Hey ! Bienvenue dans ce nouveau chapitre :)
L'instant musical : je pense que je suis une grosse neu-neu, parce que je suis parfaitement capable d'écouter en boucle des heures durant The End of this Chapter, de Sonata Arctica (et de chanter les paroles à tue-tête). Et en plus, j'adore ça.
Un chapitre plein de drama, de passion et de dépression. Mais passion, drama et dépression, ça change de dépression tout court, non ? ;) Ce chapitre est probablement un peu brut de décoffrage, mais je voulais le sortir de mon système, alors je le publie en espérant qu'il atteigne une qualité suffisante :)
Enjoy !
CHAPITRE NEUF : Retour à Konoha
« J'étais devenu une relique du passé qu'ils souhaitaient tous voir disparaître. Jeune, je me suis demandé pourquoi j'existais. Je n'ai pas trouvé la réponse à cette époque. Il faut la trouver pendant qu'on vit. Sinon, cela revient à être mort. »
Gaara
I
Sasuke accepta toutes les conditions de sa libération. Ce n'était pas comme s'il avait réellement le choix, de toute façon. Il resterait sous la surveillance étroite de son équipe, la sécurité serait renforcée – discrètement – à Konoha, il ne participerait à aucune mission jusqu'à nouvel ordre, il coopérerait dans l'enquête ouverte sur les agissements d'Orochimaru, et cela impliquait aussi de se prêter à des examens médicaux. Ça, Sasuke en avait l'habitude, et la question l'indifférait. Et enfin... On refusait de le laisser rentrer chez lui. On ne pouvait pas le laisser livré à lui-même dans la maison abandonnée de son enfance. Ironique que personne n'y ait jamais pensé avant qu'il ne déserte le village. Mais enfin, quand Naruto lui proposa d'emménager chez lui, il accepta en se disant que s'il ne lui était pas permis de vivre dans sa propre maison, n'importe quelle solution alternative se valait, ou presque. Naruto l'insupportait, mais Sakura se faisait trop de souci pour lui, et il était absolument hors de question qu'il vive avec son sensei. Dans le domaine de la colocation avec les mentors, il avait assez donné.
Comme Sasuke aurait dû s'en douter, Naruto se montra excessivement enthousiaste à l'idée de le voir emménager chez lui. Sasuke ne manqua pas de lui rappeler qu'il n'aurait jamais accepté s'il n'y avait pas été forcé, mais cela n'ôta rien au bonheur de son camarade, ce qu'il trouva particulièrement agaçant.
C'était dur, surtout parce que Sasuke n'allait pas bien. Il se sentait vulnérable. Désorienté. Et quand il se sentait comme ça, tout ce qu'il désirait, c'était qu'on le laisse tranquille... Et Naruto et les directives de Tsunade ne lui en donnaient pas le loisir. Il passait son temps dans un équilibre précaire entre le désespoir et la colère. Il se sentait claustrophobe. Il étouffait. Et luttait sans arrêt contre des angoisses de plus en plus prégnantes.
« C'est pas cool d'être de retour chez toi, Sasuke ? »
La voix de Naruto le tira brusquement de ses ruminations.
« Je t'ai dit que j'avais pas de chez moi, répondit-il sèchement. J'ai simplement échangé une prison contre une autre.
— Tu veux bien répéter ça ?!
— Tu m'as très bien entendu. Vous vouliez me retrouver, non ? Vous m'avez retrouvé. Sauf que j'avais pas besoin de votre aide. Vous prétendez vouloir m'aider, mais en réalité, vous voulez juste m'avoir sous votre contrôle. Et crois-moi, ça durera pas. »
Naruto s'arrêta net. Ils marchaient tous les deux dans une ruelle, sans but, juste pour se promener. Ça faisait des jours que Sasuke n'avait pas pris l'air. Au début, il refusait carrément de sortir du petit appartement de Naruto. Appréhension, colère, rejet ? Naruto n'était pas sûr. Ça lui avait toujours été très compliqué de lire dans l'esprit de la personne qu'il considérait malgré tout comme la plus chère à son cœur. Maintenant, les gens étaient au courant de son retour. La réaction lui était plutôt favorable, grâce à Tsunade – même si ses anciens camarades le considéraient avec une certaine méfiance. Mais Sasuke se foutait royalement de tout et de tout le monde, et ça mettait Naruto hors de lui. Cette attitude était plus qu'il ne pouvait en supporter, et ça faisait déjà des jours qu'il se montrait conciliant. Maintenant, la coupe était pleine. Alors, après avoir entendu la dernière réplique venimeuse de son coéquipier, il le saisit par le col et le projeta contre le mur le plus proche.
« Un an et trois mois, Sasuke, gronda-t-il en fixant les yeux noirs et opaques. C'est le temps depuis lequel Kakashi, Sakura et moi, on te cherche, et c'est tout ce que t'as à dire ?! »
Il obtint au moins un début de résultat : il préférait les yeux de Sasuke quand il se mettait en colère. Au moins, il y avait de la vie dans ce regard-là.
« Je voulais ne pas être trouvé, et je ne voulais pas revenir ici... Tu le sais très bien. Et en plus de ça, je te devrais des comptes ? »
Naruto se retrouva à court de répliques pendant quelques longues secondes. Comment était-ce possible de faire preuve d'autant de mauvaise foi ?
« J'ai beaucoup appris, en un an et trois mois, Naruto, continua son coéquipier avec un sourire de défi.
— T'étais déjà un gros con arrogant avant, mais là... »
Naruto relâcha brusquement sa poigne et recula, le visage défait.
« T'as vraiment rien compris. T'as une idée d'à quel point on était inquiets pour toi ? À quel point tu m'as... tu nous as manqué ? »
Il releva les yeux et fit face à un sourire glacial.
« Si tu cherches à m'émouvoir, il va falloir mieux faire, Naruto. Mais je te connais, et je connais les gens comme toi. C'est frustrant de pas pouvoir obtenir ce qu'on veut, hein ? Alors, vas-y, frappe. Moi, j'en ai fini avec ses petits jeux-là. Je ne voulais pas revenir. Vous êtes tous morts pour moi. »
Le poing de Naruto trembla, puis il partit tout seul.
Sasuke se mit à rigoler quand le sang coula de ses narines.
« Alors, ça soulage, hein ? Tu peux pas m'atteindre, Naruto. Peut-être, avant... On a eu nos moments, on va dire. Quand je pense que j'ai failli crever pour toi... Cette époque-là, c'est fini, t'as pigé ? On n'est plus des gamins. Arrête de t'accrocher à moi. Qu'est-ce que tu me veux, hein ? Pourquoi tu peux pas simplement me foutre la paix ? Pourquoi t'es toujours là pour me pourrir la vie ? »
Au même moment, Ino et Sakura, qui passaient par là, se figèrent à l'angle de la ruelle.
« C'est reparti comme avant... » remarqua le blonde.
Son amie fronça les sourcils.
« Non. Il y a quelque chose qui ne va pas.
— Avec Sasuke ?! Sans blague ! » s'exclama Ino avec une ironie à couper au couteau.
Mais elle remballa ses sarcasmes en voyant la tête que tirait Sakura, et reporta son attention sur les coéquipiers de son amie, qui étaient bien trop absorbés par leur engueulade pour les remarquer. Naruto semblait sur le point de frapper Sasuke une seconde fois, mais celui-ci ne faisait qu'attendre, un étrange sourire sur les lèvres. Il ne semblait pas vouloir rendre les coups, mais simplement prendre plaisir à laisser Naruto se manger les saloperies qu'il lui balançait, tout en attendant tranquillement le résultat de ses provocations, quitte à se faire tabasser.
Ok, ça, ce n'était pas normal.
Naruto finit par baisser le poing, puis fixa ses orteils, apparemment en proie à un vif débat intérieur. Sasuke, lui demeurait parfaitement immobile. Puis, Naruto redressa le menton, contempla un instant son camarade, les yeux brillants. Il n'hésita pas beaucoup plus longtemps. Il se jeta à nouveau sur Sasuke... mais pas pour le frapper, cette fois.
« Je le savais ! s'écria Sakura en étouffant sa voix.
— C'est pas vraiment le scoop du siècle, commenta Ino. Mais on dirait que Sasuke n'apprécie pas. »
Le jeune Uchiwa repoussa violemment Naruto. Les deux se regardèrent un moment, immobiles, comme s'ils attendaient de voir ce que l'autre allait faire. Ino et Sakura ne purent s'empêcher de se planquer derrière une caisse pour voir ce qui allait se passer ensuite.
« Ne recommence plus jamais ça, fit Sasuke d'une voix éteinte, blanc comme un linge.
— Donne-moi une bonne raison. »
Sasuke resta étrangement silencieux, son expression impénétrable. C'était frustrant, cette capacité qu'il avait à rendre son regard aussi opaque, impossible à lire. Sakura songea soudain qu'il ressemblait terriblement à son frère, quand il adoptait ce regard-là. Mais de toute évidence, Naruto ne voyait pas la même chose qu'elle, et il se rapprocha. Il poussa son coéquipier contre le mur, et, à quelques centimètres de ses lèvres, il répéta :
« Donne-moi une bonne raison. »
Et comme Sasuke gardait un silence obstiné, il l'embrassa à nouveau. Sasuke le laissa faire, mais tout son corps était tendu, rigide comme un bâton. Les deux filles remarquèrent que ses poings tremblaient. Un millier de choses traversa l'esprit de Sakura. Elle aurait probablement dû intervenir, mais... Elle n'était pas entièrement sûre de ce qui se passait. À ses yeux, Sasuke lui paraissait tétanisé, et un doute terrible s'insinua dans sa conscience. Ce n'était pas seulement la surprise qui paralysait son coéquipier... Est-ce que... Est-ce qu'il était terrifié ?...
Au bout de quelques secondes, cependant, Sasuke se détendit. Naruto en profita pour se coller à lui et approfondir le baiser, tandis que ses mains s'égaraient sous son t-shirt et sur des parties encore moins décentes de son corps. Sasuke réagit, sans pour autant rendre la pareille, et c'était difficile de savoir s'il appréciait, ou bien s'il laissait simplement les choses suivre leur cours.
« Oulà... On ferait mieux de s'en aller, chuchota Ino. Hé, Sakura ! Aussi fascinant que ce soit, je pense pas que t'aies envie qu'ils sachent que tu les as vus en train de se peloter ! »
Le jeune femme acquiesça et suivit sa camarade sans un bruit, mais avec un drôle de pressentiment dans la gorge. Elle se retourna, les vit enlacés, et se dit qu'elle avait dû verser dans la paranoïa. Enfin, en tout cas, elle l'espéra très fort.
Naruto rompit le baiser, le souffle court.
« Excuse-moi, Sasuke... J'avais pas prévu de faire ça... Mais tu vois... j'y pense tout le temps. »
Sasuke le regarda avec une sorte d'incompréhension choquée qui lui fit mal au cœur.
« Alors... c'est ça que tu veux de moi ? articula-t-il, visiblement perdu.
— Je ne veux rien de toi, bordel ! Je suis... je... »
Sasuke se calma tout à coup.
« C'est bon. Pas la peine de te mettre à flipper. J'ai compris.
— Tu... qu'est-ce que tu as compris ?
— C'est pas vraiment un problème pour moi mais je préférerais pas le faire ici.
— Mais...
— Rentrons.
— Attends ! Comment ça, pas un problème ?! Y a deux minutes, tu me repoussais !
— J'ai été surpris, c'est tout. Je pensais pas que t'avais ce genre de penchant. À vrai dire, je croyais que t'en pinçais pour Sakura. »
Naruto cligna des yeux. Il ne comprenait rien à l'attitude de Sasuke. Il fallait qu'il sache de quoi il retournait, mais son ami était déjà parti et il se dépêcha de le rattraper.
« Sasuke, dit-il dès qu'il eut refermé la porte de son appartement. Qu'est-ce qui t'arrive ? C'est plus de la froideur, là. C'est quoi cette indifférence ? Je pige rien ! Mets-toi en rogne, bon sang !
— Tu perds du temps, Naruto », dit son camarade en s'approchant de lui.
Cette fois, ce fut Naruto qui se retrouva plaqué contre la porte et embrassé contre son gré. Enfin, contre son gré, c'était beaucoup dire. Quelque chose n'allait pas et il voulait savoir quoi, mais c'était difficile avec un Sasuke qui devenait de plus en plus entreprenant.
« Sasuke, arrête... On n'a pas besoin d'aller aussi vite...
— Parce que t'en as pas envie, peut-être... murmura Sasuke dans son cou.
— C'est pas la question, haleta le blond.
— Tu vas perdre ce combat-là, Naruto.
— C'est pas un combat, bordel. Tu... Putain... Arrête ça... »
Mais Sasuke n'arrêta pas, et Naruto comprit que son camarade disposait de solutions aussi efficaces pour lui faire perdre le contrôle que celles qui consistaient à le faire bouillir de rage. Mais... Est-ce que c'était vraiment ce qu'il voulait ? Il était juste... trop pressé. Comme s'il cherchait à en finir le plus vite possible. Et pourtant, la conviction qu'il mettait dans ses gestes lui paraissait sincère. Et il continua jusqu'à ce que Naruto ne puisse plus vraiment penser clairement. Alors, le blond posa ses mains sur la poitrine de Sasuke et le poussa jusqu'au lit, le fit basculer en arrière, et grimpa sur lui pour le déshabiller avec des gestes fébriles et maladroits. Il tressaillit quand il croisa le regard du jeune Uchiwa, qui avait viré au rouge sang. Mais Sasuke ne semblait pas vouloir lui faire du mal... Sa respiration était courte et superficielle, ses joues avaient rougi, ses lèvres gonflées appelaient les siennes, tressaillant légèrement sous l'effet du désir. Naruto ne pouvait plus réfléchir. Quand il le touchait... ses gémissements... Ça, au moins, c'était loin de l'indifférence de tout à l'heure. Il le prépara aussi vite que possible, et ce fut étrangement facile, mais il n'y fit pas plus attention que ça. Il n'avait jamais désiré quelqu'un avec une telle intensité. Et Sasuke lui avait échappé pendant si longtemps... En plus de ça, ça avait déjà été compliqué de vivre avec lui en coloc tout en réfrénant ses pulsions. Il se guida d'une main et le pénétra avec lenteur. Sasuke entrouvrit les lèvres, muet, et posa sur lui ses yeux écarlates, brillants de désir. Naruto sentit ses entrailles se crisper, jusqu'à son cœur qui lui sembla comprimé dans un étau.
Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
Ça n'avait plus d'importance. Sasuke et lui, ça remontait à longtemps déjà, et Naruto en avait toujours voulu à son camarade de sa froideur, de sa distance. Comme s'il refusait d'admettre l'importance que l'un avait pris dans la vie de l'autre. Ça l'avait toujours rendu fou. Alors, il l'attrapa par les poignets et l'immobilisa sous lui, obnubilé par l'idée de le posséder, enfin. Il s'enfonça en lui d'un coup de reins. Sasuke souleva le bassin et ferma les yeux tout en poussant une plainte un peu rauque qui acheva de lui faire perdre la tête. Il enfouit son visage au creux de son cou et le mordilla à la jonction de l'épaule tout en continuant à projeter son bassin entre ses cuisses, les doigts serrés sur ses poignets. Il sentit les jambes de Sasuke se refermer sur ses hanches, et ses gémissements vibraient contre sa poitrine nue, son sang pulsait si fort sous ses lèvres... Naruto savait qu'il n'aurait pas dû se laisser tenter mais c'était tellement grisant, tellement fou... Il ne réalisait même pas ce qu'ils étaient en train de faire. Il s'était complètement laissé aveugler par le désir. Sasuke était enfin à lui... Il l'avait retrouvé, et maintenant... Il ne s'en irait plus jamais. Il lui appartenait. Au moment même où cette pensée surgit, il sut qu'il devait l'oublier... Mais ce serait pour tout à l'heure. Pour l'instant, il avait désespérément besoin de lui. Besoin de l'entendre gémir, besoin de le serrer aussi fort, besoin de sa présence chaude, entière, absolue, pour lui donner au moins l'illusion qu'il ne lui échapperait plus jamais. Non... Il ne le laisserait pas partir. Plus jamais.
II
Sasuke resta un très long moment immobile, les yeux grand ouverts.
L'incompréhension, le dégoût et la solitude... Ces émotions l'avaient poussé à tuer Orochimaru, en fin de compte. Il s'était promis de ne plus jamais les éprouver, pas comme ça, pas dans ces circonstances-là. Et pourtant, elles étaient revenues.
Allongé dans le noir, son cœur battait douloureusement dans sa poitrine.
Quand Naruto l'avait embrassé, il avait d'abord ressenti un choc qui l'avait ébranlé jusqu'au plus profond de lui. Et puis, quand il avait recommencé... Une sorte de réflexe conditionné s'était éveillé en lui. Orochimaru lui avait appris à penser comme un esclave. Et même s'il n'en revenait pas que Naruto puisse vouloir une telle chose de lui... il savait qu'il pourrait probablement en tirer bénéfice, d'une manière ou d'une autre. À tout le moins, il pourrait peut-être faire en sorte que son camarade le lâche un peu s'il lui donnait ce qu'il voulait... Alors, il avait accepté, et il y avait même pris du plaisir. Mais après... L'incompréhension, le dégoût et la solitude...
Il eut la sensation d'être minuscule dans un monde immense. D'exister sans raison et sans véritable but. D'être une fraude. Les Uchiwa n'existaient plus. Il ne restait que deux frères qui finiraient par s'entretuer. Tout ça n'avait pas de sens.
Rien n'avait de sens. Son année passée avec Orochimaru... Son retour à Konoha... Tout ça pour quoi ? Itachi lui échappait toujours. Les raisons qui l'avaient poussé à massacrer leur famille lui échappaient. Il ne maîtrisait rien du tout.
Avec ces pensées, l'angoisse ressurgit. Elle frappa violemment, enfonçant les portes de sa conscience, ravageant tout sur son passage. Elle souligna sa solitude, acéra son désespoir. Et au bout de quelques minutes, il n'y tint plus. Il devait partir d'ici.
Il rassembla ses affaires, emporta un peu de nourriture, et s'enfuit dans la nuit. Il n'y avait qu'un seul endroit au monde où il pourrait, peut-être, trouver un semblant de repos. Il l'avait dit à Naruto : il n'avait plus de chez lui. Et pourtant, cet endroit l'attirait, l'appelait. C'était probablement une mauvaise idée. Mais il n'en avait pas d'autres.
Arrivé chez lui, il resta une longue minute sur le seuil, incapable de commander à son corps de bouger. Les pièces vides s'étendaient dans le noir, silencieuses. Emplies de souvenirs étouffés, réprimés, haïs, refoulés avec une violence qui ne s'approchait même pas de celle dont il avait fait preuve pour assassiner Kabuto, puis Orochimaru. Et pourtant, il avait quand même l'impression de rentrer chez lui. Il crut voir sa mère passer dans le couloir et lui adresser un sourire encourageant qui lui ficha un poignard dans la poitrine. Ensuite, il éprouva la même sensation de peur, de défiance et d'inconfort quand il aperçut la silhouette de son père assis en tailleur dans le salon. Il se raidit instinctivement en songeant aux reproches qui allaient suivre inévitablement. Puis... son cœur s'arrêta. Quand... il crut voir Itachi qui retirait ses chaussures, assis sur le seuil juste à côté de lui.
« Ne l'écoute pas, Sasuke. Tu sais... Les adultes sont des gens étranges. Si tu le deviens un jour, préviens-moi... Parce que tu n'as pas besoin d'être comme lui, Sasuke. Il se fait du souci... Et tu t'en feras toi aussi. Mais je te promets que tu n'auras jamais à devenir comme lui. »
Sasuke s'assit par terre, le souffle froid de la nuit s'insinuant sous ses vêtements. Il ne put pas plus longtemps refouler sa sensation d'étouffement. Il n'arrivait plus à respirer. Quelque chose bloquait sa poitrine, un poids immense, un poids... qu'il lui arrivait d'oublier. Ses yeux, cependant, restèrent secs. Il lui fallait simplement quelques minutes pour retrouver son souffle. Après quoi, il se releva. Ferma la porte. Se dirigea tout droit vers son ancienne chambre. Il s'assit sur son lit, et attendit. Ça finirait forcément par passer. Tout à l'heure, ça irait mieux. Il laissa la nuit et les spectres se rassembler tout autour de lui.
« À moi, ton père ne me parle que de toi ! »
« Tu es bien mon fils... Je suis fier de toi. »
« Même si tu éprouves de la rancœur pour moi... Je ne t'en tiendrai jamais rigueur. C'est ça aussi, le rôle d'un grand frère. »
Et non... ça ne passerait pas. Sa maison était pleine de fantômes, son cœur, empli de contradictions. La haine, la douleur, le ressentiment, la nostalgie, le chagrin, le regret, l'impuissance, le désir, la colère... Tout palpitait et murmurait en lui, toutes ses émotions et ses pensées prenaient les voix de ses proches. Il se recroquevilla sur lui-même, le visage enfoui entre ses genoux. Ça finirait quand même par passer. Il le fallait... Une fois que les fantômes auraient terminé de parler... Ou bien... Il lui faudrait attendre jusqu'à ce que leurs paroles lui fassent moins mal. L'un dans l'autre... Ce n'était pas encore cette nuit qu'il trouverait le repos. Il était hanté. Voué à souffrir. Et étrangement... bien qu'il en soit profondément reconnaissant... cette nuit-là, Orochimaru ne lui parla pas.
III
Quand Naruto se réveilla, Sasuke n'était plus là. Et ses affaires non plus. Après avoir fait trois fois le tour de son minuscule appartement pour être sûr qu'il n'avait manqué aucun indice, il s'arrêta, et se rassit sur son lit pour essayer de formuler des pensées claires. À travers le brouillard de sa panique, il nota tout de même que Sasuke lui avait piqué deux-trois ramens. L'enfoiré !
Concentre-toi, Naruto. Qu'est-ce qui lui a passé par la tête ? Qu'est-ce qui nous a passé par la tête ! Bordel, qu'est-ce que j'ai fait... Et merde !
Il sauta dans ses vêtements et partit comme une flèche à la recherche de Kakashi.
Il le trouva en compagnie de Sakura, en train de boire un verre à la terrasse d'un café. Il déboula comme une furie et prit un instant pour reprendre son souffle avant d'annoncer d'une traite :
« Sasuke a disparu et ses affaires aussi.
— Respire, Naruto, tempéra Kakashi. Depuis quand ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
— Je sais pas... Cette nuit... Je viens de me réveiller, et...
— Calme-toi. Il est plus que probable qu'il soit toujours à Konoha. Ça sera pas facile pour lui de s'échapper, cette fois. Il s'est passé quelque chose ? Vous vous êtes engueulés ? »
Naruto rougit violemment.
« Non... On a... Mais... c'est pas pour ça...
— Pour quoi, alors ? »
Naruto devint encore plus écarlate, si c'était possible. Sakura vola à son secours.
« N'insistez pas, sensei... on devrait plutôt partir à sa recherche. »
Kakashi les regarda tour à tour, puis acquiesça.
« Il est peut-être rentré chez lui. Ça aurait du sens.
— Alors venez, on y va ! »
« Sasuke ? T'es là ? »
Pas de réponse. Le trio entra à l'intérieur de la maison. C'était poussiéreux et sinistre, et il faisait sombre. Tous les volets étaient fermés. Kakashi n'aimait pas venir ici : cet endroit lui donnait la chair de poule.
Ils trouvèrent rapidement Sasuke, dans son ancienne chambre. Il était assis sur son lit, recroquevillé sur lui-même, le dos appuyé contre le mur.
Kakashi repoussa ses élèves derrière lui et s'approcha doucement du lit.
« Sasuke ? Tu m'entends ?
— Évidemment que je vous entends, je suis pas cinglé.
— Ok... Alors... Qu'est-ce que tu fais ici ?
— J'ai besoin d'être seul.
— Pourquoi ? »
Sasuke garda le silence.
Naruto passa devant Kakashi et demanda :
« C'est à cause de moi ?
— T'aimerais bien, hein ? Ça serait plus facile à résoudre. Foutez-moi la paix... Vous pouvez pas me réparer, me réintégrer. Laissez tomber.
— Comme si on allait faire ça ! s'indigna Sakura en s'avançant à son tour.
— Kakashi-sensei l'a senti dès le début, lui. Y a des gens qu'on peut pas sauver. Mettez-vous ça dans le crâne. »
Avant que Naruto n'ait le temps de protester, Kakashi l'arrêta.
« Le problème, ce n'est pas qu'on soit capables ou pas de te sauver, Sasuke. S'il y a des gens qu'on ne peut pas sauver, c'est parce qu'ils le refusent.
— Je refuse.
— Pourquoi ? »
Sasuke ne répondit pas.
« Je peux pas accepter ça », insista Naruto en s'approchant. Il hésita, mais parce qu'il était courageux, il continua : « Compte tenu de ce qui s'est passé hier... tu peux pas me demander un truc pareil. »
Sasuke se leva. Il fixa Naruto d'une manière trouble et il y avait quelque chose dans ses yeux de vraiment pas net quand il l'attrapa par les épaules et le poussa en arrière jusqu'à la faire sortir de sa chambre. Quand Naruto fut extrait de sa zone d'intimité, il regarda Sakura et Kakashi.
« Sortez aussi. »
Le ninja copieur et son élève échangèrent un regard, et décidèrent de s'exécuter.
La porte coulissante se referma d'un coup sec sous leur nez.
« Dites tout ce que vous voulez, mais moi, je reste, déclara Naruto.
— Naruto... dit Sakura tout doucement. J'ai peut-être une idée de la raison pour laquelle Sasuke réagit comme ça. Et si je ne me trompe pas... Tu ferais mieux de partir.
— Dis-moi pourquoi, alors. Je te fais confiance, mais...
— Naruto. Laisse-le tranquille. Au moins pour ce soir ?
— Je peux pas faire ça si tu me dis pas de quoi il s'agit. »
Sakura baissa les yeux et se mordilla la lèvre. Kakashi regarda ses deux élèves. Il commençait à se douter de ce qui se passait, mais les hypothèses qui affluaient dans son esprit ne lui disaient rien qui vaillent.
« Naruto, reste si tu veux, mais essaie de ne pas faire empirer les choses. Sakura... Je crois que ça les concerne. »
Sakura voulut protester. Cependant, elle n'avait pas très envie non plus de laisser Sasuke tout seul dans ce tombeau qui lui servait de maison, alors c'était mieux si Naruto restait avec lui. Même si elle savait qu'il pourrait tout aussi bien envenimer la situation.
« Fais attention », dit-elle à son camarade.
Il acquiesça d'un air grave et les regarda partir.
« Je suis toujours là, informa Naruto derrière la porte coulissante.
— Tu peux pas m'aider, cracha Sasuke de l'autre côté. Et de toute façon, je veux pas que tu m'aides.
— Ok, j'ai pigé ! Mais à propos de quoi je peux pas t'aider, au juste ? Ça non plus, tu veux pas me le dire ? »
Silence.
« Écoute... Je suis désolé pour hier. Vraiment. »
Toujours aucune réponse.
« Mais je... Je comprends pas ce qui se passe, Sasuke. Ok, je vais pas chercher à t'aider. Mais toi... tu veux pas m'aider ? Juste pour cette fois ? »
Il y eut un long silence, et Naruto se dit qu'il n'obtiendrait jamais de réponse, quand Sasuke se décida finalement à parler.
« Même si j'avais envie de te le dire... Je pourrais pas. »
Naruto attendit.
« C'est... pas ta faute. C'est tout ce que je peux te dire.
— C'est déjà beaucoup... murmura Naruto. Mais, Sasuke... J'ai quelque chose à te dire, et je peux pas te le dire derrière une porte fermée. »
Il entendit d'ici Sasuke soupirer.
« Bon, ça va, entre. »
Le jeune Uchiwa n'avait pas bougé. Il jeta un bref regard à Naruto, puis se perdit dans la contemplation du mur en face de lui.
« Ok, bon... commença Naruto. À propos de hier soir...
— T'as eu ce que tu voulais, non ?
— Justement... pas vraiment...
— Désolé, mais on va pas remettre ça aujourd'hui.
— Sasuke, bon sang, écoute-moi deux secondes ! Si j'ai fait ça... C'est pas juste parce que je te trouve très attirant... C'est que... Ça fait longtemps, Sasuke. Je m'en étais pas rendu compte avec que cet idiot de Shikamaru me le fasse remarquer...
— Qu'est-ce qu'il vient foutre là-dedans, lui ?
— Je t'aime, Sasuke... je veux dire... pas comme on aime un ami. Je suis amoureux de toi, tu vois ? En fait... C'était pas le premier à me le faire remarquer, quand j'y pense. J'avais pas compris ce qu'il avait voulu dire, mais ton frère me l'a dit aussi... »
Sasuke le dévisagea, les yeux écarquillés par le choc.
« T'as... t'as parlé à Itachi ? »
Et merde, quel con ! Pourquoi est-ce que j'ai mentionné son frère ?!
« Euh... Il est passé nous voir, Sakura et moi... quand t'as disparu. Il voulait savoir si on savait où t'étais... Tu sais... c'est bizarre, mais il avait l'air inquiet. On est tombés sur lui par hasard quand on a trouvé la planque d'Orochimaru, mais... je crois qu'il te cherchait aussi, pendant tout ce temps.
— Il cherchait Orochimaru, pas moi. L'Akatsuki veut l'éliminer. Parce qu'il en a fait partie, et que du coup, il détient des infos sensibles. Naruto, tu étais là quand Itachi m'a... Enfin bref, tu sais. Et tu sais ce qu'il a fait avant. Alors arrête de dire de la merde.
— Ok... Peu importe... C'est pas de lui dont je veux te parler... Alors voilà... C'est pour ça que je... que je voulais, enfin... que je veux être avec toi.
— S'il te plaît, va-t'en, Naruto. »
Le blond cligna des yeux.
« C'est... tout ce que tu as à me dire ?
— On dirait bien. »
Naruto le fixa, cherchant à déceler sur son visage le moindre signe qu'il ne pensait pas ce qu'il disait. Et ne trouva rien.
« Alors tout ça, ça t'indiffère vraiment ?
— Fous le camp, Naruto. »
Ce fut probablement la chose la plus difficile qu'il avait jamais eue à faire. Mais il ne pouvait pas forcer Sasuke à accepter sa présence. Alors, il s'en alla.
III
Naruto mit le cap vers le seul endroit de Konoha où il arrivait toujours à trouver un peu de réconfort, même quand tout devenait insupportable. Le resto d'Ichiraku était ouvert. Et Sakura... semblait l'y attendre. Il passa sa commande habituelle. Sakura lui parut agitée et il avait la sensation qu'elle allait se mettre à l'engueuler d'une seconde à l'autre, même s'il n'était pas certain de saisir pourquoi.
« Naruto », fit-elle de la voix tendue et résolue qu'elle employait quand elle s'apprêtait à lui passer un savon. Mais cette fois, elle hésita. Longuement.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Sakura-chan ? »
Elle crispa son visage, et sa bouche adopta la moue frustrée qu'il connaissait bien.
« Écoute, reprit-elle à voix basse. Je vous ai vus, hier, Sauske et toi. »
Il en resta con. Il ne savait pas si c'était une accusation ou autre chose.
« Naruto, dis-moi la vérité. Est-ce que tu as couché avec lui ? »
Pour le coup, il ne s'attendait pas à une question aussi directe. Et du coup, il se mit à bafouiller. Elle l'interrompit d'un geste de la main.
« Ça ne me concerne pas et je ne suis pas là pour juger, mais y un truc qui m'inquiète sacrément, alors contente-toi de répondre par oui ou non.
— Alors... Oui... » murmura-t-il, perdu.
Elle hocha la tête, les sourcils froncés.
« Naruto... Je ne peux pas en être certaine, mais... J'ai vu comment il a réagi quand tu l'as embrassé. j'ai vu comment il était, tout à l'heure, et...
— Mais quoi ?! Je... Écoute, je sais que j'aurais pas dû, d'accord ? J'ai vu qu'il était pas dans son état normal. Je me suis planté ! C'est vrai ! Mais je...
— Ce n'est pas ta faute. »
Sasuke lui avait dit exactement la même chose et pour une raison ou pour une autre, ça lui glaça le sang. Comme s'il aurait largement préféré que ce soit de sa faute.
« Sakura, tu vas me dire ce que t'as sur le cœur, oui ou merde ? Fais pas durer le suspense ! »
Elle détourna les yeux et se mordilla le bout de l'index.
« Encore une fois, j'en suis pas sûre... Mais... J'ai déjà vu ce genre d'attitude, dans ce genre de circonstances. Et puis... je le connais bien. Et en plus avec le fait que je l'ai examiné après qu'on l'a retrouvé...
— Mais quoi, bon sang ?! Sakura-chan... Juste... dis-le-moi.
— Je pense qu'il a subi des abus sexuels. »
Naruto s'arrêta de respirer.
« Au début, enfin... quand tu l'as embrassé... il avait l'air terrifié. J'aurais dû m'en mêler, mais j'étais avec Ino et ce n'était qu'une intuition... Après... il avait l'air d'en avoir envie.
— J'étais prêt à tout arrêter. Il a insisté. J'ai pas compris... Mais j'ai pas pu... j'ai pas pu m'arrêter... Il était... Putain... merde. »
Sakura posa sa main sur la sienne, et la serra.
« Ce n'est pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir. Et je peux toujours me tromper.
— Mais... Qu'est-ce qu'on va faire ? »
Elle haussa les épaules.
« Du mieux qu'on peut.
— C'est pour ça que t'as insisté pour que je parte ? »
Elle rougit.
« Oui. Je suis désolée. C'est juste... en y repensant... Ça m'a paru de plus en plus évident, mais j'avais bêtement peur de me tromper... Je suis vraiment désolée.
— Sakura-chan... On va avoir l'air fin si on est deux à être désolés simplement parce qu'on aurait dû en parler avant. »
Elle essuya ses yeux trop brillants et eut un petit rire.
« C'est vrai...
— On en parle à Kakashi-sensei ?
— Sasuke nous tuerait pour ça... murmura-t-elle. Mais je crois pas qu'on ait beaucoup le choix. »
Naruto hocha la tête.
« Il était prêt à nous tuer pour moins que ça, alors... Faisons-le. Peut-être qu'au final, ça l'aidera. »
Sakura réprima un sanglot, et se força à sourire et à le regarder dans les yeux.
« Ça se peut, oui... »
Naurto réfléchit un instant.
« Quoi qu'il arrive... déclara-t-il ensuite. On peut pas le laisser là-bas. Tu sais ?
— Je sais... »
Ils contemplèrent leurs bols de ramens qui fumaient, intouchés.
« On y va tout de suite ?
— Laisse-lui cette nuit... Je crois qu'il en a besoin. »
Naruto acquiesça. Il n'avait plus le moindre appétit, et c'était une chose suffisamment rare pour qu'il s'en alarme. Ils avaient passé tellement de temps à garder espoir... Et peut-être qu'il venait de tout gâcher, précisément en étant le gros con impulsif et ignorant que Sasuke lui avait toujours reproché d'être.
« Ça ira, Naruto. »
Jamais aucune phrase ne lui avait semblé aussi vide de sens, mais il acquiesça quand même.
