Les chiens de gardes ne sont jamais des labradors

Afton regardait sa compagne en silence. Elle avait encore été voir Corin. Il ne supportait pas qu'elle soit dépendante de cette marionnette. Lui l'aimait. Il l'aimait plus que sa vie. Elle était la seule chose qui lui soit essentielle dans ce monde. Il voulait que ses sentiments soient réciproques.

Elle disait qu'il était jaloux. Ça la faisait rire. Elle ne le prenait pas au sérieux. Et elle lui réexpliquait qu'il n'y avait aucun amour en elle et Corin.

Merci, il n'était pas stupide. Il savait que cette dépendance venait que de son don. Sa femme en était devenu accro. Elle faisait partie des Volturi depuis tellement longtemps qu'elle ne pouvait se projeter hors de ce clan. Et puis ainsi, elle était puissante, respectée et même crainte. Et tout cela au service du bien commun bien sûr.

C'était en ce nom que sa femme était cachée et pouvait observer en hauteur la salle de trône. C'était l'heure du dîner. Heureusement tous les deux avaient déjà chassé. Les cris étaient plus dérangeants qu'autre chose dans ces circonstances.

Chelsea allait en profiter pour s'assurer que les jumeaux étaient toujours fidèles aux Volturi. Avant de partir en mission, ils étaient allés voir Corin. Celle-ci leur avait injecté sa drogue, ainsi, ils reviendraient forcément. Personne n'aimait être loin de Corin.

Les jumeaux représentaient un risque très minime. Ils adulaient Aro plus que n'importe qui ici. Néanmoins leur chef de file ne supportait pas le risque. Il était très prévoyant.

Sa femme ayant fini, elle se tourna vers lui. Il était enfin autorisé à jouer avec ses cheveux brun clair. Chelsea l'embrassa intensément, elle le serra contre lui, soupira contre lui.

Il ne pouvait lui répondre avec autant d'ardeur. Elle était ainsi à chaque fois que Corin lui apportait une dose de contentement. Il ne cessait de se dire que ce n'était pas lui qu'elle désirait. Lui ou un autre, dans cet état, elle ne verrait même pas la différence.

Aussi Afton fut surpris quand, plus tard, il constata un changement. Sa femme lui murmurait ses envies de voyage, voir ses doutes. Ce n'était que des murmures car les rumeurs courraient rapidement dans cette tour.

Chelsea voulait voir comment était la Grèce maintenant. Elle avait envie de se recueillir au Parthénon. Pour une fois, elle avait commencé à écrire ses légendes dont elle adorait lui parler. Sa femme s'était peu à peu détendue, libérée de sa dépendance.

Le plus étrange c'était qu'elle continuait à aller voir Corin. Mais cela avait un effet un peu plus faible à chaque fois. La perspective d'un départ devenait donc plus tangible, et cela l'inquiétait. Lui pouvait partir, personne ne le retenait. Par contre, si Chelsea partait, cela signifiait la désintégration du clan.

Demetri lisait à la réserve des Volturi. Ils étaient un petit nombre dans la salle mais le silence était religieux ici. Les vampires présents prenaient à peine la peine de respirer. Dans leur cas, ça ne changerait pas grand chose.

Le vampire en question avait pris un livre qui lui était inconnu. Mais celui-ci l'entraînait sur une mauvaise pente. Il ne faisait qu'expliquer des choses que Amun lui avait déjà apprises. Il sentait les souvenirs du début de sa vie en tant que vampire. Il n'avait déjà plus de souvenirs de sa vie en tant qu'humain.

Il sentait Chelsea à deux mètres et se rappela brusquement que Amun avait voulu l'enfermer et garder son don pour lui seul. Un pouvoir aussi grand et aussi important que le sien devait servir au bien commun. Il devait être exposé pour que chacun puisse frémir à l'entente de son prénom.

Maintenant, il était quelqu'un. Et pas n'importe qui en plus.

Cette cape en était la preuve.

Le bien commun. Ses mots revenaient sans cesse dans son esprit. Il n'en comprenait plus le sens. La définition habituelle n'évoquait en rien les actions qu'il faisait. Lui ne faisait que tuer.

Il traquait de futures cadavres.

Il se concentra pour déterminer le nombres d'exécutions. Demetri n'était même pas capable de savoir combien de personnes il avait tué. Certains avaient été oubliés. Il y avait des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants, des humains, des vampires, des métamorphes, des parents,...

En avait-il tuer trop ?

Il sentait le remord le pénétrait. Sans cette conviction qu'il accomplissait une noble tache, Demetri n'était plus aussi imperméable.

Corin accueillait avec tristesse les baisers de son amant. Elle n'en avait qu'un et l'aimait de tout son cœur. De tout son être. Elle n'avait que lui dans la tête. Il l'obsédait depuis leur rencontre.

Son apparence brute de décoffrage. Ses yeux rapprochés. Ses cheveux aussi doux que des plumes. Ses muscles ciselés. Et son rire.

Elle aimait particulièrement quand elle était contre lui, et qu'il riait. Jamais il n'aurait pu être plus proche de lui.

Felix ne l'aimait pas en retour. Il avait certainement été flatté de ses avances. Ou alors la solitude lui pesait. En tout cas il ne l'avait pas repoussé.

Alors qu'il aurait dû.

Il ne l'aimait pas. Il n'avait pas le droit de lui faire croire le contraire en la prenant dans ses bras. Il faisait semblant. Il lui faisait tellement de mal.

Seule, Corin se demandait pourquoi elle acceptait ses caresses. Les échangeant contre une sensation de contentement. Était-elle trop amoureuse pour simplement le repousser ?

Non, elle se disait juste que peut-être, il y avait du vrai. Personne ne pouvait mentir à ce point. Il y avait forcément du vrai. S'il arrivait à la faire frémir, à lui donner vie, ce ne pouvait être que par intérêt.

Elle ne savait pas que son pouvoir avait autant faibli. Bien sûr elle se rendait compte lorsqu'elle s'en servait qu'elle éprouvait de plus en plus de difficulté. Elle avait besoin de plus de concentration, pour un résultat moindre.

Son don ne pouvait pas faiblir. Ce n'était pas possible. Si son don flanchait, son existence aussi.

Il se murmurait qu'Afton souhaitait partir. Tout le monde murmurait, doutait. Tout était en train de s'effondrer. Et cela était de sa faute.

Aro allait faire d'elle sa première victime. Elle mourrait avec honte et souffrance. Elle n'était plus la clef de voûte de cette grande monarchie. Elle n'était plus rien.