Chapitre 9 Le garçon aux cheveux oranges

« Monsieur Hatori, vous savez, mes rêves se font de plus en plus étranges… » parlait Tohru tandis qu'elle finissait de se préparer.
Hatori était resté toute la nuit à son chevet, et elle savait que c'était grâce à lui qu'elle n'avait plus de fièvre ce matin-là. Depuis qu'elle habitait dans la demeure Soma, elle avait pris l'habitude d'aller voir Hatori tous les matins, et pendant que celui-ci l'auscultait, elle lui racontait ses rêves. Hatori, à ce moment-là, se taisait, écoutant attentivement. Il ne disait généralement pas grand chose, mais il écoutait, et cela était déjà beaucoup pour Tohru. Elle savait que Hatori était quelqu'un de très gentil, quelqu'un qui serait incapable de faire du mal à quelqu'un, quitte à souffrir lui-même.
« Il y avait un chat et un tigre tout mignons, dit Tohru, et ils cherchaient une boulette de riz. C'était mignon. Ils avaient tellement envie de la trouver qu'ils pleuraient… C'est bizarre, non ?
- C'est vrai que c'est étrange , dit Hatori calmement, Sinon, tu n'as eue aucun autre flash souvenir ?
- Non, que ce chat et ce tigre. J'adore les félins, vous savez ? Mais par dessus tout, je préfère le chat.
- C'est bien, sourit affectueusement Hatori avant de changer de sujet, Tu es sûre que tu ne veux pas rester te reposer ?
- Je ne peux pas passer mes journées enfermée ici, dit Tohru, et hier, j'ai appris tant de choses que sortir est devenu un besoin. C'est le seul moyen que je possède pour m'aider à retrouver ma mémoire.
- Je vois, soupira-t-il, mais surtout, n'en fais pas trop. Fais les choses à ton rythme, c'est inutile que de jouer avec ta santé, d'accord ?
- Vous savez si…si Momiji habite près d'ici ?dit Tohru hésitante après un silence.
- Momiji ? s'étonna Hatori
- Oui, Momiji-kun…je l'ai vu hier, il a été très gentil…C'est un Soma, habite-il ici ?
- …Vas-y vite avant que tu ne sois en retard, tu as déjà trop traîné, Tohru.
- Oui…Merci, monsieur Hatori. »

Tohru quitta Hatori, bien que déçue de ne pas avoir eue de réponse de la part de celui-ci sur Momiji.

Aussi fut-ce avec joie qu'elle retrouva le garçon blond à l'école, dans le couloir, alors qu'elle allait en classe. Il passait pour aller en classe lui aussi, souriant gaiement à ses camarades en parlant de tout et de rien. Tohru sourit avec appréhension : Momiji était vraiment quelqu'un de bien et de gentil. Tohru sentait que quelque chose ou quelqu'un empêchait quiconque de parler. Mais elle estimait Momiji à sa juste valeur en se disant qu'il était un prince courageux au cœur noble.
Momiji l'aperçut alors, et elle lisait dans son regard qu'il allait prendre congé de ses amis pour venir lui parler. Mais Tohru lui renvoya un regard d'un doux sourire, afin qu'il reste s'amuser, et qu'il ne s'inquiète pas pour elle. Momiji avait compris, et fit alors ce que Tohru lui incommodait de faire. Si quelqu'un avait perçu cet échange de regard, il aurait pu percevoir une complicité qui ressemblait presque à de la télépathie.
Tohru s'étonnait elle-même de se sentir soudain aussi proche de lui, et elle se dit qu'elle devait sûrement beaucoup l'aimer pour ressentir ce lien-là.

« Tohru, te voilà enfin !dit Arisa avec sa bonne humeur naturelle, Kyon Kyon est revenu en cours, ça faisait un moment qu'il était plus là ! Regardes ! »
Attrapé ainsi par Arisa, Tohru regarda le personnage que lui montrait la yankee, et en resta bouche bée.
Elle le reconnut du premier coup, elle n'avait qu'une seule personne ayant les cheveux oranges comme lui, ainsi que ce regard rouge sombre. Il regardait par la fenêtre, ne faisant pas attention à ce qui l'entourait. Tohru sentait une tristesse incroyable au fond de lui, tristesse dissimulée derrière les éclats de rire et le chahut quotidien de la classe. Tohru se surprenait à être prise de tristesse et de nostalgie.
Le regard de Kyo se tourna vaguement vers elle, et leurs yeux se croisèrent. Un instant, tout parut figé. Les rires, le chahut, les gens qui bougent et parlent, qui lisent ou révisent…soudain, il n'y avait plus rien de tout ça. Il y avait seulement les yeux de l'un dans ceux de l'autre. Kyo gardait un regard stupéfait, voir effrayé de voir Tohru qui l'emprisonnait du regard. Tohru, elle, sentait quelque chose revenir à elle. Un mal de tête violent la prenait soudain, mais elle refusait catégoriquement de se laisser aller, et de ne plus se concentrer.

[Pensées de Tohru

Non, je n'abandonne pas !
J'ai mal…
J'ai si mal à la tête…
Non, je veux savoir !
Lui…
J'en suis sûre…
Il a la clef…
Seul lui sait…
…Il a mal…
Il a si mal…
Pourquoi a-t-il si mal ?
Pourquoi a-t-il si peur ?
Face à moi ?
Ne…ne détourne pas ton regard, s'il te plaît…

« Tohru-kun, tu te sens mal ? »dit Saki en apparaissant de nulle part près de Tohru et d'Arisa qui observa alors la jeune qui restait figée.
Tohru n'écoutait pas, elle fouillait désespérément dans sa tête, luttant contre la douleur, pour essayer de savoir. Arisa et Saki furent étonnée de la voir figée, et s'inquiétait en essayant de la secouant, mais en vain.
Soudain, elle avança face à Kyo, agissant plus à son instinct qu'autre chose, la douleur étant trop grande, et lui attrapa les mains posées sur sa table, ne le quittant pas des yeux. Kyo ne savait absolument pas quoi faire, et était presque terrifié de penser à ce qu'il pourrait se passer.

[Pensées de Kyo
Tohru…
Je ne comprends plus rien…
Qu'est-ce qu'il se passe ?
Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Qu'est-ce qu'il m'arrive ?
Je n'arrive pas à détourner mes yeux…
Je n'arrive pas à dire un mot…
Tohru…
Ma petite Tohru…
Tu sembles si mal…
Parle-moi…
Dis n'importe quoi…
Mais je voudrais t'entendre…
Même l'écho de ta voix me suffirait…

« Je…dit Tohru avec difficulté, je…tu…Kyo-kun…je…
- Tohru ? murmura d'une voix presque inaudible et tremblante Kyo.
- Je t…je…aide-moi ! »
A ses mots, Tohru s'écroula au sol, laissant Kyo pétrifié. Au bruits, tous les élèves de la classe se retournèrent et en voyant Tohru ainsi à terre, tous vinrent auprès d'elle. Yuki, entrant dans la pièce, sût immédiatement que Tohru était au sol.
Saki et Arisa dégagèrent tout le monde afin d'être auprès de Tohru, qui reprenait conscience petit à petit. Saki jeta un vif regard froid à Kyo qui n'arrivait même pas à bouger.
« Tohru, ça va ? dit Saki en voyant que Tohru revenait à elle plus sûrement.
- J'ai mal à la tête…
- Je vais t'emmener à l'infirmerie, dit Arisa qui prit soudain Tohru dans les bras, alors que la jeune fille était encore assez assommé, et je t'interdis d'en sortir tant que tu ne tiendras pas sur tes jambes plus d'une journée d'affilé, baka ! » s'écria la yankee en disparaissant dans le couloir, suivit par Saki.
- Elle est vraiment forte, Uotani !s'écriaient des garçons de la classe, c'est bien une yankee ! »

Tandis que les autres parlaient de l'affaiblissement de Tohru, Kyo en profita pour s'enfuir discrètement par la fenêtre.
Mais aussi discret qu'il fut, yuki l'avait vu et rattrapé, mais par les escaliers, sur le toit du gymnase.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? dit-il en dissimulant sa crainte derrière une froideur mal déguisé, Qu'est-il arrivé à Tohru ?
- Elle est tombé, c'est tout ! cracha Kyo sans se donner la peine de regarder Yuki.
- Mais elle ne s'est pas évanouie devant toi par hasard. Que t'a-t-elle dit, Kyo ?
- Tu veux réellement le savoir, sale rat ?
- Oui, je veux le savoir, chat stupide !
- Elle m'a dit : « aide-moi ».
- Elle n'a dit que ça ?
- Oui, rien que ça ! cracha Kyo, et elle s'est évanouie. Tu crois que c'est de ma faute ?
- Je n'ai jamais dit ça ! Mais ça veut que Tohru-san est malheureuse…que comptes-tu faire ?
- Vous en avez pas marre, vous tous ? Lâchez-moi ! »

Kyo disparut alors, et Yuki ne le suivit pas. Cela ne servait à rien, il rentrerait à la maison, et il devait aller en cour. Mais une question lui trottait dans la tête : à quoi pense Kyo ?

[Pensées de Kyo

Ce n'est pas juste…
Ce n'est pas juste…
Ce n'est pas juste…
Ce n'est pas juste…
Tohru…
J'ai vu une étincelle dans tes yeux…
Une étincelle de celle que tu es, toi…
Tu allais me dire quelque chose…
Mais cette lueur s'est éteinte, et tu m'a demandé de l'aide…
Tohru…
Ce n'est pas juste…