Bonjour tout le monde! Déjà, un grand grand merci pour toutes vos reviews, follows ou favoris! Vous êtes parfaits, je vous adore! *-*
Je suis désolée d'avoir mis un mois à écrire ce chapitre, mais c'est quand même le plus long de tous (vous m'en voulez moins j'espère ^^)! Enfin bref, je vous souhaite une très bonne lecture, en espérant que ça vous plaira! Et si vous pouviez vous lâcher sur les reviews, ce serait vraiment parfait! ;)
Guest : Ahah dis toi que si je l'avais fait plus long, il aurait fallu attendre bien plus longtemps! ^^ Mdrrrr :') Merci beaucoup pour ta review au fait! :)
Bloppy : Ahah j'essaye d'équilibrer les temps d'attente ^^ Contente que ça t'ai plu, et merci beaucoup pour ta review! :)
POV Quinn :
Je marche tranquillement dans le couloir, perdue dans mes pensées -ou plutôt mes pensées concernant Santana et mon rendez-vous de ce soir avec elle- quand j'entends des bruits de voix sur ma droite, et que je reconnais parmi elles celle de mon père. En tendant plus attentivement l'oreille, je distingue également celle de Mike, accompagné de son père.
Je grimace en constatant qu'ils viennent dans ma direction et commence à rebrousser chemin, dans l'espoir de pouvoir les éviter.
_Quinn !
Raté.
_Pourquoi ne viendrais-tu pas te joindre à nous ?
Je me retiens de rouler des yeux en entendant le ton neutre et sans émotions de mon père -je suis presque sûre qu'il pourrait le deviner, même si je suis de dos.
De toute façon, je sais très bien qu'il n'y a qu'une seule réponse possible à sa question. Je me retourne donc et lui adresse un sourire, aussi factice que son expression.
_Avec plaisir !
Alors que je salue Mike et son père d'un signe de tête, mon père garde ses yeux fixés aux miens et la froideur de son regard me rappelle que je n'ai pas intérêt à oublier la règle numéro un des Fabray. Faire semblant. Faire semblant d'être heureuse de se trouver là. Faire semblant d'être une famille. Faire semblant de partager ses idées. Faire semblant d'être sa petite fille parfaite. Toute ma vie consiste à faire semblant.
Mon père recommence à marcher et le père de Mike lui emboîte le pas aussitôt. Visiblement, il tient à rester dans ses bonnes grâces. Je les suis à distance respectable, Mike à mes côtés. Ça fait vraiment bizarre. Je veux dire, ça fait plus de trois semaines que je n'ai pas parlé à mon meilleur ami -ou ex meilleur ami- et lorsque je le revois, c'est en compagnie de nos pères, que nous ne portons ni l'un ni l'autre dans nos cœurs.
Je lui jette un regard en biais mais il fixe résolument le sol de ses yeux. J'hésite mais me décide à parler, ne supportant plus ce silence inconfortable entre nous.
_On va où ?
Et, okay, ce n'est certainement pas la chose la plus intelligente que j'ai dite mais au moins j'ai dit quelque chose. Je lui jette un nouveau regard et son visage ne montre aucun signe qu'il a entendu mon murmure, même si je sais pertinemment que c'est le cas. Alors que je me résigne à l'idée qu'il ne va même pas me répondre, je perçois son chuchotement, quasiment imperceptible.
_La terrasse sud.
Je lui adresse un sourire comme remerciement et il me répond avec un hochement de tête. Peut-être qu'il est moins en colère contre moi après tout.
La terrasse sud. Ça veut dire qu'on va avoir droit à l'observation du camp d'entraînement des soldats et, au vu de l'heure, on aura aussi droit à une collation. En gros, ça veut dire qu'on a droit à la totale.
Génial.
On arrive finalement à la terrasse et je prends place autour de la table en verre, Mike à mes côtés et mon père face à moi. Le père de Mike se racle un instant la gorge avant de se mettre à parler.
_Seigneur, pourrais-je vous demander comment se déroule l'entraînement des nouvelles recrues ?
Je peux voir rien qu'à son regard que mon père savoure l'impression de supériorité qu'il ressent en entendant les gens lui parler avec tant de révérence. Ça me donne envie de vomir.
_Eh bien, pour tout te dire...
Et c'est parti pour environ deux heures de conversations futiles, inutiles, hypocrites et surtout ennuyeuses à mourir.
XXX.
Deux heures et demi plus tard, je commence à envisager sérieusement l'option de mourir d'ennui. Ça dure encore plus longtemps que ce que je pensais -il faut dire que le père de Mike a de la ressource quand il s'agit de lécher les bottes de mon père.
Je croise le regard de Mike -qui semble aussi ennuyé que moi- et pour la première fois depuis notre dispute, il m'adresse de lui-même un léger sourire. Je lui réponds automatiquement et sens mon cœur se gonfler de bonheur, à l'idée que je vais peut-être enfin pouvoir retrouver mon meilleur ami.
_Eh bien, on devrait peut-être y aller, histoire de vous laisser profiter de votre fin de soirée...
Je relève subitement la tête aux paroles de Marc, le père de Mike, paroles que je rêve d'entendre depuis que tout ceci a commencé.
_Bien, vous savez où se trouve la sortie...
Je vois le sourire de Marc se faner légèrement au ton désintéressé de mon père, mais il se reprend vite et lui adresse un sourire poli, ainsi qu'un signe de tête, avant de se retourner et de s'en aller en entraînant son fils avec lui.
Dès qu'ils sortent de la terrasse, mon père se lève et s'adresse à moi en remettant sa veste, sans m'adresser un seul regard.
_Étant donné l'heure qu'il est, tu mangeras toute seule.
Évidemment ! Il doit être pressé de retrouver une de ses nombreuses maîtresses.
Il n'attend même pas une réponse de ma part et s'en va aussitôt -même s'il n'oublie pas de faire signe à un des gardes présent dans le couloir de m'escorter. Cette fois-ci, je dois vraiment me retenir de toutes mes forces pour ne pas rouler des yeux.
XXX.
J'ajuste une dernière fois ma tenue en me regardant dans le miroir, prête à partir pour mon rendez-vous avec Santana, mais je sursaute tout d'un coup en entendant des coups frappés à ma porte et fronce aussitôt les sourcils.
En effet, à cette heure-ci, il n'y a que deux personnes qui peuvent me rendre visite. Mon père ou Mike. Et je crains fort que le premier ne soit occupé pour toute la nuit- ou au moins une bonne partie- ce qui ne laisse plus que le second. Et je ne suis pas sûre d'avoir envie qu'on ait cette discussion maintenant, juste avant mon rendez-vous avec Santana. Parce que je n'ai pas vraiment envie d'y arriver énervée, ou même en retard.
_Quinn, s'il-te-plaît, je sais que tu es là !
Je me mords la lèvre en regardant ma porte. Ça fait trois semaines que j'attends de pouvoir lui reparler, mais, en même temps, je n'ai pas envie de gâcher mes chances de pouvoir être amie avec Santana -surtout vu comment cela a été compliqué entre nous. Je ne veux pas tout foutre en l'air, pas alors que j'ai enfin une chance de pouvoir me rattraper. Parce que je sais très bien que si j'arrive en retard, elle va mal le prendre et si j'arrive sur les nerfs -sachant qu'en ce moment mes discussions avec Mike ont cet effet- c'est moi qui risque de tout faire capoter.
_Je sais que j'aurais pas du réagir comme ça, mais laisse-moi m'expliquer !
J'hésite vraiment. Je connais Mike, et je sais parfaitement qu'il le vivra très mal si je ne lui ouvre pas. Il s'en voudra et culpabilisera d'avoir agi comme ça. Et ce n'est pas ce que je veux. Tout comme Santana le prendra très mal si elle croit que je n'en ai rien à faire d'elle -enfin je pense- et que je ne suis même pas foutue d'arriver à l'heure au rendez-vous que je lui ai fixé.
_S'il-te-plaît ! Quinn !
Je me mors la lèvre en entendant sa voix implorante. Bon sang, c'est mon meilleur ami, je ne peux pas lui faire ça. En deux enjambées, je rejoins la porte et l'ouvre sans lui laisser le temps d'en placer une.
_Tu as deux minutes.
Il déglutit difficilement en voyant mon visage fermé et, putain, j'ai tellement envie de juste le serrer dans mes bras et oublier ces dernières semaines mais je me retiens. Je veux d'abord entendre ce qu'il a à me dire.
_J'ai réagi comme un con, d'accord ? J'aurais jamais dû oublier que t'es ma meilleure amie, et que je suis censé te soutenir dans tous tes choix, même s'ils ne me plaisent pas forcément. En plus, c'était pas si horrible que ça...
Il se reprend en voyant mon sourcil dressé.
_Enfin si, ça l'était, mais j'ai surtout été influencé par mes...expériences personnelles … Avant de traîner avec toi, je n'avais aucun ami et personne ne voulait me parler. Je ne l'ai pas oublié, tu sais ? Mais sur le moment, tout ce à quoi je pouvais penser, c'est que tu avais agi exactement comme eux. Sauf que j'aurais dû me rappeler de toutes les fois où tu m'as aidé, où tu m'as soutenu. Parce que tu n'es quand même pas ma meilleure amie pour rien. Et je suis vraiment désolé d'avoir réagi comme ça...
Je ne résiste pas plus longtemps à sa mine coupable et m'avance vers lui pour le serrer dans mes bras. Il me rend aussitôt mon étreinte et je soupire de soulagement en retrouvant son parfum familier et rassurant. C'est mon seul soutien dans cette ville à la con, avec peut-être Santana -mais ce n'est pas vraiment pareil.
Je relève légèrement la tête, pour pouvoir lui parler sans être étouffée par son tee-shirt.
_C'est moi qui suis désolée Mike, je n'aurais jamais dû faire ça...
Pour toute réponse, il resserre son étreinte autour de mes épaules. J'aperçois soudainement sa montre à son poignet et me recule brusquement en me souvenant de mon rendez-vous avec Santana. Je regarde l'heure à son poignet et grimace aussitôt. 22H35. Sachant qu'il me faut au moins dix minutes pour arriver au parc -si j'ai la chance de ne croiser aucune patrouille, j'ai minimum un quart d'heure de retard. Elle va me tuer.
_Quinn, tout va bien ?
Je repose mon regard sur Mike, qui semble intrigué par mon comportement. Je fausse un sourire, tout en réfléchissant à une excuse pour m'en aller. Je ne peux décemment pas lui dire que j'ai rendez-vous avec la fille que j'ai commencé par insulter, que j'ai failli faire virer du Lycée, que j'ai ensuite sauvée, et à cause de qui on s'est disputé. Il va me prendre pour une folle.
_Bien sûr, pourquoi ?
Il hausse les épaules, et secoue légèrement la tête.
_Pour rien. Ça te dirait qu'on se fasse un petit truc ce soir, genre un film ?
Okay, je suis dans la merde. J'ai environ cinq secondes pour trouver une excuse crédible, sinon il va de suite deviner que je mens. Et la règle numéro un quand on est en manque d'idées, c'est de gagner du temps.
_Ce soir, j'aurais adoré, vraiment, mais je peux pas...
Il fronce les sourcils au fur et à mesure de ma phrase.
_T'as vraiment l'air bizarre Quinn.
Ressaisis-toi Fabray ! Quand on ment, la règle numéro deux, c'est de toujours avoir l'air sûr de soi.
_Non, je dois juste régler une affaire pour mon père, tu sais ce que c'est...
Il acquiesce à mes paroles, même s'il reste toujours une lueur de suspicion au fond de son regard. Règle numéro trois, ne jamais enchaîner deux mensonges d'affilée -ça devient beaucoup trop suspect.
_Je vais devoir y aller, je n'ai pas spécialement envie d'être en retard...
Voilà, ça ce n'est pas un mensonge. Je le prends une dernière fois dans mes bras et lui dépose un baiser sur la joue.
_On se voit demain ?
Il acquiesce et je lui souris une dernière fois avant de me retourner et de me mettre à courir -autant limiter le retard. Même si je n'oublie pas le regard curieux qu'il m'a lancé juste avant que je parte.
XXX.
Je souffle un dernier coup avant de m'avancer vers la silhouette de Santana, faisant les cent pas à une vingtaine de mètres de moi. Elle ne m'a pas encore vue, étant dos à moi, mais se retourne soudainement en entendant une brindille craquer sous mes pas. Je peux voir à son visage qu'elle est loin d'être ravie d'avoir eu à attendre plus d'un quart d'heure et mon impression est confirmée lorsqu'elle prend la parole.
_Je croyais que les membres de la famille royale se faisaient un devoir de toujours arriver à l'heure ?
Je grimace face à son ton ironique et son sourcil haussé -exactement ce que je craignais. Malgré tout, en regardant plus attentivement son visage, il me semble discerner de l'amusement -même si je n'en suis pas sûre du tout.
_Je suis désolée mais j'ai eu un empêchement et j'ai vraiment pas pu faire autrement et...
Au fur et à mesure de ma phrase, je vois un sourire presque machiavélique se former sur son visage et je m'arrête, réalisant que mon intuition était bonne et qu'elle est juste en train de se foutre de moi.
J'ai vraiment l'art de me faire des films pour rien.
_Donc, en fait, ça t'amuse de me faire flipper ?
Elle éclate de rire et hausse nonchalamment les épaules.
_Je n'aurais pas pu le faire si tu n'avais pas eu vingt minutes de retard.
_Et tu ne l'aurais pas fait si tu n'étais pas sadique.
Elle me lance un regard faussement outré en posant les mains sur son cœur.
_Je ne suis pas sadique !
Face à mon regard dubitatif, elle poursuit avec son sourire en coin habituel -mais tellement craquant.
_Je profite juste de certaines occasions pour éventuellement rire de certaines personnes.
Je lui adresse un sourire narquois en croisant les bras.
_Je crois que c'est la définition même de sadique !
Elle secoue la tête avec un léger rire.
_Non, ça ce serait plutôt ton père !
Je me fige instantanément, ne sachant pas comment réagir et elle s'arrête de rire brutalement, réalisant probablement ce qu'elle vient de dire -et surtout à qui. Elle ouvre la bouche et la referme aussitôt, comme si elle ne savait pas quoi dire, mais elle se met à parler avant que je n'ai le temps de trouver les mots pour lui répondre.
_Wow...je suis désolée Quinn...vraiment...
Et je ne peux qu'être frappée du contraste entre sa voix moqueuse de tout à l'heure et le ton sensible et hésitant qu'elle emploie maintenant.
_Je voulais pas dire ça...
Je ne peux me retenir de laisser échapper un rire ironique en secouant la tête.
_Bien sûr que tu voulais dire ça... Tout le monde veut dire ça de toute façon...
Elle fronce les sourcils à l'amertume qu'elle perçoit dans ma dernière phrase mais ne pose pas de questions -et je lui en suis reconnaissante.
_Okay, tu as peut-être raison...
Je serre la mâchoire, luttant contre mes larmes qui menacent de couler -et je ne sais même pas pour quelle raison. Des dizaines et des dizaines de personnes m'ont déjà montré le mépris qu'elles ressentent envers moi ou ce qui me sert de famille mais, sans que je ne comprenne pourquoi, cela me touche beaucoup plus quand ça vient de Santana.
Je la sens s'avancer vers moi jusqu'à me prendre la main et plonger son regard dans le mien. Et à la voir ainsi, si proche de moi et juste éclairée par la lumière de la Lune, la seule chose à laquelle je peux penser est qu'elle est absolument magnifique.
_Ton père est ce qu'il est Quinn, mais je sais faire la différence entre lui et toi.
Elle exerce une légère pression sur ma main pour me forcer à relever le regard vers elle. Elle ne me lâche pas des yeux en prononçant sa prochaine phrase, et rien qu'à son regard, je sais qu'elle est totalement sincère avec moi.
_Je sais que tu n'es pas comme lui.
Je ne sais même pas comment la remercier. Depuis que je suis en âge de comprendre ce qui se passe dans le Royaume, je me le répète pour essayer de m'en convaincre mais ça fait tellement de bien de se l'entendre dire par une personne extérieure -surtout une personne que je sais être honnête.
Alors je fais ce qui me semble être le plus approprié et la serre dans mes bras, essayant de lui transmettre toute ma reconnaissance. Elle reste d'abord interdite, avant de me rendre timidement mon étreinte. Je relève légèrement ma tête pour avoir ma bouche au niveau de son oreille.
_Merci.
Je ne sais juste pas quoi dire d'autre. Mais, à la manière dont elle resserre son étreinte autour de moi, je sais qu'elle a compris ce que je voulais lui dire.
Je me détache finalement d'elle et me passe la main dans les cheveux, pour essayer de reprendre contenance. Ça ne me ressemble vraiment pas d'agir comme ça. Mais, quand je me dis que c'est avec Santana, je n'arrive pas à le regretter.
_Ça te dis d'aller dans un endroit plus calme ?
Elle hausse un sourcil en désignant d'un vague geste de la main le parc désert autour de nous.
_L'agitation n'est pas vraiment la première chose qui me frappe dans le coin...
Je roule des yeux et je dois me retenir pour ne pas le faire une deuxième fois quand je vois le sourire satisfait qu'elle affiche à mon geste.
_Je voulais dire, un endroit où on ne risque pas d'être surprises en pleine violation du couvre-feu.
Elle m'adresse son horripilant sourire narquois, parfaitement assorti à sa voix moqueuse.
_J'avais compris.
Je plisse des yeux en sa direction mais elle continue de sourire, pas le moins du monde impressionnée.
_Tu es tellement insupportable !
Je ne sais même pas si son sourire ne s'agrandit pas à ma phrase.
_Je sais.
_Et le pire c'est que tu le prends comme un compliment...
Elle éclate de rire à mon ton faussement dépité et, amusée, je ne peux m'empêcher de sourire à mon tour.
_On va où alors ?
Je lui adresse un sourire énigmatique ainsi qu'un clin d'œil, avant de me mettre en route.
_Surprise.
Elle reste immobile un instant, certainement surprise par mon attitude, avant de se reprendre et de se mettre à marcher à reculons juste devant moi.
_Ça ne répond pas tout à fait à ma question.
Je hausse des épaules, ignorant délibérément son regard inquisiteur. Voyant que je ne réponds pas, elle marmonne dans sa barbe.
_Et après c'est moi qui suis insupportable...
Cette fois-ci, c'est moi qui éclate de rire en entendant son ton grognon. Elle ouvre la bouche pour répliquer mais n'en a pas le temps qu'elle manque de tomber, en trébuchant sur une racine. Je la rattrape en tirant sur son bras et remarque aussitôt que son visage se retrouve beaucoup plus proche du mien que la normale -vraiment beaucoup plus proche. Je peux voir que son regard charbonneux possède de légères touches de noisette. Je peux même sentir son souffle chaud sur mes lèvres.
Je perds brusquement l'impression de chaleur qui m'avait envahie quand elle se recule et je cligne des yeux, peinant à assimiler ce qui vient de se passer.
C'était quoi ce putain de bordel ?!
Je n'ai pas le temps d'y réfléchir plus longtemps puisqu'elle me sort très vite de mes pensées.
_Dis, je peux même pas avoir un indice pour savoir où on va ?
Oh bon sang. Plus têtue qu'elle, tu meurs.
XXX.
_C'est vraiment magnifique.
Je souris en entendant la voix admirative de Santana, assise juste à côté de moi. Je l'ai emmenée au bord d'une petite étendue d'eau, entourée d'arbres, et je nous ai fait grimper jusqu'au sommet de l'un deux -où j'ai fabriqué un petit promontoire des années plus tôt. Nous surplombons ainsi tout le le lac et bénéficions d'une vue spectaculaire sur la ville. Si on ajoute à cela le ciel dégagé et parsemé d'étoiles, on pourrait presque croire à un petit coin de paradis -et surtout à l'abri du monde extérieur.
Malgré le véritable harcèlement que m'a fait subir Santana pendant le trajet, j'ai gardé la surprise sur notre destination jusqu'au bout. Et ça valait la peine rien qu'en voyant l'étincelle d'émerveillement passer dans ses yeux lorsqu'elle a découvert le paysage.
Je la vois me regarder du coin de l'œil pendant quelques instants, avant qu'elle ne se décide et se tourne complètement vers moi, sa voix brisant ensuite le silence paisible qui régnait jusqu'alors.
_Comment tu as découvert cet endroit ?
Oh.
Il va vraiment falloir que quelqu'un m'explique comment elle fait pour toujours poser les questions les plus embarrassantes. Encore que, pour une fois, je ne pense pas qu'elle l'ai fait exprès.
_C'est un peu long à raconter.
Elle hausse un sourcil à ma réponse, loin d'être convaincue.
_Je ne sais pas si tu as remarqué, mais j'ai tout mon temps, et je suis prête à t'écouter. Mais je comprendrais aussi que tu ne veuilles pas m'en parler.
Elle me regarde dans les yeux en disant ça, et je sens mon cœur se réchauffer automatiquement face à la sincérité que je peux y lire. J'arrive même à discerner une pointe d'inquiétude dans ses orbes marrons.
Et avant que je ne puisse même y réfléchir, je me retrouve déjà à déballer ma vie -comme mue par une force extérieure.
_C'était il y a des années. Je...j'ai perdu...une personne à qui je tenais vraiment. Genre, vraiment beaucoup.
Je ne peux me retenir de laisser échapper un rire amer. Il va vraiment falloir que j'arrive à me détacher d'elle. A l'oublier.
_Et...à cause de ce qui c'était passé...je ne supportais pas de rester au Palais. Encore moins que maintenant, ce qui n'est pas peu dire. Du coup, j'ai cherché, et trouvé d'ailleurs, un nombre incalculable d'endroit où personne ne pouvait me trouver. Où je pouvais juste être tranquille. Et, de tous les endroits que j'ai découvert, celui-ci a été mon préféré.
Je laisse un léger sourire se dessiner sur mon visage en me remémorant les conditions dans lesquelles je suis venue ici pour la première fois. C'était il y a si longtemps.
_Une après-midi, j'étais venue ici pour profiter de la fontaine et de la végétation du parc, mais je ne suis pas rentrée à l'heure du couvre-feu. Je n'en avais aucune envie. Je n'avais même pas fait l'effort de me cacher, c'est te dire à quel point je me foutais de tout. Sauf que quand j'ai entendu des gardes arriver, ça a été plus fort que moi. J'ai couru, aussi vite que j'ai pu, et je suis montée dans l'arbre qui me semblait le plus haut. C'était celui-ci.
Elle me regarde en souriant, et je lui suis reconnaissante de ne pas relever la première partie de mon récit.
_C'est une belle histoire.
Je hausse les épaules, laissant mon regard vagabonder sur la cime des arbres.
_Je t'assure.
Elle s'arrête un instant, puis reprend après m'avoir jeté un regard malicieux.
_Et puis, c'est plutôt cool d'apprendre qu'en fait t'es une rebelle depuis toute petite.
J'entends son rire éclater sitôt sa phrase finie et je souris à mon tour. Je me tourne complètement vers elle, pour pouvoir l'observer à la clarté de la lune.
_Je suis sûre que t'étais pire que moi quand t'étais petite.
Elle sourit d'un air tellement satisfait que j'en arrive à plaindre ses parents, sa famille, ses amis, et tout ceux qui ont dû la supporter.
_T'as même pas idée.
Je roule des yeux en m'allongeant sur le dos pour pouvoir observer les étoiles, et je la sens se rapprocher de moi et s'allonger à mes côtés. Je peux sentir sa main juste à côté de la mienne, mais elle ne fait aucun commentaire et perd son regard dans la contemplation du ciel étoilé.
Je reporte à mon tour mon regard au-dessus de nos têtes et, pour la première fois depuis longtemps, je peux sentir une sensation de bien-être se répandre dans mon corps.
Ça fait longtemps que je n'ai pas été aussi apaisée.
Au bout de plusieurs minutes ou plusieurs heures -j'ai perdu toute notion du temps- elle se tourne vers moi et parle à voix basse, comme si elle craignait de briser la magie du moment.
_On devrait peut-être y aller, il se fait tard...
Je cligne des yeux un instant, retournant à la réalité, et acquiesce à sa proposition.
_T'as raison.
Je me relève difficilement, étant donné que je commençais à m'endormir, et je la vois faire de même. Elle me regarde en se mordant la lèvre inférieure, hésitant visiblement à me dire quelque chose.
_On se revoit demain ?
Je souris immédiatement. Elle est vraiment trop mignonne quand elle laisse entrevoir son côté sensible. Et, de toute façon, ce n'est pas comme si j'avais besoin de réfléchir longuement à la réponse.
_Avec plaisir.
Elle me rend mon sourire, apparemment heureuse -et soulagée- de ma réponse.
_Allez viens, on descend.
Elle me suit alors que je descends un-à-un les barreaux de l'échelle, accrochée au tronc de l'arbre.
Après qu'on ait toutes les deux posé pied à terre, je remonte l'échelle de quelques mètres -pour éviter toute mauvaise surprise- sans même lever le petit doigt. Je crois que c'est l'un des seuls moments où la magie me sert vraiment.
_J'avais presque oublié ça.
Je me retourne vers Santana et constate qu'elle ne me fixe pas d'un air envieux ou jaloux, contrairement à la plupart des autres personnes, mais plutôt avec admiration -ce qui est encore plus étonnant venant d'elle.
Je lui adresse un mince sourire pour toute réponse, et elle m'emboîte le pas dès que je commence à marcher.
Pour une raison totalement inconnue -ou que je préfère ne pas m'avouer- le trajet me paraît encore plus court qu'à l'aller. Une fois arrivées devant les grilles du parc, je me tourne vers elle pour lui faire face.
_Bon, c'est ici que nos chemins se séparent.
_Pitié, on dirait la fin d'un film dramatique où on ne va plus se voir pendant dix ans !
Je souris, à la fois blasée et amusée par sa remarque, et hausse un sourcil en la regardant.
_On se voit demain alors. Mieux ?
Elle acquiesce, souriant elle aussi.
_Sans hésiter.
Je vois une étincelle de je-ne-sais-quoi passer dans son regard avant qu'elle ne fasse un pas dans ma direction et se penche vers moi pour me faire la bise. Je reste totalement figée, vraiment surprise par son geste -mais aussi très heureuse qu'elle l'ai fait.
Elle aborde un sourire satisfait en voyant mon air interdit et m'adresse un clin d'œil avant de s'en aller, non sans me glisser un dernier murmure à l'oreille.
_C'est bien ce que font les amies, non ?
Je crois que je vais avoir mal à la mâchoire à force de sourire.
Par pitié, soyez pas timides et lâchez-vous...
