Chapitre 10_Besoin d'aide ?
« Bonjour Potter. »
Malefoy étira ses lèvres dans un semblant de sourire à Harry qui fut tenté de lui répondre par le même façon soleil brûlant mais il se retint – Ce n'est pas ton ami, Harry, espèce d'idiot.
Mais peut-être l'était-ce ? Cela faisait bien un mois qu'ils se voyaient chaque mercredi, samedi et dimanche de toute semaine ; et curieusement, ce n'était pas si dur. Tout était une question d'habitude.
Malefoy exigeait d'aller à tel endroit – il changeait souvent (même si Harry avait pu remarquer que la bibliothèque était son lieu favori malgré les regards torves que lui lançaient parfois les élèves qui prenaient le temps de relever le nez de leurs épais volumes poussiéreux pour scruter chaque nouvel élève entré) – et Harry disposait. Une relation de respect s'était instaurée ; Malefoy n'avait plus provoqué de façon trop ostensible le Gryffondor et celui-ci ne l'avait plus menacé par la force (l'équilibre se faisait dans la répugnance du prisonnier à être abandonné ou blessé physiquement par son « sauveur », et le dégoût de lui-même de Harry quand il s'en prenait à Drago).
Harry n'était pas venu, un jour (un dimanche vers la fin de septembre) et pour cause ; Drago l'avait poussé à bout le samedi précédent, profitant de l'inaccoutumé et incompréhensible calme du Survivant, pour lui poser mille questions provocantes et avait même lâché une allusion véritablement basse concernant Ron, ce que n'avait jamais pu supporté Harry. Pourquoi Drago s'était-il acharné ce jour-là ?...
Le brun n'en savait rien : tout ce qu'il savait de cette trêve d'un jour avait été très mal digérée par Malefoy qui, malgré son visage impassible, l'avait fixé avec une telle émotion dans les yeux le mercredi suivant... Comme s'il allait me tuer, puis me ressusciter pour que je l'aide toujours, puis me tabasser, puis me...
Tout était étrange avec Malefoy ; une sorte de flux stimulant continu et Harry ne pouvait s'empêcher d'être pris de morosité en compagnie de ses amis. Ron l'agaçait avec ses sentiments exubérants qu'il affichait à tous, sans pudeur et retenue aucune, et Hermione était trop intelligente pour son propre bien...
Bien sûr, Harry leur avait finalement expliqué pourquoi il s'absentait tous les mercredi, samedi et dimanche après-midis – inutile de préciser que Ron avait réagi de façon violente et que Hermione n'avait pipé mot, le sondant juste de son regard chocolat – et le fait que Malefoy lui prenne tant de temps ne leur plaisait vraiment pas (toute l'école était au courant de la curieuse mission de Harry Potter).
« Mais enfin, Harry ! C'est un putain de Mangemort ! »
Ron est si borné.
Mais le Sauveur avait tout de même du mal à lui en vouloir étant donné qu'il avait encore du mal à se faire à l'idée qu'il voit Malefoy quotidiennement et que tout se passe « paisiblement ».
« Je ne comprends pas... »
Ça, c'est que Hermione n'a pas osé dire... Un coup dans son ego, tiens (Harry se permit un ricanement intérieur).
Il repensait avec inquiétude aux moments qu'il avait dernièrement passés avec Malefoy : aucun n'avait été désagréable. Comment en suis-je arrivé là ?
Malefoy caressant la couverture d'un vieux livre.
Malefoy redécouvrant sa salle commune, mâchoires contractées, évitant les regards des quelques Serpentards présents à ce moment-là (il n'avait plus jamais redemandé à y aller).
Malefoy sur le Nimbus 2000 (puis sur un Brossdur démodé de l'école ; Ron ayant très vite compris à quoi servait son balai emprunté par son meilleur ami).
Malefoy se moquant de lui avec ce demi-sourire.
Malefoy riant.
Malefoy.
Jamais Harry n'aurait pensé que son ennemi prenne autant de place dans son esprit – c'est pire qu'en 6ème année... En plus, là, ce n'est même pas la haine qui alimente mes pensées. C'est lui. C'est tout. Malheureusement ?
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« Hm, t'es dans la lune, Potter, aujourd'hui ? Pour ne pas dire comme d'habitude... C'est la rouquine qui t'occupe l'esprit ainsi ? »
Le brun reprit soudain conscience de sa position, là, dans le parc de Poudlard, l'automne faisant tomber des feuilles d'arbre jaunies autour de Malefoy et lui. L'autre garçon le fixait d'ailleurs, un sourcil haussé, l'air curieux et vaguement agacé. Un livre d'Histoire de la Magie était ouvert sur ses jambes croisées en tailleur et une écharpe de laine grise – neutre : comme s'il était juste de passage, pas de l'école – lui cachait le menton.
« Non, pas du tout, répondit Harry, interdit. Je... je réfléchissais à...
- Oh, je vois, fit Drago d'une voix qui exprimait clairement l'inverse, un rictus aux lèvres.
- Sérieusement, il fronça les sourcil. Peut-être n'es-tu pas au courant des potins de Poudlard mais figure-toi que je ne suis plus avec elle. »
Et il replongea le nez sur son parchemin qui ne contenait pas même dix centimètres d'écrit sur les différentes propriétés du Poussoss (Slughorn exigeait pourtant qu'il en rende 40 centimètres et son cerveau semblait incapable de se concentrer sur cette potion passionnante). Il commença – ou tenta de commencer – à relire la page 67 de son manuel – très peu détaillée d'ailleurs ; il allait devoir aller à la bibliothèque chercher d'autres livres – quand il remarqua la totale immobilité de l'autre.
La vision qu'il eut de Malefoy à ce moment s'ancra férocement dans son esprit pour une éternité : car tout le regardant, il n'avait pu s'empêcher de constater qu'il était beau quand la méchanceté ou toute autre expression nocive ne venait pas tirer ses traits.
Harry cacha tant bien que mal son choc (Bordel ! Harry Potter, tu es vraiment stupide. Arrête de penser des trucs aussi débiles ! .suite) tout en essayant de faire sortir Malefoy de son état léthargique :
« Euh... oui ? (Beau ?! Bon, cela dit, Hermione est belle. Donc Malefoy a droit d'être beau. Dean est pas mal aussi... Mais à quoi tu penses, au juste, Harry ?! Ça suffit)
- Toi ? Tu n'es pas avec Weasley ?
- Eh bien, oui (Ginny est très belle aussi... flamboyante. Et...). Où est le problème ? Et puis... depuis quand tu t'y intéresses ?
- Je ne m'y intéresse pas mais c'est simplement... anormal.
- Anormal ! ne put s'empêcher Harry de s'exclamer.
- Effectivement, c'est ce que j'ai dit, Potter.
- Et pourquoi cela ?
- Parce que depuis qu'elle est arrivée à Poudlard, elle est folle de toi (Harry se renfrogna au souvenir du poème que Ginny lui avait envoyé à la St Valentin en 2ème année et à la scène qui avait suivi quand Malefoy s'était moqué de lui) ! Et tu ne l'as jamais vraiment repoussé.
- Mais... Malefoy, est-ce qu'on est bien en train de discuter de ma relation avec Ginny ? Est-ce que je te pose des questions sur Pansy, moi ?
- Non, encore heureux, fit Drago en roulant des yeux. Il n'y a rien à dire...
- Moi non plus !
- Bien sûr que si, rétorqua-t-il. Rien qu'en parler t'énerve. Ça veut dire que, malgré tout, ça te stresse.
- Et alors, Malefoy ? soupira Harry, passablement excédé.
- Alors, pourquoi l'as-tu quittée ? »
Le Gryffondor décida de ne pas suivre la doctrine de sa courageuse maison et baissa la tête, ses yeux fixant jusqu'à la rendre floue la page 67.
Comment Malefoy sait-il que c'est moi qui l'ai quittée et pas l'inverse ?
« Potter ? »
Mais pourquoi, pourquoi il a fallu qu'il soit aussi obstiné ?... Et pourquoi moi ?
« Parce que je ne l'aimais plus, ça paraît assez évident, Malefoy.
- Et comment a-t-elle réagi ?
- Je n'ai pas envie d'en parler.
- Et pourquoi tu n'as pas envie d'en parler ?
- Et pourquoi me saoules-tu à ce point ?! »
Ils restèrent immobiles telles des statues, une énergie noire et furieuse courant de l'un à l'autre. Puis Drago se remit à lire d'un brusque mouvement de tête, ses cheveux faisant un court rideau blond dissimulant ses yeux. Harry fut frappé par cette lueur au milieu du rouge rouille, de l'orange fondu, du marron et du vert de la nature tout autour.
Il le regardait décidément beaucoup trop.
« Pardon, Potter. »
OH MERLIN.
Harry ne voulait pas penser qu'il avait manqué de sursauter. Non, certainement pas. Mais ses yeux grands ouverts devaient le contredire...
Passé le choc, il hocha la tête – même si Malefoy ne pouvait le voir – et il songea avec fatalisme que lui en parler n'était peut-être pas si grave.
Même si je suis persuadé que cet idiot me manipule de plus en plus avec ses mots... Sale serpent rusé.
« J'ai quitté Ginny parce qu'elle était trop calme et passive à mon goût, grommela-t-il. Et puis, plus j'y pense, et plus je pense être resté avec elle parce qu'elle me portait, qu'elle savait trouver les mots... Surtout après la guerre. »
Drago garda un silence religieux, attendant la suite.
« Donc je suis peut-être un connard de l'avoir larguée à la rentrée mais ce n'était plus pareil. L'effet Poudlard, je suppose. L'envie de liberté. »
Harry attendit une remarque sarcastique du type « évidemment, au Terrier, il ne devait pas y avoir autant de femelles pour l'incroyable Elu ! » ou « Même moi, je ne l'aurais pas fait, Potter » mais rien ne vient. Le Gryffondor fut soulagé car ces commentaires auraient sonné bien trop vrai pour lui. Et il aurait manqué de se venger sur Malefoy.
« Elle me déteste maintenant et a même envoyé des 7èmes années me tabasser une nuit mais Ron m'a défendu, et à deux, on a pu s'en sortir (Harry ne préféra pas préciser qu'ils leur avaient même mis la pâtée : qui sait quand disparaîtrait le calme et attentif Malefoy pour laisser place au persifleur et haineux Malefoy ?). Maintenant, on se contente de s'ignorer.
- Et Weasley – le grand idiot surprotecteur envers sa sœur ; celui qui te sert de meilleur ami – ne t'en a pas voulu ?
- Un peu, fit Harry, essayant de ne pas faire attention aux insultes, mais Hermione l'a obligé à me pardonner rapidement – à condition que ni Ron ni moi ne reparlions de cet épisode.
- Ah... Ils sont enfin ensemble, ceux-là ?
- … oui.
- Mes félicitations.
- Tu veux absolument que je transmette ? Ils vont me détester – et toi, encore plus. »
Drago esquissa un sourire démoniaque et hocha la tête au grand désespoir de Harry (qui était tout de même satisfait d'avoir une excuse pour pouvoir parler de lui à Hermione et Ron : la tête que tirait ce dernier à chaque fois était impayable).
« Pansy et moi... Pansy m'aimait depuis qu'on était tout petits, reprit soudain Malefoy. On jouait parfois, enfants, ensemble, pendant que nos parents discutaient de... leurs affaires. Et elle me collait toujours. Tu n'es pas le seul à être un connard, Potter. Même si je le suis sans doute bien plus que toi (Harry ne pipa mot, abasourdi par cet aveu). Elle était insupportable, parfois. Mais je l'utilisais pour les fêtes, pour ne pas paraître trop... seul. Et Millicent n'était pas à envisager ! Les filles de Serpentard ne m'aimaient pas beaucoup plus que les autres maisons. C'est en 4ème année que j'ai dû être le plus populaire. Avec les badges. Enfin, bref. J'ai eu tant de réputations... toutes plus ignobles les unes que les autres. Mais on me craignait et j'aimais ça. »
La fin n'était qu'un murmure et Harry aurait préféré ne pas sentir le dégoût qui émanait désormais des paroles du garçon. Il aurait préféré continuer à voir Malefoy comme un individu détestable, son ennemi absolu, celui qu'il pouvait retrouver et haïr allégrement sans se sentir coupable.
« Je n'ai jamais aimé Pansy. Ni personne d'autre.
- Tes parents ? osa Harry, ses yeux alourdis d'une gravité que semblait avoir du mal à supporter Malefoy.
- Mon père, il n'y a que du respect ou du mépris entre nous. Et ma mère... Je ne sais pas, c'est différent.
- Pourquoi ? le Gryffondor préféra chuchoter, l'atmosphère particulière ne pouvant soutenir plus.
- Je ne sais pas. C'est comme... la palette d'un peintre. Il y a plein d'émotions entre nous... Mais c'est comme si on se le cachait. Je ne sais pas... Des fois, ça fait du bien, mais des fois, ça fait si mal...
- Oui, l'amour, c'est aussi ça. »
Malefoy le regarda dans les yeux, tout son étonnement faisant briller ses pupilles grises (Harry se souvenait pourtant d'un gris si sombre...).
« Donc je l'aime ?
- Oui, sans doute, répondit-il en souriant, gêné. »
Drago resta silencieux puis se leva, coinça son livre sous son bras et épousseta les feuilles mortes et la terre qui collaient à son manteau noir.
« Je ne pensais pas que... cela pouvait se décrire ainsi. Non mais tu te rends compte, Potter ? Toi, m'apprendre une notion que tout le monde considère comme évidente ! »
Il eut un rire léger puis fit volte-face, ramassa son balai et commença à s'éloigner. Harry s'empressa de se relever pour le suivre :
« Ne sois pas si étonné, Malefoy ! Je sais parfaitement analyser des émotions !
- Oui, oui... Brave Gryffondor maladroit. »
Le garçon attrapa son Éclair de Feu, levant les yeux au ciel et se retenant de répliquer sur le même ton, ayant peur de blesser Malefoy qui était plus troublé qu'il ne voulait bien l'admettre (l'insulte « Serpentard sans cœur » ne passerait pas, je pense...).
« On rentre ? Ou plutôt ; tu me ramènes ?
- Ouais... A cause de tes stupides questions, je n'ai pas pu avancer dans mon devoir de Potions.
- Eh bien, je suis comblé alors ! »
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« Salut Harry !
- Salut Dean, répondit l'interpellé, stoppant sa marche tranquille en direction des cuisines et attendant l'autre garçon qui accourait vers lui. Tu n'es pas avec Luna ?
- Non, elle était très fatiguée après son cours de Divination – avec les Serpentards en plus ! –, elle a préféré aller se coucher... Sans parler des devoirs qu'elle a à faire. »
Harry ne commenta point, se contentant de se remettre en marche, Dean calquant son pas sur le sien.
Il semble tendu...
« Hm. Harry, je pourrais te demander quelque chose ? »
Ouh là... ça sent les questions sur l'amour et blablabla, ça. C'est ma journée ou quoi ? C'est d'autant plus étonnant que c'est à MOI, le mec le plus arriéré à ce niveau – enfin, du moins, avant – qu'on demande conseils... J'en connais un peu plus, ok, mais pas en sentiments trop complexes ! Expliquer à Malefoy qu'il aime sa mère, ça va... mais qu'il ne me pose pas davantage de questions sur ses émotions profondes ! Enfin... Comme il veut, mais voilà, hein, je ne suis pas son confident.
Ou alors si ? Cette pensée n'était pas si incongrue après tout... Drago Malefoy ne côtoyait personne d'autre que lui en ce moment et allait forcément avoir envie de vider son sac un jour ou l'autre...
Oui mais peut-être qu'il n'en ressent pas le besoin. Ou qu'il se contient continuellement ? Qu'il n'a jamais eu de confident...
« Je t'en prie, Dean, dis moi.
- Si... si Ron décidait brusquement de ne plus t'adresser la parole et changeait du tout au tout... et que tu faisais tous les efforts pour redevenir son ami mais qu'il te rejette inlassablement... Tu ferais quoi ? »
Si même Dean ne comprend plus Seamus, qui va l'aider ?
« Tu lui as demandé pour quoi il te rejetait ?
- Non, je n'en ai jamais le temps, soupira Dean, ne cherchant pas à nier le fait qu'on parle de son meilleur ami.
- Et ça fait une éternité que je ne lui pas parlé moi-même... Par contre... »
Harry hésita un instant à révéler à Dean que Hagrid recevait fréquemment la visite de Seamus ; après tout, le demi-géant était prompt à faire des gaffes et Dean n'aurait sans doute aucun mal à soustraire les informations qu'il lui fallait.
« Va voir Hagrid. Je sais que Seamus y va souvent et qu'il a des problèmes. Mais je... j'étais occupé, et je n'ai pas pu poser plus de questions à Hagrid. Tu n'as qu'à y aller. Essaie de montrer à quel point tu es désespéré... ça peut toujours aider. »
Dean le regarda, les yeux brillants d'espoir, une expression béate et fatiguée se laissant apercevoir à la lueur des flammes des chandeliers accrochés aux murs de pierre.
« Tu penses que j'ai encore le temps d'aller le voir ?
- Oui, ne t'inquiète pas ! sourit Harry, avec un clin d'œil. Hermione et Ron ne sont pas très efficaces quand ils font leur ronde ensemble alors tu as juste à... éviter les bruits. J'ai l'impression que les préfets ne sont pas très sérieux, cette année. Besoin de déstresser... »
L'autre grand garçon ricana puis esquissa une grimace à la dernière phrase. Il se frottait les avant-bras anxieusement, ses cernes s'étendant sur ses joues, les ombres se décuplant sous les lueurs sinistres des flambeaux.
« Bon, j'y vais. Merci Harry ! Je suis... enfin... salut !
- Bye, Dean. »
Ils s'adressèrent un dernier signe de main, un sourire de connivence, puis se tournèrent le dos et partirent chacun vers une destination toute autre que celle qu'ils avaient choisie à la base.
« Eh au fait, Harry !
- Hm ? fit le garçon en se retournant à demi.
- Ça se passe comment avec Malefoy ?
- Ah... euh, pas trop mal. »
Dean éclata d'un petit rire que Harry ne préféra pas lui reprocher, puis il fit de nouveau volte-face et courut chez Hagrid.
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« Si je vous dis le mot de passe, vous allez me laisser passer cette fois ?
- Donnez-le, on verra bien. »
Harry détestait vraiment l'aigle de pierre qui gardait l'entrée du bureau de McGonagall depuis que Dumbledore n'était plus. Ou que du moins, il n'occupait plus le poste de directeur.
Je me souviens pourtant que je pouvais entrer aussitôt avoir dit le mot de passe... Sûrement un système de McGonagall pour être tranquille. Enfin... je n'en vois pas l'utilité.
« Strangulot.
- Exact. Patientez un instant. »
Harry poussa un petit soupir.
« Pour quelle raison venez-vous ?
- Je ne pourrais pas plutôt en parler au professeur McGonagall ?
- C'est elle qui vous pose la question.
- Pff... Je viens pour parler de... pour euh... pour parler. En fait.
- Elle ne souhaite pas vous recevoir, fit l'aigle après un silence.
- Mais pourquoi ? s'indigna Harry.
- Entrez. »
Le jeune homme resta interdit, n'ayant pas compris tout d'abord jusqu'à ce que l'aigle se mit à pivoter. Puis il se rua dans les escaliers.
McGonagall est aussi lunatique que Seamus en ce moment.
Arrivé devant la lourde porte de bois, il l'ouvrit prestement et entra, se demandant un instant s'il serait accueilli de la même façon que la dernière fois.
« Vous transmettrez au Ministre que l'affaire Malefoy se passe bien, le garçon est calme et Potter a été d'une grande aide, son idée a été fort pratique pour ce qui est de faire « respirer » Drago Malefoy. L'elfe chargé du nettoyage de son appartement m'a fait part des progrès que Potter a entraîné ; Malefoy se nourrit et dort correctement. Tout en prenant le temps de faire ses devoirs, ce qui, paraît-il, il ne faisait pas avant – McGonagall prit une inspiration avant de continuer ; –, le fait qu'on lui ait transmis du matériel de potions jouant peut-être un rôle. Sa sortie pour le trimestre prochain sera sûrement plausible. Potter veillera sur lui. Transmettez également mes félicitations pour son mariage avec Audrey désormais Weasley. »
En effet, le Ministre, Percy, s'était marié il y a peu, de façon très discrète afin de ne point attirer la folie des quelques Mangemorts résistants encore aux Aurors – la famille Weasley n'était clairement pas appréciée par ce qui restait de l'armée de Voldemort. Seul George avait refusé d'y aller ; sa dépression le rongeait et il avait simplement répondu à sa mère que « Fred et moi avons toujours embêté Percy et ce n'est pas aujourd'hui que nous irons lui faire plaisir », ce qui avait fait pleuré leur mère pendant de longues heures.
Mais elle n'avait rien dit.
Harry avait été convié à ce mariage, c'était à la mi-août, après son anniversaire (qui avait été léger, dans une bonne ambiance, quoique assombri par le non total rétablissement physique et moral de tous ; cependant, grand nombre de ses amis étaient venus ainsi que des connaissances des Weasley, les membres restants de l'Ordre du Phénix, quelques professeurs de Poudlard – McGonagall n'avait pu venir : elle était noyée sous le travail que lui imposaient les réparations de Poudlard).
« Bonjour professeur, salua Harry tandis que Dumbledore disparaissait de son cadre après avoir souri chaleureusement aux deux personnes et laissait échapper un « Ne vous inquiétez pas, Minerva », filant vers son portait situé dans le bureau du Ministre. »
McGonagall marcha à pas lents jusqu'à son bureau de bois poli mais entièrement recouvert de paperasse et s'assit précautionneusement sur son fauteuil à haut dossier.
« Bonjour Potter. Asseyez-vous. »
L'élève ne se fit pas prier et s'exécuta, interloqué par la prudence et la fatigue qui se dégageaient de la directrice.
A ses souvenirs, jamais Dumbledore (ou même Dippet qu'il avait croisé dans des souvenirs vus lors de ses années précédentes) n'avait paru aussi lassé que l'était désormais l'ancienne professeur de Métamorphose (le professeur, Adam Tiphon, qui la remplaçait était compétent, strict et n'avait eu aucune difficulté à reprendre le poste de l'écossaise).
A part peut-être la 6ème année... L'année où il était condamné. L'année où il avait cette main racornie, noire, moisie. Morte.
« Donc, Potter, que venez-vous faire encore là ? Surtout pour une raison aussi absurde. La question serait plutôt « de quoi voulez-vous parler ? » alors. Je vous écoute... Vous voulez un thé ?
- Euh... non merci (elle a l'habitude d'offrir du thé aux élèves qui viennent la voir ?). Je venais... En fait, je ne sais pas vraiment. C'est au sujet de plusieurs personnes...
- Ah ? Eh bien, expliquez-vous, fit-elle tout en se versant du thé dans une tasse qu'elle venait de se faire apparaître.
- Tout d'abord – ça n'a aucun rapport –, j'aimerais savoir ce que vous entendez par « Potter protégera Malefoy le trimestre prochain ».
- Cela semble une activité que vous affectionnez ; je ne voudrais certainement pas vous la retirer, répondit McGonagall, cassante mais un sourire étirant ses traits ridés.
- Je ne... Je n'ai pas le choix, c'est tout. »
Harry se rembrunit devant l'allusion de McGonagall à son côté « héros, sauveur de tous » : il n'y pouvait rien ! Malefoy se faisait agresser deux jours sur les trois qu'ils partageaient ensemble par semaine. Le Gryffondor n'allait pas laisser parler les gens ainsi d'un garçon qui ne leur avait personnellement rien fait (enfin, rien fait, rien fait, c'est vite dit ! Il leur a peut-être volé leur goûter, les a peut-être frappé quand ils étaient plus jeunes... quoique c'est Crabbe et Goyle qui faisaient le sale boulot en général. Mais Malefoy les dirigeait. Toujours. Il n'est pas innocent.).
« Continuez à ne pas avoir le choix, Potter, c'est un très bon choix, dit McGonagall presque joyeusement tout en soufflant sur son thé (de l'Earl Grey) brûlant.
- Mais... je... Très bien, acquiesça finalement le garçon, les sourcils froncés non pas à cause de la tâche qu'on lui imposait mais des difficultés qu'elle lui apporterait (c'est une lourde responsabilité... Évidemment, Malefoy, c'est tout ou rien). »
Le silence se fit tandis que la directrice dégustait son Earl Grey. C'était apaisant. Harry fut presque tenté de fermer les yeux et de se laisser reposer contre le dossier de sa chaise.
« Vous ne deviez pas me parler de certaines personnes ? »
McGonagall lui lança un regard acéré, comme impatiente, pressée de pouvoir se consacrer à autre chose que de se taper la discute avec un élève.
Mouais... En attendant, elle paraît satisfaite de pouvoir prendre une pause.
« Oui. C'est au sujet de Seamus Finnigan principalement. Mais il y a sûrement d'autres élèves dans son cas. C'est-à-dire qu'il a tendance à... s'éloigner de ses amis. Il ne parle plus qu'à Hagrid – enfin le professeur Hagrid. Et, vous voyez, ce n'est pas comme au début de l'année où il continuait à garder cette sorte de joie bizarre et exubérante. D'ailleurs, on en avait tous un peu marre. Mais il était crevé en fait. Il fait toujours des cauchemars... quand il est là parce qu'il passe des nuits chez Hagrid.
- Des nuits ?
- Oui. Hagrid ne vous en a pas parlé ? Harry l'espérait grandement mais l'air inquiet et consterné de McGonagall ne le rassurait pas.
- Non... Enfin, il est juste venu me voir récemment pour me parler des citrouilles de Halloween mais je ne pense pas que ça ait un grand rapport avec cette histoire... Vous ne savez pas plus de choses au sujet de Finnigan ? Et il y a d'autres personnes qui réagissent pareil au fur et à mesure de l'année – dans les 8èmes années, j'entends... ?
- Je ne sais pas plus de choses au sujet de Seamus, à part qu'il ne souhaite plus la présence de Dean, son meilleur ami – ce qui est quand même anormal – qui s'inquiète énormément. Et je ne sais pas non plus qui est dans la même situation. Lavande Brown est particulièrement déprimée... mais Parvati Patil, sa meilleure amie, la soutient. Lavande, elle, contrairement à Seamus, accepte de l'aide.
- Je vois... »
McGonagall se perdit dans une réflexion contrariée tandis que le brun jetait des coups d'œil discrets autour de lui.
Où êtes-vous donc ?
Le perchoir doré de Fumseck était toujours là – Harry supposait que Dumbledore avait dû en faire la demande à McGonagall – même si le splendide phénix ne s'y poserait plus jamais. Il était bel et bien parti depuis la mort du directeur tant aimé qu'était Albus Dumbledore, filant à travers les nuages, au soleil couchant.
Ah ! Là !
Harry eut un choc en le voyant. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus vu ce visage entouré de rideaux de cheveux noirs et gras, ce nez crochu cachant presque sa lèvre supérieure, ses yeux vides et caves...
Pourtant, Severus Rogue les avait cette fois brillants (Oh non, Rogue, ne pleurez pas devant moi) et rivés sur Harry.
« Professeur, salua finalement ce dernier, la voix étranglée par l'émotion (l'homme le plus courageux est là... et il a tellement aimé ma mère...).
- Potter. Comme vous le voyez, un peintre – mangemort évidemment – avait pris le temps de me peindre pendant l'année où j'ai dirigé cet établissement. Dommage que cela m'impose de continuer à voir votre figure... déplaisante. »
Harry resta momentanément pétrifié face à cette attaque musclée de son ancien professeur de Potions à jamais détesté (et pourtant tellement admiré maintenant... comment ose-t-il ?! Ou peut-être veut-il continuer à jouer son rôle à jamais ?... Qu'il n'assumera pas devant moi ?).
« Severus, siffla McGonagall, l'air plus pincé que jamais (elle doit forcément être au courant pour le rôle de Rogue dans la guerre... c'était un espion qui a toujours été fidèle à Dumbledore).
- Oui, Minerva ? grinça Rogue, un rictus étirant la commissure de ses lèvres. »
La directrice le fixa, yeux plissés, mais ne dit rien. L'homme esquissa un sourire satisfait avant de disparaître sans un mot.
Le maître de l'Illusion. On ne peut vraiment rien lui dire par rapport à ça : c'est le meilleur espion. Pas pour rien qu'il a appris à tout cacher...
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée que vous ayez de nouveau une conversation avec lui, soupira McGonagall. Il n'est pas prêt. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé à sa mort mais... et je suppose que vous n'en parlerez pas.
- Effectivement, murmura Harry, regard baissé vers le bureau, réfléchissant. Où est-il parti ?
- Oh... Il y a un autre portrait de lui... mais il n'a pas voulu me dire où il est – elle paraissait exaspérée –. Entre autres, son portrait ici est totalement inutile à part à me faire des reproches quand je ne prends pas la décision que lui aurait prise. Il est... »
Elle se secoua la tête, avala une gorgée de thé, tentant de se calmer.
« Ce n'est à vous que je dois dire ça, grommela-t-elle. Vous ne le portez pas dans votre cœur alors que se passerait-il si nous nous mettons tous les deux à le vilipender ?
- Oui... Vous savez pour quoi il a tenu à avoir son portrait ? Ce ne sont pas les raisons qui lui manquent de vouloir disparaître totalement...
- Hmm... Peut-être était-ce pour savoir comment tout cela finissait au cas où il perdrait la vie ? Parce qu'en tous cas, ce n'était pas pour m'aider... »
Elle sembla vouloir rajouter quelque chose mais se ravisa. Harry fut pris d'une folle envie de lui demander ce qu'elle comptait dire mais il se retint.
Arrête d'être aussi curieux... Et il est certain qu'elle ne te répondra pas.
« Je crois que je vais vous laisser, professeur... Vous devez être occupée. »
La très fortement lassée directrice lui lança un regard vide et plein d'une tension que Harry ne comprenait pas (NdA : euh, et pas la tension que vous pensez, hein. Sales petits coquins).
« Oui, faites, Potter. Votre visite n'était pas dérangeante... Bonne soirée.
- Bonne soirée, professeur. »
Quelle conversation étrange...
Lentement, il partit, laissant derrière lui la sorcière aux si lourdes responsabilités.
Voélé -u- En espérant que vous ne me boudiez pas et pensez à laisser une petite (ou grande, j'aime bien les avis détaillés :D ) review ! A pluche pour la semaine prochaine (j'espère) ! Ciao !