer dans des esprits qui ne lui appartenaient pas.
Elles assistaient à des viols de magie, à de la Légilimancie qui dépassait ce qu'elles avaient jusqu'alors pu voir. Elles avaient vu les souvenirs, les émotions, les secrets, les vies de chacun s'intégrer dans une frêle silhouette figée devant l'immense porte de bois de la Grande Salle. Elles avaient senti la perte de contrôle et la puissance perdue dans une pièce où chaque mouvement était une abomination de violence mentale.
La directrice les avait regardées et elles avaient toutes les trois psalmodiées pour tenter de protéger les âmes des enfants qui ne s'étaient – heureusement – rendu compte de rien. Elles avaient élevé des boucliers mentaux contre lesquels la puissance de l'enfant s'était écrasée.
C'était d'une effroyable et effrayante beauté, ces combats d'esprits, ces lumières d'énergie. C'était la magie à l'état brut, déchainée.
Alys s'était levée dans un mouvement qui se disputait la grâce et la douleur et elle s'était dirigée avec difficulté vers l'enfant. Elle s'était battue contre la force qui tentait de la balayer et elle avait posé sa main blanche sur son épaule.
La Sans-Nom avait entendu la chute plus qu'elle ne l'avait vue ou comprise. Elle avait entendu le hurlement déchiré et elle avait regardé à la fois impuissante et trop puissante au rassemblement de la conscience de l'enfant. Zoé Varda reprenait le contrôle de son esprit et de sa magie qui lui ramenaient ensemble des pensées et des pages entières de vies qui ne lui appartenaient pas. Elle entendit le hurlement glacial de souffrance et cinq voix bien distinctes se fondre dans un seul corps. Elle vit la lumière s'atténuer et les cris continuer, les regards surpris et interloqués de tous les élèves. Elle perçut les moqueries et les rires, les murmures et l'inquiétude. Elle sentit l'énergie violente disparaître et la peur et la douleur d'un corps sur le marbre. Elle entendait seulement le silence et un cœur battre dans la poitrine d'une enfant.
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-Namaste-
