Note de l'auteur : Et voilà la suite!
Merci à Melior, à qui je dédie cette fiction. Tout comme moi, c'est une grande fan de Labyrinthe, que j'ai découvert tardivement, et tout à fait par hasard. Elle a écrit deux merveilleuses fanfictions sur cet univers, je vous conseille d'aller les lire ;).
MàJ : réécrite le 29/06/19.
Aucun personnage de Labyrinthe ne m'appartient, de même que les lieux.
Chapitre 9 :
Mon rêve à la voix familier et différent
Lorsque Sarah se réveilla, un vent doux caressa sa joue et s'engouffra sous son tee-shirt. Chaud et agréable, il titilla peu à peu les sens de la jeune femme, qui apprécia le contact. Puis elle fronça les sourcils.
Une minute...
Hébétée, elle se redressa brusquement ; elle était allongée dans une herbe verte et tendre, qui bordait un édifice familier...
Le Labyrinthe !
Sa gorge se noua. Au même moment, le soleil se leva. Les treize heures commençaient leur compte à rebours. Sarah se releva et serra les poings avec force. Elle prit conscience qu'elle avait aux pieds ses chaussons à tête de chat.
Je me retrouve dans la tenue la plus ridicule qu'il soit pour l'affronter !
Elle s'écria :
— Ce n'est pas juste !
Elle ne perçut aucune réponse. Furieuse, elle longea le mur envahi par le lierre. Elle désirait confronter Jareth une bonne fois pour toutes. Pour elle, c'était lui qui l'avait conduite de force ici, alors que ce n'était que son propre cœur, qui avait ardemment appelé le Labyrinthe – mais elle ne voulait pas l'admettre.
Le menton fièrement redressé, Sarah ne tarda pas à trouver la grande entrée du Labyrinthe. Elle poussa les portes, qui s'ouvrirent presque toutes seules, comme si elles l'attendaient. Elle soupira et, comme la dernière fois, une ligne droite l'accueillit. Pour changer, elle tourna à gauche tout en tâtonnant les murs pour dénicher un passage caché.
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Jareth sourit tout en faisant tourner deux boules de cristal entre ses mains gantées. Virevoltantes, brillantes, celles-ci semblaient animées d'une vie propre. Il les projeta en l'air en même temps qu'un rayon de soleil perçait leur transparence.
La première éclata en mille morceaux sur le sol, la seconde se contenta de rouler jusqu'au Roi des gobelins. Il l'attrapa et regarda au travers. Une lueur malicieuse éclaira un instant ses yeux vairons. Il murmura :
— Ainsi donc, le destin a choisi ce premier petit tour de passe-passe... Qu'il en soit ainsi.
Il claqua des doigts et ferma les paupières. Au même moment, le Labyrinthe occulta toutes ses entrées secrètes. Sauf une, fluctuante, fugace... Elle bougeait selon ses caprices.
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Au bout d'un certain moment, qu'elle était incapable d'évaluer étant donné qu'elle ne portait aucune montre, Sarah dut se rendre à l'évidence : elle perdait son temps. Jareth allait lui donner du fil à retordre. Ce qu'elle avait enduré il y a six ans n'était rien par rapport à ce qui se préparait pour elle...
Sans pouvoir s'en empêcher, elle frappa une des parois du chemin avec ses poings et ses pieds. Tout ce qu'elle réussit à faire fut de se blesser. Elle vociféra :
— Maudit Jareth ! Pourquoi a-t-il fallu que tu me joues encore un vilain tour ? Aaah !
Elle s'accola contre la pierre humide. Elle s'attendait presque à ce que la chenille vienne lui parler et lui sorte son fameux « allô ». Cette fois, la chose ne se produisit pas, comme s'il n'y avait plus âme qui vive en ces lieux.
Soudain, un bruissement. Sarah leva la tête – qu'elle avait entre temps mise entre les genoux –, et s'aperçut qu'au-dessus d'elle voletait quelque chose de chatoyant. Elle se redressa, tout en tirant sur le bas de son tee-shirt. Avec ses chaussons ridicules, il lui était difficile de courir, et ses pieds commençaient à être douloureux. Ses pupilles captèrent des battements d'ailes. Elle écarquilla les yeux.
Une fée !
Un deuxième vrombissement résonna derrière elle. Et voilà qu'une autre de ces créatures se dressait sur son chemin ! Dubitative, Sarah ne bougea pas et attendit de voir ce qu'elle souhaitait faire. Un mouvement vers le sol attira son attention ; elle avisa alors une petite fée qui se posa sur sa cheville, et...
— Aïe !
Était-ce un signal ? Quoi qu'il en soit, Sarah fut vite envahie par ces pestes, qui s'efforcèrent de lui arracher les cheveux et de la mordre.
— Eh ! Arrêtez, espèce de...
Elle grinça des dents et fit appel à toute sa colère pour se débarrasser d'elles. En vain ! Elles ne voulaient pas la lâcher ! L'une d'elles, à la robe quasi transparente, vola devant son visage, un sourire faussement amical peint sur ses lèvres, et tenta de plonger ses mains dans ses yeux. Sans être cohérente dans ses pensées, Sarah beugla :
— Assez ! Que les murs m'emportent loin d'ici !
Son subconscient venait de parler. Les parois lui obéirent, parce que tel était le premier désir profond du cœur de la jeune femme. Elle se sentit poussée en arrière, puis quelque chose de glacé la recouvrit et put la soustraire aux fées.
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Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Sarah se rendit compte qu'elle se trouvait dans un endroit familier. Trop familier, même...
Les Oubliettes !
L'incompréhension naissait en son sein. Elle se releva malgré la petitesse des lieux. Pourquoi se retrouvait-elle dans les Oubliettes alors qu'elle n'avait franchi aucun passage, aucune porte ? L'évidence la frappa comme un coup de poing.
C'est mon souhait. J'ai demandé à ce que les murs m'emportent loin des fées. Et là où elles ne peuvent pas venir, c'est dans les Oubliettes.
Frustrée, Sarah donna un coup de pied dans une paroi. Il heurta quelque chose de dur, qui se fracassa par terre juste devant elle. Avec surprise, elle reconnut la vieille porte qu'Hoogle avait utilisée pour les sortir d'ici, six ans plus tôt. Son cœur battit la chamade. Elle pourrait partir sans implorer de l'aide à qui que ce soit !
Déterminée, la jeune femme se pencha. Ses mains se saisirent du morceau de bois. Elle le posa contre le mur suintant de toiles d'araignées et d'humidité, et entreprit de tourner la poignée défraîchie qui pendait à moitié. Bien sûr, lorsqu'elle ouvrit la drôle de porte, un déluge de casseroles lui tomba dessus. Elle lâcha des jurons bien sentis. Elle se souvint que pour Hoogle, c'étaient des balais.
Ah, zut alors !
Énervée, elle plaqua de nouveau la porte avec violence contre la pierre. Elle faillit être réduite en copeaux sous le choc, mais Sarah n'en avait cure. Elle tenta l'ouverture par la droite. Le mécanisme se bloqua purement et simplement.
Sarah commença à forcer, mais rien à faire. C'était comme si l'entrée semblait condamnée ! Pourtant, elle continua son manège. Son instinct lui soufflait cette attitude.
La poignée finit par se dérober sous sa main impatiente. De saisissement, Sarah recula. Sa respiration haletante l'effraya. Dans la pénombre derrière l'embrasure, familière, l'horloge mouvante se montra. Sarah distingua l'heure affichée dessus.
Six heures.
La porte se referma avec grand fracas et tomba en poussière. La jeune femme gémit d'horreur. Un rire résonna alors dans le petit espace et lui arracha des frissons. Elle s'écria :
— Qui est là ?
Le rire persista, jusqu'à devenir diabolique et assommant. Sarah se boucha les oreilles ; en vain ! Une voix stridente la sermonna :
— Comment veux-tu savoir qui est là, si tu te rends sourde avec les doigts ? Ha, ha, ha !
Furibonde, elle se retourna pour localiser le rire. Hélas, dans le noir, avec cette seule fichue lumière provenant de la grille au plafond, elle n'aurait aucun résultat ! L'inconnu – un garçon ou une fille ? – se rapprocha d'elle tout en trimballant quelque chose. Sarah recula. L'autre s'avança encore jusque sous la grille.
Elle avisa le visage ridé de la gobeline farfouilleuse, qui avait tenté de l'emprisonner dans une chambre similaire à la sienne aux portes de Goblinville. Jamais elle n'avait entendu son ricanement jusqu'à présent. Voilà pourquoi la jeune femme ne l'avait pas reconnue !
C'est alors que, sous ses yeux éberlués, la gobeline fouilla dans son bric-à-brac pour en sortir quelque chose. Ses doigts dodus finirent par se saisir d'une clé en argent finement ciselée. Puis, avec un sourire édenté, elle la lui tendit :
— Tiens, ma petite, tiens. Tourne-la dans le bon sens, sinon tu ne retrouveras jamais ton chemin ! Oui, oui, c'est ça...
Sarah s'en empara avec hésitation. Et si la créature essayait encore de la berner ?
Cette dernière la poussa contre un autre pan de mur et s'écria :
— Idiote, on ne va pas y passer la nuit ! Je dois partir, moi aussi, après que Jareth m'a emmenée jusque-là ! Ah, et zut ! J'en ai trop dit...
Ainsi donc, c'est lui qui s'amuse à changer le fonctionnement normal de son labyrinthe pour me perdre ?
De colère, Sarah enfonça la clé dans une fissure qui n'était pas là il y a deux minutes. Son cœur lui dicta son second désir profond.
Je veux déjouer le Labyrinthe !
Elle tourna la clé vers la gauche ; un craquement sonore résonna. Sarah recula avec sa compagne de cellule. Face à elles, trois portes. C'est alors que la gobeline jeta quelque chose sur les yeux de Sarah, qui gémit de douleur. Puis elle lui passa devant pour ouvrir une de ces portes. Sarah se frotta les paupières pour ôter la poudre irritante. Lointaine, la voix de la créature lui parvint :
— Désolée joli cœur, mais tu dois te débrouiller seule maintenant. Sayonara !
La porte qu'elle avait empruntée – et que Sarah n'avait pu voir ! — se referma avec un claquement sec. La poudre cessa d'agir à ce moment-là.
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Le Roi des gobelins cessa de contempler sa boule de cristal. Il savait qu'il gagnerait. Après tout, n'était-il pas un puissant magicien ? Un sourire s'épanouit sur ses lèvres fines ; la jeune femme se retrouverait confrontée face à un choix cornélien.
Cette fois, il avait décidé de simplifier les choses – pour la désorienter davantage. Toujours dans son intérêt, cela dit, mais avant qu'elle ne puisse le rejoindre, il fallait abattre les dernières barrières qu'elle érigeait en vain contre lui.
Un mince rayon de soleil vint caresser le visage pensif de Jareth, qui s'était installé près d'une de ses grandes fenêtres, dans la salle du trône. Il y avait un peu d'agitation derrière lui, mais pas autant que lorsqu'il avait capturé Toby ; les gobelins vaquaient à leurs tâches, à cette heure-là.
Son regard vairon accrocha les épées de l'horloge mouvante. Elles indiquaient sept heures.
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Ces portes ne lui rappelaient rien de connu, assurément. En tout cas, ni celles avec les deux heurtoirs ni celles avec les deux gardiens. Sarah grommela de dépit. Que fallait-il qu'elle fasse, cette fois ? Marquée par son aventure six ans plus tôt, la jeune femme formula correctement sa question à voix haute. C'est pourquoi elle s'écria, d'un ton ferme :
— Quelle est l'issue qui me mènera à Jareth de Goblinville ?
Elle attendit, le souffle court. Son cœur n'y croyait pas trop, mais autant essayer, non ? Elle soupira, puis décida de s'installer en tailleur devant les trois portes en fer.
Aucune d'elle n'avait de signe distinctif particulier. C'en était décourageant. Tout à coup, une voix familière lui parla :
— Allô.
Elle se tourna sur le côté ; en effet, la chenille se tenait là et lui lançait un regard amical. Sarah sourit avec soulagement. Elle s'apprêtait à la saluer lorsqu'une des portes devant elle s'entrebâilla. Intriguée, elle haussa un sourcil. La chenille lui déclara, toujours immobile :
— Fais attention, Sarah. Ton esprit a ouvert la porte, maintenant tu es obligée de t'y rendre.
La jeune femme s'écria :
— Mais, mais... non ! Je...
— Les questions ne restent jamais sans réponse, ici, lui lâcha la créature.
— Oh...
Confuse, Sarah se pencha vers elle et l'invita :
— Dis-moi, toi qui n'es qu'un ver... veux-tu venir avec moi ?
La chenille sembla un instant décontenancée par sa proposition. Enfin, elle secoua la tête et avoua :
— La dernière fois, j'ai tout fait pour te perdre dans le labyrinthe. Si tu avais suivi ton instinct qui te soufflait de partir à gauche, tu serais allée tout droit jusqu'au château.
Sarah sentit comme un coup de poing au cœur la saisir. Pourquoi cette confession ?
— Aujourd'hui, je ne souhaite pas recommencer. C'est une affaire entre toi et Sa Majesté le Roi des gobelins. Suis ton instinct, Sarah, et tu vaincras.
— Mais...
— Je ne suis qu'un ver. Je ne devrais pas être ici. Va, maintenant.
La chenille acquiesça, puis lui tourna le dos, sans pour autant disparaître. Bouleversée, la jeune femme se releva et franchit la porte sans demander son reste. Son cœur lui dictait qu'elle se trouvait presque sur la bonne voie.
Presque.
