Aujourd'hui pas de problèmes informatiques en vue, je vais donc pouvoir publier mon chapitre 10 (déjà !). Un chapitre un peu plus long que d'habitude (et ça risque de s'allogner encore au fur et à mesure). Rien de bien spécial dans ce chapitre, ça donne juste une idée de l'ambiance qui va régner durant cette nouvelle année.

Bonne lecture à tout le monde.

PS : Une seule review pour le chapitre précédent, c'est un peu décevant. Je sais cependant qu'il y a de nombreux lecteurs qui restent dans l'ombre, donc ça me rassure de savoir qu'on continue à me lire.

PS2: Nom d'une Nouille trop cuite !!!!!!!!! IL MANQUAIT LA FIN DE MON CHAPITRE !!! Apparemment c'est pas la première fois que ça m'arrive, donc si vous trouvez que le chapitre se termine bizarrement, dites-le moi, c'est que probablement il a été tronqué !!! Bon ben désolé pour l'inconvénient.



CHAPITRE 10
Sur le Chemin de Traverse

Harry resta quelques instants immobile. Trop d'informations lui arrivaient en même temps. Il n'arrivait pas à savoir ce qu'il devait faire. C'est maintenant qu'il aurait souhaité posséder une pensine.

–– Qu'est–ce que tu attends, Harry ? Va la rejoindre !

La voix d'Hermione sortit Harry de sa torpeur et ce dernier immédiatement quitta la pièce de détente. Il explora les différentes pièces de la cave mais ne trouva nulle trace de Ginny. Mrs et Mr Weasley tentaient de rendre le cellier un peu plus vivable et faisaient une sorte d'état des lieux ainsi que l'inventaire du matériel. Manifestement, il n'y avait pas suffisamment de place ni de vaisselle pour que tout le monde puisse manger en même temps et il faudrait probablement organiser les repas en plusieurs services de table. Mrs Strout explorait le plafond des douches et semblait très intéressée par une tache particulièrement répugnante. Elle prit un instrument curieux de sa trousse –une sorte de cuillère très spéciale– et gratta un peu de cette souillure qu'elle préleva dans un petit récipient. Devant l'air dégoûté de Harry elle sourit et lui dit :

–– Barbariomycète virulens. Un champignon très rare et très recherché qui pousse dans les endroits chauds, humides et riches en mercure. Très intéressant dans les potions de soins comme dans les plus mortels poisons. Venez voir ça de plus près, vous verrez, ils sont passionnants à observer.

–– Merci, sans façon… Dites, auriez–vous vu Ginny ?

–– Hmmmm… pas besoin de philtre d'amour pour elle, n'est–ce pas ? Je crois qu'elle est montée vers le magasin.

–– Merci.

Harry aurait préféré que Miriam Strout s'abstienne de sa dernière remarque. Parler de philtre d'amour, dans ces circonstances ! Surtout avec un flacon plein de cette horreur dans les mains. Il remonta vers l'échoppe et s'approcha doucement de la porte donnant sur la boutique pour jeter un coup d'œil dans la pièce. Fred et George accueillaient d'autres clients très enthousiastes. Mais pas la moindre trace de Ginny. Elle était probablement déjà sortie. Harry devrait attendre son retour pour lui parler. Tout penaud, il redescendit vers la cave.

Quand il revint dans le cellier, il trouva un Ron passablement maussade. Mrs Weasley était occupée à donner ses instructions ménagères et celui–ci n'appréciait pas particulièrement de devoir récurer, nettoyer et désinfecter leur nouveau logis. Il était exaspéré parce qu'au moment où il avait voulu s'éclipser de la vue de sa mère, Hermione avait spontanément proposé leur aide.

–– Vraiment merci, Hermy. On a passé nos dernières vacances à nettoyer une maison que nous avons fini par abandonner de toute façon. Maintenant on peut tout recommencer. Franchement, quelle barbe !

–– Pour la dernière fois, Ron, ne m'appelle pas Hermy !!

–– Est–ce que tu avais vraiment besoin de m'inclure dans le groupe quand tu as proposé de nettoyer cette fichue cave ?

–– Ne sois pas si grognon, sermonna Hermione. Nous sommes loin de la saleté qui régnait au square Grimmaurd. Et puis ici, c'est tout petit, ce sera vite fait !

–– Tu peux parler, c'est pas à toi que maman a demandé de nettoyer les douches. Tu as vu leur état ? C'est infect ce qu'il y a dedans. En plus, je suis sûr que si je touche à ces machins innommables, soit je me transforme en truc bizarre, soit Strout m'étripe.

–– Ne dis pas de bêtises. Personne n'aime se laver dans une douche sale.

–– Peut–être mais moi j'ai vu ce qu'il y a dans les pensées de la guérisseuse… Elle a l'air vraiment passionnées par la vie microbienne de cette salle de bain. Ce serait un sacrilège que j'y touche, elle le prendrait comme une attaque personnelle. Et je préfère ne pas la contrarier… si elle est de mauvais poils, elle sera beaucoup plus brusque dans ses mouvements, lorsqu'elle passera la pommade sur mes brûlures.

–– Ah, je vois. Tu ne voudrais pas risquer de perdre le tendre contact d'une femme contre ta peau… se moqua Harry !

Ron se retourna en même temps que Hermione. Celle–ci parut choquée par son intervention. Ron se dérida quelques peu mais son sourire se mua assez vite en grimace de consternation. Il ne fallait pas posséder ses dons de clairvoyance pour comprendre que la tâche qui l'attendait ne l'enchantait guère.

–– Très drôle, Harry ! En attendant, tu peux toujours rire. Si elle nous en veut et qu'elle décide de ne plus mettre ses fameux poils de Shelosh dans ses potions, tu ne rigoleras plus beaucoup je crois.

–– Qu'est–ce que ça changera, demanda Hermione. Les poils de Shelosh ne modifient pas les vertus magiques d'une potion, elle ne réduit simplement que son goût.

–– Justement ! Tu comprendras vraiment quand tu auras goûté ses infusions !

–– Et puis d'abord, Harry, tu es bien vite revenu… Et sans Ginny d'ailleurs !

–– Elle est partie sur le Chemin de Traverse…

–– MAIS OUI ! s'illumina Ron. Le Chemin de Traverse ! Il faut que nous allions chercher nos livres, demain il y aura trop de monde ! Ah ah ! Merci Harry !

Trop content d'avoir trouvé une excuse pour échapper à la corvée ménagère, Ron déposa son torchon magique. Celui–ci était en train de se débattre férocement parce qu'il ne voulait pas être trempé dans de la saleté. Il alla enfiler un vêtement pour sortir mais Mrs Weasley l'attrapa au passage.

–– Où comptes–tu aller comme ça, toi ?

–– Ben, acheter nos fournitures pour Poudlard, pardi. Demain il y aura trop de monde et…

–– Je te signale que si la vaisselle n'est pas propre, tu n'auras rien à manger. Moi–même j'ai préféré différer mes courses en voyant l'état de la cuisine. Alors ce sera pareil pour toi !

–– Mais m'man…

–– Occupe–toi d'abord des douches, puis aide Hermione à la cuisine…

–– Grrmmrlrll

–– Hmmm, Molly, si vous le permettez, je préfère m'occuper moi–même de la douche, intervint Mrs Strout qui en sortait avec pleins de flacons. Et puis Harry et Ron ont subi des impulsions magiques très éreintantes ce matin. Je préfèrerais qu'ils se reposent…

–– Oui ! Tout à fait, maman, je me sens très fatigué et… je crois qu'un peu d'air me fera du bien !

–– Non, Mr Weasley, vous devriez aller vous coucher, ainsi que vous, Mr Potter.

–– Heu… mais je n'ai pas sommeil. Vraiment, un peu d'air…

–– C'est d'ailleurs l'heure de prendre vos infusions… Et désolé pour vous, je n'ai plus de poils de Shelosh !

Leur potion eut une action immédiate. Son effet fut celui d'un somnifère très puissant. A peine avaient–ils bu tous les deux –à grand peine– ce breuvage abject qu'ils s'écroulèrent de fatigue. Ils allèrent donc tous les deux se coucher dans un grand lit de la chambre. Cette chambre ne comprenait que des lits accolés les uns aux autres. On aurait dit un immense matelas d'une demi–douzaine de mètres de largeur. Pour tout meuble, des chaises étaient disposées devant chaque couchette. Voilà qui n'était pas pour plaire à Ron qui détestait partager son lit. Mais dans son état de fatigue, il n'était pas en mesure de protester.

Quand on vint les réveiller pour manger, le soir s'était déjà installé et ni l'un ni l'autre n'avaient les idées claires. Mrs Strout avait affirmé que c'était les effets provoqués par leur choc cérébral respectif. Le stress engendré avait déréglé leur cycle du sommeil et cette potion leur permettait de le rétablir. Au plus le dérèglement était prononcé, au plus ils se sentaient fatigués. Et manifestement, leur cycle était vraiment chamboulé. Les deux garçons dînèrent lentement. Hermione et Ginny avaient déjà mangé lors du premier service et ils ne purent leur parler, ni savoir où Ginny était passée. Elles étaient parties se changer pour aller se coucher à leur tour.

Après que Harry et Ron eurent enfilé leurs pyjamas dans la salle de détente (puisque la chambre était déjà occupée par les filles), ils entrèrent à nouveau dans le dortoir. Les filles étaient allongées côtes à côtes à l'extrémité droite du lit géant. Les garçons se mirent à celle de gauche, sous l'influence surtout de Ron qui baragouinait toute sorte de contestations sur le fait de devoir dormir avec ces deux intruses. Mais après quelques minutes seulement, Ron s'était déjà endormi et commençait à ronfler bruyamment sous l'exaspération des filles qui n'arrivaient pas à se reposer dans ce vacarme. Hermione semblait malgré tout s'en accommoder ou plutôt l'accepter raisonnablement puisqu'elle n'avait de toute façon pas d'autre alternative. Mais Ginny semblait plus nerveuse et se redressa pour lancer une pantoufle sur son frère. Seulement Harry se positionnait dans la trajectoire et elle croisa son regard embué. Quelques secondes s'écoulèrent où elle ne sut que faire. Puis elle jeta sa pantoufle au sol et se retourna, n'offrant à Harry que la vision de son dos.

Elle n'était pas si éloignée. Il aurait voulu se rapprocher d'elle, lui prodiguer une légère caresse du dos de la main… Mais la présence des deux autres le retenait. Et puis Ginny était toujours fâchée. Il n'avait toujours pas eu la possibilité de lui parler et il ne pouvait le faire là, maintenant. Il était de toute façon bien trop fatigué. Mais il le ferait le lendemain, à la première occasion.

Sur cette pensée, il s'endormit et se mit à rêver de Ginny courant dans une herbe haute et fleurie. Il était le prédateur, elle la proie. S'il l'attrapait, il la couvrirait de baisers, jusqu'à ce que, comblée de bonheur, elle lui succombe totalement. Mais la belle voulait se mériter et elle fuyait son assaillant avec énergie. Tous deux riaient follement et leurs cris joyeux se perdaient dans la pleine, faisant s'envoler d'innombrables papillons. Les herbes devenaient cependant de plus en plus hautes et commençaient à dépasser le niveau de leur taille. Ginny, aussi légère qu'une brise, avait pris plusieurs mètres d'avance. Bientôt, Harry ne parvint plus à avancer tellement la végétation fut devenue dense. Harry voulut lancer un sort de réduction afin de se créer un passage mais seules quelques rares étincelles rouges crépitèrent au bout de sa baguette. Ginny riait à pleins poumons quelque part devant lui, mais il ne la voyait plus. Heureusement, Harry se souvint alors qu'il avait apporté son éclair de feu, ce qui lui permettrait de plonger sous terre, dans un dédale de sous–terrains qui ressemblaient étrangement à la cave des jumeaux. Gagnant à nouveau du terrain sur sa bien aimée, il finit par la rejoindre et la saisit tendrement par la taille. Ils étaient à présent dans la Forêt Interdite. La jeune fille se retourna. Elle avait à présent le visage de Victoria et elle lui souriait, complètement offerte à lui. Sans qu'il n'en fut surpris le moins du monde, Harry l'embrassa fougueusement. Mais soudain, le corps de son aimée s'extirpa de l'étreinte. Bane, pris d'une fureur véhémente, avait pris Victoria par les épaules et l'avait placée sur son dos en hurlant « Je ne suis pas une mule ! Vous verrez ce qu'il vous en coûtera, car vous n'êtes plus des poulains ». Puis le centaure s'enfuit à travers la forêt, poursuivi par Kreattur quasi–sans–tête qui lui faisait chasse. Avant que Harry ne put réagir, il sentit que quelqu'un tirait sur sa robe et il se retourna pour observer un Graup minuscule, portant un tas de bonnet de laine sur la tête et qui lui dit : « Dépêche–toi, on va être en retard ! ».

Harry se réveilla en sursaut. C'était Ron qui l'avait secoué.

–– Allez, debout, espèce de larve de strangulot.

–– Hmmmmptrrr ? On est déjà demain ?

–– Oui et si tu ne te lèves pas tout de suite, il y aura un monde fou sur le Chemin de Traverse quand on ira chercher nos fournitures.

Harry jeta instinctivement un œil du côté des filles mais elles étaient déjà levées depuis un bon moment. A voir les couvertures défaites, d'autres personnes avaient passé la nuit dans ce grand lit. Harry se leva en vitesse, enfila un peignoir et suivit Ron en direction de la cuisine. Au passage, ils passèrent à côté des douches au moment où Hermione sortait avec un linge propre autour d'elle. Ron s'arrêta net, Hermione aussi. Leur visage respectif prit soudain un ton cramoisi. En une seconde, l'adolescente retourna hâtivement dans la salle de bain et leur hurla de partir. Ron avait les yeux et la bouche grands ouverts. On aurait dit qu'il avait vu passer un ange. Harry donna une tape dans le dos de son ami et lui demanda d'avancer. Après avoir retrouvé ses esprits, le jeune Weasley ouvrit la porte de la cuisine et entra dans la pièce, encore tout secoué. Ginny en sortit, bousculant littéralement les deux garçons et se dirigea à son tour vers la douche. Elle n'adressa pas un regard à Harry.

Ce huis clos devenait vraiment infernal. Ils étaient trop nombreux pour une si petite cave. Et encore, ils n'étaient que sept à cette heure–ci de la journée. Comment s'organiseraient–ils lorsque tous les membres de l'ordre se réuniraient ? Souvent Bill, Fleur, Tonks ou même Lupin passaient la nuit dans l'ancien QG. Ici, cela deviendrait de la folie. Harry dévora en vitesse ses toasts et se prépara aussi vite qu'il pouvait. Il espérait pouvoir attraper Ginny à sa sortie de douche pour enfin lui parler. Dans ce QG provisoire, il n'était pas évident de vivre, et encore moins d'avoir une intimité. Il fallait constamment changer de pièce pour permettre aux uns de manger, aux autres de se laver, de s'habiller, de travailler,… Jamais il n'avait été plus de deux secondes seul avec Ginny, d'autant plus qu'elle ne recherchait pas vraiment sa compagnie, bien au contraire.

Dès qu'il se leva, Harry se précipita vers la salle de bain. A ce moment, Ginny en sortait et il resta figé sur place, comme l'avait été précédemment Ron quand il avait vu sortir Hermione. A voir Ginny dans cette tenue, savoir que sous la serviette elle était nue… Son désir se réveilla plus fort que jamais. Il était pétrifié devant tant de sensualité. Ses cheveux humides, toujours aussi flamboyants, perlaient de gouttes ses épaules blêmes et donnaient à la jeune fille une allure délicieusement féline qui ne déplaisait en rien à Harry. Il ne put prononcer un mot, submergé par une émotion nouvelle, un désir si puissant mais accompagné d'un sentiment de culpabilité. Il ne désirait plus seulement son âme, il souhaitait posséder également ce corps sublime. Harry ressentit un début de douleur qu'il associa à une trop forte montée d'endorphine. Il voulut tendre la main pour saisir Ginny. Mais celle–ci se contenta de lui lancer un regard noir. Harry eut l'impression de recevoir un sceau d'eau glacée en pleine figure. Son rêve disparut instantanément et avec lui la douleur naissante. Voyant qu'il perdait un temps précieux, il trouva le courage de lui parler.

–– Ginny… je voudrais te dire que…

–– Tu es dans le chemin, Harry. Laisse–moi m'habiller dans la chambre. Et réserve ta salive et ton baratin pour cette si jolie Victoria.

Elle le planta là. Harry aurait voulu la retenir mais il entendit Fred ou George ouvrir la trappe au–dessus d'eux et il ne voulut pas se donner en spectacle. Ginny disparut derrière la porte de la chambre.

–– Hé bien Harry ! Qu'est–ce que tu fais debout, figé comme un ahuri ? Tu as vu Ombrage danser avec des claquettes ?

–– Hein ? heu… non… je vais… je vais prendre une douche.

–– J'espère que Strout n'a pas tout enlevé là dedans. Il y avait pas mal de choses intéressantes pour notre commerce !

Harry ne répondit pas. Ron vint après lui et ils décidèrent de se préparer pour sortir sur le Chemin de Traverse. Fred arrêta son frère. Il avait un journal à la main.

–– Mon cher Ronny, tu me feras le plaisir de rester à proximité de notre boutique…

–– Dis donc, Fred, pour qui tu te prends ? Je fais encore ce que je veux, je ne suis pas lié à ce magasin !

–– Tu les veux ces lunettes coquines ?

–– Qu'est–ce que tu veux ? demanda–t–il d'un air suspicieux.

–– Il se trouve qu'avoir un héros comme frère, ça fait une publicité remarquable et gratuite ! C'est excellent pour les affaires.

–– Qu'est–ce que tu racontes ?

Fred lui tendit la Gazette du sorcier. En première page et en gros titres figurait un article de Rita Skeeter :

Attaque de Mangemorts à Loutry Ste Chaspoule.
Ronald Weasley premier héros de guerre !

L'article racontait les évènements du terrier avec une grande précision mais dans un style très romancé, ponctué par des moments de suspens intense. Rita expliquait comment le jeune Ronald Weasley s'était sacrifié et avait affronté seul trois Mangemorts, les conduisant à la défaite. Elle n'hésitait pas à expliquer que le combat avait été très rude, anéantissant le Terrier et entraînant d'importantes lésions au héros, la souffrance qu'il avait endurée et les traces qu'il garderait à jamais. Elle faisait de lui le nouveau martyr que suivraient les foules. Elle mettait en exergue son intelligence vive qui avait trompé trois des meilleurs hommes de celui–qui–est–revenu. Si Rita avait voulu flatter son ego, elle ne s'y serait pas prise autrement. Ron devint écarlate.

–– Heu… dans le fond, elle n'est pas si mal que ça cette Rita Skeeter. Moi je la trouve finalement assez sympathique.

–– En même temps, c'est Skeeter, siffla Fred. Elle a toujours tendance à déformer la réalité des faits. C'est bien connu !

–– Pas du tout, protesta Ron. Je trouve qu'elle s'en sort pas mal pour une fois.

Le grand rouquin sentit une certaine fierté le titiller mais, d'un autre côté, il restait un peu confus. Cette histoire ne lui rappelait pas de bons souvenirs. Et d'ailleurs Skeeter n'avait pas précisé comment le Terrier avait explosé. Le dépôt de substances magiques de Fred et George ne devait sans–doute pas être très légal et le préciser aurait affaibli l'image idyllique du Héros. L'article laissait donc supposé que Ron avait lui–même détruit sa demeure durant un combat acharné, ce qui était naturellement faux. Mais elle avait aussi précisé que Ron avait suivit des leçons particulières de défenses contre les forces du mal, en dehors des cours traditionnels de Poudlard. Et elle conseillait par ailleurs à la population d'y prendre exemple en s'inscrivant à des cours gratuits nouvellement créés par le ministère. En traduisant cet article de manière plus intelligible, on pouvait ainsi y voir une certaine manœuvre de propagande pour restaurer la confiance des sorciers envers le ministre de la magie. Ce n'était guère l'habitude de Skeeter d'aller dans le sens du ministère mais on pouvait supposer que les deux parties avaient trouvé un arrangement… Nonobstant, rien dans l'article n'avait été précisé quant à l'AD mais tous les élèves de Poudlard auraient rapidement fait le rapprochement.

–– Ils risquent d'être nombreux, cette année, à vouloir faire parti de l'AD.

–– Sans doute ! On verra ça sur place, reprit Harry.

Ron était aux anges. Harry prit le quotidien et lut le reportage. Il fut surpris de constater à quel point cette info semblait importante pour la Gazette. Ils avaient même reléguer en deuxième page l'exploit extraordinaire d'un certain Viktor Krum qui, lors d'un match amical de Quidditch opposant la Bulgarie à l'Italie, avait accompli la feinte de Rayaski. Cette feinte excessivement difficile à réaliser consistait à voler le dos vers le sol dans un exercice périlleux pour attraper le Vif d'or. Seuls trois personnes avaient accompli cet exploit au monde. C'était bien évidemment Rayaski lui–même, en 1962, Beth Desdès avant son dramatique accident lors d'une seconde tentative de cette feinte et qui lui avait valu un poste de journaliste sportif après sa carrière, et maintenant Viktor Krum. Oui, Ron était aux anges. Pour une fois, il passait devant Krum !

Après qu'ils aient chacun prit leur douche dans une salle de bain nouvellement propre (sauf peut–être un coin laissé en culture biologique), Harry et Ron furent prêt à se rendre sur le Chemin de Traverse. Ginny ne voulut pas suivre le groupe, prétextant qu'elle avait déjà ce qui lui fallait et insistant bien sur le fait que de toute façon, elle avait rendez–vous avec Dean. Harry ne réagit pas. Ou du moins, il fit mine de ne rien avoir entendu. Son cœur le serrait. Hermione inventa un prétexte pour rester avec Ginny. Une sombre histoire de produits de soins féminins ou quelque chose qui de toute manière n'intéressait pas les garçons.

Dès que les deux acolytes sortirent du magasin, ils se dirigèrent en premier lieu vers Gringotts, la banque des sorciers. Harry devait à nouveau remplir sa bourse pour la nouvelle année scolaire. Ils se dépêchèrent car ils sentaient déjà les regards des passants se poser sur eux plus souvent qu'à l'ordinaire. A l'entrée de la banque, le portier habituel était encadré de deux agents de sécurité imposés par le ministère. Visiblement le gobelin en était très irrité. Il salua les visiteurs très promptement mais avec une fureur perceptible.

Quand ils entrèrent dans la banque, de nombreux gobelins se retournèrent sur eux et leur lancèrent des regards noirs. Manifestement ils n'étaient pas les bienvenus. Mais le client étant roi, ils ne pouvaient pas non plus les refuser.

–– Qu'est–ce qui leur arrive, chuchota Harry à Ron.

–– Regarde, Harry. Y a des agents de sécurité partout. Les gobelins détestent que les sorciers se mêlent de leurs affaires.

–– Oui, mais c'est nous qu'ils regardent avec tant de hargne. Pas ces types là–bas qui discutent avec ce qui semble être le directeur.

–– Ragnok ? Il n'a jamais tellement aimé les sorciers celui–là, d'après Bill. Mais je pense que ces gens là sont du ministère. Viens approchons–nous un peu du groupe.

Les deux garçons dévièrent quelque peu de leur trajectoire initiale pour aller observer, mine de rien, ce que les enquêteurs et les aurors du ministère manigançaient. Ceux–ci remarquèrent la manœuvre et se turent en s'éloignant davantage. Ragnok qui avait déjà l'air furibond les fusilla du regard et s'approcha d'eux.

–– Et que faudra–t–il pour ces messieurs, demanda–t–il d'une voie mielleuse parfaitement hypocrite.

–– Heu… je voudrais me rendre à mon coffre… c'est le numér…

–– Très bien, Mr Potter. Avez–vous la clef ?

–– La voici, fit Harry avec une certaine surprise dans la voix. Ragnok l'avait donc reconnu. Certes, il était célèbre mais de là à ce que Ragnok connaisse même le numéro de son coffre…

–– Gripsec ! Occupez–vous de ces messieurs !

Puis Ragnok se pencha avec une courtoisie exagérée qui ne correspondait guère aux gobelins et il s'adressa une dernière fois à Harry avec ses mots :

–– La maison vous présente ses excuses pour les quelques désagréments subis en ces lieux. Les derniers évènements viennent troubler quelque peu l'organisation de notre établissement mais soyez assurés que vos biens seront toujours protégés avec la meilleure sécurité.

Il leur fit une espèce de sourire qui ressemblait plus à une grimace. Mais Harry devait reconnaître qu'il n'avait jamais vu le moindre gobelin sourire et peut–être que cette figure était naturelle chez eux.

Gripsec les emmena dans un wagonnet. Pendant qu'ils avançaient à vive allure dans les méandres et les enchevêtrements des souterrains de Gringotts, Ron souffla ses impressions dans l'oreille de Harry en faisant bien attention que le gobelin ne les entendît pas.

–– Je sais pourquoi ils nous en veulent ! Je l'ai lu dans leurs pensées. Celles des gobelins et celles des gens du ministère.

–– Ah bon ?

–– Les gobelins nous reprochent d'être responsable de l'arrestation des Mangemorts.

–– Ça c'est gonflé, ne pu s'empêcher de crier Harry, provocant l'étonnement de Gripsec.

Le silence s'installa un moment, perturbé seulement par le bruit affreusement métallique des rails et des chocs du chariot. Ce moyen de locomotion était décidément bien désagréable. Les gobelins auraient pu investir dans un système de transport plus confortable, mais il n'existait pas de créature plus avare qu'eux. Après quelques instants, Ron reprit la discussion discrètement.

–– En fait, ça leur pose un problème parce le ministère a réquisitionné le contenu des coffres appartenant aux familles des Mangemorts arrêtés. Ils font des perquisitions partout pour tenter de trouver des autres Mangemorts voire même V… Tu–sais–qui.

–– Ah oui, je vois. En réalité, les gobelins n'apprécient pas que les sorciers viennent violer leur secret bancaire.

–– Voilà, tu as compris. Et le ministère ne semble pas très conciliant. Je crois qu'il leur a imposé d'ouvrir certains coffres. C'est pas très bon pour l'image de Gringotts.

–– Oui, mais de là à nous en vouloir !!! Et de toute façon, si tu te souviens bien, un de leur coffre a déjà été percé par Quirrell il y a quelques années. Ils n'avaient pas besoin de nous pour se faire de la mauvaise publicité.

Le wagonnet s'arrêta devant le coffre des Potter. Harry entra dans la pièce sombre en laissant Ron dans le wagonnet. Il remplit en vitesse sa bourse car il ne voulait pas que Ron ait le temps d'observer le contenu du coffre. Ron savait très bien que Harry était riche et il devait se douter que derrière la porte renforcée, gisait une montagne d'or. Mais Harry éprouvait encore toujours une certaine gêne face à un Ron qui n'avait jamais eu le moindre gallion en poche. D'ailleurs il regrettait presque que Ron l'ait accompagné. En prenant de grosses poignées dans le tas de pièces, son doigt agrippa quelque chose. Il y avait un objet sous le tas de pièces. Harry écarta l'empilement d'or pour découvrir un tout petit boîtier fait de bois précieux et incrusté d'or, de toutes petites pierres précieuses et de velours pourpre. Il essaya de l'ouvrir mais un sort devait probablement le sceller. Contenait–il un objet précieux ayant appartenu à ses parents ? Un bijou sans doute ! Harry se mit à trembler légèrement. Peut–être que ce petit coffret finement travaillé contenait des indications sur ses parents.

–– Alors Harry ! Tu t'en sors ? Tu en mets du temps… Je peux te donner un coup de main si tu veux.

–– C'est bon, j'arrive.

Harry mit instinctivement la petite boite en poche sans savoir si c'était une très bonne idée. Il remplit très rapidement sa bourse et sorti du coffre, un peu fébrile à cause de l'émotion. Gripsec referma le coffre puis reprit le contrôle du wagonnet. Ron observa le trouble chez Harry mais il ne dit rien. Laissant le wagonnet retrouver son chemin dans le dédale de couloirs, les deux garçons gardèrent le silence, voyant parfois apparaître une énorme flamme au détour d'une galerie ou entendant le cri d'une bête affreuse.

Arrivé dans la pièce principale, Gripsec prit congé d'eux. Ron dévisagea Harry. Celui–ci avait sentit que quelqu'un pénétrait son esprit et se bloqua complètement.

–– Qu'est–ce que tu fais, Ron, demanda–t–il sur un ton quelque peu scandalisé.

–– Ben… Quand tu es sorti de ton coffre, j'ai senti un trouble chez toi, répondit Ron, la voix très basse et un peu mal à l'aise. Tes émotions te rendent vulnérables… Il te faudra encore t'appliquer à l'occlumentie parce que j'ai vu que tu as trouvé quelque chose dans ton coffre.

–– Et tu voulais savoir ce que c'était…

–– Excuse–moi… c'est plus fort que moi… Mais bon, je m'inquiète quand même. Tu trouves un objet et tu ne m'en parles pas.

–– C'est personnel, Ron. Je t'en parlerai si j'en ai envie.

Harry sentit la colère lui monter. Cette fois, il avait vraiment fermé son esprit. Au moins ce début de dispute avait le mérite de montrer les failles qui existaient encore dans sa défense cérébrale. Mais il trouvait l'indiscrétion de Ron vraiment révoltante. Pourtant il savait qu'il n'avait pas perçu volontairement son trouble. Et il savait également qu'à sa place il aurait cherché à en savoir plus et qu'il aurait agit exactement de la même manière que lui. Mais cet objet, quoi qu'il fut, c'était quelque chose qu'il ne désirait partager avec personne. Si la boîte devait contenir quelques reliques provenant de ses parents, il voulait être le seul à pouvoir l'ouvrir. C'était son trésor. Son précieux !

Harry ne savait pas trop ce qu'il devait faire. Ron avait l'air désolé et Harry ne désirait pas se disputer une nouvelle fois avec lui. Leur désarroi fut écourté par un événement quelque peu surprenant. Une demi–douzaine de sorciers sortirent d'une des innombrables portes que comptait la grande salle. Ils portaient les uniformes du ministère et transportaient tous des sacs vers un véhicule de sécurité posté à l'extérieur de la banque et maintenu sous haute surveillance. Harry remarqua que la dernière personne de cet étrange défilé n'était autre que Tonks elle–même. Les deux garçons les regardèrent traverser la grande salle sous les regards courroucés des gobelins qui suivaient de près les opérations.

BARDAF !

Tonks avait trébuché une fois de plus et une partie du contenu de son sac se déversa sur le sol. Les gobelins s'emportèrent de colère. Et Tonks se confondit en excuses en ramassant le plus vite possible les objets étalés avec l'aide des gobelins. Elle donnait une très mauvaise image de la sécurité apportée par le ministère ! Mais Harry se demandait si elle n'avait pas fait exprès de tomber. Un poste de transporteur de fond n'apportait rien de très intéressant pour un auror. Et Tonks serait plus utile à d'autres affectations, surtout pour son action au sein de l'ordre.

Le regard de Harry fut cependant attiré par une lueur d'un bleu intense, presque envoûtant. L'éclat azur provenait d'un petit objet qui s'était échappé du sac de Tonks et qui gisait à quelques mètres de lui, sur le sol de marbre. Il s'agissait d'un magnifique bijou, un gros anneau d'argent finement œuvré, surmonté d'une opale noble flamboyante, d'un bleu iridescent particulièrement fascinant et veinée de filets plus clairs. La bague était trop loin et trop petite mais Harry crut y voir une inscription gravée qu'il ne put lire.

–– Anima semper manet ! Je me demande ce que ça signifie déclara soudain Ron qui observait lui aussi le joyau.

Manifestement, les dons de Ron ne se limitaient pas à la perception des pensées. Il avait acquis une vision excellente. L'anneau fut vite ramassé et remis dans le sac sans aucune autre forme de procès. Une coupelle de vermeil savamment façonnée roula sur le sol en direction des garçons. Elle arriva presque aux pieds de Ron qui se pencha pour la ramasser. Mais la coupelle s'envola dans les mains d'un gobelin qui lui avait lancé un sort d'attraction. Le gobelin lui lança un regard noir et invita très sèchement les garçons à sortir de la banque puisqu'ils avaient fini leurs propres transactions.

Une fois sortis de Gringotts, tous deux restèrent à proximité de l'établissement car ils voulaient en savoir plus. Ils furent rapidement chassés par les agents de sécurité.

–– Tu as vu cette coupe, Harry ?

–– Un très bel objet, certainement d'une grande valeur. Je suppose que cela devait appartenir à une famille très puissante ! Il y avait un blason dessus, comme c'était le cas pour les affaires de Sirius. Des serpents croisés entourant le corps d'une femme, je crois. Enfin, j'ai mal vu. Je me demande à qui cela appartient.

–– Suffit de me le demander ! Quand la coupe est venue s'échouer à mes pieds, j'ai ressenti quelque chose d'étonnant. On dirait bien que mes dons s'exercent aussi sur des objets…

–– Et qu'as–tu vu ?

–– Je n'ai rien vu mais j'ai su instamment que cette coupe appartenait aux Malefoy.

–– Aux Malefoy ? Oui c'est logique. Lucius est à Azkaban, non ? Ils emmènent donc toutes ses affaires. Donc le sac que portait Tonks était celui de Malefoy… Et cet anneau envoûtant était aussi dans son coffre…

–– Tu crois que Tonks a fait exprès de trébucher ?

–– Elle est très maladroite mais ce n'est pas une imbécile. Je crois qu'elle se sert de sa maladresse pour passer pour une gourde au sein du ministère. Ça peut être pratique parfois d'être considéré comme stupide par les autres. On n'est rarement soupçonné en cas de problèmes… Mais ici je suis persuadé qu'elle l'a fait exprès. J'ai d'abord cru que c'était juste pour qu'elle soit réaffectée à un autre poste mais je me demande si, en fait, elle n'en a pas profité pour voler un objet du sac.

–– C'est fort possible. De toute façon on ne saura jamais. L'Ordre ne veut toujours pas nous impliquer dans ses affaires. Je me demande bien ce qu'il faudra faire pour qu'ils nous acceptent enfin !

–– Bon, et si on allait chercher nos livres chez Fleury & Bott, avant qu'il ne faille faire une queue de deux heures.

–– Oui, tu as raison. Allons–y.

Les deux garçons se rendirent donc vers les échoppes les plus fréquentées du Chemin de Traverse. Dans la rue et beaucoup de monde commençait à s'amasser, ce qui redonnait à l'endroit ses allures habituelles. Harry remarqua rapidement que de plus en plus de personnes les regardaient, voire les dévisageaient.

–– Tout le monde nous observe, notifia Harry.

–– M'en parles pas. Toi tu n'entends pas ce qu'ils pensent.

–– Non, en effet… mais j'imagine très bien.

–– Ils sont à mi–chemin entre l'admiration et la frayeur. Nous sommes un peu comme des animaux de cirque maintenant…

–– La frayeur ?

–– Certains ne veulent pas croire au retour de… de… Enfin, on est la preuve qu'il est revenu et ça ne leur va pas. Et puis… c'est pas ta cicatrice qu'ils regardent, ce sont les miennes… Je commence à comprendre ce que tu as dû endurer jusqu'à présent.

–– Au moins je ne serai plus seul. Mais je te garantis que ce n'est pas un cadeau.

Harry avait fini par s'habituer à la vue de ses cicatrices dans le cou et sur les mains. Depuis un moment, il ne les voyait même plus. Mais dans la rue, les gens remarquaient très bien les séquelles du combat au Terrier.

–– Harry, Ron !!!

Les deux amis se retournèrent. Seamus Finnigan était là, accompagné de quelques élèves de Poudlard. Ils se frayèrent un chemin parmi les nombreux passants. Très vite, une petite troupe se rassembla autour d'eux. Ils avaient tous des yeux ronds. Lavande Brown était parmi les nouveaux arrivants. Elle semblait très impressionnée. Apparemment, ils avaient tous lu la Gazette du sorcier.

–– Heu… Harry, Ron, je vous présente mon frère Liam. Il entre à Poudlard cette année. Allez, dis bonjour à mes amis, Liam !

–– B… Bonjour…

Le petit Liam était tout aussi blond que son frère. Il était presque caché derrière Seamus, transi de timidité. Il lui tendit une main tremblante, pendant qu'il rougissait et regardait ses chaussures. Ron voyait clair dans leur jeu, leurs pensées étaient vraiment repérables à des kilomètres à la ronde. Tous ces curieux étaient venus vérifier par eux–même qu'il portait bien des traces sur le corps.

–– Enchanté Liam. Tu comprendras que je ne te serre pas la main. J'ai encore quelques douleurs aux bras, dit–il pour satisfaire leur curiosité sans entrer dans leur jeu.

–– Ah, heu… hem… Au fait, Ron… reprit Seamus. C'est vrai ce que raconte la Gazette de ce matin ?

Ron regarda Harry. Celui–ci souleva les épaules pour lui dire « je ne peux rien y faire, réponds si tu veux ». Ron réfléchit quelques secondes, en dévisageant Seamus. Pourquoi pas ? Après tout, tôt ou tard il devrait répondre à cette question.

–– Très bien. Vous voulez savoir ? Alors voilà…

Il remonta les manches de ses deux bras et dévoila ainsi ses brûlures cicatrisées. Tout le monde fut effaré devant ce spectacle et Lavande émit un petit cri aigu en posant les deux mains sur la bouche.

–– Mais c'est horrible, fit–elle.

–– Merci, Lavande ça fait plaisir à entendre.

–– Non, je… je voulais dire ce qui t'est arrivé. Elle était vraiment mal à l'aise et elle devenait toute rouge. Quand Parvati et Padma verront ça…

–– Je n'ai pas l'intention d'exhiber mon corps à qui le veut, s'énerva Ron.

Lavande se tut, très embarrassée. Elle qui l'avait toujours considéré comme un garçon bien gentil mais si peu… vif d'esprit ! Elle n'en revenait pas. Les autres tout autour ne bougeaient pas non plus. Ils étaient eux–aussi gagnés par l'effroi mais également totalement admiratifs.

–– C'est grâce à l'AD que tu as réussi à tuer ces criminels ? demanda un autre élève qui semblait avoir prit son courage à deux mains pour parler à son héros.

–– D'abord je n'ai pas tué ces Mangemorts. Ensuite je n'étais pas seul. Mes parents et ma sœur aussi se sont battus… N'oubliez jamais ça ! Mais c'est incontestable que l'AD nous a beaucoup aidé.

–– Alors nous en ferons tous partie !!!

–– Je regrette de n'y avoir participer qu'une seule fois, dis alors Seamus. Mais vous pouvez désormais compter sur ma présence et sur celle de mon frère. S'il vous faut quelqu'un pour vous organiser, je suis votre homme.

–– Et sur la mienne ! J'étais avec vous dès le début, continua Lavande. Et les sœurs Patil seront avec vous aussi.

Tout le groupe jura pratiquement allégeance à l'AD en plein milieu de la rue. Les passants s'étaient arrêtés pour voir ce qui se passait et observaient eux aussi les bras dénaturés de Ron. Celui–ci rabaissa les manches et fut gêné par tant de sollicitation.

–– Oui, heu… On en reparlera à Poudlard ! Maintenant, si vous le permettez, on doit se rendre chez Fleury & Bott pour…

–– Il y a un monde fou, là–bas. Mais ne t'inquiète pas, on va arranger ça.

Tout le groupe se déplaça en masse vers la librairie, au grand dam des deux amis. Ils éprouvaient un certain malaise à vivre cette situation. Une file déjà longue attendait hors du magasin. Ils en avaient pour une heure ou deux d'attente. Seamus prit la tête du groupe et se dirigea vers un adolescent costaud qui faisait la file avec d'autres de ses amis. Celui–ci leva les yeux vers le groupe et son regard s'illumina. Harry et Ron reconnurent Ernie Macmillan, le préfet de Poufsouffle. Il était accompagné de Hannah Abbot qu'il tenait par la taille. Il sortit avec enthousiasme de la file pour aller à leur rencontre et serra vigoureusement la main de Harry et celle de Ron qui grimaça de douleur.

–– Ça alors ! J'espérais vous rencontrer bien avant sur le Chemin… Je suis vraiment heureux de vous voir et surtout très fier de vous avoir pour amis.

Il se gonflait le torse pour montrer à tous les passants qu'il était ami avec deux célèbres héros. Les deux autres échangèrent un regard éloquent.

–– Il leur faut acheter leurs fournitures, Ern, dit soudain Seamus.

–– Pas de problème les amis !!!

Puis Ernie profita de sa voix forte et puissante pour crier de manière intelligible :

–– Faites place à Monsieur Ronald Weasley. S'il vous plait ! Laissez passer le héros ! Allons pressez–vous ! Priorité à Messieurs Ronald Weasley et Harry Potter.

Les sorciers qui faisaient la file se retournèrent avec étonnement. Mais Ron et Harry furent surpris de constater qu'ils s'écartèrent pour les laisser passer. Ron était écarlate et Harry n'était pas vraiment plus à l'aise. Ce n'était décidément pas facile de se retrouver sous le feu des projecteurs. Ils auraient voulu disparaître tous les deux par un trou de souris. Pourquoi Harry n'avait–il pas emporté sa cape d'invisibilité ?

–– Heu… passe devant, Harry !

–– C'est toi le héros, mon vieux !

Sur le passage, des gens leurs serrèrent la main et certains leurs faisaient des clins d'œil ou des signes de mains, notamment parmi des élèves de Poudlard qu'aucun des deux n'avaient jamais vu. Ces derniers s'empressaient de dire à leurs parents qu'ils les connaissaient, qu'ils se croisaient parfois dans les couloirs de l'école. C'était affreusement gênant… Mais Harry eut une pensée qui lui donna un peu de courage. Si Drago était là, il en ferrait une jaunisse. Cette pensée s'échappa de la tête d'Harry pour atteindre les neurones de Ron qui lui sourit et lui fit un clin d'œil complice.

Après avoir visiter plusieurs échoppes accompagnés de leurs étouffants amis, et malgré plusieurs tentatives infructueuses pour s'en débarrasser, les deux garçons décidèrent de rentrer. Ils en avaient plus qu'assez d'être l'objet de tous les regards. Cette situation devenait vraiment ridicule. Ils avaient eu beau protester, leur escorte ne les quittait plus, pire encore, elle s'agrandissait. Ils se relayaient même pour porter leurs fournitures et s'empressaient de leur offrir les nouveaux parfums de sorbets de chez Florian Fortarôme ou les derniers goûts des Dragées surprises de Bertie Crochue (dont goût pétrole, betterave, calamar, salami, steak de troll ou encore goût nature).

–– Si tu souhaites quelque chose, Ron, tu n'as qu'à demander. Aujourd'hui, nous sommes tous à ton service… Enfin heu… n'en profites quand même pas trop, hein…

–– Non, non et re–non ! Laissez–nous un peu respirer… C'est trop vous demander ?

–– On devrait aller faire un tour chez Fred et George, il paraît qu'ils ont de nouveaux produits très intéressants, dit soudain Harry qui trouvait là une excuse pour s'enfuir.

Une fois chez les frères Weasley, Ron et lui partiraient à l'anglaise dans le nouveau QG pendant que les autres verraient leur tête transformée en choux–rave ou en laitue, ou qu'ils s'empressent d'acheter une kyrielle de rainettes ombrageuses. Pendant qu'ils se dirigeaient vers Weasley, farces pour sorciers facétieux, Ron se rapprocha de Seamus pour lui dire quelque chose à voix basse :

–– Mais, dans le fond c'est vrai, Seamus ! Tu peux vraiment faire quelque chose pour moi !

Ron eut un petit rire mauvais au coin des lèvres.

–– Tu peux me dire où se trouve Dean Thomas ? J'aurais deux ou trois choses à mettre au clair avec lui…